Salut tout le monde,

merci beaucoup pour toutes ces gentilles reviews, ça me fait plaisir de voir que vous aimez ma fic !!

En attendant, voici le chapitre 3, j'espère que vous l'apprécierez autant que les autres

Bonne lecture


Chapitre 3

En sortant pour gagner l'écurie, Lily rencontra son père. Il avait son portable à la main et l'air préoccupé des jours de crise. Avant qu'il ouvre la bouche, elle savait déjà que la sortie à cheval n'aurait pas lieu.

- Vraiment désolé, ma chérie. On a besoin de moi à l'usine.

En fait, il ne s'épanouissait vraiment que dans ces moments-là, et malgré son amour dévorant pour sa fille, il aurait annulé cent promenades avec elle pour un seul petit problème à résoudre à l'usine.

Un instant, Lily pensa renoncer elle-même à sortir son cheval. Et puis, la perspective de mettre James dans une situation désagréable lui parut trop séduisante.

Comme elle tournait en coin du bâtiment qui abritait les stalles, elle se heurta violemment à lui.

- Hé ! Regardez donc devant vous ! s'exclama-t-elle avec mauvaise humeur.

- Bonjour, petit rayon de soleil !

- Ne vous excusez pas, surtout !

- Je n'en avais aucunement l'intention. C'est vous qui avez le diable aux trousses, pas moi !

C'était bien la peine d'avoir choisi son pantalon le plus moulant, le plus avantageux ! Sans un regard pour elle, il se replongea dans l'étude de la carte qu'il tenait à la main.

Il portait ce matin-là un jean tout à fait ajusté, qui moulait ses longues jambes solides, et une chemise blanche à manches courtes qui rendait plus évident le bronzage de ses bras. Des bras impressionnants, d'ailleurs, tout en muscles.

Lily détourna le regard, et essaya de se concentrer sur la jument que le garçon d'écurie venait de lui amener. D'accord, James Potter possédait une forme physique éblouissante. D'accord, son visage décidé, le marron intense de ses yeux lui donnait un charme indéniable et il le savait, manifestement. Combien de femmes avaient-elles succombé, pour leur plus grand malheur sans doute, à ce sourire ravageur ?

Qu'il ne se fasse pas d'illusions, son nom ne s'ajouterait pas à la liste, car le genre superman ne l'inspirait pas. Elle se promettait même, solennellement, de remettre à sa place avant son départ ce fat orgueilleux et autoritaire. Et plutôt deux fois qu'une !

- J'en fais une affaire de solidarité féminine ! murmura-t-elle en sanglant son cheval d'un geste décidé.

- De quoi ?

Elle sursauta

- Cela fait partie de votre entraînement de vous approcher comme ça sans bruit ? C'est extrêmement désagréable, figurez-vous.

- Si vous ne caquetiez pas à voix haute comme une poule, vous m'auriez entendu arriver.

- Monsieur Potter, vous êtes d'une insolence insupportable. A tel point que j'ai envie d'en référer à vos supérieurs.

Il haussa les épaules.

- Ne vous donnez pas cette peine, mes supérieurs connaissent mes défauts. A mon avis, c'est même pour ça que je me retrouve aujourd'hui en compagnie des plus détestables créatures de la terre, au lieu de participer à l'opération sur laquelle je travaillais depuis deux ans.

- Détestables créatures ? murmura-t-elle d'une voix qu'elle aurait voulue plus ferme.

- Je parlais des chevaux.

- Oui, j'avais bien compris qu'il ne s'agissait pas de moi ! Et quand bien même ! Je me moque pas mal de votre opinion.

- Mmm.

- Bon, et si nous y allions ?

- D'accord. J'ai fait un tour de reconnaissance, ce matin, avec le garçon d'écurie, pour repérer les éventuelles possibilités d'embuscades. Que diriez-vous de cet itinéraire ?

Lily prit la carte en faisant bien attention d'éviter la main de James, et étudia la route qu'il avait suivie au petit matin, et tracée en rouge. Deux heures de chevauchée, au moins ! Quel courage, pour un homme qui détestait les chevaux ! D'ailleurs, à bien y regarder…il était tout pâle, et on percevait dans son maintien une raideur inhabituelle.

