Ouf ! J'ai fini à temps d'écrire ce chapitre … Je m'étonne moi-même ! Cette semaine, j'ai bien cru que ne réussirais pas à le finir pour aujourd'hui …
Merci à Grande Troll et Isatys, mes deux revieweuses. Merci de continuer à me lire !
Sur ce … Bonne lecture !
Chapitre 8 : Mauvaises nouvelles
Remus se réveilla lentement, encore à moitié plongé dans son rêve. Un rêve étrange … Où Clara le menaçait de le tuer, puis fondait en larmes et lui expliquait que son ancien petit ami avait tué ses parents et voulait la tuer à son tour. Ensuite, son rêve était devenu plus agréable et il s'était vu avec Clara en train de rire devant le feu … Et Remus ne savait pas trop comment il avait fait pour imaginer une chose pareille. Son imagination s'emballait, ces temps-ci …
Il n'ouvrit pas tout de suite les yeux, encore fatigué. Son épaule gauche était engourdie et il était assis … Assis ? Dans son lit ? Il ouvrit brusquement les yeux et vit la cheminée de la salle commune juste devant lui. Oh … Il tourna lentement la tête, mais avant même de la voir, il su qu'il n'avait finalement pas rêvé. Clara dormait sereinement, la tête posée sur son épaule.
Remus ouvrit de grands yeux et sa bouche s'arrondit en un O stupéfait. Il n'avait quand même pas fait ça ? Il avait passé la nuit avec Clara Marchal ? Il avait vraiment proposé à la jeune fille de lui apprendre le français pour pouvoir parler avec elle ? Pas qu'il le regrette … Mais il s'était connu moins démonstratif !
Il regarda la fenêtre : à travers, il voyait que le ciel était en train de s'éclaircir … Il regarda sa montre : les autres élèves n'allaient pas tarder à se lever pour aller en cours. Et il préférait qu'on les voie pas comme ça, blottis tout les deux dans un canapé … Il savait à quelle vitesse les rumeurs pouvaient faire le tour de Poudlard.
Il secoua légèrement Clara, avec un peu de regrets. Il ne lui avait pas vu un visage aussi paisible depuis des semaines. En fait … Il ne l'avait jamais vue aussi détendue.
Clara remua un peu et secoua la tête. Elle poussa un soupir et ouvrit les yeux, puis regarda Remus, l'air ensommeillé. Pendant quelques secondes, elle ne réagit pas, puis ses yeux s'agrandirent de stupeur. Elle sursauta et se recula brusquement, soudain complètement réveillée.
- Remus … ? Oh non … Je me suis endormie ?
- On dirait, oui … Je me suis dit qu'il vaudrait mieux que tu te réveille avant que tout le monde n'arrive.
- Je suis désolée, Remus, vraiment … Je ne voulais pas … Quoi ?
Elle regarda à son tour sa montre et se leva d'un bond.
- On est lundi ? Mais on a cours ! Oh la la … Je suis vraiment désolée …
Remus ne comprenait pas trop pourquoi est-ce qu'elle se mettait dans tout ses états … Enfin, bien sûr, cela devait faire un peu bizarre de se réveiller à côté de lui sans même savoir qu'elle s'était endormie. Et il fallait avouer que ça ne devait pas être très agréable, comme réveil.
Clara se baissa devant Remus, qui était toujours assit dans le canapé, et elle posa sa main sur son genoux. Malgré son air affolé, elle parla d'une voix posée, très calme. Un sourire reconnaissant flottait sur ses lèvres.
- Remus … Merci beaucoup pour cette nuit. Je n'oublierais jamais ce que tu as fait pour moi
- Ce que … ? Oh … C'est rien …
- Pour toi, peut-être, mais je ne m'étais pas sentie aussi bien depuis longtemps. Tu m'as beaucoup aidée, même si tu ne t'en es pas forcément rendu compte. Et je suis désolée d'avoir gâché ta nuit.
Sur ces paroles, elle se releva et s'observa, tirant sur le bas de son pyjama, grommelant à voix basse. Elle passa sa main dans ses cheveux, les ébouriffant encore un peu, et poussa un soupir.
- Bon … Je vais me préparer. Merci encore, Remus !
Elle lui fit un sourire resplendissant et fit volte face. Elle s'engouffra dans les escaliers menant à son dortoir et disparut de la vue de Remus. Wemus …
Il secoua la tête et se leva à son tour. Après avoir passé la nuit dans un canapé, encore tout habillé, il ne devait pas avoir l'air très frais … Il monta à son dortoir et poussa doucement la porte, essayant de faire le moins de bruit possible pour ne pas réveiller les autres. Pas de chance …
- Remus ? Marmonna une voix passablement endormie. Déjà réveillé ? … Pas possible ça …
Remus vit la tête de Sirius surgir d'un enchevêtrement de draps. Les cheveux en pétard, la marque de l'oreiller sur une joue, il semblait avoir du mal à remettre ses idées en place. Il jeta un coup d'œil à Remus, poussa un grognement indigné et replongea sous ses couvertures.
- Profites-en bien, il te reste encore une bonne demi-heure … Fit Remus en passant devant son lit pour entrer dans la salle de bain.
Il referma précipitamment la porte alors qu'un oreiller venait s'écraser dessus. Sirius ne semblait pas avoir apprécié d'être réveillé « aussi tôt ».
Quand il ressortit de la salle de bain quelques minutes plus tard, lavé et habillé, il vit que Sirius s'était levé lui aussi. Ce fut d'ailleurs la dernière chose qu'il vit avant qu'un coussin ne vienne s'écraser sur son visage.
- Ca t'apprendra à me réveiller aussi tôt ! S'exclama Sirius avec un grand sourire.
Immédiatement après, il reçu lui-même un coussin à l'arrière du crâne … Coussin qui venait du lit de James.
- T'es pas obligé de nous faire subir la même chose ! Maugréa James d'une vois pâteuse.
- Je vous fais partager ma douleur. C'est tout à fait légitime que je ne sois pas le seul à …
Il fut coupé dans son élan par l'oreiller de Peter qui passa juste devant son nez, le manquant de peu.
- Loupé mon p'tit pote ! S'exclama Sirius. Même James avec ses yeux de taupe fait mieux que toi !
- Tu sais ce qu'elle te dit, la taupe ? Grogna James sans conviction.
Sirius ne semblait vraiment pas concerné par l'envie de dormir des deux autres Maraudeurs. Une fois complètement réveillé, Sirius était intenable … Et comme il n'était jamais le premier à se lever, il considérait qu'une fois que lui était debout, les autres n'avaient plus besoin de dormir. C'était une conception assez bizarre et plutôt égoïste que Remus avait du mal à saisir … Mais c'était du Sirius Black tout craché.
