Trop gentille pour toi, Potter !
Chapitre 6 (1/2)
(Ce que l'on veut et Ce que l'on fait)
« Un Patronus, c'est comme un concentré de bonheur tellement puissant que même le pire des désespoirs ne peut lutter contre lui. Il est en quelque sorte votre bouclier intérieur – tout le monde est capable de produire un Patronus car tout le monde a besoin, à certains moments de sa vie, de se protéger de l'extérieur.
Que quelqu'un me dise 'Je suis incapable de produire un Patronus' viendrait à me dire 'Je n'ai aucune arme contre les autres. Je me laisse marcher sur les pieds, je n'ai pas suffisamment de cervelle pour me défendre et tout ce que me disent les autres blesse mon âme sans que je ne puisse rien y faire. Je suis un être seul, faible et sans défense.'
Vous n'êtes pas sans défense, et vous n'êtes pas sans amour ni sans joie. Aucun d'entre vous n'est cet être faible. Voilà pourquoi je suis intiment persuadée que chacun d'entre vous sera capable, un jour, de donner vie à son propre Patronus corporel. Et si ce n'est pas cette année, ne vous inquiétez pas. Vous finirez par y arriver.
Dans les semaines qui vont venir, nous allons donc nous consacrer à cette tâche ardue – mais réalisable – de produire notre Patronus personnel. La théorie n'est pas bien longue et pas bien difficile, aussi n'y aura-t-il qu'un devoir sur ce long chapitre. Les autres notes viendront de vos progrès.
Je ne suis pas juge de votre puissance, mais de votre volonté et de votre travail. C'est vos progrès que je note, pas le résultat final. Même si je vous enjoins grandement à vous entraîner, et dans les années à venir également.
Y a-t-il des questions ? »
Lévina Gibbon sourit à sa classe et observa la tête des élèves. Lorsqu'il lui avait fallu préparer ce cours, elle s'était souvenue des septièmes qui lui avaient expliqué au début de l'année la méthode d'encouragement du professeur de défense contre les forces du mal qu'ils avaient eu en cinquième : "Je ne pense pas que vous soyez capable d'y arriver mais c'est au programme, donc vous allez me montrer vos piteuses tentatives de créer vos Patronus."
Il y avait exactement deux personnes capables de produire une vague fumée blanche dans toute sa classe d'Aspic. Elle trouvait cela inadmissible – surtout en ces temps sombres où il n'était jamais impossible que son chemin croise celui d'un Détraqueur. Et puis, elle croyait beaucoup à la pensée positive.
Dites aux élèves qu'ils sont capables d'y arriver, et ils y arriveront. Et cette méthode avait fait ses preuves. Il suffisait de regarder les progrès fulgurants de certains cancres et le niveau plus qu'honorable de ses classes. La méthode du positivisme y était pour bien plus que ses qualités de pédagogue.
Évidemment, comme à l'habitude, des bras se levèrent, presque sur rebond, une fois qu'elle eut fini son explication. Voyons voir… Miss Evans – il fallait l'interroger la dernière car ses questions étaient complexes et demandaient de longues explications. Pettigrow – bien, sa question porterait sur la véracité du 'tout le monde peut y arriver', il avait vraiment besoin d'être remis en confiance. Miss Roots avait levé le bras aussi, bien que l'air ennuyé de son visage prédise qu'elle n'avait pas écouté grand-chose. Puis, enfin, plus rare, Severus Rogue semblait s'interroger lui aussi.
« Monsieur Pettigrow ? »
« Quand vous dites que tout le monde est capable de produire un Patronus, vous voulez dire que tout le monde a les capacités nécessaires pour le faire ou bien que vous n'avez jamais rencontré quelqu'un incapable de le faire ? » questionna Peter, son visage se tordant dans une grimace anxieuse.
Lévina sourit. Autant quand elle avait été élève, ce genre de comportement peu sûr de soi l'énervait, autant, maintenant, en tant que prof, elle comprenait de cette peur de rater. Peut-être parce que maintenant, elle était la juge et l'entraîneur qui les amèneraient à un meilleur niveau. Elle attrapait des comportements maternels. « Peter, vous y arriverez comme tout autre, ne vous en faites pas. »
« Mais je posais pas la question pour moi ! » répliqua-t-il en râlant alors que quelques rires s'élevaient dans la classe. Mais, au moins, il avait un air déterminé – celui qui dit 'vous allez voir de quoi je suis capable'. Et c'est avec cet état d'esprit précis qu'il y arriverait.
« Mademoiselle Roots ? » continua-t-elle son tour de table.
La fille rapporta son attention sur la classe, puis sur sa jeune prof, puis elle regarda dehors en donnant à l'enseignante la désagréable impression qu'elle s'ennuyait. « Je levais pas mon bras, je l'étirais. » La jeune fille bailla puis haussa à nouveau les épaules en grommelant un « pardon » – parce qu'il était de rigueur et non pas parce qu'elle était désolée.
Le professeur souffla. Heureusement que ses notes permettaient un tel détachement à Samantha. « Dans ce cas, faites attention la prochaine fois que vous vous étirerez. Rogue, vous avez une question ou vous vous étirez également ? »
Le jeune homme leva un sourcil. Elle ne devait pas faire ça – parler agressivement à des élèves, juste parce que c'était des Serpentards. Elle ne devait vraiment pas et peu importe le ressentiment qu'elle avait contre eux. Mais, à sa manière, le jeune Rogue avait des expressions faciales qui ne pouvaient l'empêcher de penser à d'autres Serpentards, à une autre époque. Elle secoua la tête. Il fallait qu'elle se concentre un peu.
