Et tandis que la traductrice déprime toujours joyeusement dans son coin en sirotant du Schweppes Agrum'... tout en se disant qu'au moins, ça allait vite...


SOUVENIRS FUTURS


Chapitre Six

Choc


Le silence régna dans la pièce une minute, jusqu'à ce qu'une porte claquant plus loin dans le couloir ne se fit entendre ; Trisha regarda autour d'elle. Fronçant les sourcils, elle baissa les yeux sur Edward et demanda : « Où est Alphonse ? »

Le garçon la regarda d'un air absent, puis il haussa les épaules.

« J'aimerais que tu ailles le chercher. Vous devez prendre un bain et... » Le garçon blond ouvrit la bouche pour protester mais elle le devança. « ... et je veux que vous vous prépariez pour aller au lit. Il sera déjà tard lorsque vous vous coucherez.

- Mais...

- Pas de mais.

- M...

- Edward... »

Le garçon se renfrogna et hocha la tête avant de se diriger vers la porte. Lorsqu'il l'eut atteint, il se retourna et dit : « Maman ?

- Qu'y a-t-il mon cœur ?

- Est-ce que tu vas nous lire une histoire ce soir ? » demanda-t-il avec espoir.

Trisha soupira. Elle essayait de leur faire la lecture tous les soirs mais parfois, elle avait tout simplement trop de choses à faire. Ce soir, il lui restait tellement de choses qu'elle n'était même pas sûre de savoir quand elle aurait terminé.

« Je ne peux pas ce soir, Edward... Je suis désolée.

- Oh... » La déception était parfaitement visible sur son visage.

Soudain, le major prit la parole. « Et si je vous racontais quelques histoires ce soir, à toi et à ton frère ?

- Comme quoi ? demanda le garçon blond.

- Je connais beaucoup de bonnes histoires. J'ai grandi dans l'est tu sais. (1) Il y a des tonnes de trucs à raconter.

- C'est vrai ? demanda le petit garçon, sa voix trahissant une pointe d'excitation.

- Bien sûr, intervint le colonel d'un ton sarcastique. Il y a des histoires de vaches, de poulets, de moutons, de chèvres... tu n'as qu'à choisir. N'importe laquelle t'endormira instantanément. »

Le major fusilla son double du regard avant de rejoindre le garçon et de lui faire signe de sortir. L'homme plus jeune jeta un coup d'œil derrière lui et sourit légèrement à Trisha avant de suivre le garçon. Elle put l'entendre dire : « Ne fais pas attention au vieux, il repense au temps où il plaisait encore aux filles... » Mais elle ne put entendre le reste.

Elle essaya de ne pas rire aux commentaires du major, mais elle ne put s'empêcher de laisser échapper un petit rire en voyant la tête du colonel.

« Bien..., dit-elle, gloussant encore légèrement. Je dois aller chercher le linge étendu dehors, le plier et le ranger avant qu'il ne fasse totalement nuit, puis il reste la vaisselle... donc... si vous souhaitez jeter un coup d'œil aux livres de mon mari dans son bureau, ne vous gênez surtout pas. »

Le colonel hocha la tête, puis dit : « Ce n'est pas une mauvaise idée, mais que diriez-vous plutôt que je m'occupe du linge et que vous finissez ce que vous avez à faire ici ? »

Trisha sourit. Un homme qui ferait le linge... ah, si seulement elle était célibataire... Cette pensée lui rappela son époux et son sourire s'effaça. Si seulement son amour lui revenait...

« Eh bien, si vous êtes sûr... », dit-elle.

L'homme aux cheveux noirs hocha la tête. « Nous, alchimistes, croyons en l'échange équivalent. Dans ce cas-ci, vous nous avez offert le diner et nous offrez un endroit où rester, mais nous n'avons rien fait pour vous rendre la pareille. » Il marcha jusqu'à la porte et se retourna, un léger sourire aux coins des lèvres. « De plus, je sais qu'il y a d'autres choses dont vous souhaiteriez vous occuper maintenant. » Ses yeux passèrent vers l'endroit où se trouvait son fils, l'adolescent, puis il se détourna et partit.