- Cela me convient très bien.

Il plia la carte avec une lenteur et un soin suspects, la glissa dans la poche arrière de son jean.

- Puis-je vous aider à monter ? offrit-il.

- Non merci.

D'un seul élan, Lily fut en selle. L'équitation était la seule chose qu'elle avait accepté d'apprendre de son père, et c'était une excellente cavalière. Du coin de l'œil, elle surveillait James. Les épaules basses, comme écrasé par le poids de ce qu'il fallait entreprendre, il passa un temps fou à harnacher son cheval. Enfin, il posa le pied dans l'étrier et s'installa en selle avec une aisance qui surprit Lily.

Ils se mirent en route, côte à côte. James montait bien, mais de façon trop rigide. Il avait la mâchoire crispée, le regard un peu fixe. Contrairement à ce que Lily attendait, son malaise ne produisit pas en elle la moindre satisfaction.

- Parlez-moi un peu de votre métier, suggéra-t-elle avec, dans le fond, le projet charitable de lui changer les idées. Si j'ai bien compris, monter à cheval ne fait pas partie de votre quotidien ?

- Non, pas du tout. Je suis plus familier des embuscades pour mafiosi, des combats au couteau, ou des longues parties de cache-cache avec les belles espionnes russes !

- Vous vous moquez de moi ?

- De moi surtout. En fait, mon travail est plutôt pénible et solitaire. Parfois, au terme d'une enquête assommante, je décroche le gros lot. Ça me regonfle, et je repars tout ragaillardi…pour une autre période fastidieuse.

- Et cette fois, vous aller rater ce fameux gros lot. S'agissait-il de l'opération que vous évoquiez tout à l'heure ? En quoi consistait-elle ?

- Une des nombreuses difficultés de mon travail est que je n'ai pas le droit d'en parler. Cette opération est tenue secrète. Dans quelques jours, probablement, vous en saurez plus par la presse.

- C'est une histoire de drogue.

James lui lança un regard surpris.

- Pourquoi pensez-vous à cela ?

- Hier, vous parliez d'un voyage en Amérique centrale. De quoi pourrait-il s'agir d'autre que de drogue ?

- Contrebande de sacs en peau d'alligator.

- Et on vous a mis en pénitence au moment où tout allait réussir en vous confiant cette corvée de surveillance "rapproché", comme vous dites. Pourquoi ?

- Sans doute parce que je ne me montrais pas aussi respectueux que mes supérieurs le souhaitaient.

- C'est tout ? Mon Dieu, je ne supporterais pas cinq minutes un poste pareil !

- Pas deux minutes, corrigea-t-il avec un petit sourire.

- Vous savez, reprit la jeune femme après un court silence, vous ne montez pas si mal que ça.

- Ah bon.

- Vous avez pris des leçons ?

- Jamais. La dernière fois que j'ai approché un cheval, je devais avoir douze ans.

- Eh bien….je peux d'ores et déjà vous prédire que vous aurez mal aux fesses ce soir.

Lily se troubla aussitôt, se maudissant de cette évocation trop intime. Sous le regard amusé de son compagnon, elle rougit jusqu'aux oreilles.

- Vous n'aimez pas les chevaux, n'est-ce pas ? s'empressa-t-elle d'ajouter.

- J'espérais que cela ne se verrait pas trop.

- Pourquoi ne pas avoir chargé un de vos deux collègues de cette corvée ?

- Parce qu'ils sont à peu près aussi à l'aise que moi sur un cheval, et que dans ces conditions, leur efficacité en cas de problème ne serait pas suffisante. J'ai plus d'expérience qu'eux deux réunis.

- Vous auriez pu nous demander d'annuler la promenade.

- Lily…je vous l'aurais interdit et dans la minute qui suivait, vous filiez à l'écurie…en prenant d'assaut le pilier de votre balcon.

De stupeur, Lily arrêta net son cheval.

- Quoi ? Vous saviez ?

- Bien sûr. Je peux même vous dire qu'à ce moment-là, peu vous importait que votre jupe vous remonte jusqu'aux oreilles !

