N/A : Bijour bijour!

Oui, je sais, ce n'est de toute évidence PAS le nouveau chapitre des "Larmes de l'Ange" (qui sera bel et bien le dernier, je confirme au passage), et je m'excuse une nouvelle fois :S Mais voilà, entre les ptits boulots et les soucis personnels, j'ai eu quelques blocages niveau écriture durant le mois passé, et je viens tout juste de recommencer à écrire. J'ai immédiatement débuté le chapitre 15, qui grouillait dans ma tête depuis un mois, et j'espère pouvoir le terminer rapidement. Mais encore une fois, ce n'est pas entièrement dépendant de ma volonté, donc je m'en excuse ;)

J'ai écrit cette fanfic la nuit dernière (oui oui, au beau milieu de la nuit mdr), comme cadeau d'anniversaire pour Eva :-D Elle voulait une fic pré-Vegas, du point de vue de Grissom, en évitant le drama si possible loool. Donc la voili la voilou!! Elle m'a gracieusement autorisé à la partager avec vous lool :p
Eva, je t'adore!!!!

Spoilers: Aucun! Cette fic se passe avant la saison 1 :)


Au commencement...


Gil Grissom ne s'était jamais intéressé à la beauté.

Après tout, c'était un homme de science. Il aimait les faits, les choses concrètes et palpables. La beauté était un concept beaucoup trop subjectif pour lui. Ce qui était beau pour l'un était hideux pour l'autre. Vous l'auriez mis dans une pièce avec l'un des plus grands photographes de mannequins, et ils se seraient entre-tuer en moins de dix minutes, l'un trouvant les femmes squelettiques magnifiques, l'autre admirant la splendeur d'une chrysalide en éclosion.

C'était un débat réservé aux grands philosophes. Et s'il aimait les citer de temps à autre pour affiner ses démonstrations, ils leur laissaient le soin de découvrir les mystères cachés sous ce concept éternel.

Bien sûr, il savait apprécier l'esthétique des personnes autour de lui. A de nombreuses occasions, ses yeux s'étaient arrêtés sur une silhouette bien sculptée, un visage aux traits bien proportionnés, et avait senti son corps clairement masculin réagir pas une production excessive de testostérones. Mais c'était une réaction purement humaine, voir animal. Le sexe opposé était attirant, et il était agréable de se laisser entraîner par ses charmes de temps à autres. Mais jamais son esprit, voir même son âme, n'avait été se perdre dans une beauté indescriptible et hypnotisante.

Jamais, jusqu'au jour où Sara Sidle rentra dans sa vie.

Il était intrigué par ses semblables, il aimait donc les contempler de manière générale. Mais c'était surtout comportemental, jamais basé sur l'apparence en elle même. Il n'admirait pas les gens. C'était simplement quelque chose qu'il ne faisait pas.

C'était pour cette raison qu'elle ne l'avait pas happée immédiatement. Après tout, on ne venait pas à bout de près de quarante ans d'un certain comportement après seulement quelques heures. Et pourtant, le pas était si vite franchi...

Lorsqu'elle avait posé des questions au cours de la première lecture, il l'avait à peine remarqué, perdu au milieu des gradins. Cheveux chatains, peut-être bien bouclés, les yeux sûrement marrons, quoi qu'il aurait été bien incapable de le confirmer (il savait qu'il était temps pour lui d'aller faire une visite chez l'ophtalmo, mais il n'arrivait pas à s'y résoudre). Sa voix avait été le premier trait qu'il avait retenu chez elle. Grave, avec un petit craquement sur certaines intonations, et à la consonance étrangement musicale. Mais encore une fois, il ne s'intéressait pas à la forme ni à l'esthétique, même lorsqu'il s'agissait de la voix. Il aimait le contenu. Et la voix de Sara renfermait une intelligence et un intérêt qu'il ne tarda pas à capter. Lorsqu'elle posait une question, elle voulait véritablement savoir et comprendre la réponse. Et elle laissait entendre qu'elle savait de quoi il retournait.

Oui, sa voix était intrigante, et d'une certaine façon beaucoup plus attirante que les centaines d'autres voix qui auraient pu parler à sa place. Il aurait suffit que cette voix sans véritable visage reste fondue dans le floue de la foule, et il aurait été sauf.

Mais Sara se leva à la fin de la lecture.

Elle se leva, descendit les gradins, attendit son tour, prenant volontairement la dernière place dans la file relativement courte d'élèves curieux. Et lorsqu'elle apparu véritablement devant lui pour la première fois, il su quelque part, profondément au fond de son être, qu'elle était spéciale. Ce n'était qu'une impression éphémère, mais véritablement poignante sur le moment. Comme un brise tiède vous caressant la joue, mais le temps que vous n'enregistreriez la sensation, celle-ci avait déjà disparut, et vous vous demandiez si vous n'aviez pas tout simplement imaginé ce souffle.

