Disclaimer : Les personnages appartiennent à Masami Kuramada.
Il était une fois, au pays de Saint Seiya (et en plus ça rime… que c'est beau) :
Minos, fort du soutien d'Eaque et Pandore, a rallié Hypnos et Thanatos et pris le contrôle des Enfers. Les Spectres de Rhadamanthe sont arrêtés et accusés de haute-trahison. Valentine, qui a pu s'échapper, en avertit Perséphone au moment où Athéna accepte de participer, avec Poséidon, à la résurrection d'Hadès.
NdA :
Millenium (en prem's because qu'elle a review le chapitre 4 et que j'ai la flemme d'edit le chapitre en question) : Très très contente que ce début t'ait plu. J'espère que la suite ne t'a pas déçu.
Et maintenant pour les reviews sur le 12.
Dragonna : La réaction de Thanatos… Pour Pandore, il avait la preuve de sa trahison. Il exécute donc immédiatement la sentence; en plus on était en temps de guerre, d'où le côté expéditif. Ici, c'est différent. On suit la procédure « normale ». Et il ne s'agit que d'une mise en accusation; il écoute donc les arguments de Minos, par la bouche de Pandore. Une fois cela fait, on peut imaginer qu'il en a gros sur la patate mais que, vu que Perséphone est au Sanctuaire, il est dans l'incapacité de l'atteindre.
Tàri : J'espère ne pas t'avoir trop fait attendre...
Kalista : dans ma grande mansuétude, je t'accorde mon pardon… sort loin et encore une fois, la danse de la victoire pour les Juges. o \o/ o
Cylla : Ôte-moi cette coquille d'œuf de dessus ta tête ! Je ne cèderai pas au chantage ! Sinon… des titres pour les chapitres, ça pourrait être une bonne idée… Ou penses-tu (enfin « pensez-vous » : la question est ouverte à tous) que le côté « chapitre » ménage le suspens ? On pourrait essayer de trouver des trucs dans le genre « Chapitre X : Où trucmuche patin couffin ». Ou le patin couffin correspond à un détail à la marge de l'histoire principale. Pour le premier, ça pourrait donner quelque chose comme ça : « Chapitre 1 : où l'on découvre que Milo a du thé dans ses placards » ou « Chapitre 1 : Où l'on découvre que Rhadamanthe fume des cigarettes d'une marque inconnue ». Z'en pensez quoi ?
Eternyti : C'est très gentil d'avoir confiance :) et pour ma rentrée, bah pas de rentrée pour ma part, je suis une femme au foyer (ou entretenue… ça dépend des points de vue). Celle de mon mari s'est bien passée par contre. J'espère qu'il en est de même pour toi.
Ariesnomu : n'en jetez plus ! Je ne sais pas trop quoi dire… Quand on me fait des compliments, j'ai toujours l'impression que c'est un malentendu… Mais c'est très gentil. Et ça me fait très plaisir, même si une petite voix me dit que je ne les mérite pas (ce n'est pas de la fausse modestie, c'est un de mes vrais problèmes).
Yatsuko : bah c'est vrai que la prise de contrôle des Enfers by Griffin-man était un tout petit peu évidente tout de même. Cela aurait été trop simple sinon. Mais surprendre pour surprendre, ça me gonfle. Je préfère suivre mon récit. C'est tellement plus simple d'être à peu près cohérent de cette façon.
Shirley : ma 100e review ! woot ! woot… On avait un couple d'amis à la maison, le soir où tu l'as écrite (dont l'amie remerciée, au chapitre 3, je crois) et on a fêté ça dignement. Enfin, on arrête le 3615 MyLife (j'en ai fait un peu beaucoup tout de même sur ces NdA). Minos et Eaque… je les aime beaucoup. Probablement mon dynamic duo préféré avec Kanon et Rhada.
Eros1 : Oui, les erreurs… ma seule excuse est de ne pas avoir de bêta-lecteurs. Je fais mon possible pour limiter les fautes de grammaire, d'ortho, ou autre – typiquement un mot oublié ou un nom à la place d'un autre-, mais des coquilles passent à la trappe. Celle-ci en est une, belle de surcroit. Merci de l'avoir relevée. Et contente de savoir que mon histoire t'intéresse toujours.
Scorpio-no-Caro : ta review m'a fait énormément plaisir. Et m'a fait penser à une chose, à propos de la psychologie de mes personnages et vaguement en rapport avec ce « coup d'état ». J'ai beaucoup de mal avec le concept de méchanceté. Je ne conçois pas des mondes de bisounours, du moins que je ne les considère pas comme tels, mais le « mal » en est tout de même absent. Il n'y a que des « gentils ». Des gentils qui ont des conceptions différentes du monde, qui s'opposent, qui s'affrontent… mais aucun véritable « méchant ». Pandore, par exemple, n'est pas mauvaise, au sens manichéen du terme. Chaque personnage agit pour le « bien », selon son point de vue. Ce sont ces oppositions eux/nous (comme dirait Belgarath) qui m'intéressent. Voilà. Vous l'aviez probablement remarqué de vous-mêmes, mais je voulais le souligner.
Morphina : merci vraiment, beaucoup. Pour Isaac, je suis désolée. Ce n'est pas qu'il n'est pas intelligent, mais bon, c'est un ado. Et puis je dois avouer que je n'ai pratiquement pas vu l'arc Poséidon (je me demande même si j'en ai vu un seul épisode). Donc je n'ai pas vraiment de matériel sur lequel me baser (si ce n'est les rapides résumés sur le net, mais bon, ça ne fait pas un caractère)… donc c'est un peu n'importe quoi, je le reconnais.
Et maintenant, mesdames et messieurs, devant vos yeux éblouis (ou pas...), la suite.
Lorsque Sorrente et Thétis pénétrèrent dans le temple d'Athéna, ils n'eurent pour ainsi dire aucun regard pour les Chevaliers présents, ni même pour la Déesse. La Sirène, serrant dans son poing sa flûte menaçant de la briser, vint se placer devant Poséidon. La Néréide, elle, se précipita sur Isaac et le serra contre elle.
-Par l'Olympe, tu n'as rien !
Le Kraken se mit à bafouiller, rouge de confusion. Poséidon haussa un sourcil, amusé.
-Moi aussi, je vais bien, Thétis. Merci de t'en soucier.
Elle se tourna vers son Dieu avec une petite mine contrite, rosissant légèrement.
