Disclaimer : Les personnages appartiennent à Masami Kuramada.
Dans les épisodes précédents :
Hadès est ressuscité. Et c'est déjà pas mal.
NdA :
Des commentaires qui seront excessivement longs, pour ce dernier chapitre…
ariesnomu : m'en suis remise… et de rien. C'est moi qui te remercie.
Blue Kaminari : ils sont trop nombreux ! je ne peux pas tout le temps écrire sur tout le monde, ce serait juste ingérable… Moi aussi, je me sens un peu bizarre. Je ralentis mon écriture, comme un lecteur qui voit la fin de son livre arriver… et qui tente de faire durer le plaisir un peu plus longtemps… Un sentiment que je n'avais jamais vraiment connu, et pour lequel je n'ai pas encore vraiment de mot. Un mélange de fierté, immense, mais teinté d'une sorte de légère mélancolie…
eury : on va tâcher d'apporter quelques réponses…
Aquarii : Eaque est grand. Les Juges sont grands. On ne le répètera jamais assez.
Yatsuko : ça va être dur (toute proportion gardée évidemment) pour moi aussi, je te le garantis. Un peu plus d'un mois, que je ne parle que de cette fic avec mon entourage ou peu s'en faut… ça va me faire tout drôle.
Cylla : Tu l'as dit toi-même… comment résister à Poséidon ?
Kalista : tes reviews inutiles me plaisent toujours autant… :)
Mimi : Tu as tout à fait le droit de ne pas adhérer à mes personnages. Je vais tâcher de t'expliquer ma vision pour ceux qui te posent spécifiquement problème.
Poséidon est un Dieu. Et c'est justement parce qu'il assume totalement ce statut qu'il n'a pas besoin de piquer une crise pour asseoir une pseudo autorité de façade. Quand Rhada lui saute à la gorge, il n'est pas physiquement en danger (et c'est bien pour ça que je lui fais dire « c'est rien, il m'a eu par surprise »). De plus, Kanon et Perséphone réagissent immédiatement. A cela, vient se rajouter le fait qu'il est là pour aider. Il décide donc de calmer le jeu. Mettre un pain dans la tête à Rhada n'aurait servi qu'à envenimer la situation. Ce qui n'est clairement pas son but.
Pour Rhada… je l'ai dit plusieurs fois, la Wyverne n'est pas un simple humain. Il a plus de deux milles ans de souvenirs, de part son statut de Juge des Enfers. Ce n'est tout de même pas rien. De plus, sa relation fusionnelle avec une Perséphone en pleine dépression, et son caractère violent, le pousse à avoir des réactions épidermiques brutales. Cela, Poséidon, qui le côtoie depuis un moment, le sait parfaitement – ce qui explique également sa réaction lors de l'agression. C'est un homme possessif et impulsif. Quant à son opinion sur Saga… il considère que Saga n'est pas si innocent que ça. Saga ne sait pas gérer le mal et préfère le nier : il a enfermé Kanon et a développé sa schizo/possession. Il est probablement lumineux, mais par déni de l'obscurité. Kanon, lui, est devenu les Ténèbres pour, finalement, retrouver la Lumière. Le cadet fait des choix conscients, là où l'aîné subit. Alors oui, aux yeux de Rhadamanthe, Saga est un être faible et Kanon un être fort. Kanon a, par exemple, une opinion radicalement différente et j'ai envie de dire que c'est tant mieux.
Pour Hadès enfin… Non, la mésentente entre les dieux n'a pas commencé avant la disparition de Perséphone. La discorde est née de sa première mort et les guerres saintes directement du second décès de la Reine des Enfers, du moins dans ma fic. Perséphone est la femme de sa vie. La Déesse de son éternité. Je l'avais montré dans les souvenirs comateux de Nonie : quand il la voit, pour lui, le temps s'arrête – même lorsqu'elle est dans le corps d'une gamine de huit ans. Ça fait plus de 500 ans qu'ils ne se sont pas vus, et il la découvre, dans son véritable corps. Alors oui, le reste… tout le reste n'a plus aucune espèce d'importance. Je n'ai, de plus, visiblement pas du tout la même opinion que toi sur lui. De mon point de vue, Hadès est probablement le Dieu le plus sage de l'Olympe (en même temps, il n'a pas de mal…). Son comportement durant les dernières guerres provient (selon moi, et là encore, ça ne concerne que ma fic) de sa détermination à retrouver Perséphone, projet qui confine à la folie. Cette folie disparaît dans les bras de son épouse et dans l'échange de leur baiser puisque son but est atteint : ils sont à nouveau réunis. Il retrouve donc la raison (d'où le changement d'appellation de Poséidon qui passe de « traître » à « Petit Frère ») et agit comme le Dieu avisé et juste qu'il est. Sa relation avec ses Juges… Deux mille ans et plus qu'ils se côtoient, qu'il leur accorde sa totale confiance pour le Jugement des Âmes. Pour le coup, c'est moi qui aurais du mal à l'imaginer les considérant comme de simples laquais à sa botte. Et pour finir, non, je ne pense pas que l'on puisse considérer que Perséphone ait trahi Hadès. D'une part, car elle est Reine des Enfers : ce que le Roi fait, elle peut le défaire, en fonction des circonstances sans être accusée de trahison. D'autre part, elle et lui œuvraient dans le même but : être à nouveau ensemble. A partir de ce moment-là, je crois, au contraire, qu'elle lui a été parfaitement loyale. Elle a toujours eu en tête le seul intérêt de son époux. Et, dans une moindre mesure, celui des Enfers. Pour finir avec Hadès, en agressant Poséidon (qui vient plus ou moins de demander à Perséphone de devenir sa concubine, quand même), Rhadamanthe défend l'honneur de sa Reine. Il est en plein dans ses attributions. Je rappelle qu'Hadès lui a donné TOUS les droits dès qu'il s'agit de Perséphone. Pour ma part, si jamais Hadès a vent de cette histoire, c'est davantage pour Pos' que pour Rhada que je m'inquiéterais.
Pour une éventuelle réaction d'Hadès qui aurait pu me pousser à écrire d'autres chapitres… non. Cette fic raconte les événements qui ont amené, dans mon univers à moi, à la Résurrection du Dieu des Enfers. Le titre fait référence à celle-là, et uniquement à celle-là. De mon point de vue, j'aurais très bien pu m'arrêter à « Et Hadès ouvrit les yeux. ». Je ne l'ai pas fait, parce que je ne voyais pas l'intérêt de frustrer le lecteur. J'ai donc continué afin de clore un certain nombre de points laissés en suspens, pour terminer sur une fin satisfaisante. Mais c'est tout.
Voilà, j'espère t'avoir éclairée, à défaut de t'avoir convaincue. Ce que je ne cherche pas à faire du reste, tu as, comme je l'ai dit, parfaitement le droit d'avoir une autre vision de la chose que moi… mais j'ai envie de dire que c'est ma fic, et que mes persos réagissent un peu comme j'ai envie de les faire réagir ( :D), en essayant, le plus possible, de rester cohérente avec la vision que j'ai d'eux. C'est la seule que je connaisse vraiment. Et je dois reconnaître que de voir que tu as pris le temps de m'écrire me fait plaisir : c'est la preuve que mon travail ne t'a pas laissée indifférente. Ce qui est déjà pas mal.
