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Une rentree en ordre
Le peu de jours qu'il leur restait des vacances passa extrêmement vite. Entre les parties de Quidditch, les séances d'occlumencie avec Lupin et les longues discutions après les repas, Harry ne trouvait pas le temps de s'ennuyer. Il ne pensait même plus au médaillon.
La veille de la rentrée, ils devaient se rendre sur le Chemin de Traverse pour acheter les fournitures scolaires. Mr et Mrs Weasley avait pris la poudre de cheminette avec Ginny alors que Harry, Ron et Hermione avait transplané au beau milieu de la ruelle. Autrefois gaie et pleine de magie, le Chemin de traverse ressemblait plus à l'allée des Embrumes désormais. De nombreux magasins étaient fermés depuis des mois pour rénovation ou rupture de stock et seul quelques personnes s'y aventuraient. Des hommes avec des robes pourpres circulaient en long et en large baguette à la main. Harry était persuadé que le ministère avait placé des aurors à tous les coins de rue. Seule une boutique paraissait encore animé et d'après ce qu'Harry pu en juger la majorité des personnes y étaient réfugiée. Il entrèrent donc dans le magasin haut en couleurs des Farces Pour Sorciers Facétieux. Fred et Georges étaient assaillis par les clients qui s'arrachaient les objets de l'arrière boutique croulant sous les piles de boîtes vacillantes. Fred se dirigea vers eux et les salua.
− Alors qu'est-ce qui vous ferait plaisir jeunes gens ?
− En fait je me souviens que tu avais parlé de chapeaux bouclier.
− Oui, mais je te conseille plutôt les capes. Au moins elles ont le mérite de ne pas tomber par terre. Et n'oublis pas pour toi c'est gratuit.
Il laissa passer Ron et Hermione dans l'arrière boutique et mit son bras en barrage au moment où Harry essayait de passer.
− Je ne veux pas me mêler de ce qui ne me regarde pas Harry, mais j'ai eu vent de ta relation avec Ginny notre sœur bien aimée.
Harry ne s'était pas attendu à ce qu'il sache cela. Il le fixa droit dans les yeux et pris son courage à deux mains.
− Oui, et j'aime Ginny plus que tout.
Une main familière se posa alors sur l'épaule d'Harry. Fred leva les yeux et recula d'un pas. Décidément, elle était toujours là dans les moments difficiles.
− Ca ne te regarde pas, prévint Ginny.
− Bien, si c'est votre choix, annonça Fred en leur libérant le passage. Je ne m'y oppose pas ajouta-t-il avec un sourire.
Ils achetèrent leurs robes de sorcier chez Mrs Guipure, leurs livres chez Fleury et Bott et le reste des fournitures dans la joie et la bonne humeur. Harry avait ramené des capes bouclier et des trompettes animées qui lorsqu'elles étaient lâchées sur le sol, se précipitaient dans une direction et explosaient pour garantir une bonne diversion. Harry fit sa valise en quelque seconde avec la magie. Il avait confié le médaillon au Professeur McGonagall la veille afin qu'il ne soit pas détecté par les capteurs de dissimulation. Elle ne lui avait pas posé de question et il lui en fut reconnaissant. Il s'endormit et sombra dans un sommeil salvateur.
Quelques minutes plus tard où du moins c'est ce qu'il lui sembla, Ron le secoua vigoureusement. Harry regarda sa montre. Il était déjà dix heures et demie. Il sauta de son lit et s'habilla en hâte. Ils se mirent en route après un petit déjeuné copieux.
Ils arrivèrent à King's cross en compagnie de Maugrey et son habituel chapeau ainsi que Tonks et ses cheveux rose chewing-gum. Harry reçut les avertissements de Mrs Weasley qui lui préconisait comme chaque année de rester sage. Harry, lui, répondait toujours en insistant sur la tranquillité qui régnait dans sa vie. Ils traversèrent le mur et débouchèrent sur la voie 9 3/4 autrefois prometteuse d'une ambiance pleine de fébrilité et d'excitation et désormais rythmée par le bruit seul de la locomotive qui vomissait son panache de fumée. La centaine de personnes présente en comptant les accompagnateur semblait emplie de sérénité. Un calme apparent car ils paraissaient plutôt tendus, se demandant peut-être si leurs enfants reviendraient vivants. De nombreux élèves étaient regroupés devant ce qui paraissait être un panneau d'affichage.
