Disclaimer : Les personnages appartiennent à Masami Kuramada.
Where we stand (mais où est ce que c'est donc où est ce qu'on en est ? en voilà une question qu'elle est bonne):
Shaka a rompu avec Mû. Shion a rompu avec Saga. Et Shura a appris la patience. Perséphone a révélé son but à Athéna et à ses Chevaliers : elle veut ressusciter Hadès. Mais après avoir libérer totalement son cosmos, à la demande de sa cousine, elle s'effondre. Rhadamanthe quitte le Palais, en pleurs, portant sa Reine dans ses bras.
NdA :
Bisous tout le monde ! Et merci pour votre soutien, qui me fait toujours autant plaisir. Comme certaines questions reviennent dans plusieurs reviews, je me contenterai de répondre une fois… donc j'ai mis les noms mais certaines réponses s'adressent un peu à tout le monde – encore plus que d'habitude. J'en profite pour m'excuser du délai d'attente pour cette publication… Ce chapitre est un peu plus long que les autres ; j'espère que cela compensera et qu'il ne vous décevra pas.
Taïsha : poutoux à toi et merci pour tes mots.
Ariesnomu : woot ! je ne suis pas sûre de mériter autant de compliments (je suis même à peu près certaine du contraire), mais c'est très agréable. Je suis vraiment très contente d'avoir réussi à accrocher ton intérêt malgré tes réticences. Quant à ne négliger aucun personnage… Ah si, j'en néglige. Plein. Shunreï, par exemple, n'a pas dû encore prononcer un mot. Mais bon…
Eternyti : j'espère ne t'avoir pas trop fait attendre…
Kalista : Je l'ai bien aimée, moi, ta review inutile… et de rien.
Ariessa : Pour les Moires… la non-explication est un choix que j'ai fait consciemment. Dans cette discussion, c'est Perséphone qui parle à Athéna. Et Athéna n'a certes pas besoin d'un cours – et je trouve qu'insérer une explication casserait la continuité du récit. C'est un parti-pris que j'avais déjà utilisé pour l'échange entre Perséphone et Kanon lors du « coup des graines de grenades ». Kanon est supposé s'y connaître un minimum en mythologie, et le discours de Perséphone venait lui donnait la « vraie » version. L'évocation des graines reste donc légère, puisque la révélation concernait le fait que ce soit Perséphone qui en était à l'origine. Si le détail des Moires – qui n'a finalement que peu d'importance, on comprend quand même, je pense, qu'Athéna trouve que Perséphone a un trop grand pouvoir au regard de ses capacités – intéresse le lecteur, je le crois suffisamment grand pour se prendre par la main et aller faire une recherche sur wikipedia.
Cylla : Athéna est une "valkyrie", une vierge guerrière, sage soit, mais tout de même bien bourrine. Dans le manga, cette part de la personnalité d'Athéna est peu évoquée, mais, selon moi, tout de même présente –et pas seulement en montrant sa détermination. L'élément décisif vient de la mise en parallèle de son comportement et de celui d'Hadès. Hadès est sensé être l'être malfaisant mais il protège ses Spectres bien plus qu'Athéna ne protège ses Chevaliers. La compassion d'Athéna est tournée vers l'Humanité, et elle n'éprouve pas de compassion envers une déesse, qu'elle méprise depuis longtemps en plus.
Shirley : Pour Shaka… pourquoi se limiter aux Chevaliers d'Or? Il reste plein de monde à caser aux Enfers, ou chez Poséidon… /em sifflote
Yatsuko : je vais tenter de garder le rythme ! et de faire évoluer ce bazar, comme tu dis. Même si je dois avouer que plus je me rapproche de la fin, et plus je ralentis… comme si je ne voulais pas vraiment que tout cela se termine.
Aquarii : ce que je les aime, ces deux-là… -je pense que c'est assez visible quand même-. Croisons les doigts pour Athéna !
Camus Scorpio : Merci pour tes encouragements… même si ce n'est pas le courage qui me manque mais les heures de sommeil – à trop réfléchir à propos de cette fic, je vais finir insomniaque au grand désespoir de mon mari (oui, je suis vieille).
Les pleurs de Rhadamanthe.
Le Juge et sa Reine étaient partis, probablement vers le temple du Scorpion. Les Chevaliers, eux, mettaient un peu de temps à se remettre de cette expérience. Ils se sentaient vidés, mis à nus… Chacun cherchait, un peu puérilement, le contact avec ses pairs, un contact physique, comme pour s'assurer que l'autre était bien là, et que l'abomination avait pris fin. On ne se parlait pas. On ne contentait d'une main serrée, d'un bras qui en frôle un autre, de deux épaules qui se touchent, d'yeux qui aimantent un regard, de cheveux qui viennent caresser un dos… Petit à petit, ils se raccrochèrent les uns aux autres, en une étreinte simple et fraternelle. Athéna étendit son cosmos vers le groupe, pour leur redonner un peu de force et d'espoir. Non, elle ne les avait pas abandonnés. Oui, elle les protègerait.
-Passons à table. Je sais que vous n'avez probablement pas très faim, mais vous devez manger. C'est un ordre, Chevaliers, dit-elle d'une voix douce.
Les Chevaliers obéirent, s'installant chacun à sa place… et se décalant pour finalement ne plus utiliser que la moitié de la table. Seul Kanon n'avait pas bougé.
Les pleurs de Rhadamanthe.
Il ne pouvait sortir de sa tête cette image. Le monde s'était figé à la première larme du Juge, et refusait inexplicablement de reprendre son cours dans la tête du cadet des Gémeaux. Il avait senti le cosmos de Perséphone se retirer, il avait vu Rhadamanthe – les pleurs de Rhadamanthe - prendre sa Reine dans ses bras et quitter le temple… mais… rien. Rien n'avait plus de sens. Rien ne pouvait plus avoir de sens. Aucun sens ne pouvait exister dans un monde où Rhadamanthe pleurait.
Il avait juste envie de hurler. Mais il ne savait plus comment faire.
-Kanon ?
Kanon tourna la tête et vit son reflet. Il baissa les yeux et vit une main, qui n'était pas la sienne, accrochée à son bras. Il releva la tête vers ce visage qui lui ressemblait. Non, ce n'était pas son reflet. Ce devait être Saga.
-Kanon ? Tu es avec nous ?, s'inquiéta l'aîné des Gémeaux.
Cruelle question. Cruelle réalité. Pourquoi lui imposer de reprendre ses esprits ? Kanon savait ce qui l'attendait. L'impossibilité de remettre de l'ordre. L'impossibilité de détruire l'image parfaitement absurde qui hantait son esprit. L'impossibilité de redonner un sens au monde. L'impossibilité de sécher les larmes de Rhadamanthe. Trop tard… elle avait gagné. La réalité l'avait rattrapé.
Les pleurs de Rhadamanthe.
Même pour lui, il ne pouvait quitter Athéna. Il savait que le Juge comprendrait. Il était même persuadé que le Juge serait fier de sa décision. Rhadamanthe aurait été le premier à lui crier dessus s'il l'avait suivi… Rhadamanthe était comme ça. C'était pour ça, aussi, qu'il l'aimait.
-Oui… je suis avec vous. C'est là qu'est ma place.
Il alla s'installer entre Saga et Angelo.