« Vous avez prévu un support pour s'exercer ? » Elle ouvrit un peu les yeux. Mais de quoi parlait-il ? « Je veux dire, un Patronus, c'est pour se défendre contre un Détraqueur non ? »
« En partie, » répondit-elle prudemment, sans trop s'avancer.
« Alors, même si on y arrive bien à l'abri dans cette classe, rien ne nous prépare à en produire quand on sera dehors et que nos vies en dépendront vraiment, » fit-il remarquer d'une voix traînante.
« T'en fais pas Rogue, personne ne te pleurera quand tu auras disparu ! » s'écria un élève du fond de la classe. Lévina Gibbon releva les yeux et sursauta en s'apercevant de qui avait parlé. Depuis les vacances de Noël, il était taciturne, distant et absent dès que possible.
« Monsieur Black ! » le reprit-elle immédiatement, bien qu'intérieurement elle le remerciait de lui avoir donné le temps de trouver quelque chose à répondre au préfet. « Nous nous passerons de vos commentaires. » Sirius marmonna quelque chose dans ses dents mais elle ne prit pas la peine de s'interroger dessus. « Arriver à produire un Patronus est suffisamment difficile comme ça, monsieur Rogue. Une fois que vous maîtriserez le sujet, peut-être irai-je faire un petit tour à Azkaban, question de voir s'il n'y a pas un Détraqueur volontaire pour vous former, » s'entendit-elle déclarer d'un ton ironique et sans réplique.
Mais, s'il y avait bien une classe qui répliquait toujours, c'était celle-ci. « Il suffirait d'aller voir votre copain Voldemort, » déclara à nouveau Sirius Black en jetant un grand froid dans la classe. « Il parait qu'il les a à la botte. »
Lévina déglutit et posa les yeux sur les maraudeurs, qui eux aussi regardait Sirius comme si il était devenu fou. Elle n'avait jamais su pourquoi, du jour au lendemain, il avait cessé de lui adresser la parole, mais c'était mieux ainsi, car continuer à resserrer les liens élève -professeur n'entraînerait que des problèmes. Mais c'était plus que ça. Il venait de laisser entendre très clairement qu'il la prenait pour une Mangemort. Et cela faisait partie des choses inadmissibles.
« Black, il me semblait vous avoir demandé de vous taire, » répondit-elle à l'attaque d'une voix gelée. « Tout d'abord, vous apprendrez à ne pas prononcer le nom de Vous-Savez-Qui si légèrement. Il ne s'agit pas d'une vague menace, mais d'une véritable guerre et personne n'a le droit d'en rire. Ensuite, il ne me semble pas encore officiel que les Détraqueurs aient rejoint l'ennemi et ils n'ont pas déserté la prison ni laissé des évasions se produire, il me semble ? Enfin, vous aurez une retenue dès ce soir avec moi pour avoir émis cette hypothèse déplacée sur mon engagement politique. »
Il ouvrit la bouche pour protester. « Et peu m'importe que quelqu'un d'autre vous ait déjà collé. Vous viendrez. Fin de la discussion. Miss Evans, vous aviez une question il me semble ? »
A peu près une demi-heure plus tard, les élèves de cinquième Gryffondor et Serpentard sortirent de la classe de défense contre les forces du mal. Ils avaient passé le dernier quart d'heure à se détendre et à partir à la recherche d'une série de souvenirs heureux qu'ils pourraient utiliser dès le lendemain. Cette perspective enjouait à peu près tout le monde.
Sirius marchait devant le groupe, les mains dans les poches, silencieusement. Tout le monde avait remarqué son changement d'attitude envers la belle prof de défense après Noël. James et Remus avaient émis l'idée qu'il s'était passé quelque chose entre eux – quelque chose qui n'aurait jamais dû se produire entre un élève et un professeur. Mais Sirius restait silencieux et sans réponse sur le sujet.
Il ne parlait pas en classe de défense, même pas avec les autres maraudeurs. Il rentrait en cours de force, traîné par Lily ou Remus, et en sortait la mâchoire contractée – sans doute sous l'effort de se retenir de parler. Lui qui s'était découvert une passion pour cet art au début de l'année ne voulait simplement plus en entendre parler. C'était également sous la plus pure des contraintes qu'il rédigeait ses devoirs.
« Sirius ! » Lily le rattrapa. « Attends, attends ! » Quand elle arriva à sa hauteur, elle l'attrapa par le bras et le traîna vers une salle désaffectée, un peu plus loin. Les trois autres observèrent la scène d'un air intrigué.
« Vous croyez que Lily sait quelque chose qu'on ignore ? » questionna James en se passant la main dans les cheveux. C'était une chose qu'il faisait de plus en plus régulièrement, inconsciemment.
« Peut-être qu'elle pense simplement que son interrogatoire aura plus de succès que le nôtre, » remarqua Remus. Il était un peu plus pâle que les autres mais moins que d'habitude à cette période du mois. En effet, depuis maintenant trois mois, il n'était plus seul à la pleine lune et ça rendait ses amis fous de joie (et lui aussi).