Shirley : ravie que cela t'ait plu ;)
Postface
(Ce commentaire aurait, -comme son nom l'indique- davantage sa place à la fin, mais je ne voulais pas créer de déception –que j'ai connue de temps en temps - en faisant apparaître le mot « FIN » arriver avant l'épuisement de la scroll bar. )
Nous voici à la fin de l'aventure. Je n'utilise pas ce mot au hasard. Durant plus d'un mois, j'ai vécu quelque chose d'exceptionnel. Quelque chose que je rêvais de vivre, mais que je n'aurais jamais espéré voir venir. Et c'est à vous que je le dois. Je l'ai déjà dit, mais je ne le répèterai jamais assez, sans votre soutien, rien de tout ceci n'aurait été possible. Cette histoire est avant tout la votre. C'est la motivation que j'ai tirée de vos commentaires, de l'intérêt que vous m'avez témoigné qui m'ont permis d'arriver jusque là. Plus de 250 pages… J'y crois à peine, même en ayant la preuve sous les yeux. Je ne me pensais pas capable de mener un tel projet jusqu'à son terme. Et sans vous, je n'y serais jamais arrivée. Alors merci. Pour tout.
Grâce à vous, mon rêve de gosse (devenir écrivain… et oui… une de plus) me semble, pour la première fois, accessible. Je me suis mise en danger, ici… m'exposant à la critique publique pour la première fois. Je vous ai touchés, je vous ai fait un peu rêver… et c'est la plus belle des récompenses pour moi. Toutes mes espérances les plus folles ont été comblées au-delà de tout ce que j'aurais pu imaginer. Je suis consciente que ce n'est qu'un premier pas, mais voilà : je l'ai fait. Et lorsque l'on me connait un peu, on se dit que ce n'était pas gagné d'avance. Alors, encore une fois, merci. Du fond du cœur. De toute mon âme.
Merci à Cylla, Shirley et Kalista, merci à Aquarii, merci à Taïsha, merci à Yatsuko, merci à Ariessa et à Camus Scorpio, merci à Blue Kaminari, merci à eternyti, merci à ariesnomu (j'en oublie certainement… ne m'en voulez pas trop…) merci à vous tous qui ont laissé un commentaire, m'incitant à continuer, à me dépasser pour vous offrir des chapitres que j'espère de qualité. Merci pour m'avoir motivée. Combien de fois me suis-je dit : « il faut que tu écrives… les filles attendent la suite, allez ! ». Oui, je peux vous l'avouer : mon principal moteur a été ma volonté de ne jamais vous décevoir. Comme je l'ai dit plus haut, sans vous, rien n'aurait été possible. Ce ne sont pas des paroles en l'air.
Histoire de finir sur une note positive… je suis en train de penser à la suite. Ce ne sera probablement pas pour tout de suite. Je veux au moins avoir une idée précise de la fin avant de me lancer dans cette nouvelle aventure, histoire de savoir où je veux aller, même si le chemin se découvrira au fur et à mesure – contrairement au travail sur Résurrection, je tenterai de me laisser guider par l'inspiration du moment. Encore une fois, il s'agit pour moi de ne pas risquer de vous décevoir, en gardant une cohérence de la trame principale. C'est en cours d'élaboration… Il s'agira de la suite directe. Nous retrouverons donc les mêmes couples, et les mêmes personnages. J'ai envie de dire que ça tombe bien, puisque je les aime tous beaucoup comme ils sont. Mais ce n'est qu'un projet à l'heure actuelle. Là, tout de suite, je pense m'accorder une petite pause. La seule chose que je connais, de manière sure est certaine, est le titre de cette suite : Numen Inest. Un Dieu plane, en latin dans le texte. Citation directe de Nicolas Eymerich, Inquisiteur de Valerio Evangelisti, qui est un de mes romans préférés.
Poséidon connaissait bien son frère et sa belle-sœur. Un peu moins de trois heures plus tard, le couple royal franchissait le Mur des Lamentations. Main dans la main, ils restèrent un instant à observer le manège de leurs invités et de leurs sujets. Chacun s'affairait, dans un brouhaha inimaginable, occupé à transformer la salle du trône en endroit digne d'une réception. La tribune sur laquelle se trouvaient habituellement les trônes devenait l'emplacement de la table d'honneur. Quatre sièges étaient disposés face à la salle, tandis qu'à chaque extrémité une place venait clore cette table. Le reste de la pièce se couvrait de tables. Dans un coin, on avait aménagé une petite estrade où avait été placée la harpe de Pandore. Une armée de Spectres dressait les couverts et plaçait les boissons sur chaque table. Perséphone les regardaient en souriant, rayonnante de bonheur. A ses côté, Hadès posait sur l'assemblée ses yeux clairs et bienveillants, le visage parfaitement serein. Rhadamanthe fut le premier à remarquer leur présence. Il se précipita vers eux, et s'agenouilla.
-Majestés…
Le Juge releva ses yeux d'or sur sa Reine. Des yeux brillants d'émotion. Perséphone lâcha la main d'Hadès, pour venir prendre l'Anglais dans ses bras.
-Rhadamanthe…
Il enfouit son visage dans le cou de la Déesse, sans pouvoir retenir ses pleurs.
-Vous m'avez tellement manqué…
-Je sais… je suis désolée, mon Rhada…, murmura-t-elle en caressant ses cheveux.
-Non… non… je vous en prie… je suis juste heureux…
Alors elle l'entoura de son cosmos. L'aura de la Reine des Enfers se répandit dans la salle de réception, tandis qu'Hadès la couvait du regard, y mêlant un peu de son propre cosmos. Et la lumière fut, dans l'esprit de Valentine. La Wyverne avait raison : Perséphone n'avait plus rien de comparable avec le visage qu'elle leur avait montré depuis leur retour aux Enfers. Elle était pleinement épanouie. Et d'elle se dégageait une calme assurance qui vous prenait aux tripes. Au contact de ce cosmos, le Basilic avait l'impression de devenir meilleur… Le Chypriote eut un regard pour Kanon. Le Gémeau semblait lui aussi comprendre à quel point le Juge avait souffert, durant la dépression de sa Reine. Rhadamanthe reprit un peu son emprise sur lui-même, et s'écarta de sa Déesse, passant une main sur son visage pour sécher ses larmes, dans un geste qui ne lui ressemblait pas.
-Je m'excuse… je suis ridicule.
-Ne dis pas de bêtises, fit Perséphone en l'embrassant sur le front. Tu n'es jamais ridicule.
-En effet, intervint Hadès, leur offrant une main à chacun pour qu'ils se relèvent. Tu n'as pas à rougir de ta réaction, Rhadamanthe. Saurais-tu où je peux trouver Minos, puisqu'il semble que nous ayons un peu de temps avant les festivités ?
En effet, ni le Griffon, ni le Garuda n'était présent. Pas plus que les deux Dieux et la sœur d'Hadès.
-La dernière fois que je l'ai vu, il accompagnait Athéna aux cuisines.
