Disclaimer : Les personnages appartiennent à Masami Kuramada.

Résumé des épisodes précédents (j'avais pas trop d'inspiration pour faire un truc un tant soit peu original, vous devrez donc vous contentez de ça) :

Alors que Minos multiplie les attaques pour préparer les Enfers à une destitution de Perséphone qu'il appelle de ses vœux, la Reine décide de jouer le tout pour le tout et part, en compagnie de Rhadamanthe et Kanon, pour le Sanctuaire d'Athéna. Qui a un peu sombré, il faut bien l'avouer, dans le grand n'importe quoi.

NdA :

Ariessa : Très hormonaux, oui… je n'avais pas prévu, à l'origine, de mettre autant le boxon. Mais l'idée a germé… et voilà le résultat. Pour ce qui est de Shaka, tu comprendras que je tienne à garder le secret de ce point crucial de mon récit.

Kalista : ce genre de répétition, ne me dérange pas plus que ça…. Et vive les Pokemons (/love Rondoudou)

eternyti : j'espère que ta confiance en Perséphone est bien placée… et je t'avoue que cette remarque m'a fait extrêmement plaisir. C'est toujours délicat de faire apprécier un personnage qui refuse de dévoiler ses plans.

Taïsha : Je suis contente que ça te plaise. Pour les baffes, j'ai bien peur que je sois la seule responsable… quant à la tête de Shaka, je regrette amèrement que Milo n'ait pas eu d'appareil photo sur lui.

Cylla : Encore une victoire de Kanar ! Bien contente d'avoir réussi à te rendre Perséphone sympathique. Pour avoir des nouvelles des Enfers, il faudra attendre un peu.

Aquarii : Pour Minos, effectivement, cela sera pour dans quelques temps. Merci pour le petit passage du temple de la Balance. A titre personnel, je suis fan (oui, je suis fan, de temps en temps, de ce que je fais) du panneau de DM.

Dragonna : Les Golds sont sur les nerfs, et réagissent au quart de tour. Heureusement que Rhada est passé maître dans l'art du tact et de la diplomatie.

Shirley : Désolée pour Aiolia, mais je le trouve trop mignon avec Marine. Le résumé de Kanon… bah en fait, c'est par lui que j'ai commencé à écrire cette partie. Je voyais tellement bien cette scène que tout le reste en a découlé de manière logique.

Et maintenant, en route pour la suite des aventures.


Lorsque Shaka pénétra dans les appartements du Scorpion, la scène qu'il découvrit le surpris. Shura, ramené de force par Kanon au huitième temple, discutait presque tranquillement avec Perséphone et le Gémeau, tandis que Rhadamanthe faisait le service sous le regard de Milo, qui serrait contre lui un pull appartenant plus que probablement au Verseau.

-Si tu veux monter lui dire que j'ai lobotomisé Kanon durant son séjour aux Enfers…, proposa le Juge, à moitié sérieux.

-Il serait capable de le croire, fit le Scorpion. Non, sans rire… je connais mon Camus. Il a juste besoin de réfléchir et d'analyser tout ça. Et puis, si je monte, vous serez entre vous pour comploter et ça le stressera encore plus… Ah Shaka ! Tu viens faire ton rapport de mission ?

-Effectivement, répondit l'Hindou d'un ton très calme.

Shura, les yeux rivés sur la Vierge, se pencha vers Perséphone.

-Vous avez vraiment recruté tout le monde…, remarqua-t-il, étonné.

-Je te l'ai dit, Chevalier, c'est une opération globale, expliqua la Reine. Et puis, plus nombreux nous serons à participer, moins nous serons soupçonnés. Pervertir un ou deux chevaliers, Milo et Kanon pour ne pas les nommer, c'est une entreprise risquée mais faisable, et me contenter d'eux génèrerait crainte et méfiance. En vous convertissant, toi et Shaka, je gagne paradoxalement en discrétion.

-Vous êtes véritablement machiavélique.

-Tu n'imagine pas à quel point…, fit Perséphone sur le ton de la confidence.

Le Capricorne lui sourit franchement. Il l'aimait bien, cette Déesse.

-Ne fais pas attention à eux, fit Kanon en direction de la Vierge. Ils sont intenables depuis tout à l'heure.

-Kanon !, s'offusqua Perséphone. Une invité d'Athéna ne saurait être intenable, voyons…

-Je confirme…, fit posément Rhadamanthe. Sa Majesté est très raisonnable… par rapport à d'habitude.

-Rhada ! J'aimerais un peu de soutien de ta part !

Le Juge vint se mettre à genou devant sa Reine, lui prit la main et la regarda avec douceur.

-Mon soutien vous est acquis, de toute éternité, dit-il, redevenu parfaitement sérieux. Et il n'y a rien qui ne me réjouisse davantage que de vous voir ainsi, légère et radieuse. Cela me comble, Majesté. Et ajoute à la magie de ce jour merveilleux.

Et il se releva en lançant un long regard à Kanon, qui se mit à rougir légèrement.

-Hum… et donc, euh… Shaka, tu étais là pour nous faire ton rapport hein, c'est ça ?, bredouilla le Gémeau.

-En effet. Mais vous ne donnez pas le sentiment de beaucoup vous y intéresser.

-Pardonne-les, fit Milo. Je suis certain que Rhadamanthe a drogué le thé. Installe-toi et raconte-nous comment s'est déroulée l'opération « rompre avec Mû ».

Grand seigneur, Shaka s'inclina et vint s'installer dans le fauteuil que lui présentait Rhadamanthe.

-Tout s'est très bien passé. Je suis allé trouver Mû et je lui ai dit qu'il n'était plus nécessaire que nous continuions à faire croire à notre liaison.

-… Et ?, fit Kanon.