-Chevaliers…, commença Athéna, je suis désolée. J'aurais dû écouter Perséphone. Vous n'auriez pas dû être exposés à… ça. Ma seule excuse est de ne pas avoir cru possible qu'une Déesse soit détruite à ce point. Je crois que je n'étais pas même capable de l'imaginer… Votre réaction m'a rendue fière. Oui, je suis fière du visage que vous avez montré, de l'unité que vous avez retrouvée pour faire face à ce que vous n'auriez jamais dû subir.
-Qu'allez vous faire, maintenant ? demanda Shion, exprimant la question qui leur brûlait les lèvres à tous. Qu'allez-vous décider ?
-Honnêtement, je n'en sais rien. Qu'en pensez-vous ?
Ce fut Camus qui rompit le premier le silence.
-Je crois… qu'il est clair qu'elle est sincère dans sa démarche. Et que tout prend sens. L'aide que Rhadamanthe a apporté à Milo, le fait de remonter le moral de Shura,… Elle veut la paix, et que tout le monde soit heureux, pour qu'à notre tour, on lui accorde le droit au bonheur.
-Et c'est moi qu'on croit déconnecté des réalités du monde… fit Shaka.
Un léger rire étouffé parcourut la table.
-C'est peut-être utopiste, mais c'est… gentil, fit remarquer Mû. On ne peut pas lui enlever ça.
-Le problème n'est pas de savoir si elle est sympathique ou non, ni même si elle croit dur comme fer à ce qu'elle dit…, objecta Angelo. Parce que si le problème se résume à cette question, on fait un vote à main levée et je pense qu'elle aura l'unanimité pour elle.
-Je suis assez d'accord avec le crabe, sur ce coup, approuva Ikki.
-Effectivement, intervint Athéna, la question à laquelle je dois répondre n'est pas celle là. Dois-je ou non aider ma cousine à ressusciter Hadès ?
-Et ça n'a pas grand-chose à voir avec sa popularité à elle au sein de la Chevalerie, en effet, confirma Saga.
Le silence se fit quelques instants sur la table, chaque chevalier prenant le temps de la réflexion et de se restaurer. Entourés par le cosmos protecteur d'Athéna, ils retrouvaient un peu de leur vaillance. Sauf Kanon. Qui ne mangeait rien.
Les pleurs de Rhadamanthe.
-Athéna ?, demanda Seiya. Elle a parlé de verser ton sang… ce serait dangereux, comme… rituel ?
-J'apprécie ta sollicitude, mon Chevalier…, fit Saori dans un sourire. Non. Ce n'est pas dangereux. Je serais affaiblie, forcément, mais ma vie ne serait pas en danger. Poséidon et Perséphone seraient également affaiblis, et Hadès se réveillerait à peine. De toute façon, dans l'éventualité d'un accord, nous mettrions en place suffisamment de sécurité… vous seriez présents, pour commencer.
-Alors pour moi… tu fais comme tu veux, jugea Pégase.
Athéna lui sourit.
-Quelqu'un d'autre a des questions à soulever ?
-J'ai vraiment tué Perséphone ?, fit Ayoros.
-Non, bien sûr que non, Chevalier, le rassura la Déesse. C'était un de tes prédécesseurs, et un accident. Mais vous savez maintenant pourquoi Hadès ne t'a pas ramené à la vie avec les autres.
-Vous le saviez ? Qu'Hadès avait perdu l'esprit ?, demanda Aphrodite.
-Ce n'est pas parce qu'un homme est fou qu'on ne va pas l'empêcher de tuer. Le même principe s'applique aux Dieux.
-Vous êtes un peu dure…, fit Aiolia.
-Je protège l'Humanité. C'est ma mission et j'entends l'accomplir. Mais je comprends qu'on puisse, en effet, me juger parfois un peu dure, comme tu dis.
-Alors vous savez en quoi consiste le problème. La protection de l'Humanité va-t-elle de paire avec la résurrection d'Hadès ?, nota Shiryu.
-J'aurais tendance à penser que non, fit Milo, tout bas. Et ça me coûte de l'avouer parce que j'adore Rhadamanthe et Perséphone.
-Il l'aime vraiment, énonça Shun d'une voix claire. Je crois qu'il est possible qu'Hadès soit capable de faire la paix, pour être avec elle. J'en suis même sûr.
-Admettons qu'il en soit capable, la nouvelle question est « Le fera-t-il ? », objecta Shura.
-Perséphone lui a été prise deux fois. On peut la lui rendre une fois. Cela suffira-t-il ?, fit Aldébaran.
-Kanon ?, l'interpella Athéna. Qu'est ce que tu en penses ?
Le cadet des Gémeaux resta un moment sans réagir, la tête baissée.
-En toute sincérité, pardonnez ma franchise, Athéna, car elle ne remet pas en cause ma loyauté envers vous…, mais là, tout de suite, je n'en pense rien. Parce que je m'en fous.
Il releva le visage vers Athéna. Des larmes silencieuses coulaient le long de ses joues.
-Jamais il n'avait pleuré et pourtant… pourtant je l'ai vu souffrir, avant aujourd'hui. Je l'ai vu énervé, je l'ai vu prêt à tuer, je l'ai vu abattu, je l'ai vu affolé, je l'ai vu écrasé par la culpabilité… mais pas une fois il n'a versé la moindre larme… Alors, la seule chose à laquelle je pense, là, c'est d'aller le retrouver. Et lui répéter que je l'aime, jusqu'à ce qu'il en devienne sourd. Je vous demande pardon, Athéna… Je n'arrive pas à penser à autre chose… Juste à Rhadamanthe qui… qui pleure. Je suis désolé…
-Non, ne le sois pas, Kanon, fit la Déesse d'une voix douce et émue. Tu as raison. Nous reprendrons cette discussion plus tard. Vous avez besoin de… de vous retrouver, avec ceux que vous aimez. Le couvre-feu est annulé pour ce soir. Vous pouvez vous retirer, si vous le souhaitez. Vous avez été dignes de ma confiance, digne de votre titre de Chevaliers, ce soir… Bonne nuit, à vous tous.
Et Athéna les bénit, pour la dernière fois de la soirée. Kanon quitta la salle en courant.
-Rhadamanthe !
Kanon entra comme une furie dans le salon du Scorpion. Voyant le Juge assis dans un fauteuil, il se jeta sur lui, et le serra dans ses bras, presque avec brutalité.
-Mon amour… mon amour… mon amour…
L'Anglais ferma les yeux et se laissa complètement aller sous les baisers possessifs du Grec. L'entendre prononcer ces mots… Il n'eût pas le moindre geste pour l'empêcher de faire sauter les boutons de sa chemise, trop heureux de pouvoir sentir les bras de son Gémeau contre sa peau. Les mots de Kanon. Les bras de Kanon. La voix de Kanon. Les baisers de Kanon. Le souffle de Kanon. La peau de Kanon. L'odeur de Kanon… Il finit par l'enlacer à son tour.
-Je suis là … tout va bien, murmura-t-il à l'oreille du Chevalier.
-Ne me mens pas, lui fut-il répondu entre deux baisers.
-Je ne te mens pas, Kanon, je te le jure.
-Je te connais… comment pourrais-tu aller bien ?, répondit la bouche inquiète sans relâcher sa proie.
Rhadamanthe prit le visage du Gémeau à deux mains, et l'écarta à regret de sa gorge, pour parvenir à accrocher son regard.
-Je te le jure, Kanon. Je vais bien.
Après quelques instants passés à rassurer du regard son Chevalier effrayé, il reprit, toujours avec une extrême douceur.
-Perséphone m'a consolé. Tu la connais… Avant de s'endormir, elle a séché mes larmes. En me parlant de toi. Et de nos prochaines vacances.
