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Liens du cœur

Dès qu'ils franchirent le seuil de la porte, Mrs Weasley sursauta et les étreignit chacun leur tour.

− Quand vous m'aviez dit que vous iriez faire un tour, vous n'aviez pas précisé que cela devait durer jusqu'à une heure pareille de la soirée, annonça-t-elle affolée mais quelque peu rassurée. S'il vous arrivait malheur…

− Maman, nous sommes là et en un seul morceau, lui dit son fils en levant les yeux au ciel.

Après un repas bien mérité, ils montèrent en silence pour entamer une bonne nuit de sommeil. La nuit fut courte pour Harry qui rêva de Voldemort tenant Ginny prisonnière et de ses amis qui le suppliaient de les aider, puis ils s'éloignaient hors d'atteinte et Harry, impuissant regardait en pleurant ses amis disparaître avec de la peur et de la déception sur le visage.

Il se réveilla en sursaut. Un ronflement sonore lui indiqua que Ron dormait encore. Il n'avait pas envi de se rendormir ni de sortir de son lit. Il décida donc de lire un de ces livres de sorts que Hermione lui avait acheté. Cependant, il n'arrivait pas à ce concentrer sur les mots qui se présentait à lui. Il se résolut donc à descendre les escaliers sans bruit après s'être habillé. Harry avait l'intention de profiter des dernières journées paisibles qui lui restaient. Il avait espéré ne réveiller personne mais lorsqu'il passa devant la chambre de Ginny, un bruit de pas précipités s'ensuivit et celle-ci apparut dans l'encadrement de la porte. Elle afficha un sourire satisfait en voyant son visiteur.

− Salut Harry !

Qu'elle était jolie au saut du lit. Harry se vit fondre comme une glace au soleil. Il était en train de céder, il allait rompre l'engagement qu'il s'était fait en juin dernier.

− Salut Ginny ! J'allais justement… faire un tour. Est-ce que tu veux…

− Bien sûr que je veux ! l'interrompit-elle avec un sourire malicieux.

Ils se retrouvèrent ainsi dehors sous un soleil qui promettait une journée à l'image de son état d'esprit. Ginny le prit par la main et Harry obéit à la pression chaleureuse qu'elle exerçait sur lui. Elle s'arrêta soudain et l'expression de son visage lui rappela une certaine jeune fille aux cheveux brins ébouriffés. Harry allait subir un test de choc qui pourrait rivaliser avec la légilimencie, il en était sûr.

− Te souviens-tu pourquoi nous avons cessés de sortir ensemble ? questionna-t-elle.

Harry joua le jeu. De toute façon il avait envi de perdre cette manche car il se doutait des intentions de Ginny.

− Euh… eh bien… Je pense que c'était comme tu l'as dit toi-même pour de stupides et nobles raisons.

Son regard n'était plus le même désormais. Harry pouvait y lire de l'interrogation mêlée à de la peur. Il voyait bien qu'elle essayait de le comprendre dans ses choix mais sans y parvenir. Peut-être était-ce le cas en juin. Peut-être Ginny avait-elle pensé que ce n'était que partie remise et Harry en eut la confirmation.

− Franchement Harry, de quoi as-tu peur ?

− J'ai peur pour toi. Je te l'ai d'ailleurs déjà dit.

− Oui mais… Et si je plaçais ma vie en seconde position dans l'ordre de mes priorités, si la chose qui comptait le plus pour moi, c'était mon bonheur à tes côtés.

Harry ne put qu'être touché par ses paroles. Cela lui aurait parut trop égoïste d'affirmer que son bonheur à lui aurait été de la voir en sécurité car là il devait sacrifier son bonheur à elle et ça… il ne pouvait s'y résoudre. Il décida alors qu'elle avait gagné et qu'aucune parole ne pourrait inverser le cours des choses. Ils se trouvaient sous le saule pleureur du jardin et les rayons de lumières qui s'infiltraient entre les feuilles donnaient au cadre un caractère presque magique. Harry et Ginny s'enlacèrent sans résistance et s'embrassèrent amoureusement durant une minute qui parut se prolonger à l'infini. Harry songea qu'entre cinq petites minutes à l'air libre afin de s'oxygéner et un long moment dans le jardin en présence de celle qu'il aimait plus que tout, il avait gagné au change.