-Et quoi ? demanda, innocemment, Shaka.

Le Gémeau se tourna vers Milo.

-Tu es certain de lui avoir bien expliqué la situation ?

-Juré ! Je lui ai fait un topo complet, chef ! C'est pas de ma faute…

-OK…

Kanon prit le temps de se masser les tempes durant quelques secondes. Shaka le regardait sans comprendre. Shura et Milo se retenaient d'exploser de rire. Rhadamanthe se demandait comment son Gémeau allait gérer la situation. Et Perséphone regardait la Vierge, attendrie par tant de naïveté et de candeur. Cet homme, que l'on disait le plus proche de Dieu, n'était simplement plus en contact avec les réalités du monde. Mais il était amoureux. Il l'avait lui-même avoué. La Reine des Enfers était à peu près certaine que le terme amour ne désignait pas la même chose pour la Vierge et le reste des humains… et elle plaignait, avec une pointe d'amusement, celui ou celle qui allait avoir l'honneur et le privilège de précipiter ce concept vivant dans le concret de la vie.

-Shaka… Accepterais-tu, afin d'étoffer un peu ton compte-rendu, fort succinct reconnais-le, de répondre à quelques questions ?, s'enquit le Gémeau.

-Evidemment. J'ai assuré à Milo que vous aviez mon soutien. Il n'est pas question que je manque à ma parole.

-Parfait ! Bon… première question… Comment Mû a-t-il réagi ?

-Comment cela ?

-Par Athéna…, soupira le Gémeau.

Ce n'était pas gagné…

-Milo ? Shura ? La ferme, fit Kanon en leur collant une baffe à chacun… Reprenons. Quand tu lui as annoncé que tu mettais un terme à votre fausse relation, est-ce qu'il a eu l'air déçu ? Soulagé ? Triste, peut-être ?

-Soulagé, je dirais, répondit la Vierge après un instant de réflexion. Mû vivait assez mal le fait de devoir mentir.

-Bien ça… bien… Et est-ce que tu as pu évoquer mon frère ?

-J'ai préféré ne pas le faire.

-Milo t'avait bien dit que nous souhaitons connaître la nature des sentiments éventuels que Mû pourrait nourrir pour Saga ?

-Oui. Mais comme je l'ai dit, j'ai préféré m'abstenir.

-Peut-on savoir pourquoi ?, demanda Kanon, s'attendant au pire.

Tout comme le reste de l'Assemblée. Shura et Milo avaient fait main basse sur des coussins, pour ne pas succomber de manière trop visible à l'hilarité qui menaçait de les gagner, et, éventuellement, se protéger des représailles du Gémeau.

-Et bien, commença Shaka, toujours très digne, je dois reconnaître que je ne suis pas très au fait des choses de l'amour. Ma seule intervention, comme vous l'avez découvert, a eu pour effet de briser l'harmonie au sein de notre Sanctuaire. De plus, pour interroger Mû au sujet de Saga, je n'avais que deux choix. La méthode directe, qui me semblait particulièrement inopportune, et des tentatives plus discrètes. Mais il m'est apparu clairement que je n'étais pas capable de formuler ce genre de questions de manière subtile. Et quand bien même j'y serais arrivé, il m'a semblé évident que je n'aurais pas été en mesure de lire les signes envoyés par Mû. J'ai préféré donc m'abstenir, comme je vous l'ai dit, afin de laisser le champ libre à des personnes plus qualifiées. Par contre, je me suis permis d'avertir Saga de mes intentions, lorsque j'ai traversé la maison des Gémeaux pour descendre au temple du Bélier.

Shura et Milo avaient laissé tomber leur coussin. Kanon regardait Shaka, éberlué. Rhadamanthe se tenait, le visage parfaitement impassible, debout derrière Perséphone.

-Shaka de la Vierge, fit la Déesse, tu as très bien agi, et fait montre d'une sagesse exceptionnelle.

-Je vous remercie, fit Shaka, visiblement très satisfait. Et maintenant, pourrais-je avoir un peu de thé ?


Saga prit une grande inspiration avant de frapper à la porte du bureau de Shion. La voix fatiguée du Pope l'invita à entrer. Shion semblait défait, à bout de force.

-Tu veux que je repasse plus tard ?, demanda le Gémeau.

-Non, non. Le repas a lieu dans une heure à peine… Je ne suis pas certain que nous aurons le temps après. Il faut qu'on parle, n'est ce pas ?

-Oui…

Saga s'installa dans un des fauteuils. Shion vint le rejoindre, de l'autre côté de la table basse.

-Je ne sais pas trop comment dire ça…, commença le Gémeau.

-Il faut qu'on arrête, Saga, l'interrompit le Pope. Nous deux. Notre relation. Ça ne rime à rien. Ça ne va nulle part, et on le sait tous les deux.

-Oui. C'est ce que j'étais venu te dire.

Ils auraient pu sourire, mais il n'en était rien. Ils étaient tous les deux abattus.

-J'ai parlé avec mon frère… Je suis désolé de t'avoir embrassé, Shion…

-Ne t'excuse pas. C'était une erreur, mais c'est avant tout la mienne.

-On était deux, dans cette histoire…

-Non.

Le ton du Pope était affirmé.

-Je sais que tu n'es pas amoureux de moi, Saga. Qu'en m'embrassant, tu ne cherchais qu'à te raccrocher à quelqu'un. Je ne savais pas trop pourquoi, et je ne le sais toujours pas, mais je l'avais quand même compris.

-Et tu m'as quand même laissé faire ?, s'étonna le Gémeau.

-Je t'ai dit que j'étais le seul responsable. Je savais même que Dohko allait franchir la porte et nous surprendre.

-Je ne comprends pas…

Le Pope poussa un long soupir et se mit à fixer le plafond.

