Et tandis que la traductrice déprime toujours joyeusement dans son coin en sirotant du Schweppes Agrum'... tout en se disant qu'au moins, elle avait fait ses devoirs... de traduction... (va pleurer)


SOUVENIRS FUTURS


Chapitre Huit

Aimer


Le major Roy Mustang soupira et resserra ses bras autour de ce qui y était installé.

Un autre corps.

Chaud...

Lentement, ses sens se mirent en éveil et le sommeil se dissipa, son esprit se faisant plus clair, et il réalisa qu'il n'était pas chez lui au chaud dans son lit, et qu'il n'avait pas non plus ramené de fille la nuit dernière...

Les paupières de Roy s'ouvrirent avec difficulté, lui révélant une tignasse de cheveux blonds en pagaille.

Blonds... ?

Ce fut alors que la mémoire lui revint soudainement. La femme Elric, le cercle de transmutation, son double, les petits garçons, l'alchimiste d'Etat de quinze ans, la dispute, le fait que son lui plus âgé mette sa carrière en danger en couchant avec son subordonné mineur... qui se trouvait être par ailleurs la version plus âgée de l'enfant blotti dans ses bras...

Roy soupira et rapprocha encore le garçon. Cela faisait bizarre de songer au fait que cet enfant deviendrait son amant...

Il regarda l'enfant endormi, et sourit doucement devant son visage doux et angélique. Bien sûr, il trouvait l'adolescent séduisant, mais il n'aurait jamais pensé qu'il avait une chance. Son sourire se dissipa lorsqu'il repensa à la différence d'âge. Même lorsque le garçon aurait quinze ans, ça ferait toujours une différence d'âge de quatorze ans...

Comment avaient-ils fait pour que cela tienne ?

Et quel genre de relation entretenaient-ils, d'abord ?

Malgré leur physique et leur génie, que ce soit l'enfant ou l'ado, ils étaient tous les deux de sales mômes. Comment son double faisait-il pour supporter l'adolescent ?

Roy effleura doucement le visage de l'enfant d'un doigt.

Huit ans.

Dans huit ans, il aurait une relation avec ce garçon...

Il songea qu'il pouvait bien attendre aussi longtemps... Il le devait, bien entendu. Roy n'était pas du genre à faire quoi que ce soit à des petits enfants...

Soudain, il se remémora la colère de la mère Elric la nuit dernière lorsqu'elle avait appris ce qu'il y avait entre le colonel et l'adolescent. Et si elle se réveillait et le surprenait là à dormir avec le gosse de sept ans ? Est-ce qu'elle piquerait aussi une crise ? Ce n'était pas comme s'il avait fait quelque chose de mal, mais quand ça en venait à des mères protégeant leurs petits...

Enfin... les femmes peuvent être vraiment effrayantes parfois...

Aussi bien installés qu'ils puissent être, il était temps d'en finir maintenant.

« Hey, debout... », dit Roy en secouant le garçon.

Rien.

Le major soupira, et secoua à nouveau le garçon. Cette fois-ci, l'enfant blond gémit et leva la tête pour regarder son oreiller vivant. Un long filet de bave reliait la bouche du garçon à l'uniforme de Roy, et la bouche de l'homme brun forma une grimace dégoûtée.

Le gosse lui avait bavé dessus...

Beurk.

Le petit garçon referma la bouche et l'essuya avec son bras. Roy grimaça en voyant la bave courant à présent tout du long du bras d'Edward. Il espéra que le gosse perdrait cette habitude peu attirante en grandissant...

« Il est l'heure de se lever, dit Roy alors que le garçon le regardait d'un air pas tout à fait réveillé.

- Hein ?

- Il faut se lever », répéta-t-il.

Le garçon cligna des yeux. « Petit-déjeuner ? »

Roy haussa un sourcil, amusé. Il n'avait jamais fait allusion à de la nourriture...

« Ouais, bien sûr, comme tu veux », dit le major. Il n'avait pas vraiment envie de voir la mère du gosse arriver et les trouver ensemble tous seuls sur le lit.

Le petit blond regarda autour de lui. « Où est Al ?

- Je ne sais pas. Sûrement aller piss... euh… hum… sûrement aller au pot, ou quelque chose comme ça... » corrigea Roy avec embarras. Ce n'était pas vraiment le genre de langage à utiliser devant des petits enfants... Par ailleurs, le major se souvenait bien combien le gosse pouvait être un véritable petit emmerdeur, et il ne voulait pas donner à sa mère plus de raisons de se fâcher.

