Chapitre 3a
Je suis entré en avril à l'école de police. En première année, nous étions considérés comme des bleus et je n'y échappais pas évidemment. La seule chose qui était avantageux c'était le fait que nous étions payés tous les mois. Soit ce n'était pas une grosse somme mais au moins ça m'avait permis de louer un petit studio au centre, pas très loin de l'école. Pourtant j'aurais pu utiliser la grosse somme d'argent qui était à ce moment-là, vu mon âge, débloquée sur mon compte épargne. C'est vrai que j'avais oublié de vous dire que mes parents avaient souscrit à une assurance vie. A leurs morts, l'argent avait été sur mon compte ainsi que sur celui de mon frère. Mais je ne voulais pas utiliser cet argent. Sauf si un jour je me trouverais bien embêter et que je n'aurais pas le choix. Mais là je m'éloigne du sujet.
En première année ce fut en quelque sorte un certain enfer. A part le football je n'avais encore jamais fait de sport considéré comme intensif. Donc quand on avait du sport, vu ce que je fumais par jour, et ça n'a pas changé je n'avoue, l'endurance n'était vraiment pas mon fort. L'instructeur passait son temps à me courir après pour essayer de me faire aller plus vite. Maintenant j'aurais presque envie d'en rire et pourtant à ce moment-là je ne riais pas, je pensais même qu'il avait quelque chose contre moi et non... Comme quoi je me trompais souvent. Et ça m'arrive encore à présent. Sinon les autres cours, à part ceux généraux étaient centrés sur les décisions à prendre lors d'une enquête ou encore de quelle façon réagir à tel ou tel acte. En gros, ce n'était que de la théorie. Et j'avoue que je me demandais si j'allais y rester. Je détestais cette ambiance de gaminerie en plus. Je trouvais cela bien trop puéril. J'avais l'impression que tous mes collègues avait quinze ans... Donc à part des camarades, encore que c'est un grand mot, je n'avais pas d'amis. J'étais le dernier arrivé au cours et le premier à en sortir. Mais lorsque j'ai réussi ma qualification je passais en deuxième année et là je n'eus plus envie de partir. Ça n'avait plus rien à voir. Pourquoi ? Parce qu'on travaillait en relais avec les commissariats du coin. Chacun d'entre nous était pris en charge par un inspecteur et ou un commissaire. On les accompagnait sur chacune de leurs affaires, on donnait notre avis et bien plus même. C'était donc bien plus intéressant. Enfin un peu d'action en entrant un peu plus dans le vif du sujet.
Mon tuteur, si je peux me permettre de l'appeler ainsi, s'appeler Fujimoto Matsama. C'était un inspecteur d'une quarantaine d'années, considéré comme l'un des meilleurs de toute la ville de Tokyo. Je ne vous explique pas ma fierté lorsqu'il m'a accepté dans son équipe. Et aussi quand... non c'est encore trop tôt. Je vais plutôt vous expliquer sur quelle affaire j'ai eu la chance de pouvoir réussir mon année mais celle aussi qui m'a tout fait arrêter.
Dès mon arrivée, Matsama-san était déjà sur une affaire de meurtres et d'enlèvements. J'ai donc eu, avec son équipe donc en comptant l'inspecteur nous n'étions que quatre, à une petite réunion sur cette enquête qui avait été étouffée. Pourquoi ? Parce que les médias sont bien trop casse-pieds et souvent ils déforment tous les dires des interrogatoires. Alors ce fut avec bien plus de curiosité que j'avais écouté du début jusqu'à la fin le dossier en cours.
Les victimes étaient des enfants, pas loin de l'adolescence, et des femmes ayant à peine fini la leur. Tous avaient été enlevés, leurs familles ou amies déclarant leurs disparitions au premier poste de police au bout de 48 heures, délais faisant parti du droit civique. Leurs corps étaient retrouvés que plusieurs plus tard et dans des lieux où les victimes avaient l'habitude d'aller où encore mieux, là où elles avaient été enlevées. La police avait donc l'impression de tourner en rond et d'être pris par des abrutis par ce psychopathe. Enfin, ils le prenaient tous pour un fou mais moi au contraire je le trouvais très intelligent. Et cette enquête m'intéressa encore plus quand on se rendait compte des causes de la mort.
