Trop gentille pour toi, Potter !

Chapitre 5 (1/2)

(Croyez-vous au miracle de Noël ?)

Témoignage de Anna DTJL Nonamed, an 958, traduit du Kalimangraphic Ancien.

C'est une chose qui ne s'explique pas, une chose que si peu de gens savent. Je les ai vus, de mes propres yeux. Ce qu'ils sont capables de faire lorsqu'ils sont ensemble et l'amour qui se dégage de leur union. C'est à la fois incroyablement effrayant et inexorablement attirant. Personne sur cette planète ne peut concevoir la profondeur du lien les unissant, la prospérité que leur bonheur fait éclore tout autour d'eux et la détresse du monde quand ils se déchirent.

Les Madusiècles sont le meilleur et le pire de l'humanité, et c'est parce qu'ils sont avant tout humains que nous les chérissons et les haïssons tant.

Ils nous font peur, parce que Bob et Bobette ont détruit la moitié du continent. D'autres viendront après et soigneront cette terre. Ils sont terrifiants mais magnifiques. Ils sont le clair et l'obscur habitant le cœur de chaque Homme et j'ai foi qu'un jour nouveau viendra où leur but sera pacifique. Peut-être dans cent ans, peut-être dans mille. En attendant, nous ne pouvons faire que les chercher et les observer.

Et quelque fois, nous pouvons apprendre d'eux.

En l'an 500, le Maduhomme Nobuo-san écrivit un manuscrit sur la Puissance de l'appel que lui et sa moitié avaient ressenti après leur intronisation à l'Arcade sacrée. Il y décrivit le sentiment enivrant de ressentir le monde en vie à portée de doigt et rédigea un traité sur le don de préscience animant les Madusciècles, ce sixième sens leur laissant entre-apercevoir le futur et les actions devant être prises pour réaliser ces visions prophétiques. Sa longue analyse de l'influence de chaque acte sur le cours du temps est à la base de ce que nous appelons aujourd'hui divination et, bien que les parchemins soient depuis longtemps perdus, nombreux sont les exemples de l'impact majeur de ce texte sur la communauté magique et sur la relation des sorciers à la magie.

Parce que les Madusiècles ont aidé à la fondation de notre société et ont posé les socles sur lesquels nous évoluons encore aujourd'hui, j'ai foi que le retour prochain aidera l'humanité dans sa quête de connaissance et de savoir.

Pour plus de renseignements, voir Témoignage 'Une force extraordinaire dans un monde ordinaire', Anika DTJL Nomini.


« Tu couches avec Aubrey ? »

Le jus de pamplemousse que Pétunia venait d'ingurgiter se déversa élégamment sur la table. Les yeux manquant de lui sortir de la tête, elle releva le regard sur l'ami de sa sœur, complètement décontenancée.

« Dis-moi que j'ai mal entendu ta question. »

Le sourire amusé qui traversa le visage du garçon fit peur à Pétunia : elle avait en effet une bonne ouïe. Heureusement pour la blonde qui était figée de stupéfaction, sa sœur mit un coup de coude bien senti au le jeune homme.

« On ne pose pas ce genre de questions ! » le réprimanda la rousse avant de mordre dans son croissant. Et d'ajouter : « Pas au petit-déjeuner. »

« Lily ! » s'exclama avec vigueur Pet, d'un ton qui voulait dire 'on n'en parle pas non plus au dîner et au souper ! '

Un sourire d'excuse plaqué au visage, la rousse avala le reste de son cacao et se leva alors que James, bien décidé à ne pas abandonner la partie, ajoutait un détail. « Je l'ai vu entrer dans ta chambre hier soir. »

« Et alors ? » répliqua Lily à sa place. « Elle a dix-huit ans, elle fait ce qu'elle veut avec son petit ami, non ? »

« Mais ce ne te dérange pas d'imaginer ta propre sœur en train de faire ça dans la chambre d'à-côté ? »

« Est-ce que j'ai le droit de participer à la conversation sur ma vie sexuelle ? » s'enquit alors Pétunia.

« Et j'espère bien qu'elle est inexistante ! » La voix sévère calma la conversation aussi sûrement que la neige est froide. La mère des deux filles passa la porte de la cuisine en dardant tout le monde d'un regard intense mais contrairement à d'habitude, pas glacial. Il avait plutôt l'air… serein – peut-être même joyeux.

Le silence retomba dans la pièce tandis que Dorina se servait un café fort et, au grand étonnement de ses filles, qu'un sourire ornait son visage d'habitude las. Lily et Pétunia échangèrent un regard, content mais aussi craintif, car peu de choses mettaient leur mère de bonne humeur.

« Et tu es ? » questionna la quadragénaire qui était absente la veille quand James était apparu sur le pas de la porte de Evans. Lily n'avait pas demandé à sa mère l'autorisation d'inviter James, elle savait qu'elle ne l'aurait jamais eue et ne comprenait pas pourquoi la pluie de cris ne s'était pas encore abattue sur elle.

« James Potter, un ami de Lily. » Elle acquiesça, manquant de faire tomber Lily de surprise. Sagement, la rousse s'assit pour observer la suite de l'échange intrigant.

