Hem hem … Bonjour à tous !

Se fait toute petite devant les lecteurs menaçants Oui, bon, je sais, j'ai du retard. Je vous avais habitués à des mises à jours bien plus fréquentes … Mais j'ai essayé, je vous jure ! La semaine dernière, j'ai essayé de mettre ce chapitre, mais il était loin d'être terminé …

Donc je vous prie de ne pas me tuer (ce serait dommage, je vous ai préparé de jolies surprises pour les autres chapitres), et de bien vouloir comprendre que c'est dur d'écrire et de suivre des études en même temps … Franchement, j'ai vraiment eu du mal à écrire ce chapitre, et même maintenant je n'en suis pas totalement satisfaite, mais bon …

Un énorme merci aux reviewers, comme d'habitude vous me remontez toujours le moral quand j'arrive pas à écrire, c'est génial !

Tinn-Tamm : Non non, on ne lynche pas l'auteur, ça se fait pas ça :p Et qui te dis que Clara veut retourner en France ? C'est peut-être pas sa volonté ... Enfin, je te laisse voir ! Et ta fic, elle avance bien ?

Flamel : Deux semaines, c'est long ? Aargh, alors trois semaines ça doit être encore pire ... Désolée !

julie231 : Non non, ce n'est pas une blague, elle retourne bien en France ...

Ynoa : Wow, merci ! Je suis contente que ça te plaise ... Surtout que tu as l'air assez difficile en matière de fics ! J'espère que la suite ne te décevra pas ...

Sur ce, bonne lecture !

Chapitre 17 : Welcome home !

- Je retourne en France !

Clara se répétait cette phrase sans cesse, sans trop savoir si elle devait s'en réjouir ou pas. Un soir , peu après la St Valentin, elle avait reçu une lettre de son oncle qui l'invitait à venir passer les vacances de février chez lui. Il avait prit toutes sortes de précautions pour que sa lettre lui arrive le soir, et qu'elle soit la seule à pouvoir la lire.

Elle avait été tentée de refuser, au début. Retourner en France, cela signifiait se rapprocher de Joram, et prendre le risque qu'il la retrouve. Et elle reverrait son oncle, lui qui avait autant de sang sur les mains que ses parents … Mais elle reverrait aussi Lucas. Il lui manquait tant … Elle avait envie d'entendre à nouveau son rire, elle avait envie qu'il lui parle, elle avait envie de le serrer dans ses bras … Passer sa main dans ses cheveux et le charrier parce qu'il ressemblait à une petite fille … Cela lui manquait tellement ! Et si elle retournait en France, elle pourrait reparler français. Complètement et à tout le monde. Quel soulagement, de ne plus devoir réfléchir à chacun de ses mots avant d'ouvrir la bouche …

Finalement, elle avait donc choisi d'aller en France, de prendre le risque. Deux petites semaines, il n'y avait vraiment pas de quoi s'inquiéter … A Poudlard, les élèves partaient aussi en vacances, elle ne raterait donc aucun cours. Bien sûr que ses amis lui manqueraient, Lily, Sarah, les Maraudeurs … Remus, surtout. Mais deux semaines, c'était quoi ? Elle venait de passer huit mois sans voir son petit frère, elle pouvait bien se passer de Remus pendant deux petites semaines ! Enfin, elle l'espérait … Il fallait avouer qu'elle adorait les moments qu'elle passait avec lui, et le jour, elle n'attendait qu'une chose, c'était que le soir arrive et qu'ils puissent être tranquilles tout les deux. La St Valentin avait été une journée tellement … Fantastique ! Rester avec Remus un après-midi entier, se balader main dans la main avec lui et discuter librement … Cela lui manquait ! Seulement quatre jours après, elle était déjà en train de se demander quand est-ce qu'ils auraient à nouveau l'occasion de le refaire. Alors, bien sûr que les deux semaines seraient très longues sans lui … Mais elle survivrait, sans aucun doute !