− Vous avez vu ? lança Hermione.
− Oui, allons voir, suggéra Harry.
Ils s'approchèrent du rassemblement se frayant un chemin vers le mur sur lequel une grande affiche du ministère imposait son titre.
Le Ministère de la Magie prend des mesures
Suite aux évènements passés, le ministre et ses conseillés ont résolu de mettre en place des mesures visant à assurer le confort et la sécurité de la communauté magique. Des détecteurs de dissimulation on été placés aux portes des wagons ainsi qu'à chaque entrée de l'école de sorcellerie de Poudlard. Des postes d'Aurors sont établis à distances régulières sur la voie empruntée par le Poudlard Express afin de garantir la sécurité des passagers. Il est à noter que les sorties à Pré-au-Lard sont dorénavant interdites. Ces mesures entreront en vigueur à compter de ce jour.
Le Ministère de la magie
Tous services confondus
− Ils craignent sûrement une attaque contre le train, souffla Hermione aux trois autres.
− Et ils n'ont pas tord, ajouta Harry.
C'est donc avec incertitude et crainte qu'ils montèrent dans le train non sans dire au revoir aux autres. Au moment où Harry s'apprêtait à serrer la main de Maugrey celui-ci lui pris le bras avec un sourire et lui répondit de sa voix rauque :
− Non pas maintenant, tu n'es pas près de te débarrasser de moi. Tu vas devoir nous supporter encore un peu.
− Nous allons vous accompagner, Fol Œil et moi, ajouta Tonks avec un sourire ce qui semblait réjouir Ginny et Hermione.
Alors que le train s'ébranlait, Harry faisait un signe de la main à Mr et Mrs Weasley restés à quai et qui rétrécissait au fur et à mesure que le convoi s'éloignait.
− Au moins cette fois-ci, on n'aura pas de mal à trouver un compartiment vide, dit Ginny en pénétrant dans l'un d'eux.
Tonks et Fol Œil se dirigèrent vers l'avant du wagon en compagnie de Ron et Hermione. Harry avait presque oublié leur statut de préfet. Il était donc seul avec Ginny dans le compartiment. Il s'était souvent retrouvé seul en compagnie de Ginny, mais pour une raison qu'il ignorait, il se sentait presque gêné. Elle le regardait de son regard flamboyant et, lui, se laissait faire. Elle se leva de son siège, vint s'asseoir à côté de lui et posa sa tête sur son épaule. Harry sentait son parfum et ses cheveux sur sa joue. Il était aux anges. Jusqu'à ce que la porte s'ouvre et laisse entrevoir Neuville et Luna. Ginny se releva vigoureusement et le regard des deux amoureux empêchait les nouveaux arrivants de faire allusion à ce qu'il venait de voir.
− Salut vous deux, lança Luna en s'asseyant et en se plongeant immédiatement dans son Chicaneur.
− 'lu, répondirent Harry et Ginny d'une même voix.
− Alors vous avez décidé de retourner à Poudlard… dit Neuville. J'ai un peu forcé ma Grand-mère, parce qu'elle ne voulait pas tellement que j'y retourne avec… enfin avec ce qui s'est passé.
− Mon père dit que ne pas retourner à l'école renforcerait le sentiment de peur instauré par Vous-Savez-Qui, annonça Luna sans lever les yeux de son magazine.
C'était sans doute la première chose censée que Harry entendait du père de Luna et il se retint de sourire. Il restèrent à discuter de choses et d'autres jusqu'à l'arrivée de Ron et Hermione environ une heure plus tard. Le grognement qui émanait du ventre de Ron ne passa pas inaperçu et Harry pensa que lui aussi avait très faim. Il sortit sa baguette et interrogea Hermione du regard.
