Je poste ce chapitre en catastrophe avant de partir m'installer pour l'Université, pour que vous n'ayez pas à attendre une semaine de plus … Mais maintenant, mes MAJ vont être plus espacées ! Désolée …

Merci aux reviewers, ça fait toujours autant plaisir !

Chapitre 7 : Nightmare

Une bonne partie de la nuit de Clara fut hantée par le visage de Sirius. Sa journée avait été aussi merveilleuse que douloureuse. Le match lui avait rappelé des émotions qu'elle avait mit de côté depuis des mois et qu'elle avait voulu oublier. Mais elle avait toujours été dingue de Quidditch et ce match lui avait fait l'effet d'une douche froide. Elle était à nouveau fan de ce sport … Comme elle l'avait montré à Sirius. Et comme elle le regrettait ! Elle aurait voulu retourner en arrière et ne jamais insister auprès de Sarah pour aller voir les garçons. Non, jamais elle n'aurait du aller les voir pour leur montrer qu'elle s'y connaissait un peu mieux qu'ils ne le pensaient. Tout ça pour une bête histoire d'orgueil … Elle avait juste voulu leur montrer qu'elle en savait à peu près autant qu'eux, et qu'elle pouvait se montrer intéressante quand elle le voulait … Elle avait tout gagné ! Sirius avait reconnu qu'elle était une vraie connaisseuse de Quidditch, James l'avait félicitée … Même Remus avait quitté son masque impassible pour montrer un peu d'étonnement.

Mais voilà, elle était allée trop loin. En s'asseyant à côté de Sirius, en entamant ce duel de connaissances, elle avait remué des souvenirs douloureux. Elle se souvenait à présent qu'elle ne supportait plus qu'un garçon la touche, et que de voir un balai la faisait plonger dans un abîme de culpabilité. Pourtant, elle avait apprécié cette soirée avec les Maraudeurs, à parler de Quidditch. Pour un peu elle avait failli oublier tout ce qui la tracassait. Mais il avait fallut qu'il pose cette question … Et il avait cassé la magie de l'instant. De toute façon, ils ne s'étaient sûrement pas rendus compte à quel point ils lui avaient fait du bien, tous. Peut-être qu'ils ne parleraient plus jamais de ça, mais elle, elle s'en souviendrait encore longtemps. C'était la première fois depuis sa fuite de Beauxbatons qu'elle était aussi proche d'un individu mâle, et cela faisait encore plus longtemps qu'elle n'en avait pas été heureuse. Sirius Black pouvait se vanter de lui avoir fait autant de bien que de mal, ce soir là … Mais désormais, elle se tiendrait loin de lui. Ou du moins, elle essayerait. Cela faisait trop mal de se rappeler des bras de Joram autour de sa taille … Et il suffisait qu'elle voit un garçon pour s'en souvenir.

C'est très fatiguée que Clara se leva, le dimanche suivant le match de Quidditch. Mais comme énormément d'élèves de sa maison avaient passés une bonne partie de la nuit à parler du match au coin du feu, elle ne fut pas la seule à avoir l'air épuisée quand elle descendit dans la Salle Commune. L'air de rien, elle évita James qui lisait un parchemin dans un fauteuil, et elle se dirigea vers Lily. La rouquine était déjà plongée dans un énorme livre et elle remarqua à peine Clara quand elle vint s'asseoir en face d'elle.

- Hello … Bien dormi ? Fit la jeune française d'un ton enthousiaste.

- Bien, bien …

Elle leva les yeux de son livre, le claqua brusquement et fit un sourire fatigué à Clara.

- Enfin, quand je dis bien … Si tu avais évité de parler dans ton sommeil, ça m'aurait arrangée pour mieux dormir, si tu vois ce que je veux dire …

Clara fronça les sourcils. Elle ne savait pas qu'elle parlait dans son sommeil … Mais au moins, ça voulait dire qu'elle avait dormi … Et rêvé ! C'était un bon point, elle qui avait eu l'impression en se levant d'avoir passé une nuit blanche …

- Et qu'est-ce que j'ai dit de beau ?

Lily eut une grimace amusée, et Clara s'effraya un peu de cette mimique. Cela ne présageait rien de bon …

- Beau, je ne dirais pas ça … Lily eut un rire silencieux avant de continuer : Tu as dit plusieurs fois le nom de Sirius …

Clara manqua de s'étouffer et fixa Lily avec des yeux effarés. La préfète en face d'elle contenait avec peine son rire et avait mit sa main devant sa bouche pour cacher son sourire malicieux. Clara, elle, ne voyait pas trop ce qu'il y avait de drôle …

- Tu me fais marcher … C'est une blague … Je n'ai pas rêvé de … de Sirius !

Elle avait subitement baissé le ton en disant son nom. Il venait d'apparaître en haut des escaliers et elle ne tenait vraiment pas à ce qu'il sache qu'elles parlaient de lui.

- Il faut croire que si, puisque que tu as parlé de lui …

Clara avait beau chercher dans sa mémoire, elle ne se souvenait vraiment pas d'avoir rêvé une seule fois de lui. Elle avait pensé à lui avant de s'endormir, mais c'était tout ! Non, vraiment, elle ne savait même pas pourquoi elle l'aurait fait !