-Pardonnez-moi, mais c'est un peu votre faute… « Perséphone a perdu les Enfers. Il y a eu des combats. Valentine est blessé. Rejoignez-moi chez Athéna. »… J'ai cru que vous aviez effectivement combattu… et je sais bien que rien ne peut vous arriver mon Seigneur, sans Dieu pour s'opposer à vous.
-Essaie de te rattraper, blondinette…, lui répondit-il en lui ébouriffant les cheveux.
-Où est-il ?
La voix atone de Sorrente effaça immédiatement le sourire de Poséidon.
-A l'infirmerie. Suis-moi, je t'accompagne.
Dans sa chambre, Valentine était assis dans un des lits, son dos callé grâce à des oreillers, Perséphone à son chevet. Rhadamanthe se tenait, comme à son habitude, en arrière de sa Reine, les bras croisés. Quand la Sirène entra, accompagné de son Dieu, la Harpie ouvrit de grands yeux.
-Sorrente ? Qu'est-ce que tu fais là ?
-A ton avis ?, fit le Général en se rapprochant. Comment te sens-tu ?
Sa voix, mélodieuse, ne trahissait aucune émotion particulière.
-Ça va. Ils voulaient m'arrêter, pas me tuer. Ce ne sont que des blessures superficielles, fit le Spectre en montrant ses bandages.
-C'est sûr ?
-Puisque que je te le dis…, confirma Valentine dans un sourire.
Alors Sorrente se jeta sur le lit pour serrer la Harpie dans ses bras, posant sa tête contre la poitrine du blessé. Valentine l'enlaça tendrement.
-Là… tout doux…
-Ne me refais jamais un coup pareil…, murmura l'Autrichien.
-Hé ! C'est pas trop de ma faute, tu sais !
-Ce n'est pas une raison…
Le Chypriote aurait pu éclater de rire en entendant cette phrase. C'eut été dans ses habitudes. Mais, là, il se contenta de serrer un peu plus la Sirène dans ses bras.
-Excuse-moi pour t'avoir inquiété.
-Dans tes rêves, que je t'excuse, lui répondit Sorrente en s'allongeant complètement à ses côtés.
Perséphone, Rhadamanthe et Poséidon jugèrent qu'il fallait mieux laisser les deux jeunes hommes seuls. Mais avant qu'ils aient franchi le seuil de la chambre, la voix de Sorrente les arrêta.
-J'ai confié à Io la direction du Sanctuaire sous-marin, Seigneur Poséidon, fit le Général sans le regarder. Il est tout indiqué pour prendre ma succession.
-… On en reparlera plus tard, Sorrente, fit Poséidon dans un soupir.
-Je ne resterai pas Général en Chef.
-J'ai dit plus tard, Sorrente, fit le Dieu d'une voix sèche. Pour l'instant, profite d'avoir retrouvé ta Harpie. Vous n'aurez qu'à nous rejoindre dans la salle de réception quand vous le souhaiterez.
Dans la salle, justement, les discussions allaient bon train entre les Chevaliers et leur Déesse et deux comportements bien distincts coexistaient pacifiquement, pour combler l'attente du rapport de la situation que ne manquerait pas de faire Perséphone une fois revenue de son entretien avec Valentine. Un premier groupe, formé autour d'Athéna, émettait des hypothèses et partageait ses théories, tout en se gardant bien de tirer des conclusions. En bref, on se préparait mentalement à toute éventualité. On y retrouvait Shion, Dohko, Saga, Mû, et quelques autres. De l'autre côté, rassemblés autour de Milo et d'Aphrodite, on évitait consciencieusement le sujet, préférant échanger ragots et potins plutôt que de se perdre en conjectures. Les décisions seraient prises quand on aurait les éléments en main, inutile de se torturer l'esprit avant… Quelques chevaliers passaient de l'un à l'autre dans une attitude consensuelle, incapable des choisir entre les deux attitudes. C'était précisément le cas de Kanon qui, s'il était très inquiet au sujet des Enfers, goûtait avec délectation les nouvelles aventures amoureuses du Sanctuaire.
Saga sortait avec Mû ! Ô joie ! Bonheur incommensurable et satisfaction inégalée - ou presque- ! Son frère allait arrêter de faire n'importe quoi ! Il était temps. Et il avait trouvé – croisons les doigts - une vraie relation sentimentale qui lui apporterait la stabilité émotionnelle. Le cadet avait pleinement confiance en Mû. Le Bélier semblait vouloir s'investir dans cette relation de la manière qui convenait. Calmement. Patiemment. Exactement ce dont avait besoin son frère pour faire une croix définitive sur ses doutes récurrents, héritages de son sentiment de culpabilité.
Kanon se rendait compte que Rhadamanthe avait raison. Il ne ressemblait pas à son frère. Contrairement à lui, il ne se sentait pas coupable. Oui, il avait manipulé Poséidon pour vaincre Athéna et dominer le monde. Oui, il avait eu tord. Il avait reconnu son erreur et avait été pardonné, par Athéna et par ses pairs, via la Scarlet Needle de Milo. Fin de l'affaire. Il avait expié son crime pour cette vie. Il n'était pas certain de connaître le repos de l'âme après sa mort – il était même persuadé du contraire -, mais, après tout, il devait assumer ses actes. Saga, de son côté, ne se pardonnerait jamais complètement, portant toujours sur ses épaules le poids du passé. Sans trop savoir comment, Kanon avait la conviction que, de tous les Chevaliers, Mû était le plus apte à amener son jumeau à passer outre, en dehors même des sentiments qu'éprouvait son aîné.
Autre bonne nouvelle, les centenaires étaient rabibochés. Ça, ça lui faisait vraiment plaisir. Shion et Dohko avaient eu plus que leur part de souffrances et de sacrifices. Ils méritaient de se retrouver, si tant est que l'on puisse mériter ce genre de choses. Hyoga et Shun étaient mignons, dans leurs tentatives pour trouver le juste milieu entre leur devoir de Chevaliers et leur idylle naissante. Les choses semblaient en bonne voie entre Ayoros et Seika, la jeune fille ayant visiblement décidé de se montrer plus entreprenante avec le Sagittaire, montrant clairement son intérêt mais lui laissant toujours le contrôle. Shaïna et Marine ne devaient pas être étrangères à ce changement de stratégie, si l'on en croyait leurs sourires complices. A leurs côtés, Aldébaran et Aiolia semblaient également ravis. Le reste de la Chevalerie continuait de discuter calmement, dans l'attente du retour de la Reine des Enfers, de son Juge, et du Dieu des Océans. Ou pas.