James émergea de son lit, semblant considérer que sa nuit était totalement fichue. Il se passa la main dans les cheveux, les ébouriffant un peu plus qu'ils ne l'étaient déjà, et mit ses lunettes sur son nez.
- Sirius, je te ferais remarquer qu'en tant que Poursuiveur, je me dois de savoir viser en toutes circonstances. Commença James.
Il s'arrêta de parler et regarda Remus d'un air interrogateur. Et ce n'était sûrement pas une remarque de Quidditch qu'il allait lui faire …
- Tu t'es couché tard, hier, non ? Je ne t'ai même pas entendu rentrer.
- J'ai terminé le devoir d'étude des runes, ça m'a prit du temps, répondit simplement Remus.
Pourquoi n'avait-il pas dit la vérité ? Il ne savait pas trop. Il y avait peu de choses qu'il cachait à ses meilleurs amis, mais s'il leur révélait qu'il avait passé la nuit en toute amitié avec Clara … Il se doutait de leur réactions. Et elles seraient un peu trop exagérées par rapport à la réalité.
James retomba lourdement sur son oreiller en émettant un borborygme incompréhensible, du moins pour Remus.
- Le monsieur te dit que travailler autant que ça, c'est pas humain … Traduisit immédiatement Sirius.
- Mais qui a dit que Remus était humain ? Fit la voix de Peter venant des profondeurs de son lit.
Cela devait sûrement être un genre de blague … Sirius et James échangèrent un regard gêné qui n'échappa pas à Remus. Ce dernier était légèrement mal à l'aise. Il savait que Peter ne disait jamais ce genre de choses méchamment, et il ne se vexait plus pour si peu. Mais pour James et Sirius, ce genre de blagues ne semblaient pas vraiment de bon goût … Pour lui non plus, évidemment, mais c'était Peter ! Il ne réfléchissait pas toujours à ce qu'il disait avant de parler … Et les deux autres Maraudeurs avaient tendance à trop vouloir l'épargner.
Remus échappa au silence gêné qui s'était installé en descendant dans la salle commune. Tout les matins, il y attendait ses amis avant qu'ils ne descendent tous ensemble prendre leur petit déjeuner. La salle commune commençait à se remplir, et le silence qui régnait quand il était monté s'habiller avait disparu pour quelques discussions ensommeillés. Un groupe de quatrièmes années qui grattaient fébrilement leurs parchemins, sans doute pour un devoir en retard, deux garçons de septième année qui terminaient leur nuit dans les meilleurs fauteuils de la pièce … Clara n'était toujours pas descendue, ou alors elle se trouvait déjà dans la Grande Salle avec Sarah et Lily. Il se raisonna, se traita d'idiot : Clara avait eu besoin de quelqu'un a parler … Et c'était sur lui qu'elle était tombée, point, fin de l'histoire. Cela ne voulait pas dire qu'ils s'étaient rapprochés, ou quoi que ce soit … Il avait cru, quand elle s'était réveillée, qu'elle avait été vraiment reconnaissante qu'il ait été là, mais lui non plus n'était pas bien réveillé à ce moment là, et à bien y réfléchir, elle avait sûrement dit ça pour être polie, rien de plus. Rien de plus …
Il tourna la tête vers l'escalier en entendant la voix de James retentir, et quelques secondes plus tard le jeune homme fit son apparition, en compagnie de Sirius. Ils étaient en grande discussion … Remus sourit intérieurement, mais resta de marbre quand ils s'approchèrent. Ils avaient dit assez de fois le mot « Rogue » pour qu'il sache ce qu'ils avaient en tête. Et il n'était pas question de les encourager … Il savait déjà ce qui allait se passer. Comme à chaque fois, les deux compères allaient monter tout un plan pour attraper Rogue, ils lui demanderaient son avis, des conseils, et il les aiderait malgré lui à mettre leur plan à exécution. Même s'il n'était pas vraiment d'accord, il ne dirait rien, il les suivrait et avec un peu de malchance c'est lui qui poserait la touche finale à leur traquenard. Et finalement, il rirait avec eux de leur blague, même si c'était cruel, même s'il aurait aimé que cela soit autrement. Mais il fallait se l'avouer : pour ça, Remus Lupin était un grand lâche. Il ne se mettait jamais en travers du chemin de ses deux meilleurs amis, il ne disait jamais le fond de sa pensée. Son excuse ? Un peu faible … Mais il s'y accrochait. Il ne voulait pas perdre les seuls véritables amis qu'il ait jamais eu … Et qu'il aurait jamais.
James et Sirius s'avancèrent vers lui, s'assirent à sa table et commencèrent à parler avec animation d'un plan dont Sirius avait eu l'idée en rêve. Et effectivement, c'était Rogue qui en faisait les frais. Comme d'habitude … Il n'y avait eu qu'une seule fois où les victimes ne portaient pas de blasons verts : James s'était vengé personnellement d'un Poufsouffle qui était sorti avec Lily, l'année précédente, et qui avait jeté la jeune fille sans cérémonie. Cette vengeance, dite personnelle, avait bien sûr requit l'aide des trois autres Maraudeurs. Pour une fois, James avait voulu faire dans la discrétion. Ca n'avait pas été très subtil … Mais personne ne s'était douté de rien quand le Poufsouffle s'était trouvé une grande passion pour la gente masculine … Du moins, personne n'avait soupçonné un coup des Maraudeurs. Et c'était la seule fois où personne ne s'était tourné vers eux avec des regards suspicieux.
- Qu'est-ce que t'en dis, Remus ? Demanda soudain James.
Il n'en disait absolument rien, puisqu'il n'avait pas écouté le début de la phrase, mais c'était sûrement une mauvaise idée de le dire à James.
- Tu sais bien ce que j'en dis.
- Oui, bien sûr, comme d'habitude, mais cette fois, ce sera grandiose ! Snivellus n'osera plus se montrer au moins pendant une semaine ! Avoue que ne plus voir cette masse de crasse ambulante serait vraiment un service pour l'école, non ?
- Et je me demande même pourquoi tu n'as pas encore reçu de médaille pour ça, ironisa Remus.
- Je suis incompris. Nous sommes incompris ! S'exclama James, dramatique. Si on nous comprenais, personne ne nous enlèverais de points quand on essaye de laver Servilus. Mais dans ce château, la propreté corporelle n'est pas encore un point majeur du règlement …
Remus leva les yeux au ciel en ricanant légèrement. Bien sûr il pensait, comme ses amis, que Rogue aurait bien besoin d'un décrassage de temps en temps, mais de là à ce que ça devienne une affaire d'état … Il n'y avait bien que James et Sirius que ça semblait déranger autant.
Remus fit un effort de concentration dans les minutes qui suivrent pour essayer de saisir le plan des deux Maraudeurs, et quand Peter descendit enfin du dortoir, il avait comprit en gros ce que Sirius et James mijotaient.