A ce moment là, Sarah s'approcha des deux filles et s'assit à la dernière place libre à leur table. Elle avait un sourire extra large aux lèvres, et elle l'adressa à Clara … Cette dernière rentra la tête dans les épaules, une moue piteuse sur le visage.

- Alors dis donc, que t'as fait le beau Black pour que tu le repousses avec tellement d'entrain cette nuit ?

- Que je le … Repousse ? Répéta bêtement Clara.

Lily prit un air totalement innocent et ajouta :

- J'ai du oublier ce détail … En fait, tu parlais de lui comme s'il était vraiment en train de t'agacer …

- « Sirius ! Arrête ! » « Sirius stop it now ! » Fit Sarah en imitant un accent français.

Clara écarquilla les yeux. Elle avait repoussé Sirius dans ses rêves ? Cela devenait grave, là ! Est-ce qu'il se pouvait qu'elle ait rêvé qu'il … Non ! Pourquoi aurait-elle rêvé d'une chose pareille ?

- Bon … Calmez-vous et oubliez ça, d'accord ? Je ne me rappelle pas de mes rêves donc inutile d'en parlez à nouveau.

- Ooooh, d'accord … Pas besoin de te fâcher …

- Je ne me fâche pas ! Je suis juste …

Elle se coupa elle-même en voyant Lily et Sarah qui avaient éclaté de rire. Levant les yeux au ciel, elle se leva et se dirigea vers le portrait de la Grosse Dame. Elle avait faim … Et il fallait qu'elle se change les idées.

Lily et Sarah se levèrent à leur tour et suivirent Clara, encore à moitié mortes de rire. Elle ne voulait pas savoir ce qu'elles étaient en train de s'imaginer …

Installée devant son verre de jus de citrouille, Clara devait faire de gros efforts pour ne pas regarder Lily et Sarah. Les deux filles avaient arrêté de rire, mais elles faisaient tout pour capter son regard, et quand elles y arrivaient, elles lui faisaient de grands sourires attendris. Clara aurait voulu leur expliquer qu'elles se faisaient des idées, et qu'elle n'était vraiment pas attirée par Sirius. Mais elle savait que tout ce qu'elle pourrait dire ne pourrait surenchérir sur ce qu'elle avait dit cette nuit. Alors elle se résigna à passer le reste de son petit déjeuner en tête à tête avec elle-même et son croissant … Pas que cela soit très passionnant, mais lui au moins ne lui jetait pas des regards compréhensifs.

Elle mordait à belles dents dans son compagnon de fortune quand une boule de plumes agressive atterrit juste devant elle. Il s'agissait à première vue d'un hibou, l'air passablement fatigué, qui sautilla vivement sur place en battant des ailes. De couleur gris sombre, il avait les plumes ébouriffées, les yeux injectés de sang et un air mauvais. A une de ses pattes, un parchemin roulé serré, clos avec un cachet en cire indéfinissable.

Lily tendit la main vers le rapace pour tenter de le calmer et la retira immédiatement quand le hibou claqua férocement du bec en sa direction. Sarah, elle, regardait l'animal d'un air méfiant et se garda bien de le toucher. Par contre, elle donna un coup de coude dans les côtes de Clara. Manifestement, l'animal ne délivrerait sa lettre qu'à sa destinataire … Et il fixait Clara avec un air qui n'admettait pas le doute.

Sur ses gardes, Clara tendit lentement la main vers le hibou, prête à la retirer si jamais il faisait le moindre mouvement suspect. Il ne bougea cependant pas, continuant de fixer la jeune fille. Clara put ainsi détacher le parchemin, toujours sans savoir de qui il venait. Elle ne savait vraiment pas qui pouvait l'écrire … Son petit frère n'aurait jamais utilisé un tel animal pour sa correspondance. Alors que le hibou s'envolait avec un hululement furieux, Clara fixait le parchemin sans l'ouvrir. Son imagination s'était emballée et elle avait déjà trouvé des dizaines d'expéditeurs potentiels à cette lettre. Mais elle craignait ce qu'elle y lirait. Ce hibou lui avait flaqué la frousse, et elle ne s'attendait qu'à de mauvaises nouvelles venant d'une telle sorte de facteur.

Elle releva la tête pour voir que Lily et Sarah, silencieuses, la regardaient avec de grands yeux. Elles ne riaient plus, elles attendaient que Clara ouvre sa lettre. Alors la jeune fille brisa d'un coup sec le cachet de cire et déroula le parchemin. Après tout, elle devait se faire des idées … Si ça se trouve, c'était son oncle, qui n'avait pas trouvé d'autre hibou pour lui envoyer de ses nouvelles … Du moins, c'était ce qu'elle espérait de toutes ses forces.

Elle ne reconnut pas immédiatement l'écriture, mais dès les premiers mots elle comprit. Cette fois encore, la lettre était en français. Mais ce n'était ni son oncle, ni son petit frère. Ses doigts crispés froissaient légèrement les bords de la lettre, mais elle ne s'en rendait pas compte. Ses yeux étaient plantés sur les deux premiers mots et elle n'arrivait plus à s'en détacher. « Salut Chérie ». Une seule personne au monde l'avait appelée comme ça … L'estomac de Clara se retourna et elle sentit un frisson glacé lui remonter le dos. Elle arrivait presque à sentir l'odeur de Joram, son souffle dans son cou …

Elle aurait du arrêter sur ces mots, froisser la lettre, la jeter au feu et maudire à jamais le souvenir de Joram, mais elle devait savoir, maintenant. Comment avait-il su où elle se trouvait ? Que comptait-il faire ? Est-ce que son petit frère était toujours en sécurité ? L'idée que par sa faute Joram tue Lucas était insoutenable. Elle devait absolument savoir … Une curiosité morbide, douloureuse la forçait à continuer à lire les lignes tracées de la main de son bourreau.