Ils n'iraient pas jusqu'à dire que la première fois qu'ils virent Remus se transformer ne les marqua pas – ils décidèrent d'ailleurs d'attendre que la transformation lycanthropique soit terminée avant de rejoindre le maraudeur malade, parce que le voir crier et se contorsionner de douleur sans rien pouvoir faire était plus qu'ils ne pouvaient en supporter, tous les trois.
Cependant, plus les pleines lunes passaient, plus ils gagnaient en assurance. Le stress de la première nuit avait entièrement disparu – à ce moment, ils n'avaient jamais passé plus de quelques minutes sous la forme animale et avaient peur de ne pas tenir toute la nuit. Ils s'étaient pourtant finalement rendus compte que seul le passage d'une forme à l'autre est dur et épuisant, mais ce n'était pas plus difficile d'être animal qu'humain, une fois la transformation passée.
« Peut-être qu'ils sortent ensemble ? » Peter s'attira les regards moqueurs de ses deux amis. « Quoi ? Après tout, c'est possible, non ? » essaya -t-il de se défendre. « Olga dit qu'il faut toujours se méfier quand une fille et un garçon rentrent ensemble dans un endroit vide. »
« Tu passes trop de temps avec cette fille mec, »dit James avec un sourire indulgent. Ils croisèrent un groupe de filles de sixième qui riaient, et un air assuré vint se placer dans ses traits par automatisme, avant qu'il ne se passe à nouveau la main dans les cheveux en leur faisant un clin d'œil. Quand, enfin, ils les eurent dépassés, il se souvint qu'il était en plein dans une conversation. « Franchement, rester huit mois avec la même fille, c'est pas sain. »
« Surtout si c'est la première fois que tu sors avec une fille, » ajouta Remus. « C'est vrai, il y a plein de poissons dans l'océan, tu ne peux pas savoir si celle-là est faite pour toi avant même d'avoir essayé les autres ! »
Les yeux de Peter s'exorbitèrent légèrement – parce que c'était Remus, le sage et gentil Remus, leur ami Remus-les-bons-conseils qui disait ça. Lui qui répétait sans cesse que les filles n'étaient pas des objets… L'attitude de James et Sirius devait avoir fini par déteindre sur lui. Il soupira. Entre James qui changeait de filles comme de chemise, Remus qui prônait le respect des sentiments puis lâchait des 'Essaye les autres' et enfin Sirius qui s'entêtait à considérer toutes les filles comme des glousseuses sans cervelle non-dignes d'intérêt, il avait du mal à ne pas se perdre.
« Ouais, ben, vous croyez peut-être que c'est facile de rompre avec quelqu'un, vous ? »
Les deux autres échangèrent un regard complice avant de s'exclamer en cœur : « Oui ! »
« Évidemment, pourquoi j'ai posé la question… » grinça Queudvert en s'éloignant. Il était difficile de vivre avec des beaux gosses en permanence…
Ils s'installèrent à la table et, après s'être richement servis, arrêtèrent de parler pour s'empiffrer. Lily les rejoignit quelques minutes plus tard.
« Rien à faire, » souffla-t-elle. « Il refuse d'en parler. »
« Fous croyez enco' que chais une hichoire d'amour ? » demanda Peter en s'essuyant la bouche du revers de la main. Il mangeait comme un porc et le savait. Il fallait qu'il en profite tant qu'Olga ne le voyait pas.
Lily fronça le nez de dégoût. « Si c'était aussi simple que ça, il nous l'aurait dit, non ? »
« Ou bien, il serait passé à autre chose depuis le temps, » fit remarquer intelligemment Remus, après avoir avalé. « Il réagit avec elle comme il le ferait si Rogue devenait prof. »
James cracha son verre dans son assiette puis jura en s'apercevant que la nourriture était maintenant immangeable. « Je ne crois pas que Sirius se donnerait le mal d'aller en cours et de ne pas broncher si Rogue était prof, » s'exclama-t-il en déposant son assiette à côté de lui, où il n'y avait personne, pour en reprendre une propre. « J'irai lui parler. »
« James, on a déjà essayé de lui parler, » remarqua Peter en se baissant puis en se cachant derrière sa serviette. Il avait aperçu un groupe de filles de Serdaigle rentrer. Heureusement pour lui, elle ne le vit pas.
« Je vais réessayer, » se butta-t-il à répondre, même si tout le monde comprit le sous-entendu : seul cette fois. C'est vrai que les discussions de groupe n'avaient jamais été le fort de Sirius. Peut-être si James y allait seul…
« Bonne idée. » Lily sourit en se servant – un de ces sourires étincelant qui laisse tout le monde pantois, à penser que le monde pourrait s'écrouler, le sourire serait toujours là. Et ce sourire-là faisait bien plus d'effets sur James que sur n'importe qui d'autre. « Après tout, vous êtes très proches tous les deux. »
« Bon, ben j'y vais alors, » déclara alors le jeune homme en se levant, les yeux toujours fixement sur la bouche de Lily, juste avant de se détourner et de partir.
Lily le regarder passer la porte avec un air peiné. Il était difficile d'échapper à ce regard. Ce regard qui lui fait clairement comprendre que le cœur de James venait de chavirer à cause d'elle, et maintenant, son propre cœur s'accélérait aussi. C'était bien plus dur d'oublier un premier amour qu'elle ne l'aurait cru…
« Ben qu'est-ce qui lui prend ? » demanda Peter. « Il a à peine touché à son assiette. »
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James regagna le dortoir au pas de course, son estomac se tordant en réclamant plus de nourriture. Ce n'était pas quelque chose à quoi il voulait prêter attention. Il monta les escaliers quatre à quatre et, une fois parvenu dans la chambre, claqua furieusement la porte.