-Et Pandore ?, demanda le Dieu.
-Aux caves. Avec Eaque et Poséidon.
-Bien… Perséphone? Je t'abandonne quelques instants…
-J'espère que tu le convaincras de se pardonner, murmura la Reine.
-Nous verrons…, fit le Dieu avec un calme philosophe.
Et Hadès prit la direction des cuisines de Guidecca, non sans avoir embrassé son épouse. Dès qu'il fut sorti, Valentine, Sylphide, Queen et Gordon se précipitèrent vers leur Reine. La voir ainsi leur faisait le plus grand bien. Elle leur offrit une chaleureuse accolade à chacun. Petit à petit, chaque Spectre présent vint la saluer, puis… peu à peu, on vit ceux qui travaillaient dans les parties annexes du Palais rejoindre la salle du trône pour lui présenter leurs hommages. La ferveur autour de Perséphone était impressionnante.
-Ils pourraient au moins s'agenouiller avant de la prendre dans leurs bras !, grogna Rhadamanthe.
-… dit-il alors qu'il vient de pleurer sur son épaule, compléta Kanon dans un sourire.
-J'ai peut-être pleuré, mais je me suis agenouillé d'abord…
-Laisse donc le protocole de côté… elle ne s'en formalise pas, elle. C'est leur amour qui s'exprime en ce moment. Réjouis-toi, Rhadamanthe. Ils aiment leur Reine. Et le lui montre de la plus belle manière qui soit.
-Si tu le dis…
-Serais-tu jaloux, mon amour ?, s'amusa le Gémeau.
-Peut-être un peu, reconnut le Juge. Ces démonstrations me sont habituellement réservées.
-Nous en trouverons d'autres qui n'appartiendront qu'à toi, fit Kanon en attirant le Juge contre lui. Pour compenser.
-Ton sens de l'équité m'étonnera toujours et me comble…, lui répondit l'Anglais avant de lui donner un baiser passionné.
-Hum… les amis ?, intervint Milo, un grand sourire aux lèvres, en s'approchant. Un peu de tenue… Il y a des enfants ici…
-Et c'est toi qui dis ça ?, fit, faussement indigné le cadet des Gémeaux. Tu me rappelles qui est-ce que j'ai surpris tout à l'heure, dans les couloirs, avec son Verseau ?
-Je ne vois pas de quoi tu parles… et puis, il n'y avait personne dans ce couloir. En dehors de toi, évidemment. Camus est trop… Camus pour que je puisse lui résister, ajouta-t-il en soupirant.
-Tu veux dire que c'est Iceberg qui t'a sauté dessus ?, s'enquit Kanon, excessivement dubitatif.
-Le feu couve sous la glace… et puis de toute façon, le simple fait de le voir relever ses cheveux suffirait à damner un saint…
-A damner un Scorpion, nuança Rhadamanthe. Sans vouloir minimiser le charme de Camus… pour ma part, il ne m'attire pas le moins du monde quand il se recoiffe.
-Nan, mais vous, les Spectres, vous avez toujours été bizarres…, répliqua le Grec. Kanon ! Reconnais qu'il est trop beau, mon Camus !
-Je l'ai déjà dit : je préfère les blondes…, fit le Gémeau en serrant un peu plus le Juge contre lui.
-Vous êtes irrécupérables, tous les deux, s'affligea le Scorpion.
Dans les cuisines, Minos était en grande discussion avec Shaïna, qui avait accompagné avec Aldébaran, Athéna et le Juge. La Chevalier d'Argent s'opposait de manière systématique et véhémente à tout ce qu'ordonnait le Griffon, soutenue par sa Déesse.
-Mais c'est n'importe quoi ! Tu as une idée du temps que ça va prendre de faire une pièce montée pour autant d'invités ?!, s'indigna l'Ophiucus, laissant sa voix se perdre dans les aigus.
-Les cuisiniers des Enfers ont pour habitude de relever des défis. Et cette fête doit être à la mesure de l'événement : grandiose, contra le Norvégien, qui commençait à s'échauffer.
-Elle doit surtout permettre à tout le monde de s'amuser ! Je reconnais que je ne connais pas beaucoup Perséphone, mais je suis certaine qu'elle ne souhaite pas voir la moitié de son Royaume ne pas y participer parce que tu as des rêves de grandeur !
-Je n'ai pas de rêves de grandeur !, hurla Minos, touché de plein fouet. Je n'ai aucune ambition autre que celle de servir au mieux Sa Majesté Hadès ! Tout ce que je fais, je le fais pour Lui ! Tout ce que j'ai fait, je l'ai fait pour Lui ! Je t'interdis d'en douter !
-Tu n'as donc aucune raison d'avoir honte de tes actions passées, fit la voix d'Hadès depuis la porte.
Le Griffon se figea instantanément, et blêmit. Il tomba à genoux.
-Relève-toi, Minos, fit le Dieu en s'approchant. Et vous, mademoiselle, fit-il à l'adresse de Shaïna, je vous prierai de ne plus insulter mon Juge.
-Je… je suis désolée, Seigneur Hadès… Je ne voulais pas… enfin, pas vraiment…
-Shaïna est une nature entière, intervint Athéna. C'est ce qui fait sa force et son charme, entre autre. Et, de toute façon, elle a parfaitement raison sur le fond. Il est inutile de préparer des choses trop sophistiquées : la fête aura lieu dans peu de temps.
Les deux Dieux s'affrontèrent du regard un instant. La tension entre eux était palpable. Aldébaran fut tenté, durant quelques secondes, de faire enfler son cosmos, mais il se retint avec sagesse.
-Je te laisse t'occuper du repas, Athéna, finit par déclarer le Dieu des Enfers. Suis-moi, Minos. Nous avons à parler.
Dans les caves, Eaque et Poséidon dévalisaient tout ce qu'ils pouvaient, sous le regard désespéré de Pandore. Elle voyait le Juge et le Dieu expliquer doctement qu'il était hors de question de servir un vin qu'ils n'auraient pas goûté et approuvé et même s'ils tenaient tous les deux plutôt bien l'alcool, la sœur d'Hadès trouvait le spectacle affligeant. Il y avait de quoi. Poséidon tentait avec la force du désespoir de faire goûter les spiritueux à la sœur d'Hadès, tandis que le Garuda chargeait les bras des Spectres présents avec nombre de bouteilles, à filtrer et à faire « respirer » en carafe. Pandore finit par quitter la pièce, prétextant de vouloir surveiller le bon déroulement des opérations. L'attitude de Poséidon, qui l'avait si positivement impressionnée durant la cérémonie, redevenait tout ce qu'elle détestait… Elle en ressentait une profonde colère. Colère contre le Dieu… mais colère contre elle, également. Elle ne cessait de se réprimander pour s'être prise à croire qu'il était digne de son rang.
Alors qu'elle quittait la pièce, Eaque tendit une coupe de champagne au Dieu.
-Seigneur Poséidon, vous risquez de vous brûler à trop vous intéresser à elle. Avouez que, pour le Dieu des Océans, ce serait un comble.
-Vraiment ?, demanda l'Olympien en acceptant le verre.