-Je t'ai utilisé, Saga. Je t'ai utilisé pour rompre avec lui.

La nouvelle laissa le Gémeau sans voix, durant un long moment.

-Et j'ai poussé le vice jusqu'à te laisser porter le poids de son départ… Je suis sincèrement désolé, Saga… j'ai agi comme un monstre. J'espère qu'un jour tu me pardonneras, même si je ne le mérite pas.

-Mais pourquoi…. ? Pourquoi vouloir rompre ?

-Ne m'en veux pas, fit doucement Shion, mais c'est quelque chose que je préfère garder pour moi.

Saga était véritablement perdu. Il était persuadé, au plus profond de lui-même, que Shion aimait Dohko. Et que Dohko aimait Shion. Ce que venait de lui révéler le Grand Pope le troublait vraiment. Il ne lui en voulait pas… il aurait juste aimé comprendre. Mais le visage de Shion n'offrait qu'un masque de désolation.

-Ca va aller ?, demanda le Gémeau.

-Non. Mais ça ira quand même. Au pire, on fera semblant.


Le salon du Scorpion, qui semblait glisser de plus en plus dangereusement le long de la pente qui partait de la réception mondaine pour finir dans le squat le moins organisé qui puisse exister, n'en finissait plus de surprendre ses visiteurs. Cette fois, ce fut Camus qui en fit les frais. Redescendu chez son cher et tendre, il lui fallut un moment pour comprendre ce qu'il voyait et entendait.

Première chose : Shaka était là. Deuxième chose : Shaka avait les yeux ouverts, et… riait, de bon cœur, avec Shura, Milo et Perséphone. Kanon, lui, boudait, bras croisés, refusant manifestement de regarder un Rhadamanthe agenouillé devant lui.

-Non ! Tu n'avais pas à leur raconter ça ! Je passe pour quoi, moi, maintenant !

Le rire de Shura redoubla.

-Fais pas à attention, s'excusa le Capricorne au bord des larmes, c'est juste que je suis entrain d'imaginer ta tête avec ce panneau au-dessus… C'est pas méchant… c'est juste que…

-Tu vois !, accusa le Gémeau. Ils se moquent ! Ils se moquent de moi !

Rhadamanthe prit au bout d'un petit combat les mains de Kanon dans les siennes, et les embrassa tendrement.

-Ils ne se moquent pas de toi. C'est de moi qu'ils rient. C'est moi qui ai été ridicule. Toi, tu as été égal à toi-même. Merveilleux. En tous points. Absolument parfait. J'arpente ce monde depuis longtemps maintenant… et tu es vraiment le plus grand homme que j'ai jamais rencontré, Kanon. Le plus grand être humain de tous les temps.

Le cadet des Gémeaux regarda le Juge avec de grands yeux, puis se mit à rougir.

-Dis pas n'importe quoi…

-Je suis sérieux, je t'ai dit que je le suis toujours. Il n'y a pas un homme qui puisse soutenir la comparaison.

Les rires avaient cessé, dès le début de la déclaration de Rhadamanthe. Perséphone prit la main de Shura dans la sienne. Le Capricorne lui accorda un petit sourire. Elle avait réussi à le convaincre qu'il y avait, quelque part, quelqu'un qui lui témoignerait autant d'amour mais il avait tout de même un léger pincement au cœur à devoir faire preuve de patience. Milo, ayant aperçu le nouvel arrivant, se leva d'un bond, et alla se jeter dans les bras du Verseau.

-Mon Camus !

-Milo…, murmura le Chevalier en accueillant son compagnon contre lui.

-Ils sont mignons, hein ?, fit le Scorpion en enfouissant son visage dans le cou de l'amour de sa vie.

-Oui…, reconnût le Verseau, très ému par la scène à laquelle il venait d'assister. Tu m'accordes une minute, s'il-te plait ?

Milo s'écarta, non sans avoir donné un dernier baiser à son Camus. Le Verseau s'approcha alors de Perséphone et s'inclina devant la Reine des Enfers.

-Majesté, je ne vous mentirai pas. Je me méfie de vous. Mais Milo et Kanon vous font confiance. Ils pensent sincèrement que vous ne souhaitez que la paix. Et que vous êtes ici pour nous aider à la construire. Comme Shura et Shaka, à ce qu'il semble. Ce sont des hommes que j'estime et que je respecte. Ce n'est pas en vous que je place ma confiance, mais en eux, et en leur jugement, car je les crois fidèles à Athéna. C'est pour cela que je vous demande d'excuser mon comportement précédent.

-Camus du Verseau…

Perséphone se leva et vint se placer devant le Chevalier, qui la regardait de ses yeux de glace. Elle s'inclina.

-Il n'y a rien à pardonner. Mais je suis heureuse de ta décision, Chevalier. Et j'espère que viendra le jour où tu comprendras que tu as eu raison de te fier à tes compagnons. Ce jour là, peut-être pourrons-nous prendre le thé, tous les deux ?

-Si ce jour arrive, j'en serais ravi.

-Je ferais en sorte, alors, de rendre ce moment possible.

Elle se retourna vers le reste des chevaliers.

-Combien de temps, avant le rendez-vous au Palais ?

-Un peu moins d'une heure, Votre Majesté, lui indiqua Shaka.

Elle prit une grande respiration.

