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Un premier indice se dessine

Les jours qui suivirent ne semblaient pas refléter le danger qui pesait sur chacun en permanence. Harry jouait souvent au Quidditch sans se soucier outre mesure des épreuves qui l'attendaient. Mais sa joie éphémère était parfois troublée, masquée par un voile sombre qui flottait en permanence sur la vie de tout être humain. En effet, La Gazette du sorcier était là pour leur rappeler que Voldemort sévissait toujours. Les attaques de détraqueurs se multipliaient, alors que les loups garous trouvaient des adeptes de plus en plus nombreux. D'après une conversation que Harry avait entretenu avec Lupin, Greyback faisait des ravages avec ses discours. Et Lupin ne pouvait que reconnaître une part de vérité dans ce qu'il exhortait. Si le ministère n'accordait pas plus de libertés aux loups garous, Voldemort verrait ses rangs se renforcer. Et selon Mr Weasley, les moldus retrouvaient de plus en plus de gens morts sans aucune trace de lutte ni blessure.

Lors de cette même soirée où l'Ordre était réuni et durant laquelle Harry avait récolté tant de mauvaises nouvelles, Minerva McGonagall l'interpella :

− Harry, j'aimerais vous demander quelque chose.

Harry la suivi un peu à l'écart de la cuisine et ne répondit pas attendant la suite.

− J'ai décidé, avec la majorité des autres professeurs ainsi que le conseil d'administration que Poudlard rouvrirait ses portes cette année. Après tout, rien n'est plus sûr que Poudlard désormais…

Elle laissa sa dernière phrase en suspend comme si elle s'adressait à elle-même. Puis elle reprit d'un ton plus dynamique :

− Et je me demandait si vous aviez l'intention de revenir à Poudlard cette année. J'ai posé la même question à vos amis, ajouta-t-elle avec un sourire. Ils m'ont tous répondu, Mr et Miss Weasley ainsi que Miss Granger que cela dépendait uniquement de votre décision.

− Et bien, il y a quelques semaines, juste après la mort du Professeur Dumbledore, j'avait décidé de ne plus retourner à Poudlard cette année et de me consacrer à la tache que je devais accomplir.

− Et vous avez changé d'avis ? demanda-t-elle.

− Je pense que oui. Vous l'avez dit vous-même : rien n'est plus sûr que Poudlard à présent. Et je ne vais pas tirer un trait sur six années d'études et négliger ma future carrière d'auror dont vous vous êtes portée garante.

− Et vous ferez un grand auror, ajouta la Directrice non sans émotion.

Harry fut touché par cette remarque. Il avait déjà pensé à l'éventualité d'une réouverture de l'école. Et il en était venu à décider d'y revenir pour les mêmes raisons qu'il avait énoncées. L'école était dotée de plus de protections magiques que le ministère de la magie et de nombreux sorciers expérimentés dont beaucoup de L'Ordre du Phénix s'y trouvaient.

Le lendemain matin, une main le remua avec force alors qu'il émergeait dans son lit.

− Harry… Réveille toi !

− Mm… laisse-moi Ron, dit-il d'une voix étouffée.

− Poudlard va ouvrir ses portes cette année, c'est géant ! Et McGonagall nous a dit que tu avais décidé d'y retourner.

Harry se redressa dans son lit.

− Les nouvelles vont vite.

Il avait décidé de parler à Ron et Ginny de l'entraînement qu'avait proposé Hermione et ils paraissaient tout deux enthousiastes. Mais il avait établi que les séances ne débuteraient que lorsqu'ils auraient été sur le Chemin de traverse. Lupin arriva tôt dans l'après-midi pour une nouvelle épreuve d'occlumencie. Harry avait tenté parfois de fermer son esprit avant de s'endormir, mais cela se révélait assez difficile. Lupin était face à lui dans la chambre de Ron, et Hermione avait voulu y assister.

− Attention Harry ! Un… Deux… Trois… Legilimens !

Il fut envahi par un tourbillon d'images auxquelles il ne fit pas attention afin de parer l'attaque, lorsqu'un souvenir lui sauta aux yeux. Il était en compagnie de Ron, Hermione, Ginny et son parrain au 12, square Grimmaurd alors qu'ils faisaient du rangement. Une musique étrange venue d'une boîte métallique semblait les plonger dans une rêverie que seule Ginny parvint à interrompre en refermant la boîte. Sirius empoigna un médaillon lourd et ouvragé qui refusait de s'ouvrir et Harry le reconnu aussitôt.

Il se réveilla à genoux sur le parquet de la chambre haltant. Lupin avait manifestement baissé sa baguette.

− Que s'est-il passé Harry ? demanda Hermione inquiète.

− Ce souvenir avait l'air de t'intéresser… dit Lupin méfiant.

Harry se releva tremblant de tous ses membres.

