Trop gentille pour toi, Potter !

Chapitre 2

(Syndrome Univers Alternatif)

Lily courait le long d'un couloir, son souffle se répercutant dans le silence ombré du château. Derrière elle, elle entendait les pas de Remus qui la suivait, aussi inquiet qu'elle. Ils tournèrent encore à droite, elle traversa Peeves qui était en train d'écrire des obscénités sur un mur avec un feutre moldu rouge puis, sans se poser plus de question et se rappeler qu'elle était préfète, atteignit la porte de l'infirmerie.

« Les visites sont terminées, » asséna directement l'infirmière sans jeter un regard sur la personne qui venait de passer l'entrée.

« Mais madame – »

« Non. » Elle leva les yeux de ses papiers et un sourire froid, presque sans vie, se forma sur son visage. « Oh… Les préfets, je suppose que c'est pour monsieur Potter ? » Elle déposa sa plume et s'approcha d'eux, les regardant chacun dans les yeux, tour à tour, comme si elle y cherchait quelque chose de précis. « Il dort, revenez demain. »

« Mais – »

« J'ai averti le directeur de ce qui s'était passé. Rentrez à vos dortoirs. Je ne veux voir personne ici cette nuit ! »

« Qu'est-ce qui s'est passé ? » demanda Lily, inquiète, en entrant tout de même dans l'infirmerie pour jeter un regard autour d'elle. Il n'y avait qu'un lit dont les rideaux étaient tirés.

« Vaine tentative miss Evans. » La sorcière se leva et la repoussa presque violement à l'extérieu. « Ceux qui cherchent les problèmes n'ont que ce qu'ils méritent ! »

« Mais mada - »

La porte claqua devant elle, lui enlevant les mots de la bouche. Cependant, sans se décourager, Lily rétorqua à la porte, prête à se battre crocs et dents dehors pour avoir une explication.

« Psst, Lil ! » Le bruit venait du mur derrière elle. Fronçant les sourcils, elle s'approcha et percuta un corps… Peter. Ça mais bien sûr, la cape de James ! Il en avait fait une telle fête quand son père la lui avait donnée cet été. Avec finesse, elle se glissa sous le tissu coulant comme de l'eau, ne pouvant se retenir de s'émerveiller encore de la texture.

Elle se retrouva bien vite coincée derrière le dos de Peter qui était en éclaireur, et contre le torse de Sirius qui fermait la marche. « Et Remus ? » chuchota-t-elle en observant le troisième garçon essayer de déterminer l'endroit où ils étaient.

« J'ai mes tickets d'entrée, Lily, » lui fit-il lui-même savoir. Lorsqu'ils furent tous prêts et Lily reconcentrée sur le but de la manœuvre, qui n'était pas de sentir le torse de Sirius dans son dos et de s'émerveiller de sa presque parfaite constitution, ils s'avancèrent doucement et Remus rentra, laissant la porte ouverte derrière lui le temps qu'ils se faufilent.

« Mr Lupin, allez dans le lit du fond à droite. » Madame Pomfresh claqua la porte du pied, sans lâcher des yeux une série de potions qui s'alignait devant elle.

« D'habitude, j'ai le lit de gauche, » fit remarquer le loup-garou, se dirigeant tout de même là où elle l'avait indiqué. Dans une heure, elle irait dormir et il aurait tout le temps de fouiller à la recherche de renseignements sur James – voir même de lui parler s'il était réveillé.

« Je ne suis plus votre Médicomage, » lui apprit-elle. Elle colla une petite étiquette et se dirigea vers le placard pharmacie, l'air un peu plus revêche que d'habitude. Remus songea qu'elle devait être de mauvaise humeur – pas qu'ils s'entendaient bien d'habitude, mais le dialogue était plus… cordial.

Haussant les épaules, Remus commença à se déshabiller. Avec des gestes habitués, il ouvrit le placard accolé sur le dessus du mur et en sortit une de ces robes de malades horribles, blanche et bleu clair. Il l'étendit sur le lit, grimaça, puis retira ses chaussures et le pantalon qu'il n'avait pas eu le temps d'enlever dans le train.

Quand James avait fait son malaise, ils s'étaient tous rapidement précipités à l'avant du train, le corps de leur ami flottant derrière eux, pour trouver quelqu'un de responsable. Le conducteur avait expliqué que le professeur chargé de la surveillance du voyage était assis dans le dernier compartiment à l'arrière. Ils avaient donc repris leur course dans l'autre sens, évitant de choper au passage les têtes des curieux qui les observaient passer. Quand ils étaient arrivés, ils s'étaient aperçus avec soulagement que cette année, aucun professeur ne s'était désigné et que c'était l'infirmière elle-même qui somnolait calée contre la banquette.

Sirius, Remus et Lily ne s'étaient pas changés, patientant avec James, puis envoyés de force au banquet par une Pomfresh un peu énervée, et affronté avec sérénité les regards des curieux qui ne comprenaient pas pourquoi ils avaient tenus à garder leurs vêtements moldus.

« Bonsoir. » La voix douce et posée fit sursauter Remus. Il voulut se retourner, s'emmêla les pieds dans son pantalon et tomba à plat ventre par terre. Le rire qui retentit juste au-dessus de lui était étourdissant de légèreté. Un rire joyeux et plein de vie. Honteux, il releva doucement les yeux. Il aperçut d'abord les chaussures, des ballerines rouges qui laissaient deviner un pied fin.

Des chevilles minces, des jambes longues et brillantes, le bord d'une tunique blanche, à mi-cuisse, un corps magnifique, une poitrine gonflée, un décolleté provoqué par trois boutons ouverts sur le dessus de la robe, des cheveux bruns profonds, bouclés et soyeux. Des yeux bleus, électriques, envoûtants. Des lèvres roses, minces et pulpeuses à la fois. Des pommettes hautes et saillantes, des joues roses.

Remus déglutît difficilement, se sentant soudain parfaitement idiot avec son pantalon descendu sur ses chevilles, ses jambes maigres, ses cicatrices, devant cette sublime jeune femme. Elle devait peut être avoir vingt-cinq ans. Précipitamment, il se rhabilla et ne put s'empêcher de rougir.

