Trop gentille pour toi, Potter !

Chapitre 5 (2/2)

(Moi non plus, et c'est mieux ainsi)

« Et puis bien sûr, c'est sans parler de Bellatrix. Bella, c'est la preuve parfaite que l'idéal Black existe : belle, froide, sans aucun sentiment pour personne, fière et arrogante. »

« Cruelle aussi, » ajouta Lévina en acquiesçant, les joues légèrement plus rosées qu'une demi-heure plus tôt. « Excuse-moi, se reprit-elle aussitôt, je ne devrais pas dire de mal de ta famille mais Bella a toujours été une fille… terrifiante. »

« Vous la connaissez ? » questionna le jeune homme, surpris.

« On avait cours ensemble. » Lévina haussa les épaules, essayant de faire passer cela pour un détail sans importance. Elle et son élève (élève, il ne fallait surtout pas qu'elle perde ça de vue) avaient migré dans le bureau adjacent à la salle de cours, préférant les fauteuils souples et agréables aux chaises spartiates. Un thé encore fumant avait remplacé l'alcool et la conversation, après quelques débuts difficiles et des hésitations de part et d'autre, allait bon train.

« Mais ça veut dire que… » Sirius releva un regard surpris sur elle. « Vous avez seulement vingt-quatre ans ? »

« Il faut croire. » Elle but une gorgée de thé, essayant de ne pas sembler gênée qu'il ait découvert ce détail, parce que de un, c'était la vérité, et de deux, un professeur n'était pas gêné devant un de ses étudiants, elle en perdrait toute autorité. « Alors cette chère Bellatrix reste fidèle à elle-même, même chez elle ? »

Il haussa les épaules. « C'sont mes cousines. Elles sont toutes les trois comme ça – parfaites, glaciales et sans cœur. Bellatrix est un peu plus ambitieuse que les deux autres, elle a plus de caractère et ses idées sont un peu plus extrémistes. Mais dans le genre, Narcissa est pas mal aussi, sauf que je crois qu'elle, elle est capable de ressentir des sentiments, de temps en temps. Et puis, enfin, il y a Andromeda… »

« Ah. Je me souviens d'Andromeda, » commenta la jeune prof. « J'ai tout de suite su que c'était une Black, avant même qu'on lui mette le Choixpeau sur la tête. Il y avait quelque chose chez elle, de l'arrogance, de la fierté, une bonne dose de défiance aussi… On n'aurait jamais pu la prendre pour quelqu'un d'autre que la sœur de la déjà-terrible Bellatrix. »

Sirius sourit d'un air abattu, rompu. « Lily dit exactement ça de moi aussi. A croire qu'on peut lutter autant qu'on veut, quand on est né Black, on le reste toujours. »

« Ne dis pas ça de cette voix défaitiste. Ma mère disait toujours que l'on est seul maître de son destin. » Lévina sourit, rassurante et hocha la tête comme pour l'engager à croire en ses dires. « Nos choix font ce que nous sommes, Sirius, la plus belle des preuves n'est-elle pas ta présence à Gryffondor ? »

L'aîné Black resta interdit un moment, avant d'éclater de rire. « Merlin, je parie que vous étiez à Serdaigle ! » Elle plissa les yeux, renfrognée. « Oh, pardon, professeur mais c'est votre manière de parler – je n'avais pas remarqué jusqu'ici mais c'est tellement réfléchi… »

Elle haussa un sourcil, loin de partager ce diagnostic, mais précisa tout de même : « Il y a des gens intelligents autre part que dans cette maison. »

« Je sais. La plus belle preuve n'est-elle pas ma présence à Gryffondor ? »

« Faudrait pas pousser trop loin non plus… » Lévina Gibbon se leva et alla chercher un tas de parchemin sur le bureau derrière elle. Elle commença à les feuilleter. Le fait de tenir ces feuilles en main la renvoya dans le présent – et à la manière dont elle parlait à Sirius comme s'il n'était plus un élève. Elle devait se reprendre. « Si j'en crois ce que me disent les notes, vous n'êtes pas premier dans ma discipline. » Et ça commençait par abandonner le tutoiement.

Sirius se rembrunit. « Mais c'est de la triche. Comment vous voulez que je fasse avec Remus et Lily dans la même option ? Surtout quand on étudie les créatures magiques. » Un sourire naquit sur les lèvres rosées de l'enseignante. Le simple fait d'être à Poudlard la rendait nostalgique – mais discuter avec Sirius Black la plongeait dans une sorte de transe, l'impression que le passé la rattrapait était difficile à taire. « Bon, je parie que vous étiez à Pouffsouffle alors. »

« Je ne vous le dirai pas. »

« Serpentard ? »

« Black ! Suffit. Ne m'obligez pas à vous faire sortir d'ici. »

« Alors ce n'est pas Serpentard, » affirma-t-il avec une assurance bravache. Elle arqua un sourcil de questionnement. « Votre réaction – Les Serpentards sont fiers d'en être, et ceux qui ne le sont pas ont horreur de se l'entendre dire. »

« Mais bien sûr. J'oubliais que vous êtes un expert dans la manière de réagir des Serpentards n'est-ce pas ? »

Au moment où il s'apprêtait à répliquer, la lumière de la pièce tourna au vert et un miroir dans le coin gauche afficha la tête de Minerva McGonnagall. Lévina Gibbon se leva de sa chaise aussi sûrement que si elle s'était brûlée, le visage un peu plus pâle qu'auparavant. Elle déposa un paquet de parchemins devant Sirius et fit disparaître la tasse de thé. L'autre professeur entra après avoir toqué un coup dur la porte.