« Mmh, peut-être... », répondit le garçon, puis il baissa les yeux. Roy entendit le tintement du métal alors que le blond prenait sa montre en argent dans ses mains. Ou, en tout cas, la tenait aussi loin que le permettait la chaîne, celle-ci étant toujours accrochée à l'uniforme de Roy. « Coooool, souffla le gosse.

- Tu sais ce que c'est ? demanda l'homme brun avec un sourire.

- Bien sûr que je le sais, c'est une montre », répondit Ed comme s'il trouvait la question vraiment stupide.

Roy leva les yeux au ciel devant l'impertinence de gamin. « Oui, c'est une montre, mais est-ce que tu sais ce qu'elle fait ? »

Le garçon le dévisagea d'un air qui disait très clairement : 'tu es crétin ou tu fais juste semblant de l'être ?'.

« A part donner l'heure », ajouta Roy, sur la défensive. Quand le gosse secoua la tête, le major dit : « Elle amplifie la puissance des réactions alchimiques. C'est le symbole des alchimistes d'Etat. Quand tu en seras un, tu en auras une toi aussi. »

Edward regarda la montre, puis haussa les épaules. « Je ne veux pas devenir alchimiste d'Etat. »

Roy cilla. « Ah non ? » Si le gosse ne voulait pas être alchimiste d'Etat, alors pourquoi en était-il devenu un à l'âge de douze ans ? Normalement, plusieurs années d'études étaient nécessaires pour espérer pouvoir se présenter au test écrit. Il devrait commencer à étudier bientôt pour atteindre le niveau requis... non ?

« Nan, répondit le gosse.

- Très bien... alors qu'est-ce tu veux faire quand tu seras grand ? » demanda Roy.

Le garçon fusilla l'homme brun du regard et dit : « Est-ce que tu me traites de petit... ? »

Le major cligna des yeux. Petit ? Mais où allait-il chercher ça ? Il n'avait rien dit à propos de la taille du garçon...

« Non, pas du tout. »

Edward le regarda d'un air bougon, puis dit : « J'écrirai des livres lorsque je serai plus vieux.

- Des livres ? »

Le garçon acquiesça.

« Donc tu veux faire comme ton papa ? »

Le blond leva son poing, blême de rage. « Sûrement pas ! Je serai meilleur que cet enfoiré ! »

Roy dévisagea le garçon d'un air surpris, puis un large sourire fendit lentement son visage alors qu'il songeait à un moyen de tenir le garçon tranquille. « Tu as dit un gros mot. »

Edward cilla, puis jeta un coup d'œil inquiet vers la porte.

« Je devrais probablement le dire à ta maman... »

Le gosse le regarda d'un air effrayé. « Non, ne lui dis rien, s'il te plaît. Elle me ferait mâcher du savon... »

Un cri aigu et un éclat de rire perçant résonnèrent depuis le rez-de-chaussée, et ce fut alors que Roy remarqua l'odeur de bacon grillé.

Le sourire de Roy s'étendit. « Eh bien. Je verrai si je lui dis ou non... en attendant, je le garde comme garantie pour que tu te tiennes tranquille... »

Le garçon le regarda d'un air coléreux. « Toi aussi t'es un enfoiré ! » chuchota-t-il férocement, puis il roula hors du lit et sortit de la chambre à pas lourds.

Il regarda la porte un instant, se demandant si la relation de son double et de l'ado était aussi divertissante, puis se leva et quitta la pièce.


Le colonel Roy Mustang était assis à même le sol, le dos contre le mur et les jambes étendues, écoutant les bruits provenant de la cuisine.

Un désastre.

Tout ceci était un véritable désastre.

Il porta une main à son visage, à l'endroit où la mère Elric l'avait frappé. Cela ne lui faisait plus mal, mais il pouvait jurer sentir comme une brûlure sur sa joue de temps à autre ; un souvenir persistant de la douleur pour accompagner les pensées qui ne cessaient d'envahir son esprit.

La lueur qui avait brillé dans les yeux de la femme était celle d'un animal primitif protégeant son petit.

Son enfant.

N'était-ce pas justement ce qu'était Edward ?

Il était encore mineur, donc oui, il était toujours un enfant.

Elle avait tous les droits.

Tous les droits.

'Je l'aime, maman !' Les mots qu'avait prononcés Ed résonnaient dans sa tête.

Aimer.

Trisha Elric avait été stupéfiée par ces mots.

Elle n'était pas la seule.

Aimer...

« Bon sang, Ed... » murmura Roy.

Ils n'avaient jamais parlé d'amour.

Il n'avait jamais...

Ed n'avait jamais...

Ce qui avait débuté comme un jeu innocent était rapidement devenu une aventure...