Ou pas, en effet. Kanon vit disparaître Shaka derrière les colonnes. Intrigué, le cadet des Gémeaux suivit la Vierge, qui sortit finalement de la pièce sans que personne d'autre ne le remarque. Le Grec continua sa filature, et finit par retrouver l'Hindou sur le parvis du temple, assis et semblant méditer.
-Comment faire pour revenir en arrière ?, fit Shaka après un long moment.
-C'est à moi que tu demandes ça ?
De tous les Chevaliers, Kanon était probablement celui qui souhaitait le moins retrouver le passé. Il aurait refusé même pour avoir une chance de réparer ses erreurs, trop conscient du fait que son présent, qu'il chérissait du plus profond de son âme, était la conséquence directe de son histoire. L'Hindou ne répondit rien. Le Gémeau vint s'asseoir à ses côtés.
-Je ne sais pas, finit-il par répondre. Je ne pense pas que cela soit possible, même métaphoriquement.
-Je veux redevenir celui que j'étais avant.
Kanon ne savait pas de quel avant il s'agissait, mais cela semblait de peu d'importance. Ce qui le frappait le plus, c'était le ton rempli de regrets de Shaka. Et le fait que la Vierge avait gardé les yeux clos, alors qu'il les ouvrait presque systématiquement, depuis la veille, lorsqu'il s'adressait à ses pairs. Même lors de ses déplacements, la Vierge commençait à les entrouvrir. L'impression générale qui en résultait était assez étrange, mais tous appréciaient ce changement de comportement.
-Pourquoi ?, demanda le Grec.
-Je ne veux plus être amoureux.
Oh my… Shaka déprimait. Il restait à déterminer de quelle sorte de déprime sentimentale il s'agissait. Kanon avait sa classification personnelle. D'abord, il y avait les « Saga » et leur « ouin, IL ne m'aime pas… ouin. ». Ensuite, il y avait les « Shura » : « ouin, personne ne m'aime… ouin. ». Et il y avait enfin les « Milo », audacieuse combinaison des deux précédentes… « ouin, IL ne m'aime pas, et de toute façon, personne ne m'aime… ouin, ouin, ouin. » Quatre ouins. Les « Milo » étaient des déprimes très sérieuses. La dépression de Perséphone n'entrait évidemment dans aucune catégorie. Rhadamanthe n'aurait certainement pas apprécié de voir la mélancolie de sa Reine cataloguée aux côtés des autres, et, même si Kanon ne lui en aurait jamais parlé, il se refusait à n'avoir ne serait-ce qu'une pensée qui pourrait offenser son Juge.
-Je ne comprends pas, Shaka. Tu veux bien m'expliquer ? demanda-t-il, d'une voix pleine de sollicitude.
Shaka gardait soigneusement les yeux clos.
-Je veux… retrouver la sérénité. Je veux pouvoir garder mes yeux clos et croire, du plus profond de mon être, que je connais le monde. Que je sais. Tout était si calme, avant, Kanon. Quand je croyais encore que les seuls sentiments positifs que je pouvais éprouver étaient le respect, la loyauté et l'amitié. J'étais… bien. Heureux. Et regarde-moi, aujourd'hui. Je vis dans la crainte. Je ne comprends plus ce que je vois. Je suis perdu. Et je souffre. Je ne veux plus souffrir. Je veux retourner sur la route de Bouddha.
-Mais pourquoi ? La personne que tu aimes… en aime une autre ?, tenta le Gémeau.
-Non. Il n'est pas en cause. Il n'a rien à voir là-dedans.
La Vierge semblait sincère. Mais Kanon avait trop d'expérience pour ne pas savoir que, parfois, l'esprit humain arrivait lui-même à se leurrer.
-Pourquoi souffres-tu alors ?
-Parce que cela fait mal d'aimer et de se rendre compte que l'on n'est pas fait pour ça.
-Pas fait pour aimer ?
-Pas fait pour l'amour.
Les grands mots. Les grandes phrases. Shaka n'allait vraiment pas bien. Inutile, dans ses conditions, de le contrarier.
-Pourquoi n'es-tu pas fait pour l'amour, mon ami ?
Shaka sourit, ses paupières toujours baissées.
-Cela me semble pourtant assez évident. Toutes mes incursions dans ce domaine ont été des échecs retentissants. Ma première tentative a amené le Sanctuaire au bord de la guerre civile, comme tu l'as découvert. Si vous n'aviez pas tout arrêté, qui sait ce qui aurait pu arriver… Quand à ma seconde, je n'ai fait qu'empirer les choses, provoquant l'affrontement entre Isaac et Ikki. Cela aurait pu déclencher une catastrophe. Un combat entre un Général de Poséidon et un Chevalier d'Athéna… J'ai mis en péril le succès des discussions entre nos Dieux, Kanon. J'ai manqué réduire à néant les efforts de Perséphone et nous priver d'une chance de paix…
-Mais ce n'est pas l'amour ça… ce ne sont que des intrigues. Tu n'es pas un intriguant, Shaka, voilà tout. Ce n'est pas un mal, loin de là même, tu sais.
-Toi, tu en es un…
-Et alors ? Je ne suis pas parfait, Shaka.
-Ce n'est pas l'avis de Rhadamanthe.
Kanon eut un petit sourire.
-Pour être honnête, je ne crois pas que la perfection ou la grandeur dont parle Rhadamanthe signifie que je n'ai pas de défauts. Cette perfection-là est l'apanage de Perséphone. C'est l'affaire des Dieux. Moi, je gère mon caractère tant bien que mal. J'adore les ragots et les potins ? Et bien je me sers de cette curiosité, qui pourrait vite devenir malsaine, pour garder un œil sur ceux que j'aime. Je suis un vil comploteur, et un manipulateur aguerri ? J'en profite pour filer un coup de main à mes amis, en me débrouillant pour résoudre leurs petits problèmes. Je suis imparfait. Et je l'ai accepté. Je crois que c'est cela qui lui plait. Que je sois un homme et que, sans mépriser les Dieux pour autant, j'en sois fier. Même si ça peut paraître débile.
-Ça ne l'est pas. Pas du tout, Kanon. C'est probablement là que réside votre sagesse…
Le Gémeau haussa un sourcil.
-Votre ?
-A toi… et… à Rhadamanthe…, hésita l'Hindou.
-Tutututu. Ne me prends pas pour un bleu, mon petit Shaka. Ce votre-là ne faisait pas référence à mon Juge.