« Je suis Poppy Pomfresh, » se présenta-t-elle d'une voix un peu hésitante d'abord. Elle lui tendit la main. Il fixa celle-ci un long moment avant de la saisir. Sa peau était douce et onctueuse. Il la garda dans la sienne un peu plus longtemps que nécessaire. Elle n'était plus une petite fille. C'était une poigne d'homme, une poigne assurée et confiante.

« Mme Pomfresh est – »

« Ma mère, oui. » Elle lui sourit et reprit sa main. Il regarda ailleurs, essayant de reprendre ses esprits, de se rappeler comment on respirait, comment son cœur était censé battre moins vite. « Elle prend sa retraite à la fin de l'année, c'est moi qui vais la remplacer. Je viens juste de terminer mes études de Médicomagie. »

« Oh. » Il tenta à nouveau un regard vers elle, plus assuré cette fois. Objectivement, elle était très belle. Et subjectivement – bien, il pensait ce genre de choses qu'il vaut mieux ne pas citer. « Vous allez travailler ensemble cette année ? »

Un long soupir lui répondit. La perspective de travailler l'année avec sa mère ne semblait pas enchanter la jeune Pomfresh. Il rit légèrement, retrouvant sa contenance habituelle. Il appuya son dos contre le lit et elle se pencha un peu en avant, pour attraper quelque chose derrière lui.

Son souffle se coupa tandis que ses yeux glissaient malgré lui vers le décolleté qui était venu se placer juste sous son nez. Il déglutit très difficilement. Une effluve fruitée lui parvint au nez – du pin et du jasmin s'il reconnaissait. C'était frais et agréable, même pour son odorat développé qui d'habitude ne supportait pas les parfums. Il sentait une douce chaleur irradier de son corps, elle était presque collée contre lui. Il s'obligea à fermer les yeux, à reprendre son calme et la maîtrise de lui, avant d'agir à la Sirius – inconsidérément.

« Pop ! Je peux savoir ce que tu fais ! » La voix de Pomfresh senior les surprit tous les deux. La nouvelle infirmière perdit l'équilibre et Remus fit intervenir ses réflexes pour la rattraper avant qu'elle ne s'affale sur lui… Il lui semblait que la situation était assez embarrassante sans ça.

« Je… je prenais la robe, derrière lui, » s'expliqua la fille en désignait la robe d'hôpital. Madame Pomfresh acquiesça sévèrement. Remus avait la nette impression qu'il avait fait quelque chose de mal aux yeux de la femme – mais il était incapable de déterminer quoi.

« Dépêche-toi un peu, » l'enquit la mère. « Mets-le au lit et donne-lui ses potions, puis va dormir. Nous avons du travail pour demain. »

« Oui, Pomae, » souffla l'autre en fixant ses pieds. Quand sa mère fut partie, elle s'éloigna du lit et dit à Remus, sans lui jeter un regard : « Habille-toi, je suis dans la pièce d'à côté. »

Le jeune homme s'exécuta tranquillement, se demandant pourquoi elle appelait sa mère par son prénom. Il finit par hausser les épaules, se disant que chaque famille avait des secrets. Le plus important pour le moment était de comprendre ce qui lui arrivait. Pourquoi était-il si nerveux quand l'infirmière était là ? Il n'avait jamais rougi avant aujourd'hui. Etait-il malade ?

Il s'allongea dans le lit, vit la presque retraitée quitter l'infirmerie, puis sa nouvelle infirmière réapparut, le visage fermé. Il devait définitivement y avoir un problème avec la mère. Sans un mot, elle lui tandis un gobelet remplit de liquide fumant bleu. « Je suis obligé de boire ce truc ? » se plaignit Remus en grimaçant.

« C'est toi qui voit si tu as envie de mourir de douleur demain soir ou pas. » Elle regarda ailleurs un instant, perdue dans la contemplation du rideau de James. Des rires étouffés retentirent et Poppy fronça les sourcils.

« At'chou ! » imita piteusement Remus. Elle arqua un sourcil et se retourna vers lui, avant d'à nouveau fixer le lit de James, puis lui. Il était grillé. Elle avait forcément compris qu'il y avait là quelqu'un qui ne devrait pas y être – et que lui, Remus, l'avait aidé.

« Et bien monsieur Lupin, vous faudrait-il aussi d'agripine ? »

« Non merci, » dit-il tout de suite. « Et mon nom, c'est Remus ! »

« Bonne nuit, monsieur Lupin, » Répéta-t-elle en se dirigeant vers l'autre malade. Vite, il fallait trouver quelque chose.

« Je peux vous appeler Poppy ? » demanda-t-il bêtement. Elle se retourna, et il sentit ses joues chauffer à nouveau, c'était étrange. Elle sourit gentiment et se rapprocha de lui, il avait l'impression que son cœur était remonté dans ses tempes et battait fort, très fort.

« Seuls mes amis peuvent m'appeler comme ça. » Elle rabattit une couverture sur lui puis passa les draps sous le matelas. Elle essayait quoi, de le ligoter au lit ? Une autre série d'images inconvenantes apparut devant ses yeux.

Remus sentit son visage se tordre bizarrement. Oui, cette journée était définitivement bizarre. « Pourquoi je dois venir ici la nuit avant ? » questionna-t-il, sans vraiment savoir pourquoi il voulait qu'elle reste près de lui. Ah si, c'était pour éviter que ses amis se fassent prendre… Il ne pouvait y avoir d'autres raisons de toute façon, non ?

« Pour prendre votre potion. »

« Oui, mais pourquoi je dois venir dormir ici à la place de dans mon dortoir ? Pourquoi je dois aussi rester ici la nuit après ? Je veux dire, pourquoi je ne dois pas juste rester la journée qui suit ? »

« Pourquoi, pourquoi, » imita-t-elle avec une voix enfantine. « J'ai l'impression que vous avez encore quatre ans. » Ses yeux rencontrèrent les siens un instant, puis elle demanda à son tour, d'une voix qu'il trouvait charmante : « Avez-vous quatre ans monsieur Lupin ? »

« Non. » Pourquoi sa bouche était-elle sèche comme ça ? Peut-être était-il réellement malade pour finir ? Ou bien son cœur avait élu domicile dans sa gorge, il l'obstruait et il ne savait plus parler correctement – ce devait être ça. Il tourna la tête. Il faudrait qu'il apprenne à supporter ce regard intense sans perdre contenance comme ça. « Hum… vous savez ce qu'a James ? »

« Bien sûr. » Elle s'assit sur le lit, tapota l'oreiller derrière lui. « Je suppose que tous ses amis auront un test demain. »

« Un test ? »

« Oui vous savez… » Elle fit un geste évasif de la main. « Ma mère supporte assez mal les jeunes qui osent se détruire la santé eux-mêmes. »

Il haussa un sourcil, perdu. « Eux-mêmes ? »

« Êtes-vous un ami de monsieur Potter ? »

« Un de ses meilleurs amis, oui, » confirma-t-il. Une ombre passa sur le visage de la jolie nouvelle infirmière, et elle perdit son sourire.

