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L'allie retrouve

− Qu'est-ce que c'est Harry ? demanda Hermione alors qu'il les avait rejoint pour le déjeuner.

Il tenait dans ses mains un parchemin à l'écriture fine et penché qu'il connaissait si bien. Il avait encore les yeux dans le vague et ne répondit pas tout de suite.

− Harry ?

Cette fois ce fut Ginny qui le sortit de sa torpeur.

− Hein ? Désolé... C'est un parchemin de… de Dumbledore, dit-il d'un air qu'il voulait détaché alors qu'il commençait à enfourner ses œufs au bacon.

Les autres écarquillèrent les yeux. Ils laissa tomber sa fourchette et leva les yeux vers des visages inquiets.

− Suivez moi. Je crois qu'il serait plus prudent que je vous en parle à l'écart des autres.

Il se leva et Ron, Hermione et Ginny le suivirent sans discuter, apparemment avides d'en savoir plus sur cette mystérieuse lettre. Ils se dirigèrent vers le septième étage en passant par des escaliers dérobés, des tapisseries apparemment anodines et ils y parvinrent sans rencontrer âmes qui vivent. Harry stoppa devant une tapisserie représentant un troll abatant sa massue sur la tête d'un pauvre sorcier aventureux.

− On sera plus à l'aise si on s'entraîne dans la salle sur demande. Vous vouliez des entraînements à la défense je crois.

Ils passèrent trois fois devant la porte en marmonnant des paroles incompréhensibles. Une porte apparut dans un claquement. Ils pénétrèrent dans une salle circulaire éclairée par des torches sur les murs de pierre brute. Des étagères s'alignaient le long des murs, toutes remplies de livres des sorts, de défenses face à la magie noire ou traitant des actes les plus maléfiques qui soient. Sur la droite de la pièce se trouvait une table avec des plumes et des parchemins vers laquelle se dirigea Harry suivi des trois autres. Harry posa le parchemin sur la table à côté d'un morceau de gâteau. Il se tourna vers Ron.

− Bah quoi… j'avais faim, lança celui-ci.

− Ron, intervint Hermione en levant les yeux au ciel dans un geste plein d'exaspération, tu ne parviendras donc jamais à te maîtriser.

Elle agita négligemment sa baguette et la petite gâterie de Ron disparut sous son nez. Ginny pouffa devant la mine déconfite de Ron et leur attention se reporta sur le parchemin. Harry retira le cachet. Aucun doute, il s'agissait bien de l'écriture de Dumbledore. Ils lurent par-dessus les épaules d'Harry.

Mon cher Harry,

Si tu reçois cette lettre, c'est que tu l'as sûrement obtenu par le biais du professeur Hollerton, parce qu'il doit être professeur si mes vœux ont été respectés. C'est quelqu'un de confiance, mais n'apprend pas trop vite à le connaître. Ainsi, comme tu le sais, j'ai quitté ce monde, mais ne soit pas trop triste car comme je te l'ai déjà dis, la mort n'est qu'une grande aventure de plus. C'est comme aller se coucher après une longue journée. Mais ne discutons pas de mes inquiétudes de vieillard et venons-en à l'essentiel. Autrefois tu me demandais ce qui me faisait dire que j'avais confiance en Severus Rogue. Et bien je t'ai déjà répondu. Si mes intuitions sont bonnes, tu dois le voir à présent comme un criminel de plus dans les rangs de Voldemort. Mais Severus Rogue n'est qu'une victime de plus. Drago Malfoy avait pour mission de me tuer, mais la tâche se révélant assez périlleuse aux yeux de sa mère, elle décida de susciter l'aide de Severus. Celui-ci ne pouvant abandonner sa couverture a joué le jeux jusqu'au bout. Il a fait le serment inviolable ; autrement dit, s'il échouait dans sa mission, il mourait. Il était donc le spectateur de ses actes, impuissant devant une obligation qui l'a fait souffrir plus que tout. Si ce parchemin te parvient, c'est que Severus Rogue a suivit mes ordres et qu'il doit être à présent face au jugement de Voldemort, même si je ne pense pas que ce dernier aie envisagé un seul instant que Drago puisse y parvenir seul. Severus reste pour toi un allié et je te supplie de me croire sur parole. Si je ne me trompe pas tes amis doivent être près de toi et ça, c'est ce qu'il y a de plus précieux. J'espère que tu n'auras pas oublié ton plus grand pouvoir.

Ton professeur et ami, Albus Dumbledore.

Harry resta figé. Les révélations de Dumbledore au sujet de celui qu'il considérait comme un assassin lui étaient parvenues comme un claque en pleine figure. Le silence était complet et l'atmosphère palpable. Il sentit une main se poser sur son épaule. C'était Ginny. Elle savait toujours quand Harry était soucieux. Ce fut Hermione qui rompit le silence.