Les quatre garçons descendirent dans la Grande Salle, le sujet de conversation restant toujours bloqué sur le plan d'attaque contre Rogue, malgré tout les efforts de Remus pour changer de sujet.
Ils s'installèrent à la table, à côté d'un groupe de Septième années qui leur jetèrent à peine un regard. Par contre, une jeune Serdaigle blonde se leva précipitamment de la table à côté et vint se planter devant Sirius, un grand sourire aux lèvres. Remus la connaissait juste de vue, comme tout les garçons de Poudlard : une crinière blonde et ondulée, des yeux bleus océan, une poitrine généreuse et des formes agréables … Sylvia Cnapps était une de ces jeunes filles que Remus trouvait sans intérêt. Bien sûr, elle était très jolie … Mais c'était son seul atout. Et si, comme tout les garçons de Poudlard, il aimait bien la regarder passer dans un couloir, il n'avait absolument pas envie d'essayer de discuter avec elle.
- Salut Sirius, minauda-t-elle en remuant sa chevelure.
- Salut Sylvia … Répondit celui-ci avec un sourire charmeur.
Remus échangea un regard avec James : Sylvia était déjà venue voir Sirius au moins quatre fois depuis le début de l'année, avec chaque fois un nouveau prétexte pour tenter de sortir avec lui. Et à chaque fois, Sirius avait une nouvelle excuse pour se défiler. Pourtant, que la jeune fille s'intéresse à lui semblait le flatter, parce qu'il prenait beaucoup de plaisir à jouer avec elle à ce jeu-là. A chaque fois, il multipliait les sourires et les paroles doucereuses, et à chaque fois elle espérait un peu plus longtemps … Remus trouvait cela légèrement puéril, et très certainement cruel. Elle n'était même pas chez Serpentard … Mais c'était une amie de Bellatrix, la cousine de Sirius, qu'il détestait cordialement. Ceci expliquant cela … A se demander quand même pourquoi Bellatrix n'était toujours pas intervenue.
- Est-ce que ça te dirait de venir au bal avec moi ?
Remus haussa les sourcils, étonné. Elle s'y prenait tôt ! Pour être sûre qu'il n'avait pas encore de cavalière, sans doute …
- Au bal ? Au bal de Noël ? Répéta Sirius.
- Bien sûr, espèce de gros bêta ! Pas au bal de la St Valentin … Quoique …
- Il n'y a pas de bal pour la St Valentin …
- Et heureusement, marmonna James à côté de Remus.
Remus eut un léger sourire. Sylvia éclata d'un rire cristallin et lança à James un regard condescendant, comme s'il était profondément demeuré. Cela ne plut pas du tout à ce dernier, qui détestait qu'on le prenne de haut … Et encore plus quand c'était une fille qui le regardait comme ça. Sylvia était une des rares filles de Poudlard qui avaient pour James autant d'admiration que pour Peter. C'est à dire pas beaucoup … Mais Sylvia n'avait d'yeux que pour Sirius, et Remus n'était même pas sûr qu'elle connaisse le prénom de James.
- Alors, Sirius ? Insista Sylvia en lui souriant de toutes ses dents.
Sirius semblait un peu perdu. Il n'avait pas de cavalière pour le bal, bien entendu … Il aurait pu refuser, mais apparemment cet échappatoire ne lui avait pas effleuré l'esprit. Finalement, il secoua la tête d'un air désolé.
- Ah, Sylvia … Je suis vraiment désolé, mais j'ai déjà une cavalière.
La jeune fille sursauta violemment et ouvrit de grands yeux, abasourdie. Elle sembla complètement perdue pendant quelques secondes, comme si elle n'avait pas pensé à cette possibilité, et Remus eut presque pitié d'elle.
- Quoi ? Mais … C'est dans presque un mois !
- Je sais bien, mais je voulais être sûr qu'elle n'ait pas de cavalier, alors je m'y suis prit à l'avance. Je suis sûr que tu comprendras ma démarche …
- Mais … Non ! Tu devais … Et qui est-ce ? Qui est-ce que tu as prit le soin d'inviter aussi tôt ?
Maintenant, elle semblait furieuse. Les poings serrés, elle lançait des regards noirs aux filles autour d'elle, comme si toutes avaient commis un crime. S'il y avait vraiment eu une heureuse élue, elle aurait été foudroyée sur place … A condition que Sylvia ait su qui c'était.
- Ca, ce sera une surprise. Et puis, si je te le disais, je suis sûr que tu ferais tout pour qu'elle soit malade le soir du bal … Au mieux.
- Je suis sûre que c'est cette Française ! Elle est tout le temps collée à toi ! C'est à elle que tu l'as demandé, n'est-ce pas ? Non mais franchement ! Tu as vu comme elle …
Elle fut soudain interrompue par Sirius qui grimaçait désagréablement en regardant par-dessus l'épaule de Sylvia.
La Serdaigle se retourna vivement, prête à invectiver la personne qui osait la déranger pendant un moment aussi important, et elle se retrouva nez à nez avec Clara.
- Comme elle quoi ? J'aurais vraiment aimé savoir ce que tu allais dire sur moi … Siffla Clara.
Remus observa la jeune fille, impressionné. Un sourire narquois était posé sur ses lèvres, mais ses yeux étaient froids, et s'il avait été à la place de Sylvia … Il n'aurait pas tenté d'énerver un peu plus la jeune Française. Il était clair qu'elle était fatiguée, mais aussi qu'elle était de mauvaise humeur, et qu'un rien pouvait la faire exploser. Et il savait aussi que depuis la veille, elle était sur les nerfs … Même s'il était le seul à le savoir, lui n'aurait jamais provoqué Clara, et il espérait que Sylvia serait assez sage pour en faire autant.
Sylvia resta interdite une seconde, puis elle regarda Sirius, cherchant de l'aide vers le jeune homme, mais celui-ci ne sembla même pas s'en rendre compte. Il regardait Clara sans rien dire. Sylvia ouvrit la bouche, outrée que Sirius fasse si peu attention à elle.
- J'en étais sûre ! C'est toi qu'il a invitée ! Tout ça parce que tu es nouvelle ! Mais tu ne l'auras pas aussi facilement ! Ce n'est pas en minaudant avec tes airs d'étrangère que tu arriveras à la séduire ! Non mais tu t'es regardée ? T'es arrivée il y a trois mois et tu te crois déjà toute permise ? Cracha Sylvia à toute vitesse en regardant Clara d'un air mauvais.
Sirius se leva de sa chaise en secouant la tête, sûrement pour mettre fin à ce débit de paroles insultantes, mais le sourire de Clara s'élargit alors dangereusement, le clouant à sa chaise sans qu'elle n'ait rien besoin de dire. Tout comme Remus, et tout ceux qui observaient la scène, Sirius avait comprit que Clara allait se débrouiller toute seule pour régler ça …
- 'Scuse me ? Who's talking to me ? Oh please … Just a stupid girl ? A stupid girl who thinks that I don't understand what she says … Oh Merlin … So puerile … As Sirius was hers ! So, shut up and listen to me. I don't know what your name is, and I really don't care. What I want is just to live far from you, and please, don't insult me behind my back … I can become really nasty when I want. Understand ?