« Dormez bien, » termina-t-elle la conversation froidement.

« Attendez ! » Remus se releva, s'extirpa des draps surtendus et balança ses jambes hors du lit. « Qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'est-ce qui ne va pas avec James ? »

« Ne jouez pas à l'innocent ! »

« Mais on n'a rien fait de mal ! »

Elle se rapprocha dangereusement et commença à tapoter son torse en s'énervant, sans pour autant hausser le ton… C'était plutôt de plus en plus froid. « Quand on joue avec des drogues illicites, il faut s'attendre à avoir des problèmes. Vous avez la vie devant vous, vous avez tout le temps de faire des erreurs, de profiter de ce que vous voulez et vous choisissez de vous droguer ! Mais dans quel monde vivez-vous ? N'êtes-vous pas au courant que James est passé à trois pouces de perdre sa magie ? Ne savez-vous pas que les produits moldus interagissent avec la magie ! Oh, c'est agréable d'avoir des hallucinations pendant cinq heures avant de finir cracmol ? Vous trouvez que ça en vaut la peine ? Mais vous n'avez rien fait de mal, oh non, rien ! Ne venez pas pleurer que vous en payerez de votre vie ! »

Remus se sentit étourdi un moment tandis que ses pas s'éloignaient et que la porte claquait. Son esprit était embrumé, il ne comprenait pas ce qu'elle venait de dire. Il y avait cette agréable chaleur là où son doigt l'avait touché et un sourire benêt naquit sur ses lèvres.

oOoOoOoOoOo

« L'année des buses est la plus difficile – avec la dernière. Il vous faudra faire preuve de beaucoup de courage, de persévérance, de travail et d'étude pour parvenir à réussir. Je sais que la plupart d'entre vous sont d'ores et déjà convaincus qu'on ne fait pas pire que l'an passé, et bien détrompez-vous. La cinquième est une année charnière qui signifie double du travail de la quatrième. »

Le professeur de défense contre les forces du mal, une certaine madame Gibbon d'après ce qu'avait dit Dumbledore à la répartition, remit une mèche de ses cheveux roux derrière son oreille et sourit à sa classe.

« Maintenant que j'ai récité le texte que Minerva m'a appris ce matin… » Quelques élèves rirent, et d'autres soufflèrent, contents de s'apercevoir que le ton ennuyé et la voix morne du professeur n'étaient pas naturels. « Venons-en aux choses sérieuses : qui êtes-vous ? »

« Et vous, vous êtes qui ? » grogna un garçon du fond de la classe. Plusieurs regards noirs lui répondirent, pour une fois qu'une prof avait l'air sympa, c'était pas le moment de se la mettre à dos !

Pourtant, loin de se décontenancer, elle sourit avant de proposer : « On va faire un jeu, à chaque fois que je vous pose une question, vous avez le droit de m'en poser une en retour – pour autant que ce ne soit pas obscène, bien sûr. » Il y eut quelques chuchotements et des sourires emplis de douloureuses promesses…

Sirius était assis au fond de la classe et regardait le gros nuage gris de droite avancer vers l'énorme nuage blanc de gauche en forme de femme. Le vent s'était un peu levé, accélérant la bataille. Maintenant, le gris était à moins d'un mètre, et la femme allait se faire empaler par l'énorme… nuage gris en forme de verge. Un sourire léger étira ses lèvres quand il se rendit compte à quoi les nuages arrivaient à le faire penser. Il se rassura en se disant qu'il ne devait sans doute pas être le seul adolescent de quinze ans avec ce genre de pensées.

La veille, Sirius s'était aperçu de quelque chose d'effrayant. Il se considérait, et à raison, comme un des plus beaux mecs de l'école – et sans doute le plus beau de Gryffondor. Il n'était pas aussi aveugle que James semblait le penser. Il voyait ces filles qui lui faisaient signes et sourires – il était beau, c'était un fait. Ce qui était effrayant c'était qu'il n'avait jamais embrassé une fille. James, Remus, Peter… Même Lily l'avait fait ! (enfin pas une fille, mais embrassé quand même !) Et lui, Sirius Black, aurait toujours les lèvres chastes comme ces deux gouttes d'eau qui venaient à peine de naître de l'union du nuage blanc avec le gris ?

« Monsieur Black ? » La voix haute et proche le fit sursauter. Il tourna la tête et se retrouver nez à nez avec la nouvelle prof. « Que faites-vous de si intéressant ? »

Sirius sentit un rictus se former sur sa bouche. Il n'en pouvait rien, il trouvait les profs si ridicules par moment ! Et celle-là, avec son 'et si on jouait' allait sans doute l'énerver encore plus – il ne supportait pas être considéré comme un gosse.

« Je regardais les nuages s'envoyer en l'air, » murmura-t-il, suffisamment fort pour qu'elle entende. Bizarrement, ses sourcils ne se froncèrent pas (comme McGonagall), ses joues ne se colorèrent pas (comme Chourave), ses poings ne se serrèrent pas (comme Pomfresh) et elle ne soupira pas de désespoir (Comme… comme tout le monde en fait). Elle leva les yeux vers le ciel et un petit sourire étira ses lèvres.

« C'est vrai… certains regardent et d'autres font, » remarqua-t-elle avec un sourire… Hum, Sirius n'essayait pas de qualifier ce genre de sourire. Surtout chez une prof.

Lily faillit recracher toute l'eau qu'elle avait fait couler en douce dans sa bouche par dessous le banc quand elle entendit le sous-entendu graveleux de… Elle releva les yeux pour voir qui avait osé dire ça en clase, et là, ça ne manqua pas, elle toussa et l'eau s'étala sur son banc avec un gros splatch.

