Chapitre 3b

Ce n'était peut-être pas une bonne idée de commencer notre première chasse ensemble dans l'état que nous étions : pas saouls mais disons pas très loin de cet engourdissement qui vous faisait tourner la tête. Nous sortîmes du bar et traversèrent les rues sombres à la seule lumière de lampadaires où plusieurs d'entre eux émettaient une lumière faible. On ne savait pas où chercher donc nous arpentions chaque rues avec la même concentration, bondées ou pas. Enfin non, c'était là notamment que nous avions fait une erreur : on se concentrait moins sur ces rues où le monde affluait ! On pensait que le vampire attaqué dans des zones faibles mais il s'avéra que nous nous étions trompés.

Sur la grande avenue, cigarette entre mes lèvres, mes yeux regardant plutôt sur les rues qui en bifurques et donnant sur des allées sombres, j'entendis un bruit. Sans chercher à comprendre, je m'y rendis tout en sortant ma lance qui a toujours la même place : dans mon dos cachée par mon haut. Je m'approchais de containers de poubelles, pensant que la créature s'y cachée. Arrivé à destination, un gros chat de gouttière en sorti, sentant sûrement ma présence qui devait le gêner pendant sa recherche de nourriture en miaulant de colère. Surpris, je tombais en arrière, sur les fesses, la tête commençant à tourner tout doucement. Je me posais ma main sur le front et me reprit tout en me levant, l'inspecteur me rejoignant et me demandant comment j'allais. Je fis un signe de main pour dire que tout était normal quand un cri étouffé à quelques mètres de nous, nous fit bondir et courir vers le bruit suspect. Nous restions comme ébahis devant la scène qui s'offrit à nous. Le cri étouffé avait été émis par cette jeune femme qui devait avoir à peine ses dix-huit printemps. Son physique ? J'avoue ne pas avoir eu le temps vraiment de bien regarder. Puis il faisait si sombre ! Seuls les traits fins me donnaient cette précision qui pouvaient m'être trompeuses aussi.

Comme nous pensions, le vampire en question était de sexe masculin. Il était laid... Ou plutôt on l'avait rendu ainsi car sur son visage on voyait des cicatrices : marques de brûlures. Une longue cape recouvrait son corps. Seules ses mains étaient visibles et elles se trouvaient sur le visage de la jeune femme, le serrant entre ses doigts cornus. Il recula pour qu'on ne voit plus son visage mais c'était un peu tard évidemment. On connaissait à présent son apparence, ça nous servirait à rien si nous ne connaissions pas son lieu de vie mais on le reconnaîtrait facilement si on le rencontrait de nouveau dans les rues de la ville.

On se retrouva donc face à lui, sa victime entre ses mains. L'attaquer était chose inévitable mais l'otage nous posait problème ! On avait peur de la blesser lors de nos affrontements donc nous restions pour le moment immobiles, cherchant un moyen pour le faire lâcher sa proie. De longues minutes passèrent où nous nous fixions. Longues minutes qui se terminèrent par le vampire qui sauta vers nous, assommant sa proie avec on ne savait de quelle façon, tout en sortant comme arme un fusil de chasse. Je me sentis désemparé avec ma lance qui ne pouvait rien contre les douilles d'une telle arme. Assez amusant non ? Un flic qui dans sa deuxième année, malgré ses cours de tirs ne prend jamais son arme à feu sur lui ! J'ai jamais aimé ces armes qui pour moi sont bien plus barbares que ma lance ! Ce fut donc Matsama-san qui contra ses attaques avec son revolver. Le bruit de chaque détonation me faisait tressaillir, de plus je reconnaissais facilement qui tiré ! Le bruit du fusil de chasse était bien plus sourd et lourd dans l'air tandis que celui du revolver de l'inspecteur était plus fin et aigüe. Je me retrouvais donc assailli sous ces coups de feu brusque. La seule solution pour moi était de me cacher, regardant la jeune femme et cherchant la protéger de la meilleure manière qu'il soit !

Le vampire déconcentré par les coups de feu perpétuels de Matsma-san, je réussis par quelques stratagèmes à me rapprocher d'elle. Les gens qui jusqu'à présent marchaient dans l'avenue s'étaient enfuis depuis de longues minutes. Nous étions seuls, entendant les sirènes de nos compagnons percer l'air. Me sentant comme rassuré par l'arrivée des renforts, je me dirigeais vers l'enseigne du magasin, près à récupérer la victime pour la laisser entre les mains des policiers. Mais un dernier coup de feu assourdissant me fit tourner la tête et je vis le vampire s'approcher de moi et je vis une dernière fois son visage quelques secondes avant de recevoir une balle au niveau de côtes.