Lentement, elle continua de lire la lettre. Elle n'avait plus conscience de ce qui l'entourait, d'être dans la Grande Salle, qu'autour d'elle Lily et Sarah la regardaient avec des mines d'incompréhensions. Elle ne voyait plus que les mos qui s'enchaînaient pour former des phrases aux significations toutes plus dures les unes que les autres … Quand elle eut fini de lire les derniers mots, des baisers pleins de haine tracés sur le papier, elle se leva brusquement, manquant de faire basculer sa chaise en arrière. La lettre se retrouva immédiatement froissée dans sa main droite, sans vraiment qu'elle ne s'en rende compte. Elle allait se mettre à pleurer devant tout la Grande Salle …

Avant que les larmes ne jaillissent, elle s'enfuit en courant, laissant sur place Lily et Sarah, bousculant sans le voir un élève qui voulait rentrer dans la salle quand elle en sortait. Sans se retourner, elle courut à perdre haleine dans les couloirs, sans savoir où elle allait. Les larmes coulaient le long de ses joues, maintenant, mais il n'y avait plus qu'elle pour les voir. Les jambes flageolantes, le souffle court, elle entra dans les toilettes au détour d'un couloir et se pencha au dessus d'un lavabo. Une envie de vomir comme elle n'en avait plus ressenti depuis qu'elle était en Angleterre lui tordait l'estomac, lui soulevait le cœur. Son petit déjeuner vint éclabousser le lavabo et Clara glissa par terre, la tête entre les mains. Ses épaules se secouaient convulsivement au rythme de ses sanglots, ses mains tremblaient … D'un geste nerveux, elle froissa de plus belle le parchemin, puis le rejeta au loin pour ne plus voir l'écriture de Joram.

Elle resta prostrée par terre pendant un temps indéfinissable. Elle essayait de réfléchir calmement, mais à chaque fois qu'elle jetait un regard vers la lettre, une terreur sans nom lui serrait le cœur et bloquait ses pensées. Le visage de Joram était gravé derrière ses paupières …

Finalement, Clara poussa un long soupir et alla récupérer la lettre, par terre. Elle la fourra dans sa poche sans la regarder, mais ne put empêcher un frisson désagréable la parcourir. Pourtant, il fallait qu'elle se reprenne. D'accord, il l'avait menacée de tuer son frère, de le torturer jusqu'à ce qu'elle supplie de l'achever, d'accord il lui demandait de revenir sur le champ en France si elle ne voulait pas qu'il mette ses menaces à exécution. Mais cela ne voulait pas … Peut-être pas … Dire qu'il avait trouvé son frère. Ni qu'il allait débarquer ici et la faire rentrer de force à Beauxbatons. Elle était sous la protection de Dumbledore. Et son frère était en sécurité, il ne pouvait pas sortir de la maison ultra sécurisée de son oncle. Normalement … Joram ne pouvait rien faire. Ce n'était que du bluff, et rien d'autre. Il essayait de l'effrayer … Et il fallait avouer que cela marchait parfaitement bien. Et puis, il avait dit d'autres choses. D'un autre genre. S'il avait essayé de lui saper le moral … C'était gagné. Mais pour l'instant, elle se savait encore chez elle, à Poudlard. Il avait tord, elle devait s'en convaincre. Elle avait des amis, ici … De vrais amis. Même en leur cachant tant de choses ?

Clara poussa un gémissement et rejeta la tête en arrière, frappant un grand coup l'arrière de son crâne contre le mur. Pourquoi est-ce qu'il s'acharnait comme ça sur elle ? Il était complètement fou ! Elle était partie, il lui avait fait assez de mal comme ça, un humain normal aurait abandonné ! Mais pas lui … Clara le voyait de moins en moins comme un humain normal, décidemment.

- Clara ?

Clara redressa brusquement la tête. Sur le pas de la porte, une jeune fille aux cheveux noirs et aux yeux gris remplis de compassion la regardait sans bouger. Mary Sullivan, sa camarade de chambre … La dernière personne que Clara s'attendait à voir. Apparemment, elle était entrée sans se douter qu'elle la trouverait là …

Clara se leva, se frotta les yeux pour essuyer ses dernières larmes, et fit un sourire maladroit, sans joie, à Mary. La jeune fille en face d'elle ne se débarrassait décidemment pas de cet air inquiet …

- Est-ce que ça va ?

Clara eut un moment envie de l'envoyer balader. Elle ne voulait pas qu'on la voie dans cet état … Mais le mal était fait, et ce n'était pas en lui répondant vertement que Mary allait oublier ce qu'elle avait vu.

- Je … Je suppose que ça pourrait aller mieux.