La prof tourna la tête vers elle et s'approcha. « Comment vous appelez vous ? »

« Evans, » murmura Lily en baissant les yeux. Elle se sentait bête de s'être faite prendre ainsi. Il s'agissait juste de boire un coup d'eau en classe sans que le prof le remarque, vu que c'était interdit.

« Bien, Miss Evans, sachez qu'il est admis de boire pendant mon cours, sauf si votre but est de transformer ma classe en piscine, d'accord ? »

« Oui, madame, » soupira la jeune fille en sentant son cœur ralentir doucement. Elle semblait être une bonne prof – sympathique au moins, il restait à voir si elle était compétente et… pas trop exigeante. Lily se souvenait avec peur du nombre de cinquième année de l'année précédente qui avait fait des crises de nerfs et s'étaient retrouvés à l'infirmerie à cause de la masse de travail.

Le professeur Gibbon lui sourit amicalement, remit encore sa mèche derrière l'oreille et se retourna, laissant tout le loisir à Lily d'admirer à quel point ses cheveux à elle était ternes et sans vie par rapport aux siens. Comment cette femme faisait pour avoir un roux aussi éclatant, plein de vie, lumineux, et en même temps plus auburn que carotte était un vrai mystère pour la jeune fille. C'était ce genre de teinte qu'elle aurait aimé avoir si on lui avait laissé le choix du roux. C'était une belle couleur, considérant qu'étant elle-même rousse, elle ne supportait pas le roux, exactement comme celles qui ont les cheveux lisses les veulent frisés et ceux qui les ont bouclés les veulent lisses.

« Bien, et c'est quelle classe ici exactement ? » demanda-t-elle en observant ses étudiants « Ah oui, cinquième – je viens de vous parler des Buses, » se rappela-t-elle. « Et à en juger par vos cravates, j'ai hérité de la lourde tâche d'unir Gryffondor à Serpentard. »

Un grognement sinistre lui répondit. C'était sans doute le seul sujet sur lequel les deux maisons s'entendaient : il n'y aurait jamais d'union !

« Est-ce que les préfets peuvent se lever ? » demanda-t-elle. Lily se mit debout, suivie par Rogue, derrière elle, et Samantha Roots. « Et le quatrième ? » demanda Lévina Gibbon en regardant ses étudiants avec la tête légèrement penchée vers la droite.

« Remus est malade, il est à l'infirmerie, » signala Lily. La femme acquiesça, puis fit signe à Rogue et Roots de s'asseoir et à Lily de s'approcher. Elle lui tendit un bout de parchemin.

« Voilà Miss… Evans, c'est ça ? Il faudra que je m'entraîne à me souvenir des noms ! » Elle rit légèrement, puis reprit contenance. « Vous allez accompagner quatre élèves à l'infirmerie, mesdames Pomfresh aimeraient vérifier leur… hum, bonne santé. »

Lily acquiesça, voyant dans cela l'opportunité parfaite d'aller parler à James. Et puis, c'était chouette de s'apercevoir que même une prof qui ne connaissait pas son caractère lui faisait plus volontairement confiance qu'à Roots… ou Rogue.

Elle déplia une autre feuille et commença à appeler les étudiants dont elle avait besoin. « Alors, Sirius Black ? » Sirius releva la tête, étonné, puis se leva et rejoignit la porte de sortie, en attendant Lily.

« Ensuite, Peter Pettigrow ? » Le deuxième maraudeur lança un regard inquiet à Lily avant d'aller rejoindre son ami, la rougeur aux joues de voir tout le monde les fixer.

« Remus Lupin ? » Personne ne se leva « Remus, vous êtes là ? Oh, s'agit-il du préfet malade ? » Lily acquiesça et la femme regarda à nouveau sa liste pour désigner la dernière victime.

« Et Lily Evans. S'agit-il de votre sœur ? » demanda-t-elle à Lily par-dessus la table.

« Euh, c'est moi, » rappela Lily en baissant la tête, se demandant ce qu'on lui voulait. Le professeur Gibbon arrêta de sourire et jeta un coup d'œil au reste de la pièce.

« Bien, miss Roots, vous allez les accompagner dans ce cas. Pomae ne me pardonnerait pas de laisser ces quatre jeunes gens partir seuls. » Elle alla ouvrir la porte tandis que la jeune fille blonde de Serpentard partait devant, sans attendre les Gryffondors. Lévina se pencha vers eux et murmura : « Ne vous en faites pas, moi aussi j'ai été jeune, je sais ce que c'est. » Puis elle referma la porte pour continuer son premier cours, laissant Lily, Sirius et Peter se regarder dans le blanc des yeux une bonne minute avant de rejoindre Samantha qui les distançait de presque cinquante mètres.

oOoOoOoOoOo

Il avait mal à la tête. C'était tout bonnement horrible. L'impression qu'une bande de grapcornes lui était passée dessus. Merde, qu'est-ce qu'il avait bien pu faire cette fois ?

James tenta de soulever son bras de son lit, pour essuyer la sueur de son front qu'il devinait bouillant. Mais son corps lui semblait tellement lourd… fait de métal, de bronze ou d'acier… quel était le métal le plus lourd ?

Son corps lui donnait l'impression d'être fait en plomb. Au prix d'un effort sans nom, sa main s'abattit sur son front, repoussant quelques mèches hors de ses yeux. Il laissa retomber son bras avec délivrance. Il y avait du bruit de l'autre côté de la salle. Des cris.

Il fronça les sourcils, ignorant cette horrible manière dont sa tête sonnait et lui donnait l'impression qu'on lui broyait le crâne à coups de pieux. Il voulut la tourner vers la droite, mais se rendit compte avec horreur qu'il ne pouvait plus bouger… il était… il était paralysé !

James souffla, essayant à tout prix de se rassurer. Il avait soulevé son bras non ? Les cris s'amplifièrent, mais il ne parvenait pas à en distinguer le sens. Des voix masculine, un cri de femme… mais quoi ? Qu'est-ce qu'ils disaient tous ? Il déglutit patiemment, ignorant le feu qui remplissait sa gorge à cet instant, et referma les paupières.

Pourquoi était-il à l'infirmerie, à moitié mort dans son lit ? Cette question ne l'avait pas quitté depuis qu'il avait ouvert les yeux. Il se souvenait… bien, pas de grand de chose. Il allait être en retard pour le train – Remus et Sirius venaient de passer la barrière magique.