− Ce souvenir… commença-t-il. Est-ce que le Square Grimmaurd est toujours sûr ?

− Et bien Rogue n'était pas le gardien du secret, il ne peut donc pas révéler l'emplacement de la maison à Voldemort mais il peut toujours y entrer lui-même… Mais des groupes de L'Ordre se relaient afin de surveiller le Quartier général. Il n'osera pas y pénétrer s'il est seul.

Harry se tourna vers Hermione avec un regard éloquent qui signifiait qu'il avait quelque chose derrière la tête. Puis il se retourna vers Lupin qui ne comprenait rien à la situation.

− Est-ce que vous pourriez nous accompagner au Square Grimmaurd, demanda-t-il.

− Bien. Mais je ne vois toujours pas ce qui vous intéresse là bas tous les deux, dit Lupin interloqué.

− Moi non plus, intervint Hermione qui fixait Harry avec la même expression.

Deux minutes plus tard, Harry était sorti de la maison en compagnie de Ron, Hermione, Ginny et Lupin. Tous le suivaient sans vraiment comprendre pourquoi.

− Mais Harry, intervint Ginny, où est-ce que tu nous emmènes ?

− Je te mettrais au courant quand nous serons revenu au Terrier, promit-il. Nous allons transplaner Square Grimmaurd. Qui est en ce moment au quartier général ? demanda-t-il à Lupin.

− Ma mission est entièrement dédiée à l'infiltration de l'univers des loups garou et je ne suis pas mis au courant de ce qui pourrait se passer là-bas.

− On se débrouillera, c'est important.

Il se tourna vers les autres et pris Ginny par le bras. Il se concentra sur sa destination et aussitôt les chants d'oiseaux, le bruit du vent et la chaleur de l'été cessèrent. Seul un parfum de fleur le suivit à travers l'espace. Ginny était à ses côtés et même dans les pires endroits du monde, il savait qu'elle serait là pour lui rappeler qu'il existait des choses susceptibles de l'emplir d'espoir. Et en cet instant précis, elle était là alors que l'air lui glaçait les entrailles comme un froid venu de l'intérieur. Un cri perçant résonna en écho dans sa tête. Il reconnu le signal d'alerte, celui qui faisait ressurgir en lui ses pires souvenir. Ginny et les autres se figèrent sur place, une ombre de terreur passant sur leur visage. Harry serra Ginny par le bras et respira fort son parfum protecteur avant de lever sa baguette vers l'horreur que la nature portait en elle. Ce fut comme une vision d'horreur. Ils étaient là, leur râle grondant comme roule le tonnerre, glissant comme des ombres, assoiffés d'âmes innocentes. La première étreinte de Harry et Ginny après avoir gagné la coupe de Quidditch s'imposa à son esprit comme une lueur réconfortante. Il s'écria d'une voix qui laissait paraître courage et détermination :

Spero Patronum !

Sa baguette trembla comme témoin de la fureur qui ne demandait qu'à s'évacuer de son corps. Une lueur argentée laissa place à un cerf majestueux qui galopa en direction de la trentaine de détraqueurs. Harry le savait : faire apparaître un patronus au moment où tout espoir semblait vainc n'était pas chose facile. La seule fois où les patronus de Ron, Hermione et Ginny s'étaient matérialisés, c'était au beau milieu de la salle sur demande, chaleureuse et éclairée. Mais bientôt une brume d'argent vint se joindre au cerf galopant et les immondices encagoulés rebroussèrent chemin avant d'être expulsés comme une volée de moineaux. Harry tourna la tête et aperçut le visage tendu de Lupin. Puis ses yeux se posèrent sur Ginny. Elle était à genoux, haletante. Harry la saisit sous un bras et la releva doucement.

− Je n'en ai pas été capable, Harry, sanglota-t-elle. Si tu avais échoué, je n'aurais pas pu te protéger.

− Ginny, c'est à moi qu'il revient de te protéger. Viens…

Suivi des autres et soutenant Ginny, il se dirigea vers le centre de la place. Harry sortit sa baguette et fit apparaître son animal protecteur. Il se souvenait de la manière dont Tonks avait averti Poudlard de l'arrivée de Harry. Un certain Lunard argenté avait prévenu Rogue de leur présence. Seulement, il ne savait pas comment procéder. Lupin l'encouragea d'un sourire et d'un signe de la tête. Alors Harry se pencha vers l'encolure de l'animal et lui souffla à l'oreille :

− Peut-on entrer ? Porte ce message.

Le cerf galopa un instant et disparut entre les numéros onze et treize. Un aigle de grande envergure déploya ses ailes de nulle part et se dirigea vers Harry d'un vol gracieux. Une voix familière retentit alors dans sa tête.

Entre, c'est chez toi.

Il interrogea Lupin du regard.

− C'est le patronus de Maugrey, dit-il avec un sourire. La voie est libre.

