Chapitre 2

Poussières. Je restais là, regardant le vampire partir en poussières. Je ne savais que faire d'autres à part regarder cet incroyable, Comment pouvais-je appeler ceci ? Surnaturel ? Pourtant ça ne l'était pas tant que ça puisqu'il venait de massacrer toute ma famille. Sekiguchi où es-tu ? Je me sentais seul. Car enfin je me rendais compte réellement, non seulement de ce que j'avais fait, mais aussi des conséquences des actes durant mon absence. J'étais seul. Je serais seul et je resterais seul. Et ce à cause des vampires. Une haine immense en moi me fit tressaillir et tomber à genoux auprès d'Aï qui avait déjà rendu son dernier souffle. Mes genoux trempaient dans le sang, mes mains également vu qu'elles se posèrent inconsciemment sur ce corps frêle qui se vidait au fur et à mesure de toute étincelle. Tout ce que je pus faire c'était de la regarder, les regarder. Morts. La mort avait un visage si affreux sur nous pauvres humains. Si faibles, si pathétiques, incapables de pouvoir se défendre contre de tels êtres. Des créatures de la nuit prêtes à tout pour ne serait-ce qu'une goutte de sang. Mais il n'était pas le seul, et ça je le savais. A lui seul il n'avait pas pu tous les tuer ainsi. Mon père n'était pas un athlète de haut niveau mais en voyant les attaques sur sa famille il aurait automatiquement riposté comme je venais de le faire en prenant une quelconque arme pour repousser ces créatures de la nuit. Mais là non on aurait dit même qu'ils avaient pris pas surprise. Et ce en plein repas car la table était dépareillée de tout ce qui aurait pu l'orner à ce moment-là : couverts, assiettes, plats succulents. Tout était éparpillé sur le sol. Les dégâts n'étaient que matériel et légèrement insignifiant mais assez énorme pour comprendre qu'il y avait eu surprise puis lutte.

Je suis resté je ne sais combien de temps agenouillé, mon regard guettant chaque écoulement de sang. Dans ma tête c'était un véritable combat contre moi-même. Je me haïssais d'être si faible. Mais aussi n'étais-ce pas normal ? Je n'avais que seize ans. Mais j'aurais pu être là. Là pour les aider. Peut-être que tout ça ne se serait jamais passé. Tant de questions assainaient mon esprit adolescent. La police arriva plusieurs heures après. Ils ne s'étaient pas pressés pourtant j'avais entendu dire que nos voisins avaient appelé plusieurs fois, surpris par les bruits étrange chez nous. Et ils arrivaient à peine... Ma haine était tournée contre tout le monde. Pourtant lorsqu'un agent m'interpella et me porta ensuite jusqu'à une ambulance, je n'avais pas bougé, ni cillé une seule fois des paupières. Ils disaient que j'étais en état de choc. Fort possible pourtant j'entendais et je voyais tout ce qui se passait autour de moi, c'était juste mon corps qui était comme paralysé. J'entendis même la voix de mon frère qui était en pleurs, inquiet pour moi. Je n'ai pu que murmurer son nom avant de tomber dans l'inconscience.

Il paraît que j'ai dormi pendant près de trois jours. Ils m'avaient transfusé pour me nourrir. Mon sommeil avait été agité. Des cauchemars incessants. Des tentatives inutiles. Des apparitions de ma tendre famille me parlant avec mépris, critiquant ma faiblesse. Et moi, continuant à me triturer l'esprit. A mon réveil, Sekiguchi et Misato était près de moi, m'observant. Ils se ruèrent sur le lit et Misato s'écroula en larmes sur le lit. Seki-chan la calma et pour la première fois de ma vie j'ai vu qu'il pleurait. L'expression de mon visage était paraît-il cadavérique. Les infirmières et le médecin entrèrent prêt à me faire des examens pour voir si j'allais bien. Je m'étais laissé faire. Puis une heure plus tard je me retrouvais dans la voiture de mon frère. J'allais vivre avec eux. Vivre... Je n'en avais plus aucune envie. Pourtant je n'étais pas si seul. Ils étaient tous les deux ici, face à moi, prenant le chemin de leur appartement en ville, prêt à prendre soin de moi et à s'occuper de la fin de mon éducation. Mais le pouvaient-ils ? Il est vrai que Seki avait une bonne situation mais tout son argent partait pour les soins de Misato. Misato qui semblait notamment avoir grossi. Je ne parlais de rien, les laissant m'amener chez eux, des affaires personnelles déjà dans la chambre d'ami que j'allais occuper. Je me suis assis sur le lit alors que l'après-midi aller toucher à sa fin. Je ne sais pas ce que j'attendais là, comme ça mais je sais que je me rendis compte du temps passé dans cette position quand Misato vient me chercher pour dîner. Je la suivis calmement jusqu'au salon. Étrangement, la faim vint. Je mangeais même avec plaisir. Pourtant le repas en lui-même avait été très simple. Peut-être était-ce à cause que les produits qu'on lui avait transfusé ne faisaient plus effet.