Il visualisait parfaitement le signe de la main qui lui intimait d'accélérer. Puis un train était arrivé sur la voie à côté, la 10. Ou était-ce la 9 ? Peu importe. Des dizaines de Moldus descendaient de tous côtés, emplissant le quai bondé. James avait accéléré, et bousculé un gars.

Oui, un mec avec un dragon sur la tête.… non, un Moldu – un dragon – une mallette… c'était assez confus. Comme des souvenirs vagues, éloignés. Des images floues. Il avait déjà eu cette impression quand des flashs de sa petite enfance revenaient.

Comme avec sa grand-mère. Elle était morte quand il avait cinq ans. Il ne se rappelait pas d'elle. Sauf de sa main, douce et vieillie. Il se rappelait parfaitement de la main de cette vieille femme sur sa joue d'enfant. La sensation était restée, pas l'image.

C'était la même chose. Le bruit de papier froissé, un cliquetis, du plastique chiffonné, un goût âcre dans sa gorge… Puis il avait dû lui arriver quelque chose à cet instant. Oui, la clé du souvenir manquant devait se trouver là – dans le goût âcre… mais comment savoir ce qu'il avait bien pu avaler ?

Alors qu'il se concentrait vaillamment pour recoller les impressions et les images, un puzzle improbable tant qu'impossible, une drôle de sensation l'envahit. Comme une force supérieure lui ouvrant la bouche de force et faisant couler un liquide dans sa gorge.

La main qui lui tenait le menton était douce et légère – certainement pas Pomfresh. Et la liqueur avait un goût de fraise. Il ouvrit brusquement les yeux.

L'image et le son s'entrechoquèrent dans son esprit encore engourdi. Une tête rousse qui se redressait brutalement avec un cri. Arght… pourquoi tout était si flou ?

« Y'u gaa bai cheu-eur »

James cligna des yeux – ou plutôt il sentit ses paupières s'abaisser et se relever quand il entendit la voix. Quoi ? Etait-il devenu sourd ? Avait-il atterri au Japon ? En Afrique ?

« Gaise, rhâ dwa ? »

Il sentit sa glotte remonter et descendre dans sa gorge. Merlin. Il commençait à avoir vraiment peur sur ce coup-là. L'ombre en face de lui sembla se pencher en avant – et un doute l'envahit. Et s'il était mort ? S'il était un fantôme ou quelque chose comme ça. Une douce odeur lui parvint au nez… de jasmin ou du romarin ? Il n'était pas sûr. Si c'était cela l'odeur de la mort…

Une sueur froide lui descendit le long de l'échine. Mourir… Non ! Il était trop jeune, en vie, en pleine forme ! Il ne pouvait pas mourir… pas maintenant. Pas avant cinquante ans et le dentier – et déjà, cinquante, c'était jeune…

Une main douce se posa sur son poignet.

« Tu m'en – bheu-anh ? Gais, Lhêu biè-quiète. »

Il attrapa et broya cette main, en répétant, criant, à la tentatrice : « Pas moi, s'il vous plaît, pas moi ! »

« James ! Lâche-moi, tu me fais mal ! » L'image et le son se reformèrent instantanément, ensemble, d'un coup. Il desserra son emprise sur Lily. Oui, il s'agissait bien de la jeune fille, assisse à côté de lui, le regardant avec inquiétude. « James, qu'est-ce que ? » Oh, bon anglais, formidable anglais… que te comprendre à nouveau est bon !

Il se racla la gorge, prêt à parler et sachant que ce serait d'une douleur sans nom, mais il ne sentit rien. Il leva un bras, puis l'autre. Bougea la tête de gauche à droite, puis de droite à gauche… tout était enfin redevenu normal.

Il demanda la première chose qui lui passa par la tête.

« Qu'est-ce que je fais là ? »

oOoOoOoOoOo

« Franchement, c'est ridicule madame Pomfresh. »

« Black, vous la fermez, vous vous asseyez sur ce lit et me donnez de la salive ! »

« Mais – »

« ET SANS DISCUTER ! »

Sirius souffla bruyamment et lança un regard agacé à l'infirmière qui feint de rien voir. Peter, assis dans un coin de la pièce, attendait son tour avec anxiété. Tout ce qui se passait en ce moment était vraiment trop bizarre.

James devenait à moitié fou, d'après ce qu'il avait compris… enfin, quand Heather était revenue dans le compartiment des Serdaigles de sixième, elle avait vraiment parue effrayée par le comportement de son ami. Apparemment, James se conduisait comme… ah, comment avait-elle dit ? Un débile mentale ? Un sous-développé du cortex ? Il ne se souvenait pas très bien, juste que ça avait un rapport avec la médecine moldue. Heather était une fille formidablement intelligente.

Et puis Sirius était arrivé, avec cet air aussi un peu effrayé à cause de James. Et réellement, si Sirius avait peur du comportement de James, c'est que celui-ci pouvait tout aussi bien aller se faire enfermer dans la section psy de Sainte Mangouste !

Mais Peter n'avait plus eu aucune nouvelle de James et franchement, il devait avouer qu'il ne s'en préoccupait pas beaucoup. Et pour cause, il était arrivé dans leur compartiment quelque chose d'encore plus bizarre et étrange que tout ce que pourrait faire James…

Lui, Peter Pettigrow, avait une sacrée touche avec une fille superbe, plus âgée et plus intelligente. Et comme si les dieux n'étaient pas assez tombés sur la tête comme ça, pendant que lui, le Peter benêt et un peu à la traîne embrassait, oui, embrassait vraiment cette fille géniale de Serdaigle, Sirius Black, celui qui figurait sans doute à la tête de la liste les mecs les plus canons et populaires de Poudlard, se faisait jeter par une fille.

Non mais sans blague, dans quel monde normal Sirius Black se prenait des vents pendant que Peter Pettigrow roulait des pelles à un canon ?

Et c'était tout justement cette conclusion qui avait permis à Peter d'élaborer sa théorie personnelle sur ce qui s'était passé dans le Poudlard Express : ils avaient voyagé dans un monde parallèle où les auras de charisme des gens avaient été échangées et tout cela avait résulté dans la perte de connaissance de James, la gifle sur la joue de Sirius, la langue dans sa propre bouche et l'oubli d'un truc aussi important que la réunion de préfets pour Lily…

Une seule question demeurait : pourquoi Remus s'en sortait-il indemne ?