-Ton Juge ?, releva le Vierge, d'un air faussement innoncent.
-Ne change pas de sujet…
-Tu m'as promis de ne pas chercher à savoir…, fit le blond d'une toute petite voix.
-C'est vrai. Pardon. Mais je peux savoir si tu lui en as parlé, au moins un peu ?
-Un peu, oui. Pas vraiment. Je ne sais pas trop, en fait. Quelle importance de toute façon ?
Le Gémeau passa un bras sur les épaules de la Vierge.
-Toute celle du monde. Nous avons établi que tu n'étais pas fait pour les intrigues. Ce qui veut donc dire que l'amour, en soi, n'est pas un problème.
-Ton raisonnement est spécieux, si je puis me permettre, constata l'Hindou.
-Meuh non, voyons, ne t'inquiète pas de ça… Il est libre ?
-Qui ça ?
-L'homme qui fait battre ton cœur et qui t'embrouille les neurones.
Shaka se figea.
-Comment sais-tu qu'il s'agit d'un homme ?
-Tu me l'as dit tout à l'heure, fit Kanon avec un sourire rusé planté sur les lèvres. Et je te signale que ma question est purement rhétorique, parce que tu y as répondu aussi, juste avant de me donner cette précieuse information.
-Tu es…
-Fourbe, je sais. Perfide, oui aussi. J'ai toutes les qualités, Shaka.
Le Gémeau augmenta légèrement la pression sur l'épaule de son homologue.
-Je veux juste t'aider…, lui murmura-t-il.
-Je sais.
La Vierge pencha la tête pour venir la caller contre celle du Grec.
-Alors… un mec célibataire…, reprit celui-ci, en jouant avec les cheveux blonds. On a Shura… C'est Shura ? Non, c'est pas Shura… Ce serait lui, tu te serais crispé.
-Kanon… s'il-te-plait…
-Mais où est le problème, Shaka ? Pourquoi ne veux-tu pas que je le sache ?
-Je ne vous dérange pas ?
Les accents meurtriers dans la voix de Rhadamanthe glacèrent Kanon. Dans une grimace, il ferma les yeux et retira sa main des cheveux de la Vierge, au ralenti. Inutile de chercher à nier les faits. Oui, il était là, tenant l'Hindou dans ses bras, leur tête l'une contre l'autre, ses doigts enroulés autour d'une mèche virginale.
-Je vois qu'effectivement les blondes te plaisent, fit le Juge en serrant les dents.
-Ce n'est pas ce que tu crois !, démentit Shaka en se mettant debout, d'un bond. Je n'avais pas le moral et Kanon me consolait…
-Et la prochaine fois, il ne faudra pas que je m'inquiète quand je vous trouverai au lit tous les deux parce qu'il aura juste voulu sécher tes larmes ?
-Rhadamanthe !, hurla Kanon, se levant à son tour.
Que le Juge s'en prenne à lui, soit. Mais pas à Shaka.
-Tu le défends ?, demanda le Juge à son compagnon, avec un air mauvais.
-Tu vas trop loin !
-JE vais trop loin ?!, s'étrangla l'Anglais. Qui a embrassé Milo, Kanon ?! Qui est dans les bras d'un autre, pendant que je veille mon meilleur ami, blessé, à l'infirmerie, et que Perséphone a perdu le Royaume ?! Ose répéter que c'est moi qui vais trop loin !
-Mais combien de fois devrais-je te le dire ?! Tu es le seul que j'aime Rhadamanthe ! J'ai n'ai envie que de toi ! Tu es l'homme de ma vie ! Aie un peu confiance en moi !
Les mots du Grec furent comme un électrochoc. Ce n'était pas en Kanon que Rhadamanthe n'avait pas confiance. C'était en lui-même. Kanon était quelqu'un de merveilleux, d'exceptionnel… Les autres Chevaliers finiraient bien par s'en rendre compte. Et le Juge ne se sentait pas capable de faire le poids face à ces hommes. Il avait une vie trop compliquée… Il avait trop de défauts, qu'il essayait de corriger par amour pour le Gémeau… mais pas suffisamment vite, hélas, pour ne pas continuellement craindre de le perdre…
Alors que les deux amants s'affrontaient du regard, Shaka fondit en larmes.
-J'avais raison… J'avais raison… Tu vois bien que c'est moi qui avais raison ! Je ne fais que détruire !…
Et il s'enfuit en direction des temples.
-Shaka !
Kanon tendit la main vers lui mais ne fit pas le moindre pas pour courir après la Vierge. Il savait que s'il partait à la poursuite de Shaka, Rhadamanthe serait blessé et, malgré toute l'affection qu'il avait pour l'Hindou, il ne voulait pas risquer quoique ce soit avec son Anglais. Il se retourna vers le Juge, que la réaction de la Vierge avait calmé, la rage s'étant évaporée sous l'effet de l'incompréhension.
-Ce que tu me fais faire, franchement… On en reparlera de ta jalousie maladive, ne crois pas t'en sortir comme ça… et tu iras faire des excuses à Shaka, c'est moi qui te le dis.
Et il fila en direction de la salle de réception.
Pandore était furieuse. Et l'attente que lui imposa Rune avant de l'introduire dans l'étude de Minos n'était pas faite pour la calmer. Elle n'y alla pas par quatre chemins, une fois en présence du Griffon.
-Je peux savoir comment tu peux tolérer ce… ce… !
-Ce quoi ? demanda Minos, assis à son bureau, sans quitter des yeux le livre qu'il parcourait.
-Eaque !, explosa-t-elle.
A l'évocation du Garuda, le Norvégien sembla lui accorder un semblant d'attention, interrompant sa lecture.
-Quel est le problème ?
-Tu te moques de moi… Quel est le problème ?! Il a laissé Valentine s'échapper ! Charon et Phlégyas me l'ont confirmé. C'est lui qui a donné l'ordre !
Minos referma son livre. Il lui adressa un long regard.
-Et que voulez-vous faire à ce propos, Lady Pandore ? Le passé est le passé. Valentine est en fuite, avec les autres traîtres.
Pandore traversa la pièce pour poser ses deux mains sur le bureau.
-Justement. Eaque a aidé un criminel à s'échapper. Il a aidé un traître à fuir la Justice des Enfers. C'est également un acte de trahison, Minos. Tu le sais parfaitement. Il faut donc l'accuser… nous n'avons pas le choix.
Elle avait fini par une voix doucereuse, faussement désolée.
-Eaque n'a pas aidé un criminel, mais un suspect, objecta le Juge.