« Bien sûr, le frère de Jane. » La mère se tourna alors vers la fille : « Dis-moi Lily, je croyais que tu étais amie avec la sœur, pas le frère. Et à propos tu me préviens d'abord la prochaine fois que des gens viennent dormir à la maison. »

« Oui, » assura Lily en soufflant intérieurement. Elle se demanda combien de temps encore elle ferait croire à sa mère que James avait une sœur. Que ses amis avaient tous une sœur en fait. C'était un peu ridicule, non ? Que sa mère lui fasse peur au point qu'elle soit incapable d'avouer que ses amis étaient des garçons à sa propre mère.

« Ma sœur est restée au château pour les vacances, » se dépêcha de préciser le jeune homme, sans pour autant se faire entendre.

« Cela fait cinq maintenant que je vois ces jeunes hommes vieillir et que ces jeunes filles sont aussi absentes que des fantômes, » remarqua Dorina en se servant une seconde tasse de café fumant.

« Oh et bien en fait – » essaya encore James mais Lily, forte de croire que son âge ayant augmenté elle pouvait dire la vérité à sa mère, avoua simplement que :

« James n'a pas de sœur maman. »

« Mmm. » Aussi étrange que cela sembla à tout le monde, Dorina Evans se contenta d'acquiescer et déjeuna calmement.

« Je… » se lança Lily, essayant de tirer parti au maximum de la bonne humeur maternelle. « Je me demandais si je pouvais aller quelques jours à Simplex Carritas ? »

« Il y aura qui ? »

« Les parents de James, James et sûrement Remus. »

Dorina fronça les sourcils et laissa son regard voguer à l'extérieur de la maison. Elle semblait perdue dans ses pensées et à peine prêter attention à la discussion. « D'accord, » finit-elle par déclarer avant de se lever et, aussi calmement qu'elle était entrée, elle sortit en murmurant : « Il faut que je vois Déborah. »

Le verre que la rousse tenait se fracassa sur le sol et elle se tourna vers sa sœur. « Est-ce qu'elle parlait de Déborah Evans… notre belle-mère ? »

oOoOoOoOoOo

Sirius ouvrit les yeux et ne bougea pas d'un millimètre dans son lit. Il était fatigué. Il passait ses journées à être fatigué, à traîner les pieds et à ne rien faire. Comme si le fait de ne rien faire le fatiguait encore plus que le fait d'être actif – comme c'était le cas habituellement. Ou bien alors, il était en train de rattraper quinze ans de sommeil en retard. Possible. Il ne lui semblait pas qu'il faisait une dépression (ça expliquerait la fatigue chronique) mais remarquait-on ce genre de maladies ?

Il tourna la tête à gauche puis à droite pour vérifier qu'il n'y avait personne. Et c'aurait été étrange qu'il y ait quelqu'un. Si Sirius s'ennuyait autant, ce n'était pas simplement qu'il y avait trop d'heures dans une journée, mais surtout qu'il était tout seul.

Les vacances de Noël étaient arrivées, emmenant avec elles tous les autres Gryffondors de cinquième. Il ne restait personne à part lui, ni dans son dortoir, ni du côté des filles.

En réalité, il l'avait bien cherché. Il avait raconté à James et Lily qu'il rentrait chez lui. Ce qui était faux – il n'avait jamais eu l'intention de passer les fêtes de fin d'année en famille. Mais il ne pouvait pas faire autrement que de leur mentir, eux deux l'auraient invité à venir passer les vacances chez l'un ou l'autre, il le savait, et il n'avait pas la force de faire ça, encore. Il avait assez donné l'an passé.

Pour les vacances de quatrième, la maison de James avait été son refuge, c'était à peine si les Potter ne l'avaient pas adopté comme un second fils. Il ne remercierait jamais assez James pour avoir d'aussi formidables parents. Mais passer des fêtes censées familiales chez un copain, c'était difficile. Sirius avait été mal à l'aise et ne s'était jamais senti à sa place à chaque fois qu'il y avait un réveillon, une réception ou simplement une allusion au cocon familial.

Il avait aussi dit le mensonge de son retour à Squarre Grimaurd à Peter – de toute façon, celui-ci allait dans un pays de l'est (Albanie s'il se souvenait correctement) et c'était déjà étroit pour leur seule famille. Mais comme Peter ne savait pas garder un secret, Sirius n'avait rien dit.

Quant à Remus, il était au courant. Sirius lui avait dit son intention de rester seul au château pour les vacances et il lui avait passé un savon. Tout un long sermon sur la raison d'être de Noël, du besoin de se retrouver dans une famille – même une de substitution, d'être entouré d'amour et tout le blabla. Puis, il avait assuré à Sirius qu'il allait s'ennuyer. Qu'il ne tiendrait jamais quinze jours tout seul.

Eh bien, Remus avait parfaitement raison. Cela faisait une semaine. Demain soir, c'était le réveillon de Noël et cela allait faire trois jours que Sirius n'avait même pas quitté le dortoir. Il ne s'était pas levé, pas habillé, pas lavé. Rien. Pas même coiffé, ni même brossé les dents. Il devait faire peur à voir. Les elfes de maison avaient même décidé de venir nettoyer le dortoir alors qu'il était là, sans lui prêter plus d'attention qu'à un meuble. Puis, au milieu du deuxième jour, il y en avait un qui lui avait apporté de la nourriture et de l'eau. Comme ça, il avait vraiment pu disparaître sous ses couvertures jour et nuit.