« Pettigrow, sur la chaise ! » La voix de Pomfresh ramena Peter à la réalité. Prenant son peu de courage à deux mains, il se leva, prit la place de Sirius et cracha dans le petit tube que lui présenta l'infirmière sans rechigner. Bien, en fait, ce n'était pas très compliqué. En réalité, maintenant qu'il y réfléchissait, c'était bien plus facile de subir cet examen idiot plutôt que de comprendre qu'il faut pencher la tête quand vous embrassez une fille pour ne pas se cogner le nez et rompre la magie.

Peter aperçut son reflet dans un miroir et s'aperçut avec étonnement de sa mine réjouie et de son sourire que ne le quittait pas. Etait-ce une impression ou n'arrivait-il pas à penser à autre chose qu'Olga. Wouah, il commençait à vraiment s'enticher d'elle maintenant !

Du coin de l'œil, il aperçut Remus qui discutait avec une fille qu'il n'avait jamais vue. Plutôt genre adulte et super sexy. Sa robe d'infirmière – Peter ignorait qu'il y en avait deux à Poudlard – était bien plus courte que celle de madame Pomfresh, du genre qu'on voit dans les films moldus.

Remus avait une attitude bizarre, même de loin. Ses gestes étaient hésitants – pourtant, Remus était toujours tellement sûr et posé, même dans les grands moments de stress, chose que Peter avait toujours admiré – et il n'arrêtait pas de détourner les yeux, d'éviter de croiser le regard de la nouvelle soignante. Peut-être que Remus n'avait pas vraiment échappé au syndrome univers alternatif finalement. C'était juste plus discret. La fille avec laquelle le loup-garou parlait, éclata de rire puis passa sa main dans les cheveux de Remus.

De sa place, Peter aperçut le dos de la fille se figer tandis qu'elle se retournait et partait plus loin. Il échangea un regard avec Remus et celui-ci tenta vaillamment de sourire, mais c'était plutôt vain…

Le jeune garçon tourna la tête, se demandant une fois de plus ce que Pomfresh lui voulait, à lui et aux autres. Elle s'activait autour de lui, la baguette virevoltant en tous sens, comme cherchant une preuve d'une chose honteuse et regrettable. Peter n'avait pas le souvenir d'avoir fait une telle chose avec son corps. Il haussa les épaules et se mit à observer James.

Il venait de se réveiller apparemment. Lily était assisse sur le bord du lit et lui disait quelque chose. Une sueur froide glissa le long du dos de Peter quand il s'aperçut de cette chose – la main de Lily enlaçant celle de James sur la couverture.

Non, ce n'était pas possible, ça ne pouvait pas être possible ! Ils n'avaient pas le droit de les trahir ainsi. James et Lily devaient être amis, pas plus. Ça signifierait la fin de leur groupe, de leur entente phénoménale. Oh, si James se mettait à sortir avec Lily, il finirait par s'en lasser comme il se lassait de toutes les filles qu'il fréquentait. Et adieu l'amitié… Et que ferait Peter dans un groupe déchiré ? Ce n'est pas lui qui trouverait la force de trancher…

Sirius resterait avec James et Remus avec Lily, juste parce qu'il trouverait que c'était plus équitable – même s'il continuerait de voir James et Sirius en cachette. Et lui, Peter, serait seul. Ça ne pouvait arriver. Il était interdit dans les lois de l'amitié que James et Lily soient amoureux.

Puis soudain, ce que craignait Peter arriva. James et Lily ne s'embrassèrent bien sûr pas, mais Lily se leva, gifla celui qui était censé être son ami et cria.

« Ne t'approche plus jamais de moi, goujat ! »

Et elle partit en courant, sans écouter les cris de l'infirmière lui intimant de revenir tout de suite si elle ne voulait pas avoir une retenue sur le champ.

oOoOoOoOoOo

Sirius était assis dans un coin de l'infirmerie, et observait Remus rigoler avec Miss super infirmière dans un coin, et James et Lily se tenir par la main et discuter gaiement dans l'autre.

Même Peter avait une petite amie ! C'était pas le comble, ça ? Mais franchement, Sirius avait du mal à comprendre ce qui prenait à tout le monde. Comme si le fait d'arriver dans l'adolescence changeait quelque chose, comme s'ils étaient obligés de changer quelque chose à leur façon de voir le sexe faible.

Non mais vraiment, c'était une chose que le jeune Black ne saisissait pas. Lily était une fille, elle était sympa et ils étaient amis depuis quatre ans. Et ça ne serait jamais venu à l'idée du jeune homme de lui prendre la main.

Et puis, quand il voyait le nombre d'engueulades qu'elle avait eu avec James l'année précédente à propos du comportement scandaleux de celui-ci avec ces dames, il se disait que plus longtemps il se tenait loin d'elles mieux il se porterait.

Ce n'était pas comme s'il avait un jour désiré sortir avec une fille. Leur tenir la main, ça lui semblait ridicule. On marchait moins vite à deux, il fallait faire semblant d'écouter ce qu'elle racontait, et tout ce qui suit. Tenir la main d'une fille, comme pour dire, regardez c'est ma meuf, elle m'appartient et bientôt je l'attacherai au poteau au milieu de mon jardin.

Très peu pour lui.

Et puis, il avait vu Peter et Olga se rouler des pelles de dingues l'avant-veille, et ça l'avait clairement dégoûté. Echanger de la salive. Rien que ces quelques mots lui faisait dresser tous les poils de l'échine. Qui sait où avait traîné la langue de l'autre avant ? Quels genres de germes horribles avaient élu domicile dans sa bouche… Un échange en bonne et due forme d'un bouillon de culture ne lui disait rien qui vaille. Et puis, l'autre était un humain qui mangeait et digérait et tout… il ne voulait même pas imaginer les odeurs…

Très peu pour lui.