- Oh ! Vous…vous m'avez vue sortir, et vous n'êtes pas intervenu ?

- Pourquoi l'aurais-je fait ? Vous êtes une femme libre dans un pays libre. Vous aviez le droit d'aller où vous vouliez ! Mon rôle n'est pas de vous interdire de bouger, mais de vous protéger où que vous alliez.

- Et quelle protection ! Vous m'avez vue descendre, vous vous êtes dit "La voilà qui s'en va" et vous êtes parti faire votre sieste !

- Pas tout à fait. J'ai dit "La voilà qui s'en va. Remus, dépêche-toi et ne la lâche pas d'une semelle." Ensuite seulement je suis allé faire la sieste.

- Personne ne m'a suivie ! s'exclama-t-elle, triomphante. Vous imaginez bien que je m'en suis assurée !

- Comme vous l'avez correctement supposé, mademoiselle Evans, nous passons de longues heures de notre entraînement à nous déplacer avec la discrétion la plus absolue. Nous savons marcher sur un tapis de branches mortes sans faire le moindre bruit. Remus vous a suivie tout le temps.

- Je peux vous certifier que non !

James soupira.

- Vous êtes descendue de votre chambre par le balcon, avez fait le tour de la piscine, traversé la pelouse, et couru jusqu'au petit bois par le sentier qui longue les écuries. Ensuite, vous avez gagné le promontoire rocheux, de l'autre côté de la colline, et là-haut, les mains en porte-voix, vous avez crié quelque chose du genre : "Potter, vermisseau incompétent !"

- Cloporte incompétent, corrigea-t-elle avec humeur. Et vous trouviez amusant de me faire croire à cette incompétence ?

- Rien, dans ce petit incident, ne m'a paru amusant, mademoiselle Evans.

- Alors pourquoi n'avoir rien dit ? Vous vouliez me faire passer pour une idiote ?

- Qui cherchait à faire passer l'autre pour un idiot ? riposta-t-il.

Lily se sentit si humiliée, si furieuse, qu'elle donna un coup de talon dans les flancs de son cheval, et partit au grand galop.

- Lily !

Il y avait, dans ce cri autoritaire, une rage froide qui lui fit peur. Un regard en arrière lui confirma ce qu'elle savait déjà, jamais il ne la rattraperait. Elle possédait une meilleure technique, une meilleure monture, et connaissait le chemin comme sa poche. Déjà, James se trouvait largement distancé.

Tournant dans un sentier qui n'était pas indiqué sur sa stupide carte, elle se lança à bride abattue vers la maison.

Et puis, quelque part vers l'arrière retentit un cri de douleur. Elle tira aussitôt sur les rênes pour arrêter son cheval, et se retourna. Le sentier était désert, il n'y avait pas un bruit.

- James ? hurla-t-elle.

Pas de réponse. Après une courte hésitation, elle rebroussa chemin d'un petit trot prudent. Elle l'aperçut bientôt, couché au milieu du sentier, son cheval auprès de lui.

Aïe ! Qu'avait-elle fait ? Elle se doutait bien qu'il mettrait un point d'honneur à la rattraper, ou du moins essayer, quel que soit le danger que cela représentait pour lui. Et lancer un cheval inconnu au galop, lorsque l'on ne possède ni la maîtrise ni la confiance suffisantes, pouvait se révéler très dangereux.

Lily glissa à bas de sa selle et s'agenouilla à côté de lui. Il était recroquevillé sur lui-même, inerte.

- James ? chuchota-t-elle, affolée, en posant la main sur son épaule.

Avec un cri de terreur, elle se redressa. Rapide comme l'éclair, il venait de lui saisir la cheville. Dans ses mouvements désordonnés pour lui échapper, Lily ne réussit qu'à perdre l'équilibre, et à tomber à la renverse sur le sol sablonneux.

Une demi-seconde plus tard, elle était écrasée au sol par le poids de James, les bras immobilisés. Son visage se trouvait à quelques centimètres du sien.

- Ne recommencez jamais un coup pareil, lui dit-il en détachant chaque mot. Jamais !

Furieuse, impuissante, Lily avait cessé de se débattre.