− Qu'est-ce que tu en penses, Harry ? demanda-elle, inquiète.

Il ne répondit pas tout de suite. Ses pensées s'enchaînaient dans sa tête à une vitesse record. Il était torturé par son esprit tiraillé entre ses sentiments à l'égard de Rogue, sa confiance en Dumbledore et sa logique qui analysait les indices laissés par Dumbledore. Il finit par répondre :

− Je ne sais pas. D'après Dumbledore, Rogue aurait agit sous ses ordres.

− Cela signifie que Rogue lui a fait part des projets de Voldemort, ajouta Hermione qui semblait le guider vers une réponse.

− Oui, répondit Harry sans plus de précision.

Il avait du mal à admettre ce qu'il pensait et il voulait que ce soit Hermione qui amène la conclusion.

− Et quel serait pour un mangemort comme Rogue l'intérêt de confier à Dumbledore la mission qui lui était imposée ?

− Aucun, reconnut-il.

− Vous voulez dire que cette ordure de Rogue est de notre côté ? demanda Ron avec véhémence.

− Tous les signes le montre, non ? interrogea Ginny sans vraiment attendre de réponse. Mais Dumbledore a mentionné le repentir de Rogue, et il a dit que tu savais de quoi il s'agissait… ajouta-t-elle en s'adressant à Harry.

Son cœur fit un bond. Il ne lui avait jamais parlé de cela. Devait-il le lui dire ?

− C'est lui qui a lancé Voldemort sur la trace de mes parents en lui révélant une partie de la prophétie. Et Dumbledore m'a bien fait comprendre qu'il était sincère lorsqu'il lui a fait part de ses regrets.

− Ses regrets ?! s'exclama Ron. Mais il détestait ton père.

− C'est ce que je lui ai dit. Mais le contenu de ce parchemin est bien plus important non ?

− Oui, mais le problème est ailleurs, intervint Hermione. Comment comptez-vous joindre Rogue ?

Cette nuit là, Harry ne dormit pas facilement. Rogue, celui qu'il considérait comme le pire des traîtres et des assassins après Voldemort était devenu en quelques minutes un allié. Mais aucune solution ne venait à eux et ils se résolurent ce soir là à sommeiller dans l'ignorance du présent et du futur. Où se trouvait Rogue ? Comment le joindre ? Allait-il vraiment les aider ? Et si oui, Comment ? Ces questions fusaient dans la tête de Harry et lorsqu'il trouvait une réponse probable à l'une d'elles, une autre venait indubitablement s'imposer à son esprit. Mais alors qu'il émergeait derrière ses rideaux à baldaquin, il n'était pas plus avancé. Il voulait en parler avec Hermione.

Il la trouva en ce samedi matin dans la salle commune quelques minutes plus tard alors qu'il sortait des dortoirs.

− Salut Harry ! Bien dormit ? lança-t-elle énergiquement.

− Oui pas trop mal.

− Suis moi. On n'a pas le temps de discuter.

Mais à peine avait-il eu le temps de protester qu'il ne voyait déjà plus que le tournoiement de ses cheveux bruns disparaître par le trou du portrait. Il dut courir pour la rattraper.

− Ca t'ennuierait de m'expliquer ce qui te passe par la tête parfois ? lui dit-il dans un mélange d'exaspération et d'agacement.

Hermione marchait vite et grimpait les escaliers quarte à quatre.

− Tu te rappelles quand j'avais dit qu'on pourrait se renseigner de certaines choses dans des livres du chemin de traverse ? Et bien on n'a même pas mis le nez dedans. Alors je suis aller faire un tour dans la salle sur demande ce matin, et j'y ai découvert des livres… et des livres… − elle levait les yeux au ciel comme émerveillée par cette représentation idéale d'un étalage de livres tout à sa disposition, un amassement de livres presque magiques.

− Et ? questionna Harry. Tu connais ma passion pour les livres Hermione.

− Et bien j'y ai trouver le moyen de communiquer avec des personnes dont on ignore la position géographique et sans éveiller les soupçons. Certains livres traitent même des Horcruxes ! Les Horcruxes Harry !

− Chut Hermione ! avertit Harry alors qu'ils croisaient un groupe de poufsouffle.

Ils arrivèrent haletant dans le couloir du septième étage et pénétrèrent dans la salle sur demande. Hermione se précipita sur une des nombreuses étagères, en sortit un livre qui la fit chanceler et le posa sur le bureau dans un bruit mat étouffé par la poussière qui s'était accumulée sur la couverture et qui se dissipa dans un petit nuage de fumée. Le livre était énorme, relié de cuir et ornementé d'une écriture émanant d'une lueur dorée. Harry lut le titre de la couverture.