-Un accusé, rectifia-t-elle.
-Certes…
La Prêtresse fit le tour du meuble pour venir s'agenouiller prêt de lui, ses bras posés sur l'accoudoir, son menton sur ses mains.
-Pourquoi le protèges-tu ?
-Nous avons besoin de lui.
Minos ne savait pas mentir et pourtant Minos mentait, en ce moment même, pour son homologue. Pandore en ressentit une grande jalousie, qu'elle contint tant bien que mal.
-Ce n'est pas vrai. Maintenant que Perséphone est accusée, maintenant qu'Hypnos et Thanatos nous soutiennent, nous n'avons plus besoin d'Eaque.
Elle se releva pour se mettre à sa hauteur. Le Juge n'avait toujours pas bougé, se contentant de la suivre du regard. Un regard qui se voulait neutre, mais où perçait un étrange malaise.
-Accusons-le… puisqu'il est coupable et qu'il n'est plus indispensable. Et je serais sur le trône, toi, seul, à mes côtés. Nous attendrons ensemble le retour de mon frère… Ensemble, Minos. Toi et moi. Car nous sommes les seuls a vraiment aimé Hadès, n'est-ce-pas ? Nous sommes liés.
Minos se releva brutalement, la forçant à reculer.
-Vous délirez.
-Oui, je délire…, fit-elle en se rapprochant. Je nous vois en rêve, Minos. Je me vois sur le trône, ta chevelure claire à la limite de mon champ de vision. Ta main est sur la mienne… C'est là qu'est ta place, mon cher Juge…
-Je ne crois pas non, murmura-t-il, de plus en plus alarmé.
Elle fit les quelques pas qui la séparaient du Griffon pour le regarder avec un sourire.
-Je sais que tu y viendras. C'est ton Destin, Minos. Tu m'aimeras.
Une voix amusée s'éleva dans la pièce.
-Ô vous, Funestes Moires, êtres de cruauté…/ Voyez ! cet homme-là semble bien ennuyé / Par le destin enviable que vous avez tissé…/ Cet ingrat qui chérit l'illusoire liberté !
Le Garuda se dirigea nonchalamment vers le bar et se servit un verre.
-Ne faites pas attention. Ce tableau si touchant m'a inspiré… Mais continuez, je vous en prie. Je me ferai discret. Aussi discret qu'une souris.
La perche était trop belle pour que la Prêtresse ne la saisisse pas.
-Une souris comme celle que tu as laissé échapper ?
-Exactement, Lady Pandore. Exactement, fit-il en s'installant dans un fauteuil.
Comme il l'énervait ! Et que faisait-il dans cette pièce, sans avoir été annoncé ! Elle avait dû attendre que Minos daigne la recevoir, et lui, lui… ! il était entré comme dans un moulin !
-J'exige une explication, Eaque ! Je veux que tu me dises pourquoi tu l'as laissé partir.
Le Garuda étouffa un rire, et se mit à siroter son verre.
-Vous exigez ? Vous n'avez rien à exiger de moi.
-Comment oses-tu ?!
-Ne vous méprenez pas. Si nous vous avons suivi durant la guerre, la seule raison était que vous étiez la voix d'Hadès. Aujourd'hui, cette voix s'est tue. Vous êtes muette. Au mieux, être Prêtresse vous accorde un statut équivalent au mien. Alors dans nos échanges, Lady Pandore, j'ose ce que je veux. Je suis Juge des Enfers.
-Tu n'es pas un Juge ! Tu ne mérites pas ce titre !
Le verre du Garuda vola. La seconde d'après, il la toisait, avec un regard à faire pâlir d'envie Minos et Rhadamanthe.
-Je suis Le Juge des Enfers. Ne vous avisez plus jamais de me dénier ma position.
-Le Juge ?!, fit Pandore, bravache, refusant de montrer à quel point Eaque l'impressionnait en cet instant. Et que fais-tu de Minos ?
-Minos est le Juge d'Hadès.
La fureur du Népalais semblait avoir disparue. Il partit à la recherche de son verre, qui avait roulé entre deux bibliothèques. Une chance : il n'était pas cassé. Mais le Garuda regrettait le scotch… Il avait fini la bouteille de Macallan.
-C'est tout ce que tu as à dire pour ta défense, Eaque ? Je suis le Juge des Enfers ? C'est ta seule explication ?
-Je vous l'ai dit, je n'ai pas à me justifier devant vous, lui répondit-il, très calme, en prenant le shaker.
Une vodka martini pour remplacer le scotch. Secouée. Non agitée. Mais sans zeste de citron, ni olive. Devant ce spectacle, Pandore fulminait. Et Minos qui ne réagissait pas ! Elle se tourna vers lui.
-Il a parfaitement raison, confirma le Griffon. Vous êtes comme les autres, Pandore. Vous me prenez pour le Premier des Juges… Vous êtes pathétiques et ridicules. C'est lui qui comprend et défend ce Royaume. C'est lui le véritable stratège. C'est lui qui a le véritable pouvoir. Et vous le méprisez… Vous êtes pitoyables.
-N'en fais pas trop Minos, tu vas me faire rougir, fit le Garuda.
-Pour une fois que je peux te rendre justice…
Eaque soupira, amusé.
-Quelle justice, Minos ? Je ne suis pas une victime.
Il se tourna vers Pandore, qui semblait ne plus rien comprendre.
-Vous défendez les intérêts de votre frère, tout comme Minos. Je défends ceux du Royaume. Et pour ce qui est de Valentine… Je connais Perséphone depuis plus longtemps que vous, Milady. Je la comprends mieux que Minos, car je n'ai pas la même passion que lui pour Hadès. J'ai plus de recul. Ne faites pas l'erreur de la croire faible ou stupide. Elle n'est ni l'un, ni l'autre. Toute cette histoire me dérange… A moins qu'elle ait sombré dans la folie, ce qui est toujours possible évidemment, elle nous cache quelque chose.
-Elle nous cache sa trahison !, assura la sœur d'Hadès.
-Alors elle s'y prend très mal…, s'amusa Eaque. Je vous l'ai dit. Ne commettez pas l'erreur de la sous-estimer.