Enfin, Sirius se disait bien que si les autres – tous les autres – le faisait, c'est qu'il devait bien y avoir un côté positif… le sexe peut-être. Mais il doutait franchement que James, qui était pourtant l'homme à femmes de leur groupe, en ait déjà eu une session. C'était une chose qu'on faisait vers dix-sept, dix-huit ans, pas quatorze, quinze. Enfin, il espérait que ça, au moins, serait agréable. Il n'était même pas sûr de vouloir savoir. Il supposait quand même que coucher avec une fille avait le bon côté qu'il ne se réveillerait plus le matin dans des draps collants…

Tant qu'il le faisait au moins une fois avant de mourir, pour l'expérience, ça lui suffirait amplement.

Le cri de Lily le sortit de ses pensées. Il l'aperçut taper James puis partir en courant. James voulut sortir de son lit pour la suivre mais Sirius se précipita vers lui pour l'obliger à rester coucher.

« Qu'est-ce que t'as encore fait ? » questionna-t-il tandis que Pomfresh insultait le comportement emporté de la préfète.

« Rien ! » se défendit James en se recouchant quand même. « Je lui ai juste dit qu'on devrait recommencer. »

« Recommencer quoi ? »

« J'en sais rien. »

Sirius fronça les sourcils puis regarda son meilleur ami. Il avait eu l'impression que tout était redevenu normal depuis la veille. Enfin, il l'espérait. « Si tu me racontais plutôt, c'est pas que je comprends rien mais – »

James soupira. « Elle m'a parlé d'un truc qu'on avait fait ensemble hier, elle et moi, dans le train. »

« Un truc ? »

« J'ai oublié tout ce qui s'est passé, » précisa James avec un regard agacé que Sirius pouvait tout à fait comprendre vu la situation. « Mais elle avait l'air tellement contente de ce truc, que j'ai pas osé lui dire que je savais pas ce que c'était, ce truc, tu vois ? »

« Décision totalement idiote et infondée. »

« Elle m'a dit que j'étais dans un drôle d'état mais que sans doute sans ça, j'aurais jamais eu le courage de lui dire ce que je lui ai dit donc finalement c'était pas si mauvais. » Sirius fronça les sourcils, essayant de suivre. « Si je lui avais dit que j'avais oublié, elle n'aurait pas pu me répéter ce que j'avais dit parce qu'après, elle m'a dit qu'elle aurait jamais eu le courage de faire le premier pas et qu'aussi, elle avait réfléchi et qu'elle était d'accord. »

« D'accord avec quoi ? »

« Bonne question. » Il se gratta la tête, comme s'il fouillait dans des souvenirs inexistants. « Raison pour laquelle je lui ai dit que c'était chouette et qu'on devrait recommencer un de ces jours. »

« Mais tu ne sais pas ce que vous avez fait. »

« Raison pour laquelle elle doit prendre l'initiative de recommencer elle-même ce truc. »

Sirius souffla. « T'es complètement barje. » Il échangea un regard avec James, content qu'il aille mieux, tandis que le jeune homme luttait pour se souvenir de la moindre chose. « Bon, et maintenant, qu'est-ce qu'il t'est arrivé mec ? »

« Il est arrivé que votre inconscient d'ami, » les interrompit l'infirmière revêche, « a pris de la drogue moldue sans se douter que cela pourrait interférer avec ses aptitudes magiques, voilà ce qu'il s'est passé ! »

Sirius se retourna vers James, sidéré. « T'as fait QUOI ? »

« Mais rien ! » Le jeune homme fronça encore les sourcils, tentant de se souvenir. « J'ai avalé un truc, oui, blanc je crois. Le Moldu a dit que c'était pour… pour… du courage, c'et possible ? Ou de la chance, j'sais plus ! »

« De la drogue qui aurait pu vous rendre cracmol jusqu'à la fin de vos jour, Potter ! La prochaine fois, réfléchissez avant de mettre n'importe quoi dans votre bouche ! » L'infirmière leur envoya un regard noir à tous les deux, puis ajouta : « Le directeur va arriver pour vous sanctionner. A ce moment-là, j'aurai le résultat de l'analyse de salive de vos amis, et je saurai si vous dîtes vrai ou pas… parce que jeunes gens, si vous vous droguez, vous pouvez dire au revoir à Poudlard ! »

oOoOoOoOoOo

« Miss Evans ! » Lily sursauta, reportant son regard sur le professeur d'Histoire de la magie. « Voudriez-vous lire le texte ? »

« Oui, monsieur. » Elle se racla la gorge et vérifia le numéro de la page sur Remus avant d'ouvrir son livre et de commencer :

« Depuis l'orée du monde,
Jusqu'à la création
L'univers, de beauté et de bonté,
Ruisselait de toute part.

Mais l'Homme, imparfait, inconstant
La Nature dérangea, broya et maîtrisa.

Mère Gaia de sa colère
Les pauvres Hommes priva
Du don magique de leur naissance.

Quelques rescapés seulement
Echappèrent à la sanction
Echappèrent à la purge
Echappèrent à l'oubli.

Un nouveau monde ils créèrent
Dans le secret et l'ignorance
Leurs origines ils oublièrent.

De sa grande bonté
Mère Gaia les épargnera
Aussi longtemps que la Nature
Sera vénérée. »

« Bien, bien. » Binns qui semblait crouler sous ses longues années de vie, lissa sa moustache et regarda le texte avec une moue mélancolique. « Vous savez, quand j'étais jeune, on devait répéter ce texte sacerdotal avant chaque repas. » Il soupira. « Et aujourd'hui, on ne vous le fait même plus étudier… »

James se retourna vers elle et leva les yeux au ciel. Elle sourit avec amusement – puis se fustigea mentalement. Rhaa… Qu'il était dur de rester froide face à James Potter ! Mais elle s'était promis de ne plus lui parler et de ne pas lui pardonner… franchement, l'embrasser puis dire que 'c'était chouette et qu'il faudrait recommencer un de ces quatre', mais il se prenait pour qui ?

Cela faisait une semaine qu'ils ne se parlaient plus et que Lily s'était rapprochée de Swann, une fille de son dortoir sympa et pas trop fille. Elle ne se portait pas si mal en l'absence des garçons, malgré les demandes de pardon incessante de James. Mais elle ne plierait pas.

« Miss Evans, pourriez-vous me dire d'où provient ce texte ? »

« D'où il provient ? » répéta Lily, doutant que 'de mon livre' soit une réponse qui lui voudrait beaucoup de points…

« C'est un texte que tout sorcier digne de ce nom se doit d'avoir au moins entendu parler ! » s'exclama Binns avec humeur, ce qui surprit plusieurs personnes. Binns avait le chic pour ne jamais prononcer un mot plus haut que l'autre.