Ce drôle de sentiment qu'on appelait la nostalgie des fêtes (ou un truc comme ça) s'était emparée de lui. Il était léthargique, et moins il faisait, moins il avait envie de faire.

Pourtant, aujourd'hui 23 décembre, en fixant le plafond vide de son dortoir vide de la tour presque vide, il prit une décision. Il était temps de se reprendre en main. Il compta jusque cinq, sauta hors du lit et fit quelques pompages pour se réveiller.

Ensuite, il fila dans la salle de bains, en prenant bien soin de prendre toute la place qu'il voulait pour étaler ses affaires car pour une fois, il avait un dortoir de quatre personnes pour lui tout seul. Lorsqu'il sortit de la douche, presque une heure plus tard, chaque millimètre de son corps et de ses cheveux lavé avec soin, il était d'une humeur nettement meilleure et plein d'énergie.

En fait, il se sentait plus en forme que jamais – il avait dormi pendant presque une semaine entière ! Lorsqu'il eut fini de s'apprêter, il descendit les escaliers en courant et se précipita dans la grande salle, un sourire aux lèvres. Il avait l'impression de revivre, bien qu'il n'ait rien fait de spécial. Il salua tout le monde d'un geste chaleureux – même les Serpentards – puis lança un 'bonjour ! ' des plus enthousiastes à la table des professeurs.

Sirius Black n'était pas fait pour rester enfermé toute la journée au même endroit sans rien à faire. Il devait absolument se trouver une occupation. Alors qu'il se servait son déjeuner – abondamment, il mourrait de faim – il se mit à réfléchir. Que faire pour combler ses vacances de solitaire ?

Il y avait l'idée des devoirs, mais ils étaient tous complets. Ça lui avait pris les trois premiers jours. Il aurait bien préparé l'une ou l'autre farce mais sans les autres garçons, ce n'était pas la même chose.

À la fin du repas, le moral de Sirius était déjà retombé. Il n'y avait rien à faire dans ce foutu château. Pas même quelques Serpentards à asticoter. Seulement des petits étaient restés, et Sirius ne s'ennuyait pas assez que pour ennuyer les gamins. Il y en avait deux de septième aussi, mais il n'était pas assez suicidaire que pour asticoter les septièmes.

Il décida d'une petite promenade dans les couloirs, peut-être découvrirait-il de nouveaux passages secrets ? Puis, il pourrait se trouver une petite salle et s'entraîner encore un peu à se métamorphoser en chien. Le processus entier (homme-chien puis chien-homme) lui prenait encore plus d'une minute, ce qui était trop lent.

James le faisait en quarante-trois secondes trente centièmes lui, ils avaient fait la course l'autre jour. Sirius devait s'améliorer à ça. En fait, sous sa forme de chien, il pourrait même aller faire un petit tour en forêt.

Ragaillardi par cette bonne perspective, il suivit les deux troisièmes et les deux septièmes qui étaient restés aussi pour noël vers la tour Gryffondor. Les plus petits étaient deux gamines gloussant tout le temps – et il préférait grandement le silence du dortoir vide à elles – et les grands étaient en fait un couple qui était resté pour être ensemble. Autant dire qu'ils n'avaient pas vraiment envie de se lier d'amitié avec Sirius.

Mais, alors que tout le monde continuait à avancer, une drôle d'odeur lui vint au nez. Du bois brûlé. C'était ce genre d'odeur caractéristique que sa forme d'animal l'avait forcé à apprendre car pour un chien, feu signifie danger immédiat. Alors, comme il y avait enfin quelque chose d'intéressant (au moins, quelque chose sur quoi fouiner) il alla à droite.

Des cris lui parvinrent, avec de plus en plus de clarté au fur et à mesure qu'il s'approchait de la classe de défense contre les forces du mal. Il finit par s'appuyer sur le mur, juste à côté de la porte, là où il s'était tenu plusieurs mois auparavant, lors de 'l'incident'.

On aurait dit une conversation télévionique (mot moldu que Lily lui avait appris lors des dernières vacances d'été. C'était quand deux Moldus se parlaient via une sorte de cornet et ça, peu importe l'endroit où ils étaient). Lévina Gibbon parlait, puis quelqu'un que Sirius n'entendait pas répondait (il espérait pour la santé mentale de sa prof que quelqu'un répondait) et ça continuait ainsi.

« N'insiste pas maman, je ne viendrai pas. » Sirius sourit. Ainsi, même les adultes avaient des problèmes avec leurs parents ? C'était rassurant. « Quoi ? Tu sais très bien que je ne passe jamais Noël en famille, je ne vois pas pourquoi - » Il y avait eu une interruption, que Sirius n'avait bien sûr pas entendue. Il se demandait quel moyen de communication ils utilisaient.

« Maman ! » Le cri le sortit de ses pensées. « Mais non, je ne crie pas ! » La mauvaise foi féminine en plein. « Et n'inclut pas Noémy là-dedans, ça n'a rien à voir ! » Sirius s'assit à même le sol, les yeux fermés, attentif. Ça commençait à devenir intéressant. « Non, et je n'ai jamais demandé que tu le fasses ! » Il soupira. Ne pourrait-elle pas être un peu plus claire ? « Je t'en prie ! C'est toi qui a refusé de la faire adopter. » Les yeux de Sirius s'ouvrirent instantanément. Il se rassit correctement, droit et alerte. Qu'est-ce que l'adoption d'une petite fille venait faire là-dedans ?