Une heure plus tard, Trisha se tenait devant la porte de la remise. Elle ne s'attendait pas à ce que les deux militaires soient aussi serviables et insistent pour donner un coup de main. Elle avait écouté avec un léger sourire le jeune major convaincre les garçons d'aller prendre leur bain après avoir écouté une partie d'une histoire où il défendait une horde de moutons contre un chat sauvage.

Il était impossible que l'histoire puisse être vraie, mais le récit était intéressant et tout bonnement hilarant. Le major s'était arrêté en plein milieu, menaçant les garçons de ne leur raconter la suite que lorsqu'ils seraient propres et en pyjamas.

La femme brune secoua la tête. Il était évident que le plus jeune des deux hommes savait y faire avec les enfants, tandis que l'autre ne savait pas exactement comment s'y prendre avec eux. De nouveau, elle comparait les comportements qu'elle observait chez les deux hommes. Il était difficile de croire qu'ils étaient la même personne.

Le plus âgé était plus sévère et formel, et il semblait aussi avoir un côté flemmard. Il avait une plus grande connaissance de la vie, et se tenait d'une manière plus sobre et plus mature. Le colonel paraissait également capable de s'accommoder à la situation assez rapidement.

L'autre homme, bien qu'il s'emporte assez facilement aux remarques du colonel, semblait plus posé. Il gardait encore un peu de l'innocence de ses jeunes années, contrairement à l'homme plus âgé, et savait encore comment s'amuser. Elle pouvait également dire qu'il avait beaucoup de fierté, et qu'il ne voulait être un poids pour personne.

Mais qu'importe leurs différences, pour elle, ils étaient des hommes biens.

Trisha fronça les sourcils et se demanda comment quelqu'un pouvait autant changer en l'espace de huit années. Elle poussa un soupir et posa une main sur la poignée de la porte. Elle ne le découvrirait probablement jamais.

Tournant la poignée, elle se glissa sans bruit dans la pièce ; l'adolescent assis sur le sol l'entendit tout de même et leva les yeux du lourd volume qu'il lisait. C'était le livre de tout à l'heure. Lorsque leurs regards se croisèrent, il sourit d'un air espiègle et dit : « Je peux sortir maintenant ? »


Trisha s'assit sur la dalle carré en ciment qui faisait office de porche et regarda Ed faire de même. Elle l'observa tandis qu'il soulevait le lourd volume et le regardait un moment avant de le laisser tomber sur le sol. Le livre tomba dans un bruit sourd dans la poussière.

Il lui jeta un coup d'œil puis baissa de nouveau les yeux sur le livre. Poussant un soupir, elle leva les yeux vers le ciel étoilé, vers la lune, un éclat lumineux au milieu du ciel sombre. Dans l'air résonnaient les bruits des criquets... Elle regarda Ed à nouveau et sourit doucement. Malgré le fait que l'on soit en été, une fraîche brise du soir soufflait doucement, faisant danser cette mèche de cheveux rebelle qui se dressait sur la tête de son fils.

La femme brune ne put s'empêcher de songer, encore une fois, à quel point le garçon ressemblait à son père. Elle laissa ses yeux errer sur la tresse blonde du garçon, se demandant ce que cela donnerait si c'était une queue de cheval, comme son époux.

Puis son regard se posa sur ses vêtements, et elle fronça les sourcils. Il portait tellement de noir. C'était plutôt déprimant... Un pantalon de cuir noir, une veste noire bordée d'argent, un maillot de corps noir, et de grosses bottes noires...

Et puis, bien sûr, il y avait le long manteau rouge avec l'étrange symbole dans le dos...

Trisha secoua la tête.

Ce devait sûrement être une de ces lubies étranges liées à l'adolescence...

Cependant, elle n'avait jamais vu aucun des autres adolescents vivant à Resembool porter un accoutrement aussi bizarre.