Il fallait qu'il se calme. Qu'il respire. Il avait beau se répéter sans arrêt que c'était une décision que lui avait prise, voir Lily tous les jours était difficile – et quand elle lui faisait des sourires comme ceux-là ! Bon sang, elle étincelait par chaque millimètre de sa peau, n'importe quel homme tomberait à ses pieds dans des moments pareils. Et lui, plus que les autres.
Il s'appuya contre le chambranle et respira lentement, effleurant du bout des doigts la cicatrice qui lui restait sur le bas du ventre. Il y avait une raison à chaque chose. Et si Lily n'était pas avec lui aujourd'hui, c'était la faute du dragon de ses rêves – peu importe qui ou quoi se cachait derrière le dragon.
« Si tu dois te soulager, utilise la salle de bain. » La voix le fit sursauter et se redresser. Sirius était appuyé contre le cadre de la fenêtre et regardait le parc – deux secondes avant que son regard ne soit attiré par la main de James qui se caressait le bas ventre.
« Ce n'est pas pour ça que je suis là, » répondit-il. Être choqué ne servait à rien, Sirius et lui n'en étaient plus au stade où il y avait de la retenue dans leurs propos. Et puis, ils avaient respectivement quinze et seize ans. Prétendre que ça n'était jamais arrivé à aucun d'entre eux serait ridicule. « Gibbon te fait péter un câble. C'est pour ça que je suis là. »
« Oh. » Sirius redirigea son regard vers le lac d'où provenait un léger clapotis, le calmar géant devait être en train de jouer avec quelques poissons. « Lily t'en fait péter un aussi. » James grimaça et s'assit dans son lit, le dos contre le mur. « Et à moi aussi. »
« Quoi ? » Il lui envoya un regard paniqué. « Tu ressens quelque chose pour Lily ? »
Sirius lui lança un regard appuyé et se frotta la nuque, l'air gêné. « Je ne savais pas comment te le dire mais ses derniers temps, entre Lils et moi, les choses ont un peu évolué… » Le visage de James à cet instant était déformé dans une mimique partagée entre la stupeur et le dégoût – la colère semblait vouloir s'afficher aussi mais c'était clairement la peur qui gagnait. Ce fut plus qu'il ne put en supporter, et Sirius partit dans un grand éclat de rire.
« C'est pas drôle ! » ronchonna l'Animagus cerf en se fustigeant mentalement de s'être fait avoir aussi facilement. Mais ça faisait du bien de voir Sirius rire. D'habitude, il lui fallait au moins trois heures pour perdre sa mauvaise humeur made in Gibbon.
« Nan mais sans blague tu verrais ta tête ! » plaisanta-t-il encore. Il se leva à son tour et se jeta négligemment sur une chaise. « Elle a passé tout l'après-midi à te reluquer hier, » dit-il, en regagnant son sérieux, « et ça, ça me rend dingue. Il y a un truc entre vous et vous êtes là, tous les deux à geindre et bouder, alors que ce serait tellement plus facile pour nous tous si vous vous l'avouiez enfin. »
James grimaça et, presque par automatisme, sa main trouva la direction de son ventre. Il savait que la confiance se mérite. S'il voulait que Sirius s'ouvre à lui, il fallait qu'il soit honnête lui aussi. Il n'avait dit à personne pour le cauchemar aux cicatrices réelles. Pas même à Sirius. Mais à présent qu'ils étaient tous les deux, seuls, il ne savait pas pourquoi il ne lui avait encore rien dit.
Lentement, il se plaça devant l'autre jeune homme et souleva le bas de sa chemise. Sirius sauta en arrière. « Et attends mec ! » s'écria-t-il. « Tu fous quoi là ? »
« Crétin. » James releva sa blouse, laissant apercevoir l'entaille de dix centimètres de long qui démarrait de son nombril et se continuait en direction de sa hanche gauche dans une ligne droite quasi-parfaite.
Sirius siffla et s'approcha, pour mieux observer la trace sur le ventre de son copain. C'était une sacrée entaille qu'il avait dû avoir ! « C'est elle qui a fait ça ? » questionna-t-il. « Elle est carrément violente… »
« Crétin, » répéta James, un petit sourire apparaissant quand même sur son visage. Il donna un coup dans l'épaule de Sirius. « C'est un dragon. »
Là, c'est avec un visage beaucoup plus concerné – et consterné – qu'il répliqua : « Et quand t'as vu un dragon, toi ? »
« En rêve, » soupira James, en réalisant l'ampleur de la chose. Il ne l'avait jamais dit tout haut – et ça rendait les choses encore plus invraisemblables. D'ailleurs, le regard de Sirius disait clairement qu'il le prenait pour un malade mental. « Je me suis endormi comme tous les soirs, fin décembre je pense, sans rien sur le corps. J'ai rêvé que j'étais avec Lily - » Un sourire idiot passa sur le visage du dénommé Patmol.
« Je ne suis pas sûr d'avoir envie d'entendre ça… »
James lui lança un regard agacé mais continua, comme s'il n'avait pas été interrompu.