Je me réveillais le lendemain après-midi à l'hôpital. J'eus un peu de mal à bouger mais la perfusion qui ornée joliment mon bras devait sûrement être un anti-douleur car je sentais rien. Je fus accueilli par les autres collègues de mon équipe qui semblait rassuré de voir que j'allais bien. Mais malheureusement, mon sourire disparu assez vite quand Friel m'annonça la mort de l'inspecteur. Il est vrai que je n'avais pas eu le temps de voir ce qui s'était passé ! J'avais été trop concentré par le sauvetage qui n'avait pas abouti et je n'avais pas eu le temps de voir le corps inanimé et blessé de mon patron. J'ai eu donc l'information qu'il serait sûrement remplacé rapidement et que l'enquête reprendrait ensuite son cours normal. Je leur demandais si par hasard, lors de leur arrivée sur les lieux si ils n'avaient pas retrouvés le corps de la jeune femme mais j'eus droit à une réponse négative. Une nouvelle victime. Une que j'avais pas pu protéger comme d'habitude.

Les jours passèrent à l'hôpital et je pus enfin sortir et reprendre mon travail normalement. Mais l'envie était passée. Je me sentais faible et inutile de ne pas avoir pu protéger Matsama-san ainsi que la jeune femme. Deux victimes en une seule soirée. Ce vampire devait se sentir bien plus puissant. Et moi qui n'avait rien pu faire car je n'avais aucune protection contre les armes à feu. Je passais donc mes journées avec mes collègues, cherchant une nouvelle issue en attendant le remplaçant de notre inspecteur décédé. Le soir, je me rendais au même bar que cette fameuse nuit, remuant encore et encore ma faiblesse et mon inutilité. C'est une semaine après ma convalescence que je fis une rencontre étrange.

Au bar, comme tous les soirs, assis au comptoir, ma bière entre ma main, regardant la mousse s'évaporer au fil des minutes, j'entendis quelqu'un s'asseoir à mes côtés.

« Bonsoir. Belle nuit n'est-ce pas ? »

Je me retournais vers la voix féminine. C'était une jeune femme, à peu près dix-huit ou dix neuf ans. Je ne répondis pas de suite, la dévisageant un peu pour savoir si par hasard je ne l'avais pas déjà rencontré quelque part. Sur le moment rien ne vint et je lui répondis calmement,

« Oui. »

Réponse toujours aussi brève... C'est à cet instant que je commençais à devenir bien moins bavard qu'avant. De plus une présence féminine, dans un tel lieu, me rendait un peu curieux. Puis la nuit était bien tombée et rares sont celles qui se promenaient à une telle heure dans des bars, même ceux à côté du commissariat.

« Et que faites-vous ici ? A une telle heure ? »

Je bus une gorgée de bière et je la regardais de nouveau en entendant sa réponse.

« Je cherche une compagnie. »

Mon regard fut figé sur le sourire étrange et charmeur, ainsi que sur ce regard. D'un coup j'ai eu la tête qui s'est mise à tourner. Ma première bière en arrivant ici faisait son effet ? Normalement, il m'en fallait plus d'une pour me sentir saoul. J'étais assez vaseux, et aucune parole ne réussit à sortir. Tout ce que j'arrivais à faire c'était de fixer ces yeux intenses, presque hypnotiques.

Je la vis s'approcher de moi, un peu plus, une de ses mains touchant la mienne posée sur la choppe de bière.

« Je pense même l'avoir trouvée. »

Je ne compris plus vraiment ce qu'il se passait... A part le fait que j'étais entraîné à l'étage au-dessus. Déjà pourquoi je me laissais si facilement faire ? J'arrivais pas à me débattre ou encore à trouver une parole ou autre. Tout s'embrouillait dans ma tête alors que je montais les escaliers normalement. Je ne trébuchais pas, mes yeux s'attardaient sur la silhouette en face de moi et sur cette main qui m'emprisonnait le poignet.

Il est vrai que les femmes et même les hommes, à cette époque, n'étaient pas ma priorité première. J'estimais que l'amour n'était pas pour moi, et de moi-même, je refusais tout acte d'attachement, de peur de souffrir en perdant la personne aimée. Tomber amoureux ne m'était jamais arrivé. Il m'a fallu vingt-six années pour que quelqu'un frappe à la porte de mon cœur et me fasse dérailler. Si, au même moment où cette femme m'amener à l'étage, on m'aurait dit que je tomberais amoureux d'un homme traqueur tout comme moi, je lui aurais sûrement rit au nez.