« C'est hors de question, n'y pense même - » Nouvelle interruption. Cette fois, accompagnée du bruit d'une explosion et de l'odeur du bois brûlé qui avait mené Sirius là. Il se releva et alla observer par l'interstice de la porte ce qui se passait. « Et n'inclut pas Mort là-dedans ! » Mort ? Une sueur froide descendit le long du dos de Sirius. Ils allaient tuer la gamine ? « Oui, bien sûr, je suis une horrible petite allumeuse et lui n'a aucun tort ! »

Sirius secoua la tête. Il ne comprenait rien. Doucement, il entrebâilla un peu la porte et aperçut le dos de son professeur face à la cheminée dans laquelle brillaient des flammes vertes. Mais pourquoi n'entendait-il pas la réponse du correspondant (la mère) du professeur Gibbon alors ?

« Maman, ça suffit comme ça. Je ne veux plus avoir cette conversation. » Elle portait un tailleur rouge vif et des collants noirs, lui donnant un air de petit chaperon rouge. « Je suis toujours la mauvaise, non ? » Mais un petit chaperon rouge sexy. « C'est ça, joyeux noël à toi aussi, » déclara-t-elle la voix lasse. « Et remets mes vœux à Noémy. » Une sorte de grognement lugubre sortit du thorax de la jeune prof alors que la personne dans le feu répondait. Sirius la vit, avec une vitesse impressionnante, sortir sa baguette et carboniser un banc.

Il recula d'un pas. Si elle était énervée à ce point-là, mieux valait qu'elle ne le trouve pas là. « Non, et ce n'est plus Léa, c'est Lévina. Ça suffit comme ça. Je viens de voir qu'un de mes étudiants est là, je vous aime tous les trois, à la prochaine. »

Le jeune homme regarda à côté de lui, le couloir était désert, bien évidement. Et pas seulement désert : long et vide. Rien pour se cacher. Avec appréhension, il recula un peu et entreprit d'avancer, les mains dans le dos, en sifflotant. Il y avait peut-être une chance qu'elle le croit là par hasard ?

Il y eut un drôle de bruit à l'intérieur de la pièce, comme si on arrosait quelque chose, puis la voix du professeur dans ce qu'elle avait de plus sévère retentit : « Black ! Ramenez-vous ici tout de suite si vous êtes un Gryffondor bon sang ! »

Ouah. Elle n'avait vraiment pas l'air de bonne humeur.

oOoOoOoOoOo

« Maman est devenue folle. »

« Non, elle l'était déjà. Déborah est devenue folle. »

Lily et Pétunia échangèrent un regard. Leur père se tenait devant elles, l'air complètement perdu et dans un état déplorable. Elles venaient de découvrir la raison de la bonne humeur de leur mère : leur père avait trompé leur belle-mère avec une fille beaucoup plus jeune qu'elle, exactement comme il l'avait dix ans plus tôt en décidant de quitter sa famille pour aller vivre avec sa secrétaire. Il semblerait que partager la même expérience douloureuse d'être rejetées au profit de quelqu'un de plus jeune avaient rapproché leurs deux femmes qui s'étaient unies pour se venger d'Evan.

« Papa ! » s'écria Pétunia d'un ton dur. « Tu l'as trompée avec une gamine de quinze ans ! »

Le père grimaça mais ne se défendit pas. Il se sentait suffisamment coupable comme ça. Prendre conscience de non seulement avoir déçu les deux femmes de sa vie, mais ses enfants aussi. Quel genre d'homme était-il donc ?

« Tu m'excuses, mais je crois que je vais être malade. » Pétunia sortit précipitamment de la pièce. Evan échangea un regard avec Lily.

« Princesse. »

« Tu as trompé maman avec une fille qui avait cinq ans de plus qu'elle papa ! Et là, tu trompes cette fille trois fois plus jeune que toi avec une gamine de MON âge ! »

Evan soupira et se passa une main dans la tignasse hirsute de ses cheveux. Il avait vraiment honte de lui, dans des moments comme ça, quand Lily et lui se disputaient violemment. « Ce n'est arrivé qu'une fois ! »

Les yeux furibards, il était prêt à parier que s'il avait été n'importe qui d'autre que son père, Lily lui en aurait retourné une. Peut-être était-cela le problème : il n'était pas assez responsable pour être adulte. « Qu'est-ce que tu dirais si je t'annonçais avoir couché avec un type de cinquante ans hier et qu'après coup, il m'a simplement dit que j'étais 'une erreur' ? »

« J'irais lui casser la gueule, » répondit avec franchise Evan et il sentit un profond dégout de lui-même monter en lui en prenant conscience de ce que lui disait sa petite princesse. Cassandra avait le même âge que Lily. Seigneur…

« Tu imagines ce que doivent ressentir ses parents en ce moment ? Et elle ! » Lily le dévisagea et Evans se sentit encore plus lamentable. « Tu sais que ça s'appelle de l'abus sur mineur ? Tu pourrais aller en prison ! »

Evan se laissa tomber sur le lit et passa une de ses mains tremblantes à travers ses cheveux. « Je sais, Lily, je sais. Si tu savais comme je regrette… »

« Pourquoi t'as fait ça, papa ? » demanda-t-elle et quand Evan releva les yeux vers elle, il ne vit qu'une petite fille fragile et terrifiée de découvrir que son père n'était qu'un humain et que lui aussi faisait de terribles erreurs.