« Professeur McGonagall, » la salua poliment Lévina. Elle aperçut l'interrogation dans ses yeux à la vue de Sirius. « Oh, je l'ai trouvé dans les couloirs tard hier soir. Rien de très grave, il m'aide à corriger quelques copies de premières années en guise de retenue, n'est-ce pas, Black ? »

Sirius, habitué à inventer des mensonges à allure très rapide, eut vite fait de prendre un air ennuyé et de jeter un regard énervé vers la pile de parchemins devant lui avant de répondre. « Comme si j'avais pas mieux à faire pendant les vacances ! »

« Pas d'impertinence, Black, voulez-vous, » coupa le professeur de Métamorphose. Puis elle redirigea son regard vers celle qui enseignait la défense contre les forces du mal. « Léa, j'aimerais vous parler un moment. Seule à seule. »

« Bien sûr. » Elle se retourna vers Sirius qui, en élève sage, avait attrapé une plume et semblait concentré sur le parchemin, comme si la conversation dans son dos le désintéressait. « Sirius, vous pouvez partir maintenant, » l'enjoignit-elle poliment.

Il se leva et jeta un regard aux deux professeurs en partant. Lévina Gibbon ne semblait pas nerveuse, ni stressée. Soit elle faisait preuve d'une grande maîtrise d'elle-même, soit ce n'était pas son premier mensonge. Quant à la directrice de Gryffondor, elle l'observait s'en aller, sans paraître suspicieuse sur les motifs de sa présence ici. En même temps, cela aurait été tout à fait possible – qu'il se soit fait pincé dans un couloir après le couvre-feu; c'était même une chose plutôt habituelle pour lui.

A vrai dire, si Sirius était étonné, c'était que la prof ait ressenti le besoin de mentir dès le départ. Ce n'était pas comme s'ils faisaient quelque chose de mal, n'est-ce pas ? Ils étaient simplement en train de partager une tasse de thé… Même si la réunion n'avait plus grand-chose d'une entrevue prof-élève. Sirius se passa la main dans la nuque. Hm, c'était intéressant, en fait, de savoir que Gibbon se sentait prise en faute d'avoir été surprise avec lui…

Il regarda la porte du bureau professoral se fermer après son passage, puis observa la classe vide. Il n'avait pas grand-chose d'autre à faire de toute façon. C'est donc en catimini, aussi discrètement que possible, qu'il s'approcha de la porte et y colla son oreille.

« Votre mère m'a envoyé un parchemin, » disait McGonagall. « Elle s'inquiète à votre propos Léa. »

« Professeur, il me semblait avoir été assez claire sur le fait que je m'appelle désormais Lévina, n'est-ce pas ? » La voix froide, presque arrogante, fit perdre à Sirius un peu de l'impression qu'il avait – celle qu'il connaissait désormais mieux son professeur. « Lea-Maria Silvermann a disparu le jour où elle a quitté cet établissement.»

Il pâlit, et recula d'un pas, la tête légèrement sonnée. Lea-Maria Silvermann ? Ce nom lui disait quelque chose, un souvenir très précis et sur lequel il était pourtant incapable de poser le doigt. Il savait qu'il avait déjà entendu parler de cette fille, entendu parler de – rencontrer ? Sirius se massa le front. Non, il ne se rappelait plus ni d'où, ni de quand, mais il savait qu'il y avait là clabbert sur roche.

« Ce que vous avez été ne disparaîtra jamais, Silvermann, » répliqua le professeur de métamorphose, avec la voix sévère de donneuse de leçon que Sirius lui connaissait si bien (trop bien, à son goût). La nette impression qu'il ne s'agissait plus d'une discussion de collègues à collègues mais plutôt d'enseignant à étudiant le prit au dépourvu. « Votre fille - »

« Je ne vous autorise pas à parler d'elle dans ses lieux ! » cria la jeune prof à son aînée, et Sirius, qui avait plus que sentit le poids s'installer dans sa poitrine (sa fille ?) décida qu'il était temps de s'en aller. Il avait enfin un but à ses journées.

Découvrir qui était Léa-Maria et ce qu'elle avait bien pu faire de si répréhensible pour être amenée à changer de nom. Car d'après ce qu'il avait entendu, elle et Lévina Gibbon était une même et seule personne. La dernière chose qu'il entendit fut Minerva McGonagall perdre son sang-froid, et hausser le ton à son tour : « Aucune enfant n'a mérité de vivre sans ses parents ! »

Et à Sirius de penser : « Et d'autres s'en seraient bien abstenus. »

oOoOoOoOoOo

« Et comment va ta famille Lily ? » questionna Eléonore Potter en souriant par-dessus sa tasse de thé. La manière dont cette femme avait toujours su allier grâce, beauté et fermeté l'époustouflait. Ses dents nacrées révélaient un sourire sincère et heureux, un sourire si profondément ancré dans la réalité que Lily n'en avait jamais vu auparavant. Les Potter étaient des gens heureux, et ça se voyait.