-Quelles vacances ?
-Celles qu'elle m'accordera quand tout sera fini.
-Si cela se finit…, objecta Kanon dans un murmure triste.
-Cela finira. Soit après l'accord d'Athéna, soit… et bien, ce sera l'exil et nous partirons pour l'ancien Sanctuaire de Déméter. Tu vois, quoiqu'il arrive, nous aurons nos vacances.
Kanon posa sa tête dans le creux de l'épaule de son Juge et poussa un soupir d'aise. Qu'ils étaient bien, là, l'un contre l'autre…
-Il faut que tu y ailles, fit Rhadamanthe en embrassant le front de son Gémeau.
-Hors de question que je bouge… Je passe la nuit avec toi.
-Kanon… le couvre-feu…
-Athéna l'a levé, pour cette nuit. Grâce à… Où est sa Majesté, d'ailleurs ?
Rhadamanthe sourit tendrement et indiqua le canapé.
-Juste là…
En effet, Perséphone semblait dormir paisiblement, allongée sur le sofa, recouverte d'une légère couverture.
-Tu ne l'avais vraiment pas vue ?, demanda le Juge.
-Non…, répondit le Gémeau en enfouissant sa tête dans le cou de l'Anglais. Je n'ai vu que toi.
La porte d'entrée s'ouvrit, révélant Camus et Milo, collés l'un contre l'autre. Milo enserrait la taille de Camus, et le Français caressait distraitement les mains du Grec.
-On ne dérange pas ?, demanda le Scorpion.
-Bien sûr que non, Milo. Tu es chez toi…, lui répondit le Juge.
-On peut aller passer la nuit chez moi, et vous laisser seuls, leur proposa le Verseau. On voulait juste s'assurer que… tout allait bien.
Rhadamanthe les rassura et leur expliqua qu'ils pouvaient rester s'ils le souhaitaient. Ce qu'ils firent, surprenant le Juge.
-Tu aurais dû l'installer dans mon lit, fit le Scorpion en regardant Perséphone.
Le Juge eut un regard tendre et profondément triste pour sa Reine.
-Elle n'a pas voulu. Elle a dit qu'elle ne voulait pas prendre ce qui t'appartenait sans avoir eu ton autorisation… et que, de toute façon, elle préférait dormir dans le canapé. Que de s'endormir dans un lit froid et de s'y réveiller seule lui rappelait toujours qu'Hadès n'était pas là. Alors qu'en s'endormant sur le sofa, elle pouvait se bercer de l'illusion qu'il allait bientôt apparaître et qu'elle ne faisait que l'attendre… et qu'ils finiraient par rejoindre, ensemble, leur chambre.
Le Gémeau serra davantage Rhadamanthe dans ses bras.
-Et je suis sûr qu'elle a dit ça en souriant…
-Tu vas finir par la connaître aussi bien que moi, Kanon.
Ils restèrent un moment, tous les quatre, à regarder la Déesse.
-Je suppose que tu n'as rien mangé?, finit par demander Camus, à l'adresse de l'Anglais.
Le Juge confirma les soupçons du Verseau.
-Dans ce cas, fit le Verseau en se levant, je vais préparer un petit truc. Pour toi aussi, Kanon.
-Je veux bien grignoter quelque chose, moi aussi…, fit une voix en provenance de la porte.
-Saga ! Qu'est ce que tu fais là ?, demanda Milo.
-Je suis venu voir si mon frère allait bien… et puis… je n'ai pas très envie d'aller passer la nuit seul dans le temple des Gémeaux… ça vous embête si je reste un peu ?
-Tu fais comme tu veux, l'assura le Scorpion.
Saga entra alors dans la pièce et sourit à tout le monde, plus particulièrement à son frère. Il prit une des chaises et vint s'installer à côté de son cadet. Kanon était heureux et soulagé de savoir que son jumeau allait passer cette nuit à leur côté et non pas à l'écart. Mais il sentit Rhadamanthe se raidir et relâcher son étreinte.
-Ça ne va pas ?, lui murmura le Gémeau.
-Si, si, répondit le Juge. Camus ? Tu as besoin d'aide pour le repas, peut-être ?
-Avec plaisir, fit le Verseau qui avait bien senti le malaise.
L'Anglais et le Français disparurent dans la cuisine.
-Qu'est ce que… j'ai fait quelque chose de mal ? Je devrais peut-être partir…, fit Saga.
-Non… non !, rétorqua Kanon. Je veux être avec lui, mais je veux aussi être avec toi… je ne comprends pas pourquoi il réagit comme ça.
Milo soupira.
-Il ne te supporte pas, fit le Scorpion à l'adresse de Saga. C'est lui qui me l'a dit.
-Hein ? Mais pourquoi ? Je ne lui ai rien fait… Enfin, pas plus que les autres quoi…
-J'en sais rien. La seule chose que je peux te dire c'est qu'il était très énervé après que tu te sois fait passer pour ton frère.
-Il m'en veut pour… ça ?, hoqueta Saga, qui se souvenait très bien de la scène.
-C'était comme si tu… avais commis un crime à ses yeux. Rhadamanthe a vraiment une très haute opinion de toi, Kanon…
-Je sais…, soupira le cadet des Gémeaux. Il est persuadé que je suis le plus grand homme que la Terre ait jamais porté, ajouta-t-il à l'adresse de son frère.
-Hein ?, fit Saga en ouvrant de grands yeux. Enfin, je t'adore Kanon… mais… Tu es vraiment sûr… ?
-Il lui a avoué cela devant témoins, confirma Milo. On était tous là : Shaka, Shura, Camus…
-Et bien…, fit Saga. Je ne savais pas que tu pouvais inspirer ce genre de sentiment, mon cher frère…
-Je ne le savais pas non plus, si ça peut te rassurer…, admit son cadet.
-C'est vraiment sérieux, entre vous, alors ?
La question de son aîné fit sourire Kanon.
-Plus que ça… ça fait à peine une semaine qu'on se parle… et je n'arrive même plus à imaginer ce que c'est de ne pas être avec lui. J'ai l'impression que… non, je sais que je ne pourrais plus jamais aimer quelqu'un d'autre. C'est très rapide mais… il est devenu l'amour de ma vie, en sept jours…
-Il ne t'a fallu que quelques secondes pour devenir le mien, Kanon.
Rhadamanthe revenait de la cuisine, portant, comme à son habitude, un plateau. Au lieu du thé, dont devait s'occuper encore Camus, il ramenait une espèce de salade – plutôt le contenu de quelques boites de conserves mélangées et assaisonnées pour le meilleur et pour le pire. Il avait parlé avec son flegme légendaire et désarmant, donnant l'impression vague que ce qu'il venait de dire était aussi évident et peu digne d'intérêt qu'un compliment convenu sur la couleur d'une chemise.
-Il a suffi que tu quittes l'armure des Gémeaux, que tu révèles ce que tu es… et que tu me tues.
-Si je ne t'avais pas tué…, osa Kanon, tu ne m'aurais pas aimé ?
Rhadamanthe posa le plateau et resta un moment figé, penché sur la table basse.
-Je ne sais pas… Je n'aurais peut-être pas pris totalement conscience de ta grandeur. Mais cette question n'a pas lieu d'être. Il était impossible que cela se déroule différemment. Tu m'as tué parce que tu es toi, Kanon. Et je t'aime pour cette même raison.