Le silence commençait à devenir plus oppressant et plus inconfortable, alors elle décida de le rompre : « Comment va Alphonse ? »

Un léger tressaillement secoua ses épaules, puis il répondit après un court silence, ne levant toujours pas les yeux vers elle : « Oh, bien... Il va bien... Je l'ai vu juste avant de me retrouver ici... »

Trisha fronça les sourcils devant cette réponse vague et hésitante.

« Est-ce qu'il est en bonne santé ? Enfin, physiquement ? »

L'adolescent blond lui jeta un bref coup d'œil, l'air coupable, avant de baisser à nouveau les yeux et de dire : « Ouais... Il est très résistant... Il peut courir plus loin, plus vite et plus longtemps que moi... et il est... » Une pause, puis un marmonnement inaudible avant qu'il ne poursuive. « ... et il est... plus grand... que moi... »

Elle eut un petit rire. Son pauvre Edward avait toujours été sensible sur la question de sa taille. Trisha tendit une main et le serra à demi dans ses bras. « Eh bien, toi aussi tu as énormément grandi. Je suis sûre que tu dépasseras Alphonse un jour. » Pour dire la vérité, elle n'était pas sûre qu'Ed dépasse vraiment son petit frère un jour, mais elle savait que son fils aimait l'entendre, et c'était son travail en tant que mère de s'assurer que ses enfants soient heureux et sourient.

Ed la regarda tristement et dit : « Je ne sais pas. Al a quand même pas mal grandi... »

Trisha sourit et l'étreignit à nouveau avec force. Ed se tourna un peu, mais parut quelque peu hésitant. Heureusement pour l'adolescent, Trisha connaissait très bien ses garçons. Elle tapota ses genoux, devinant qu'il voulait plus de contact. Il eut l'air penaud, puis il s'allongea sur le côté, laissant sa tête reposer sur ses genoux.

En toute franchise, c'était plutôt bizarre. Ed avait quinze ans maintenant, mais son regard plein de désir lui avait dit qu'il avait désespérément envie d'être près d'elle. Trisha leva une main et caressa doucement ses cheveux dorés.

Le silence n'était plus oppressant, mais étrangement réconfortant.

Elle commença à frotter son bras droit, mais lorsqu'il se raidit et l'écarta, elle baissa la main le long du tissu de son manteau et frotta son dos là où elle pouvait l'atteindre.

Soudain ses yeux se posèrent sur une lourde chaîne en argent qui partait de la grosse ceinture marron d'Ed jusqu'à sa poche. Une large bosse dans le tissu de la poche faisait s'étirer le cuir autour de quelque chose de rond...

Curieuse, elle leva la main et toucha le métal froid de la chaîne. Trisha sentit le corps de l'adolescent se tendre à nouveau, mais il ne fit aucun mouvement pour l'arrêter lorsqu'elle se mit à tirer sur la chaîne. Après un instant, une montre de gousset en argent émergea de la poche. La femme brune la leva dans ses mains. Elle était lourde et chaude, réchauffée par la chaleur corporelle d'Ed. Elle parcourut le métal lisse de la montre du doigt puis la retourna. Elle écarquilla les yeux en voyant le symbole de l'armée sur l'autre face. Trisha toucha légèrement le symbole d'un doigt.

C'était la montre d'un alchimiste d'Etat.

« Edward... » commença-t-elle d'une voix hésitante. Trisha ne pouvait concevoir le fait que cette montre puisse appartenir à son fils en toute légitimité. « Où as-tu trouvé ceci ? » Elle espérait qu'il lui dirait qu'il l'avait achetée, ou volée. Même dérober quelque chose qui n'était pas à lui, ce serait mieux que d'être devenu un chien de l'armée...

Mais aucune réponse ne suivit sa question. L'adolescent soupira et se redressa, lui prenant gentiment la montre des mains et la tenant dans les siennes. Quand les yeux de la femme brune et ceux d'or de son fils se croisèrent, elle y vit une maturité qu'elle ne lui avait jamais vue. Il n'y avait pas que cela, il y avait également de la détermination et de la douleur se mélangeant à de la honte.