« J'en sais rien, » murmura-t-il en secouant la tête. « Seigneur Dieu, je suis vraiment le pire des pères, pas vrai ? »

Lily soupira et vint s'asseoir à côté de lui sur le lit.

« C'est arrivé tout seul, Lily, je t'assure, » se sentit-il forcé de s'expliquer. Il ne pouvait supporter le regard dégouté et déçu qu'elle posait sur lui. « J'ai perdu le contrôle juste un instant et… »

« Tu t'es tapé ta stagiaire ? » conclut Lily.

Evan fronça les sourcils, voulant dire à sa fille de surveiller son langage, qu'il ne voulait pas la voir parler ainsi – mais il n'était pas dans une bonne position pour faire ce genre de remarques, n'est-ce pas ?

« Tu es trop jeune pour comprendre, Lily, » se défendit-il finalement. « Quelques fois, les hommes ont des besoins – »

« T'es pas un animal, que je sache ! » le coupa-t-elle. « Garde tes excuses minables pour Deb et maman et les parents de cette pauvre fille ! Papa… » reprit-elle plus calmement. Elle se tourna vers lui et lui prit les mains. « Tu te rends compte que tu as problème, pas vrai ? Tu peux pas continuer comme ça… Tu vas vraiment réussir à détruire toute notre famille si tu ne changes pas de comportement. »

Evan ferma les yeux, douloureusement confronté à la réalité par sa fille cadette. Quand avait-elle grandi à ce point ? Il la prit dans ses bras pour la serrer contre lui.

« Je te promets que je vais faire attention à l'avenir, » promit-il en lui embrassant le sommet du crâne. « Merci de ne pas me tourner le dos, Lily. Tu n'as pas idée à quel point – »

« Si tu crois que je ne te déteste pas à cet instant précis, tu te trompes, » assura-t-elle mais il sentait qu'elle s'accrochait à lui dans son dos et il resserra son étreinte. Lily et lui avaient toujours été très proches et il s'en voulait de lui faire du mal ainsi. Il aurait tout donné pour pouvoir rester un homme parfait aux yeux de sa petite fille.

« C'est la dernière fois, Lily, » promit-il avec les meilleures intentions du monde de s'en tenir à cette résolution cette fois. Mais il savait qu'il n'était qu'un homme, et un homme faible, et que les femmes avaient toujours été son pêché mignon. Et quand une jeune fille comme Cassandra se jetait sur lui, il n'avait aucune idée de comment résister à la tentation.

Quel exemple terrible il faisait pour ses enfants.

« Je t'aime Lily, » dit-il en se reculant pour la regarder dans les yeux. « Je t'aimerai toujours, tu le sais pas vrai ? Quoi qu'il se passe… »

Elle acquiesça en détournant le regard et il sentit son cœur se tordre dans sa poitrine. Il savait qu'une guerre faisait rage chez les sorciers et que les gens comme Lily – et sa famille avec – étaient des cibles privilégiées. Et il savait que si elle ne criait pas, ne l'insultait pas et ne refusait pas de lui parler en ce moment, c'est parce qu'elle avait été confrontée bien trop jeune à la précarité de la vie et vivait continuellement dans la peur que ce soit leur dernière conversation.

Il aurait tellement voulu la protéger de tout ça et ne parvenait qu'à rajouter à son fardeau.

« Moi aussi je t'aime papa, » soupira-t-elle enfin.

Evan se dit qu'il avait encore beaucoup de boulot devant lui avant de redevenir le père parfait qu'elle avait un jour vu en lui…

oOoOoOoOoOo

« Et vous voulez me faire croire que vous êtes passé par hasard devant ma classe à l'exact moment où je faisais exploser l'un de mes bancs ? » Lévina se tenait devant lui, les mains sur les hanches, l'air très en colère. « Et que ça n'a pas piqué votre curiosité légendaire au vif ? »

Touché. « Heu… » Sirius grimaça. Elle faisait toujours ça. L'attraper en l'emmêlant dans le non-sens de ses excuses. C'était insupportable chez elle, cette manie à toujours deviner ses mensonges. Comment était-il censé ne plus être puni si elle démolissait ses excuses bidons à chaque fois ? Puis, une idée lui vint en tête. « Vous allez me donner une retenue ? » demanda-t-il, plein d'espoir.

Les bras tombèrent le long de son corps et pour une fois dans sa vie, Lévina se retrouva sans voix. « Pourquoi demandez-vous ça d'un ton plein d'espoir ? » questionna-t-elle en retour en plissant les yeux. « Vous êtes au courant que les retenues sont censées vous punir, pas vous amuser ? »

Sirius sourit. Il adorait ça aussi chez elle. Elle était capable en une seconde de passer de la fureur totale à l'étonnement en oubliant complètement de passer par la case punition. « C'est-à-dire que… je m'ennuie un peu en ce moment… »

Elle fronça les sourcils. « Vous vous ennuyez Black ? » Puis elle secoua la tête, attrapa un arrosoir vert qui était posé sur son bureau et que Sirius n'avait pas remarqué plus tôt, et se mit à faire tomber l'eau sur un tas de cendres. « Vos amis ne sont pas restés avec vous ? »

Il secoua la tête. « Je suis seul – dans le dortoir, dans la salle commune, partout. Et c'est un peu… ennuyant. » Il répéta le mot – et cela l'énerva. Parce qu'il aurait voulu donné l'impression d'être quelqu'un d'occupé. « Les fêtes de familles, c'est pas trop mon truc. »

Une fois l'arrosoir reposé, les cendres se mirent à redevenir brunes et peu à peu, une chaise poussa sous le regard étonné de Sirius. « Moi non plus, » confia-t-elle, les yeux dans le vide un instant. « Vous auriez dû me le dire avant, que vous n'aviez rien à faire pendant les vacances. »

« … Pardon ? » Il avait sans doute mal entendu.