-Le temps de me préparer… fit-elle dans un sourire, avant de reprendre, plus solennelle. Chevaliers… Quoiqu'il se passe ce soir, j'aimerais vous assurer que je suis ravie d'être ici. L'énergie et l'envie, dont vous témoignez tous, les élans de vos cœurs même si ceux-ci vous conduisent parfois à réagir de façon un peu… irréfléchie mais tellement humaine…, ces courts moments que nous avons partagés, m'ont été plus précieux que vous ne pouvez l'imaginer. Loin de chez moi, loin des Enfers où, Kanon pourra en témoigner, j'ai encore quelques souvenirs douloureux, vous avez su me rappeler à quel point la vie est une chose merveilleuse. Vous m'avez redonné la force de poursuivre mon but. Oh, je l'aurais sans doute fait sans cela, je suis quelqu'un de borné. Mais grâce à vous, non seulement je sais où je veux aller, mais je me souviens maintenant de la raison qui me pousse à m'y diriger sans regret. Je comprends, au plus profond de mon être, que je veux la paix. Merci pour ce cadeau, Chevaliers. Vous ne pouviez m'en faire de plus beau.

Elle fit une profonde révérence, et se releva en leur souriant.

-Et maintenant, avec l'autorisation de Milo, je vais aller occuper sa salle de bains. A plus tard… et encore merci.

Et elle disparut, laissant les cinq Chevaliers d'Athéna et son Juge sous le coup de son petit discours.

-Elle est forte, finit par avouer le Capricorne.

-Très forte, confirma Milo.

-Vous êtes vraiment certains de pouvoir lui faire confiance ?, s'enquit Camus. Parce que même moi qui ait encore des doutes, elle va finir par m'avoir…

-C'est vrai que cela est inquiétant… Camus qui se laisse séduire aussi facilement et non après une cour d'une bonne quinzaine d'années…, nota la Vierge.

-Serait-ce une tentative d'humour, Shaka ?, demanda Kanon, en haussant un sourcil.

-Alors là, je flippe !, affirma Milo en voyant le petit sourire de l'Hindou. Si Shaka se met à faire des blagues, le chaos nous guette.

-Sans vouloir jouer les rabat-joie, les interrompit Rhadamanthe, j'aimerais vous rappeler que je suis encore là, et que vous êtes en train de parler de ma Reine.


Bien loin de l'ambiance qui régnait dans la huitième maison, Mû entra dans le bureau de Shion –devenu la deuxième pièce la plus courue de tout le Sanctuaire après le salon du Scorpion – avec un visage fatigué, mais légèrement plus serein que celui qu'il arborait depuis trois jours.

-Maître ?

-Oui, Mû ?

-Je sais que vous devez être très occupé avec ce soir…

-C'est Athéna qui a tout supervisé. Tu voulais me parler ?

L'attitude de Mû inquiétait franchement le Pope. Son disciple n'avait jamais été un exubérant, mais sa discrétion actuelle semblait tout de même un peu exagérée …

-Shaka et moi… nous avons rompu. Je voulais juste que vous soyez au courant.

Shion s'empressa de se rapprocher de son successeur.

-Je… je suis désolé. C'est une question bête, mais… ça va ?

Le Pope avait pris le Bélier dans ses bras, et le fit asseoir sur le canapé.

-Oui, chuchota celui-ci. Vous savez… ce n'était pas… vrai, entre Shaka et moi.

-Comment cela ?

-C'était juste une idée de Shaka pour qu'Aldébaran puisse se mettre avec Shaïna et pour qu'Aphrodite cesse de poser des questions.

-Mais toi, tu n'étais pas amoureux de lui ?, demanda le Pope, avec douceur.

Il avait vraiment du mal à imaginer son cher disciple s'impliquer dans ce genre d'aventure.

-Non… C'est un ami mais… je ne l'aime pas. Pas comme ça.

-Qu'est-ce qu'il y a alors, Mû ? Tu as l'air si mal…

Shion serra le Bélier qui venait de se blottir contre lui.

-Mon petit… mon tout petit… Tu ne veux pas me dire ?

-C'est pas que je ne veux pas… c'est que je ne sais pas… J'ai juste envie de pleurer.

-Alors pleure, mon tout petit… Mes bras sont là pour ça.

-Vos bras, ils sont à Saga en ce moment, murmura le Bélier tristement.

-Plus maintenant. Saga et moi, c'est fini. Et de toute façon, Saga ou pas, je serais toujours là pour toi, Mû. Tu le sais, non ?

-C'est vraiment fini ?

-Oui, le rassura le Pope.

-Vous allez vous remettre avec Dohko ? demanda Mû, plein d'espoir.

-Je ne pense pas, non…

-Mais vous l'aimez… Je sais que vous l'aimez. Et il vous aime aussi, Maître. Il n'y a qu'à voir la manière dont il a réagi quand…

-Les choses sont compliquées, Mû. Mais ce n'est pas important.

-Si c'est important. Je veux que vous soyez heureux…

Le Pope le serra encore davantage, et embrassa les cheveux mauves.

-Je le suis, Mû. Je suis en vie. Tu es là. Kiki est là. Je suis heureux, je t'assure. Tout va bien. Je te jure que tout va bien.

-Vous mentez… mais j'aime bien quand vous mentez de cette façon. Je peux faire semblant d'y croire.

-J'ai vraiment été un très mauvais maître… et toi un excellent élève…, soupira Shion.

-Ne dites pas ça… je vous aime, moi.

-Je t'aime aussi, mon tout petit. Qu'est ce que tu dirais de rester comme ça, jusqu'à ce qu'on nous appelle pour le dîner ?

-Je dirais que c'est une merveilleuse idée.

-Alors on n'a qu'à faire comme ça.

Et le Bélier resta pelotonné contre le Pope, qui le berçait tendrement.