Mary parcourut du regard le lavabo souillé, puis le visage de Clara et elle eut une moue ironique. C'était la première fois que Clara la voyait aussi expressive …

- Je ne sais pas ce qu'il t'arrive, et ce sont tes affaires, mais tu n'as vraiment pas l'air d'aller bien. Si je peux te donner un conseil, soit tu vas à l'infirmerie, soit tu vas t'enfermer dans le dortoir, mais si tu ne veux pas qu'on te voie comme ça ne reste pas là, tout le monde peut rentrer à n'importe quel moment.

Un point pour Mary. Non, elle n'avait pas envie qu'on la voie comme ça, et elle ne voulait pas qu'on sache dans quel état elle se trouvait. L'infirmerie était plus proche de ses toilettes, elle aurait pu y aller et être tranquille tout l'après-midi, mais elle n'était pas malade. Elle n'avait vraiment pas envie d'aller mentir à l'infirmière …

Clara hocha vaguement la tête. Elle découvrait Mary sous un nouveau jour. Elle ne lui avait plus vraiment adressé la parole depuis son premier jour à Poudlard, et elle ne la connaissait vraiment pas, mais elle l'avait toujours considérée comme une fille timide et pas très sociable. Elle n'avait pas essayé de discuter avec elle … Et finalement, il s'avérait qu'elle n'était pas si associable que ça. En tout cas, Clara était plutôt contente qu'elle n'essaye pas d'en savoir plus.

- Merci …

Mary inclina légèrement la tête, et un petit sourire vint éclairer son visage d'habitude si neutre.

- De rien. Maintenant, tu devrais t'en aller. Je ne dirais à personne que je t'ai vue …

Clara hocha la tête, un sourire reconnaissant sur les lèvres. Elle ne savait pas quoi lui dire, mais elle sentait que cela aurait été inutile de se répandre en discours d'explications ou de remerciements. Elle ne savait pas comment Mary avait su qu'elle voulait que ça reste entre elles, mais elle était contente de ne pas avoir eu à le lui préciser.

Elle s'avança vers la porte, Mary s'écarta et Clara sortit dans le couloir. Sans se retourner, elle marcha d'un bon pas dans les couloirs. Elle avait encore les jambes flageolantes, et elle devait avoir une mine affreuse … Si sa rencontre avec Mary lui avait un peu changé les idées, Joram n'était pas encore sorti de son esprit.

Elle s'arrêta au détour d'un couloir, devant une tapisserie usée, et sortit sa baguette magique de sa poche. Elle prit une grande inspiration, tenta de faire taire les battements irréguliers de son cœur, mais n'y parvint pas. Elle pointa sa baguette sur son visage et prononça une formule que sa mère lui avait apprise un an plus tôt, en cas de déceptions amoureuses. Immédiatement, son visage reprit un teint correct et non plus grisâtre, et ses yeux reprirent leur couleur d'origine. Ainsi, même si elle était toujours en mille morceaux à l'intérieur, rien ne montrait dans son apparence qu'elle avait pleuré toutes les larmes de son corps il y avait à peine dix minutes. Il suffisait qu'elle se tienne droite, qu'elle sourie … Non, elle ne sourirait pas. Elle n'y arrivait pas. Il suffisait qu'elle n'en parle à personne, qu'elle fasse comme si rien ne s'était passé, même si sa fuite de la Grande Salle n'était pas passée inaperçue. Elle se conduirait normalement, ou presque, parlerait de choses futiles et si quelqu'un essayait de parler de sa conduite … Elle mettrait tout en œuvre pour qu'il se rende compte que c'était une mauvaise idée.

Clara prit une profonde inspiration et souleva la tapisserie devant laquelle elle s'était arrêtée. Elle marcha dans le passage secret sombre qui déboucha juste devant le portrait de la Grosse Dame, marquant l'entrée de la Salle commune de Gryffondor. Elle faillit faire demi-tour et aller se cacher dans un autre recoin sombre de Poudlard, mais elle se reprit. Elle ne pouvait pas se cacher indéfiniment … Et cela lui changerait sûrement les idées de voir un peu de monde, de parler de choses frivoles.

Elle carra les épaules, se redressa et s'avança vers le portrait. Elle donna le mot de passe à la Grosse Dame (« Ad Vitam Aeternam ») et franchit le passage. Immédiatement, elle fut frappée de plein fouet par le bruit des conversations. La plupart des Gryffondor étaient là, le temps à l'extérieur n'étant vraiment pas propice à des balades dans le parc. Ils parlaient tous dans leur coin, comme d'habitude, mais cette fois, cela fit un choc à Clara. Elle avait l'impression que c'était la première fois qu'elle venait là … Qu'elle n'était plus à sa place ici. Elle regarda sans les voir un groupe de troisièmes années qui jouaient à la bataille explosive, ses yeux parcoururent un cercle de filles qui gloussaient, et finalement, son regard s'arrêta sur une table. Lily et Sarah étaient en grande discussion. La rouquine semblait mécontente, et Sarah faisait de grands gestes avec les mains. Clara n'avait absolument pas envie d'aller s'immiscer dans leur conversation. Elle savait déjà qu'elle n'y prendrait pas part, et elle avait l'impression qu'elle n'avait plus sa place entre les deux jeunes filles. La lettre de Joram avait déjà commencé à faire son effet …

Pourtant, elle s'avança vers les deux filles, un faible sourire sur le visage, en essayant d'être naturelle. Elle s'assit sur la chaise libre, à côté de Lily, non sans remarquer au passage qu'elles avaient subitement arrêté de parler quand elle arrivée … Lily fit un grand sourire à Clara, et, sans mentionner sa fuite, commença à lui parler du match de Quidditch de la veille. Peu à peu, le sujet dévia vers les joueurs de Quidditch, vers ceux qu'elles trouvaient les plus mignons …

Clara suivait la conversation sans vraiment y participer, ajoutant quelque fois un « oui », un « à mon avis, non » … Un autre jour, elle aurait été complètement absorbée par la discussion, et aurait été enchantée de savoir quels étaient les meilleurs partis de Poudlard. Mais là, elle avait l'impression que Sarah et Lily se forçaient à parler avec elle.