Une fois de plus, Kanon ne savait plus où se mettre. Lorsqu'ils étaient seuls et que le Juge lui murmurait qu'il l'aimait, le Gémeau acceptait de se laisser aller au bonheur indicible que lui procuraient ces mots. Mais en public, c'était une toute autre histoire. Le sérieux tinté de nonchalance avec lequel Rhadamanthe assumait ce qu'il ressentait le faisait rougir comme une gamine.
L'Anglais haussa un sourcil.
-Qu'est-ce qu'il ya ? Je te gêne ?, demanda-t-il à son compagnon.
Kanon ne répondit rien. Non ce n'était pas vraiment de la gêne, c'était… autre chose. Mais le cadet des Gémeaux n'arrivait pas à mettre un nom sur ce sentiment.
-Kanon ? Je te fais honte ?
Rhadamanthe semblait vraiment inquiet, maintenant, alors qu'il s'approchait du Grec, pour s'agenouiller à ses pieds sans oser le toucher.
-Kanon… dis-moi… je t'en prie…
-C'est juste que… que tout devient plus réel quand tu dis ce genre de choses devant les autres. Ça me met mal à l'aise… Je ne pense pas mériter… tout ça…
Alors Rhadamanthe se releva à moitié, mis un genou sur le fauteuil, une main sur le haut du dossier, l'autre sous la nuque de Kanon, et vint poser ses lèvres sur celles de son Gémeau. Pour lui donner un autre de ses baisers, passionnés et tendres. Le même à chaque fois. Comme si c'était la seule réponse qu'il pouvait donner au Grec.
Saga en avait le souffle coupé. Il y avait dans ce baiser quelque chose de profondément déstabilisant. Quand Camus et Milo, Marine et Aiolia, ou n'importe quel autre couple du Sanctuaire, s'embrassaient, on pouvait sentir tout l'amour qu'ils éprouvaient. Certains étaient plus avides, d'autres plus tendres,… mais aucun ne ressemblait à celui-là. Ici, s'ajoutait la certitude de Rhadamanthe d'avoir raison. Ce n'était pas de la foi, ni même une simple conviction… Fort de son expérience plurimillénaire, le Juge savait. Et il transmettait ce savoir à Kanon. Saga en aurait presque envié son jumeau… s'il était resté de la place dans son cœur pour autre chose que la joie immense qu'il ressentait en sachant que son petit frère ne risquait rien à aimer un homme qui éprouvait de si grands sentiments à son égard.
-Alors ? Ça va mieux ?, demanda Rhadamanthe en s'écartant de Kanon.
-Je vais me forcer à rougir plus souvent : j'adore ta façon de me rassurer, répondit le Grec dans un sourire.
La démonstration de l'Anglais ne paraissait pas l'avoir embarrassé. Au contraire, il affichait une grande confiance et une grande sérénité. Le Juge lui sourit avec tendresse alors que Camus apportait le thé.
-Mon Camus !, fit Milo, en tendant les bras vers le Verseau.
-Que se passe-t-il ?
-Rhadamanthe a encore fait son numéro de charme, Kanon a craqué… et tu n'étais même pas là pour qu'on puisse leur montrer qu'on peut être aussi dégoulinants de sucre qu'eux !, protesta le Scorpion avec un sourire amusé.
Camus leva les yeux au ciel, posa son plateau et vint embrasser chastement son Scorpion.
-Je suis désolé, Milo. Je tâcherai de me faire pardonner… Qui veut du thé ?, fit Camus
-Moi, je veux bien, s'il-te-plait, Chevalier, fit Perséphone.
-Majesté !
Rhadamanthe s'était porté immédiatement au côté de sa Reine, qui avait ouvert les yeux.
-Nous ne voulions pas vous empêcher de dormir… vous devez vous reposer.
-Vous n'y êtes pour rien. Et vous auriez dû me réveiller bien plus tôt : je prends tout le canapé…
-On se débrouille très bien, ne vous inquiétez pas, la rassura le Scorpion.
Elle lui sourit et regarda, tour à tour, les quatre Chevaliers présents. Le cœur de la Déesse se serra. Ils portaient encore la marque de ce qu'elle leur avait imposé…
-Majesté ?, fit l'Anglais en sentant son trouble.
-Rhada… tu veux bien me prendre dans tes bras ?... s'il-te-plait…
A peine avait-elle formulé sa demande que le Juge l'enlaçait, avec douceur et tendresse, avec une délicatesse exquise, caressant et embrassant ses cheveux, sans se soucier de ce que pourraient penser les protecteurs d'Athéna. Saga fronça les sourcils. Après la scène du baiser, il avait été rassuré. Mais ce qu'il voyait maintenant l'inquiétait. Le Juge avait radicalement changé et l'attachement, l'amour qu'il éprouvait pour Perséphone… La main de Kanon vint se poser sur son bras, et interrompit le cours de ses pensées. Le visage de son Jumeau se voulait rassurant, et l'était assurément.
-Ne sois pas jaloux à ma place, Saga. Je n'ai aucune raison de l'être.
Un peu plus haut, sur le parvis du temple des Poissons, Hyoga se tenait debout, un verre de jus de pamplemousse à la main –dans lequel Aphrodite avait ajouté, avec la plus grande discrétion, quelques gouttes de vodka.
-Hyoga ? fit Shun en s'approchant de son ami. Tu t'inquiètes pour Camus ?
-Peut-être un peu, oui, reconnût le Cygne.
-Tu veux descendre et aller le rejoindre ?, proposa Andromède.
-Non… Je sais qu'il va bien : il est avec Milo.
-Et toi ? Ça va ?
-Oui… Je ne peux qu'aller bien : je suis avec toi.
La main de Hyoga vint timidement trouver sa place dans celle de Shun et leurs doigts s'enlaçèrent. Douze secondes plus tard, un grand cri retentissait à l'intérieur du temple. Le Cygne sursauta.
-Qu'est ce qui se passe ?
-Je crois qu'ils sont contents… pour moi, fit le Japonais, en baissant les yeux, les joues rouges de confusion. Aphrodite sait depuis un moment que je… que j'ai envie d'être avec toi.
-Shun ?, l'appela doucement le Cygne.
-Oui ?
Andromède avait tourné la tête pour regarder son compagnon… et sentit les lèvres fraîches de Hyoga sur les siennes. Il ferma les yeux, pour profiter pleinement de ce baiser. Leur premier baiser.
Dans le salon des Poissons, une joyeuse anarchie régnait. Quand le Cancer était revenu leur annoncer la bonne nouvelle – « Hallelujah mes frères ! Le monde est beau ! Les miracles existent ! »-, Aphrodite avait immédiatement décidé qu'il fallait fêter dignement un si extraordinaire événement… et était donc parti chercher des bouteilles de champagne, qu'il débouchait actuellement d'un air ravi. Shura et Angelo, eux, maintenaient fermement Ikki au sol, bien décidés à empêcher le Phoenix d'aller tout gâcher.
-Mais laissez-moi ! Je veux juste aller voir mon frère ! Et m'assurer qu'il va bien !
-Ah bah c'est sûr qu'il court un danger mortel avec Hyoga…. Non mais tu t'entends, Ikki ?, lui fit remarquer le Capricorne.
-Et de toute façon, continua le Cancer, ça fait un mois qu'on essaye de les mettre ensemble, il est hors de question que tu ailles tout gâcher maintenant qu'on a un début de quelque chose !
-Quoi ?! Mais vous pouvez pas vous occuper de vos fesses, au lieu de jouer les marieuses pour mon petit frère ?!