Harry pensa « 12, Square Grimmaurd » et la masure se fit une place entre deux maisons qui ne pouvait être plus différentes. Ils s'avancèrent sur le perron et Harry tourna la poignée en forme de serpent. Il pénétra dans l'obscurité. La porte se referma en un bruit étouffé et le silence assourdissant laissa place à la voix profonde de Maugrey qui fit sursauter Hermione.

− Alors, qu'est-ce qui vous amène ? demanda-t-il.

− Harry a disons… une tache a accomplir, annonça Lupin.

− Ah, oui… Minerva m'en a touché deux mots.

Avant d'avoir à subir une série de questions gênantes, Harry fit signe aux trois autres de le suivre à l'étage. Ils grimpèrent les escaliers grinçant jusqu'au salon du premier étage qui conservait la tapisserie de La Noble et Très Ancienne Maison des Black. Harry la contempla et s'arrêta avec un pincement au cœur sur la trace noircit où devait se trouver le nom de son parrain.

− Pourquoi tu nous a emmené ici ? demanda Ron.

− Kreattur !

− Quoi Kreattur ? Qu'est-ce qu'il a Kreattur ?

L'elfe de maison se matérialisa et se prosterna littéralement devant son maître.

− Le maître m'a fait demander ? grogna-t-il.

− J'ai une question a te poser, reprit Harry fermement. Aurais-tu aperçut un lourd médaillon impossible à ouvrir.

− La noble maison des Black renferme tant de trésors, annonça-t-il mystérieux.

Harry mit la main dans sa poche, mais Hermione le retint par le bras, inquiète. Mais il sortit vigoureusement un objet qui n'avait rien à voir avec sa baguette magique.

− Il ressemble à ça, lança-t-il avec hargne.

Il tenait ferment dans sa main le témoin du prix qu'il avait fallu payer et de ce qu'il lui restait à accomplir, le faux médaillon de Serpentard. Kreattur écarquilla les yeux devant le symbole de son idéologie. Il s'inclina et reprit à mi-voix :

− Le maître tient dans la main quelque chose qui ne lui appartient pas et qu'il ne mérite pas.

− C'est un faux, reprit Harry. Où as-tu caché le vrai ? Dis-le moi !

Kreattur trembla, luttant contre une force qu'il ne maîtrisait pas comme si un combat faisait rage dans sa tête. Il ne pouvait désobéir à un ordre direct de son maître.

− Comme le maître voudra, cracha-t-il. Le jeune Regulus, lui, méritait le médaillon du plus grand des quatre, ajouta-t-il pour lui-même.

Il sortit de la pièce, Harry, Ron, Hermione et Ginny à sa suite. Pourquoi mentionnait-il le nom de Regulus… Regulus Black. Ils suivirent Kreattur dans les escaliers jusqu'à une pièce dans les étages qui lui faisait office de refuge semblait-il. Harry poussa la porte délabrée et fut stupéfait par ce qui s'offrait à ses yeux. Une pièce remplit de trésors de toute sorte. Des couverts en argent, de la porcelaine, des armoires d'objets douteux, des médailles, des coupes et même des vieux habits de la famille Black. Tout cet étalage de richesse arracha une exclamation à Ron :

− Ben ça alors !

Harry entra dans la chambre dont la lumière ambiante semblait émaner des objets eux-mêmes. Soudain, il l'aperçut, terrible souvenir d'une aventure meurtrière. Il déposa le faux médaillon sur la table aux pieds effilés et mit dans sa poche le fragment d'une âme mutilée. L'Horcruxe était légèrement plus lourd et on y voyait le S ornementé de la marque de Serpentard. Sans regarder les autres ainsi que Kreattur qui trépignait sur le sol, il sortit puis dévala les escalier espérant quitter cet endroit au plus vite. Avant d'arriver en bas, il eut le temps de capter une bribe de conversation qui s'échangeait entre Lupin et Maugrey dans le hall d'entrée.

− Et ils étaient combien ?

− Une trentaine tout au plus. Je doute qu'ils se soient trouvés là par hasard.

− C'est aussi ce que je pense. Voldemort sait plus de choses qu'on ne le pense. Le jeune Potter a une mission et elle n'est pas sans rapport avec Lui. Mais il n'est pas à négliger que Voldemort mène la même quête de son côté et ce n'est qu'un avant goût de ses motivations.

− J'en suis conscient Alastor, répondit Lupin.

Harry choisit ce moment pour se montrer et Lupin ne perdit pas de temps pour sortir de la maison en compagnie des autres. Le terme avant goût employé par Maugrey avait choqué Harry, mais ce qu'il serrait dans sa main était l'accomplissement de ce qu'il s'était juré de faire. Il avait vengé la mort de Dumbledore. Il n'était pas mort pour rien. Il avait arraché un septième de l'âme de Voldemort.