« Jersey Colman me l'a dit, qu'elle serait seule – ses parents reformulaient leurs vœux et partaient en lune de miel. Alors, je lui ai trouvé cette colonie moldue. Vous auriez pu y aller aussi – vous auriez appris le ski et vous ne vous seriez pas ennuyé un instant. »

« Du ski ? » interrogea Sirius. Qu'est-ce c'était ce truc ? Et puis, passer les fêtes avec des Moldus, merci bien !

« Oh, je sais, ça n'a pas l'air super dit comme ça mais Jersey vient de m'envoyer une lettre : elle s'amuse tellement bien qu'elle a demandé à y retourner en été. » Lévina sourit à nouveau et ses yeux se perdirent dans le vide. « Moi aussi, j'aimais beaucoup ça. »

Un instant de silence passa. Sirius ne bougea pas, il se contenta de la regarder – la belle grande et mince Lévina Gibbon, dans son tailleur rouge, avec ses collants noirs et ses chaussures à talons. Puis il se souvint d'elle dans sa jupe en jeans et son top noir. « Vous êtes d'origine moldue ? » demanda-t-il après un moment. « Vous portez souvent des habits moldus, et puis, ces colonies aussi… »

Elle haussa les épaules. « J'étais juste assidue à l'étude de moldus quand j'étais encore à Poudlard. » Elle retourna s'asseoir à son bureau et sortit un verre, un petit verre, et le remplit d'Ambriorix. Elle lui adressa un sourire complice. « Vous en voulez un verre, Black ? »

Il la regarda, mi-choqué, mi-honoré. « J'ai le droit ? » Sa voix ressemblait sans doute à celle d'un enfant à qui on vient de promettre le plus cadeau du monde pour son anniversaire. « Enfin, je veux dire, vous m'autorisez ? » reprit-il d'une manière plus mature (croyait-il).

Elle haussa les épaules à nouveau. « Vous êtes assez grand pour savoir si vous résisterez à un verre d'alcool, non ? » Puis, sans attendre de réponse, elle sortit un second verre de la petite armoire située derrière son bureau. « Et puis, c'est pas tous les jours Noël ! »

Sirius acquiesça, amusé du fait que la première personne à le trouver suffisamment âgé pour boire un verre (mis à part l'été où sa mère s'était mise en tête de faire de lui un œnologue amateur) était une prof. Il attrapa une chaise et la mit sur l'estrade, en face du bureau de cours où elle était déjà installée. Et l'idée de lui rappeler que Noël était dans deux jours ne lui traversa pas l'esprit.

« Maintenant Sirius, » déclara-t-elle avec un sourire détendu. « Racontez-moi ce que vos noëls en famille ont de si horrible. Je parie que je vous bats. »

oOoOoOoOoOo

« Lily, James, quelle bonne surprise ! »

Eleonore et William Potter se détachèrent immédiatement, leurs joues se colorant de rouge. Les deux adolescents n'avaient pas pensé qu'en rentrant dans la cuisine en ce matin de veille de réveillon de Noël, ils trouveraient les deux adultes enlacés et appuyés contre la cuisinière.

Lily se mordit les lèvres, amusée, et échangea un regard avec James. Qu'est-ce qu'elle aurait donné pour trouver ses parents dans une telle position, elle ! Mais James fixait attentivement le sol, une grimace collée au visage, comme si le fait que ses parents soient collés l'un à l'autre relevait du cauchemar.

« Désolé pour ça, » dit la mère de James, en avançant vers eux, un sourire tendre apparaissant sur ses lèvres. « 'Faut pas croire, ce n'est pas toujours comme ça. »

« C'est rien, » coupa Lily en mettant un coup de coude à James, qui sursauta. « C'est beau les gens qui s'aiment, hein, James ? »

Le jeune homme la regarda comme si elle débarquait de Mars. « Ce serait encore plus beau si je n'entendais pas mes parents quand ils s'aiment, » déclara-t-il en tournant les talons.

Eleonore soupira puis partit derrière lui en disant qu'elle allait lui parler. William envoya un sourire crispé à Lily qui ne comprenait rien.

« Il-comment dire, » commença le sexagénaire en paraissant gêné. C'était angoissant de le voir gêné, parce que William Potter avait toujours beaucoup impressionné Lily par sa confiance, son air jovial et sa prestance. « Il nous a surpris dans une position plutôt sans équivoque avant-hier soir. »

Lily fronça les sourcils, ne comprenant pas. Avant-hier soir ? Ce n'était pas comme si elle avait pu se souvenir de quelque chose (puisqu'elle n'était pas là) mais quelques heures après, James avait débarqué chez elle, à Capel, et lui avait demandé (supplié) l'hospitalité.

« Je veux dire, tu sais, en pleine action, » finit l'Auror avec une grimace qui signifiait clairement son horreur à lui aussi quand son fils les avait surpris.