Et à mesure que le jour avançait, Clara sentait que ce sentiment se renforçait. Toute la journée, elle participa aux conversations, tentant à chaque fois de plus s'impliquer, de ne pas montrer son malaise. Elle était certaine que quiconque ne savait pas qu'elle était partie en courant de la Grande Salle ce matin ne pouvait pas le deviner en la regardant, maintenant. Mais pourquoi alors se sentait-elle tellement mise à l'écart ? Elle ne voyait rien dans le comportement de Lily ou de Sarah qui puisse montrer qu'elles étaient fâchées, mais Clara s'imaginait très bien ce qu'elles pensaient. Elle ne leur avait pas dit ce qu'il s'était passé, et elles devaient lui en vouloir. C'était normal … Mais même en sachant ça, Clara ne pouvait pas leur dire. Parce que parler, cela aurait été donner de la valeur aux paroles de Joram. Cela aurait remué le couteau dans la plaie. Cela lui aurait rappelé sa douleur encore trop récente. Alors elle se tut. Et elle souriait. Finalement, elle se rappelait comment faire. Amèrement, elle pensa qu'elle avait de grands talents d'actrices. Alors que sa seule envie était d'aller pleurer dans son lit, elle arrivait à discuter, à sourire. Pas encore à rire, pas encore …

Et la journée se termina, Clara se dirigea vers son lit, enfin. Elle avait l'impression d'être épuisée, comme si elle n'avait pas dormi depuis des jours. Mais une nouvelle fois, elle n'arriva pas à s'endormir. Les respirations des filles du dortoir s'étaient faites plus régulières, elle était la seule à ne pas dormir. Elle n'était plus obligée de suivre ce que les filles disaient, elle pouvait penser librement. Et elle se rendit compte à quel point elle avait été libérée de ses pensées, cet après-midi.

Couchée dans son lit, les yeux grands ouverts fixés sur le plafond, Clara vit avec horreur le visage de Joram réapparaître devant ses yeux. Elle sursauta violemment, se redressa dans son lit, le souffle court, les muscles tendus. Comme à Beauxbatons, elle avait l'impression que Joram la voyait, qu'il la guettait. Un craquement, soudain … Elle agrippa précipitamment sa baguette magique et la pointa sur les tentures autour d'elle. Mais il n'y avait personne d'autre que ses camarades, qui dormaient tranquillement. Elle se faisait des idées. Mais elle avait tellement peur … Elle n'arrivait plus à se raisonner. Si Joram avait réussi à la retrouver, à lui écrire, alors il pouvait venir la voir. Elle ne pensait plus à Dumbledore et à sa protection, elle ne se sentait plus en sécurité.

La gorge sèche, la baguette toujours à la main, elle repoussa ses couvertures sans faire de bruit et sortit à pas de loups de la chambre. Pieds nus et en pyjama, sa baguette allumée, elle éclaira chaque recoin sombre de l'escalier en colimaçon avant d'oser le descendre. Et chacun de ses pas étaient mesurés pour faire le moins de bruit possible.

Elle arriva enfin dans la salle commune après un temps qu'elle trouva interminable. Elle balaya la salle commune avec le maigre faisceau de sa baguette. Là ! Dans le coin, dans l'ombre. Il y avait quelqu'un ! Elle l'avait vu ! Il avait bougé ! C'était lui. Il allait la tuer … Non. Elle n'allait pas se laisser faire.

- Ne bouge pas ! Ne bouge pas ou je te jure que je te tue ! Siffla-t-elle d'une voix tremblante.

Elle qui se vantait de ses talents de comédienne … Elle avait espéré maîtriser un peu plus sa voix, ne pas montrer sa peur à Joram.

La silhouette bougea, un bras tendu vers elle. Glacée de peur, elle poussa un cri.

- Non ! N'avance pas … Murmura-t-elle.

- Clara, c'est moi !

Il sortit de l'ombre, les deux bras tendus vers elle, paume dans sa direction. Il n'avait pas de baguette. Ses cheveux châtains clairs, ses yeux dorés, son air inquiet … Ce n'était pas Joram, c'était Remus.

Clara recula d'un pas en le voyant avancer. Elle l'avait menacé … Elle l'avait prit pour Joram. Elle avait eu tellement peur … A bout de souffle, comme si elle venait de courir, Clara prit appui sur un fauteuil à côté d'elle. Elle avait les jambes qui flageolaient sous elle. Elle avait vraiment cru qu'il allait la tuer.

- Clara, est-ce que ça va ? Qu'est-ce qu'il se passe ?