-Elle est déjà éprise de quelqu'un…, fit le Garuda en se servant à son tour. Et il n'est pas du genre à relâcher ses proies.
-Je n'ai vraiment pas de chance…, soupira le Dieu. Toutes les femmes qui m'intéressent sont soit des vierges déterminées à le rester, soit en couple…
-Pandore n'est pas exactement en couple, précisa le Juge. Mais elle le sera…
-Qui est l'heureux élu ?, s'enquit Poséidon… Hum… ce champagne est délicieux, mon cher Juge. Nous devrions le servir avec le dessert. Les cuisines n'auront qu'à trouver quelque chose pour mettre avec…
Eaque vida son verre d'un trait.
-Minos.
-Pardon ?
-C'est de Minos dont elle est amoureuse…
-Ah… j'aurais pu faire valoir mon statut avec un quelconque spectre, mais avec un Juge… L'écart est tout de suite moins grand… Et puis, je ne suis pas aussi riche que vous, évidemment… Elle l'aime vraiment ?
-Elle s'est vue diriger les Enfers, main dans la main avec lui…, confirma le Garuda d'un ton qu'il espérait dégagé. Assise sur le trône… Minos à ses côtés… J'imagine que leurs Majestés leur confieront l'intérim durant l'un de leurs voyages.
-C'est amusant… Nous nous sommes justement installés, Pandore et moi, sur les trônes des Enfers. Ça donnait un peu cette impression… Même si je ne suis pas Minos, évidemment.
-Vous ne lui ressemblez guère, en effet, convint le Juge, en se servant à nouveau.
Son mouvement fut stoppé par la main de Poséidon.
-Tu devrais arrêter de boire.
Le Garuda résista un moment, sans prononcer un mot. Mais le Dieu se montra intraitable.
-Te saouler ne t'apportera rien, crois-moi, ajouta-t-il d'une voix ferme et compatissante.
Le Népalais reposa la bouteille, mais continua à en serrer le goulot. Il ferma les yeux.
-Ne gaspillez pas votre sollicitude et votre temps avec moi, Seigneur… même si j'apprécie le geste.
-Gaspiller, Eaque ? Je ne gaspille rien. Tu t'es montré prévenant à mon égard… Même si, entre nous, je compte bien continuer à tenter ma chance avec Pandore.
-Vous êtes plus persévérant que moi…
-Déception amoureuse ?, s'enquit le Dieu.
-Même pas. Je suis un homme comblé. Absolument comblé.
Sa voix disait tout le contraire. Le désenchantement du Népalais serra le cœur du Dieu. Le Garuda prit une grande respiration et finit par lâcher la bouteille.
-Mais vous avez raison. Un Juge des Enfers ivre jurerait furieusement avec le reste de la soirée. Et nous ne souhaitons pas gâcher la fête, n'est ce pas ?
Il avait retrouvé son masque de légèreté et son petit sourire désabusé. Poséidon le suivit, soucieux, hors des caves du Guidecca. Si Perséphone s'inquiétait à juste titre pour Minos, sa belle-sœur ferait tout aussi bien de se préoccuper de son troisième Juge. Le mal-être du brun semblait étrangement profond. Et c'est ainsi qu'il planta, littéralement, Eaque et Pandore qui dirigeait la petite armée de Spectres, dès qu'ils furent dans la pièce suivante. Alors que la Prêtresse s'apprêtait à l'accueillir d'une remarque cinglante, il l'interrompit d'un geste de la main.
-Nous flirterons plus tard, jeune fille. J'ai à faire pour le moment.
Et il partit à la recherche d'un des deux dirigeants des Enfers.
Dans un des recoins du dédale du Palais de Guidecca, Hadès et Minos conversaient, à l'abri des regards et des oreilles indiscrètes. Plus précisément, Minos se confessait de ses crimes et Hadès se contentait de l'écouter. Parler faisait le plus grand bien au Griffon, même si ses actes ne lui en semblaient que plus atroces. Il espérait que son Dieu comprendrait l'étendue de son forfait, et que, mis face à la Vérité, le Roi des Enfers prendrait la seule décision qui s'imposait : il lui retirerait son poste. Les paroles du Dieu lors de son réveil l'avaient ému, mais il savait qu'il ne les méritait pas.
-Si Eaque n'avait pas été là… j'aurais déclenché une nouvelle guerre, Majesté. Et vous ne seriez pas là. Comme vous le voyez, je ne mérite plus votre confiance. Et un autre que moi serait plus à même de vous servir. Rune ferait, j'en suis certain, un excellent Juge.
-C'est une manie chez vous, de proférer des absurdités, constata le Dieu, clinique.
-Je vous demande pardon, Majesté ?
-Toi qui dis ne plus mériter ma confiance… Rhadamanthe qui se trouve ridicule…
Le Griffon tiqua à cet adjectif. Il lui rappelait Eaque… Mais il ne devait pas se laisser aller. Il devait protéger le Garuda autant qu'il était encore possible.
-Je vais finir par croire que je suis revenu dans une maison de fous, continua Hadès. Même Perséphone semble avoir perdu l'esprit durant ce dernier mois. Inutile de me regarder avec ces grands yeux. Je connais le goût de mon épouse pour les intrigues, il nous a servi bien souvent, mais, cette fois, elle est tout de même allée un peu loin.
-Sa Majesté a jugé plus prudent de ne rien nous dévoiler… Je la comprends, et son action a été couronnée de succès.
-Se faire haïr de moi, Minos… Que je la répudie… voilà une idée qui est ridicule pour le coup. Mais je ne saurais lui en tenir rigueur. J'ai moi-même succombé à la folie, et bien avant vous tous. J'espère que l'aura d'Elysion dissipera rapidement l'ambiance délétère qui règne encore dans les esprits.
Le Dieu marqua une pause, comme s'il cherchait à ressentir l'influence des Champs-Elysées, pour soutenir son espoir. Enfin, il s'intéressa à nouveau à Juge.
-Je ne te condamnerai qu'à une seule chose, Minos : tu dois te pardonner toi-même. Trouve un moyen, celui que tu veux, pour expier ta faute si tu continues à la considérer comme telle. Mais tu garderas ton poste, je peux te le garantir.
-Majesté…, protesta faiblement le Griffon.
-Inutile de discuter. Tu me connais, je ne changerai pas d'avis. Et puis, soyons sérieux deux minutes, je te prie, ajouta-t-il, flegmatique. Rune ? À ta place ? Qu'ai-je pu faire pour que tu m'en veuilles à ce point… ?
Le Norvégien ne put s'empêcher de sourire.
-Vous m'avez manqué, Majesté, avoua-t-il.
-C'est une phrase que j'entends beaucoup en ce moment…, remarqua Hadès avant de poser une main sur l'épaule de son Juge. Moi aussi, je suis heureux d'être ici, Minos. Et d'avoir l'esprit assez clair pour pouvoir apprécier nos retrouvailles. Alors ne doute plus de toi. Tu es mon Juge. Et mon plus fidèle ami.
Minos en avait la gorge nouée. Il fixa longuement son Dieu.
-Et moi alors ?
Le Griffon sursauta.