« - et qu'un dragon nous poursuivait. Puis, il m'a attrapé et m'a carrément saigné à vif. Horrible – avec tous les détails en plus. Enfin, heureusement, ça ne faisait pas trop mal dans le rêve. Mais le matin, en me réveillant, mon lit était plein de sang – mon sang. Je suis allé me doucher, et j'ai vu cette entaille sur mon ventre. Mais, la veille j'avais rien, et le matin c'était déjà une cicatrice de deux-trois jours. Puis, quand je suis retourné dans ma chambre, le sang avait disparu. J'ai cru à une hallucination – sauf que la cicatrice est restée. »
Sirius resta silencieux cinq minutes. « Tu crois que je suis fou ? » finit par courageusement demander James. Il détestait se livrer, raconter des choses personnelles, et encore plus quand il ne comprenait pas ce qui se passait.
« Je crois que tu devrais en parler à un prof ou à Dumbledore. Sans blague Cornedrue, ça fout les jetons ton truc ! »
James haussa les épaules. « C'est la seule fois où c'est arrivé. Depuis que je me suis résigné à ne pas sortir avec Lily, je ne fais plus le rêve. »
Sirius secoua la tête. « Vous êtes carrément étranges, » déclara Sirius en secouant la tête. « Tous ces trucs avec vous, c'est… »
« Qu'est-ce qui s'est passé avec Gibbon, Patmol ? » le coupa James qui détestait abordait le sujet. C'était au moins une chose sur laquelle James et Lily étaient entièrement d'accord : s'ils ignoraient les bizarreries qui les entouraient suffisamment fort, elles finiraient par disparaitre. Ils faisaient tout ce qu'ils pouvaient pour mener des vies aussi normales que possibles et se poser aussi peu de questions que possible.
« On devrait faire des recherches à la bibliothèque sur ça, » continua Sirius, sans se démonter. « Il doit forcément y avoir une explication logique non ? »
« Lily a passé plus d'un mois à fouiller tous les livres sur les rêves et les destins liés sans rien trouver. » James haussa les épaules, encore, et se passa la main dans les cheveux. « Laisse tomber et réponds-moi. »
Sirius Black se leva et alla à nouveau s'appuyer contre le bord de la fenêtre. James savait que ça le détendait de regarder dehors. Lui aussi, en se concentrant un peu, pouvait s'imaginer redevenir Cornedrue et galoper à travers les bois et ressentir une extraordinaire sensation de liberté.
« Elle ne s'appelle pas Lévina Gibbon, » déclara Sirius. « Tu te souviens, quand je disais avoir l'impression de la connaître ? Ben j'avais raison – je la connaissais. »
« Tu veux dire qu'elle se cache ici ? Comme une sorte d'espionne ? »
« J'en sais rien – mais McGo est au courant pour sûr. » Sirius se retourna enfin, le regard voilé. « Léa-Maria Silvermann. C'est comme ça qu'elle s'appelle en fait. »
James fronça les sourcils. « Ca me dit quelque chose… »
« Elle s'est faite renvoyer de l'école, ton père nous l'a raconté à Noël l'an passé quand tu lui as dit que personne se faisait renvoyer d'ici. »
« Ah ouais. La fille enceinte ? » se rappela James. Avant que ses yeux ne s'écarquillent. « Sans blague ? » Sirius acquiesça. « Mais cette fille, je croyais que c'était la meilleure amie de Bellatrix ? » demanda James en se souvenant que Sirius lui avait dit avoir rencontré la dîtes fille chez lui quelques années plus tôt.
« Ouais, mais ce n'est pas une chose qu'elle a trouvé utile de dire quand je suis allé me plaindre à elle de ma famille… »
James soupira et se passa la main dans les cheveux. Il les trouva plus désordonnés qu'à l'accoutumé et se demanda pourquoi. « Bien, alors il reste plus qu'à trouver pourquoi elle a changé de nom, » déclara-t-il.
Le regard de Sirius s'alluma. « Tu veux qu'on l'espionne ? »
« On est les maraudeurs, par Merlin ! » Son ventre grogna. « J'ai la dalle… »
« J'ai trouvé les cuisines, » répondit Sirius, comme si c'était normal qu'il soit par hasard tombé dessus. Il semblait avoir retrouvé son sourire pour de bon. Les deux garçons se dirigèrent vers la sortie. « Hé, Potter ! Ne le dit pas aux autres. »
James sourit. « Qui, les autres ? » Puis, ils allèrent se faire couvrir de mets par les elfes.
A ces dits autres, James raconterait plus tard que Sirius s'en remettrait, mais il n'alla jamais jusqu'à expliquer de quoi il devait se remettre. Les deux adolescents se mirent à récolter des informations le soir même et ce durant plus d'un mois. Ces aventures à deux, ces secrets qu'ils partageaient, eurent du moins l'avantage de tisser entre eux les liens d'une amitié profonde qu'aucune distance ne pourrait détendre.
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« Cette place est prise ? »
James releva la tête de l'amalnach 1970 qu'il tenait entre ses mains. Devant lui se tenait une jeune fille d'une bonne quinzaine d'années, blonde avec de superbes yeux bruns. Elle regardait la chaise fixement et il crut déceler une mignonne rougeur sur ses joues.
« Bien sûr, » répondit-il avec un air assuré, en désignant la place.
