Et tandis que la traductrice déprime joyeusement dans son coin en sirotant du Schweppes Agrum'...


SOUVENIRS FUTURS


Chapitre Deux

Maman


Major Edward Elric, alchimiste d'Etat, ouvrit les yeux. Lorsque sa vue se fut clarifiée, il vit un plafond de bois arriver dans son champ de vision, et songea que cela lui paraissait... familier... en quelque sorte...

Le parfum présent dans l'air fit remonter un sentiment confus de nostalgie, sans qu'il ne puisse savoir d'où il venait... Soudain, il prit conscience du sol dur sur lequel il était allongé, et laissa échapper un grognement avant de se redresser. Lorsque le reste de la pièce vint dans son champ de vision, Ed crut que son cœur allait s'arrêter de battre.

Il reconnaissait cette pièce. C'était celle qui était derrière la maison. Celle où sa mère l'envoyait toujours quand il avait fait une bêtise ; comme si ça n'avait jamais été une punition. Il allait toujours se chercher des livres en douce et y restait pendant des heures...

C'était sa maison.

Sa maison !

Celle qu'Al et lui avaient brûlée !

Lorsqu'il se retourna et regarda derrière lui, il eut un nouveau choc. Un grand cercle de transmutation assez complexe était dessiné au sol, mais ce ne fut pas ce qui le surprit le plus. Il n'y avait pas un, mais deux Roy Mustang étendus sur le dessin à la craie.

Déglutissant avec difficulté, le petit blond s'approcha des deux hommes, et les regarda de la tête au pied. Il pouvait dire qu'entre les deux, il devait y avoir, peut-être, une différence d'âge d'environ dix ans, mais il était évident que le plus âgé était sans aucun doute son Mustang.

Il eut un large sourire à cette pensée. Son Mustang.

Oui, l'homme était bien à lui, mais ce n'était ni le lieu ni le moment pour penser à ce genre de choses. Dans l'instant présent, il avait un mystère à résoudre. Un qui impliquait son amant, un homme qui semblait dix ans plus jeune que son officier supérieur, un cercle d'alchimie complexe, et une maison censée avoir été brûlée.

Il fronça les sourcils, hésitant à réveiller les deux autres hommes ou non. Selon toutes les apparences, ils étaient la même personne... comment réagiraient-ils devant un tel phénomène ? Pas très bien, imaginait-il. Les hommes vaniteux aimaient penser qu'ils étaient du genre à...

Il pensa alors à quelque chose.

Si le colonel était là, et qu'il y avait ici un homme qui lui ressemblait, alors...

Ed regarda autour de lui. Ne voyant personne d'autre, il décida d'aller jeter un coup d'œil à l'extérieur de la pièce, et de laisser les deux hommes dormir pour le moment.

Silencieusement, Ed se glissa hors de la pièce, et ferma doucement la porte derrière lui.

La nostalgie le submergea tandis qu'il quittait la remise. C'était bel et bien sa maison. Il se souvenait de chaque planche, et ce parfum... Cela sentait comme la cuisine de sa mère... Peut-être était-il mort... Peut-être était-ce le paradis... Si c'était le cas, alors la seule chose qui manquait était...

« Al ! » cria un enfant.

Ed cilla, et songea que c'était exactement ça. La seule chose qui manquait était Al... et sa mère...

« Al ! » vint un autre cri, puis, au-dessus de lui, il entendit des pas de course et des rires.

Sa gorge se serra. C'était presque trop ; les souvenirs envahissaient son esprit, son corps, et son cœur. C'était si réel... Tout semblait si incroyablement réel...

« Alors, tu es réveillé... » fit une mélodieuse voix féminine. Son souffle fut coupé, et son cœur manqua un battement. Il connaissait cette voix. Il ne pourrait jamais l'oublier. Lentement, il se retourna, et vit l'image qui ne vivait que dans ses rêves les plus beaux...

Dans ses rêves...

... et ici.

L'inquiétude marqua ses traits délicats. « Tu te sens bien ? On croirait que tu as vu un fantôme... »

C'est le cas...