Lorsqu'ils revinrent dans la cuisine, Harry eut l'occasion de dire bonjours à tout le monde et même à Remus Lupin qu'il n'avait pas vu arriver.

− Harry je pense qu'à la vue de ce qui t'attend… et d'ailleurs tu dois être le seul ou presque à le savoir, tu ne devrais pas renoncer à certaines pratiques que tu avais abordées et qui auraient put t'être très utiles.

− Que voulez-vous dire par là monsieur ? demanda Harry qui ne voyait pas de quoi Lupin voulait parler.

Celui-ci s'assura que personnes ne les écoutaient.

− Je veux bien sûr parler de l'occlumencie Harry. Tu ne te débrouilles pas si mal, je dirais même très bien en Défense Contre Les Forces Du Mal mais une bonne maîtrise des principaux sortilèges d'attaque et de défense ne te serviront à rien si tu ne bénéficies pas de l'effet de surprise. Rappelle-toi la nuit de juin ou encore le soir où tu t'es battu au ministère : certains mangemorts ont du parer tes maléfices avant même qu'ils ne soient formulé, n'est-ce pas ?

Harry repensa à son duel contre Rogue.

− Oui, c'est vrai admit-il. Mais ce n'est pas une matière dans laquelle j'excelle si vous voyez ce que je veux dire.

Lupin eut un sourire.

− Oui je vois de quoi tu veux parler. Mais disons que tu n'as pas eut un professeur qui a su te comprendre.

Harry soupira en se remémorant les leçons d'occlumencie avec Rogue. Décidément les souvenirs avec ce dernier n'étaient pas vraiment joyeux.

− Est-ce pour cela que vous êtes venu monsieur ? Pour m'enseigner l'occlumencie ? demanda-t-il plein d'espoir.

− Eh bien, je ne suis pas un maître en la matière mais je peux peut-être t'aidez.

− Tout de suite ? s'exclama Harry

Lupin pouffa de rire devant l'enthousiasme de Harry et accepta d'un hochement de tête.

− J'avais prévu de le faire dans une pièce vide…

− La chambre de Ron est libre pour le moment, ça ira peut-être ? proposa Harry.

Lupin se tourna et lança à Mrs Weasley :

− Molly, je monte avec Harry. On n'en a pas pour longtemps.

Ils grimpèrent les escaliers jusqu'à la chambre de Ron. Ils se mirent face à face.

− Je pense que tu te souvient de la théorie ?

− Oui, répondit Harry. Je crois.

− La clé, c'est de se concentrer. Faire le vide en soit, dans son esprit afin de ne pas donner d'arme à l'adversaire qui pourrait se servir de tes pires souvenirs Harry.

Harry reprit en essayant ne pas avoir l'air de trop le contredire.

− Mais, vous me demander tout comme Rogue − il accentua le nom avec hargne − de faire le vide dans mon esprit, bref… de ne penser à rien, mais… rien que le fait d'y penser…

− Je vois… l'interrompit Lupin. Essaie de te concentrez sur quelque chose de neutre, sur quelque chose qui ne te concerne pas personnellement et non sur un souvenir ou un sentiment qui pourrait t'envahir et te faire perdre ta concentration. Ensuite, imagine la chose en question disparaître pour céder la place au néant. Tu m'as dit lors de ta cinquième année que tu étais parvenu à pénétrer loin dans les souvenirs de Rogue. Je crois que c'est ta curiosité naturelle qui t'as permis de te concentrez sur ses propres souvenirs ; tu les a exploité et je suis sûr qu'avec de l'entraînement tu pourrait maîtriser cette faculté. C'est de la légilimencie. Bien… Commençons. Concentre-toi…

Harry ferma les yeux et se concentra sur son éclair de feu puis fit en sorte de ne plus y penser en essayant de ne penser à rien d'autre. Il attendit une minute et la tête lui tourna.

− Attention, reprit la voix calme de Lupin. Un… Deux… Trois… Legilimens !

Harry tenta de faire abstraction du flot d'images qui tournoyaient devant lui. Mais après tout, se dit-il, pourquoi revivre mes souvenirs, pourquoi ne pas arrêter tout de suite ? Il fit le vide et se concentra sur l'image de Lupin devant lui yeux fermés et baguette levée. Le noir s'estompait et l'image était de plus en plus claire. Sans attendre, Harry leva sa baguette et pensa, Protego !