La sensation qui le saisit lorsque ses yeux se posèrent sur le visage de Sara fut similaire.

Mais égal à lui même, il se contenta d'enregistrer rapidement les traits de son visage. Cheveux définitivement marrons et bouclés. Yeux marrons (la visite chez l'ophtalmo pourrait donc attendre un peu...), bouche ordinaire, tâches de rousseur, et de façon générale, ouverte à la discussion et très curieuse, mais à en juger par la manière dont elle serait son bloc note contre sa poitrine, méfiante. Et il n'aurait su dire si elle rentrait dans la catégorie des « plutôt jolies » ou des « trop banales ». Il était bien loin de se douter à cet instant qu'elle serait bientôt placée dans une catégorie unique et au dessus de tout. Ses yeux étaient légèrement cernés, son maquillage pratiquement inexistant, et ses cheveux quelque peu emmêlés, ce qui signifiait qu'elle ne passait pas trois quart d'heure à peaufiner son apparence avant de sortir.
Si seulement elle n'avait pas sourit, elle aurait pu ne rester qu'une jeune femme intrigante parmi d'autres, brise tiède ou non.

Mais Sara avait sourit.

Elle avait sourit, et de simple fait, l'homme qui ne s'intéressait pas à la beauté devint muet. Son regard fût inexorablement attiré par ce simple changement, qui pourtant transformait tout.

La majorité des gens souriaient la bouche fermée. Le coin des lèvres s'étiraient, égayant le visage. Sourire à pleine dents était quelque chose de beaucoup plus rare, car cela donnait soit une impression de nervosité, soit d'hypocrisie. Dans les deux cas, la réaction était rarement positive, donc mieux valait s'abstenir.

Mais le sourire de Sara, comme l'ensemble de son être, était d'une beauté naturelle. Le coin de ses lèvres s'étiraient, et s'étiraient encore, agrandissant l'halo de lumière qui se mettait soudain à éclairer son visage, et l'étincelle grossissait dans ses yeux chocolats. Et lorsque ses dents se découvraient, si c'était parfois signe de nervosité, l'hypocrisie n'avait jamais sa place dans ce qu'elle offrait. Le petit écart entre ses dents était immanquable, mais semblait étrangement être le coup de pinceau final qui agrémentait parfaitement cette magnifique peinture.

Lorsque Sara souriait, alors que son visage s'éclairait, et que l'ensemble de son être rayonnait, c'était le monde entier qui s'évaporait autour de lui.

Bien sûr, ce sentiment d'être complètement happé par cette force puissante et indescriptible ne l'avait pas envahit dès le premier sourire de Sara. Son coeur avait peut-être loupé un battement, pris de court par ce cadeau sincère et délicat, mais encore une fois, il était qui il était, avec ses quinze barrières mentales, et sa tendance misanthrope. Néanmoins, lorsqu'elle avait témoigné sa vive envie d'en savoir plus, il n'avait pas hésité une seule seconde avant de lui proposer de discuter de tout ça devant un café.

Café, café, café, diner, déjeuner, café, promenade, café, déjeuner, diner, café. Il avait rapidement arrêté de compter.

Le scientifique en lui avait arrêté de noter point par point le déroulement de ses journées, pour noter détail par détail le moindre changement d'expression sur le visage de Sara.

Voilà comment il se retrouvait attablé à un café, à observer silencieusement la jeune femme en face de lui, plongée dans un article qu'il avait spécialement découpé dans un journal pour elle. Et dans le cas présent, les verbes 'observer' et 'admirer' se confondaient indéniablement.

Il n'arrivait tout simplement pas à détacher ses yeux d'elle. C'était comme si son esprit et son âme étaient demeurés assoiffés durant toutes ces années, et qu'il venait enfin de trouver une source d'eau fraîche.

Et il avalait tout.

La manière dont elle se mordillait doucement la lèvre inférieure lorsqu'elle lisait un passage qui captait toute son attention, la mèche rebelle qu'elle replaçait derrière son oreille sans se soucier du fait que le vent de San Frisco la libérait presque immédiatement, la façon dont son nez se retroussait lorsqu'une information était clairement erronée, ou encore le plissement amusé et moqueur de sa bouche. Bien sûr, ces expressions faciales étaient agrémentées de paroles, qu'il n'écoutait que d'une oreille distraite, sauf lorsqu'elle riait. Car lorsque Sara riait, il avalait le son avec ferveur, le laissant résonner à l'intérieur de lui, autorisant l'étincelle dans ses yeux à le brûler, encore et encore.