-Bah non ! Tu vois, on veut qu'il soit heureux, nous !, rétorqua Angelo. Et avec toi, sur son dos, c'était pas gagné !
-C'est pour ça que tu m'as fait le coup du mec déprimé ?!, gronda Ikki en regardant Shura.
-J'étais vraiment déprimé, Ikki. Mais j'avoue que, pour une fois, ça a été utile. Comme quoi, la dépression, ça a du bon.
-Mais vous êtes une bande de psychopathes ! Et après vous vous demandez pourquoi je veux protéger mon frère de vos coups tordus et de vos manigances ?
-Chevalier Phoenix…, intervint Shaka de sa voix claire et sereine. Tu devrais te calmer.
Shaka était assis dans un des fauteuils, une flûte de champagne à la main. C'était Shura qui l'avait intercepté lors de sa descente en scandant des « Shaka, avec nous ! Shaka, avec nous ! » vite repris par Aphrodite et Angelo qui, s'ils ne partageaient pas a priori l'enthousiasme de leur ami, auraient fait n'importe quoi pour qu'il conserve sa bonne humeur. Le Capricorne avait ensuite justifié sa décision en évoquant les tentatives de socialisation de la Vierge et arguant du fait que toute la Chevalerie devait se mobiliser pour l'inciter à poursuivre dans cette voie. Shaka l'avait remercié et avait fini par accepter l'invitation.
-Ton frère ne risque rien et tu le sais. Tu réagis de manière ridicule et fort peu digne de toi.
Phoenix poussa un long soupir.
-C'est bon, vous avez gagné… Qu'ils se bécotent s'ils le veulent. Mais je vous préviens que s'il y a le moindre problème, je vous en tiendrai tous pour personnellement responsables !
-Maître Dohko ? Vous ne nous accompagnez pas ?
Shiryu regardait son mentor sur le point d'entrer dans le temple de la Balance alors que le reste de leur groupe poursuivait sa descente en direction de la Maison du Lion, pour rejoindre les femmes de leur vie. Lui-même était pressé d'aller retrouver sa douce Shunreï et il avait pensé que son maître partageait un sentiment similaire, quoique plus paternel.
-Non. Je suis un peu fatigué… je vais aller me reposer.
-Ça va aller ?, fit le dragon, inquiet par le comportement de la Balance.
-Non. Mais ça ira quand même. Au pire, on fera semblant, fit Dohko tout bas, en laissant échapper un petit rire fatigué. Ce n'est pas de moi. C'est ce que t'aurais répondu un vieil ami…
-Et vous ? Que me répondez-vous ?
-Que je vis depuis trop longtemps pour que ça n'aille pas… Bonne nuit, Shiryu. Passe une bonne soirée et embrasse Shunreï pour moi.
-Je suis certain que cela lui fera plaisir… Bonne nuit à vous.
En disciple exemplaire, le Dragon connaissait bien son maître et savait parfaitement reconnaître les moments où il était préférable de ne pas insister. Il reprit donc sa marche en direction de la cinquième maison, laissant la Balance seul.
Dohko entra chez lui, et fila immédiatement vers sa chambre, où il se déshabilla rapidement pour s'écrouler sur son lit.
Il était fatigué mais savait parfaitement qu'il n'arriverait pas à dormir. Cela faisait quelques temps qu'il ne trouvait plus le sommeil… et cela le rendait de mauvaise humeur. Il faudrait qu'il s'excuse auprès de Shiryu et Shunreï pour son comportement des derniers jours. Ce n'était pas leur faute… et ils s'aimaient. Que c'était beau et simple l'amour quand on le voyait à travers des yeux d'enfants. Pouvoir croire qu'on allait être heureux, parce qu'on était deux et que l'on s'aimait.
-Comme si cela suffisait…
Les mots de Milo. Dans la bouche du Scorpion, ça n'avait été que l'illusion de lucidité des dépressions adolescentes. Mais dans l'esprit de Dohko, cette vérité provenait du fatalisme de l'expérience... Il avait trop vécu, oui, pour ne pas savoir que le bonheur était une chose compliquée. Il avait trop vécu pour ne pas avoir compris que la douleur était inhérente à l'existence. Ce n'était pas un drame en soi. La souffrance, il avait appris à la gérer au gré des morts et des séparations, à l'apprivoiser, jusqu'à ce qu'elle devienne une part intégrante de lui-même. Il vivait avec depuis plus de deux siècles… et avait appris à la dépasser par devoir. Mais entre ces murs, sans but, il sombrait doucement dans la mélancolie… Il fallait qu'il se ressaisisse : ce n'était plus de son âge, ce genre de bêtises. Mais il n'y arrivait pas. Il n'arrivait plus à rien…
La Balance, le Dragon et le Tigre. Le Dragon, c'était Shiryu à présent… et Athéna savait combien le Bronze en était digne. La Balance… dans le bonzaï qu'était l'enveloppe du vieux maître, il avait peut-être été un véritable Chevalier de la septième maison, oui, capable de maintenir l'équilibre, de se comporter avec sagesse… Mais maintenant qu'il avait retrouvé son corps et qu'il avait eu le temps de s'y réhabituer, il redevenait Dohko, le Tigre. Combatif, passionné, avide de tout, pressé de rattraper ces années où il avait réprimé ses envies pour accomplir son devoir… Il redevenait un animal sauvage qui rêvait de liberté et de grands espaces, possessif envers ce qu'il considérait comme son territoire… un animal sauvage, avec ses griffes et ses crocs, qui déchirait, dans sa hâte, ce qu'il voulait caresser.
Des larmes perlaient au coin de ses yeux. Le Tigre pleurait. Le Tigre pleurait sur son amour qui ne suffisait pas.
Mû était allé border Kiki. L'apprenti dormait, ignorant des épreuves qu'avaient traversées ses aînés. Le Bélier lui caressa tendrement les cheveux, et se retira dans le salon. Shion l'y attendait, assis sur le canapé, les coudes posés sur les genoux.
-Comment va-t-il ?, demanda le Pope.
-Il dort…, répondit Mû en venant prendre place aux côtés de son maître.
-Et toi ?
Mû s'apprêtait à répondre mais il n'en fit rien, et fronça les sourcils. Il allait bien. Cette constatation l'étonnait lui-même. Cela faisait des jours qu'il se sentait mal… Il venait de vivre un expérience douloureuse… Et il allait bien.
-Mû ? Ça ne va pas ?
-Au contraire… J'ai l'impression d'être… libéré. Je ne comprends pas pourquoi mais… je me sens bien.
-Voilà une excellente nouvelle, fit Shion, sincère. Je vais te laisser dans ce cas… Je voulais juste m'assurer que…
-Et vous, Maître ?
-Moi ?
-Comment allez-vous ? Et ne me mentez pas…, s'empressa d'ajouter le Bélier.
Shion le considéra quelques instants. Ce n'était plus le « tout petit » qui était venu se blottir dans ses bras quelques heures auparavant. C'était un homme qui était assis à côté de lui. Généreux, sensible, d'une grande noblesse et d'une grande force… Un véritable Chevalier. Il était fier de son disciple.
-Je suis préoccupé. Par la demande de Perséphone. J'ai l'impression que des deux réponses possibles, aucune ne me rassurera.
-Vous mentez, Maître.
-Non, je t'assure, Mû…
-Vous mentez par omission. Quel est le problème, avec Dohko ?
Shion détourna le regard.
-Cela ne te regarde pas.
Mû fixa longuement son Maître.
-Vous vous conduisez comme un gamin…Vers qui avez-vous déployé votre cosmos en premier ?