« Comme ma famille va toujours, » répliqua Lily, un sourire désabusé sur les lèvres, en haussant les épaules. « Brisée, haletante et passant son temps à lutter pour rester une famille. »

« Tu ne devrais pas être si sévère avec eux, tu sais. » Une boule de jalousie se formait dans la gorge de Lily à chaque fois qu'elle mettait les pieds à Simplex Carritas. Tout, dans la vie de James, semblait parfait, si merveilleux. Tout, de la taille de la maison à l'époustouflante personnalité de ses parents. « Ils font comme nous le faisons tous, de notre mieux. »

La jeune fille se passa la main dans les cheveux, qui semblaient ne jamais vouloir tenir en place et s'emmêler tout le temps. Les cheveux d'Eléonore paraissaient si parfaits… Ils ne bougeaient pas et renvoyaient une impression brillante et satinée, comme si c'était de la soie plutôt que des cheveux.

« Eh bien, si vous voulez vraiment savoir, mon père a rompu avec sa secrétaire pour sortir avec la stagiaire-secrétaire mais bon, il a fait de son mieux, elle n'avait jamais que quinze ans. Ma sœur a raté la moitié de ses examens et passe son temps à crier sur tout le monde – mas elle a fait de son mieux parce qu'elle a un petit-ami et qu'il faut bien s'en occuper, n'est-ce pas ? Et puis ma mère, je crois qu'elle a au moins dû sourire deux fois et demi depuis que je suis arrivée la semaine passée – c'est formidable, non ? »

Madame Potter soupira et Lily baissa la tête, honteuse de s'être laissé aller à un tel débordement. Elle ne faisait jamais ça d'habitude, dire ce qu'elle pensait, avec tellement d'ironie, de sa propre famille. Elle les aimait tellement, elle ne pouvait pas s'imaginer vivre sans eux. Elle savait pertinemment qu'ils faisaient ce qu'ils pouvaient. Que tous les humains de cette planète ont des défauts et que ce n'est pas une raison de les aimer moins que d'autres parents. Mais comparer à la vie formidable des Potter, son existence familiale semblait tellement… vide et désespérée.

« Excusez-moi, » se reprit-elle presque aussitôt, en fonçant, elle aussi, sur son thé. « Je n'aurais pas dû dire ça. »

Elle releva les yeux, juste à temps pour voir un voile disparaître des yeux océan de la mère de James. « Toutes les familles ont des problèmes, Lily, ça fait partie de la vie. »

« Mais parfois, ça semble tellement… trop. »

Maman qui est alcoolique. Papa qui est un pervers. Pétunia qui frôle l'imbécillité amoureuse. Aubrey qui fait semblant de ne rien voir. Et puis, Tim, obligé d'être élevé au milieu de tout ça – et c'est bien ça qui effrayait le plus Lily : quel genre de personne deviendrait son petit frère, à force d'être élevé dans un tel climat ? Et puis, en plus de ça, Remus qui est un loup-garou et le ministère qui sort toutes ces nouvelles restrictions sur les hybrides. Sirius qui essaye de se séparer du groupe, et qui préfère la solitude du château à ses amis (parce qu'ils savent tous, très bien, qu'il n'est pas rentré chez lui par 'voie spéciale').

Et puis, James… James et ses sentiments un peu trop envahissant. Et elle, qui se sentait si perdue face à lui, incapable de réfléchir correctement ou d'éclaircir ce qu'elle ressentait. Et elle détestait ça.

« Je sais. » Eléonore tenta à nouveau de sourire, mais ses lèvres semblaient ne plus trouver la force d'être convaincantes. Enfin, le poids des années semblait la marquer et Lily comprit qu'elle aussi cachait de lourds secrets. Qu'elle aussi avait des problèmes. Qu'elle aussi, parfois, avait l'impression qu'elle n'arriverait jamais au bout de tout ça.

Mais Eléonore Potter restait droite et vaillante. Elle se battait pour son bonheur. Elle ne baissait pas les bras. Et Lily, plus que tout, voulait ressembler à cette femme. Alors elle non plus, elle ne baisserait pas les bras. Et elle lutterait pour son propre bonheur. Ça commençait par mettre les choses au clair avec James Potter et le dragon effrayant.

Soudain, alors que Lily s'apprêtait à ajouter quelque chose, une sonnerie retentit dans le petit salon. Le feu, tantôt si rougeoyant, prit une teinte verdâtre puis bleutée, puis blanche, cristalline, comme si toutes les flammes s'étaient soudain figées. Elle se retourna vers l'adulte. Le visage sans défaut d'Eléonore avait pâli. Elle soupira. « Pourquoi aujourd'hui ? » murmura-t-elle puisWilliam rentra comme une tornade dans la pièce, James sur les talons.