Elle arqua un sourcil, comme si elle attendait une quelconque réponse, mais à pars elle, personne n'avait comprit ce qu'elle venait de dire … Et c'était sans doute l'effet recherché. Et elle avait parlé tellement vite que Remus avait à peine saisi quelques mots par-ci par-là … Même si le ton qu'elle avait employé laissait peu de doute sur le sujet de son discours. Elle eut un sourire ironique et secoua la tête.
- Bien, j'ai ton attention ? Tu vois, je comprends tout ce que tu dis, et tu ne comprends rien de ce que moi, je te dis. Qui est la plus idiote des deux ? Sans insinuer que tu es idiote, bien sûr … Evite de m'insulter encore comme tu viens de le faire, à partir de maintenant, parce que la prochaine fois je ne prendrais même pas le temps de m'expliquer avec toi avant de sortir ma baguette.
Elle fit mine de faire demi-tour, puis se ravisa et se planta à nouveau devant Sylvia, un très large sourire aux lèvres.
- Juste une dernière chose … Si je vais au bal avec Sirius, ce n'est absolument pas tes affaires. Tu n'es pas sa fiancée, que je sache ?
Sur ces mots, elle tourna les talons et s'éloigna de la table, royale, sans un regard en arrière. Elle avait lancé l'imagination de tout ceux qui avaient entendu ses derniers mots …
Sylvia la regarda partir sans rien dire. Elle n'avait jamais eu beaucoup de répartie, d'après ce que Remus savait, mais là, Clara lui avait cloué le bec avec encore plus d'efficacité. A nouveau, la Serdaigle se tourna vers Sirius en quête d'aide, mais Sirius était plongé avec James dans un énorme fou rire, ce qui acheva de vexer la jeune fille. Dans sa tête, il devait être clair que Clara et Sirius allaient au bal ensemble … Et qu'elle était définitivement hors compétition.
Finalement, elle poussa un petit cri indigné et se sauva de la Grande Salle, sous le regard d'une bonne partie des élèves. Cette histoire allait arriver en un temps record aux oreilles de ceux qui n'avaient pas eu la chance d'y assister en direct …
Toute la matinée, Remus n'entendit parler que de ça. Le bon côté des choses, c'était que Sirius et James emblaient avoir momentanément oublié leur plan anti-Rogue. Le mauvais côté … En fait, il n'y en avait pas vraiment. Remus s'amusa beaucoup des nouvelles versions de l'histoire, dans lesquelles Clara provoquait Sylvia en duel et où Sirius devait intervenir pour empêcher sa dulcinée de tuer la frêle Serdaigle. Il semblait effectivement que dans l'esprit de beaucoup de monde, Clara Marchal était bien la cavalière de Sirius pour le bal … Et malgré tout ce que James put dire, Sirius nia toute la matinée avoir invité Clara.
- Mais puisque je te dis que c'était juste une excuse comme une autre pour faire partir Cnapps ! C'est pas de ma faute si cette folle a pensé à Clara …
- C'est ça … Et Clara est rentrée drôlement facilement dans ton jeu, on dirait !
- Bah … Elle est intelligente, cette petite ! Elle voulait juste embêter Sylvia, pas de ma faute quand même !
Et comme ça toute la matinée et une bonne partie de l'après-midi … Clara, elle, ne semblait absolument pas touchée par tout les ragots. En fait, d'après ce que pouvait en juger Remus, elle tentait surtout de garder les yeux ouverts pendant les cours. Elle ne prenait pas de notes et ne semblait pas vraiment écouter, mais au moins faisait-elle l'effort de ne pas s'endormir sur sa table. Son altercation avec Sylvia ne semblait pas l'avoir marquée, et sans doute qu'elle ne se doutait pas de l'ampleur de la rumeur. Le midi, la moitié de l'école était persuadée que Clara était la cavalière officielle de Sirius, et le soir, ils pensaient qu'elle sortait avec lui.
Remus bailla largement et étira ses bras au-dessus de sa tête, complètement crevé. Il était dans la salle commune avec les Maraudeurs, le soir même, et il essayait tant bien que mal de terminer un devoir d'enchantements. Mais il n'arrivait pas à se concentrer. Il fallait absolument qu'il rattrape ses nuits … La pleine lune était passé depuis peu, et il avait passé un peu trop de nuits dans la salle commune avec Clara ces derniers temps pour rattraper le sommeil qu'il avait déjà en retard. Cette nuit, il la passerait dans son lit, qu'il fasse des cauchemars ou pas.
- Fatigué, Lunard ? Demanda Peter en levant la tête de son parchemin.
- Mmmh … Un peu. Je me suis couché tard cette nuit, répondit-il en se passant une main sur le visage.
Il serait volontiers allé se coucher immédiatement, mais la soirée n'était pas très avancée … Et il ne couchait jamais aussi tôt, sauf les lendemains de pleine lune. Là, ce n'était pas le cas, et cela aurait sûrement attisé la curiosité des Maraudeurs. Et il n'avait jamais eu aussi peu envie de leur avouer qu'il avait passé la nuit avec Clara. Surtout maintenant que Sirius parlait de l'inviter vraiment pour le bal de Noël …
- Je ne savais pas avec qui j'irais. Maintenant, j'ai la candidate toute trouvé ! S'exclama Sirius, mais à voix basse pour que personne autour d'eux ne l'entendent dire une chose pareille.
Il tenait apparemment à ne pas démentir la rumeur comme quoi il sortait déjà avec la jeune fille … Et tout les Gryffondor semblaient persuadés que c'était le cas, même si Clara n'avait pas parlé à Sirius de la journée. Mais Remus voyait régulièrement des curieux jeter des coups d'œil dans la direction de la table où Clara était assise avec Lily et Sarah. Ils devaient sûrement attendre le moment où elle se lèverait pour aller rejoindre Sirius …
- Alors tu vas vraiment lui demander ? Tu ne t'es jamais dit qu'elle pouvait refuser ? Demanda James.
- Et bien … Non, pas vraiment. Elle m'apprécie bien, non ? Il suffira que je le lui propose en toute amitié … Sans aucune arrière-pensée … Je suis sûr qu'elle voudra !
Remus en doutait un peu plus que lui. La nuit dernière, Clara lui avait semblée plutôt dégoûtée par tout ce qui ressemblait de près ou de loin à un mâle … Mais après tout, il n'en savait pas beaucoup sur ce qu'elle pensait de Sirius.