-Vers toi.
-Et ensuite ?
Shion préféra ne pas répondre.
-Vers lui évidemment, fit Mû. Parce que vous l'aimez.
Le silence de Shion avait valeur de preuve. Le Bélier continua implacable.
-Cela fait plus de trois semaines que vous n'allez pas bien, Maître. Parce que cela fait plus de trois semaines que Dohko et vous…
-Cela suffit, Mû. Je t'ai dit que cela ne te concernait pas.
-Cela me concerne que vous le vouliez ou non. Cela nous concerne tous. Cette histoire vous affecte tellement que cela rejaillit même sur votre travail.
-Jusqu'à présent, Athéna n'a pas eu à se plaindre de moi que je sache !
-Vous vous voilez la face. Vous ne vous êtes même pas occupés du repas de ce soir. On reçoit Perséphone dans le temple du Scorpion, je ne sais même pas où elle va dormir… Athéna ne se plaint peut-être pas encore, mais elle aurait des raisons de le faire.
-Mû, tu vas trop loin ! Et de quel droit me fais-tu la morale ?! Toi qui ne sais même pas pourquoi tu te sens soudain si bien ta peau, alors que tu pleurais encore comme un gosse dans les jupes de sa mère cet après-midi ! Tu m'as l'air un expert en psychologie, effectivement !
Le Bélier avait le sentiment de s'être pris une gifle. Il blêmit instantanément.
-Pardon… Mû… je ne voulais pas…, balbutia Shion.
-Qu'est-ce qui se passe ?, fit une petite voix ensommeillée à l'autre bout de la pièce.
Kiki se frottait les yeux à la porte de sa chambre. Reconnaissant le Pope, il se jeta dans ses bras.
-Maître Shion ! Vous allez bien ?
Le Pope allait répondre par une petite phrase toute faite… Mais le regard réprobateur de Mû l'en empêcha. Pas de mensonges ce soir.
-Bien mieux depuis que tu es là. Et toi ?
-Oh moi… ça va ! Surtout comparé à vous deux, Maîtres. Quoique…, remarqua-t-il en tournant la tête vers le Bélier, Maître Mû, vous semblez aller beaucoup mieux.
Il réfléchit quelques secondes puis ce fut comme une illumination dans ses yeux d'enfant et il pointa son doigt vers Shion.
-Vous, vous avez rompu avec Saga.
-Euh oui… effectivement, reconnut le Pope.
-J'en étais sûr !, exulta le gamin.
-Kiki !, intervint Mû d'une voix ferme. Calme-toi un peu.
-Pourquoi Maître ? Vous ne voulez pas que Maître Shion se rende compte que c'est depuis cette histoire que vous déprimez ?
-Je veux surtout que tu retournes te coucher, et ce n'est pas en sautant partout que tu vas pouvoir te rendormir, affirma le Bélier. Allez, au lit.
-Pfff… D'accord. Maître Shion ? Vous restez dormir avec nous ? Dites oui, s'il vous plait…
-Pourquoi veux-tu que je reste, Kiki ?
-J'aime bien quand on est tous les trois.
Le Pope sourit.
-Dans ce cas… Je reste. Mais file te coucher et dors.
-J'y vais ! Bonne nuit !
Mû s'était levé.
-Vous voulez vraiment rester ?
-Si ça lui fait plaisir. Et puis, je n'ai pas très envie de retourner au Palais. Mû ?
Le Bélier qui était parti chercher un oreiller et une couverture pour son Maître, se retourna.
-C'est vrai qu'a dit Kiki ?
Aucun doute possible sur ce à quoi faisait référence le Pope.
-Oui… Cela m'a beaucoup affecté. Trop, je le reconnais. Ma seule excuse c'est qu'il y avait déjà cette histoire avec Shaka. Vous savez combien je n'aime pas mentir.
-Et… enfin… pourquoi… ?
La question de Shion resta un moment en suspens.
-Le mensonge, finit par répondre Mû. Je me forçais à me réjouir alors que Saga n'est pas fait pour vous. Et que vous n'êtes pas fait pour lui.
-Qu'est ce qui te fait dire ça ?
-Le soulagement que j'ai éprouvé quand vous m'avez dit que c'était fini. J'avais le sentiment que tout rentrait dans l'ordre… comme tout à l'heure en fait, lorsque nous avons affronté le cosmos de Perséphone. Tout semblait clair, limpide et… à sa place. Nous étions ensemble et unis et c'est comme cela que les choses doivent être. Il faut que vous alliez parler à Dohko.
-Mû…, soupira le Pope.
-Je ne dis pas que vous devez vous remettre ensemble… mais vous devez vous parler. Vous avez des choses à lui dire, c'est évident. Vous devez remettre de l'ordre, Maître. Vous en avez autant besoin que moi.
-J'irais lui parler… demain. Pour le moment, je vais dormir ici, comme je l'ai promis à Kiki.
-Un peu facile comme excuse, si je puis me permettre, fit remarquer le Bélier.
-On fait avec ce qu'on a…, admit le Pope.
Dans le temple du Lion, après les retrouvailles, était venue l'heure du compte-rendu à cinq voix. Aiolia, Ayoros, Seiya, Aldébaran et Shiryu voulaient tous apporter des précisions fondamentales au tableau qui se dessinait sous les yeux des quatre femmes… et qui ressemblait de plus en plus à une expérimentation avant-gardiste plutôt qu'à une œuvre figurative. Shaïna et Marine avaient alors pris les choses en main. La première avait couvert le tapage masculin par quelques accès de voix, ramenant le calme en une poignée de secondes. Marine avait alors pu mener un interrogatoire en bonne et due forme. Elles avaient pu alors, toutes les quatre, comprendre la situation.
-Vous savez ce que va décider Athéna ?, finit par demander l'Aigle.
-Non…, reconnut Aiolia. Même entre nous, nous ne savons pas ce qu'il convient de faire. Ressusciter Hadès, cela semble être une hérésie, mais… avec ce que nous a montré Perséphone… que ce soit sur les causes des Guerres Saintes ou sur elle-même…
-C'était vraiment très… dur…, fit Shiryu qui tenait Shunreï dans ses bras.
-Comment va-t-elle ? Perséphone, je veux dire…
A la question de Seika, tous les Chevaliers masculins baissèrent la tête.
-Aucune idée, avoua Aldébaran. Milo et Camus ont dit qu'ils veilleraient sur Kanon et Rhadamanthe qui eux-mêmes doivent la veiller. Si quelque chose arrive, on finira bien par le savoir.
-Et Athéna ?
-Elle est partie réfléchir à Star Hill. Elle voulait qu'on la laisse seule.
Seiya ne semblait guère enchanté par le choix de sa Déesse, mais il l'acceptait. Là-bas, au moins, elle n'était pas en danger…
Un peu plus tard dans la soirée, Ayoros s'échappa dehors. Il avait besoin d'air. Athéna avait beau eu lui dire qu'il n'était pas responsable… Son armure avait ôté la vie à Perséphone. La flèche d'or s'était plantée dans le cœur de deux déesses…
-Chevalier ?
La douce voix de Seika.
-Chevalier, ça ne va pas ?
-Si, si… ne t'inquiète pas…
-Vous vous sentez coupable…
-Seika… nous sommes tombés d'accord, non ? Je te tutoie et tu me tutoies. Il est injuste que je sois le seul à faire des efforts, reconnais-le.
-Vous… tu as raison. Pardon.