Le jeune blond pressa le bouton situé sur le haut de la montre et regarda longuement à l'intérieur, avant de refermer le couvercle dans un bruit sec. Laissant sa main retomber lourdement sur ses genoux, Ed murmura péniblement : « Je l'ai gagnée. »

Elle en eut le souffle coupé.

Non...

Pas son petit garçon...

Pas son Edward...

Des larmes lui piquaient les yeux tandis qu'elle le regardait lentement baisser encore la tête, l'air dégoûté de lui-même. Son fils ferma les yeux et une unique larme coula doucement le long de sa joue lisse.

Trisha ressentit une douleur dans sa poitrine. C'était comme si quelqu'un était venu serrer son cœur jusqu'à l'avoir réduit en poussière. Son souffle se fit pénible et sa vision était brouillée par les larmes. Elle eut la vision de son petit Edward de sept ans se battant désespérément dans une bataille atroce contre des hommes mourant tout autour de lui.

Non...

Cet Edward avait quinze ans, et non sept, il n'était pas son petit garçon...

Mais il l'avait été.

Et il n'avait que quinze ans.

Comment l'armée pouvait montrer aussi peu de cœur pour intégrer un petit garçon dans ses rangs ?

Lorsqu'elle ne put plus refouler sa peine plus longtemps, elle laissa échapper un sanglot et les larmes qu'elle retenait se mirent à ruisseler le long de son visage. Trisha ferma les yeux avec fermeté et se cacha le visage dans ses mains.

« Maman..., appela une voix tremblante, pleine d'émotion. Maman... ne pleurs pas... »

Aveuglée par les larmes, elle tendit une main pour attraper son manteau, et tira le garçon plus près. Trisha sentit une main lui frotter gentiment le dos, comme pour la réconforter.

« Je t'en prie... » murmura-t-il d'une voix brisée.

Sa voix pleine de tristesse ne fit rien pour la calmer, et elle ne fit que pleurer avec plus d'intensité.

Son bébé.

Son précieux petit garçon...

Les alchimistes d'Etat étaient des chiens... des chiens qui obéissaient au moindre commandement et attaquaient sous les ordres sans aucune arrière-pensée.

Des armes humaines...

« Je suis désolé, murmura Ed, sa voix pleine de peine et de souffrance. Je suis désolé pour tout...

- Non, répondit Trisha sur le même ton alors qu'elle parvenait enfin à se calmer un petit peu. Non... Ce n'est pas ta faute... »

Un sanglot déchirant lui échappa. « Si... Si, tout est de ma faute... tout... tu ne sais pas... »

Elle le serra plus fort, ses pleurs tourmentés lui brisant le cœur. Les larmes ruisselant toujours le long de son visage, elle le berça d'avant en arrière, fredonnant un petit air. Ils restèrent longtemps assis dans cette position, sur la pierre froide du porche.

Aucun des deux ne disait mot.

Seuls les criquets et les pleurs étouffés se faisaient entendre.

Combien de temps ils restèrent ainsi, ils n'en savaient rien.

Finalement, Ed prit la parole : « Je suis désolé... Je n'ai jamais voulu te faire de la peine. Nous aurions dû te le dire plus tôt... »

Soudain, cela fit tilt dans son esprit, et elle s'écarta.

« Nous ? »

Le garçon cilla d'un air confus et la fixa longuement avant de comprendre à quoi elle faisait allusion. « Oui... Moi... et le colonel...

- Tu connais cet homme ? »

Il déglutit avec difficulté et acquiesça.

« Eh bien, au moins, ça explique certaines choses... marmonna-t-elle en repensant à la manière dont le colonel avait regardé son fils.

- Que veux-tu dire ? » demanda-t-il, confus.

Une fois qu'elle lui eut parlé des regards qu'elle avait remarqués, Ed rougit et détourna les yeux.

Sa réaction lui mit la puce à l'oreille et elle sentit un frisson glacé parcourir son échine. « Tu le connais bien... ? » demanda-t-elle d'un air suspicieux.

Le garçon blond se frotta la nuque et continua d'éviter son regard. « Assez bien... » murmura-t-il d'un air embarrassé.