- C'est vrai que pour une fois, Sylvia a eu une bonne idée. Enfin, elle m'a donné une bonne idée. Clara, c'est pas mal, non ? Elle est mignonne, elle s'y connaît en Quidditch, elle a du cran, elle a de la conversation …
- Tu en parles comme si c'était un objet … Fit remarquer Remus avec une légère grimace.
Sirius parut un peu surpris puis il haussa les épaules et eut un sourire conquérant.
- Qu'est-ce que tu racontes ? Tu me connaît, Lunard ! Pour moi, les filles ne sont pas des objets sans valeur …
- Oui, ce sont des objets de grande valeur, rectifia James d'un ton sarcastique.
- Moquez-vous ! Je sais apprécier les filles qui en valent la peine. Et je n'en ai pas encore trouvé beaucoup, c'est tout.
- Clara ne vaut pas la peine que tu parles d'elle comme si c'était une vraie personne ? Insista Remus.
Sirius et James échangèrent un regard et leurs sourire s'élargirent d'un coup.
- Tu voulais peut-être l'inviter avant que ce soit moi qui le fasse ? Demanda Sirius.
Remus haussa les sourcils et pinça les lèvres, agacé. Ils ne comprenaient rien à rien …
- Je te rappelle que je n'irais pas au bal, murmura-t-il d'un ton sec.
Sirius et James baissèrent les yeux, l'air coupable. Au moins, en parlant de ça il était sûr qu'ils ne l'ennuieraient plus avec Clara. La soir du bal tombait à la pleine lune … Comme souvent, d'ailleurs. Mais cela devait sûrement être très romantique qu'un bal se passe pendant que la lune était bien ronde … Le parc était éclairé naturellement pour les couples qui souhaitaient un peu de calme, et se balader au clair de lune dans la neige immaculée devait être quelque chose de très romantique. Il n'avait jamais testé … Puisque la plupart de ses bals s'étaient passés dans la Cabane Hurlante. L'année dernière, il avait pu se rendre au bal, mais devoir inviter une fille avait été une épreuve comparable à une nuit à la Cabane.
- Ah oui … Excuse-moi, j'avais oublié … Marmonna Sirius.
- Je m'en doutais.
Remus eut un léger sourire et fit un geste évasif avec la main.
- Pas de bal pour moi ! Au moins, pas besoin de me trouver de cavalière …
- L'année dernière, tu avais bien trouvé cette Serdaigle … La rousse, là … C'était quoi, son nom ?
- Roxanne Wilson, répondit Remus.
- Voilà, Wilson. Je suis sûr qu'elle n'aurait pas dit non pour revenir avec toi cette année. Enfin, il a des dizaines de filles qui n'auraient pas dit non … Ajouta James.
Remus leva les yeux au ciel et James l'empoigna par l'épaule, le secouant légèrement, l'air faussement énervé.
- Hé oh, Lunard, t'as 16 ans, il est peut-être temps que tu ouvres les yeux !
Pas cette conversation … Remus trouvait que cela revenait bien trop souvent ces temps-ci. Il se dégagea d'un coup d'épaule et soupira légèrement, plus amusé qu'agacé.
- Laisse-moi grandir tout seul, papa, je suis assez grand pour savoir ce que je dois faire.
- C'est ça ouais … N'empêche que t'es même pas fichu de voir les filles qui te dévorent des yeux ! T'es quand même pas modeste à ce point ? S'exclama James. Tu t'en rends même pas compte !
Remus ne savait pas quoi répondre à ça, mais il n'eut pas besoin de chercher : Sirius soupira bruyamment, et James se tourna vers lui, interrogateur. Mais Sirius regardait déjà ailleurs … Il regardait Lily qui venait de se lever et qui se dirigeait vers le tableau d'affichage.
- Quoi ? Demanda James en suivant son regard.
- Tu vas demander à Lily d'aller au bal avec toi ?
Remus eut un sourire et remercia silencieusement Sirius de ce changement de sujet plus que satisfaisant. A présent, c'est James qui était gêné et qui ne savait plus quoi dire …
- Hem … Peut-être … Oui, bien sûr que je vais le lui demander ! Mais elle va encore refuser …
Sirius ouvrit de grands yeux ébahis et fixa James comme s'il lui avait poussé un troisième œil au milieu du front. Pourtant, ce n'était pas vraiment surprenant que James veuille proposer à Lily de venir au bal avec lui, il le faisait tout les ans …
- James ! Tu es enfin devenu réaliste ! Merlin, c'est un grand jour ! Profites-en ! Tu sais qu'elle va refuser, alors pourquoi est-ce que tu ne vas pas voir directement une autre fille ?
Remus eut un petit rire narquois et James flanqua un coup de poing dans l'épaule de Sirius.
- Ah ah ah, très drôle, vraiment ! On ne sait jamais, elle peut toujours accepter !
- Elle n'est pas encore assez désespérée pour ça, ironisa Peter.
James grimaça, vexé. Pour se donner une contenance, il ajouta une phrase sur son parchemin, fit semblant de s'absorber dans son écriture, puis il releva la tête et regarda Peter avec un sourire mauvais.
- Et toi, avec qui tu y vas ? Avec Jorkins ?
Les joues de Peter s'embrasèrent. Bertha Jorkins était une cinquième année, à Poufsouffle, et elle aimait beaucoup Peter. L'année dernière, il était allé au bal avec elle, et il avait fini par sortir avec elle, par la suite. Mais il avait rapidement lâché leur histoire … Il fallait avouer que Bertha était une vraie pipelette toujours à l'affût des ragots, et Remus avait beaucoup de mal à la supporter. Et sincèrement ... Il était content que Peter ne soit plus avec elle.
- Je ne pense pas … Elle ne veut plus me parler depuis l'année dernière, bredouilla Peter.
- Ce n'est pas une grosse perte ! S'exclama Sirius, exprimant tout haut ce que James et Remus pensaient tout bas.
Peter haussa les épaules.
- Je trouverais quelqu'un d'autre.
Remus sentit que ses yeux se fermaient tout seuls malgré lui. Il regarda sa montre : il avait enfin atteint une heure respectable pour aller se coucher sans faire naître de soupçons. Il rassembla ses parchemins et sa plume, fourra tout ça dans son sac et se leva.
- Je vous laisse débattre de vos futures cavalières, moi je vais me coucher.
- Bonne nuit Lunard ! Répondirent trois voix enthousiastes.
Il passa à côté des groupes d'élèves qui travaillaient studieusement ou qui jouaient à la bataille explosive, jeta un coup d'œil au tableau d'affichage et faillit rentrer dans une élève qui venait juste de se lever de sa chaise.
- Hey, fais un peu attention où tu … Oh, salut Remus, fit Clara en s'adoucissant immédiatement.
- Excuse-moi, je ne regardais pas où j'allais.