Il s'était encore approché d'elle. Elle leva la tête vers lui. Elle voyait son visage flou … Elle pleurait ? Elle ne s'en était même pas rendue compte.

- Sorry … Désolée … Sorry … Répéta-t-elle d'un voix faible.

Elle sentit un bras autour de ses épaules. Remus la soutenait fermement, avec une force qu'elle ne lui avait même pas soupçonnée, et en la portant à moitié la fit s'asseoir dans un canapé. Elle n'arrivait même pas à le repousser. Elle ne voulait pas qu'il la touche. Personne ne devait la toucher. Surtout pas un garçon !

- Clara, explique-moi. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Qui est-ce que tu pensais que j'étais ?

Clara tourna la tête et regarda Remus. Assit à côté d'elle, il avait toujours son bras autour de ses épaules. Et cet air soucieux. Elle avait du lui faire peur, à le menacer comme ça … Elle avait été tellement idiote … Elle avait vraiment cru voir Joram. Et sa dernière heure arriver, également … Elle avait voulu se défendre jusqu'au bout, même en sachant que Joram la tuerait. Et elle était tellement soulagée que ce ne soit que Remus. Que Remus ! Pour une chance …

- J'ai cru … J'ai cru que tu étais … Quelqu'un d'autre.

Elle se prit la tête entre les mains, sans remarquer qu'elle tremblait comme une feuille.

- Qui ça ? Demanda-t-il d'une voix douce.

- Joram ! My parents' killer ! He wanna kill me ! He wants me to go back to France, but I can't ! If I obey, he'll kill me ! He's mad ! He scares me ! He's so … Bad !

Clara aurait pu parler ainsi encore longtemps. Les mots sortaient tout naturellement, cela faisait trop longtemps qu'elle n'avait pas parlé français. Et elle avait tellement envie de se décharger ! De se confier à quelqu'un … Elle avait besoin qu'on l'écoute, qu'on la réconforte, qu'on la rassure. Mais l'air perdu de Remus l'arrêta dans son élan. Il n'avait absolument rien comprit de ce qu'elle avait dit.

Elle baissa la tête et se tu. Elle avait cru qu'il voudrait l'écouter ? Mais elle n'avait pas le droit de lui raconter ses problèmes, de lui demander qu'il l'écoute et qu'il la soutienne. Il n'était même pas son ami …

- Je … I do not understand … Commença Remus d'une voix mal assurée.

Clara releva soudainement la tête et observa le jeune homme. Elle ne lui avait jamais apprit ces mots. Il eut un sourire timide et secoua la tête.

- Mon français est pitoyable, je suis désolé …

- C'est pas encore ça, hein, dit-elle d'une voix cassée.

Elle avait essayé de faire de l'humour ? Avec la tête de déterrée qu'elle devait avoir, cela ne devait pas être joli à voir. Elle remonta les genoux sur le canapé, les entoura avec ses bras et posa sa tête dessus, les yeux perdus dans le feu.

- Qui est Joram ?

Elle ne répondit pas immédiatement. Elle le lui avait dit, tout à l'heure, en français, alors pourquoi ne pas lui dire en anglais, maintenant ? Il semblait vraiment vouloir savoir. Il avait fait l'effort de parler en français, de dire une vraie phrase avec un verbe, pas juste un mot. Peut-être qu'elle avait le droit de se confier à quelqu'un, finalement. Même si cela ferait mal de reparler de ça … Au fond, cela la soulagerait, et elle le savait.

Après quelques secondes, elle se redressa et prit la parole, mais sans regarder Remus. Elle fixait toujours le feu, comme pour y trouver un peu plus de courage.

- Joram … Commença-t-elle d'une voix tremblante, Joram était mon petit ami l'année dernière à Beauxbatons. Je … Je pensais que je l'aimais, parce qu'il était populaire, beau et sûr de lui. Et je pensais aussi qu'il m'aimait, moi la petit sotte amoureuse. Et un week-end … Il est rentré chez lui, comme souvent. Moi je suis resté à l'école, parce que j'avais un entraînement de Quidditch. Et mes parents … Mes parents se sont fait tuer. Et quand Joram est revenu … Il m'a dit … Il m'a dit que c'était lui qui les avait tués.

Elle s'était remise à pleurer. Elle n'arrivait plus à parler, elle revoyait la scène comme si elle y était. Le sourire de Joram, sa voix mielleuse, la façon dont il lui avait parlé … C'était insupportable. Elle se passa une main tremblante sur le visage, oubliant la présence de Remus à côté d'elle. Elle ne voyait plus que l'image de Joram …

- Tu pensais que Joram était dans la salle commune ? Il n'est pas en France ? Demanda-t-il finalement.

Elle le regarda et secoua la tête. Elle tenta de faire un sourire ironique, mais ne parvint qu'à tordre sa bouche en une grimace piteuse.