Et l'aventure était rapidement devenue un besoin.

Un besoin physique...

Pour eux deux.

Il n'avait jamais songé que cela tournerait ainsi, il n'y avait jamais songé autrement que comme un sport.

Juste du plaisir.

Juste...

Il aurait dû s'en douter. Il aurait dû se rendre compte qu'Ed ne jouait pas au même jeu que lui.

A quoi pensait-il ?

Que ressentait-il ?

Roy pensait le savoir...

Il le savait.

Avant la nuit dernière.

Maintenant, tout n'était que... confusion...

Aimer.

Donc Ed l'aimait.

Ed...

Cela semblait presque grotesque, et pourtant il était heureux.

Heureux et excité.

Enthousiaste.

Mais toujours aussi confus.

Que ressentait-il pour Ed ?

Après que la femme brune soit partie, Roy avait vu la crainte que ressentait le plus jeune alchimiste. Ce n'était pas seulement lié à ce que Trisha penserait, mais également à la réaction de Roy. Le colonel n'avait pas réagi, d'ailleurs. Après la tirade émotionnelle de la femme, il était encore trop assommé pour réagir.

Donc il avait fait la seule chose à laquelle il ait pu songer...

Il s'était senti si bien, avec Ed dans ses bras. N'était-ce pas assez ? Est-ce qu'il était vraiment important de savoir si Roy aimait l'adolescent ?

Peut-être.

C'était probable.

Pour Ed, ça le serait sûrement.

Le claquement d'une porte qui se ferme lui parvint, et Roy leva les yeux pour voir le major s'avancer vers lui. L'homme plus jeune baissa les yeux sur Roy avec un mélange de pitié indéniable et de dégoût dans le regard.

« Te voilà. » Le colonel haussa un sourcil à cette simple constatation, mais ne dit rien. Le major secoua la tête, soupira et s'assit sur le sol devant Roy. « Tu sais... Je ne sais pas vraiment quoi penser de tout ça... » Il s'arrêta et sembla attendre que le colonel dise quelque chose. Comme l'autre alchimiste ne répondait rien, le major continua : « Ce gosse est ton subordonné. Enfin... mais qu'est-ce qui te prend ? Sans oublier le fait qu'il ait quinze ans. »

Roy détourna les yeux de l'autre homme. Il n'avait pas besoin d'entendre ça pour le moment...

Le major émit un bruit exaspéré et dit : « Et tu me traites de stupide. »

La colère fit irruption au milieu du fleuve de douleur et de confusion qu'il ressentait jusqu'à maintenant ; il tourna la tête vers son double et le fusilla du regard. « Tu es stupide. Stupide et naïf. Tu n'as aucun droit de me faire la leçon sur quoi que ce soit. Crois-tu que je ne connais pas les risques que j'encoure en batifolant avec un de mes subordonnés ? Crois-tu que je suis inconscient de l'âge d'Ed, ou alors que j'ignore les conséquences auxquelles je devrais faire face si quiconque l'apprend ? »

Le major ouvrit la bouche pour ajouter quelque chose, mais Roy le coupa. « Je ne veux rien entendre de toi. Toi et tes fichus idéaux... Tu as bêtement rejoint l'armée et es devenu un alchimiste d'Etat parce que tu croyais que tu serais ainsi capable d'aider les gens, mais tu sais quoi ? »

Il y eut une courte pause, avant que Roy ne dise : « Tu n'aideras personne. »


Les yeux du major se rembrunirent alors qu'il fixait l'homme pathétique devant lui. « Avec un comportement pareil, je comprends pourquoi tu es un connard de première. Même si je ne suis qu'un soldat, je peux faire la différence... » Il s'arrêta alors que le colonel se mettait à rire avec amertume.

« Oh, tu feras une différence, ça c'est sûr, bien que pas tout à fait dans le sens que tu l'espères. »

A cette déclaration, Roy sentit son cœur manquer un battement. Il scruta l'homme devant lui et lut dans ses yeux noirs une lassitude douloureuse, là où ils étaient habituellement pleins d'arrogance et de suffisance. « Qu'est-ce que tu veux dire ? » murmura-t-il prudemment.

Le colonel le regarda d'un air pensif pendant un moment, puis se pencha vers l'avant, sortant ses gants, et les enfila lentement. Il regarda fixement ses mains un long moment, avant de lever des yeux empreints de douleur.

« Un jour, j'ai cru que je pourrais protéger le monde avec ces mains, dit l'alchimiste dans un murmure angoissé. 'Au service du peuple'... un tas de conneries. Vous voulez savoir quelle est la vérité, major ? »

Roy secoua la tête.