La peine qu'elle avait ressentie en apprenant que son fils était au service de l'Etat commença à doucement se transformer en de la colère. « Définis 'assez bien'. »

Ne recevant aucune réponse, elle demanda d'une voix ferme : « Est-ce que cet homme s'est montré... intime... avec toi ? » Elle ne pouvait pas trouver le courage de demander s'ils avaient couché ensemble. Les mots étaient trop crus...

Son visage et sa nuque prirent une couleur rouge écrevisse, et il hocha la tête, embarrassé.

Sa colère se changea en une fureur brûlante alors qu'elle réalisait que, non seulement son fils était enchaîné à l'armée tel un chien en laisse, mais en plus il était utilisé pour le plaisir de quelqu'un d'autre.

Trisha se leva d'un bond et ouvrit la porte dans un claquement violent. Entrant avec fracas dans la maison, elle entendait l'adolescent l'appeler derrière elle : « Attends, laisse-moi t'expliquer ! » Mais elle ne pouvait attendre...

Personne ne touchait son fils de cette manière !

Personne !

Blême de rage, elle ouvrit violemment la porte du bureau où un colonel surpris leva les yeux vers elle, debout devant une étagère de livres.

« Mme Elric ? Quelque chose ne... ? commença le colonel, mais il fut interrompu par la gifle qu'elle lui donna.

- Comment osez-vous ! » cria-t-elle.

L'homme aux cheveux noirs cilla et porta une main à sa joue. « Excusez-moi, qu'est... » Mais une seconde gifle l'interrompit à nouveau.

Soudain, elle entendit Ed se précipiter dans la pièce. « Attends ! cria-t-il, mais elle l'ignora.

- Comment osez-vous toucher mon fils ! demanda-t-elle, puis elle tenta de le frapper à nouveau mais il recula.

- Maman ! Je t'en prie, laisse-moi juste t'expliquer ! »

Quand le colonel leva les yeux en direction de son fils, elle le frappa à nouveau, aussi fort que possible. Cette fois-ci, il laissa échapper un cri de douleur. « Espèce de pervers lubrique ! Comment osez-vous utiliser mon fils pour satisfaire vos besoins primaires ! » Trisha essaya de le frapper encore, mais il lui attrapa le bras et l'écarta de son visage.

« Mme Elric, calmez-vous, dit l'homme d'une voix autoritaire, mais elle n'en eut cure et frappa sa poitrine de son poing.

- Ne vous approchez pas de mon fils ! C'est pour ça que l'armée à laisser un enfant devenir alchimiste d'Etat ? Pour que des gens comme vous abusent de lui ?

- Mme Elric, je vous assure que ce n'est définitivement pas ce à quoi je pensais lorsque je lui ai suggéré de devenir alchimiste d'Etat. »

Trisha étouffa une exclamation et écarquilla les yeux.

Il a suggéré ?

Lui ?

Poussant des cris incohérents, Trisha tenta à nouveau de le frapper. Non seulement abusait-il de l'innocence de son fils, mais il était également celui qui l'avait fait s'engager dans l'armée !

Elle devait protéger son petit garçon de cet homme ! Peine et colère la submergeaient tandis qu'elle tentait désespérément de se libérer de sa prise...


Le major Mustang s'éveilla immédiatement dans un sursaut lorsqu'il entendit les cris au rez-de-chaussée. Se dégageant des deux petits garçons qui s'étaient endormis pendant qu'il racontait ses histoires, il se précipita hors de la pièce et descendit les escaliers en toute hâte.

Quand Roy aperçut l'adolescent blond, il se précipita vers lui mais le garçon ne lui prêta aucune attention, au lieu de quoi il cria : « Maman ! », avant de se ruer dans la pièce.

Une fois que Roy se fut avancé jusqu'à la porte et eut regardé à l'intérieur du bureau, il fut surpris de voir Ed retenir un des bras de sa mère et le colonel tenir l'autre. Il entra dans la pièce et était sur le point de dire quelque chose quand la femme hurla : « Je vais vous dénoncer ! Je ne sais pas comment, mais je le ferai ! Espèce de pédophile ! Dégénéré ! Vous êtes méprisable ! Comment osez-vous profiter de mon petit garçon ? »

Roy écarquilla les yeux, tandis qu'il commençait lentement à comprendre ce qu'il se passait.