Elle vint s'installer sur les marches, juste à côté de lui.
-Je sais que je n'ai rien fait, mais… c'est mon armure. Elle fait partie de moi. Et… ça… cela fait partie de mon héritage.
-Personne ne te demande d'en être fier, Chevalier. Si les erreurs de tes ancêtres te pèsent, essaye de les réparer.
-Comment ?
-Parle avec Perséphone. Elle le saura peut-être, elle.
-Je n'oserai jamais…
-Je viendrai avec toi, si tu veux…, proposa-t-elle.
Ils restèrent assis l'un à côté de l'autre, tandis qu'à l'intérieur, la discussion avait glissé sur d'autres éléments décisifs de la soirée.
-C'est une blague, fit Shaïna, catégorique. Je refuse de croire que Shaka soit ce moment-même chez Aphrodite. Angelo et lui vont boire comme des trous et faire la fête… comme d'habitude et comme tout le monde le sait. Sérieusement vous voyez Shaka avec eux ? Il devrait être avec Mû, non ?
-Je pense qu'ils ont rompus, intervint Shiryu. Leur étreinte, juste avant de quitter le palais, était tout ce qu'il y a d'amicale. Juste amicale.
-De toute façon, nota Marine, personne n'y croyait hein… On le savait tous ici que c'était monté de toutes pièces…
-Comment ça « monté de toutes pièces » ?, demanda Shaïna.
-Bah… ma puce, fit l'Aigle, Shaka et Mû… c'était un canular pour qu'Aldé puisse…
-Quoi ?! C'est vrai, ça ?!, gronda-t-elle en se plantant devant le Taureau. Ils sont sortis ensemble pour me faire croire que tu ne sortais pas avec Shaka !
-Mais… je ne suis jamais sorti avec Shaka !, protesta Aldébaran.
-Oui, et bien, rien n'est moins sûr…
Le Lion se glissa dans le dos de l'Aigle.
-Ma chérie, lui murmura-t-il à l'oreille, je crois que tu aurais mieux fait de tenir ta langue.
-Mais j'étais persuadée qu'elle était au courant…, fit-elle chagrine.
L'Ophiucus hurlait à présent sur son petit ami, qui encaissait, sans broncher, le flot d'insultes. Il l'aimait, son serpent. Il l'aimait cette femme, forte, belle, puissante, sensuelle, intelligente et passionnée, qui, il ne savait comment, l'avait choisi lui après avoir passé des mois à se languir de Seiya – il faudrait qu'il pense à remercier Pégase. Oui, il l'aimait. Il aimait quand elle se montrait autoritaire et lui intimait de manger le plat à la diététique étudiée qui devait faire office de repas. Il aimait aussi quand elle piquait ses crises, et qu'elle se mettait à crier. Elle cassait un peu de vaisselle, même, de temps en temps. Dans chacune de ces attitudes, le Taureau voyait une preuve de cet amour qu'elle éprouvait pour lui et qui ne cessait de l'émerveiller. Cela valait bien quelques assiettes. Tant qu'il s'agissait des leurs.
-Cela suffit, calme-toi. Ou alors, on rentre à la maison, fit-il en se plantant devant elle.
-A la maison ? Parce que tu crois que je vais rentrer avec toi ? Tu as entendu ce que je viens de te dire ?!
-Peu importe ce que tu viens de dire. Tu vas rentrer avec moi parce que tu sais parfaitement que je t'aime et que je n'aime que toi.
-J'en suis pas certaine, tu vois… Si tu es sorti avec…
-Mamour…
Shaïna eut une petite moue et sembla comme s'affaisser.
-Je suis ridicule… c'est ce que tu essaies de me dire…
-Non. Tu n'es jamais ridicule, fit Aldébaran, définitif.
Le Taureau la serra contre lui, lançant un regard menaçant à toutes les personnes présentes. Sa Shaïna n'était pas ridicule. Tout le monde s'empressa d'être de son avis.
-Shaka ?
La Vierge se retourna pour découvrir Ikki qui descendait les marches du Sanctuaire d'un pas rapide.
-Tu aurais quelques minutes à m'accorder ?, demanda le Phoenix
-Bien sûr, voyons.
La demande, évidemment, perturbait la Vierge. Ils venaient de passer une soirée, pour ainsi dire une nuit, très agréable et divertissante, ensemble, dans le temple des Poissons… et voilà qu'Ikki attendait qu'il redescende vers son temple pour venir lui parler.
-C'est vraiment fini, entre toi et Mû ? le questionna le Japonais.
-Vraiment.
-Ce n'était pas lui ? Celui dont tu croies être amoureux…, précisa le Bronze.
-En effet, dût reconnaître l'Hindou, qui avait tout de même tiqué sur l'emploi du verbe croire.
Il n'était resté que peu de temps aux côtés des occupants du huitième temple mais il sentait déjà que sa perception du monde changeait. En intégrant le récit de Rhadamanthe, en cherchant à comprendre le plan destiné à réparer ses erreurs, en ressentant enfin les émotions de Perséphone, il avait l'impression qu'il comprenait mieux ses semblables. Cela signifiait probablement qu'il s'éloignait du nirvana…
-Dommage…, murmura Ikki dans un sincère regret. Je peux savoir qui c'est ?
-Non, je… non…
-Ecoute, je ne veux pas… Comment t'expliquer ?
-Essaye avec des mots.
Une autre chose qu'il avait apprise à leur bref contact : utiliser l'humour. C'était une forme de communication parfaitement adaptée à un grand nombre de situations. La preuve : Ikki sourit, et en oublia l'émoi précédent de la Vierge.
-Je vais essayer ça, oui. Les gens ne sont pas tous aussi purs que toi, Shaka. Je suis bien placé pour le savoir. Et je ne parle pas de bonté ou de sagesse. Je suis bien placé, aussi, pour savoir que tu peux être particulièrement cruel. Mais même dans ces moments-là, tu restes… immaculé. Je ne sais pas comment tu fais, et ce n'est pas mon problème.
-Où veux-tu en venir, Chevalier ?
-Il y a des gens… mauvais pour toi. Qui te feront souffrir si tu t'accroches à eux. Sans même en avoir conscience, j'en suis sûr. Malgré toutes tes heures de méditation, malgré ton cosmos et ta puissance, tu restes quelqu'un de sensible. Tu le caches bien, mais je suis persuadé que tu l'es encore plus que Shun, et ce n'est pas un mince exploit. Avec Mû, ça allait. Mû est gentil. Je ne dis pas que les autres sont méchants … Mais… Enfin, tout ce que je te veux, ce que je suis venu te demander, Shaka, c'est que si tu te décides un jour à assumer tes sentiments pour quelqu'un, qui que ce soit… dis-le-moi, avant de plonger. Juste pour que je m'assure que tu n'en souffriras pas.
-Pourquoi voudrais-tu faire cela, Ikki ?, fit la Vierge, troublé.
-J'en sais rien. Peut-être parce que Shun finit par grandir et que j'ai besoin de protéger quelqu'un d'autre, pour m'occuper… Alors, ça marche ?
Shaka resta un instant à réfléchir.
-Sois assuré, Chevalier du Phoenix, que si je souhaite me déclarer un jour, tu en seras le premier informé.
-Cool. Merci Shaka.
Et il remonta en direction du temple des Poissons.
-De rien…, murmura l'Hindou.
Il avait ouvert les yeux, pour observer la silhouette d'Ikki, toujours aussi empreinte de force et de détermination, gravir les marches qui le ramenaient vers son frère. Dans la faible lumière de l'aube, on eut dit que le Phoenix lui-même repoussait les ténèbres.