« Mais qu'est-ce qui se passe bon sang ? » Eléonore et William se dévisagèrent un court instant, avant d'acquiescer dans un parfait ensemble, comme s'ils dialoguaient par pensées. Leurs visages se contractèrent et leurs yeux prient une lueur de détermination que Lily ne leur avait jamais connue. « Papa ! Maman ! »

« Nous devons partir, il y a une attaque, » murmura le père de James en sortant sa baguette. Il la fit tourner entre ses doigts deux fois – et former une figure que Lily n'avait jamais vue jusqu'à aujourd'hui. Moins d'une seconde plus tard, les époux portaient leurs magnifiques robes d'Aurors, l'une d'un vert émeraude profond et l'autre d'un bleu nuit intense – signifiant clairement qu'ils n'appartenaient pas à la même unité, et ils transplanèrent.

James soupira et shoota dans un vase posé à même le sol qui s'envola et alla s'écraser contre le mur d'en face, faisant sursauter Lily. « J'en ai marre qu'on ne me dise jamais rien ! » cria-t-il, comme si ses parents pouvaient encore l'entendre. La jeune fille posa un regard étonné sur lui, encore plongée dans la vision fantastique de ces deux adultes qui en moins d'une minute, avaient troqué leurs vêtements de simples parents pour ceux de l'élite du ministère et étaient partis au combat, comme des héros de bandes dessinées.

Lily secoua la tête et appela un elfe, c'est celui de James qui apparut, et elle lui demanda de réparer le vase de porcelaine provenant d'Inde. Elle savait que madame Potter y tenait beaucoup et qu'elle serait triste de voir le peu d'attention que son fils lui portait – ou bien, peut-être était-ce justement pour cela qu'il avait cherché à le détruire.

James était toujours debout, au milieu du salon, fixant d'un air furieux l'endroit où ses parents s'étaient tenus avant de disparaître. « Allez, viens. » Elle le prit par le bras et l'emmena vers le hall, où Elfie et Elfus, les deux elfes chargés de leur surveillance en l'absence des parents, s'affairaient à nettoyer les bottes boueuses que William Potter avait portées dans la matinée.

James renifla et Lily évita de lui demander s'il était malade ou s'il était furieux à ce point-là, car James avait toujours tendance à renifler de manière très visible et audible quand il se retenait de taper sur quelqu'un ou quelque chose. Mais il valait mieux ça que de jouer la tête brûlée.

« Où on va ? » finit-il par demander après s'être aperçu que Lily lui tendait son manteau et lui souriait aussi paisiblement qu'elle pouvait, comme pour lui signifier qu'il devait se calmer.

« J'ai envie d'aller faire un tour en forêt. »

« Moi pas. »

« James, » supplia-t-elle d'une petite voix avec des yeux de chien battu. Il craquerait, assurément. D'ailleurs, quelques secondes plus tard, il soupira et attrapa son manteau.

« Okay, t'as de la chance d'avoir de si beaux yeux Evans ! » Lily sourit et ses joues rosirent. C'était toujours comme ça, encore plus depuis ses quatre derniers mois, James était incapable de lui refuser quelque chose. « Mais à cheval alors. »

oOoOoOoOoOo

« Don't be so oupset. » La voix, celle d'une jeune fille âgée à peine d'une quinzaine d'année, filtrait sous la porte de la chambre devant laquelle Sirius était passé par hasard. Sans chercher à se retenir, son poing se leva et il toqua une fois.

« Hé Bella ! » s'écria-t-il à travers la porte et, avant d'avoir reçu une réponse continua par : « C'est upset. Si t'essaye de parler une langue étrangère, fait-le au moins correctement ! » Il s'encourut, en riant et en se régalant de cri énervé qui lui parvint de derrière la porte.

Il s'ennuyait, plus qu'il eut cru possible de s'ennuyer. Mais, heureusement, la journée touchait enfin à sa fin et bientôt il serait temps de passer à table. Pas que cette perspective soit plus réjouissante mais au moins, il se passait toujours quelque chose lors des réunions de familles comme celles-ci. Surtout le soir de Noël, il semblait que c'était toujours le meilleur moment pour régler ses comptes. Et puis, si les adultes manquaient de sujet, ils reviendraient sur ce qui avait cloché dans son éducation.

Parce qu'apparemment, avoir seulement sept ans n'avait pas d'importance : être un trouble-fête n'était pas digne des Black. Sirius ricanait chaque fois qu'on lui répétait la même chose et continuait à jouer des blagues et être une nuisance générale pour tout le monde. C'était toujours plus amusant que passer du temps avec son précepteur qui ne manquait jamais de lui taper les doigts quand il n'étudiait pas correctement.

Comment Bella avait réussi à survivre sans arriver à parler français – la langue noble que tout aristocrate se doit de connaître, Sirius ! – il n'en savait rien.

Il rejoignit son frangin dans la chambre que tante Lucrétia leur avait fait apprêter pour la soirée. Regulus regardait le plafond d'un air profondément concentré, sans même détourner la tête au moment où Sirius pénétra dans la pièce en étouffant un rire.