- Où sont passées vos belles phrases, espèce d'hypocrite ? "Vous êtes une femme libre dans un pays libre…" Ah ! Elle est belle votre liberté !

- Elle s'arrête là où elle m'empêche d'accomplir correctement mon travail, c'est tout.

Il se redressa d'un bond, l'entraînant avec lui.

- C'était vraiment un sale tour de votre part de me faire croire que vous étiez blessé.

- Peut être, mais ce fut efficace, et cela seul importe.

- Le jour où vous serez vraiment blessé, ne comptez pas sur moi pour vous venir en aide. Vous connaissez l'histoire du petit garçon qui criait "au loup" ?

- Oui, comme tout le monde. Mais je ne suis pas le petit garçon, moi, je suis le loup. Ce n'est pas moi dont la vie est menacée, Lily. Pas moi dont le nom est inscrit en toutes lettres sur des lettres anonymes. Pas moi, enfin, qui me comporte avec l'insouciance d'une enfant de deux ans ! Pitié, Lily ! Regardez donc les choses en face !

Il la relâcha si brutalement, que les larmes lui montèrent aux yeux. En silence, elle massa son poignet endolori.

- Je vous ai fait mal ? demanda-t-il avec un peu plus de douceur.

Elle le toisa d'un air fier.

- Non, pas du tout. Allons-y.

Elle remonta à cheval sous l'œil vigilant de James, et blêmit de rage en le voyant s'emparer de ses rênes.

- Il n'est pas question que vous me meniez par la bride comme une gamine au manège ! s'exclama-t-elle, outrée.

- Je ne commets jamais la même erreur deux fois de suite, mademoiselle Evans. Je suis peut être un cloporte incompétent, mais un cloporte méfiant tout de même.

- Je promets que je ne recommencerai pas. Vous pouvez me faire confiance.

- Non, la confiance se mérite. Lorsque vous aurez gagné la mienne, nous verrons. Pas avant.

Tout en la tirant derrière lui, il alla prendre son propre cheval par la bride, et ce fut dans cet équipage, lui à pied devant, elle en selle derrière, qu'ils se mirent en route. Lily se sentait ridicule. James utilisait avec elle le ton, la technique, qu'elle-même employait pour se faire obéir de ses élèves de cinq ou six ans !

- James…

- Le sujet est clos, Lily, répondit-il sans même daigner se retourner.

- Pas pour moi ! Il n'est pas question que je revienne au domaine dans cette position humiliante !

- Vous pouvez toujours descendre de cheval et marcher !

Ce qu'elle s'empressa de faire. Mais les bottes d'équitation ne sont guère adaptées à la marche, et ce fut en boitillant qu'enfin, elle atteignit l'écurie.

- Vous parliez de faire des courses cet après midi ?

- Absolument. Et rien au monde ne me fera changer d'avis, ajouta-t-elle en lui jetant un regard assassin.

- Ah bon ? Qu'avez-vous donc de si important à acheter ?

- Rien. Mais je ne veux pas me priver du plaisir de vous faire porter mes paquets.

Il la fixa un instant de son regard si dur. Puis un léger sourire se dessina sur ses lèvres, et il secoua la tête d'un air de commisération.

- Ma pauvre Lily ! Si vous croyez que vos petites vexations peuvent atteindre un homme comme moi !

- C'est ce que nous verrons ! maugréa-t-elle en claquant violemment la porte de la maison.

*****

- Ma chère Lily, vous devriez cesser de bouder, lança James au moment de partir. Nous n'irons pas en ville avec iça/i.

- Je ne boude pas. Votre façon de faire du zèle m'énerve, c'est tout. Donnez-moi une seule bonne raison de prendre votre voiture à la place de la mienne.

- Vous allez sans doute me traiter de tous les noms, mais vous voir au volant d'un tel monstre ne me rassure qu'à moitié. Surtout, je trouve le rouge de votre Ferrari un peu voyant. A bord de cet engin, vous faciliterez grandement la vie de vos éventuels poursuivants.

Il avait certainement raison, mais cela posait un problème. Il faudrait bien qu'elle rentre chez elle ! Les vacances de printemps s'achevaient, et d'ici quelques jours, ce serait la rentrée. Si ces terroristes existaient réellement, et qu'ils devaient se manifester…il faudrait cesser un temps d'utiliser sa Ferrari, voilà tout.