Les épaules de la fille s'affaissèrent et avec « Oh » déçu, elle tourna les talons.
« Attends ! » la rappela James. « Je veux dire, non il n'y a personne et bien sûr tu peux t'asseoir. » Il eut droit à un sourire timide de sa jeune inconnue, avant qu'elle ne dépose son sac sur la table et le remercie. « J'ai souvent tendance à sauter les questions, » se justifia-t-il.
Elle acquiesça silencieusement et se mit au travail. Cela le dérangea, parce qu'il n'était pas habitué à ça – être assis silencieusement à côté d'une fille. D'habitude, si une s'approchait de lui, c'était pour discuter et si possible le draguer – pas juste travailler en silence. James savait qu'en cette fin de jeudi après-midi, la bibliothèque était remplie. N'empêche qu'il ne pouvait s'empêcher de jeter des regards fréquents à la fille.
Ses longs cheveux blonds retombaient en cascade sur son épaule droite. Elle était focalisée sur le texte de son livre – ses sourcils se fronçaient régulièrement de concentration. Elle ne leva pas les yeux une seule fois sur lui. Alors, James l'observa à la dérobée, derrière son album photo. Il y avait un écusson de préfète sur sa poitrine, la preuve qu'elle était au moins en cinquième (bien que sûrement en sixième parce que James connaissait à peu près toutes ses condisciples).
Elle portait l'uniforme, mais ni cravate ni chaussettes aux couleurs de sa maison. Et puis, il y avait quelque chose qui la rendait différente des autres filles qu'il fréquentait d'habitude. (Car bien sûr, le fait qu'il s'intéresse à elle n'avait rien à voir avec celui qu'elle ne lui parle pas).
Ses joues, bien que rosées, étaient comme dégagées, plus blanches et plus ponctuées de nuances de couleurs. La seule autre fille chez qui il avait remarqué ça était Lily – et la raison était simple : pas de maquillage. La fille – qui travaillait toujours en silence – était aussi un peu plus ronde que celles qui l'approchaient. Ses joues plus rebondies, ses lèvres pleines, mais aussi un menton presque double et des doigts grassouillets.
Il avait du mal à déterminer si elle était jolie ou pas – d'un côté, ce n'était pas son style de filles. Ses ex-copines étaient plutôt du genre grandes et fines. Mais, d'un autre côté, son visage l'attirait – il n'arrivait pas vraiment à détacher ses yeux. Ca, et les boutons sous pression de son chemisier qui semblait sur le point d'exploser au niveau de sa poitrine fournie.
« Bonne journée. » L'au revoir le surprit. Il ne s'était même pas rendu compte que le temps passait. Elle le salua d'un geste de la main et s'en alla, la démarche peu assurée, trébuchant quand elle tourna pour passer la porte de la bibliothèque. C'était la première fois que James remarquait que l'uniforme n'allait pas à une fille : elle n'était vraiment pas à son avantage là-dedans.
La jupe lui arrivant sous les genoux avait tendance à la raccourcir, et les chaussettes relevées à épaissir son mollet qui n'était déjà pas fin. Les chaussures plates semblaient lui faire hésiter à poser un pied devant l'autre. Sans parler du chemisier qui bouffait aux manches, donnant l'impression qu'elle avait des bras énormes mais qui serrait au ventre et à la poitrine. (Et quelle poitrine…)
La porte de la bibliothèque s'ouvrit à nouveau et James détourna la tête. Ses yeux se retrouvèrent, malgré eux, happé dans un océan émeraude. En voilà une, songea-t-il, qui porte bien l'uniforme, qui a des gestes assurés, des yeux fabuleux et un sourire merveilleux. Et des seins bien fermes, rajouta le côté pervers de son esprit.
Les joues de James rougirent quand il s'aperçut que son regard n'avait eu aucun mal à se dégager des yeux de Lily pour se poser sur sa poitrine sans aucune gêne. Et sous les yeux attentifs de Lily. Elle devait vraiment le prendre pour un obsédé dans des moments pareils – mais il n'était qu'un garçon. C'était son principal alibi.
Il suivit des yeux la silhouette pressée de Lily quitter la bibliothèque et aperçut avec netteté son regard peiné – à nouveau. D'un geste, il rassembla ses affaires et la suivit. Elle s'était arrêtée au coin du couloir et des sanglots agitaient son dos. Il déposa son sac et, d'un geste amical, posa sa main contre son épaule.
A peine eut-il fait cela qu'elle se jeta contre lui et enfouit sa tête dans son cou. Il caressa lentement ses cheveux soyeux. « J'arrive pas, » murmura-t-elle, au bout de plusieurs minutes. « J'arrive pas à faire ce que tu fais – passer à autre chose. »
Il resserra son étreinte. « J'aimerais bien y arriver, » répondit-il contre sa tête. « Tu sais, Lil, c'est pas parce que je sors avec d'autres filles que je ne pense pas à toi. »
Elle renifla, s'écarta et l'observa silencieusement. « Je t'ai vu. La manière dont tu regardais Pénélope Grasselet. Je ne t'ai jamais vu regarder personne comme ça. »
Un sourire indulgent passa sur ses lèvres. « C'est juste parce qu'elle est différente des autres. » Il essuya ses larmes et l'embrassa sur le nez. « Fais-moi un sourire avant que je n'aille à l'entraînement de Quidditch tu veux ? »
« Excuse-moi » Elle essuya ses larmes du plat de la main. Ses tentatives de faire un sourire sincère lui semblèrent vaines mais cela dut suffire à James, car, après un regard qui disait 'Ca va aller', il s'en alla.