« Devine qui est complètement nulle en français ! » tenta-t-il de plaisanter mais il ne récolta qu'un soufflement agacé. « Oh, c'est bon, comme dirait si bien Bella 'Don't be so oupset' ! »

Le nez du cadet se retroussa et ses sourcils se froncèrent légèrement. Rien dans son attitude ne semblait démarquer qu'il semble trouver drôle les problèmes de langue de sa cousine, là où les deux garçons étaient déjà quasiment bilingues, dû au matraquage intensif qu'ils subissaient depuis qu'ils étaient en âge de parler, mais Sirius n'était pas sans remarquer le sourire apparu sur ses lèvres, au milieu de ce visage inhabituellement sérieux.

« Tu penses que j'irai dans quelle maison ? » finit-il par demander, après un temps interminablement long (au moins un quart d'heures pensa Sirius, alors que deux minutes seulement s'étaient écoulées).

Sirius haussa les épaules. Ne pas être admis à Serpentard était une menace courante que leurs parents utilisaient. Ne fais pas l'imbécile Sirius, ou tu finiras à Gryffondor. Apprends tes leçons Regulus, ou c'est Pouffsouffle qui t'attendra. Apprends les règles de courtoisie et conduits-toi bien à table ou tu finiras aussi asocial qu'un Serdaigle, Sirius. Jamais Serpentard ne voudra de toi si tu n'apprends pas à mieux contrôler tes crises de colère, Regulus.

Quelque fois, Sirius se demandait si ce serait si terrible que ça de ne pas aller à Serpentard. Mais ils savaient que Père et Mère seraient terriblement déçu et malgré tout, Sirius aimait qu'ils soient fiers de lui. Surtout quand ils étaient fiers assez pour lui acheter un cadeau.

Leur mère les appela pour se mettre à table. Et 'appelez vos cousines en même temps'.

Le plus jeune se dirigea vers l'escalier, et Sirius vers la chambre d'Andromeda. « On mange ! » s'exclama-t-il en toquant deux fois. Puis vers celle de Narcissa : « Narcisse, à table ! » cria-t-il à travers la porte d'où provenait une chanson à la mode. Il s'entendit répondre 'qu'elle s'appelait NarcissA et qu'elle arrivait'. Puis, enfin, il leva la main pour frapper sur la porte de la chambre de la cousine qui croyait que 'énervé' se disait 'oupset'. Mais deux voix s'élevaient de l'intérieur de la pièce, et cela intrigua Sirius qui s'appuya contre la porte pour écouter.

« Je t'en prie. C'est une erreur, vous l'avez fait et vous avez été idiots, tous les deux. Maintenant, il suffit de se débarrasser du gosse avant que tout le monde soit au courant et tout est réglé, » disait Bellatrix Black d'une voix ennuyée.

« Ne sois pas sans cœur, veux-tu. C'est d'un bébé dont on parle. Mon bébé. Et puis, ma mère le sait. C'est elle qui m'a obligée à aller voir le Médicomage. Et elle m'a interdit de me 'débarrasser' du bébé, » répondit l'autre fille, une voix un peu plus grave que celle de sa cousine. « Je n'ai pas le droit de lui désobéir. »

Sirius se sentit malgré lui pâlir en imaginant Bella et sa copine, tenant un bébé par un pied au-dessus d'une poubelle, en train de décider s'il fallait ou non le jeter aux ordures.

Bella ricana. « Alors fais-le illégalement et puis dis que tu l'as perdu accidentellement. C'est âs bien compliqué, Léa. »

« C'est jamais que mon enfant, » répliqua 'Léa' d'un ton ennuyé. « Si ton père découvrait pour Ted et Andy et t'interdisait de lui parler, tu le ferais ? » Sirius fronça les sourcils à cet instant. Andromeda et ce 'Ted' ? Il faudrait qu'il se renseigne, cela semblait être une histoire croustillante.

« Bien sûr que j'obéirais. » L'autre fille sembla renifler et Sirius grimaça. Jamais personne ne l'empêcherait de parler à Reg', lui, et sûrement pas leurs parents ! « Tu vas pas en faire la mort d'une licorne non plus ! » s'exclama Bellatrix avec emphase. « Si Mortimer apprend que t'avais pas pris tes précautions, ne crois pas qu'il va t'épouser et t'aimer à jamais, Léa… »

« N'inclut pas Mort dans tout ça ! » s'énerva l'autre fille.

« Parce qu'en plus, ce n'est pas lui le père ? » se moqua Bella en faisant tinter une série de bracelets à son poignet. « Tu m'étonneras toujours Silvermann. »

« Bien sûr que c'est lui le père ! » gronda l'autre. « Ma mère m'interdit de ne pas avoir l'enfant, mais si je le garde, c'est adieu Poudlard et certainement, adieu Mort aussi. Et Bella, les avortements illégaux sur mineurs, j'ai entendu dire qu'une fille sur deux mourait ! »

Sirius grimaça. Il avait envie d'entendre la suite pour pouvoir ensuite aller cafter à son oncle que Bella voulait tuer un gosse – ça lui apprendrait à toujours se montrer aussi cruelle avec lui ! – mais sa mère commençait sans doute à s'impatienter en bas.