« Oh. » Les joues de Lily se colorèrent. Ça expliquait au moins pourquoi James s'était soudain intéressé à la vie sexuelle de sa sœur le matin suivant. Il devait toujours être choqué par ce qu'il avait vu. Après tout, on disait toujours que le sexe en vrai, c'est très différent de ce qu'on en raconte avant d'avoir essayé, non ? Et puis, ses propres parents… Lily frissonna.

Cela la ramena à ce qu'elle avait appris en revenant de Poudlard. Son père avec une gamine de son âge. Ça aussi, c'était dégoûtant et horrible – on pouvait facilement être choqué par ce genre de choses. Heureusement, Lily n'avait pas trop d'imagination. Elle ne voulait pas imaginer son père faisant ça. Elle ne voulait pas se rendre compte de ce que cela signifiait vraiment quand Pétunia disait 'Il a encore couché avec sa secrétaire – sauf qu'elle était stagiaire et avait quinze ans'.

Son papa resterait toujours son héros. Elle ne le voyait que deux fois l'an, il était hors de question qu'elle lui fasse la tête, le boude ou refuse de lui parler. Pétunia pouvait faire ça – elle était là tout le temps, à dix kilomètres de lui – Lily pas. Elle n'aurait pas droit aux explications dans quelques semaines. Elle avait quinze jours avec son père, avec sa mère, sa sœur et son frère, et elle en profitait à fond.

Will, comme à son habitude, lui proposa à boire et à manger, lui dit de s'installer où elle le voulait et de faire comme chez elle. Et bien que Lily avait du mal à faire « comme chez elle » chez quelqu'un d'autre, elle réussit à ne pas rester au milieu de la cuisine debout à ne rien faire. Après tout, après plusieurs étés passés ici, elle commençait à prendre ses marques.

Elle alla donc dans le jardin où une épaisse couche de neige recouvrait toute la pelouse. De loin, elle aperçut deux grandes tâches sombres accourant vers elle. Les chiens de James étaient deux gros molosses baveux qui auraient pu servir à assurer la sécurité du manoir à eux seuls. Non seulement étaient-ils imposants et effrayants, mais ils étaient en plus très intelligents. Quelque fois, Lily avait l'impression de les voir échanger des coups d'œil comme pour se mettre d'accord sur la marche à suivre.

Comme si cela ne suffisait pas, ils avaient reçu un entraînement de base à leur naissance, dans un fenil spécial du ministère. Ils étaient des chiens-soldats, entraînés à éviter les sorts au maximum. Avec le début de la guerre, l'équipe canine de la brigade magique avait été décimée et le Ministère avait décidé de fermer le fenil spécial. Les Potter avaient réussi à sauver ces deux-là d'une mort certaine.

C'est donc debout, la véranda encore ouverte derrière elle, et dans la neige que Lily regardait ces deux énormes cabots courir dans sa direction et elle ne put retenir la petite boule d'angoisse : et s'ils ne me reconnaissaient pas cette fois ?

Le premier, Catulle, apparut réellement au-dessus de la petite côte du jardin (qu'on aurait aussi bien pu appeler parc). C'était un gros molosse, un peu plus gras que la dernière fois que Lily l'avait vu, aux poils noirs grisonnant au niveau des pattes depuis sa naissance, avec des yeux, noirs également, qui ressortaient par leur humidité et entourés de poils plus clairs et les oreilles qui pendaient légèrement sur les côtés de sa tête, des babines roses et une mâchoire puissante.

Le deuxième le rattrapa et le poussa de l'épaule, ayant dans l'idée de le dépasser. Catulle dérapa dans la neige et s'étala avant de glisser sur plusieurs mètres. Capsulle, comme s'il regrettait son geste, s'arrêta et jappa, en attendant que son compagnon se soit arrêté et l'ait rejoint au galop pour reprendre la course.

Lily éclata de rire – voilà que c'était les chiens qui lui faisaient une démonstration de fairplay sportif. James apparut derrière elle. « Qu'est-ce qui te fait rire ? » questionna-t-il avant de voir les deux gros toutous en train d'accourir. Le visage du garçon se décomposa. « Oh non… » alors que les deux chiens, ayant aperçu leur jeune maître, avaient relevé les oreilles. Lily rigola encore plus – pour peu, on aurait dit qu'ils avaient échangé un sourire espiègle. En tout cas, elle n'avait plus rien à craindre des chiens maintenant.

Car quand Capsulle et Catulle apercevaient James, ils ne pouvaient pas s'empêcher de lui sauter dessus-sur lui et personne d'autre. Il pourrait y avoir une centaine de personne à droite les bras chargés de nourriture et jouets pour chiens, si James était à gauche, les chiens iraient à gauche.

Le visage décomposé, le jeune Potter se mit à courir dans le jardin à son tour, poursuivi par des chiens aboyant à s'en rompre la gorge. Puis, ce qui devait arriver arriva, et Lily fut littéralement secouée de spasmes de rire : James trébucha, s'étala dans la neige et, alors qu'il tentait de se remettre sur ses genoux, Catulle l'écrasa de tout son poids, le faisant se ré-étaler dans la neige. Capsulle, arrivé une seconde plus tard, ne sauta pas, il préféra lécher la neige sur le visage de James, qui grimaçait en le repoussant.