-Toi, tu es mon frère, Pos', répliqua Hadès. Et je te ferai remarquer que ta loyauté à mon égard, durant la dernière guerre sainte, au moins, est sujette à caution.
-Tu avais complètement perdu la boule, mon cher grand frère…, osa le Dieu des Mers. M'opposer à toi était, d'une certaine manière, une façon de te prouver mon attachement.
-C'est bien pour cela que je ne t'en veux pas… trop. Mais n'en rajoute pas... Qu'est-ce que tu veux ? Une réclamation sur le vin, peut-être ?
-Ah non, pas du tout, rien à voir. Ta cave est un pur bonheur… D'ailleurs je te piquerai bien quelques bouteilles, pour ramener chez moi.
-S'il n'y a que cela pour te faire plaisir…, fit Hadès, qui, de toute façon, était loin de vouer une passion aux boissons alcoolisées. Tu es simplement là pour me demander l'autorisation de me dévaliser ?
-Pas franchement. En fait, je te cherchais, ou Nonie… Ton Garuda m'inquiète.
Minos se crispa tandis qu'Hadès fronçait les sourcils.
-Qu'a donc le Juge des Enfers ?, demanda le Dieu
-Un penchant un peu trop prononcé la boisson, surtout lorsqu'elle est de qualité, si tu veux mon avis.
-Eaque n'est pas un alcoolique !, protesta Minos.
Poséidon sourit, tandis qu'Hadès regardait son Griffon d'un air suspicieux.
-Ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, m'sieur l'Juge. Mais il ne va pas bien et tu devrais t'en occupé, frérot.
-Majesté… si je puis me permettre. Laissez-moi m'en occuper, intervint le Norvégien. Je connais bien Eaque et…
-Tu crois être plus qualifié que moi pour résoudre ses problèmes ?, s'étonna le Dieu des Enfers.
-Je crois que ses soucis n'ont que peu à voir avec les récents événements, confirma le Juge.
-Bien, puisque tu sembles en savoir davantage que moi à ce sujet, je te fais confiance. Mais tu me tiendras informé de l'évolution de la situation.
-Evidemment, Majesté.
-Au fait, fit Poséidon, en agrippant le bras du Griffon. Tu as vraiment des vues sur Pandore ?
Minos blémit, sous le regard sidéré d'Hadès qui se disait qu'il découvrait des choses fascinantes... que Perséphone semblait encore ignorer puisqu'elle ne lui en avait pas parlé.
-Je ne sais pas ce que vous a raconté, Eaque, mon Seigneur, mais il n'y a rien entre elle et moi. Je ne suis pas amoureux d'elle, et ne le serai jamais, répondit le Juge d'une manière définitive.
-Bien !, fit le Dieu ravi. Mon cher grand frère…, minauda-t-il à l'intention d'Hadès, tu ne m'en voudras pas si je tente de séduire ta Prêtresse, n'est-ce-pas ?
-Prends garde à ne pas la blesser, Pos'. Elle est ma sœur, et si tu venais à lui manquer de respect…
-Ce n'est nullement mon intention…, se défendit le Dieu.
-Dans ce cas… nous allons nous entretenir au sujet de tes intentions, Petit Frère, fit le Roi des Enfers.
Dans la salle de réception, chacun trouvait peu à peu sa place. Athéna avait suivi les conseils avisés de Shaïna et préféré des mets simples et froids aux extravagances culinaires qui avaient la préférence du Griffon. Les Spectres s'affairaient à mettre les dernières touches aux tables. La Déesse s'approcha de sa cousine.
-Tu as prévu une répartition particulière pour les convives ?
-Rhada, Shion et Sorrente ont largement débattu à ce sujet… Ils sont arrivés à un compromis qui les satisfait, apparemment. Je crois avoir vaguement compris qu'ils veulent mélanger tout le monde, à statut équivalent.
-C'est-à-dire ?, fit Athéna en haussant un sourcil.
-Une table avec nos Juges, Pandore, Shion, Sorrente… et leur moitié respective. Mon Rhada s'est montré intraitable sur ce point. Pandore présidera. Et pour le reste… tes chevaliers avec les Gardiens, Isaac, Thétis, et mes triplés sur quelques tables. Les autres Spectres seront libres de se mettre par affinité.
-Tes triplés ?
-Queen, Gordon et Sylphide, fit la Reine en souriant. Et nous, nous serons tous les quatre avec Hypnos et Thanatos, sur la table d'honneur.
-Tout est prêt alors ?
-Quasiment. Nous attendons juste Hadès et Poséidon… J'irai appeler les Jumeaux dès qu'ils seront là.
-Ils n'aiment pas sortir d'Elysion…, constata Athéna.
-On ne peut pas leur en vouloir. C'est un peu chez eux…
-Tu es trop… gentille, Nonie. Cela finira par te jouer des tours. Je ne dis pas qu'il faut te montrer dure, ce n'est pas dans ton caractère… Mais, peut-être un peu moins… indulgente.
-La fermeté, c'est 'Dès, moi je suis là pour huiler la mécanique. Nous fonctionnons, nous gouvernons en couple. Contrairement à toi ou à Pos', qui œuvrez seuls.
-Ce n'était qu'un conseil, fit la Déesse légèrement sur la défensive.
-Et je le prends comme tel, ne t'inquiète pas, répondit la Reine des Enfers dans un sourire.
Le Sphinx s'approcha à son tour de sa Reine.
-Majesté, Déesse Athéna…
-Tu voulais quelque chose, Pharaon ?
L'Egyptien hésita une seconde.
-En effet, Majesté. J'ai vu que vous aviez installé une estrade pour permettre à Lady Pandore de nous jouer un morceau… et j'aimerais savoir si vous m'autoriseriez à me produire également.
-Mais bien sûr ! Nous serions absolument ravis de t'entendre. Peut-être pourrais-tu demander à Sorrente de participer également ? Et si un des chevaliers d'Athéna maîtrise un instrument, un morceau à plusieurs voix… quelque chose de simple…
Le visage de Pharaon se referma un peu.
-Il y a un problème ?, demanda la Reine.
-Non, Majesté. Votre idée est excellente…
-Mais ?
-Mais j'avais espéré pouvoir… jouer un morceau particulier. Seul.
-Et tu le joueras. Fais au mieux, Pharaon, je sais que tu seras parfait pour l'organisation de la partie musicale.
-Merci de votre confiance, Majesté.
Et le Sphinx se retira en s'inclinant avec raideur.
-Ce morceau semble vraiment lui tenir à cœur, fit remarquer Athéna.
-Oui… Ah ! Voilà Hadès !
-Mais ce serait pas mal… déjà, c'est grand. Et on pourrait inviter tout le monde.
-Aiolia…
-Non mais c'est vrai, tu te plains qu'il va falloir qu'on fasse des choix…
-Aiolia…
-Et je te rappelle que c'est toi qui veux inviter Thétis, et Isaac, et tous les Généraux.
-Aiolia, j'ai dit non…
-Mais on pourrait au moins demander, ça engage à rien…
-Aiolia… Je ne marierai pas aux Enfers, un point c'est tout ! et ne pense même pas aux Arènes du Sanctuaire ! Ce sera non, également !