Elle fit de même. Harry se souvenait d'un certain Inanimatus Apparitus lors de sa cinquième année en cours de métamorphose. Il avait eu du mal à le maîtriser mais il pouvait s'avérer utile. Il pensa très fort à de bons Sandwichs, à du jus de citrouille et à son dessert préféré, la tarte à la mélasse. Aussitôt la formule proférée dans sa tête, la nourriture lui tomba sur les genoux. Hermione quant à elle fit apparaître des plats chauds alléchants bien organisés sur un plateau ce qui mit l'eau à la bouche de Ron.
C'est donc dans une atmosphère pleine d'allégresse que le trajet se poursuivit jusqu'à la gare de Pré-au-Lard. En descendant du train, Harry reçut comme un coup de poing à l'estomac en voyant les sombres créatures reptiliennes paisibles au clair de lune. Les sombrals étaient visibles pour toute personne ayant vu la mort de ses propres yeux. Chaque fois que Harry croisait leur regard dénué de toute expression, il se remémorait la mort de Cédric. Mais cette fois ci, c'est son protecteur s'élevant dans les airs comme un pantin désarticulé qu'il revoyait. La gorge nouée, il se dirigea vers les diligences en compagnie de Ron, Hermione, Ginny, Neuville et Luna.
L'air enivrant s'infiltrait par les ouvertures leur permettant de goûter au vent nocturne. Tout était étrangement silencieux à l'image de l'atmosphère qui régnait dans les diligences. Après un moment, deux montagnes semblaient s'écarter pour laisser entrevoir leur destination. Enfin le vieux château leur offrait son spectacle, sa silhouette se détachant dans la nuit comme une colline aux sommets découpés. Il grandissait à mesure que le maigre convoi progressait. Et comme une promesse qui leur était faite depuis longtemps, l'école leur ouvrait ses grandes portes de chêne. Harry ne ressentait pas l'habituelle excitation qui précédait le festin de début d'année. De sombres évènements en avaient décidé autrement et l'ambiance du château contrastait avec la magie du lieu.
Toutes les personnes présentes s'engouffrèrent par les portes de la Grande salle. Harry qui prit place entre Ron et Hermione remarqua en levant la tête que Ginny s'était assise en face de lui et qu'elle arborait un petit sourire entendu. Les premières années n'avaient pas traversé le lac comme le voulait la tradition peut-être par souci de sécurité ou simplement à cause du manque d'effectif. En effet les nouveaux étaient très peu nombreux et c'était compréhensible. Ils suivaient McGonagall qui marchait d'un pas beaucoup trop rapide pour eux en direction de l'estrade où se trouvaient les professeurs et le choixpeau magique. Parmi les Gryffondor, Harry remarqua la présence d'Ernie Macmillan, Dean Thomas et Seamus Finnigan. Ils étaient peu nombreux en arrivant mais répartis sur quatre tables, la différence avec les autres années était frappante. Harry n'avait pas suivit la répartition, il était trop occupé, plongé dans les réflexions que lui inspirait un tel vide. Le professeur McGonagall le sortit de sa torpeur.
− Je souhaite la bienvenue à tous les nouveaux et un bon retour parmi nous pour les plus anciens ! Je tiens à préciser, comme me l'a fait remarquer Mr Rusard, que les objets provenant du magasin Farce pour sorciers facétieux des frères Weasley sont rigoureusement proscrits et que l'usage de la magie dans les couloirs est interdit. Les premières années doivent savoir qu'il est formellement interdit de pénétrer dans la forêt qui entoure l'école. Les sorties prévues chaque années au village de Pré-au-Lard sont désormais annulées pour des raisons de sécurités instaurées par le ministère. Des capteurs de dissimulation ont été installés à chaque entée du château. Des aurors patrouilleront en permanence au-delà des limites de Poudlard dont la sécurité a été renforcée et il serait bien imprudent de tenter une petite excursion nocturne.