Le semaine était passée à tout vitesse, et Clara avait vu avec effroi la veille du départ arriver. Elle avait hâte d'arriver chez son oncle, mais elle avait peur de faire le moindre pas en dehors des enceintes de Poudlard. Elle était allée voir Dumbledore, et il l'avait assurée que toutes les mesures de sécurité seraient prises pour qu'elle arrive sans que Joram ne soit mit au courant. Il ne pouvait rien lui arriver. Mais pourtant … Elle ne pouvait s'empêcher d'imaginer les pires scénarios.

- Et si c'était un piège ? Et si c'était Joram qui m'invitait pour me faire revenir en France ?

Remus leva les yeux au ciel. Elle savait bien qu'elle posait la question pour la troisième fois en trois jours, mais elle voulait entendre à nouveau sa réponse.

- Dumbledore a parlé avec ton oncle, Clara ! Tu sais bien que c'est lui qui t'invite, et pas ton psychopathe !

Elle soupira, pas vraiment rassurée, et se blottit dans les bras du loup-garou. C'était la dernière soirée qu'ils passaient ensemble avant les vacances … Elle s'était promis de ne pas parler de Joram, mais c'était plus fort qu'elle, elle y pensait sans arrêt. Et cela la réconfortait un peu que Remus lui répète toutes les preuves qui montraient qu'elle ne se jetait pas dans un piège.

- Arrête un peu de t'effrayer avec ça, murmura Remus, tout va bien se passer et tu vas passer deux semaines merveilleuses.

- J'espère … Mais il faut que j'aie une conversation avec mon oncle, et je ne sais pas s'il va vouloir … Répondre à mes questions.

- A propos de tes parents ?

- Oui, et de ce qu'ils faisaient. Je veux savoir s'ils … S'ils ont tués d'autres personnes que le père de Joram, et pourquoi ils faisaient ça. Pourquoi ils ne m'ont rien dit ? Comment ils en sont arrivés à faire ça ? Est-ce qu'ils savaient ce qu'ils risquaient ?

Son ton montait au fur et à mesure qu'elle posait ses questions, et son ton s'érailla légèrement. Elle se tut et ses épaules s'affaissèrent légèrement. Une boule lui serrait la gorge, et elle se sentait mal. Elle voulait des réponses, elle voulait avoir quelqu'un à blâmer, elle voulait décharger sa colère et sa peur sur quelqu'un. Mais elle craignait ce qu'elle pourrait apprendre.

Elle ferma les yeux et profita de la chaleur rassurante de Remus contre elle. Elle ne devrait peut-être pas partir, finalement. Si elle restait ici, elle s'éviterait des douleurs inutiles. Et elle pourrait peut-être le convaincre de rester ici, lui aussi. Ils seraient tout les deux tout seuls, puisque tout les autres seraient rentrés chez eux. Ce serait tout bénéfique : elle n'aurait pas à se faire souffrir, et elle aurait Remus à elle toute seule. Mais elle ne verrait pas Lucas, et elle n'aurais jamais les réponses à ses questions.

- I'm not a Gryffindor, murmura-t-elle.

- Quoi ?

- Pourquoi est-ce que le Choixpeau m'a envoyé à Gryffondor ?

Remus haussa les épaules.

- Parce que tu as les qualités d'une Gryffondor.

- « Si vous allez à Gryffondor, vous rejoindrez les courageux. Les plus hardis et les plus forts sont rassemblés en ce haut lieu » récita Clara. Je ne suis pas courageuse, je ne suis pas hardie, et je ne suis pas forte. Je fuis mes problèmes et je ne suis pas fichue de faire face quand il m'arrive quelque chose.

- Pour quelqu'un qui a subi ce que tu as subi, je te trouve bien courageuse, moi …

Elle eut un petit rire sans joie.

- Merci d'essayer de me réconforter, mais je ne suis pas comme ça.

- Clara, tes parents se sont fait assassiner et tu as vécu avec leur assassin pendant deux mois. Tu crois que venir en Angleterre c'est fuir tes problèmes ? Tu as eu le courage de partir alors que ton psychopathe te menaçait de mort. Et toutes les fois où tu aurais pu retourner en France, et où tu es restée ici sans tenir compte de ses menaces, cela ne compte pas ?