Lorsque Kanon avait fait irruption dans la salle de réception, Rhadamanthe sur ses talons, et qu'il avait demandé un volontaire pour aller consoler Shaka, Ikki avait d'abord cru qu'il s'agissait d'une plaisanterie. Il connaissait les goûts de son aîné en matière d'humour, et les partageait le plus souvent. Ce n'est qu'en voyant l'air ulcéré du cadet des Gémeaux devant le manque de réaction de ses pairs – qui, eux non plus, ne prenaient pas le Grec au sérieux - qu'il comprit qu'il ne s'agissait pas d'une mauvaise blague. Il n'hésita qu'une fraction de seconde sur la conduite à suivre. Il se retourna vers Athéna, lui expliquant que, de toute façon, elle n'avait pas besoin de lui. Il était un combattant, pas un stratège. Et ils s'en étaient tous très bien sortis sans qu'il n'ait jamais participé à l'élaboration d'un quelconque plan lors des batailles qu'ils avaient eu à mener.
-Si vous avez besoin, Shun m'appellera, lança-t-il à la cantonade avant de quitter la pièce en courant.
Il était parti sans même demander de précisions sur l'état de la Vierge. Consoler Shaka… Ikki s'en voulait. Il s'était promis de le protéger. Il s'était juré de lui épargner ce qu'il pouvait de la confrontation avec la réalité. Shun et Shaka avaient cela en commun qu'ils rêvaient de mondes qui n'existaient pas, ou, tout du moins, qui n'étaient pas accessibles aux Chevaliers d'Athéna. Andromède voulait croire que la violence n'était jamais la seule solution. Si Ikki intervenait dans ses combats, ce n'était pas parce qu'il pensait que son frère était faible, mais bien parce qu'il voulait protéger ce rêve. Il voulait protéger Shun, pour qu'il conserve ce sens inouï de l'innocence et du merveilleux. Ikki ne rêvait plus depuis longtemps. Son frère, avec ses croyances, était son oxygène. En préservant Shun, Ikki défendait le peu d'espoir qu'il lui restait. Shaka lui croyait à un monde sans attache. La Vierge avait toujours accompli son devoir, en étant persuadé d'agir sans passion, avançant sur le chemin de l'illumination et du nirvana. Mais Shaka était mort. Et Shaka était revenu à la vie. Ikki aurait presque préféré que ce ne soit jamais le cas. Ressusciter avait été le début de la perte des illusions de la Vierge, démontrant qu'il était effectivement lié à ce monde. Le Phoenix aurait donné beaucoup pour que son aîné n'ait jamais connu ce désenchantement. Et il voulait à tout prix atténuer sa souffrance.
En pénétrant dans les appartements du sixième temple, Ikki fila directement dans la salle de méditation. Shaka n'y était pas mais cela ne le surprit aucunement. Il passa derrière la statue de Bouddha et tourna la tête d'une des idoles. Une porte s'ouvrit et le Phoenix entra dans la pièce ainsi découverte, se réjouissant d'avoir suivi de près les travaux de rénovation. L'atmosphère était saturée d'encens. Au fond de la petite salle, sur un autel, se tenait un Bouddha de bois. La statue n'était pas impressionnante, ni vraiment belle… Le bois ne semblait pas précieux. Dans un coin, une jarre gisait, vidée de son contenu. Au centre, Shaka, trempé de pieds à la tête –la jarre avait dû contenir de l'eau… -, récitait des mantras, égrainant son mâlâ de manière compulsive. Il ne portait plus son armure, et n'était vêtu que d'un sarouel.
-Shaka…, appela tout bas le Japonais.
-Va-t-en, Ikki ! va-t-en ! Fuis ! fuis loin de moi ! Je ne veux pas te faire de mal !
-Tu ne m'en feras pas.
-Si ! Je détruis tout ! J'ai blessé Saga, et Mû ! À cause de moi, tu t'es battu avec Isaac ! Et Kanon et Rhadamanthe… ils vont rompre et ce sera ma faute !
-Oulah… D'où est-ce que tu sors ça ?
-Ils se sont disputés… à cause de moi, fit la Vierge en se retournant vers le Phoenix, levant vers lui ses yeux bleus emplis de larmes.
-Ils ne vont pas se séparer pour une dispute… Ils sont fous l'un de l'autre. Et quand je les ai vus avant de descendre ici, tout avait l'air d'aller, rajouta-t-il, avant que l'Hindou puisse objecter quoique ce soit. Pour Saga et Mû… ce n'est tout de même pas de ta faute s'ils n'ont pas été foutus de se déclarer avant l'un à l'autre… Quant à mon problème avec Isaac, tu n'y es pour rien. Je voulais qu'il arrête, mais j'ai quand même très mal pris le fait de n'être qu'un troisième choix. Question d'orgueil. Et tu sais combien je suis fier... Alors arrête de pleurer pour des bêtises.
-Je ne pleure pas…
-Mais bien sûr… et là, sur tes joues, c'est l'eau du Gange.
Shaka baissa la tête, et passa ses doigts dans la flaque autour de lui.
-Elle purifie.
-Tu n'as pas besoin d'être purifié, Shaka.
-Si… je souffre. Si je souffre, c'est que je ne suis pas assez pur.
-Si tu souffres, c'est parce que tu es vivant, fit Ikki d'une voix calme.
-La vie est souffrance. Mais la fin de la souffrance est possible pour qui suit le chemin de Bouddha.
-Bouddha n'était pas un Chevalier d'Athéna…
Le Phoenix vint s'asseoir juste à côté de la Vierge, et passa une main dans ses longs cheveux trempés.
-Je suis tellement désolé, Shaka… Je n'ai pas pu te protéger.
La douleur et les sincères regrets transparaissaient dans le geste et la voix du Japonais. Shaka ferma les yeux, et se recula de façon à ce qu'Ikki ne puisse plus le toucher.
-Tu vois… tu souffres, toi aussi. A cause de moi…
-Tu veux que j'arrête ? Alors sois heureux, Shaka. Et laisse-moi rêver de vos mondes, à toi et à Shun.
-Comment être heureux, Ikki ?, demanda la Vierge, l'interrogeant également du regard.
-Je ne sais pas, moi… Tu es amoureux, non ?
-Oui…
-La personne que tu aimes est libre ?
La question avait son importance, puisqu'il semblait fort peu probable qu'aucun des Chevaliers actuellement casé soit tenté par une séparation d'avec sa moitié.
-Oui…, fit Shaka provoquant un profond soulagement chez le Phoenix.
-Et bien, regarde, ils ont l'air de plutôt être satisfait tous les couples autour de nous, non ? Alors tu devrais peut-être essayer. Ça m'étonnerait que quiconque puisse résister à ces yeux là…, fit Ikki dans un sourire. Et s'il se comporte mal avec toi, j'irais lui expliquer ma façon de voir. Je sais me montrer persuasif.