« Maman, je t'en priiiiiiie ! N'exagère pas ! » cria le garçon.

J'y crois pas... songea Roy. Il se tape le gamin... Son propre subordonné... Tout devenait clair. Pas étonnant que l'autre homme ait paru aussi jaloux et protecteur envers le plus jeune alchimiste.

« Maman ! cria l'adolescent, essayant d'attirer son attention. Je l'aime maman ! »

A ces mots, la femme brune se figea et regarda le blond avec angoisse.

« Je l'aime... » murmura Ed à nouveau, d'une voix brisée.

Soudain, Roy entendit un petit gémissement ; baissant les yeux, il réalisa que les deux petits garçons s'étaient réveillés et qu'ils étaient descendus voir ce qu'il se passait. Le plus âgé des deux serrait son jeune frère fort dans ses bras tandis qu'ils assistaient à la scène.

Roy s'accroupit à côté des garçons et les entoura de ses bras, avant de reporter son regard vers le drame qui se déroulait de l'autre côté de la pièce.

Les bras de la femme brune tombèrent mollement tandis que les deux autres les lâchaient. Son regard passa d'Ed au Roy plus âgé d'un air incrédule et choqué, puis elle laissa échapper un sanglot.

« Maman... » murmura Ed, tendant une main, mais avant qu'il n'ait pu la toucher, elle se détourna sans le regarder et sortit de la pièce en titubant. Roy l'entendit monter les escaliers avec peine.

Pendant un moment régna le silence, seulement perturbé par les gémissements des deux petits garçons. « Maman... » gémit le petit Alphonse. Son frère aîné Edward le serra un peu plus fort et Roy put voir des larmes scintiller dans ses yeux d'or, mais il était évident qu'il essayait de se montrer courageux face aux évènements.

Roy attira les deux garçons plus près et leur murmura que tout irait bien, avant de lever les yeux vers l'Ed plus âgé et Roy.

L'adolescent regardait dans le vide d'un air découragé, des larmes coulant silencieusement le long de ses joues. Le colonel, dont le visage arborait quelques marques rouges, poussa un soupir et posa une main sur l'épaule du blond.

« Ed... » murmura-t-il.

L'adolescent repoussa sa main d'un mouvement d'épaule en marmonnant : « Dégage... enfoiré... », mais l'homme se contenta d'avancer et de prendre le garçon dans ses bras.

Roy devait l'admettre, il avait du cran. Lui-même n'aurait certainement pas eu le courage de réessayer de l'aborder après avoir été rejeté de cette façon.

« Ed... Qu'est-il arrivé ? murmura l'autre Roy à nouveau. Que lui as-tu dit ? »

Le blond leva lentement ses bras, qui pendaient alors mollement le long de ses côtés, et agrippa fermement la veste militaire de l'homme aux cheveux noirs, avant qu'un sanglot tourmenté ne lui échappe.

Bien que Roy aurait bien aimé qu'on lui explique enfin ce qu'il se passait, il choisit de leur laisser un peu d'intimité, ce qui lui paraissait ce qu'il y avait de mieux à faire pour l'instant. De plus, les deux plus jeunes avaient besoin d'être rassurés.

« Venez, murmura-t-il aux deux petits garçons. Retournons là-haut. »

Ils semblèrent incertains, mais quand Roy leur proposa de les porter, les enfants mirent leurs bras autour de son cou. Jetant un dernier regard aux doubles du futur, Roy souleva les garçons et les porta à l'étage.


1 – D'après le manga, Roy a grandi dans l'est, et il fait également référence à lui en tant que « colonel de province » (note de la traductrice : la version anglaise que m'a montré ZaKai va légèrement plus loin dans l'appellation, mais on va garder la traduction officielle), donc j'en ai juste profité pour y faire quelques allusions ici pour l'histoire, même si rien n'est dit pour sûr sur cette partie du passé de Roy.