- C'est pas grave ! Je suis un peu sur les nerfs aujourd'hui … La fatigue, tout ça … J'ai tendance à crier sur tout ce qui bouge. Enfin, il paraît que tout le monde s'en est rendu compte.
Elle leva les yeux au ciel en souriant.
- Tu allais te coucher ? Tu as l'air fatigué … Remarqua-t-elle sans lui laisser le temps de répondre.
Elle lui fit un sourire moqueur et il hocha la tête, l'air un peu coupable. Clara ramassa son sac, fit un petit signe de la main à Sarah et Lily et se dirigea vers l'escalier en compagnie de Remus.
- Désolée, je sais bien que c'est de ma faute … Fit-elle quand il y eut moins d'oreilles indiscrètes autour d'eux.
- Quoi ? Demanda Remus, perplexe.
- Si tu es fatigué ! Ta nuit n'a pas été très … Paisible. Au début, j'avais pas l'intention de te gâcher le sommeil.
- Oh, ça ! Ne t'inquiète pas … Tu n'as pas gâché ma nuit. De toute façon, je n'arrivais pas à dormir. Au moins, ça m'a changé les idées. Enfin, je veux dire …
Clara grimaça légèrement et poussa un petit soupir.
- Ca … Je te raconte ma vie, c'est sûr que tu dois pas entendre ça tout les jours. Je le referais plus, promis. Bonne nuit !
Elle se retourna et commença à monter les escaliers, puis elle revint vers Remus.
- Et tu pourras dire à Sirius que je suis désolée pour ce matin ? Je ne voulais pas insulter sa copine ou quoi que ce soit … J'étais énervée.
Remus eut un petit rire.
- Pas de risque qu'il t'en veuille … Il va plutôt venir te remercier un de ces jours, je pense.
- Ah bon ? S'étonna-t-elle. Enfin bref. On verra ça demain.
A nouveau, elle se retourna et monta les escaliers, disparaissant de la vue de Remus, qui emprunta à son tour les escaliers menant au dortoir des garçons.
Deux semaines passèrent sans événements notoires. L'idée du bal semblait avoir effacée dans l'esprit de James et Sirius celle de faire une farce à Rogue. Quelques jours après l'incident Sylvia, Sirius demanda discrètement à Clara si elle voulait bien venir au bal avec lui, et elle n'accepta que quand il lui eut assuré que c'était juste pour passer un bon moments entre amis, sans plus. Cette fois, les rumeurs avaient un fond de vérité, même si Clara et Sirius étaient loin de sortir ensembles. En fait, ils se parlaient assez peu en dehors des cours. Même Remus parlait moins avec Clara. Il n'avait plus eu de vraie conversation avec elle depuis la nuit où elle lui avait exposé tout ses secrets. Leurs discussions nocturnes s'étaient faites rares pendant ces deux semaines, ayant tout deux du sommeil à rattraper.
James avait bien évidemment demandé à Lily de venir au bal avec lui, et bien évidemment, elle avait refusé. Il s'était donc rabattu sur Sarah Wyllers, qui avait semblée plutôt contente de venir au bal avec lui. Là aussi, ils avaient convenus que ce serait en pure amitié … Ou plutôt, c'était James qui avait posé cette condition. Sarah était la meilleure amie de Lily … James avait expliqué longuement à Remus qu'il devait faire bonne impression à Sarah, mais pas sortir avec elle, parce que cela pouvait passer comme une insulte à Lily. S'il le disait …
Peter n'avait toujours pas trouvé de cavalière, deux semaines avant le bal, mais il ne désespérait pas. Et Remus … Remus avait eu plusieurs propositions. Une petite brune toute timide de Poufsouffle dont il ne se rappelait plus le nom, une originale habillée bizarrement de Serpentard, une Gryffondor complètement hystérique, et même Roxanne, sa cavalière de l'année précédente. Bien entendu, il les avait toutes refusées, gentiment mais fermement. Il n'avait donné aucune excuse, mais il savait que le jour J, il prétexterait une maladie qui l'obligerait à garder le lit toute la nuit.
Deux semaines après le match de Quidditch et l'affaire Sylvia, le dimanche matin, Remus et les Maraudeurs étaient tranquillement installés dans la Grande Salle, prenant leur petit déjeuner comme une grande part des élèves de Poudlard. La matinée était déjà bien avancée, mais il régnait une ambiance encore fatiguée. Les conversations étaient basses, calmes. Le plafond enchanté était d'un blanc éclatant, et sur les fenêtres, la neige fraîche commençait à s'amonceler. La première neige de l'année, en ce début de décembre …
Remus leva les yeux en voyant des hiboux trempés entrer par les hautes fenêtres de la salle. En passant déposer le courrier à leur destinataires, ils arrosaient les élèves alentour de gros flocons glacés. Il y eut quelques cris, plus amusés qu'énervés : il y avait peu de courrier, en ce dimanche matin. Quelques élèves chez Gryffondor, dont Clara, avaient reçu des lettres. Remus regarda Clara et se figea. Elle tenait dans ses mains une enveloppe rouge vif, et elle semblait pétrifiée de stupeur. Finalement, elle se leva précipitamment et s'enfuit de la Salle ouvrir la Beuglante avant qu'elle ne s'ouvre d'elle-même. Plusieurs élèves la regardèrent passer en ricanant, mais elle ne sembla pas les voir.
Quand elle passa le pas de la grande porte, Remus se retourna vers son petit déjeuner, mais presque immédiatement après, il entendit des éclats de voix étouffés. Il se redressa légèrement, jetant des regards autour de lui, mais il semblait le seul à les entendre. Soulagé, il tendit néanmoins l'oreille, conscient que c'était très malpoli d'entrer comme ça dans la vie privée de la jeune fille. Il ne saisit pas ce que la voix masculine disait, mais il entendit très nettement un grand éclat de rire, un rire froid et odieux, et des pleurs d'enfant.
Remus sentit un frisson le parcourir, et il se leva hâtivement. Il devait absolument vérifier si ses craintes étaient fondées … Tant pis si Clara pensait qu'il l'avait espionnée. Sans donner d'explications aux Maraudeurs, il sortit vivement de la Grande Salle, pénétra dans le Hall et se dirigea vers la porte qui menait au parc et qui était ouverte, laissant entrer un courant glacé. Il s'avança et vit une silhouette prostrée sur les marches couvertes de neige.
Il s'approcha et s'assit à côté d'elle en silence. Elle ne jeta pas un seul regard vers lui. Elle ne pleurait pas, mais avait prit son visage entre ses mains et fixait un rond de neige fondue devant elle, là où la Beuglante s'était auto détruite. Elle était très pâle et respirait avec difficultés. Le cœur de Remus se serra. Il passa un bras autour des épaules de la jeune fille.
- Tu ne devrais pas rester dans la neige, tu vas attraper froid.