Il ouvrit la bouche pour parler, mais les mots lui manquèrent et tout ce qui en sortit fut un faible bruit rauque. C'était elle. C'était elle.

Ses yeux l'étudièrent avec curiosité et elle lui sourit avec gentillesse, avant de lui faire signe de la suivre. « Le dîner est bientôt prêt. Tu as faim ? »

Il acquiesça sans un mot. Il semblait incapable de détacher ses yeux d'elle, et se sentait comme en état de choc.

« Et les deux autres ? Ils ne sont pas encore réveillés ? »

Il secoua la tête.

« Oh, je vois... Je me demande si on devrait les réveiller... » Elle le regarda d'un air interrogateur, et il secoua à nouveau la tête. Ils se réveilleraient bien assez tôt. Il voulait profiter de ce moment privilégié avec elle...

Avec sa mère.


Trisha soutint le regard de l'adolescent un long moment. Elle savait que même lorsqu'elle aurait détourné les yeux, il ne détacherait ses yeux d'elle. Son regard resterait aussi insistant.

C'était son fils.

Il devait l'être.

D'une façon ou d'une autre, ce jeune homme était son Edward, seulement plus âgé. Non seulement ils se ressemblaient, mais leurs comportements étaient également identiques. Elle ne savait pas ce qu'avait fait son petit garçon, mais il semblait qu'il avait atteint le futur et en avait arraché l'adolescent et l'officier militaire.

Dans un sens, l'idée pouvait paraître un peu excentrique. Des personnes venant du futur ? Dit comme ça, cela semblait si ridicule, mais elle avait eu le temps d'outrepasser son choc ces dernières heures. Vraiment, elle trouvait qu'elle prenait tout ça plutôt bien.

Aussi étrange que cela puisse paraître, c'était son petit garçon... enfin, plus aussi petit à présent... Quel âge avait-il ? Qu'arrivait-il dans sa vie ? Elle avait tant de questions.

Il ouvrit la bouche, la ferma, puis la rouvrit, comme s'il voulait dire quelque chose. La totale incrédulité et le désir qui irradiaient de ses yeux lui fendaient le cœur. Pourquoi la fixait-il ainsi ? Qu'est-ce qui n'allait pas ? Elle fit la seule chose à laquelle elle put penser et lui ouvrit ses bras.


Ed regarda sa mère écarter les bras. Il voulait tellement être serré dans son étreinte, mais, et si elle disparaissait au moment où il la touchait ? Et si ce n'était qu'un rêve ? Ca ne pouvait être que ça... avec deux Mustang, sa maison, et sa mère...

Si ce n'était qu'un rêve, il ne voulait pas y mettre fin.

« Edward ? » demanda-t-elle doucement.

Il déglutit avec difficulté, et marcha vers elle d'un pas hésitant. Sa lèvre inférieure trembla légèrement, et des larmes brûlantes lui montèrent aux yeux. Etait-ce vraiment elle ? Il plongea son regard dans ses yeux en espérant y trouver la réponse.

« Maman ? » murmura-t-il d'une voix tremblante.

Son visage s'étira en un doux sourire, et elle hocha la tête.

Comme en transe, il alla dans ses bras, reposant sa tête contre son épaule. Il ne se souvenait plus de la dernière fois où il s'était senti aussi aimé et aussi protégé. Une sensation chaleureuse parcourut son corps alors qu'elle l'enlaçait étroitement de ses bras. Il ferma les yeux, et deux grosses larmes coulèrent le long de ses joues. Enroulant ses bras autour d'elle, il l'étreignit tout aussi étroitement.

« Tout va bien », murmura-t-elle d'une voix apaisante, comme seule une mère pouvait le faire, et elle caressa ses cheveux. « Tout va bien... Je n'arrive pas à croire combien tu as grandi, Edward. Tu es devenu si grand, bientôt tu seras plus grand que moi, j'en suis certaine. »

Il sourit d'un air heureux, et se blottit un peu plus dans l'étreinte. Sa maman savait toujours dire les choses qui faisaient le plus de bien.