Et Lily avait la désagréable impression qu'il était en train de penser à Grasselet. Cela lui broyait le cœur. C'était dur de voir James avec une fille (dernièrement, il était sorti avec Meg Dylan, une fille de Serdaigle pendant une dizaine de jours) mais cela était encore plus dur de le voir reluquer la préfète. Parce que ce n'était pas une jolie fille. Grosse et bouffie de partout, avec des yeux bovins, constamment en train de s'excuser de vivre, le regard se dérobant, sans aucun humour.
Si James regardait une fille comme celle-là, ce n'était certainement pas juste pour oublier Lily. Mais parce qu'il avait fait une croix sur elle, et qu'il se sentait prêt à passer à autre chose. Avec quelqu'un de radicalement différent.
Mais Lily n'accepterait jamais de voir cette file au bras de son James. C'était peut-être ce dont elle avait besoin. Une raison de se battre.
Car elle venait de décider qu'elle allait se battre pour être, enfin, avec James. Et si le méchant dragon venait encore la blesser dans ses rêves, elle irait se faire soigner à l'infirmerie et elle en parlerait à Dumbledore.
Un fou ne peut pas prendre quelqu'un d'autre pour une folle, non ?
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« Et alors elle m'a dit – tu n'en reviendras pas, je te promets – elle m'a dit que toi et moi, ça ne durerait plus longtemps ! Non, mais tu te rends compte, quelle peste ! »
« Hm. »
« Oui, je sais. Et après, cette faux cul d'Heather ose encore me dire que la célébrité ne l'intéresse pas. Non seulement, elle devient ma meilleure amie quand je commence à sortir avec toi - j'aurais dû m'en douter. Les filles comme elles ne recherchent que le gain. Enfin, bref, dans le train, tu as vu sa manière de traiter Sirius ? Elle le chauffait comme un seule une garce peut le faire. Et maintenant, elle sort avec Remus. Non mais oh, elle se prend pour qui ? Sirius puis Remus… Elle voudrait pas sauter sur Potter tant qu'elle y est ? »
« Sirius a sauté Remus ? » marmonna Pater d'une voix endormie en se tournant sur le fauteuil pour enfoncer sa tête plus confortablement dans la poitrine d'Olga. C'était une des raisons pour lesquelles il ne voulait pas rompre : qu'est-ce que c'était confortable comme oreiller ! Mais, le fait qu'il ait besoin d'un oreiller en sa présence était une des raisons pour lesquelles il devait rompre avec elle. Il devait le faire – dès aujourd'hui.
« Mais non, bêta ! » Elle le tapa gentiment sur la tête. « T'as de ces idées parfois, Pettechoupinet… » Peter grimaça… pourquoi toutes les filles trouvent-elles nécessaire de les affubler de surnoms débiles ? Enfin, quand il disait toute, il n'avait une si grande expérience que ça…
« Pettechoupinet ! Mwahahahaha… » La voix le fit sursauter et se redresser pour sûr – il releva le regard et ses doutes furent confirmer : Remus venait de violer son sanctuaire du « repos sur poitrine opulente », une discipline dans laquelle il excellait. Il s'agissait de la salle commune des Serdaigles. Ça allait faire une moitié d'année qu'il la fréquentait – c'était devenu comme une deuxième salle commune. Actuellement, il lui arrivait parfois de s'y promener sans Olga. Ici, c'était silencieux et discipliné par rapport à Gryffondor…
Remus, lui, n'y était venu qu'à de rares occasions (comprendre 'uniquement avec d'occasionnelles filles'). Mais ce n'était pas pour ça qu'il se retenait de rire ostensiblement fort, s'attirant des regards énervés de bosseurs invétérés. Peter fréquentait toujours Olga en l'absence de Maraudeurs, la plupart du temps. Mais il venait d'être pris sur le fait… « PetteChoupinet ! » répéta le loup garou en se tenant les côtes.
A côté de lui Heather lui mit un coup de livre sur la tête. « Respecte le travail des autres, tu veux, Remychou. »
« Rémychou, Mwahahahaha… » s'esclaffa à son tour Peter en perdant tout de sa bouderie et Remus, tout de son hilarité. Il leur arrivait parfois de se demander comment ils se mettaient dans de telles situations (comprendre 'avec de telles filles') -mais la plupart du temps, elles n'agissaient pas comme ça – elles étaient moins remontées, pleine d'énergie et tout ça… La cause de ce débordement n'était autre que… les buses blanches qui approchaient à grands pas.
« Sans commentaire, » coupa court Remus en s'asseyant dans le fauteuil d'en face. Heather se cala contre lui et ouvrit la bouche, ayant l'intention de démarrer une discussion, mais le maraudeur continua à parler à Peter : « Pas un mot aux deux autres de ça et je ne leur dis pas pour toi. »
« Marché conclu, » répondit Queudvert en s'asseyant plus correctement. Il passa un bras autour des épaules d'Olga et l'attira contre lui. Il aimait bien ça, c'était comme s'il était enfin dans la position dominante du couple… ce qui était loin d'être le cas la plupart du temps. Et puis, il aimait bien aussi quand elle faisait ça – jouer avec ses cheveux du bout des doigts. Mais il devait rompre. Dès aujourd'hui. Ne serait-ce que pour ôter ce regard moqueur des yeux de Remus qui le fixait, sans prêter la moindre attention à sa petite-amie. « Donc, toi et Heath, » s'enquit Peter.