− « Libri egressorum vel scientia flagitiosarum ignotorum animorum ». C'est du latin. Qu'est-ce que ça veut…

Mais à peine eut-il le temps de poser sa question qu'elle trouva sa réponse alors que le livre s'ouvrait brusquement comme par enchantement. Un titre à l'écriture élancée, fine et flavescente courait la première page. Et ils purent lire :

Livre des sorts ou la science des âmes sombres et infâmes.

− Je t'avais dis que j'avais déniché de très bons livres, dit Hermione avec un sourire devant la mine ébahie de Harry. Celui-ci parle des sorts de défense et d'esquive, d'attaque et même de sorts très complexes. Il traite aussi des actes les plus affreux commis par les mages noirs. Il mentionne même les Horcruxes et le moyen de les détruire.

Harry restait muet d'admiration devant la trouvaille d'Hermione. Un livre énorme, intelligent d'après ce qu'il venait de voir, et qui allait leur mâcher le travail. Il tourna la page et ne trouva qu'une page blanche. La deuxième était toute aussi blanche que la première. Et ainsi de suite. Il fronça les yeux et se tourna vers Hermione.

− Comment espères-tu travailler avec un livre qui ne contient rien ? demanda-t-il.

− Demande-lui, dit-elle simplement toujours avec son grand sourire qui commençait à l'agacer sérieusement.

Harry avait la désagréable impression de se retrouver face à face avec le journal de Tom Jedusor. Rien n'était lisible sauf si l'on en faisait la demande.

− Sortilèges impardonnables, dit-il au hasard.

Les pages du livre se soulevaient comme si un courant d'air soudain était apparu. On pouvait désormais voir des textes illustrés s'étendre sur plusieurs pages. Bien entendu, aucune des illustrations ne montrait réellement les sorts. Mais uniquement comme Maugrey les leur avait présentés, avec des animaux de petite taille.

L'endoloris :

Sans doute le pire après le sortilège de la mort. Quoique la mort serait préférable à l'état de folie qu'il peut engendrer sur ses victimes. C'est le seul et unique sortilège qui, lorsque l'on est sous son emprise, on se surprend à envisager n'importe quel échappatoire du moment que cela cesse…

− C'est assez réaliste comme description, annonça Harry qui parlait en toute connaissance de cause.

Cette allusion à l'insupportable lui rappelait la sensation qu'il avait ressentit le soir où Voldemort avait pris possession de son corps. Une douleur si profonde et si intense qu'il avait supplié que la fin le submerge.

Il trouvèrent dans le livre, qui allait devenir leur plus précieuse source d'informations, beaucoup de sortilèges utiles tels que le Manusalvatrix que Harry avait exécuté parfaitement lors de son premier cours de défense contre les forces du mal, ou encore l'Incarcifors qui faisait s'abattre sur l'adversaire une lourde cage de barres métalliques étanches aux maléfices. Ils y découvrirent un peu plus tard alors qu'ils avaient embarqué l'inestimable bouquin dans leur salle commune désertée, le moyen de communiquer avec leur ancien professeur, assassin de Dumbledore, agent double et mystérieux allié, Severus Rogue. Mais la technique était plus que complexe et l'explication dénuée de toute clarté. Harry en retenu que son appel apparaîtrait aux yeux de Rogue sous forme de signes. Mais il avait envisagé d'obtenir des éclaircissements auprès d'Hermione un autre jour. La journée était à peine entamée et Harry avait déjà fourni ce qui était pour lui l'équivalent d'une journée pleine et entière de travail intensif.

Le seul moyen de décompresser pour Harry, une bonne séance de Quidditch. La sensation de liberté lui apparaissait au moment même où il sentait le vent frais lui glisser sur le visage. Sur un balai, il oubliait tout… tout, sauf le Quidditch et la saison qui pointait le bout de son nez. Harry avait complètement oublié les essais. Ses préoccupations dues aux récents événements avaient monopolisé son esprit. Il n'avait pas le temps de faire passer de véritables essais et s'était donc rabattu sur un choix par défaut. Il conserverait Ron en tant que gardien. Ginny occuperait toujours son poste d'attrapeur avec Demelza Robins. Et les deux batteurs, Coote et Peakes, avaient bien mérités leur deuxième année dans l'équipe. Le seul problème résidait dans le poste de poursuiveur laissé vacant par Katie Bell. Il allait donc faire passer une séance d'essais en espérant qu'ils ne seraient en aucun cas semblables à ceux de l'année passée.