Un moment, la jeune femme fut tentée de révéler sa véritable existence à James. Car elle avait vu de quoi il était capable au cours des deux derniers jours, et savait qu'en sa présence, rien de grave ne se produirait. A supposer que ces menaces n'étaient pas vaines, elle se sentirait infiniment plus rassurée de le savoir à proximité.

Hélas, ce serait impossible. Le directeur de l'école avait clairement défini ses conditions d'embauche : la présence de Lily Evans dans son établissement ne devait en aucun cas perturber la bonne marche de l'école : pas de reporters, pas de curieux. Bien sûr, on n'avait pas évoqué les gardes du corps, mais il allait de soi qu'ils étaient aussi concernés.

D'un autre côté, le prix à payer pour bénéficier de la protection de James lui paraissait beaucoup trop élevé. Jusque-là, elle avait gagné un pari impossible : empêcher son père de lui gâcher la vie. Son existence devenait au fil des mois de plus en plus normale, ses plaisirs, ses occupations comme ses préoccupations ressemblaient de plus en plus à ceux des femmes ordinaires. Si James Potter découvrait son lieu de travail, il avertirait son père, et c'en serait fini de sa liberté. Paranoïaque comme il l'était, Elliot Evans ne supporterait pas l'idée qu'elle fréquente les quartiers de Monsieur-tout-le-monde, et risque d'y côtoyer les vendeurs de drogue ou les petits délinquants. Et puis il ne comprendrait jamais ce besoin de travailler, ni l'importance qu'elle attachait à ce poste modeste.

James la conduisit vers une banale petite voiture blanche, et lui ouvrit la portière. Lily eut une fois de plus la tentation de se rebeller, de lui prouver qu'on ne la menait pas si facilement à la baguette. Mais elle comprit à son regard qu'il serait vain de chercher à lui échapper. Sa seule révolte fut le coup d'œil méprisant dont elle balaya l'intérieur du petit véhicule.

- Je sais, déclara James en s'installant au volant. Mais avec celle-ci, nous pouvons aller où bon vous semble, personne ne vous remarquera.

- L'anonymat… Voilà ce que je déteste le plus au monde ! s'exclama-t-elle avec un petit rire supérieur.

Rien de plus faux. Mais si James Potter la prenait vraiment pour une jeune femme capricieuse et snob, uniquement préoccupée de briller en société, il aurait bien du mal, le moment venu, à retrouver sa trace. Comment pourrait-il imaginer les trésors de douceur, de disponibilité, de générosité qu'il y avait en elle, et l'avaient conduite à s'occuper des plus démunis ?

- Vous êtes bien silencieuse, observa James, soupçonneux.

Ils approchaient de la ville, et la circulation se faisait plus dense sur l'autoroute.

- Je ne caquette pas toujours comme une poule, monsieur Potter. Et je ne vois pas pourquoi je m'épuiserais à faire la conversation à quelqu'un qui ne me supporte pas !

- Qui vous a dit que je ne vous supportais pas ? s'exclama-t-il avec un sourire aussi ravageur qu'inattendu. Mais je serais beaucoup plus détendu si quelqu'un d'autre assumait la responsabilité de votre protection, et que j'assistais de loin à vos escapades.

Elle répondit par un haussement d'épaules, puis entreprit de le guider vers la galerie marchande la plus huppée de la ville. Elle avait, bien sûr, sa petite idée derrière la tête. Ils laissèrent la voiture au parking, et entrèrent au centre commercial, où les vitrines vivement éclairées faisaient assaut de luxe et d'élégance.

Lily s'arrêta devant une boutique de lingerie féminine, qui présentait en devanture les dentelles les plus osées, les plus suggestives, et lui adressa un sourire plein d'innocence.

- J'entre ici. Je ne serais pas longue.

Elle espérait bien que l'idée de rester planté devant une vitrine de sous-vêtements pour femmes le mettrait dans une position désagréable vis-à-vis des passants, et qu'il passerait un quart d'heure détestable à l'attendre. Mais à sa grande déception, il ne parut pas gêné le moins du monde, au contraire !