On se retrouva devant un petit couloir, serré. Il y avait trois portes dont une où il était écrit « Privé ». Elle bifurqua sur la droite, ouvrant la seconde porte. Nous y entrâmes et on se retrouva dans une chambre. Je me demandais notamment depuis quand cette pièce existée. J'étais un client assez fidèle à ce bar. Mes collègues et moi-même, même si je ne les accompagnais pas tout le temps, venions ici régulièrement, seul ou en groupe pour boire un verre. Il était proche du commissariat donc c'était parfait.

J'étais comme un somnambule ou plutôt le cobaye d'un hypnotiseur. Impossible de pouvoir bouger à mon gré et parler également. Mon corps obéissait à chacune de ses paroles. Pourtant dans ma tête j'essayais de combattre chacun de mes gestes incontrôlables.

« Assis-toi. »

Le meilleur des exemples que celui-ci ! Je ne voulais pas m'asseoir, surtout en la voyant passer sa langue sur ses lèvres roses. Honnêtement je commençais vraiment à avoir peur et pourtant, seul mon esprit se démenait. Mais dans le vide ! Je m'assis donc sur le lit alors qu'elle s'approcha de moi pour m'y pousser. Allongé, elle se mit à s'asseoir à califourchon, sur ma taille. Des doigts froids ouvrirent un peu plus ma veste et déboutonnèrent ma chemise lentement. Ses lèvres capturèrent les miennes pour un baiser des plus chastes. J'eus envie de sursauter et de gémir lorsqu'elle se mit à les mordiller jusqu'à ce qu'un filet de sang se mette à couler jusqu'à mon menton et au cou. Sa langue récupéra chaque goutte, me léchant ensuite les lèvres alors que ses mains froides parcoururent mon torse. De longs frissons me firent dresser l'échine alors que je voulais sortir de cette pièce, reprendre mes esprits, sortir ma lance et en finir avec tout ça. Pour moi il n'y avait aucun doute là-dessus : elle n'était pas humaine. Je n'avais jamais été attiré comme ça au point de suivre aveuglément la personne sans poser de questions. Puis les histoires amoureuses, les aventures et autres ne faisaient pas parties de mon quotidien. J'ai toujours été plus intéressé par mon travail et les vampires. Et non les femmes et autres perversités que certains hommes aimer à s'adonner durant leur moment de repos.

Ses mains quittèrent le torse pour faire descendre la fermeture éclair de mon pantalon. Ses lèvres avaient quittées les miennes pour posséder le reste de mon corps. Je la vis se déshabiller doucement, les bretelles de sa robe quittant les épaules pour glisser sur ses bras et mettant à ma vue sa peau blanche. Alors qu'elle s'allongeait sur moi, j'eus une forte envie de vomir, un peu comme si tout ce que j'avais mangé n'avait pas envie de rester dans mon estomac. J'avais l'impression de transpirer abondamment. J'avais chaud, et ce n'était pas dû à un désir ou un plaisir conséquent, au contraire.

Je ne sais pas si c'était la chance, mais la porte s'ouvrit brusquement, un homme saoul, le corps légèrement penché, entra en criant.

« Je veux joueeeer ausssiiii. »

Je dis la chance car à ce moment-là, la jeune femme montra ses crocs, très énervée à l'attention de l'homme et mes esprits revinrent en bonne forme. Je me levais précipitamment, la poussant hors du lit. Je me rhabillais à la quatrième vitesse, descendant les escaliers alors que je l'entendis hurler d'en bas. Je sortis du bar chancelant et me mettant sur le côté, vomissant la bière que j'avais bu précédemment. Je me mis à marcher, à tâtons vers le commissariat. Deux de mes collègues gardaient l'entrée et vinrent vers moi me demandant ce que j'avais. Je ne répondis pas et ils m'emmenèrent à l'intérieur. Je refusais d'aller à l'infirmerie et je retournais à mon bureau box. Ma tête se posa lourdement sur le bois. Ma respiration fut difficile et inconsciemment, le sommeil me pris de cours.

Combien de temps j'avais dormi ? Assez longtemps pour que l'un de mes collègues me tapote l'épaule me disant de rentrer chez moi. Il était exactement trois heures du matin. Bizarrement, à ce moment-là, j'avais complètement oublié ce qu'il s'était passé. Je me demandais même depuis quand, je m'endormais sur le bureau jusqu'à si tard ?

FIN Suite dans le chapitre 4