« Et bien dans ce cas, garde le gosse, appelle-le Débilus junior, pompe le fric à tes parents et épouse Lestrange dans quelques années. Ce type est tellement accro à toi que même un bâtard de Gryffondor ne le débèquèterait pas. »

« Et ne pas avoir mes Aspics ? » répliqua l'autre fille d'un ton outré. « Et puis, j'en veux pas moi, de Débilus. » Il y eut un ricanement. « Et encore moins de Rudolphus. »

« Je plains celle qui aura le courage d'épouser Lestrange, » déclara Bellatrix Black, de toute sa belle assurance du haut de ses quinze ans. Puis, des coups à la porte les interrompirent. Sirius entendit que les deux filles se levaient. « On trouvera une solution, Léa-Maria, promis. »

Sirius attendait sur le pas de la porte, un air angélique au visage. « Qu'est-ce que tu veux, toi ? » l'attaqua sa cousine agressivement. Elle pouvait toujours espérer qu'il garde le secret maintenant !

« On mange, » déclara froidement Sirius en dévisageant la fille derrière Bellatrix. Grande et mince, avec des cheveux roux flamboyants, comme s'ils étincelaient. Elle dirigea un regard souriant vers lui, bien qu'encore embué de larmes. Sirius grimaça. Elle devait sans doute avoir un joli visage sous cette tonne de maquillage – on ne voyait plus sa peau sous l'orange crème de son fond de teint et le fard à joue rose était horrible. Ses yeux étaient encerclés de cils noirs et épais, ses paupières nacrées d'un rouge tout sauf vaporeux et ses lèvres décorées du même teint.

Elle portait une robe rouge et des collants noirs.

Trop de rouge ! ne put s'empêcher de grimacer intérieurement Sirius. Mère détestait le rouge.

« Alors c'est toi le petit réactionnaire ? » s'exclama-t-elle en regagnant un peu de sa gaieté. « Tiens, si tu veux rendre ta mère encore plus furax, colle ça aux murs, » lui murmura-t-elle à l'oreille en lui mettant en main des papiers plastifiés de telle manière que Bellatrix ne remarque rien. Elle lui fit un clin d'œil.

« Léa, perds pas ton temps avec ce minus, » la reprit l'aînée des Black qui avait perdu son sourire innocent pour un masque hautain.

La fille se retourna, envoya une effluve fruitée directe dans le nez de Sirius qui ne dut qu'à sa brillante éducation de ne pas tosser, puis s'en alla en murmurant : « Entre révoltés, il faut se serrer les coudes. »

Le jeune garçon baissa les yeux. Il y avait deux photos immobiles sur un papier glacé – des photos moldues provenant sans aucun doute d'un magazine. C'était des photos de filles en maillots de bain, quoique pas en maillot traditionnel. Ceux-ci laissaient apparaitre leur ventre.

Sirius regarda en direction de la fille enceinte (s'il avait bien compris) et décida de ne pas aller cafter après tout. Afficher des portraits moldus dans sa chambre allait rendre Mère folle de rage. Sirius se mit à sourire. Peut-être pourrait-il forcer Kreattur à appliquer un sortilège de glue perpétuelle dessus ? Toute opportunité de faire punir ce sale Elfe était bonne à prendre…

oOoOoOoOoOo

Sirius sursauta dans son lit et se leva d'un bond. Une sueur froide lui coulait dans le dos. Après une après-midi de recherche infructueuse dans les albums des promotions antérieures de Poudlard à la bibliothèque, il avait décidé de faire une sieste.

Et tous les souvenirs lui étaient revenus. Ce n'était pas qu'une impression de déjà vu qu'il avait eu en apercevant le professeur Gibbon la première fois. Il l'avait déjà vue, à plusieurs reprises. Elle avait été la seule amie de Bellatrix connue de leur famille et passait régulièrement ses étés chez oncle Cygnus.

À bien y penser, elle avait probablement été la seule amie Bellatrix Black. Un exploit qui tardait encore à se reproduire.

Et si son nom avait circulé chez Sirius quand il était encore enfant, c'était parce qu'elle était tombée enceinte en sixième année et avait arrêté ses études pour s'occuper de l'enfant. Ses parents ne cessaient de répéter que c'était un véritable scandale qu'une telle chose puisse arriver à Poudlard et qu'ils devraient peut-être envisager d'envoyer Sirius dans un internat pour garçons comme Drumstrang afin d'éviter tout risque de se retrouver avec un bâtard sur les bras.