Saga, Kanon, Rhadamanthe et Perséphone avaient quitté le temple du Scorpion au petit matin pour se rendre à la plage privée du Sanctuaire sous l'impulsion de Jumeaux. Cela répondait à un double objectif : laisser un peu d'intimité à Camus et Milo – même si Kanon avait fait remarquer que s'ils avaient voulu de l'intimité, ils auraient passé la nuit chez le Verseau – et profiter de l'air marin pour effacer les traces d'une nuit qui n'avait rien eu de reposante. Ils étaient passés dans la Maison des Gémeaux, Kanon avait prêté un maillot de bain à un Rhadamanthe qui semblait dubitatif quant à l'intérêt d'une telle sortie, d'autant que sa Majesté n'avait pas de tenue adaptée. Effectivement, même si Perséphone avait troqué à sa lourde robe de velours vert contre une toilette légère en lin terre de sienne, il n'en restait pas moins vraie qu'elle n'avait pas de tenue de bain. La Reine des Enfers avait balayé l'objection en expliquant qu'elle resterait sur le sable.
Ce qu'elle faisait en ce moment même, au pied d'un pin parasol, tandis que Rhadamanthe, avec de l'eau jusqu'aux chevilles, regardait Kanon batifoler dans les vagues avec son frère. L'image était belle. La figure protectrice de la Wyverne qui veillait sur deux hommes qui acceptaient de redevenir des enfants, dans de grands éclats de rire et d'écume. Perséphone sourit et ferma les yeux. Elle pouvait presque sentir, couvert par le bruit des vagues, le bruissement de pas derrière elle… une présence qui venait se tenir dans son dos et qui posait une main sur son épaule, là où l'ombre venait caresser sa peau. C'était merveilleux… et douloureux.
-Dès…
-Votre Majesté ?
Elle ouvrit les yeux et vit Saga, penché sur elle, l'air inquiet. Elle lui sourit et passa une main sur le coin de ses yeux pour retenir ses larmes.
-Tout va bien, Chevalier… Il m'arrive parfois de me laisser bercer par de délicieuses illusions. Ce n'est guère raisonnable n'est-ce pas… mais c'est plus fort que moi. L'eau était bonne ?, fit-elle pour changer de sujet de conversation.
-Excellente. Mais j'ai l'impression que mon frère a du mal à en convaincre votre Juge.
-Je suis persuadé que Kanon finira par y parvenir…
Le ton de Perséphone était rempli de sous-entendus.
-A ce propos… je ne veux pas être indiscret mais… entre vous et Rhadamanthe…
-Tu t'inquiètes pour ton frère, Saga ?, lui demanda gentiment la Reine.
-Oui…, avoua l'aîné des Gémeaux.
-Kanon ne risque rien, lui assura-t-elle. J'aime Rhadamanthe et Rhadamanthe m'aime, je ne le nierai pas. Mais ce n'est pas… Saga, tu aimes Athéna ?
-Oui ! Bien sûr.
-C'est la même chose pour Rhada et moi.
-Sans vouloir vous offenser, ça m'a l'air un peu plus… profond tout de même.
-Parce que cela fait un peu plus longtemps qu'il est à mon service. Nos souvenirs communs ont plus de deux mille ans, Saga… Deux mille ans de dévotion, de loyauté… d'affection. Il m'a vu mourir, il m'a vu perdre Hadès… Il a arpenté le monde des dizaines de fois, pour me trouver et me ramener chez moi… Le lien qui nous unit est très fort, mais c'est Kanon qu'il aime. Comme j'aime Hadès. Comme tu aimes le chevalier du Bélier.
-Comment… ?!, s'étonna le Grec.
-Kanon nous l'a dit. Saga, tu aimes ton frère, tu aimes Athéna, et tu aimes Mû. Trois sentiments pour lesquels nous n'utilisons qu'un seul mot, mais qui couvrent des réalités bien distinctes, n'est-ce-pas ? Leur seul point commun est ce que nous sommes prêts à sacrifier pour leur objet.
-Tout…, murmura le Gémeau.
-Pas tout, Saga. Tu ne sacrifierais pas Mû pour Kanon, n'est-ce-pas ? Pas en écoutant seulement ton cœur. Tu accepterais de les perdre pour Athéna… mais pas par amour pour elle. Ce serait par devoir. Et parce que tu ne voudrais pas que Mû puisse porter une part de culpabilité si tu manquais à la protection de votre déesse pour lui…
-Rhadamanthe sacrifierait sa relation avec Kanon pour vous…
-C'est vrai, reconnût Perséphone. C'est pour cette raison que je travaille à ce qu'il n'ait jamais à faire ce choix. C'est pour cette raison que j'ai parlé avec ton frère et que je lui ai expliqué la situation.
-Et c'est pour ça que vous me parlez ?
-Oui. Je veux vous voir heureux, tous. J'ai besoin de vous voir heureux, Saga. Et pas seulement pour convaincre Athéna… Si Hadès n'est pas ressuscité, je vais avoir besoin d'être entourée pour ne pas… devenir complètement folle.
Elle avait fini sa phrase par un petit rire.
-Vous serez entourée. Par toute la Chevalerie d'Athéna. Votre petite démonstration d'hier… nous a tous émus. Et a touché Athéna, vous pouvez en être sûre. Je ne sais pas ce qu'elle décidera, mais je sais que nous serons toujours là pour vous.
-C'est gentil, ça. Merci beaucoup, Chevalier, fit Perséphone en lui prenant la main et en la serrant tendrement.
-Alors, Saga ? Je ne t'avais pas dit qu'elle était… merveilleuse ?
Kanon s'était effondré sur le sable à leurs pieds, et regardait son frère avec un grand sourire.
-Majesté, si je puis me permettre, vous devriez arrêter de séduire toutes les personnes qui se présentent. Nous allons devenir suspects. Et je vais finir par croire que je ne vous suffis plus.
-Je veux juste alléger le poids qui repose sur tes épaules, Rhada…
Saga comprenait à quel point Perséphone était sincère en prononçant ces mots. Elle avait besoin d'amour. Elle avait besoin de se sentir aimée pour ne pas sombrer à cause de la souffrance qu'elle éprouvait en étant séparée d'Hadès. Ce besoin d'affection, elle l'avait comblé en puisant chez Rhadamanthe… et elle s'en voulait.
-Ce n'est pas nécessaire, Majesté. Pas que je veuille vous empêcher de nouer des liens, mais… n'inversez pas nos rôles. C'est moi qui vous dois vous protéger.
-Et bien protège-moi pendant que je te protège… on va aller loin, comme ça.
-Laisse tomber, Rhadamanthe, fit Kanon en roulant sur le côté. Tu sais bien que tu n'es pas capable de gagner contre… Oh mon dieu… !
Le cadet des Gémeaux avait blêmi. Les trois autres se retournèrent en direction du côté de la plage qui avait figé leur compagnon.
-C'est le cas de le dire…, fit remarquer Rhadamanthe.
Perséphone se leva immédiatement et se dirigea vers les deux silhouettes qui approchaient.
-Mais qu'est-ce que tu fais ici ?!
Poséidon lui dédia le plus éblouissant des sourires.
-Je suis venu t'aider à convaincre la vieille chouette ! Je te présente Isaac, qui me sert d'escorte, histoire de rendre la chose un peu plus solennelle. C'est une idée de Sorrente… Ah ! Salut, Kanon !