-On ne peut pas faire ça... ce n'est pas possible.
-Et pourquoi pas ?
L'Hindou sembla gêné. Il se leva et se mit à caresser distraitement le Bouddha de bois. C'était le seul objet personnel qu'il avait amené lors de sa première installation au Sanctuaire.
-Tu crois vraiment que j'ai une chance avec… n'importe qui ?
-Plus qu'une chance, Shaka. Il faudrait être fou pour ne pas vouloir de toi, le rassura le Japonais.
Sans quitter la statue des yeux, l'Hindou poussa un petit soupir.
-L'es-tu?
-Quoi ?, fit Ikki qui n'avait sincèrement pas compris la question.
-Fou. Es-tu fou, Chevalier du Phoenix ?
Le Japonais semblait vraiment perdu. L'interrogation de la Vierge l'avait comme fait sortir brutalement d'un rêve.
-… C'est quoi cette question, Shaka ?
La Vierge laissa glisser sa main le long de la statue, pour finir par se retourner. Ses yeux bleus regardaient Phoenix qui était toujours assis. Il eut un maigre sourire.
-Cette question… c'est une façon de te demander si tu veux bien de moi… Alors, Ikki… es-tu fou ?
Shaka sentait sa gorge se nouer à mesure que s'égrainaient les secondes sans que le Phoenix ne réponde, ni ne réagisse. Ainsi, il avait raison, envers et contre tous. Il n'était pas fait pour l'amour. L'amour se refusait à lui. C'était moins affreux que ce qu'il avait enduré jusqu'à présent ou que ce qu'il avait imaginé. Il y survivrait. Il retournerait sur la voie de Bouddha. Là où était sa place. L'eau du Gange s'était remise à couler sur ses joues, le purifiant. Il baissa ses paupières.
-Je suis désolé, fit-il à l'adresse du Japonais. Je n'aurais pas dû poser cette question. Si tu le veux bien, nous l'oublierons. Je vais préparer du thé, avant de remonter au Palais. Si tu veux me rejoindre et le partager avec moi, j'en serais heureux. Mais je comprendrai si tu préfères te retirer.
Alors qu'il mettait le pied dans la salle de méditation, Ikki le prit par le bras, lui fit faire demi-tour et planta ses mains sur les épaules de la Vierge, qui conservait les yeux clos.
-Tu es vraiment sérieux ?
-Oui. Si tu ne veux pas rester pour le thé, je ne te saurais t'en vouloir.
-Shaka…, soupira Ikki, un grand sourire aux lèvres.
L'instant d'après, le blond était coincé, pour son plus grand bonheur, entre une statue de Bouddha et un Phoenix déterminé à lui prouver qu'il avait toute sa raison.
Dans une des cellules de la première prison, Sylphide attendait. Assis à même le sol, pieds et poings liés, il regardait fixement le mur en face de lui. La pièce était petite et sans fenêtre. Les chaînes du Basilic étaient accrochées à des anneaux de fer. Dans un coin, un pot de chambre. Dans un autre, une écuelle remplie d'eau et un quignon de pain. La seule lumière provenait du couloir, via le judas de la porte, laissé ouvert.
Sylphide n'avait pas la moindre nouvelle de ses amis. Valentine avait-il réussi ? Il l'espérait, du fond du cœur. Comment allaient Queen et Gordon ? Les avait-on séparés ? Ou Rune avait-il pu faire montre de mansuétude en les réunissant ? C'était peu probable… Et les autres ? Tous ces Spectres qui avaient servi Perséphone, avec dévotion, sans même la connaître… Ces gardes qui avaient veillé à sa sécurité… Ces cuisiniers qui avaient fait leur possible pour qu'elle accepte de se nourrir… La seule chose qui consolait le Secrétaire –avait-il encore droit à ce titre d'ailleurs ?- était la conviction qui était la sienne que Minos et Eaque ne retiendraient pas de charges contre la plupart de ces hommes. Malgré le ressentiment que pouvait éprouver Minos envers Perséphone, le Griffon était quelqu'un de profondément juste. Et Eaque… c'était Eaque. Il ne cherchait pas la vengeance et ne s'intéressait pas au menu fretin. Sylphide n'était même pas sûr qu'il s'intéresse au gros.
Le bruit d'une clé qu'on tourne et la porte s'ouvrit, découvrant Pharaon. Le cœur du Basilic se serra et il détourna la tête. Revoir le Sphinx était douloureux. Il n'était peut-être pas l'homme le plus parfait sur cette terre… Sylphide reconnaissait sans peine que son amant – ancien amant – était facilement arrogant, et trop sûr de lui. Fourbe, aussi. Sadique, un peu. Décidément, Pharaon ne donnait pas l'impression d'être quelqu'un de bien. Mais lorsqu'on le voyait en compagnie de Cerbère, lorsqu'on l'écoutait jouer de sa harpe… le masque tombait pour découvrir un esthète, un artiste. Quelqu'un que Sylphide aimait. Il ne s'agissait pas d'un amour passionnel, mais d'un sentiment simple, doux et profond. Le Basilic ne se mettrait ni à hurler, ni à s'arracher les cheveux, ni à pleurer toutes les larmes de son corps. Pourtant son cœur saignait, de manière continuelle, depuis qu'ils s'étaient séparés.
-Pourquoi as-tu refusé de la renier avant, si c'est pour la renier maintenant ?
La voix de Pharaon témoignait de sa colère et de son incompréhension.
-Elle était toujours Reine des Enfers quand tu me l'as proposé. La renier à ce moment-là aurait été une trahison, je te l'ai dit. Mais à partir du moment où la mise en accusation a été publiquement annoncée, elle n'a plus eu son titre. Et j'ai pu alors m'exprimer librement.
Et voilà, maintenant, qu'il devait lui mentir… Sylphide souhaitait sincèrement qu'il avait fait le bon choix, en continuant à suivre les ordres de Rhadamanthe et Perséphone. Il avait perdu Pharaon. Il espérait de toute son âme que ce sacrifice en valait la peine.
Perséphone avait pris à part Poséidon et Athéna, pour leur exposer la situation. Elle leur exposait les faits le plus calmement possible. Le coup d'état de Minos, elle l'avait appelé de ses vœux. Elle en avait été l'instigatrice. Elle n'éprouvait pas le moindre remords à avoir manipulé le Griffon et Pandore. Mais elle avait peur. Maintenant qu'elle avait le soutien de sa cousine et de son oncle, elle pouvait tout gagner. Ou tout perdre.