Clara émit un petit bruit de gorge qui ressemblait à un ricanement méprisant. Elle tourna la tête vers lui et il fut effrayé par ce qu'il put lire dans ses yeux. Elle avait une expression vide, complètement désabusée. Il ne savait pas en détails ce qu'il y avait eu dans cette Beuglante, mais d'après ce qu'il avait entendu, il s'était attendu à une autre réaction. De la peur, de la colère, de la tristesse … Mais pas de l'indifférence.
- Je vais retourner en France. Dès aujourd'hui, lui annonça-t-elle d'une voix détachée.
- Non ! Tu ne peux pas faire ça. Il te tuera.
Un faible sourire sans joie releva les coins de la bouche de la jeune fille et il se reprocha ses paroles un peu brutales. Mais c'était la vérité, et ils le savaient tout les deux.
- Je sais, murmura-t-elle. Mais je préfère mourir plutôt que de le laisser tuer mon frère.
- Il l'a retrouvé ?
- Oui, souffla-t-elle d'une voix blanche. Et il va le tuer si je ne reviens pas. Je prendrais le premier Poudlard Express pour Londres, ce matin même.
Remus ouvrit de grands yeux stupéfaits et se mordit la lèvre inférieure. Ses craintes étaient donc vraies … Il secoua la tête, horrifié. Il était vraiment désolé pour Lucas, mais il ne fallait pas qu'elle parte.
- Clara … Même si tu y vas, il le tuera. Il … Après ce que tu m'as raconté, je pense qu'il n'a vraiment aucune raison de laisser ton petit frère si tu reviens. Au contraire, il voudra te faire du mal …
Le visage de Clara se crispa en une grimace douloureuse. Elle se dégagea de son bras, se leva et se campa devant lui, mains sur les hanches. Elle avait quitté son masque d'indifférence, et elle semblait en colère. Contre lui ?
- Tu n'en sais rien ! Je n'ai pas besoin de tes conseils ! Je ne veux pas prendre le risque qu'il tue Lucas, tu comprends ? Non, tu ne comprends pas ! Tu n'es pas dans la même situation que moi ! Tu n'imagines même pas ce que je peux ressentir ! Toi tu as tout ce que tu veux, tu es heureux, alors ne viens pas me donner des conseils sur ce que je dois faire ! Quand on a une vie sans problèmes, on se tait et on n'essaye pas de se mettre à la place des autres … Tu ne peux pas comprendre !
Remus accusa le coup sans rien dire, mais elle avait touché à l'endroit douloureux. Elle était en train d'insinuer que sa vie à lui était rose, comparée à la sienne ? Comment pouvait-elle juger aussi facilement ? Elle ne le connaissait même pas … Des sentiments mêlés l'assaillaient désagréablement. Entre la colère, la déception et la tristesse, il ne savait plus que penser. Il se leva à son tour, en essayant de ne pas montrer à la jeune fille à quel point elle l'avait blessé.
- Tu ne sais rien de ma vie, dit-il d'une voix un peu trop sèche.
- Bien sûr que non, je n'en sais rien ! Puisque tu ne me dis jamais rien ! Je t'ai raconté tout mes secrets, tout mes problèmes, à toi seul ! Et toi, tu ne m'as jamais rien dit sur toi. Alors oui, je juge sur ce que je ne connaît pas. Tu as du succès, tu es populaire … Et tu as des amis formidables, qui ne sont pas du genre à te poignarder quand tu as le dos tourné. Alors s'il te plaît, ne viens pas me dire que tu es un pauvre malheureux.
- Je n'ai pas dit que j'étais un pauvre malheureux, et ce n'était vraiment pas dans mes intentions.
Elle fit une moue ironique et secoua la tête.
- Tant mieux, parce que je ne te croirais pas. Pourquoi est-ce que tu ne me fais pas confiance ? Demanda-t-elle brusquement.
- Je te fais confiance, mentit-il en essayant d'y mettre du cœur. J'ai été très touché que tu me racontes tout ça à moi, et pas à quelqu'un d'autre. Vraiment.
Elle hocha la tête, avec l'air de celle qui n'y croit vraiment pas. Elle semblait déçue.
- Moi aussi, je te faisait confiance, un peu trop, sûrement. Mais je te demande une dernière chose : ne dit pas à tes amis pourquoi je suis partie. C'est tout ce que je te demande. Maintenant, c'est chacun pour soi. Je vais me passer de ton aide, et tu te passeras de mes histoires. Ca ne devrait pas te poser trop de problèmes ?
Remus resta interdit quelques secondes. Il pensait qu'elle était devenue son amie, et finalement, il avait réussi à tout ficher en l'air … Il avait juste voulu l'aider, et il ne comprenait pas pourquoi elle réagissait comme ça. Elle était sur les nerfs, elle avait besoin de piquer une crise sur quelqu'un, et manque de pot, c'était sur lui que c'était tombé. Elle lui avait dit ce qu'elle pensait de lui … Il ne pensait pas qu'il tenait autant à son estime, avant aujourd'hui. Mais qu'elle le voie aussi mal lui faisait de la peine. Enormément.
- Alors voilà, c'est fini, tu vas rentrer et retourner à ton calvaire, sans te battre, sans rien faire ?
Elle le regarda dans les yeux puis détourna la tête, les lèvres pincées.
- Jusqu'à maintenant, j'ai fui mes problèmes, et ça n'a rien arrangé. Et … Je sais pourquoi Joram m'en veut, maintenant. Je sais pourquoi il a tué mes parents.
Elle baissa les yeux, et Remus attendit qu'elle continue. Il en voulait pas lui demander de continuer, elle l'aurait sûrement très mal prit, après ce qu'elle lui avait dit. Mais il voulait savoir pourquoi Joram avait fait ça, et comment elle l'avait appris.
Elle planta ses yeux dans les siens, et il vit clairement qu'elle savait ce qu'il voulait. Mais elle avait besoin de se confier à quelqu'un, et il était le seul au courant. Finalement, elle poussa un léger soupir et continua :
- Il y a deux jours, mon oncle m'a envoyé sa réponse. Il en savait un peu plus que ce que je pensais …
Elle poussa un nouveau soupir, et sa carapace de mauvaise humeur sembla se fendiller. Elle regarda Remus avec un peu plus de détresse dans les yeux.