Lupin ouvrit les yeux, chancela et reprit :

− Eh bien Harry, pour un premier essai, ce n'était pas mal du tout. Tu m'as bloqué assez vite car à un moment je n'avais plus accès à tes souvenirs. Ce qui serai encore mieux c'est que tu répètes l'exercice de concentration tous les soirs avant de t'endormir, je dis bien tous les soirs.

− J'essaierais, promit Harry.

− Bien. Alors je te dis à une prochaine fois.

Lupin repartit laissant Harry seul dans la chambre et avec ses sombres pensées comme unique compagnie. La tache qu'il se devait d'accomplir lui apparaissait comme un chemin dont il ne voyait pas l'issue. Jusque là il savait par où aller, mais à présent il était perdu et seul au monde depuis que Dumbledore était parti. Il se répétait toujours en boucle la liste des Horcruxes qu'il lui restait à détruire. Il devait chercher dans ce qu'il avait déjà accomplit et se dit que la clé était détenue par ce R.A.B. A ce moment, Hermione entra dans la pièce, apparemment inquiète.

− J'ai vu Lupin redescendre mais pas toi, annonça-t-elle. Je me suis dit que… Comment ça s'est passé ?

− C'est un meilleur professeur que Rogue.

Harry avait les yeux dans le vague et pensait au dernier nom qu'il avait cité… Un traître, un assassin… Hermione se rapprocha de lui.

− A quoi tu penses ? demanda-t-elle d'une voix plus aigue ou perçait l'inquiétude.

Harry ne répondit pas et fixa Hermione d'un regard éloquent.

− Tu n'est pas tout seul, reprit-elle la voix de plus en plus aigue. Nous sommes là.

Elle lui sauta au cou et sanglota.

− J'ai… J'ai peur Harry…

− Moi aussi, répondit-il les yeux brillant de larmes.

C'était de sa faute. Ses amis avaient un jour franchit la ligne de non retour. Ils s'étaient engagés sur le même chemin que lui, un chemin sombre et tortueux. Hermione, les lèvres tremblantes, relâcha son étreinte et le dévisagea. C'est dans des moments comme celui là que l'on se rend compte des sentiments que l'on éprouve à l'égard des autres. Harry aimait Hermione comme sa sœur et jamais il ne permettrait que quelqu'un lui fasse du mal. Elle avait toujours été là pour lui, ainsi que Ron, dans les moments difficiles et savoir qu'ils seraient là encore et toujours jusqu'au bout le remplissait d'espoir. A cet instant ils savaient tout deux qu'ils se comprenaient.

La porte s'ouvrit et laissa paraître une chevelure flamboyante. Harry qui se félicitait intérieurement d'avoir lâché Hermione se tourna vers Ginny.

− Tu n'as pas mangé ? Dépêche-toi Harry !

− Non merci, j'ai pas très faim.

Il se demandait s'il devait révéler la nature de sa relation avec Ginny ; mais alors que ce dilemme s'installait dans sa tête, Ron entra dans la pièce. Harry pensa qu'il valait mieux laisser tomber pour le moment. Après un cours silence, c'est Hermione qui reprit la parole :

− Harry… Tu sais, j'ai eu une idée pendant les derniers jours.

Il ne répondit pas tout de suite. Le ton de sa voix un peu craintif lui indiquait clairement qu'elle avait derrière la tête une idée qui ne lui plairait peut être pas. Elle reprit en pesant chaque mot :

− J'ai pensé que… enfin si tu le souhaites étant donné que tu as disons… toléré notre soutien à tes côtés, que tu accepterais de donner des cours de Défense Contre Les Forces Du Mal… seulement à Ron, Ginny et moi, ajouta-t-elle devant l'expression de surprise de Harry.

Si ce n'était que ça. Après tout, ils avaient fait honneur à l'AD en juin dernier face aux mangemorts. Et une maîtrise des sortilèges de défense et d'attaque est nécessaire dans une lutte contre le mal absolu qu'incarne Voldemort.

− Ce n'est pas une mauvaise idée, je crois qu'on ferait bien de s'entraîner ; mais nous avons déjà passer en revu tous les sorts que nous connaissions et le mieux à faire désormais est d'apprendre de nouveaux sortilèges non sans l'aide de Lupin ou Fol Œil, ou même Tonks après tout c'était une Auror.

− Et je pense trouver des sortilèges intéressants dans certains livres du chemins de traverse, ajouta Hermione qui parut soulagée de la réaction de Harry.