Sirius regarda le plafond pensivement, comme le faisait son frère dans son souvenir. Pas à dire que ce dont il se souvenait était particulièrement limpide. Tout au mieux, ce dont il se souvenait avoir entendu à sept ans tout juste était parcellaire et probablement tronqué. Mais c'était déjà plus que tout ce qu'il avait appris jusqu'ici…

Et après la discussion qu'ils avaient eue dans le bureau du professeur, après que Sirius se soit sentit si proche d'elle, après qu'il lui ait témoigné admiration et amitié, apprendre qu'elle avait été la meilleure amie de l'horrible Bellatrix Black faisait l'effet d'un coup de couteau dans le dos.

oOoOoOoOoOo

« James ? »

Il lui avait fallu rassembler tout son courage pour en arriver là. Cela faisait à peu près une demi-heure qu'ils étaient à cheval, dans les bois, la neige les entourant. James l'avait emmené vers le Nord, faire le tour de la source chaude – c'était magnifique par ici. Ils s'étaient arrêtés au sommet d'une colline et la vue du village moldu en contre bas était magnifique, encore plus sous la neige et avec les décorations de Noël.

Ils avaient même réussi à se dénicher un chemin de terre, ni trop boueux, ni trop glissant, pour galoper – et le vent dans les cheveux et le sourire aux lèvres, Lily avait vraiment hésité à avoir cette conversation sur montures. Mais ce serait plus facile ainsi – parce qu'elle avait beau faire ce qu'elle voulait, elle aimait James et s'il la touchait, elle se serait bien tentée de juste lui sauter dessus. Comme ça au moins, il n'avait aucun moyen de la faire changer d'avis à part avec des mots, et heureusement, il n'était pas doué avec des mots, pas face à elle.

« Hm ? » Il tourna la tête et sourit – le cœur de Lily chavira, les battements se firent plus intenses et ses joues rosirent. Il ne remarqua rien cependant, parce que le froid avait transformé sa peau pêche en peau tomate.

« Tu… tu crois aux signes du destin ? »

Le jeune homme, qui avait reporté son regard sur le ciel qui était en train de dangereusement se couvrir, tourna la tête vers elle et dut se raidir car Patapouf (le cheval alezan qui le portait) fit un écart et accéléra, manquant de le faire basculer. « T'as de ces questions parfois. »

Lily baissa la tête. Elle n'y arrivait pas – pourquoi c'était si dur ? Ca ne devrait pas l'être : James, arrête tes petits jeux, oublie tout ce que je t'ai dit, toi et moi ne pouvons pas être ensemble. Ce à quoi il demanderait pourquoi ? Et là, que dirait-elle ? Mes rêves me l'ont dit. J'ai un mauvais pressentiment. Mon cœur me donne l'impression d'exploser à chaque fois que je te vois mais je sais – bien que j'ignore comment – que ce n'est pas le bon moment. C'était ridicule, n'est-ce pas ?

Ils s'arrêtèrent dans une clairière, juste à l'entrée du domaine. James descendit de monture et lui fit signe de faire la même chose. Ils attachèrent Patapouf et Milou aux arbres grâce aux cordes qu'ils avaient attachées aux selles avant de partir puis le garçon décrivit un cercle de sa baguette (Lily jalousait atrocement le fait qu'il ait le droit de faire de la magie parce qu'il avait piqué l'ancienne baguette d'entraînement de son père) et une musique s'éleva dans les airs.

« Tu danses ? » Il tendait la main et la regardait – sérieusement. La jeune fille déglutit et regarda autour d'elle – le cadre idyllique, les flocons qui se mettaient à tomber, le sourire de James. Tout ceci faisait tellement comédie romantique – trop même.

« C'est ridicule. »

« Oh allez, vis un peu ! » Puis, sans lui laisser le temps d'argumenter, il l'attrapa par la taille et la fit tourner. Elle se sentait ridicule, à danser toute seule comme ça avec lui – mais finalement se laissa aller, ce n'était pas vraiment désagréable de danser avec James. « Tu te souviens, au bal à Halloween ? Ce que tu m'avais dit à propos de rendre la fille que tu veux dépendante de toi ? »

Les yeux de Lily se fermèrent lorsque son souffle chaud effleura son cou. Sa tête s'appuya sur son épaule et elle sourit de bien-être. « Oui. » Elle n'était pas idiote, elle avait compris qu'il parlait d'elle ce soir-là. Elle s'était rendue compte de ses petites manigances : la manière dont il la touchait un peu trop, les échanges de regard, les poses atrocement attirantes, les sourires et la complicité. Ce n'était pas pour rien qu'elle avait de plus en plus de mal à rester de marbre. Si elle écoutait son cœur, elle l'embrasserait sur le champ. Mais elle savait – bien qu'elle ignore pourquoi – que ce n'était pas le moment.

« Je ne parlais pas de Remus ou Sirius. »

« Je sais. »

Ses bras raffermirent leur prise autour d'elle. « Je t'aime. »

« Je sais. »

Il soupira, et il sembla à Lily que la musique avait disparu. Mais ce n'était pas grave, car ils tournoyaient en se regardant dans les yeux, le cœur battant la chamade, sous les flocons de neige. C'était eux – James et Lily, et ils entendaient leur propre musique. « Et toi aussi, tu m'aimes. »

« Peut-être. » Nier serait mentir. Mais avouer serait trop précis. Si elle sortait avec lui aujourd'hui, elle passerait le reste de sa vie à douter, encore et encore. Elle savait qu'il ne fallait pas. Mais elle savait aussi qu'un jour, ce serait le bon moment. La question qui ne la quittait pas était 'Comment pouvait-elle savoir ?'