- Mes parents et mon oncle … Ils faisaient partie d'un groupe … Je ne sais pas comment expliquer ça en anglais. Ils traquaient les sorciers au service de Tu-Sais-Qui, et … Dit-elle alors que sa voix se cassait et qu'il sentait de la peur dans son ton. Ils ont tué le père de Joram, plusieurs mois avant que je ne commence à sortir avec lui. Je ne savais pas ! Gémit-elle. Je ne savais pas que mes parents étaient des assassins ! Mais c'est pour ça … C'est pour ça que Joram les a tués, c'est pour ça qu'il est sorti avec moi, c'était pour me faire souffrir plus, pour que j'aie mal autant que lui … Et il va me tuer, il va tuer Lucas, je le sais. Il veut se venger. C'est … C'est pour ça que je vais … Retourner en France. Il va me tuer, et je vais essayer de le convaincre de laisser Lucas. Comme ça … Je …
Elle leva des yeux embués de larmes vers Remus. Cette fois, elle semblait avoir complètement oublié à quel point elle lui en voulait. Elle secoua la tête, l'air perdu, se passa une main sur le visage et des sanglots secouèrent ses épaules. Remus la prit dans ses bras et la serra contre lui, sans réfléchir. Il y avait encore le risque qu'elle le repousse … Mais elle ne le fit pas. Elle passa ses bras atour de son torse et le serra contre lui, toute tremblante.
- Je veux qu'il me tue … Je veux mourir … Mes parents … Etaient des assassins … Je ne veux plus … Je ne veux plus continuer … Sanglota-t-elle. Pas en sachant ça. Et je ne veux pas que Lucas le sache. Je ne veux pas ! Je veux qu'il soit heureux, c'est tout … Si Joram me tue … Au moins, il sera libre, il ne lui fera pas de mal …
- Ne dis pas de bêtises, murmura Remus.
- Tais-toi ! Ne me dis pas ça. Je t'en supplie. Je veux juste mourir. Ne plus penser à ça. Ne plus me lever la nuit parce que je fais d'horribles cauchemars. J'en ai assez de tout … J'en ai assez de tout cacher à tout le monde. Je ne peux parler à personne. Je n'ai pas d'amis, ici … Même toi, tu ne me fais pas confiance … Je pensais … Je pensais que tu étais mon ami, et si … Si c'était vraiment le cas … Alors tu me parlerais un peu plus de toi. Mais je me suis trompée … Je n'ai plus rien à faire ici.
Remus comprenait un peu mieux pourquoi elle s'était énervée tout à l'heure … Mais il ne supportait pas de l'entendre parler comme ça. Il ne voulait pas qu'elle se tue, qu'elle se jette dans … La gueule du loup.
- Je te fais confiance. Tu m'as fait confiance, et je te fais confiance. Il faut que tu me croies. Il y a des gens qui t'aiment ici, même si tu ne le sais pas. Lily et Sarah t'apprécient énormément, Sirius et James n'ont pas encore réussi à te trouver de défauts, et pourtant ils cherchent … Et moi … Tu es la première fille qui me parle aussi franchement. Et je t'assure que ça fait quelque chose. Je n'ai pas l'habitude de beaucoup parler de moi, ce n'est pas de ta faute si je ne parle pas.
Elle ne répondit pas tout de suite.
- Je dois y aller quand même. Je ne veux pas qu'il tue Lucas … Gémit-elle.
Elle avait été touchée par ses arguments, elle commençait à flancher. Mais il y avait encore le problème de Lucas … Il ne savait pas quoi répondre. Effectivement, Lucas se ferait sûrement tuer si Clara ne rentrait pas en France.
- Tu … Tu es sûre qu'il a retrouvé ton frère ?
- Je … Oui ! Je l'ai entendu. Et il me l'a dit.
- C'était peut-être seulement une ruse pour t'attirer en France.
Elle leva les yeux vers lui et le regarda avec un peu d'étonnement, une lueur d'espoir dans le regard. Puis elle secoua la tête et soupira.
- Arrête de me donner de faux espoirs !
- J'essaye juste de te convaincre de rester. Je ne veux pas que tu ailles te faire tuer.
- Mais pour mon frère ? Demanda-t-elle d'une vois suppliante.
Pour ça, il n'avait pas de solution miracle. Il n'était pas …
- Dumbledore ! Il faut que tu lui en parles. Il saura quoi faire, lui. Il pourra t'aider. J'en suis sûr.
Clara fronça les sourcils et haussa les épaules.
- Peut-être … Tu as peut-être raison. Je … Je vais aller le voir. Mais …
Elle se tut et enfouit son visage dans le creux de l'épaule de Remus. A nouveau, il la serra contre lui. Il était soulagé. Soulagé qu'elle ait abandonné l'idée de partir en France, soulagé qu'elle n'ait plus d'idées aussi noires, soulagé aussi qu'elle ne soit plus en colère contre lui. Mais il se sentait coupable de lui avoir dit qu'il lui faisait confiance. Ce n'était qu'un mensonge de plus, mais celui-là avait été plus difficile à dire …
- Ne t'inquiète pas pour ton frère. Je sais que c'est dur … Mais dis-toi que Joram t'as peut-être menti. Et que Dumbledore fera tout pour t'aider. Ca va s'arranger.
- Merci … Je vais essayer. J'irais le voir cet après-midi.
Ils restèrent dans les bras l'un de l'autre sans bouger pendant un bon moment. Remus ne sentait pas le froid, la chaleur corporelle de Clara le réchauffait bien assez. Et il fallait avouer que la tenir dans ses bras … Il se sentait bien, d'avoir réussi à la faire changer d'avis, d'avoir pu lui éviter la mort … Ou au moins de l'avoir retardée.
Finalement, Clara se détacha de ses bras et essuya ses larmes. Elle eut un faible sourire, se passa la main dans les cheveux pour les remettre en place et poussa un nouveau soupir.
- Je … Voulais simplement te remercier, Remus. Encore une fois. Il faut croire que tu es un genre de chevalier servant, toujours prêt à m'aider. Mais rappelle-toi juste que l'amitié et la confiance, ça va dans les deux sens. Dommage que tu n'ai pas encore saisi ce concept. On aurait pu être amis.
Sans attendre de réponse, elle remonta vivement les quelques marches menant au château et disparu dans le hall, le laissant planté là, dans la neige, abasourdi. Décidemment, elle y tenait, à cette confiance réciproque … Et à chaque fois qu'elle en parlait, il se sentait mal. Il pensait qu'elle avait oublié cette question, mais finalement, elle ne lâchait pas aussi facilement. S'il ne voulait pas perdre son amitié soudain si précieuse, il faudrait qu'il se décide à être un peu plus loquace. Mais pour lui, ce n'était pas une question de confiance. Il avait peur qu'elle la rejette. Il ne pensait pas qu'elle l'appréciait assez pour rester son amie en sachant ce qu'il cachait. Elle avait donc bien raison : il n'avait pas confiance en elle. Il avait du mal à se l'avouer, et c'était une pensée douloureuse … Mais il savait que l'amitié de la jeune fille, toutes ses confidences, ne tiendraient pas le coup devant ce qu'il avait à lui confier.
Et c'était bien dommage.
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La suite arrivera peut-être le week-end prochain si j'arrive à l'écrire dans les temps, mais je ne vous garantis vraiment rien.
A bientôt !
Narcheska
