Et ce soir là, quand il me rejoint dans ma chambre, il pense que tout va aller comme d'habitude. Que je vais m'allonger, et qu'il vas pouvoir prendre son pieds. Imbécile ! Tout ce qui l'accueille est ma voix, froide et lointaine :

« Dégage bâtard.

- Pardon ?!

- J'en ai marre Tom. Marre de tout ça.

- Tout ça quoi ?

- Putain, mais Tom, tu te rends pas compte que j'aime pas ça ? Coucher avec toi ? Baiser avec mon jumeau ? Tu te rends pas compte que tu me détruit ?

- Mais..

- Tom, on arrête tout. On arrête ces conneries. J'en peux plus. J'en crève. Je le supporte plus. Je te supporte plus.

- Mais..

- Mais quoi bordel ? Tom, franchement, tu es pire que dégueulasse. Tu me dégoûte. J'arrive pas à croire que tu puisse vivre avec des sentiments pareils. Rien que te voir me donne envie de gerber. Tu t'en rends compte que tu m'écœure ? Que tu me tue ? Hein? Tu t'en rends compte? Non, je crois pas. Tu te voile la face, & tu me saut chaque soir, comme une pute qu'on prends et qu'on jette après. Mais tu vois, tes émotions, je leur crache à la gueule pour te montrer à quel point elles me dégoûtent. & toi, je te crache à la gueule pour ce que tu es, ce que tu ressent, & te montrer à quel point tu es idiot. Idiot de croire qu'un jour je puisse t'appartenir. Tom, ta faiblesse te perdras. Je sais que tu as besoin de moi, & j'en ai profité, je l'avoue. Vois tu Tom, moi, que tu vive ou pas, j'en ai rien à foutre. Ton existence est comme celle de l'une de ces fans qui me cours après. Inutile. Tu crois que ton amour me touche. Il me fait rire. Tom, je te hais. Mais plus encore que je ne te hais, je t'ignore. Ton existence n'est rien comparée à la mienne, & ta vie n'est pas plus importante que celle d'une fourmi. Chacun de tes souffle m'insulte, & pourtant, je n'en ai rien à faire. Tom, tu peux bien prononcer, dire, avouer, crier ce que tu veux, tes mots n'ont aucun effet sur moi puisque tu n'existe plus à mes yeux. Tom. Te rends tu compte à quel point je t'abhorres? A quel point je t'exècres? A quel point tu me dégoûte? & à quel point je désirerais te voir souffrir mille tortures, & crever en cris et larmes, à petit feu, de cette torture? Tom, crève, je n'en serais que plus tranquille, c'est ton seul moyen de m'aider. Ton seul moyen de me faire revivre. Abandonne moi, abandonne toi au passage. Quitte ta vie, et laisse moi respirer. Deux jumeaux n'ont pas le droit de s'aimer. Je te hais.."

Et sur ce, moi je m'en vais. C'est tout ce que j'ai a faire puisque je sais comment va se passer la suite. Et tout ce que je laisse derrière moi, c'est lui, épuisé et détruit de mes dernières paroles. Les dernières qu'il entendra, j'en suis sur. Et le bonheur doit se lire sur mon visage, car les gens se retournent sur mon passage. Je m'en vais ailleurs, pour la journée, et quand je reviendrais, je compte bien à ce qu'on m'annonce son suicide. Oh mon Dieu, je trépigne d'impatience.. Je suis tellement pressé que les devantures des magasins de Paris, que j'aurais aimé auparavant me paraissent fades et inintéressantes. Seuls m'intéressent les quelques dreadés qui passent et voguent dans la marre humaine des rues de la ville lumière. Quand j'en croise un, je ne peux m'empêcher de faire le rapport avec lui. Mon Dieu, je deviendrais presque obnubilé par lui. Mon Dieu, j'irais presque prier pour sa mort.

Et quand je passe devant une église, c'est plus fort que moi. J'entre, et vais prier. Une petite prière de ma composition. Un truc faible au final, et mal écrit. Mais où je mets tout mon cœur et mon espérance. Croyez vous que Dieu puisse réaliser quelque chose d'aussi égoïste ? Moi je pense que oui, et cela me réjouit. Alors je prie.

Les heures filent et défilent, et moi je passe et trépasse. L'attente est impossible, l'anticipation serait malsaine. Alors je marche. Traverse des rues, prends le bus, le tramway, le métro. Déguisé comme je le suis, avec ma casquette et mes lunettes de soleil, piercings enlevés, et vêtements banals, je passe inaperçu. Alors j'en profite. Et lorsque mes pas me ramènent devant l'hôtel, je souris.

Je crois que je n'ai jamais autant souris qu'à ce moment là.. Les ambulances étaient arrivées. Les flics étaient la. Oh mon Dieu tout serait-il finit ?? Alors j'avance jusqu'à l'entrée, ou David se saisit de moi. Et l'effroi qui passe dans ses yeux me fait rougir.

« Bill.. Tom, il est...

- Oui ? »

Comme si je ne le savais pas..

« Tom est mort Bill. »