« Euh… eh bien… » Lily tritura ses mains, gênée de son manque de culture de magique. Elle y connaissait rien en poème elle ! Un papier apparut devant ses yeux, sur lequel il était écrit : « C'est un des textes fondateurs de la Qabale des Origines, bien sûr ! »

« Bien sûr, » railla Binns en fronçant ses sourcils blanc neige mais il sembla abandonner l'idée que sa meilleure élève ignore quelque chose de si évident que l'origine d'un des poèmes de la création et demanda : « Savez-vous à quels textes moldus il correspond ? »

« Le Notre Père ? » tenta la jeune fille, sans aucune idée de ce que ce texte était censé lui rappeler.

« Non, pas le Notre père, » souffla Binns d'une voix agacée. « Mais les textes de la genèse. C'est la notion de la punition divine qui doit retenir notre attention : de notre côté, la punition est que toute une partie de notre peuple a été privée de ses pouvoirs magiques – les Moldus – tandis que de leur point de vue, la punition a été la liberté, le mal, la douleur,… les Moldus sont très imaginatifs sur le sujet. »

« Pourquoi certains pensent que les Moldus sont inférieurs alors ? » interrogea la jeune fille. « Après tout, le texte dit qu'on vient tous d'un même peuple à la base, non ? »

Binns sourit d'un air navré de son manque de culture. « Ils veulent revenir à la première ère, Miss Evans. Si on supprimait tous les Moldus, nous aurions en quelque sorte droit à une deuxième 'chance', recommencer avec uniquement des sorciers. » Il remonta ses lunettes sur son nez, avant d'ajouter : « Les sorciers considèrent les Moldus comme inférieurs car ils représentent ceux qui ont courbé le dos devant la punition de Gaia. Les sorciers ont résisté à la punition en préservant leur immunité magique au contraire des Moldus – ils ont été lâches en quelque sorte. »

« Mais, » s'exclama Lily avec surprise et effarement, « enfin, c'est un mythe non ? Je veux dire, ça ne s'est pas vraiment passé comme ça, pas vrai ? »

Le professeur sourit. « Vous êtes d'origine moldue n'est-ce pas ? » Lily acquiesça en se demandant où il voulait en venir. « Combien de livres saints et de religions les Moldus ont-ils ? Et combien de guerres ont-ils mené en leur nom ? Et pourtant, il me semble tout aussi fabuleux d'imaginer Gaia privant les Moldus de magie comme punition que d'imaginer que les six milliards d'humains descendent des prétendus Adam et Eve, vous ne trouvez pas ? »

Lily rit avec les autres. Les cours d'histoire de la magie devenaient parfois intéressants quand ils permettaient de voir le monde moldu à travers les lunettes sorcières… tout du moins, c'était mieux que de connaître les noms impossibles des révoltés gobelins et harpies…

« Ce n'est pas tout, » reprit quand même Binns en se frottant légèrement le ventre. « Voudriez-vous nous lire le texte suivant, Miss Smith ? Notre but aujourd'hui était d'analyser de quelle manière Sagent l'Usurpateur Défroqué avait détourné les mythes sorciers dans son intérêt, et le mythe ayant été le plus couramment et sauvagement dénaturé est évidemment celui des Madusicèles. »

Shaïni se racla la gorge avant de commencer sa lecture et, durant tout le temps de celle-ci, Lily ne put détacher ses yeux de James, impossiblement attirée par lui comme un papillon de nuit vers la flamme d'une bougie. Il semblait en proie à la même sensation.

« Caïus avait en sa possession une boîte. Une boîte rouge et verte, dorée et argentée. Gaia la lui avait confiée, le faisant promettre de ne jamais l'ouvrir et ainsi, les hommes retrouveraient leur dignité aux yeux de la Bienfaitrice Nature. Caïus ne toucha jamais à la boîte qu'il enferma dans un coffre, au fond de son tombeau. Il ne parla jamais à personne de l'existence de ce trésor. Il s'était juré de ne jamais l'ouvrir, et il tint bon jusqu'à sa mort.

Trois jours après l'embaumement, sa femme, Pandore, vint se recueillir sur son tombeau ouvert lorsqu'elle remarqua l'objet lumineux. Elle l'attrapa d'une main, et le trouva si beau, si parfait, qu'elle l'emmena avec elle dans la maison. Elle résista quarante jours avant de l'ouvrir. Et les maux se répandirent sur terre, et Gaia pleura sur la bêtise des hommes.

Des années plus tard, dévastée, la Terre ne devait plus porter longtemps d'humains. Partout disette, horreur, douleur, maladie et méchanceté régnaient. Un homme, du nom de Prométhée, refusa une telle fin à son astre et à son espèce. Chargé du message de tout un peuple, il alla trouver Gaïa et plaida en faveur des hommes. La déesse leur accorderait une dernière aide, avant de disparaître dans l'oubli à jamais.

Gaïa alla trouver sa sœur, Terra, et ensemble, les déesses décidèrent de laisser aux hommes le pouvoir de disposer des hommes. Elles rassemblèrent l'entièreté de leurs pouvoirs dans une âme, sachant d'avance que l'abandon de leur magie pour les hommes causerait leur mort, et leur impossibilité d'agir une autre fois pour eux. Leur destin leur appartenait. L'Âme du Pouvoir fut sceller en deux comme ses sœurs précédemment, créant ainsi deux êtres, deux sorciers, qui à chaque génération apparaîtraient pour stopper la puissance néfaste.

Mais le prix à payer pour avoir poussé deux déesses à la mort fut fort, et les deux sorciers à qui incomberaient le devoir d'aider les hommes à vaincre le Mal devraient s'aimer d'un amour fort et sincère, dédiant leur vie entière à leur Amour et à leur Cause.

Car de leur union naitrait l'espérance, le pouvoir des dieux confié aux hommes.

Car de leur désunion se nourrirait le désespoir, malédiction d'une vie de souffrances.

Un homme. Une femme. Une âme. Deux sacrifiés. A chaque génération. Pour nous aider. »

It's time to forget about the past
To wash away what happened last
Hide behind an empty face
Don't ask too much, just say

A beautiful lie, 30 Seconds To Mars