- Vos paquets ne seront pas si lourds à porter, observa-t-il, moqueur. Amusez-vous bien.

Furieuse, Lily entra dans le magasin. Encore raté ! Une fois de plus, c'était elle qui passait pour une imbécile.

- J'ai vu un homme bizarre devant votre vitrine, annonça-t-elle à la vendeuse venue l'accueillir. Vous devriez vous méfier.

Puis, très digne, elle disparut dans les profondeurs de la boutique, avec en tête le projet de renouveler entièrement sa lingerie, et de troquer ses sous-vêtements, tout simple de coton contre d'autres plus…sophistiqués. Aussi elle s'enferma dans un salon d'essayage avec une collection très sexy de dentelles. Très séduite par sa nouvelle image, et l'univers érotique qu'évoquaient ces gracieux dessous, elle ne se lassait pas de se regarder dans la glace. Son essayage dura un bon moment. L'idée que James l'attendait dehors, loin de la culpabiliser, rendait plus agréable encore sa langoureuse séance de pose.

- Vous n'avez besoin de rien, madame ? demanda la vendeuse en entrebâillant la porte du salon d'essayage. Oh ! Cet ensemble vous va à merveille !

- Je trouvais aussi. Vous l'avez dans d'autres coloris ? Ce rouge ne me plaît qu'à moitié.

- Je l'ai en noir ou en pêche. Je vais vous les chercher. Ah ! Tout de même, ils arrivent ! ajouta-t-elle en se tournant vers la vitrine. J'ai appelé la police au sujet de l'homme suspect que vous m'aviez signalé. Il ne semblait pas vraiment dangereux, mais il tournait autour de la boutique, et j'ai préféré prendre mes précautions.

Lily voulut parler, mais seul un rire nerveux lui échappa. Enfilant le léger peignoir mis sur une patère à la disposition des clientes, elle se précipita hors du salon pour regarder à l'extérieur. Devant la boutique, James se trouvait en grande conversation avec deux policiers.

Hélas, son plaisir fut de courte durée. Très vite, il sortit de sa poche un portefeuille noir, puis une carte, dont la seule vue fit se raidir de respect les deux agents. Une conversation très bon enfant s'ensuivit, et Lily battit en retraite dans son salon d'essayage en se mordant les lèvres.

Quelques secondes plus tard, la voix scandalisée de la vendeuse s'élevait dans la boutique.

- Non, monsieur, cette partie du magasin est réservée à l'essayage, vous n'avez pas le droit d'entrer.

Par la porte entrouverte, Lily aperçut James sortant une nouvelle fois la carte, qui eut sur la vendeuse un impact extraordinaire. Blême et tremblante, elle le guida elle-même jusqu'à l'endroit où Lily, qui n'en menait pas large, venait de s'enfermer à double tour.

- Lily ? Je compte jusqu'à trois. Si vous n'êtes pas sortie, j'enfonce la porte.

- Je…je ne suis pas habillée.

- Vous pouvez bien être toute nue, je m'en contre-fiche. Sortez immédiatement, ou je me fâche. Et croyez-moi ça va faire très mal.

- Je ne savais pas qu'elle appellerait la police !

- Un !

- Et puis, on ne vous a pas arrêté, non ?

- Deux !

- Même, je suis certaine que vous vous êtes fait deux nouveaux copains ! Vous devriez me remercier !

- Trois !

Lily ouvrit précipitamment la porte, et s'avança vers lui, vêtue du seul peignoir à peu près transparent.

- Je suis désolée, James. Vraiment.

L'expression assassine de son visage ne persista pas longtemps. Lentement, les yeux de James descendirent vers les jambes nues, le long des cuisses que le peignoir dévoilait jusqu'à ses chevilles. Il fit un pas vers elle et referma la main sur sa nuque pour la forcer à le regarder.

Ses lèvres descendirent alors sur les siennes, brutales, agressives, allumant au creux des reins de Lily une onde brûlante. Et au lieu de résister à son étreinte, au lieu de se débattre pour échapper à ce qu'il devait considérer comme une punition, Lily lui offrit ses lèvres, se serra contre lui avec une passion qui dépassait de très loin son entendement.