- Si, je suppose que si. Mais … Je me suis enfuie de Beauxbatons pour qu'il arrête de me … Enfin … Pour ne plus le voir. Je pensais qu'il ne me retrouverais pas. Mais il m'a envoyé une lettre, ce matin. Il sait que je suis ici, et il veut que je revienne, sinon … Sinon il tueras mon frère. Et je … J'ai eu peur … Puisqu'il sait où je suis, il pourrait être là … C'est bête à dire, je sais ! Mais il est capable du pire, et il pourrait très bien être venu en Angleterre juste pour me ramener … Et je n'arrivais pas à dormir, parce que je pensais à chaque fois qu'il allait surgir … Je suis descendue en me disant que comme ça je le verrais arriver, et je t'ai vu, j'ai paniqué … J'ai vraiment cru que c'était lui, mais je suis tellement désolée … J'ai eu peur, j'ai cru que tu … Que Joram … Enfin, j'ai cru que …

- Que j'allais te tuer ? Murmura-t-il.

Elle hocha la tête lamentablement.

- Je suis vraiment désolée … Répéta-t-elle.

- C'est pas grave. J'ai pas vraiment l'habitude de me faire menacer de mort mais ça remet les idées en place.

Elle le regarda en arquant un sourcil et il eut une grimace.

- Hem, désolé. Il n'y a vraiment pas de quoi rire.

- Bah, essaye toujours de détendre l'atmosphère, ça peut pas faire de mal … Dit-elle soudain.

Elle ne voulait pas qu'il se sente coupable de faire de l'humour. Elle lui en était même plutôt reconnaissante. Il essayait de lui changer les idées, sans s'apitoyer sur son sort …

- Alors c'est pour ça que tu es partie, ce matin ?

Elle hocha la tête.

- Je ne voulais pas qu'on me voie … La lettre de Joram m'a … Effrayée … Et remuée. Je pensais qu'ici j'étais en sécurité, j'ai découvert que non.

- Tu es toujours en sécurité ici. Malgré tout ce que ce Joram peut te dire, avec Dumbledore il ne peut rien t'arriver.

Clara se mordit la lèvre. C'était ce dont elle essayait de se convaincre, mais elle n'y croyait plus trop.

- Je … Je ne sais pas. Et puis … Il y a Lucas, mon frère. Joram m'a menacée de le tuer, lui aussi. Et s'il faisait ça, je … C'est tout ce qu'il me reste ! Mon petit frère …

Ses derniers mots se brisèrent dans un sanglot.

- Est-ce qu'il est en sécurité ?

- Je ne sais pas … Je pensais que oui, mais je ne suis plus sûre, maintenant … Il est chez mon oncle, le frère de mon père, un homme complètement … Paranoiac … Comment on dit en anglais ? Il a toujours peur qu'on vienne le tuer chez lui, sa maison a des systèmes de sécurité incroyables, il a réussi à faire en sorte qu'elle soit incartable … Mais même avec ça … S'il le retrouvait ? Oh … Si Lucas était tué lui aussi … My God …

Remus resserra ses bras autour des épaules de Clara, et sa chaleur corporelle la rassura un peu plus.

- Ne t'inquiète pas pour lui. Je suis sûr que ton oncle est conscient de ce qu'il fait, et que Lucas ne court aucun danger. Tu es en sécurité, et lui aussi. Joram ne peut pas venir à Poudlard, et si la maison de ton oncle est incartable, alors il ne peut pas y aller non plus. Tu vois ? Aucun danger.

Elle hocha vaguement la tête, les yeux toujours tournés vers le feu. La voix de Remus était rassurante, chaude et amicale. Cela faisait longtemps qu'elle avait besoin de parler à quelqu'un, d'entendre ces paroles, et elle avait l'impression que Remus était la meilleure personne qu'elle aurait pu trouver.

- Est-ce que … Est-ce que tu sais pourquoi Joram a tué tes parents ?

Clara se raidit légèrement, et après quelques secondes, elle répondit :

- Non. En fait … Je ne me suis jamais posé la question. Il m'a dit … Il m'a juste dit qu'il était … Content de le faire … De savoir que ma vie serait brisée après ça … Il … Il ne m'a pas dit pourquoi … Mais … Il a dit qu'il avait des ordres venus « d'en haut ».

- Tes parents étaient des Aurors ?

- Non. Ils travaillaient au Ministère de la Magie, à Paris. Et je … Je ne vois pas pourquoi est-ce qu'on voulait les tuer ! D'après ce que je sais … Ils ont toujours été très respectables !

- Excuse-moi, mais peut-être que tu ne savais pas tout …

Il reprit la parole vivement en voyant que Clara s'était redressée dans l'intention de répliquer, indignée.

- Ce n'est qu'une hypothèse, bien sûr, je ne veux pas dire que tes parents te cachaient des choses, mais si Joram avait réellement des ordres venus de plus haut … D'un sorcier puissant … C'est peut-être que tes parents avaient déjà eu affaire à lui … Et, je ne sais pas, mais peut-être qu'ils avaient fait quelque chose qui a fait que … Qu'il a ordonné de les tuer.

Clara resta silencieuse. Bien sûr, ce que disait Remus n'était pas idiot. Peut-être que ses parents lui avaient caché des choses … Cette pensée n'était pas vraiment pour plaire à Clara, qui se sentit immédiatement trahie par ses parents … Et tout de suite après, elle se maudit d'avoir pu penser une chose pareille. Ils étaient morts, et elle trouvait encore à les blâmer ! Elle était horrible …

- Je ne sais pas, finit-elle par dire. Tu as peut-être raison, ça expliquerait pourquoi ils sont morts. Mais je n'arrive même pas à imaginer ce qu'ils auraient pu faire.