Il était pris au piège, et il le savait. La sensation avait beau être nouvelle, il savait que plus le temps passait, plus il s'empêtrait dans la toile de cette magnifique araignée. Il aurait pu s'en sortir, s'il avait mis fin à cette situation dès le début. A chaque fin de soirée, lorsqu'il se retrouvait seul, il se persuadait qu'il fallait qu'il arrête ça maintenant. Car il savait que cela serait douloureux sur le long terme. Il s'en persuadait plutôt bien.
Et puis la nuit passait, et elle réapparaissait, souriante et rayonnante, et il oubliait. Ou du moins il omettait. Demain, se disait-il. Demain je lui dirais que je suis trop pris par le séminaire, que je n'ai plus le temps de sortir.

Mais les jours passaient, et elle était toujours là. Il tentait de se persuader que s'il n'y avait eu que son apparence extérieure, il aurait su résister mieux que ça. Mais il n'y avait pas que ça. Il y avait tellement plus, chez Sara. Elle était tellement avide de tout comprendre, de tout découvrir. Son esprit était tellement vif, si affûté, et elle avalait ses paroles avec autant de ferveur qu'il avalait ses sourires et ses mimiques.

Et le temps passait, le mois de séminaire se transformant soudainement en deux semaines, dix jours, une semaine, cinq jours, trois jours, un jour.

Et plus l'échéance se raccourcissait dangereusement, plus son désir de se décrocher d'elle s'intensifiait, tout en s'atténuant. Il n'avait aucun désir de répartir, mais ceci étant inévitable, il n'avait également aucune envie de souffrir d'une quelconque façon.

La repousser loin de lui ou bien profiter au maximum de leurs derniers jours ensembles?

Bannir à jamais les pensées incongrues qui l'envahissaient, ou bien céder à ses envies, à son désir brutal et dévorant qui le saisissait lorsqu'elle ne se trouvait qu'à quelques centimètres de lui, consentante et pleine d'espoir; sentir son corps se presser contre le sien, glisser ses lèvres contre les siennes, goûter sa saveur, expérimenter la douceur de sa peau sous ses doigts, s'enivrer de son odeur, et nourrir la faim insatiable de son âme.

C'était si délicieusement tentant, et si injustement irréalisable.

Plus d'une fois elle avait créer volontairement des situations durant lesquelles il aurait pu céder. Seuls, dans un coin du parc de Berkeley, dans un couloir sombre et désert de l'Université, devant son hôtel, ou encore devant la porte de son studio. Tellement d'instants de tentations, où un simple geste aurait suffit pour que leurs souffles, leurs corps puis leurs âmes se mêlent.

Mais le scientifique en lui, qui avait été exagérément silencieux depuis qu'il l'avait rencontrée, était loin d'avoir disparu.

Si la voix de sa raison restait terrée dans un coin et le laissait se délecter de la douceur apaisante de ses traits, elle n'avait absolument aucun scrupule à réapparaître aux moments les plus inopportuns, brisant les espoirs éphémères qu'il avait laissé naître en lui. Et brisant ceux de Sara par la même occasion, avait-il fini par réaliser, alors qu'il s'évinçait soudainement, refusant ses lèvres offertes pour la troisième fois, et que l'étincelle dans ses yeux se transformait en lueur de douleur.

Il aurait tant souhaité qu'elle puisse comprendre... Elle était si jeune, si belle, si intelligente... Mais ce n'était pas possible. Il ne pouvait pas. Pas maintenant, pas comme ça.

Mais il savait quelque part au fond de lui, alors qu'il lui disait au revoir dans le hall bondé de monde de cet aéroport, que c'était loin d'être des adieux.

Il vit les larmes dans ses yeux, la peine qu'elle tentait de cacher sous un sourire tremblant, et finalement les larmes sur ses joues, qu'il essuya d'un frôlement de ses pouces. Mais il ne céda pas.

Il s'autorisa néanmoins une dernière douceur avant de la quitter. Ses mains reposant encore sur ses joues après avoir essuyer ses larmes, ses lèvres vinrent déposer un baiser sur son front, tous ses récepteurs en alerte, enregistrant la fragrance de son parfum, la texture de sa peau, sachant qu'il y goûterait à nouveau un jour, lorsque le moment serait venu. Puis ses lèvres glissèrent jusqu'à son oreille, et il inhala encore un peu d'elle, et elle inhala un peu de lui, avant qu'il ne lui murmure ces quelques mots:

« "La distance rend toute chose infiniment plus précieuse..." »

Elle resta quelques secondes silencieuse, intégrant le sens de ses paroles, tentant d'y trouver du réconfort, mais la blessure était encore trop à vif. Néanmoins, elle finit par souffler la réponse qu'il attendait:

« Arthur Charles Clarke... »

Quelques minutes plus tard, il était dans l'avion.

Et lorsque ce dernier eût décollé, et qu'il se retrouva dans les airs, l'éloignant seconde après seconde d'elle et de son sourire, il su.

Malgré cette étrange et étouffante sensation de perte, un calme serein l'habitait.

Ceci n'était que le commencement.