Très vite, la violence de son baiser se mua en ardeur. Ils restèrent quelques secondes ainsi, vacillant dans les bras l'un de l'autre, consumés de désir… Puis James parut se ressaisir, et la repoussa d'un seul coup.

- Cela n'aurait pas dû se produire, jeta-t-il d'une voix coupante.

Lily ne pouvait plus prononcer une parole. L'intensité de ce qu'ils venaient de partager l'avait laissée interdite.

- Toutes mes excuses, ajouta-t-il, très professionnel. J'ai dû…perdre la tête. Complètement. Et cela ne se reproduira pas, je peux vous l'assurer.

La façon solennelle dont il s'exprimait éveilla aussitôt en Lily une envie diabolique, irraisonnée : celle de le pousser le plus vite possible à se désavouer. Mais déjà, il s'écartait d'elle, tournant les talons. Sur un simple signe de tête à la vendeuse médusée, il quitta la boutique.

Ce fut seulement lorsque sa haute silhouette eut disparu que Lily recouvra son entière lucidité. Elle, la sage Lily qui n'avait jamais cherché à séduire personne, venait, très sérieusement, d'user de son charme sur un homme en plein lieu public !

D'un coup faite la veille par James lui-même revint à sa mémoire : "Si, dans un moment de folie, je décidais de vous embrasser, je crois bien que je n'aurais pas à m'en repentir." Aurait-il dit vrai ?

Mon Dieu, mon Dieu ! Que lui était-il arrivé ? D'accord, James possédait une virilité, un magnétisme, auquel aucune femme ne devait résister, mais tout de même ! Elle le trouvait antipathique, il ne cessait de l'humilier…Pourquoi, alors, se sentait-elle si ifemme/i, auprès de lui ? C'était comme si sa présence révélait à la lumière des zones inconnues de sa personnalité. La calme et très raisonnable Lily Evans découvrait qu'en plus de son esprit parfaitement constitué, elle possédait un corps capable d'éprouver le désir le plus ardent.

Bien, elle venait de commettre une grave erreur en se laissant aller à cette impulsion, mais tant pis, on ne revient pas sur le passé. D'ici deux jours, elle aurait quitté le domaine de son père, ses idées fixes et ses gardes du corps, et tout rentrerait dans l'ordre.

Lily paya ses achats, mais son esprit était ailleurs. Comment pourrait-elle tromper la vigilance de son protecteur, et rentrer chez elle sans s'inquiétée ? Ce serait certainement la partie la plus difficile à gagner. Il faudrait ruser, peut être utiliser le manque d'expérience évident du jeune Peter Pettigrow ?

Et si des terroristes voulaient effectivement lui nuire ? Sa seule force résidait dans le fait qu'ils ne songeraient jamais à venir la chercher dans sa petite école délabrée.

En retrouvant James dehors, elle eut une seconde l'impression que rien ne s'était passé. Adossé au mur, il sifflotait un petit air, et rien dans son regard n'évoquait le moment intense qu'ils venaient de partager. Très digne, la jeune femme passa devant lui, tenant bien serré contre elle son sac rempli de la plus fine des lingeries.

Pour rien au monde, elle ne le lui aurait confié !


Petit mot de la jumelle de l'auteur:

Eh! Il est pas génial ce chapitre? Moi ça a été un de mes préféré perso, c'est vrai qu'un garde du corps qui t'embrasse dans un magasin de lingerie quand t'es à moitié à poil ca fait rêvé nan?

Bon sinon, je suis heureuse de poster les chapitres pour ma jumelle d'amour, comme ça je peux mettre mon mot de fin. BON, et maintenant n'hésitez pas à appuyer sur le petit bouton vert, je vous assure ça la rend folle, sur msn elle me fait j'ai une review ouuuaiiiis!!!!

Bon elle le dit peut-être pas tout à fait comme ça, mais c'est dans l'idée ^^. Donc voilà, pour son bonheur, et donc le mien par conséquent, laissez des reviews!!! En espérant que ça vous ai plu! N'hésitez pas à revenir sur notre compagnie.

A bientôt.