Une heure plus tard, toute la Chevalerie présente dans l'enceinte du Sanctuaire – soit treize Chevaliers d'Or, un Pope, deux Argents et cinq bronze-divins, auquel il fallait ajouter deux jeunes filles parfaitement normales, elles - accueillait la Reine des Enfers et son Juge dans l'enceinte du Palais d'Athéna. Ils faisaient bloc d'un côté de la salle, l'autre ayant été aménagé de manière à accueillir le repas qui allait suivre. Perséphone et Rhadamanthe se dressaient, droits et fiers, devant le trône vide. Shion, en tenue d'apparat, s'inclina et disparut derrière les tentures. Quelques minutes plus tard, Athéna apparaissait à son bras, éblouissante. Elle portait son habituelle robe blanche, ses bijoux, sa tiare et son sceptre. Les Chevaliers mirent instantanément genou à terre. Un discret geste de Perséphone intima à son Juge de faire de même et Rhadamanthe s'exécuta. La Reine des Enfers se contenta, elle, d'une petite révérence.

-Perséphone, Reine des Enfers, je t'accueille en mon Sanctuaire, suite à une demande d'entretien que tu as formulée. Parle maintenant, et sois entendue.

Perséphone fit un pas en avant, et s'inclina légèrement.

-Chère cousine, si tu le permets et avant que nous n'abordions les questions qui m'amènent devant toi, il y a une chose que j'aimerais faire.

La maîtresse des lieux la considéra un moment, le visage fermé.

-J'imagine de toute façon que le choix que tu me laisses n'est que pure formule de politesse. Comme toujours. Fais ce que tu veux…, conclue-t-elle, hautaine.

-Je te remercie.

Après s'être inclinée légèrement devant sa cousine, la Reine des Enfers vint se placer devant Shun, qui la regardait avec des yeux inquiets, et tomba à genoux devant le Chevalier d'Andromède.

-Chevalier, fit-elle d'une voix pleine de gravité et de regrets, il est possible que jamais tu ne puisses pardonner mon Roi de t'avoir choisi. Je n'ose imaginer les souffrances qui ont été les tiennes lorsque son âme s'est emparée de ton corps. La réaction que j'ai eue envers toi ne mérite pas plus ton pardon. Mais je te présente tout de même mes plus sincères excuses, pour notre comportement, à mon époux et à moi.

Shun ne savait pas comment réagir. Le cosmos d'Hadès avait laissé une trace dans son âme et les élans d'affection qu'il ressentait pour la Reine des Enfers l'empêchaient de décider de la marche à suivre. Ce fut Ikki, qui prit la parole à sa place.

-Cette mascarade n'a aucun intérêt. Pandore nous a déjà présenté ses excuses, fit le Phoenix, d'un ton plein de dédain.

Elle jeta un coup d'œil au Chevalier si arrogant. Un regard dur qui réussit à le mettre mal à l'aise.

-Pandore avait déjà trahi Hadès, à ce moment-là, remarqua Perséphone, sévère. Elle n'avait plus aucune autorité, et c'est en son nom propre qu'elle les a présentées. Ici, et maintenant, par ma bouche, ce sont les Enfers qui parlent.

Elle marqua une pause.

-Chevalier, fit-elle en s'adressant à nouveau à Shun, d'une voix radoucie. A travers moi, c'est mon Royaume tout entier qui est à genoux devant toi, et qui implore ton pardon.

Rhadamanthe était venu appuyer les propos de sa Reine, s'agenouillant avec elle, devant le Chevalier d'Andromède.

-Je ne vous en veux pas, osa timidement Shun.

Il tendit la main vers Perséphone qui releva des yeux pleins de reconnaissance vers lui.

-Cela peut paraître bizarre mais… je sais ce qu'il ressent pour vous, continua le Chevalier. Je ne sais pas pourquoi il est devenu maléfique. Mais quelqu'un qui peut aimer autant… ne peut pas être totalement mauvais. Vous n'avez plus rien à vous faire pardonner.

-Merci…, souffla-t-elle, très émue.

Shun lui rappelait vraiment Hadès. Il aurait presque pu être le fils qu'ils n'avaient jamais eu… Elle en aurait été fière. Elle choisit de garder ces impressions pour elle. Ikki, qui avait assisté à la décision de Shun sans oser intervenir, ne put s'empêcher de rapatrier son frère vers lui, dès que Perséphone s'était relevée. Il ne lui contestait pas le droit d'accorder son pardon. Il était même prêt à le soutenir dans cette voie. Mais la prudence restait de mise.

La Reine des Enfers prit son temps pour retourner en face de sa cousine. Elle devait retrouver son calme et l'emprise totale qu'elle maintenait sur ses sentiments. C'était probablement la seule occasion qu'elle aurait de présenter sa requête à Athéna, et de l'amener à, au moins, considérer le problème. Perséphone n'espérait pas une réponse positive. Tout ce qu'elle souhaitait de cette entrevue, c'était qu'Athéna ne se contente pas d'un refus catégorique.

Cela faisait des années que Perséphone préparait son discours. Elle avait envisagé toutes les réactions possibles, imaginer des répliques pour chaque objection. Elle n'allait pas laisser le hasard et l'improvisation prendre le contrôle. C'était un risque qu'elle refusait de courir. Quand elle se présenta devant sa cousine, et que celle-ci lui indiqua qu'elle était prête à entendre sa requête, la voix de Perséphone était claire et limpide, sans la moindre fêlure.

-Nous ne nous sommes jamais comprises, toutes les deux, commença la Reine des Enfers. Tu me méprises depuis toujours. Tu m'as méprisée pour n'avoir pas su me défendre et m'être fait enlevée. Tu m'as méprisée pour avoir cédé au Jugement de Zeus, et avoir accepté d'épouser Hadès, malgré son crime. Que je l'aime et ce que notre amour signifie, tu ne l'as jamais compris. Ensuite, tu n'as pas supporté l'idée que je puisse discuter avec les Moires et les amener à reprendre le tissage d'un fil qu'elles avaient coupé. Un tel pouvoir, dans les mains d'une personne si faible, cela ne peut être qu'une hérésie, n'est ce pas ? Aujourd'hui, tu me méprises pour avoir accéder à la demande de Zeus, et avoir ressuscité tes Chevaliers. Car c'est, à tes yeux, une trahison envers mon époux. Et même si tu ne l'aimes pas, même si tu es capable de pardonner à tes propres Chevaliers ce genre de manquement à l'honneur, ta miséricorde ne s'étend pas aux Dieux.