« Ouais, Heath et moi » Corrigea machinalement le loup-garou avant d'ajouter, en retenant un nouveau rire : « C'était plus agréable que se faire sauter par Sirius, hein, Pete ? »
Le jeune garçon rougit jusqu'à la racine des cheveux. « Je dormais ! » se défendit-il, espérant faire oublier ce qu'il avait osé insinuer. L'image même de ses deux meilleurs amis s'imposa à son esprit et le fit frissonner de dégoût.
« Comment ça, tu dormais ? » glapit Olga en se redressant de ses bras. « Tu t'intéresses à ce point-là à ce que je dis ? »
« Mais non mon cœur, » tenta Peter, en croisant les yeux de Remus – qui s'était presque enfoncé le poing en bouche pour ne pas éclater de rire… ben tiens, ça le faisait rire, lui ? Peter, lui, ne trouvait rien de drôle à ça. « C'est juste que je n'ai pas beaucoup dormi la nuit passée et –»
« Et qu'est-ce que tu faisais ? » questionna-t-elle en plissant les yeux de suspicion. « Et avec qui ? »
Et là, c'en fut trop, Remus partit à nouveau dans un grand éclat de rire. « En retenue, » essaya de mentir, pitoyablement s'il faut préciser, Peter.
« En retenue ? Comment ça ? Mais tu en as déjà eu une la semaine passée ! » se plaignit la jeune fille. « Tu as une liaison avec Gibbon, c'est ça ? »
« Mwahahaha… » éclata de rire Remus – plusieurs personnes leur demandèrent de se taire – car entre Olga criant sur Peter et Remus s'esclaffant, le calme de la salle commune devenait tout relatif.
« Remychou ? » questionna Heather. Il tourna la tête vers elle, en étouffant son rire dans sa honte et reçut deux lèvres sur les siennes. C'était un autre moyen qu'il se taise.
« Olga, ma puce, » tenta encore Peter. « Je suis désolé. En plus, ce n'était pas Gibbon, c'était… heu… » Le maraudeur réfléchit rapidement. Un prof vieux et moche – ennuyant si possible. La réponse lui sauta aux yeux. « Binns ! C'était Binns, j'ai parlé un peu trop fort au dernier cours d'histoire… »
« Mais j'ai cours avec toi et je ne m'en souviens pas ! » Il y eut un drôle de bruit : Remus tenta de se séparer de la bouche d'Heather pour rire – ça faisait longtemps qu'il ne s'était pas amusé des excuses pitoyables de Peter – mais tout ce qu'il réussit à faire fut mordre sa petite-amie qui, pour se venger, lui rendit la pareille.
« Oui mais je… il… euh… On l'a croisé dans un couloir pendant la nuit, hein, Rem, » dit Peter en dépit, puis il aperçut que son meilleur ami était un peu 'occupé'. Il parvint tout même à acquiescer. Queudvert l'admira : il parvenait à embrasser une fille, écouter ses excuses minables et à donner son avis simultanément !
« Tu m'avais promis que ça cesserait ! » se plaignit encore Olga, pour la forme. Elle voyait bien que quelque chose n'allait plus en ce moment, et faire des crises pour des riens n'arrangerait pas la situation. « Tu m'avais dit que tu arrêterais de marauder et te faire envoyer en retenue presque deux fois par semaine pour des virées nocturnes sans importance ! »
Peter soupira. Marauder avec les autres n'était pas sans importance. Et il n'avait pas tant de retenues que ça – juste besoin d'une excuse pour ne pas avoir envie de passer la moitié de ses soirées chez les Serdaigles. « Mais il n'a pas… » commença Remus mais, d'un geste ferme, une main attrapa sa cravate et attira sa bouche sur la sienne.
Peter adorait Heather. Cette fille était un cerveau vivant. Elle avait tout compris (ou était juste très affamée). Peu importe. Il jeta un regard nerveux à Olga, qui elle fixait sa meilleure amie d'un air dégoûté par tant de voracité. Il fallait qu'il rompe, ce soir.
Il jeta un regard à Remus – y cherchant de l'aide – mais celui-ci semblait figé. Une main accrochée à l'accoudoir, l'autre gauchement posée derrière la tête d'Heather, la jeune fille presque allongée sur lui et un air extatique – Peter ne voulait pas savoir pourquoi.
Mais, apparemment, après le dégoût vint à Olga une autre idée. Celle de recopier son amie. C'est ainsi que, presque contre son gré, Peter se retrouva entre la station assise et couchée sur le fauteuil, avec Olga penchée sur lui et sa poitrine écrasée contre son torse. Sa cravate entre ses doigts l'étranglait à moitié et la cadence du baiser le distançait mais peu importe. Parce que toutes les raisons qui faisaient que Peter aimait bien Olga (c'était le 'bien', le problème, justement) il y avait qu'elle embrassait rudement bien. Et même plus.
Il pouvait bien attendre un jour ou deux en plus non ?
You're still on my lonely mind
I think about you baby
I dream about you all the time
And when the last one falls
when it's all said and done
It's gets hard but it won't take away my love
Here without you, 3 Doors Down