-Oui, bah, ce serait pratique, au moins…
-Aiolia !
Alors que chacun s'installait à sa place, Hadès continuait à se tenir debout. Perséphone, à sa droite, était assise, de même qu'Athéna de l'autre côté. Poséidon, lui, se tenait à la droite de la Reine. Le Roi des Enfers prit la parole.
-Spectres ! Chevaliers ! Marinas ! Hypnos, Thanatos… Athéna. Poséidon. C'est à vous que je dois l'immense bonheur de pouvoir me tenir devant vous, aux côtés de l'unique amour de ma vie. Les mots me manquent… ceux qui me connaissent sauront que je suis coutumier du fait. L'éloquence est une chose qui me fait cruellement défaut. Mais heureusement, et grâce à vous, Perséphone est à nouveau à mes côtés pour palier mes lacunes. Que ferais-je sans toi, ma Reine ?
Le Dieu porta alors sur sa Reine un regard plein d'amour. Elle le lui rendit en souriant et en prenant sa main dans la sienne.
-Cette réunion est unique dans l'histoire. Et j'aimerais profiter de cette occasion pour vous dire qu'aucun pardon, ni aucune indulgence ne sera accordé. Car il n'y a pas eu de faute. Le seul à avoir éventuellement commis une erreur… c'est moi. Je me suis laissé dépasser par ma douleur. Je suis devenu fou. J'ai perdu la raison et la notion de justice… Et c'est vous, tous, aujourd'hui, qui m'avait rendu l'esprit. Il n'y a pas de mots pour vous exprimer toute ma reconnaissance. La seule chose que je peux vous dire c'est que je suis fier en cet instant de gouverner les Enfers. Probablement plus fier que je ne l'aie jamais été. Merci à tous.
Et Hadès leva son verre. Mais avant que les convives puissent l'imiter, Minos se leva.
-Majesté…
-Oui, Minos ?
-J'aimerais ajouter quelque chose… si vous m'y autorisez.
D'un geste, le Dieu l'invita à poursuivre, en se rasseyant. Il interrogea discrètement Perséphone, qui n'avait pas plus d'idée que lui sur l'objet du discours du Griffon. Minos vint se placer devant la scène.
-Effectivement, Sa Majesté Hadès a raison. C'est à nous tous que nous devons ces moments de bonheur. A vous, Votre Majesté, fit il en s'inclinant devant Perséphone, vous qui en avait été la maîtresse d'œuvre. A vous, Seigneur Poséidon, Déesse Athéna… vous qui avez accepté de lui apporter votre soutien. A vous tous, Chevaliers, Spectres, Marinas… Mais il y a une personne que je souhaite honorer, plus particulièrement. Parce que sans elle, nous ne serions pas là. Sans elle, cette histoire aurait pu finir de manière bien plus tragique. Sans elle, nous serions en guerre en cet instant. Et j'en suis d'autant plus persuadé que c'est moi qui l'aurais déclenchée. Cet homme, exceptionnel, vous le connaissez tous. Et vous le méprisez, dans le meilleur des cas. Vous crachez sur lui. Vous le regardez de haut. Et cela m'est insupportable car il n'est pas un homme qui mérite davantage respect et admiration. Il n'est pas un homme dont l'intelligence et la subtilité soient plus dignes de louanges. Alors ce soir, je veux lui rendre justice. Alors ce soir, je vous demande de saluer, comme il le mérite, le plus grand trois Juges. Le véritable Juge des Enfers. Eaque du Garuda.
Eaque avait pâli à mesure que le discours avançait. Il blêmit encore en entendant le long blanc qui suivit la fin de la déclaration. S'il n'avait que faire d'être apprécié ou reconnu par les Spectres, il était tout de même douloureux de subir une humiliation publique. Et s'il ne s'était agi que de lui… Mais Minos souffrait également en cet instant, seul dans ce turbulent silence qui désavouait totalement le Garuda. Il devait sauver la face, pas pour lui – il n'en avait plus rien à faire en cet instant - mais pour son amour… Jamais il ne pourrait supporter de voir la réputation, la stature du Griffon entachée par sa faute… Minos devait rester Minos. Aux yeux de tous. Noble, droit, irréprochable. Valeureux. Alors il se leva, eut un de ses habituels sourires teintés d'ironie et leva son verre en direction du Griffon, l'invitant à reprendre sa place, comme si tout cela n'avait été qu'une plaisanterie, un pari entre eux… Mais le bruit de deux mains frappant régulièrement l'une contre l'autre résonna dans la salle, en provenance de l'estrade. Perséphone s'était levée et applaudissait Eaque, rapidement imitée par Hadès, et les quatre autres Dieux, par Rhadamanthe, par Kanon… par Valentine… les Gardiens… et bientôt toute la salle fut remplie par un tonnerre d'applaudissements. Le Norvégien tendit une main vers le Népalais, qui ouvrait de grands yeux, sans comprendre ce qui se passait… Le Garuda rejoignit, tel un automate, le Griffon au centre de la pièce. Le Juge d'Hadès fit mine de partir, mais son homologue le retint sans vraiment sans rendre compte. Il n'aimait pas la lumière… il n'était pas préparé à l'affronter seul. Alors Minos s'approcha, et prit le visage d'Eaque dans ses mains, pour l'embrasser à la vue de tous.
-Minos…, murmura le Népalais, la gorge nouée.
-Je t'avais dit que je le ferai…
Et il le prit dans ses bras, pour lui donner un autre baiser.
Quand ils revinrent à leur place, ils reçurent les félicitations d'usage.
-Et… ça fait combien de temps ?, demanda Rhadamanthe.
-Un moment…, répondit Minos alors qu'Eaque avait encore du mal à se remettre de ses émotions. Ça date d'avant que tu te mettes avec Valentine.
-Et tu ne m'as rien dit !, fit l'Anglais, outré.
Ils étaient pratiquement frères ! Ils étaient collègues ! Ils étaient amis…
-Parce que tu m'as dit peut-être que tu avais des vues sur un des Gémeaux ?, contra le Norvégien.
-De mémoire, on ne s'est jamais battu contre Eaque, hein…, grogna la Wyverne.
-Il ne voulait pas qu'on puisse nous accuser de laisser notre relation empiéter sur notre travail, fit le Népalais en prenant la main de Minos pour laisser leurs doigts s'emmêler. Tu sais ce qu'on pense de moi…
-Pensait, Eaque, le corrigea le Griffon. Pensait.
Le Garuda leva les yeux au ciel en souriant. Il était à peu près certain que demain, les messes basses recommenceraient… mais il voulait bien faire l'effort de l'oublier pour une soirée. Il embrassa le dos de la main de son Juge.
-Par l'Olympe !, s'écria Pandore. Ne me dites pas… Ne me dites pas que je me suis complètement ridiculisée ! Vous auriez pu me prévenir !
Le Gémeau explosa de rire.
-Ca me rappelle quelqu'un ! Sauf que pour Shaïna, Aldé ne sortait pas vraiment avec Shaka…
-Kanon !, s'offusqua Shion.