-Ne t'inquiète pas, Nonie. Nous récupérerons ton trône, lui assura Poséidon.
-Par la force, s'il le faut. Je n'ai pas accepté de ressusciter Hadès pour me voir interdire l'entrée des Enfers par une bande de putschistes. Tu peux compter sur le soutien de mes Chevaliers.
-Mais vous avez perdu l'esprit ? Vous croyez que je suis prête à déclencher une guerre pour une couronne ?
-Pas pour une couronne, mais pour mon frère, Nonie?, demanda sincèrement le Dieu.
-Jamais, répondit-elle dans un souffle. Ce sont les guerres, les morts qui nous ont amené à nous séparer… et il s'agit de mon Royaume. Il s'agit de mes Spectres. Je connais Minos depuis deux millénaires. C'est quelqu'un de bien. De valeureux. De droit, de loyal.
-Loyal, oui. Tellement loyal qu'il a pris le pouvoir en tes lieux et places…, nota Athéna.
-Parce que je l'y ai incité. Il est loyal envers Hadès, comme Rhadamanthe l'est envers moi. Je me suis donnée du mal pour les frustrer, lui et Pandore. J'ai tout fait pour qu'ils m'écartent du trône.
-Et on peut savoir pourquoi ?, demanda sa cousine qui, décidément, avait du mal à cerner Perséphone.
Ce fut Poséidon qui lui répondit, bras croisés sur le torse.
-Si tu n'avais pas voulu nous aider, elle voulait être condamnée pour haute-trahison. Pour qu'Hadès la renie. Elle pensait qu'il pourrait se convaincre que se battre pour une femme qui l'avait abandonné et trahi était inutile. La Guerre aurait cessé…
Athéna la regarda, médusée.
-C'est vrai ?! Tu étais prête à renoncer à lui ?
-Et je le suis toujours, confirma Perséphone. Si nous ne trouvons pas de solution pacifique… Hadès ne sera pas ressuscité.
-Nonie…
-Il n'y a pas de Nonie qui tienne, Pos'. Je ne veux pas de guerre. Mes Spectres ont été arrêtés, humiliés pour ne pas déclencher de conflits dans les Enfers. Je leur ai demandé des sacrifices… qu'ils ont acceptés, sans même en connaître les raisons. Je leur ai demandé un acte de foi. Et ils l'ont accompli au-delà de mes espérances. Ce n'est pas pour que vous alliez fanfaronner comme des va-t-en-guerre.
Elle les regarda avec détermination… mais sa voix tremblait.
-Hadès aime les Enfers. Comme tu aimes la Terre, comme tu aimes tes Océans… Il ne supporterait de voir son Royaume ravagé pour qu'il puisse vivre… ce serait une torture, pour lui. Ce serait, pour le coup, une véritable trahison. Tu comprends, n'est-ce-pas, que je sois prête à me sacrifier, même si le terme est mal choisi, pour ceux que j'aime ? Pour ce domaine, qui est le mien. Pour ces hommes…
-Et tu comptes t'y prendre comment ? En débarquant et en faisait « coucou, désolée, c'était un malentendu, en fait je suis gentille ! » ?
-C'est l'idée, en effet, mon cher Oncle.
Poséidon leva les yeux au ciel.
-Essaye, toi, fit-il à l'adresse d'Athéna. Essaye de la raisonner.
-Me raisonner ?
-Tu vis dans un monde qui n'est pas réel, Nonie !, s'emporta le Dieu.
-Je ne peux qu'être d'accord avec lui, reconnut Athéna. Tu seras arrêtée avant même d'avoir pu prononcer un mot.
-Et alors ? qu'on m'arrête… Je m'en moque.
Athéna soupira, devant l'attitude de sa cousine.
-Ta condamnation est déjà décidée. Ils n'auraient pas lancé cette opération s'ils n'étaient pas prêts à aller jusqu'au bout. Si tu es arrêtée, tu seras exécutée.
-Non, je serais Jugée.
-Par un tribunal qui est convaincu que tu es coupable. Ouvre-les yeux. Ta seule chance est d'arriver à les convaincre avant ton arrestation, fit Athéna.
-Je ne suis pas certaine d'être condamnée d'avance. Il y a une chance pour qu'Eaque ait laissé Valentine s'échapper.
-Tu veux dire qu'il aurait délibérément choisi des incompétents pour se lancer à sa poursuite ?, s'enquit le Dieu des Mers.
-Charon et Phlégyas ne sont pas incompétents !, décréta Perséphone. Et Valentine a cru sentir son cosmos…
-Et qu'est-ce que ça change ?, demanda Athéna.
-Tout. Si Eaque doute, il peut amener Minos à infléchir sa position. Mais je ne peux pas être sure de ce qu'il pense avant de l'avoir eu en face de moi. Je ne suis même pas sure de pouvoir le lire facilement. Je vous assure que cet Eaque gagne à être connu. Mais il est intelligent. Et il n'est pas, affectivement, aussi lié à Hadès que Minos. C'est le Juge des Enfers, et non la voix ou le défenseur d'un des monarques.
-Tu nous en diras tant…, fit Poséidon. Il faut donc que tu rencontres Eaque, c'est cela ?
-Oui. Ce sera le plus apte à m'écouter.
-Bien !, se félicita le Dieu. Donc on y va, et on demande à lui parler.
-Qui ça « on » ?, releva Perséphone.
-Tout le monde. Athéna et ses Chevaliers, Sorrente, Isaac, Thétis et moi. Evidemment, tu seras aussi de la partie avec ton Juge et ta Harpie. On y va et on demande un entretien. Nous ne sommes pas en guerre que je sache. Si nous sommes là, ils ne t'arrêteront peut-être pas de but en blanc.
Perséphone hésita.
-Je ne sais pas, leur confia-t-elle. La dernière rencontre de ce type a plutôt mal tourné…
-La situation est différente, fit remarquer Athéna. La dernière fois, la réunion était imposée et personne ne la voulait. Cette fois-ci, nous voulons tous la paix. Et nous avons une chose à offrir, en preuve de notre bonne volonté.
-Hadès…, murmura Perséphone.
-Exactement, Nonie. Nous allons leur offrir mon frère, ton époux en échange de l'annulation de ces accusations ridicules.
Poséidon regardait ses deux nièces avec un air d'immense satisfaction peint sur le visage. Il leur sourit de toutes ses dents.