Ses yeux se posèrent sur Harry qui sentit son sang refouler vers ses joues.
− Comme d'habitude ceux qui voudraient jouer dans leur équipe de Quidditch devront s'adresser à leur directeur de maison. Et maintenant je suis heureuse d'accueillir un nouvel enseignant, le professeur Hollerton qui assurera cette année les cours de Défense contre les Forces du Mal.
Un sorcier que Harry n'avait pas remarqué se leva. Hollerton avait des cheveux bruns grisonnant. Il se dégageait de lui une impression d'intelligence, de sagacité renforcée par son regard pénétrant qui balayait la salle. Quelques applaudissements polis se manifestèrent. Tout le monde pensait la même chose. Ses prédécesseurs n'étaient restés qu'une année à Poudlard pour diverses raisons qui valurent au poste d'être considérée comme maudit depuis que Voldemort s'était vu refusé le droit d'y enseigner.
− Mais un sujet plus grave doit absolument être abordé, reprit McGonagall. Vous-Savez-Qui continue d'agir et sa capacité à semer la discorde grandit alors que nous nous divisons, annonça-t-elle en désignant de ses bras levés la Grande salle peu remplie.
Le silence devint tendu et l'atmosphère de plus en plus pesante à mesure qu'elle parlait.
− Je vous demande donc à tous de respecter ces consignes afin que tout se déroule au mieux, dit-elle d'un air grave. Mais l'heure est à l'exultation en vue d'une nouvelle année qui débute, reprit-elle avec un sourire. Et comme le disait si souvent notre regretté Directeur : que le festin commence !
Aussitôt, l'atmosphère se détendit et les plats se remplirent de victuailles.
− Avec le peu de monde qu'il y a cette année, on va pouvoir s'entraîner dans la salle commune. Qu'est-ce que vous en pensez ? demanda Ron.
− Je ne crois pas, ce serait trop risqué, dit Hermione. Le mieux serait de retourner dans la salle sur demande avec nos livres et tout ça. On aurait un tas d'équipements nécessaires aux combats en duel.
− C'est une idée, ajouta Ginny en souriant à Harry.
− C'est d'accord. Demain soir, étant donné que c'est le premier jour de cour, je ne crois pas qu'on aura trop de devoirs.
Hermione reniflant d'un air réprobateur.
− Hermione ! reprit Ron. Tu as dit toi-même qu'il y avait des choses plus importantes que les devoirs. Nous irons dans la salle sur demande demain soir vers huit heures, ajouta Ron décidé ce qui fit sourire les autres.
Le reste du repas fut plutôt silencieux. Harry qui enfournait ses pommes de terre lâcha sa fourchette alors que quelque chose lui effleurait le pied. Il pensa tout d'abord à Pattenrond mais il se trouvait rarement dans la Grande salle. Il leva alors la tête vers Ginny qui affichait un sourire en coin alors qu'elle fixait résolument son assiette. Le repas terminé, les plats se vidèrent d'eux même et McGonagall reprit la parole.
− Vos emplois du temps vous seront distribués par le professeur Flitwick demain au petit déjeuné. Mais à peine avez-vous fini de savourer ce festin que je vous parle déjà de travail scolaire. Je vous conseille donc de vous reposer dans les lits tièdes qui n'attendent que vous. Bonne nuit !
Dans l'habituel raclement des bancs qu'on repoussait, tout le monde se leva et commença à se diriger vers les grandes portes.
− Les premières années par ici, lança Hermione ce qui incita Ron à lever les yeux au ciel.
Ils montèrent dans la salle commune où ronronnait déjà un feu dans la cheminée, projetant sur les murs des reflets chatoyant. Harry n'avait qu'une envie, aller se coucher au plus vite. Il souhaita bonne nuit à Hermione, puis à Ginny qui mit un peu plus de temps à lâcher prise. Harry n'eut même pas le temps de vider son esprit déjà déserté de toutes pensées. Morphée l'accueillit dans ses bras bienfaiteurs alors que Ron poussait un ultime ronflement.
