Déclaration de l'auteure : « Une actrice n'a pas le droit de seulement se dire, tiens, j'ai envie de baiser, un traumatisme, c'est comme un collimateur à miroirs pour un rayon laser, on a beau essayer d'y échapper toujours et toujours on le retrouve devant son nez. » Thanatos, Murakami Ryû. (J'avais juste envie de vous faire partager cette belle phrase !)

Ecstasy

Aveux

- Kyô... J'en peux plus... Sauve-moi...

Ces quelques mots glissés en silence au bout du fil suffirent à affoler le chanteur qui se dépêcha de rejoindre son ami, une boule présente dans le ventre en pensant aux possibles actes futurs de Toshiya.

Le stress, la peur et l'inquiétude étaient ses compagnons de voyage et se faisaient de plus en plus présents au fur et à mesure que le temps s'écoulait, rétrécissait, accompagnant la distance le séparant du bassiste.

La source de l'appel atteinte, quelques marches escaladées, Kyô viola l'intimité de son ami en entrant dans son appartement, mais c'était le dernier de ses soucis.

Une scène pathétique se présentait à lui : un bassiste, habituellement si fier, totalement détruit, un fantôme dans une chambre presqu'abandonnée, mais qui la hantait encore, comme noyé dans des méandres de souvenirs qu'il n'a pas. Accroché à rien, son désespoir le quittait lentement pour se perdre dans sa demeure riche en angoisse et désolation ; le décor type pour un suicide solitaire.

Le chanteur apportait une pointe d'espoir en avançant lentement vers l'origine de cette détresse.

- Toshiya... Qu'est-ce qu'il se passe ?

Ses seules réponses furent quelques sanglots audibles, cassant cet effrayant calme. « Toshiya » ? Qui était-ce ? Ou plutôt qu'était-ce ? La chose surplombant l'immense lit portait une marque, rappelant son appartenance, elle n'avait plus de caractère, comme si son identité s'était échappée par les nombreuses plaies couvrant son corps pourtant humain.

- Toshiya... Qu'est-ce qu'il se passe ?

Encore des mots inutiles absorbés par le trou noir du silence pesant. Le chanteur s'approcha de la masse paraissant difforme, cachant certainement un puits d'émotions ne demandant qu'à se libérer. Il se posa tranquillement à ses côtés, et naturellement il laissa ses paroles rejoindre à nouveau Toshiya, du moins, il le croyait.

- Toshiya... Qu'est-ce qu'il se passe ?

Le chanteur répétait obstinément les mêmes mots, leur faisant briser l'infini cercle de secret régnant dans le mystère de la pièce. Exaspéré par une telle réticence, Kyô prit une décision, risquée, certes, mais voir le bassiste s'enfermer dans un cocon où le temps s'était figé l'attristait tellement. D'un seul geste, l'antre sécurisé s'écroula pour mettre à nu un Toshiya tremblant, brisé. Encore une fois...

- Toshiya... Qu'est-ce qu'il se passe ?

Un regard effrayé et des lèvres qui remuaient constituaient un triste spectacle silencieux, presque morbide. Kyô était vigoureusement décidé à faire parler son ami. Il avait clairement remarqué son enfermement soudain et ne demandait qu'à l'aider, qu'il le veuille ou non !

Le petit chanteur se glissa à ses côtés et l'enveloppa de ses bras, lui offrant son doux réconfort. Ils restèrent ainsi, dans cette atmosphère de complicité dans laquelle Kyô laissait ses mains parcourir le corps nu du bassiste, juste pour le rassurer, rien d'autre... L'accolade se fit plus pressurée, comme une proie tombée dans l'embuscade d'un amical prédateur.

Doucement, l'air pollué d'une défiante suspicion laissa place à une sereine confiance. Ses mains qui caressaient ses cheveux et sa peau, quelques mots silencieux et une respiration patiente suffirent pour briser définitivement le mur de glace qui les séparait. Le témoignage débuta enfin :

- Je suis... à Die...