Une fois qu'ils se furent séparés, elle lui sourit et dit : « Installe-toi à table. Je vais appeler les garçons pour qu'ils descendent. » Il opina et s'assit, puis elle appela : « Les garçons ! C'est l'heure du dîner ! » Il y eut des soudains bruits d'agitation au-dessus et des pas de course excités dévalant les escaliers jusque dans la cuisine.

Ses deux petits garçons s'arrêtèrent et fixèrent l'étranger. « Tout va bien les garçons. Il va rester avec nous quelques temps. »

Elle sourit lorsque le jeune homme leva les yeux vers elle avec espoir.

Edward fut le premier à outrepasser sa surprise et alla s'asseoir à côté de l'adolescent aux cheveux blonds. « Moi c'est Edward et voici mon petit frère Alphonse », dit-il en montrant le plus jeune qui s'était installé à côté de son grand frère de sept ans.

L'adolescent hocha la tête et les fixa avec ébahissement, bien que, étrangement, il fixât plus Alphonse que Edward. Trisha songea que si elle avait l'occasion de se retrouver face à elle-même en plus jeune, elle ne pourrait plus détacher ses yeux de la personne qui était elle.

« Alors ? Comment tu t'appelles ? » demanda son petit Edward.

L'adolescent se racla la gorge et croassa : « Ed.

- Hé ! Juste comme ton prénom, grand-frère ! dit Alphonse d'un air surpris au petit Edward.

- Ouah, génial ! » s'exclama Edward.

Lorsqu'elle eut déposé le pain et le ragoût devant les garçons, ses deux petits se ruèrent dessus sans attendre. Le jeune homme prit son temps pour humer l'odeur du ragoût, puis amena sa cuillère jusqu'à sa bouche avec hésitation. Après qu'il eut pris sa première bouchée, elle demanda : « C'est bon ? »

Il acquiesça, et elle crut voir à nouveau des larmes dans ses yeux. « C'est... c'est délicieux. Le meilleur que j'ai jamais mangé... »


Il mangea le ragoût avec lenteur, savourant chaque bouchée. C'était sa cuisine, et c'était merveilleux.

Il jeta un coin d'œil en coin aux deux petits garçons qui dévoraient voracement leur nourriture. Ils étaient si jeunes... Il avait l'air si jeune... Ses yeux se posèrent sur le petit Alphonse de six ans, et Ed eut la soudaine envie d'attraper le garçon et de le serrer dans ses bras. Cela faisait si longtemps qu'il n'avait pas vu son frère en chair et en os. Même si ce petit garçon n'était pas son Al, celui de quatorze ans, il restait toujours le frère d'Ed. Il se sentit sourire légèrement en remarquant les marques d'encre effacée d'une barbe et d'une moustache, et eut le sentiment que son autre lui-même avait quelque chose à voir avec ça...

Une voix sortit Ed de ses pensées : « Pourquoi est-ce que tu portes des gants ? » demanda Edward.

Ed eut un sourire empreint de regrets et dit : « Parce que je les trouve cool. »

Le petit garçon lui lança un regard qui signifiait très clairement : 'C'est la chose la plus stupide que j'ai jamais entendue.'

Bon, d'accord, il aurait pu trouver mieux comme justification. C'était l'été après tout. Il le savait parce qu'il se rappelait de l'atmosphère à l'intérieur de la maison en été, mais il ne voulait pas dire la vérité ; pas si elle était là. Il souhaitait éviter tout sujet de conversation douloureux, éviter tout ce qui gâcherait ce merveilleux moment qu'il passait. Bientôt, le temps viendrait où les questions devraient être posées, et où des vérités devraient être énoncées, mais pas tout de suite. Pour le moment, tout ce qu'il voulait était profiter de l'instant présent.

Sa mère posa un autre bol sur la table et s'assit pour manger.

« Tu sais quoi ? dit Al. Grand-frère et toi vous ressemblez beaucoup ! »

Edward examina l'adolescent plus attentivement, puis secoua la tête. « Non, je trouve pas. » Ed crut voir une étincelle de compréhension dans les yeux du petit garçon, comme s'il savait que l'adolescent était son double plus âgé, mais il ne pouvait en être certain. Il prit la décision de jouer le jeu d'Edward, si c'en était un, jusqu'à ce qu'il soit sûr de ce qu'il savait.