« La vérité n'est rien de plus que ce qui est devant vous. La vérité, c'est ce que tout le monde dit, mais qu'aucun alchimiste d'Etat n'aime entendre. Nous sommes des armes. Des chiens. Pur et simple. Tout le reste n'est qu'enjolivure et mensonge. Il n'y a rien d'admirable ou de bon dans ce qu'on attend de nous. »

Le colonel lança un regard tourmenté à l'homme plus jeune. « Tu aurais dû les écouter lorsqu'ils t'ont dit de ne pas t'engager... Pourquoi a-t-il fallu que tu sois si stupide ? Pourquoi as-tu toujours été aussi têtu ? Pourquoi étais-je... ? »

Roy déglutit avec difficulté en percevant le tremblement dans la voix de son double, et il dut écarter l'idée qui lui était venue à l'esprit. Avant qu'il ne s'engage dans l'armée, cela avait été un geste si naturel. Mais alors qu'il regardait la tête du colonel s'abaisser, et remarquait le regard humide et brillant de l'homme, il ne put se retenir.

Après tout, c'était lui.

C'était lui-même.

L'homme n'était pas aussi endurci que Roy l'avait cru au premier abord. Pas s'il pouvait montrer ainsi ses émotions.

L'homme plus jeune s'approcha, prit une profonde inspiration, puis passa son bras par-dessus les épaules de l'autre homme dans un geste de réconfort. Le colonel se tendit légèrement, puis se détendit dans la semi-étreinte.

« J'avais oublié..., murmura son double.

- Ce n'est pas grave, murmura Roy, puis il demanda : Pourquoi es-tu encore dans l'armée ? Tu y sembles tellement opposé. »

Il y eut un moment de silence puis un profond soupir. « Je deviendrai Fuhrer un jour. C'est mon but.

- Tu plaisantes, j'espère... » demanda Roy, choqué.

L'homme plus âgé secoua la tête. « Je n'ai rien pu changer durant la guerre. Je... j'ai... tué... beaucoup de gens... »

Comme le colonel s'était arrêté, Roy dit : « C'était la guerre... » Quelle guerre ? Certainement pas ce conflit mineur à Ishbal... « Des gens meurent. Un soldat doit parfois tuer... » Je ne sais pas si je pourrais encore tuer qui que ce soit...

« Non, dit l'homme plus âgé. Tu ne comprends pas. Beaucoup. J'ai tué beaucoup de gens. Des milliers. Juste moi... Il y avait aussi d'autres alchimistes d'Etat, mais... Je ne peux pas expliquer... je t'en prie... Je ne veux pas... Je ne voulais pas... Je devais obéir aux ordres, mais... » La voix du colonel devint plus ferme. « Je deviendrai Fuhrer et je changerai la manière dont l'armée fonctionne. En tant qu'homme, en tant que soldat, je ne peux rien faire, mais en tant que Fuhrer... je le ferai. »

Roy ne sut que penser.

Des milliers ?

Il ne pouvait même pas imaginer...

L'homme plus jeune resserra sa prise sur les épaules de l'autre homme, essayant de lui communiquer quelque sentiment d'empathie.

Ils restèrent assis en silence pendant quelques minutes, écoutant les cris et rires venant des trois garçons qui devaient sans aucun doute être en train de saccager la cuisine.

« Je veux le protéger, dit doucement le colonel. Lui... et Alphonse. Je veux qu'ils atteignent leurs buts. Je veux qu'ils réussissent.

- Quels buts ? » demanda Roy avec curiosité.

Pas de réponse.

L'homme plus jeune soupira, puis demanda : « Est-ce que... est-ce que tu l'aimes ? »

Le colonel leva la tête et dévisagea Roy d'un regard de douloureuse confusion, mais encore une fois, il n'y eut pas de réponse verbale.

C'était inutile.

Le major pouvait parfaitement lire ce qu'il y avait dans ces yeux.

Soudain, il y eut deux cris haut-perchés, un fracas, puis un long chapelet de jurons.

Les deux hommes se regardèrent, indécis quant à vouloir quitter la tranquillité du bureau ou non. Finalement, Roy se leva et tendit sa main au colonel pour l'aider à se lever. « Tu sais que je pense toujours que tu es un salaud arrogant, n'est-ce pas ? » dit-il avec un sourire.

L'autre homme sourit faiblement, et prit la main du plus jeune alchimiste. Lorsqu'il fut debout, il dit : « Tu sais que je pense toujours que tu es stupide et naïf, n'est-ce pas ? »

Des sourires amusés sur leurs visages, ils traversèrent le bureau, ouvrirent la porte et se dirigèrent vers la cuisine.