A la fin du repas, je posais les couverts dans l'assiette et je les remerciais. Misato caressa mes cheveux, des larmes coulant de nouveau sur ses joues. Elle était très belle. On pouvait dire que mon frère avait vraiment de bons goûts. Je préfère préciser que j'ai jamais fantasmé sur ma belle-sœur. Mes mots ont toujours été des plus vrais et non avec des arrières pensées comme certains de mes camarades masculins. Juste que sa beauté n'était pas que dans l'apparence. Son cœur était des plus purs et en plus j'entendis mon frère m'annoncer que j'allais être tonton. Voilà la raison de cette prise de poids. Des morts... Une naissance.

« Nous l'appellerons Kinoko. »

Je restais figé à cette annonce. Ils allaient l'appeler comme ma mère, maman. J'eus envie de pleurer mais aucune larme ne put franchir cette barrière impétueuse. Mais j'étais heureux. Même si ce n'était pas grand chose.

Je suis resté avec eux jusqu'à ce que la nuit tombe et qu'ils aillent se coucher. J'ai profité de leurs sommeils lourds après une journée tendue à l'extrême pour sortir par la fenêtre de ma nouvelle chambre pour y retourner. Oui... Je voulais y aller une dernière fois car il me manquait quelque chose. Cette chose qui l'avait tué.

Les lieux avaient été scellés par leurs rubans mais je rentrais tout de même dans la maison puis je vis les traces de sang. Même si les corps n'étaient plus là, dans ma tête je revoyais encore la scène. Celle de la réalité et celle de mes cauchemars. Ma haine ne fit que grandir.

Je parcourus la pièce du regard voyant la lance posée sur le sol. Je m'y approchais puis la pris entre mes mains. Cette excitation me prit les tripes. Je sentis cette force en moi. Celle qu'on appelle vengeance. La vengeance, ce sentiment de haine mais aussi de puissance. Et je la sentais en moi.

Je sortis de la maison, faisant face à cette nuit noire qui était donc le domicile de rêve de ces créatures de la nuit. Je savais que je les trouverais. Il me suffisait d'être discret, de les suivre, de surveiller chacun de leurs gestes. De me faufiler parmi eux. De les connaître.

Je tuais mon premier vampire cette nuit-là. Évidemment mes techniques de combat étaient presque nulles. Je n'étais guidé que par la colère, la vengeance. On ne pouvait même m'appeler à ce moment-là traqueur. Je n'étais rien. A part un gosse de seize ans qui ne se rendait même pas compte de ses actes. J'eus ce rythme jusqu'à mes dix-huit ans. Le jour j'allais au lycée, arrivant à garder des notes plus que raisonnables et dès que mon frère et Minako s'endormaient, je partais à cette chasse. Je revenais parfois blessé, mais je rentrais discrètement puis j'allais dans la salle de bain, me soigner. Même maintenant je ne sais pas si ils sont au courant de tout ça, si ils m'avaient vu. Au fond de moi j'espère que non car j'ai pour eux une grande affection et aussi pour Kinoko-chan. Non seulement elle portait son nom mais en plus elle lui ressemblait. Ses yeux d'un noir profond, cette peau claire et ses cheveux d'un noir de jais.

A dix-huit je décidais donc de m'en aller. M'inscrivant dans une université assez loin pour avoir la possibilité d'avoir une chambre étudiante et une bourse par la même occasion. Au bout d'un an, je fus transféré à l'école de police, après la réussite d'un concours auquel j'avais participé quelques mois avant. Je fus quand même assez surpris de la rudesse du travail, surtout physique. Mais je vous parlerai de tout ça plus tard. Car en fait, c'est à partir de là, que tout continua...

FIN (suite dans le chapitre 3)