Perséphone sourit tristement et planta ses yeux verts dans ceux de sa cousine.

-Alors que vas-tu penser de moi, Athéna, alors que je m'apprête à te demander ton aide… alors que je m'apprête à te supplier d'accepter de verser ton sang pour ressusciter mon époux ?

Un immense cri de surprise et de protestation s'éleva dans la salle. Ressusciter Hadès ?! Il en était hors de question ! C'était absolument inenvisageable ! Les regards des Chevaliers se tournaient vers Kanon. Etait-il au courant de cette… de cette… immonde idée ? Non, Kanon ne savait pas. Kanon était surpris tout autant qu'eux. Rhadamanthe fit un pas en avant, prêt à parer à toute éventualité.

-Comment oses-tu, Perséphone ?! Comment oses-tu me demander une telle chose ?!, hurla Athéna.

-Tu sais que pour soigner son corps, le sang de trois Dieux majeurs est nécessaire, répondit, très calme, la Reine des Enfers. Poséidon a déjà accepté de répandre un peu du sien. Je suis prête, évidemment, à…

-Je sais tout cela !, rugit Athéna. Mais comment as-tu pu penser un seul instant que je t'aiderai à ramener à la vie celui que je combats depuis des siècles ?! Le responsable d'autant de morts et de souffrance ?! Je refuse ! Je refuse !

-Aurais-tu oublié comment ces guerres ont commencées, ma chère cousine ?

La Déesse de la Sagesse se figea. Non, elle n'avait pas oublié.


Tout avait commencé par la première mort de Perséphone. La Reine des Enfers venait de quitter le Sanctuaire de Déméter et avait commencé son voyage jusqu'aux Enfers pour retrouver son époux. Un voyage sur la Terre. Un voyage dont elle avait l'habitude. Jamais, elle n'arriva à destination.

Inquiet du retard de son épouse, Hadès contacta sa sœur. Cela n'aurait pas été la première fois que Déméter aurait cherché à retarder le départ de sa fille. Mais non. Perséphone était bien partie, selon les termes de leur accord. Il avait alors lancé tous les Spectres sur Terre, dans l'espoir de retrouver sa Reine. La Wyverne avait fini par trouver son corps, inanimé, à l'ombre d'un rocher, caché dans des buissons. Perséphone était morte, et rien ne permettait de comprendre ce qui avait pu arriver. Hadès et Déméter se querellèrent, reportant sur l'autre la responsabilité d'un voyage qui avait coûté la vie à ce qu'ils avaient de plus cher. Puis, ils avaient trouvé un autre bouc-émissaire en la personne d'Athéna. Elle était la responsable de la surface. Comment avait-elle pu laisser une telle abomination survenir ? Et pourquoi ne savait-elle pas ce qui était arrivé ? On avait trouvé des preuves, des témoins lorsque Hadès avait enlevé sa bien-aimée, et aujourd'hui, il n'y avait plus personne alors qu'elle était morte ? Le responsable allait pouvoir continuer à vivre ? Le Roi des Enfers ne pouvait le supporter. C'était une machination ! Un complot ! Contre lui et contre son amour ! Parce qu'ils étaient jaloux, tous ! Jaloux de leur bonheur !

Durant quelques siècles, les rapports entre les Enfers et la surface ne firent qu'empirer. Même lorsque Perséphone se réincarna. La Déesse elle-même ne savait pas comment elle était morte, ayant tout oublié de cette journée fatidique. Hadès, désespéré, devint de plus en plus aigri… Ses jugements devinrent cruels et abusifs, plus particulièrement envers les serviteurs d'Athéna qu'il rendait toujours en partie responsable. Zeus dût intervenir. Depuis l'Olympe, il leur imposa une rencontre en terrain neutre. C'est ainsi qu'Athéna, accompagnée de ses Chevaliers, Hadès et Perséphone, suivis de leurs trois Juges, se retrouvèrent sur le territoire de Poséidon, pour tenter de régler cette situation qui menaçait à tout moment de dégénérer.

La tension était palpable. L'animosité entre les deux groupes ne faisait aucun doute. Les agressions verbales fusaient, de même que les gestes d'intimidation. Les choses étaient particulièrement à la limite entre la Wyverne et le Sagittaire, qui se toisaient, s'insultaient et se menaçaient depuis qu'ils s'étaient vus… jusqu'à ce coup, porté contre le Juge. Un accident. Le Sagittaire n'avait pas vraiment voulu relâché son attaque. Tout juste espérait-il maintenir le Spectre à distance respectable…

Elle n'avait pas réfléchi. La seule chose qu'elle voulait, c'était la paix, pour pouvoir vivre avec son époux, pour que la colère qui l'envahissait, quitte Hadès, enfin. Les Chevaliers et les Juges ne devaient pas se battre, ne devaient pas être blessés… Elle ne pouvait pas laisser cela arriver, sous peine de voir ses espoirs s'envoler… Alors Perséphone s'interposa. Et la flèche l'attint en plein cœur.

Elle s'écroula dans les bras de Rhadamanthe, qui regardait, sans vouloir comprendre, le sang de sa Reine souiller ses mains et son surplis. Il ne saisit l'horreur de la situation que lorsque la douleur submergea Hadès. Le Dieu des Enfers se mit à hurler. Un cri inhumain. De haine pure. Le Dieu se jeta sur le Sagittaire et le tua d'un seul coup, puis fondit sur Athéna. Les autres Chevaliers vinrent protéger leur Déesse. Minos et Eaque se lancèrent à leur tour dans la bataille. Poséidon, se considérant trahi lui aussi par Athéna, se rangea à leur côté, de même que les quelques Marinas présents. Seule la Wyverne ne participait pas au massacre. Il se contentait de protéger le corps de celle qui s'était sacrifiée pour lui.