Capsulle était un peu plus grand que Catulle et blanc. Tout blanc, sauf les pattes où les poils étaient presque noirs, ainsi que sur son museau, ses oreilles et autour de ses yeux. Une autre raison qui avait poussé le ministère à se débarrasser de ces deux chiens était leur gentillesse et leur incapacité à se cacher ou passer inaperçus, bien que Capsulle était quasi invisible dans la neige.

Après plusieurs minutes de bataille acharnée, Lily finit par aller aider James. Il lui suffit d'ouvrir la bouche et de dire le nom des chiens pour que ceux-ci se rapprochent d'elle et s'asseyent, attendant sagement leurs caresses – qu'elle ne manqua pas de leur donner quand elle aperçut l'état de James – mi-bave, mi-neige.

« C'est pas drôle, » grogna-t-il en revenant vers l'entrée et en observant les chiens du coin de l'œil pour s'assurer qu'ils n'allaient pas à nouveau le plaquer au sol comme des lutteurs professionnels. « Je déteste ces clébarts ! »

« C'est faux, » chantonna Lily sans se départir de son sourire. « Hein les gros toutous, vous êtes gentils ! »

James lui envoya un regard noir, puis aux chiens aussi. Ce qui était une mauvaise idée. Catulle courut vers lui et posa ses deux grosses pattes avant sur le buste de James – qui tomba à nouveau, sur ses fesses cette fois – et se mit à lui faire de petites papouilles dans le cou.

« Regarde ! » dit Lily. « Il s'excuse. »

« Oui mais… non, pas là ! Cat', et Ah, mais c'est – -non ! Arrête, tu… c'est ! » James se débattit encore quelques minutes avant de finir par flancher sous les yeux adorables de l'animal. Il lui flatta le dos. « C'est bon, t'es pardonné, » finit-il par grogner.

Capsulle releva les oreilles comme si il avait compris le sens de ses mots car il se dirigea vers James à son tour. « Noooon ! » s'exclama leur maître en relevant les mains devant lui pour se protéger. « T'es pardonné aussi toi » et il retourna à l'intérieur en grognant quelque chose à propos d'une douche.

« J'adore ces chiens, » murmura Lily.

Elle les observa encore, s'installant sur un petit banc en pierre, jouer avec la neige. Tout serait tellement plus facile, si j'étais un chien, songea-t-elle.

Elle avait fait un drôle de rêve, la nuit dernière. James dormait à côté d'elle dans le lit (car Aubrey était censé occuper la chambre d'ami et Dorina semblait plus avoir confiance dans le fait que Lily ne ferait rien d'immoral avec son juste ami que Pétunia avec son petit ami) et le simple fait de l'entendre respirer là, de sentir les couvertures bouger quand il bougeait et parfois, leurs pieds, ou leurs jambes entrer en contact – ça l'avait empêchée de dormir.

Vers deux heures du matin, elle avait sursauté parce qu'elle s'était aperçue que ça fait presque une heure qu'elle fixait James en train de dormir. Qu'elle songeait à quel point il était beau, à quel point elle tenait à lui, à quel point il semblait exposé et livré, à dormir comme ça, à côté d'elle, départi de sa grimace arrogante et de son sourire fier.

Elle s'était sentie bizarre à l'observer ainsi, comme sur une autre planète, et quand elle avait enfin fermés les yeux, c'était la tête appuyée contre la sienne, le nez dans ses cheveux, la main sur son bras, qu'elle s'était endormie.

Et elle avait fait ce rêve dans lequel James et elle étaient mariés et à quel point ils étaient heureux, avant qu'un dragon, un énorme dragon vert cracheur de feu comme il y avait dans les comptes de princesse, ne se mette à les poursuivre. Et James et Lily restaient ensemble, ils courraient dans les prés, se cachaient dans les forêts, et ils passaient leurs vies ainsi, essoufflés, à courir, à se cacher de l'horrible dragon. Son ombre géante était au -dessus d'eux, toujours, comme un couperet.

Et malgré ça, ils s'aimaient et ils étaient heureux. Même malgré la menace. Et puis, finalement, le dragon les avait retrouvés parce qu'ils étaient trop vieux et trop fatigués pour courir encore. Et James avait ouvert la bouche alors qu'aucun d'eux ne parlaient dans le rêve et il avait dit : « C'est comme ça que ça finit – la malédiction gagne toujours. » Et Lily s'était réveillée.

Elle était assise dans son lit, en sueur, le souffle court et le cœur battant la chamade. Moins d'une seconde plus tard, James avait crié puis il s'était réveillé aussi, comme d'un horrible cauchemar. Il avait fixé ses yeux sur Lily et l'avait serrée dans ses bras en répétant tout bas : « Un cauchemar, c'était juste un cauchemar. »

Elle l'avait serrée tout autant mais elle n'avait rien dit. Car quelque chose la dérangeait dans le rêve – comme si ce n'était pas vraiment un cauchemar mais plutôt une métaphore du futur, une sorte de présage. Et cette impression ne la quittait toujours pas.

Mais ce qui était le plus dérangeant était ce que James avait dit, lorsqu'il s'était recouché, juste avant de se rendormir, Lily toujours emprisonnée dans ses bras.

« Je déteste les dragons. »

And I just want you for my own
More than you could ever know
Make my wish come true
Oh baby all I want for Christmas is you

All I want for Christmas, Diverses artistes