-Quoi ?, se plaignit le Grec. C'est pas vrai peut-être ? Mais ni Shaïna ni vous, Lady Pandore, n'avez été ridicule. On ne l'est jamais lorsqu'on exprime sincèrement ses sentiments. Et ceux qui se rient de nous voir dans telles situations ne méritent que notre mépris.
-Mais c'est que tu deviendrais presque sage, Kanon…, fit Dohko dans un sourire.
-Tout est dans le presque…, confessa le Gémeau sur le même ton.
-De toute façon, intervint Minos, la seule chose que je regrette dans cette histoire, Lady Pandore, c'est que vous avez réussi à persuader Eaque que j'allais le quitter pour vous… Mais ce n'est pas de votre faute s'il n'a pas confiance dans mes sentiments pour lui.
-Ce n'est pas que je n'ai pas confiance, Minos… Je ne remets pas en doute le fait que tu crois dur comme fer que tu m'aimeras toujours.
-Je vais me vexer, si tu continues, se renfrogna le Griffon.
-Si tu trouves le truc pour le convaincre, je suis preneur aussi, fit Kanon en jouant avec les doigts de Rhadamanthe.
-Pareil ici, signala Dohko, en levant la main.
-Hé !, s'offusqua Shion. Je te rappelle que c'est toi qui as dit : « Je ne suis pas la personne qu'il te faut ». Moi je me suis contenté d'un « tu ne pourras pas rester longtemps avec un homme tel que moi… ».
-C'est tellement mieux, effectivement…, convint la Balance, en retenant un fou-rire.
-Vous voulez dire que vous doutez tous de vos couples ?, s'étonna Pandore.
-Ah non…, répondit calmement Sorrente. Nous, nous n'avons pas ce genre de problèmes. Du moins pas à ce que je sache, rajouta-t-il en interrogeant Valentine du regard.
-Je confirme, le rassura la Harpie. Mais je ne crois pas que ce soient vraiment des doutes. Je ne parle évidemment que pour Rhadamanthe, qui ne m'en voudra pas – n'est-ce-pas, Chef…
-Tu tiens vraiment à ce poste chez Poséidon, Valentine ?, l'interrompit la Wyverne.
-Je vais vous laisser exprimer vous-même votre pensée, hein…, répliqua le Chypriote, peu enclin à se risquer de vexer l'Anglais, même si la menace ne serait jamais mise à exécution.
-Merci… Il a raison. En ce qui me concerne en tout cas, reprit Rhadamanthe, je ne doute pas le moins du monde de mon choix. Kanon est le plus grand homme que la Terre ait jamais porté… Mais il y a des moments où je me dis que je ne le mérite pas. Que s'il m'aime, ce n'est qu'un malentendu. Même si je sais qu'il est sincère.
-Vous avouerez que c'est tout de même assez extravagant…, constata Pandore. Je vais presque me réjouir de ce que tout ceci n'était que le fruit de mon imagination…
Eaque fit tourner légèrement l'alcool de son verre, avant de poser un regard en coin sur la sœur d'Hadès.
-Peut-être vous êtes-vous juste trompée sur le nom du fruit en question…
Pandore observa le Garuda un instant, et jeta un coup d'œil à Poséidon, à la table d'honneur. Le Dieu lui sourit instantanément, levant son verre à son intention.
-Ne parle pas de malheur…, murmura-t-elle.
Quand Aphrodite des Poissons avait une idée en tête, il ne l'avait pas ailleurs – pour reprendre une expression populaire qui faisait systématiquement naître un large sourire sur le visage du Cancer. Personne, dans l'entourage plus ou moins proche du Suédois, ne fut donc surpris lorsque le Chevalier avait attrapé le bras de Rune pour le faire asseoir à sa table, juste à côté de Shura. Une table avec quatre couverts… la place restante étant occupée par une des compositions florales qu'avaient ramenées les Jumeaux d'Elysion. Le Balrog avait eu beau protester, il avait dû se rendre à l'évidence : il passerait la soirée en compagnie des trois chevaliers, et ce n'était pas négociable. L'annonce de Minos avait fini de lui gâcher la fête. Le Norvégien ne savait pas s'il devait s'en offusquer – la réaction qui lui semblait la plus naturelle – ou, au contraire, s'en vouloir d'avoir une si mauvaise idée du Garuda. Il fut un des rares à ne pas se lever, mais il applaudit tout de même Eaque. Cela lui coûta énormément.
-Vous voyez, lui fit remarquer tout bas le Capricorne, même votre supérieur direct semble trouver du charme à la frivolité… et penser qu'elle cache une grande profondeur.
Rune tourna vers lui des yeux horrifiés. Le visage de Shura n'était qu'à quelques centimètres du sien. Le Balrog recula instinctivement, et manqua de tomber de sa chaise. L'Espagnol le retint en un éclair, agrippant son bras d'un geste précis.
-Vous êtes une pile électrique, ma parole… Vous allez finir par mourir d'une attaque cardiaque…
-Je n'aime pas être dérangé, fit le Spectre sèchement, en se dégageant et en défroissant sa manche.
Le Cancer, de l'autre côté, de la table, éclata de rire.
-Je suis sûr que vous ne savez même pas ce que c'est qu'être vraiment dérangé ! Allez, trinquez avec nous, plutôt que de dire des bêtises.
-On peut vous proposer un stage de formation, si vous voulez…, minauda Aphrodite. Comment gérer son stress face aux petits tracas quotidiens. Nous ferons les tracas, avec Angie. J'ai une idée d'ailleurs pour les premiers thèmes à développer : savoir bien réagir lorsqu'on est la cible des blagues salaces de nos amis, apprendre à gérer les fins de soirées pour limiter les problèmes sanitaires…
-Les problèmes sanitaires ?, releva Shura.
-Je n'aurais qu'un seul mot, déclara sentencieusement le Poisson. Tequila.
Aussitôt le Capricorne verdit.
-L'alcool de sa dernière cuite, précisa Angelo à l'adresse du Norvégien qui n'en avait strictement rien à faire. Même si je reste persuadé que c'est le mélange avec le Schweppes le vrai problème.
-L'enchaînement des mètres de Teq'Paf, plutôt. On ne peut pas accuser les bulles elles-mêmes, les pauvres. Nous devons rester objectifs.
-Aphro… s'il-te-plait, vous m'aviez promis de ne plus en parler…, geignit l'Espagnol, quasiment malade à la simple évocation de ces douloureux souvenirs.
-Ne te plains pas, on a tenu pratiquement une semaine, objecta Angelo. C'est déjà pas mal.
-Quand on a des potes comme vous, on n'a plus besoin d'ennemis, hein… J'ai du faire des monstruosités dans une vie antérieure pour devoir vous supporter maintenant…
Rune ouvrit de grands yeux, puis intervint, parfaitement hautain et outré.
-Je vous ferai remarquer que lorsque je vous ai dit que vous devriez en changer, d'amis justement, vous m'avez rétorqué que c'était hors de question, que ces deux-là étaient des personnes fabuleuses et qu'ils étaient ce que vous aviez de plus cher au monde. Ne venez pas vous plaindre maintenant.