Un silence de mort régnait à présent dans le temple d'Athéna. Ce que Perséphone leur avait montré, avec l'accord tacite de leur Déesse, laissait les Chevaliers incapables de la moindre réaction.

-Deux accidents, fit tristement la Reine des Enfers. Deux accidents… Je suis lasse de cette guerre absurde, Athéna. Je me moque de savoir qui a raison, ou qui a tord. Qui était dans son droit, qui est allé trop loin… Je veux simplement que cette folie s'arrête. Je ne veux plus que mon époux meurt à cause de moi. Je ne veux plus le voir se détruire par la faute de sa douleur. Je ne veux plus être tout juste bonne à constater qu'il sombre un peu plus, à chaque fois, dans la folie la plus complète. Je veux qu'Hadès vive et qu'il retrouve la paix. Qu'il redevienne celui que j'aime, que j'ai toujours aimé, que j'aimerais toujours. Je veux pouvoir à nouveau me tenir aux côtés du seul amour de ma vie.

Une fois de plus, Perséphone accrocha le regard de sa cousine.

-Ce que j'ose te proposer, Athéna, c'est d'oublier le passé. Ce que j'ose te proposer, c'est une chance de tout recommencer à zéro.

-Et si je refuse ?

-J'espère avoir fait le nécessaire aux Enfers, pour que mon époux ne s'oppose plus à toi. Mais c'est une chose que je ne maîtrise pas…, avoua à regret Perséphone.

-Et comment peux-tu m'assurer qu'Hadès ne repartira pas au combat en se réveillant ?, demanda sèchement Pallas.

Perséphone lui sourit.

-Par amour pour moi, Hadès a déclenché des guerres. Par amour pour moi, il acceptera la paix.

-Je ne vois rien qui puisse étayer ton espoir, fit Athéna, implacable.

-Tu n'as jamais compris ce qu'est l'amour… Ne peux-tu me faire confiance, ou au moins accepter de courir ce risque pour la paix ?

Athéna réfléchit. Le pouvait-elle ? Pouvait-elle se fier à Perséphone ? Sa cousine ne cachait-elle pas un autre but, plus machiavélique que cette déclaration qui se voulait touchante ?

-Montre-moi que je peux t'accorder ma confiance. Laisse-moi regarder au plus profond de ton cosmos.

-Demande à tes Chevaliers de se retirer, et je te laisserai le libre accès à...

-Hors de question. Mes Chevaliers serviront de témoins. Je ne te fais pas encore confiance. Ma garde restera près de moi.

Perséphone hésitait. Elle n'arrivait pas à se résoudre à une telle extrémité. Elle avait prévu de se dévoiler à Athéna, mais pas à ses Chevaliers…

-Ta réponse, Perséphone. Ton cosmos révélé à mes Chevaliers et à moi, ou mon refus. Mais je te préviens, si ce que je vois me convient, mon accord ne te sera pas pour autant acquis. Je prendrai simplement le temps de la réflexion.

-Tu ne sais pas ce que tu me demandes…

-Si. Je te demande d'être parfaitement honnête et de me le prouver. A toi de voir ce que tu veux vraiment…

-Alors demande au moins à ces deux jeunes filles de se retirer.

Perséphone indiqua Shunreï et Seika. Il était évident qu'elles n'étaient pas capables d'affronter le cosmos d'un Dieu.

-Marine ! Shaïna ! Accompagnez-les dehors. Vous êtes chargées de leur protection, ordonna la Déesse.

Les deux femmes Chevaliers obéirent, sans protester, laissant à regret leurs compagnons. Seika et Shunreï acceptèrent elles aussi de se retirer, conscientes qu'elles ne seraient qu'un poids supplémentaire dans l'épreuve qui allait arriver.

Alors qu'elles quittaient le temple, Rhadamanthe s'approcha de Kanon.

-Quoiqu'il arrive, tu ne dois pas lancer ton cosmos vers moi.

La voix du Juge se voulait déterminée... mais le cadet des Gémeaux était plus que têtu.

-Tu vas être seul avec elle, sans personne pour te protéger… Je ne veux pas te laisser endurer ça sans intervenir !, fit-il tout bas.

-Et, pourtant, tu vas le faire. Tu sais ce que vous allez devoir affronter. Vous aurez besoin de toutes vos forces. Je serai trop loin de toi… et trop proche d'elle. Ce serait de la folie de chercher à m'atteindre. Sans compter qu'ils pourraient très mal le prendre. Qu'un des leurs laisse une brèche… c'est trop dangereux.

-Mais tu vas être tout seul !

Rhadamanthe sourit au Gémeau et prit sa main dans la sienne.

-Tout ira bien, je te le promets. J'ai l'habitude… ce n'est jamais agréable, bien sûr, mais je peux gérer. Tu dois me faire confiance. Ne t'inquiète pas pour moi. Ça va aller.

-Si tu le dis… mais je préfèrerais être à tes côtés.

-Ta place est aux côtés de ton frère, de ta Déesse et des autres Chevaliers. Ils auront besoin de toi.

-Mouais… Je sais ce que j'ai à faire, fit Kanon en s'écartant.

-Kanon ?, fit le Juge en lui serrant une dernière fois la main. Je t'aime.

-Je t'aime aussi, Rhadamanthe. Je t'aime aussi.

Et ils se lâchèrent, prenant chacun sa place.