Il est vrai qu'aux premiers abords, les médecins légistes ne voyaient rien. Ce psychopathe était très maniaque... Il lavait le corps des victimes avant de les déplacer, une fois tuées. Donc à première vue rien. Ce n'était lorsque les médecins les déshabillaient qu'ils voyaient deux traces de morsures au niveau du cou. Rien d'autres. Et évidemment, vidées de leur sang. Pour moi, je connaissais une partie de son identité : un vampire. Malgré mon inexpérience encore à ce niveau, je me doutais qu'il n'était pas un simplet. Pas un de ceux que je combattais pendant mes visites extérieures nocturnes. Ils n'étaient pas si intelligents. Au contraire, bien trop bruyants même. Et pas aussi maniaques.
C'est ainsi que je me suis mis également à enquêter avec eux. Il faut avouer qu'au début, nous avions énormément de doutes. Aucune victime n'avaient de liens sauf leurs sexes et leurs âges et évidemment la cause de la mort. Le souci était aussi dû au fait que rechercher une vampire de jour c'était comme chercher une aiguille dans une meule de foin. Cela ne servait à rien. Alors je passais mes visites nocturnes à surveiller la ville mais sans grand succès. Le vampire savait qu'il était recherché, sa discrétion était parfaite. J'avais l'impression qu'il ne commettait aucune erreur. Et pourtant les plus grands en faisaient. Il fallait juste attendre le bon moment. Chercher une quelconque piste. Mais on n'avait rien sur lui. Pas de témoins sur aucune scène d'enlèvement. Au fond de moi, je me demandais si ça allait être possible de pouvoir l'arrêter. Ça faisait déjà plusieurs jours que j'arpentais les rues la nuit, cherchant des victimes potentielles pour lui, me cachant pour essayer de remarquer un petit truc qui me ferait tilt. Qui me permettrait enfin de le voir. Mais rien... J'avoue que j'avais commencé à perdre mon sang-froid. Disons que la patience n'a jamais été une de mes vertus. Matsama-san était vraiment un professionnel. Il ne montrait rien et il gardait tellement son calme, que je m'énervais tout seul. Je l'avais même fait rire... Et moi qui m'énervais encore plus parce que je croyais qu'il se moquait de moi. Alors que c'était tout simplement parce qu'il voyait que cette affaire me tenait trop à cœur. Et c'est là qu'il me demanda pourquoi... Et que je lui répondis de regarder dans mon dossier. Il s'est mis à rire de nouveau, m'expliquant justement que c'était pour ça qu'il m'avait choisi, moi et non pas mes collègues. Il avait déjà farfouillé dedans et ça l'avait intéressé. Je me demandais même ce qu'il y avait d'intéressant. Il m'avait répondu du tac au tac. « J'ai toujours été intéressé par les êtres que l'on considère seulement comme des mythes et légendes. »
Évidemment je me suis retrouvé con... Je ne savais pas qu'il croyait à leur existence. Je n'avais pas osé lui parler de mes opinions à ce sujet de peur qu'il me prenne pour un idiot. Et pourtant il y pensait depuis un moment. J'avais baissé les yeux quelques instants, puis je lui avouais mes sorties nocturnes. Que je n'avais aucune preuve. Il hochait de la tête à chacune de mes paroles, comme si il était d'accord avec moi. Je ne sais pas, même aujourd'hui, si il avait vécu un événement particulier avec l'un d'entre eux. Il n'était pas très bavard sur lui. D'un autre côté, nous avons tous une partie de nous que nous voulons pas dévoiler. Cette sorte de jardin secret, comme aime appeler les femmes. Je ne lui ai jamais posé la question. Peut-être aurais-je dû le faire. En tout cas, notre entretien s'est terminé au bar, au coin de la rue où se trouvait le commissariat, cherchant un moyen de stopper ce psychopathe vampirique. On en était arrivés à la même conclusion : continuer les chasses nocturnes. Et on commença cette nuit-là... Nuit où enfin on réussit à le débusquer, à le mettre hors d'état de nuire. Cependant, ce ne fut pas si simple. On l'avait dérangé.
FIN suite dans le chapitre 3b