De l'autre côté de la table, les deux chevaliers louaient les Dieux d'avoir été assis.
-Tu… as vraiment dit ça ?, balbutia Aphrodite.
-Bah tu crois quoi, Aphro ?, fit Shura, gêné. Je vous aime.
Il y eut, pendant une fraction de seconde, un poisson volant au-dessus de la table.
-Rhaaa ! Mon Shushu ! Nous aussi, on t'aime ! Hein, Angie qu'on l'aime notre Shushu ?!
Le Cancer, lui , avait décidé de suivre son compagnon… mais, étant un homme plus classique, il avait choisi de faire le tour de la table.
-Evidemment…, fit l'Italien, en passant un bras autour du coup du Capricorne.
Et brutalement, Aphrodite se retourna et serra Rune dans ses bras, si fort que le Balrog faillit croire que le Chevalier cherchait à l'étouffer.
-Et on vous aime aussi, vous. Même si vous êtes encore trop coincé… vous êtes quelqu'un de bien, j'en suis sûr. Un mec génial. Il y a qu'un mec génial pour annoncer des choses aussi gentilles.
Le Poisson s'installa d'autorité sur les genoux de Rune, et récupéra les verres et la bouteille de vin sur la table.
-Allez ! On fête ça ! Et vous, vous fêtez ça avec nous !
Shura regarda le Balrog avec un petit sourire désolé accroché aux lèvres. Ce qui n'empêcha pas Rune de parfaitement comprendre qu'il ne l'était pas du tout. Mais le Norvégien accepta quand même le verre que lui tendait le Poisson. La soirée était étrange, et l'alcool lui permettrait peut-être d'oublier le problème que lui posait l'officialisation du couple que formaient Eaque et Minos. Et puis, la spontanéité avec laquelle Aphrodite était venu sur ses genoux avait quelque chose de sympathique… Ce contact l'avait grandement perturbé, lui qui s'arrangeait toujours pour rester à distance respectable de ses semblables, mais il n'était pas déplaisant. Evidemment, la spontanéité du Poisson s'était arrêtée dès lors qu'il avait atterri sur Shura. Mais cela, Rune ne pouvait le savoir.
Plus tard dans la soirée, alors que quelques Spectres distribuaient tartes, salades de fruits et champagne, Pharaon s'avança vers la table d'honneur et adressa une question muette à Perséphone, d'un simple regard. La Reine des Enfers lui sourit, se leva et réclama le silence.
-Vous savez le goût que mon époux et moi-même nourrissons pour la musique. Pharaon, Pandore et Sorrente ont eu la gentillesse d'accepter de nous montrer un peu de leur immense talent, pour finir ce merveilleux repas… Je laisse donc la parole à leurs instruments.
Ce fut la Prêtresse qui débuta le récital, par une fantaisie assez courte mais à la douceur émouvante. Pandore l'exécuta les yeux fermés, l'oreille accrochée à sa Harpe, comme si elle ne jouait que pour elle-même. Là, sur la petite estrade, la sœur d'Hadès oubliait les usages, les politesses, les coutumes… pour devenir une petite fille égoïste. Poséidon la dévorait des yeux. Il était parfaitement conscient que, si jamais elle finissait par lui céder, subjuguée par son charme divin, la suite ne serait pas simple. Mais il avait bien réfléchi, suite à la petite discussion avec son frère, et il en était arrivé à la conclusion que cette enfant, trop gâtée par certains côtés, trop cassée par d'autres, lui plaisait vraiment, avec ses certitudes, son caractère irascible, et les petites expressions qu'elle laissait passer pour transformer son visage froid et sévère en une palette de sentiment qu'elle semblait ne jamais pouvoir éprouver. Cela promettait quelques accrochages… mais quelle plaisir de la regarder découvrir le monde ! Il l'avait observé, quelque fois, laissant la surprise adoucir ses traits. Il y avait chez elle, un désir refoulé de merveilleux. Poséidon sentait confusément qu'il ne se lasserait jamais de créer de nouvelles émotions sur ce si beau visage. Et au moins, il serait certain de ne plus s'ennuyer. Quand Pandore ouvrit les yeux, ce fut pour découvrir que le Dieu des Mers s'était porté jusque devant elle, et lui offrait sa main pour la raccompagner à sa place. Elle l'accepta, se forçant à ne pas sourire à Poséidon. Il était hors de question de montrer qu'elle appréciait le fait qu'il se soit déplacé. Il serait bien capable de la croire séduite et d'en tirer une ridicule justification pour son comportement scandaleux.
Pharaon prit la suite. Il fit une petite révérence pour saluer l'auditoire, et commença la rapsodie qu'il avait composée pour l'occasion. Dès les premières notes, la salle se retourna comme un seul homme vers Sylphide, qui n'avait plus d'yeux que pour le Sphinx et dont l'esprit tout entier était envahi par la mélodie de sa lyre. L'Egyptien faisait sa déclaration. La seule dont il était capable. Chaque note était là pour montrer au Basilic à quel point il avait besoin de lui…. Même pour ceux ne connaissant rien de la situation personnelle des deux Spectres, cela semblait limpide. Pharaon ne jouait que le Secrétaire et lui disait « Je t'aime » à chaque accord. L'émotion gagna peu à peu l'ensemble de la salle, à mi-chemin entre les petites larmes et les doux sourires… Cela dura de longues minutes, durant lesquelles l'univers semblait se résumer à ces deux êtres, mis en lumière par la beauté de la musique et le talent du Sphinx. Lorsque Pharaon en termina, il s'inclina avec raideur et quitta la scène. Il osa un regard vers Sylphide… Même s'il avait été touché, le Basilic n'allait pas lui sauter au cou, en public. Pas son genre. De toute façon, ce genre là ne plaisait pas au Sphinx. Le Secrétaire ne bougeait pas, incapable de la moindre décision. Ce fut Queen qui réagit pour lui, invitant à l'aide de grands gestes Pharaon à rejoindre leur table.
Ce fut Sorrente qui se leva à son tour pour clore le petit concert, encouragé par les yeux débordants de fierté de Valentine. Le son de la flute de la Sirène s'éleva dans la salle… Si Pandore avait joué pour elle-même, si les notes de Pharaon n'avaient pour unique cible les oreilles de Sylphide, la musique du Général était un don fait à tous. Un cadeau à l'univers. Une offrande qui bouleversa même les Dieux. Il jouait avec une simplicité qui rajoutait encore au merveilleux de son art. Et lorsque les derniers accords de la sonate retentirent, longtemps encore le silence se fit. Sorrente rejoignit sa place sans le moindre bruit, et s'installa, comme si de rien n'était, aux côtés de Valentine, qui osait à peine le toucher, de peur de briser la magie qui émanait encore de l'apparition. Oui, cet homme était une apparition. Un ange égaré… et il en était le protecteur. Valentine était au comble du bonheur, en cet instant, tandis que la Sirène lui accordait un sourire lumineux.
Kanon et Rhadamanthe, eux, s'étaient éclipsés dès la fin de leur première coupe de champagne pour se retrouver dans la chambre du Juge. Juste tous les deux. Seuls. Ensemble. Heureux. Sublimes.
FIN