Perséphone s'était installée au centre de la salle, assise sur ses genoux, son Juge debout derrière elle. Elle ne voulait pas faire ça, mais elle n'avait pas le choix. Athéna ne lui laissait pas le choix. Elle comprenait, évidemment, la demande de sa cousine et c'était la mort dans l'âme qu'elle s'apprêtait à se révéler.

Quand tous furent prêts, elle commença à étendre son cosmos dans la salle. Doucement. Elle le laissait échapper sans agressivité, sans violence, gardant le contrôle. L'amour immense de la Reine des Enfers pour toute la Création envahit le temple d'Athéna, accompagné de sa volonté et de sa détermination. Le mépris d'Athéna envers la faiblesse supposée de sa cousine semblait bien mal dirigé. Au contraire, les Chevaliers et Pallas elle-même ne pouvaient que constater la force d'âme de Perséphone. Mais bientôt, la faille apparût, comme elle était apparue à Kanon. Sombre, douloureuse, palpitante. Dans un même réflexe de défense, ils commencèrent à relâcher leur cosmos à leur tour. Tous pouvaient sentir les efforts de la Reine pour contenir cette brèche. Elle refusait de s'ouvrir totalement.

-Perséphone !

La Déesse agenouillée regarda sa cousine.

-Je t'en prie… ne m'oblige pas… s'il-te-plait…, la supplia-t-elle.

-Cela suffit ! Je t'ai demandé la vérité ! Toute la vérité ! Et tu as accepté de nous la révéler !

La voix d'Athéna était impérieuse.

-Montre-nous, Perséphone ! Montre-nous ce que cachent les tréfonds de l'âme d'une Déesse !

Alors Perséphone lâcha prise.

Et l'Enfer se déchaîna.

Une vague de ténèbres déferla, fulgurante, sur le temple d'Athéna. Et une autre. Et une autre. Et une autre… comme les battements d'un cœur. Il n'y avait aucune trace d'agressivité volontaire, aucune once de rancœur, pas le moindre désir de vengeance, ni même de volonté de justice. Il n'y avait qu'une douleur, atroce, extrême, et un désespoir absolu. Un abîme qui ne promettait aucune rédemption.

Face à l'horreur de ce cosmos, les Chevaliers d'Or firent front. Kanon entoura Saga, qui lui rendit la pareille et était déjà à la recherche de Mû. Le Bélier que tous savaient affaibli, blotti dans l'aura de Shion, fut enfermé dans une bulle protectrice. Le Pope osa alors un appel vers Dohko qui faisait son possible pour épargner Shiryu de l'abomination qui fondait sur eux. La Balance lui répondit aussitôt. Craignant le pire pour son Camus, Milo projeta son cosmos vers le Verseau qui tentait de protéger Hyoga. Aiolia et Ayoros ne semblaient plus former qu'une seule et même volonté, soutenant Seiya et louant tous les trois les Dieux pour avoir épargné aux femmes d'assister à cette infamie. Aphrodite et Angelo étaient côte à côté et avait pris Shura sous leur ailes. Ikki protègeait Shun avec l'aide d'Aldébaran et de Shaka… Shun se lia à Hyoga, Shiryu tendit son cosmos vers Shura, Shaka vint soutenir Mû, Milo s'accrocha à Kanon tandis qu'Aiolia associait son cosmos à celui de son meilleur ami… Petit à petit, la toile qui reliait les Chevaliers entre eux se renforça jusqu'à ce qu'ils ne forment plus qu'un bloc, solide et homogène, face au néant qui les assaillait, sans relâche. Mais même ce mur, qui semblait pourtant indestructible, commença à céder sous la pression. Des fissures apparaissaient à mesure que les Chevaliers puisaient de plus en plus loin dans leurs âmes. Leurs propres doutes, leurs propres craintes, les blessures qu'ils avaient crues guéries, celles qu'ils ne se savaient pas posséder, leurs peurs les plus enfouies, les angoisses qu'ils avaient réussi à refouler, semblaient trouver une résonnance dans cette monstruosité qui continuait ses attaques involontaires contre leur unité. Ils allaient sombrer tous ensemble… humains, malgré tout, incapables d'affronter la réalité de l'esprit d'un Dieu.

-Assez !

Athéna s'était interposée, leur offrant sa protection et le salut. La Déesse était superbe de puissance, et regardait avec effroi sa cousine. Alors le cosmos noir se retira, comme la mer se retire avec la marée. Il finit par disparaître complètement, caché dans un corps qui semblait bien trop minuscule et fragile pour le contenir.

Perséphone, recroquevillée sur le sol, ne cessait de répéter qu'elle était désolée. Désolée de leur avoir montré… désolée de les avoir fait souffrir… désolée de ressentir… désolée de vivre… désolée de tout… Elle pleurait. Elle avait succombé à sa propre douleur. Elle n'était plus qu'une petite chose misérable qui se répandait en larmes sur les dalles du temple d'Athéna.

Rhadamanthe s'agenouilla à ses côtés. C'était la première fois qu'il voyait le fond de l'âme de sa Reine. Même avec lui, ou lorsqu'elle s'était ouverte à Kanon, elle continuait à garder le contrôle total, il le comprenait à présent. Elle ne leur avait montré que ce qu'elle les croyait capables de supporter. Elle les avait protégés. Peut-être était-ce aussi un moyen de se protéger d'elle-même. En cachant aux autres la réalité de son cauchemar, elle n'avait pas à le regarder en face. Le Juge prit tendrement sa Reine dans ses bras, la souleva doucement et se dirigea à pas lents vers la sortie du temple.

-J'espère sincèrement que vous avez votre réponse.

Et il quitta la salle, les larmes qui inondaient le visage de Perséphone faisant écho aux siennes.

Kanon avait envie de hurler.