Ed hocha la tête. « Moi je pense que nous nous ressemblons, n'est-ce pas Alphonse... » Puis, avec un grand sourire mauvais, il ajouta : « Mais je suis plus grand. »

Alphonse rit alors qu'Edward lançait un regard furieux à l'adolescent aux cheveux blonds. « Je ne crois pas que je t'aime beaucoup », ronchonna le petit garçon, et il recula sa chaise.

Il y eut un silence, puis Alphonse demanda : « Tu as quel âge ?

- Quinze ans. »

Edward haussa un sourcil. « Quinze ans ? La majorité des jeunes de quinze ans que je connais sont beaucoup plus grands que toi. »

Ed lui lança un regard furieux, et marmonna : « Sale gosse.

- Pourquoi tu t'es laissé pousser les cheveux ? demanda le petit garçon de sept ans, puis sans donner à Ed le temps de répondre, il enchaîna : Je déteste les cheveux longs. Jamais je ne me laisserai pousser les cheveux. »

Ed rit. « Oui, bien sûr. »

Le petit garçon de six ans aux cheveux couleur sable se pencha vers l'avant, et chuchota bruyamment avec une voix de conspirateur : « Notre papa avait les cheveux longs, c'est pour ça.

- La ferme, Alphonse ! cria Edward, et il poussa son frère.

- Mamaaan ! Ed m'a poussé !

- T'es qu'un bébé pleurnichard.

- Non c'est pas vrai !

- Si c'est vrai !

- Non c'est pas vrai !

- Si c'est vrai !

- Non c'est pas vrai !

- Si c'est vrai !

- Non c'est pas vrai !

- Si c'est vrai !

- Les garçons ! » intervint Trisha d'un ton sévère. Les deux enfants revinrent à leurs plats l'air penaud, et recommencèrent à manger.

Ed secoua la tête. Il n'arrivait pas à croire qu'il ait pu être aussi puérile. « Tu devrais être gentil avec ton petit frère », dit-il. Le petit garçon de sept ans lui lança un regard furieux et ouvrit la bouche, dévoilant une bouchée de nourriture à moitié mâchée.

« Edward !

- Mais je n'ai rien fait ! » protestèrent les deux blonds à l'unisson.

Ed regarda la surprise, puis l'amusement qui passèrent sur le visage de sa mère, avant qu'elle n'éclate de rire.


Trisha se reprit et dit aux trois garçons de manger.

Vraiment, elle n'avait jamais assisté à une scène aussi comique.

La jeune femme brune soupira et laissa ses yeux errer sur le visage de l'adolescent. Il ressemblait tant à son père... Trisha sentit son cœur lui faire mal, et décida d'essayer de penser à autre chose que sa perte...

Quinze ans.

Alors ce Ed avait quinze ans ? Eh bien, son petit Edward avait raison. La majorité des jeunes garçons de son âge étaient bien plus grands que lui, mais elle avait toujours eu le sentiment qu'Edward ne serait jamais très grand. Quinze ans... l'adolescent avait huit ans de plus que le petit Edward.

Cela signifiait probablement que l'autre homme devait avoir huit ans de plus que le major. Son front se plissa avec inquiétude. Elle avait presque oublié les militaires. Que devait-elle faire d'eux ? Avoir une version plus âgée de son fils à la maison était une chose, mais elle venait à peine de rencontrer l'alchimiste d'Etat aujourd'hui. Pouvait-elle le laisser rester jusqu'à ce que tout soit réglé... ? Ou peut-être que la question la plus adéquate devrait être : pouvait-elle le contraindre à rester jusqu'à ce que tout soit réglé ?

Ce serait pour le mieux, après tout c'était l'alchimie qui les avait mis dans cette situation, et ils auraient très probablement besoin de l'alchimie pour les en sortir. Son petit Edward avait apparemment recopié sur le sol un cercle de transmutation qui se trouvait dans un des livres de son père, sans savoir ce que cela ferait...

Mais le jeune homme était alchimiste d'Etat et l'autre homme aussi. A eux deux, ils devraient être capables de comprendre ce qu'il s'était passé...