- Et tu ne pourrais pas essayer de le savoir ? Peut-être que des membres de ta famille sont au courant …

Elle fronça les sourcils. Peut-être que oui, peut-être que non. Si ça se trouve, cela faisait partie d'un secret de famille qu'elle n'avait pas le droit de connaître. Ou alors il y avait un tabou … Ou tout simplement, peut-être que personne n'était au courant. Et le meilleur moyen de le savoir …

- Je pourrais demander à mon oncle. C'est le frère jumeau de mon père, il est sûrement au courant. Et … Je suppose que … Au point où j'en suis, ça ne coûte rien de demander.

- S'il est au courant, au moins tu sauras pourquoi est-ce que Joram a fait ça. Ce n'est pas vraiment une consolation, je sais, mais c'est déjà ça.

Elle hocha une nouvelle fois la tête et se replongea dans la contemplation du feu qui mourrait. Un frisson la traversa : une fois ses émotions passées, elle commençait à se rendre compte à quel point il faisait frais dans la pièce. Sans rien dire, Remus sortit sa baguette et la pointa vers le feu en murmurant « Incendio ». Les flammes jaillirent dans l'âtre et une douce chaleur envahit Clara.

- Thanks …

- You're welcome … Répondit Remus en souriant.

Une nouvelle fois, Clara remarqua que ces mots là, ce n'était pas elle qui les lui avait appris.

- Tu as fait des progrès en français, non ?

Il haussa les épaules, comme s'il n'y avait vraiment pas de quoi s'émerveiller.

- Bah … J'ai cherché à apprendre quelques mots qui pourraient m'être utile … A la bibliothèque, il a un dictionnaire de français. Mais à mon avis, je dois avoir une prononciation catastrophique.

- Je trouve que c'est pas mal, moi. Pour quelqu'un qui a appris à parler avec un livre, tu te débrouilles assez bien, tu sais !

- Tu trouves ? Merci ! J'avais envie de … De pouvoir parler un peu plus avec toi. Mais je suis encore loin de savoir parler aussi bien que toi tu parles anglais.

Clara allait de surprises en surprises. Il s'était cassé la tête à apprendre du vocabulaire pour parler avec elle ? Pourquoi aurait-il fait ça ? C'était vraiment gentil de sa part, mais elle ne comprenait pas ce qui avait pu le motiver à faire ça.

- Tu feras des progrès … Moi, j'ai été forcée de me mettre à votre langue parce que je ne connaissais pas de français, ici.

- Ca ne te manque pas, de ne pas parler français ?

- Si … Un peu. Mais maintenant, le français c'est … Ca représente des mauvaises nouvelles. A pars quand c'est Lucas qui m'écrit. Mais c'est sûr que ça me manque.

- Alors si je comprends bien … Il va falloir que je me bouge un peu plus pour apprendre ta langue ? Demanda Remus d'un ton moqueur.

- Pourquoi ? Demanda-t-elle, surprise.

Cette fois, c'est lui qui parut surpris. Il fronça les sourcils, comme si la réponse était évidente.

- Mais … Pour parler avec toi ! Puisque tu n'as pas de français dans ton entourage … Je pourrais en devenir un, non ? Je sais, je ne suis pas encore prêt d'y arriver, mais je pourrais essayer.

Clara le regarda d'un air interdit puis elle éclata de rire. Cela faisait tellement du bien de pouvoir rire … Et Remus était tellement gentil ! Il faisait tout ces efforts pour elle, juste pour qu'elle puisse parler français ? Alors ça … C'était étonnant ! Et ça lui faisait énormément plaisir.

- Tu es sérieux ? Tu ferais ça ?

- Et bien … Oui, si ça ne t'embête pas.

Maintenant, il semblait gêné. Comme s'il avait parlé trop vite.

- Non, ça ne me gêne pas du tout ! C'est … Remus, c'est vraiment … Tu es adorable !

Il haussa les sourcils, et elle-même dut tirer une drôle de tête. Elle avait vraiment dit ça ? Elle le pensait, bien sûr, mais le dire …

Ils se regardèrent tout les deux avec des yeux ronds puis éclatèrent de rire en même temps. Clara se sentait bien. Un poids semblait s'être envolé de ses épaules, et la menace Joram ne pesait plus aussi lourd. Comme si la présence de Remus et ses efforts pour la faire sourire tenaient ses idées noires à distance.

Clara se mit donc à apprendre de nouveaux mots à Remus, et celui-ci les répétait avec beaucoup de sérieux, tellement de sérieux que Clara se mettait à pouffer à presque toutes ses phrases. Elle rigolait comme une gamine, alors qu'il n'y avait pas grand chose de drôle … A chaque fois, il faisait semblant d'être vexé, et elle prenait des mines contrites pour se faire pardonner.

Au bout d'un moment, Clara sentit la fatigue s'abattre sur elle, d'un coup. Blottie sur ce canapé, bien au chaud, à côté de Remus, elle était trop bien installée. Elle étouffa un bâillement mais n'arriva pas à résister bien longtemps au sommeil. Finalement, elle ferma les yeux et s'endormi … La tête sur l'épaule de Remus.

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Merci de m'avoir lue jusque là ! Le prochain chapitre devrait arriver le week end suivant, si tout va bien …