James s'arrêta et garda ses mains sur sa taille, et garda ses yeux dans les siens. Il semblait vouloir dire quelque chose, quelque chose de difficile, mais les mots ne lui venaient pas. Et Lily comprit par ce simple regard, aussi bien que si elle avait lu dans ses pensées, que lui aussi 'Savait que ce n'était pas le bon moment mais ignorait pourquoi'.

« Le dragon, » finit-il par murmurer, son front appuyé contre le sien, leurs respirations se mêlant en formant un halo blanchâtre dans le froid de l'hiver. « C'est un présage. » Il souffla et ferma les yeux, comme pour remettre de l'ordre dans sa tête. « Il y a ce rêve – »

« Je fais le même, » coupa-t-elle en le faisant ouvrir les yeux de surprise. « Toi, moi, le dragon, la malédiction – je sais. »

« Alors, tu sais aussi que pour le moment, toi et moi c'est – »

« Oui. »

James baissa les yeux et s'écarta. Le cœur de Lily pulsa dans sa poitrine. Il semblait crier 'non', il semblait qu'elle avait froid, de l'intérieur. C'était comme lui annoncer la mort de quelqu'un – c'était renoncer à un amour partagé sur une vague impression.

Il se détourna et retourna vers les montures qui les regardaient, sans bouger. Les larmes envahirent les yeux de Lily. Il y avait tant de choses inexplicables entre eux : l'amitié déjà, alors qu'elle savait, en étant honnête avec elle-même, qu'en regardant vraiment la manière dont James se comportait, elle l'aimerait bien moins, puis l'amour, aussi fort, ce n'est pas normal, n'est-ce pas ? – puis, les pouvoirs augmentant lorsqu'ils étaient ensemble – comme si il n'y avait plus de limites à la magie. Et sans parler de cette sensation que sa vie entière serait dépendante de la vie de James – comme s'il y avait une sorte de lien entre eux.

Et maintenant, ça. Le même rêve, le même amour, la même impression. C'était effrayant.

« Pourquoi tu as passé tout le semestre à essayer de me séduire si tu faisais ce rêve ? » demanda-t-elle soudain. Elle l'avait suivi; était juste dans son dos en fait.

« Je ne crois pas au destin Lils, je voulais me battre. » Il se retourna et échangea avec elle un de ses regards si puissants qu'il vous laisse pantelant. « Ce n'était visiblement pas ce que j'aurais dû faire. »

« Pourquoi ? »

« Le cauchemar. C'est plus horrible à chaque fois. Le dragon nous rattrape de plus en plus jeune, on finit par ne même plus sourire dedans. Je sais que ce n'est qu'un rêve mais… c'est comme si je réduisais nos espérances de vie par le simple fait de ne pas me conformer à - » La voix intérieure, le destin, le futur ? Comment devait-on appelé cette chose qui dictait leurs vies ?

« Et puis, il y a ça. » Il ouvrit son manteau et attrapa le bord de ses deux pulls et de son tee-shirt, lui laissant voir son ventre. Il y avait une énorme griffe en-dessous de l'abdomen. Elle retint un hoquet de surprise et il déglutit. « Ca ressemble à un mauvais roman d'épouvante, hein ? Tu rêves qu'un dragon te tue d'un coup de griffe au ventre qui te transperce et tu te réveilles le matin avec le ventre en sang. Je ne sais pas ce qui nous arrive, mais c'est puissant. Et on ne peut rien contre ça. »

Lily acquiesça et essuya ses larmes. Il fallait être fort. Quelque chose en elle, une toute petite voix mais présente quand même, lui disait qu'à un autre moment, elle aurait le droit d'être heureuse avec James. Puis, dans un instant fugace où elle perdit conscience de ses gestes, elle l'attrapa par le col et colla ses lèvres gelées contre les siennes.

Une ribambelle de cloches sonnait dans sa tête, comme si tout un orchestre y avait élu domicile. Les mains de James, recouvertes de leurs gants, se posèrent dans la chute de ses reins, et elle le serra contre elle. Cette sensation d'être complète lui revenait, alors que son cœur vibrait comme jamais. La respiration courte et les yeux fermés, elle savourait les lèvres chaudes de James contre les siennes.

Ils restèrent ainsi enlacé peu de temps, mais suffisamment pour que ça sonne comme une promesse d'un meilleur avenir.

Le matin de Noël, après un rêve encore plus violent que les précédents, elle se réveilla avec une brûlure sur la cuisse. Il fallait qu'elle en parle à quelqu'un, mais qui, sur cette terre, pourrait ne pas la croire folle ?

Elle ne savait pas à quelle malédiction le James du rêve se référait, mais elle savait celle qui planait sur elle en ce moment : l'impossibilité de choisir sa vie et son avenir.

I wanna need your love
I am a broken rose
Oh Baby, help me from frozen pain
With your smile, your eyes

Rose, Anna Tsuchiya, inspi Anime Nana