Le chanteur ne répondit pas à cette affirmation plus qu'étrange, il laissa l'opportunité à Toshiya de s'exprimer à son rythme.

- Il m'a marqué, je lui appartiens à jamais...

Et calmement, la couverture glissa au sol, comme si elle accompagnait le jeune homme dans sa confession. La moindre cicatrice, coupure ou marque fut longuement admirée, tel un morbide spectacle, une tragédie concrétisée sur une chaire blessée.

Kyô demeura quelques instants au chevet de son ami, le temps que celui-ci ne se laisse enfin emporter par la fatigue présente depuis quelques temps, déjà. Alors qu'il abandonnait le sombre appartement, un rideau noir se tirait sur la scène du sempiternel spectacle.

OooO

- Il n'est pas ce que tu crois...

La sentence tomba comme une simple fatalité inéluctable, apportant avec elle le silence pesant pendant lequel les principaux concernés digéraient la nouvelle. Ici, c'était Kaoru le muet condamné alors que Kyô endossait le costume d'un juge. Cette phrase avait franchi sa bouche comme une simple salutation dont les effets seraient pourtant lourds.

Le fier leader détruit par cette annonce remercia mentalement la chaise de le soutenir. Le temps de bien s'approprier l'information, il demanda au chanteur de continuer son récit par un regard dans lequel inquiétude et tristesse vivaient en parfaite harmonie, rien à voir avec ses habituels yeux vides de tout sentiment.

- Die... Il maltraite physiquement et psychologiquement Toshiya...

Quelques chuchotements s'élevaient dans le silence confus, c'était juste Kaoru qui s'énumérait toutes les possibilités pour innocenter la personne qui partageait sa vie depuis peu.

Et si Kyô mentait ?

Non, qu'est-ce que ça lui apporterait ? Lui, il était en dehors de tout ça, avec Shinya, ils semblaient être faits l'un pour l'autre, stagnant dans leur désinvolte pudeur. De l'extérieur, leur couple semblait misérablement retracer le fil du parfait conte de fée. Ils s'aimaient égoïstement, le savaient, donc le monde n'existait plus que par l'intermédiaire de l'autre. C'était la niaise impression qu'ils donnaient.

Et si Toshiya mentait ?

Le guitariste, tout comme le reste du groupe, savait pertinemment que le bassiste ne restait pas indifférent au mystérieux charme de Die. Peut-être souhaitait-il briser leur couple en inventant une stupide et incrédule histoire de viol, de maltraitance et de drogue ? Non, Toshiya ne connaissait même pas la signification du mot « mensonge », il était la naïveté et la sincérité incarnées, malheureusement pour lui...

Et si Die mentait ?

C'était en effet la conclusion la plus probable pour Kaoru, malgré son cœur qui commençait à se fracturer pour avoir osé douter de son amant. Die, c'était un sourire envoutant. Die, c'étaient des mots doux et rassurants. Mais avant tout, Die c'était « mourir ». En l'aimant, il se condamnait intentionnellement... Où se trouvait la ligne séparant réalité et comédie ? Une petite explication s'imposait d'elle-même.

Kyô quitta l'appartement du guitariste avec l'impression d'avoir allumé la mèche d'une bombe qui ne demandait qu'à exploser, emportant avec elle les âmes de ses amis.

Fin du chapitre quatre

Désolée pour le temps, mais comme il ne se passe strictement rien, j'ai eu énormément de mal à écrire ce chapitre, et j'aime pas du tout c'que j'ai pondu ! Je me dépêche pour le prochain, parce que je suis harcelée ! Alors vous en pensez quoi ? Que va-t-il se passer maintenant que Kaoru sait tout ?

Les compliments sont les bienvenus, les critiques sont attendues !

Et excusez-moi encore pour ce chapitre plus que nul !

Ryû, hétéroclite !