But she's also a part
A part of the tale
Tabatha ne savait pas vraiment ce qu'elle faisait là. L'homme aux cheveux bleus l'avait amenée là, et elle l'avait suivit. Il lui semblait vaguement familier, comme si c'était un être cher qu'elle avait oublié. Ou peut-être était-ce simplement un reste de l'âme de Martel qu'ils avaient tenté d'injecter en elle. L'homme en bleu semblait tendu, presque désespéré et il partit au bout d'un moment en lui demandant de rester ici.
L'androïde sentit alors comme un appel, une vague courir son corps. Elle leva la tête et vit un bourgeon lumineux descendre vers elle. Sans qu'elle sache pourquoi, elle sut que c'était la Graine Suprême et son rôle devint clair. Sans un mot, elle tendit les bras vers le ciel, attirant la graine à elle. Celle-ci sembla disparaître quand elle toucha le sol, libérant un souffle de vent sauvage. Par réflexe, Tabatha se couvrit le visage des mains, jusqu'à ce qu'elle sente l'atmosphère changer.
Elle ne sut pas quand elle avait changé de position pour se retrouver en prière, ni pourquoi elle était dans cet étrange univers, mais cela lui importait peu. Elle sentit une douce présence l'envelopper, puis repartir et revenir encore. Derrière ses yeux fermés, elle priait elle aussi.
Faites que l'Arbre renaisse. Oh Martel, je vous en prie, donnez une chance à ce nouveau monde.
Quelque chose changea, elle crut sentir une main maternelle caresser ses cheveux, puis quelqu'un l'enlacer dans une chaleureuse étreinte. Puis tout se mit à briller, elle sentit ses pensées disparaître dans une nouvelle lumière, son corps s'adapter à son destin. Et elle devint autre.
Martel ouvrit les yeux. Vaguement désorientée, elle regarda autour d'elle. La dernière protectrice de l'Arbre avait apporté la nouvelle de sa mort... Alors que faisait-elle là ? Pourquoi... Une sensation bien connue, presque imperceptible l'interpella. Était-ce possible... ?
Elle traversa les ruines qui l'entourait et se rapprocha de la résonance qui l'appelait. Une petite pousse, fine, fragile, tenue, brillait à ses yeux. Doucement, ayant presque peur d'y croire et de la voir s'évanouir comme un rêve, Martel s'agenouilla et encore plus timidement caressa une des feuilles. La pousse ne disparut pas entre ses doigts. Souriante et soulagée, elle se releva pour accueillir les personnes responsable de ce miracle.
De ce qu'elle voyait de leurs coeurs, ils lui semblaient dignes de confiances. Elle leur expliqua son rôle, un peu surprise de la comparaison avec la dernière prêtresse de l'ancien Arbre, fit apparaître la future forme de l'Arbre. Elle décida de leur demander un nom pour l'Arbre. Tel n'était pas son rôle en tant que Gardienne et, sans qu'ils en soient entièrement conscient, les deux humains étaient responsables de ce renouveau, donc ce rôle leur revenait. Ils le prirent au sérieux, et finalement, le garçon fit son choix.
Yggdrasill.
Les âmes innombrables que Martel portait approuvèrent.
Bientôt, elle se retrouva seule. Ce ne fut pas pour longtemps, car de nouveaux pas se firent entendre dans les ruines de la Tour de Salut. En voyant l'homme aux cheveux bleus approcher, une âme se bâtit pour rester près de la conscience de la nouvelle Martel, en répétant un nom dans une litanie suppliante. Yuan.
Le Demi-Elfe s'arrêta à quelques mètre de la gardienne et l'observa, silencieux. Son expression était ambiguë, mélange d'une peine poignante qui lui donnait un visage gardé, dur, de souvenirs infinis et d'une douceur étonnante pour quelqu'un qui avait autant vécut que cette personne. Il restait silencieux, perdu dans ses pensées tout en la regardant – mais la voyait-il vraiment ou voyait-il une autre, un fantôme de son passé ?. Finalement, il fit demi tour et s'éloigna.
L'âme de l'ancienne gardienne devint plus pressante, plus urgente. Martel s'avança, il se retourna.
«Elle...»
Elle ne savait pas vraiment quoi dire, des milliers de phrases dansèrent dans son esprit. Le Demi-Elfe attendait.
«Elle veut que vous sachiez qu'elle est heureuse et qu'elle ne vous en veut pas.»
Il eut un pauvre sourire. Les mots étaient pauvres, mais il comprenait qu'elle voulait le réconforter, calmer son amertume.
«Je sais.»
Cela ne l'empêcha pas de se retourner et de repartir à pas lents.