- Si tu n'avais pas été là, je serais en France, sûrement morte et enterrée depuis longtemps.

Elle sentit les bras de Remus se resserrer imperceptiblement autour d'elle et il eut une grimace.

- Tu y serais allée pour sauver ton frère. Tu étais prête à mourir pour lui.

- Ca, c'était de l'idiotie, pas du courage. J'aimerais être comme toi, tu sais.

Dans la pénombre, elle vit Remus faire une drôle de tête. Il eut un léger rire.

- Moi ? Pourquoi ? Demanda-t-il, surpris.

- Tes problèmes sont pires que les miens, mais tu arrives à vivre avec sans en faire une maladie, et tu es toujours là, à aider les autres, on dirait que tu t'oublies tout le temps. Comme si les autres comptaient plus que toi.

Il se raidit légèrement.

- Si je devais me lamenter sur mon sort, je ne m'en sortirais pas … Marmonna-t-il.

Elle eut un léger sourire.

- Et tu vois toujours les choses du bon côté.

- Première nouvelle ! S'exclama-t-il.

Elle haussa les sourcils et rigola légèrement.

- Et tu joues parfaitement bien les modestes, ajouta-t-elle.

Il secoua la tête en râlant à voix basse.

- J'ai une idée, et si on arrêtait de parler de moi ? Je déteste quand les conversations tournent sur ce sujet.

A nouveau, elle sourit et se tourna vers lui pour l'embrasser. Encore une chose qu'elle aimait en lui, parmi tant d'autres : il arrivait toujours à lui changer les idées quand elle commençait à déprimer. Et pendant deux semaines il ne serait pas là pour l'aider à faire face …

Elle secoua légèrement la tête et chassa ses idées noires. La seule chose à laquelle elle devait penser en ce moment, c'était aux baisers de Remus. Et c'était une chose très réconfortante …

Le lendemain matin, Clara eut énormément de mal à se lever. Cela lui arrivait plus qu'à son tour, ces derniers temps … Mais elle avait passé presque toutes ses nuits avec Remus, réduisant ainsi ses heures de sommeil de beaucoup. Et les matins étaient de plus en plus difficiles …

Le visage encore enfouit dans son oreiller, les couvertures remontées jusque sous le nez, Clara écouta ses camarades de chambre se lever, toutes plus enthousiastes les unes que les autres. Elles retournaient toutes chez elles, et étaient visiblement impatientes de partir. Toute la semaine, Sarah n'avait pas arrêté de leur parler du voyage en Irlande qu'elle allait faire avec ses cousins, et qui promettait d'être absolument fabuleux. Lily avait été moins loquace sur ce qu'elle allait faire, mais vu la façon dont elle parlait de sa sœur, Clara comprenait pourquoi la jeune fille n'était pas particulièrement enthousiaste pour passer deux semaines avec elle. Mais Lily allait revoir ses parents et ses grands parents, et cela lui ferait un peu oublier la présence de son acariâtre sœur.

- Debout !

Clara se retrouva soudainement découverte, et elle eut beau tâtonner dans tout les sens, elle ne retrouva pas sa couverture. Elle ouvrit difficilement les yeux et se retrouva nez à nez avec Lily, qui la regardait avec un sourire compatissant.

- Bien dormi ? Demanda cette dernière.

Clara hocha vaguement la tête et se redressa dans on lit, les yeux encore à moitiés fermés. Elle avait rêvé de Remus toute la nuit, et elle aurait bien aimé terminer son rêve …

- Allez, un peu de nerf ! Ou il n'y aura plus rien à manger … Cria Sarah de la salle de bain.

Clara tourna la tête vers la porte et soupira. Elle n'avait pas faim ! Elle voulait se recoucher et essayer de rattraper son rêve … En même temps … Si elle descendait, elle verrait Remus.

Elle poussa un nouveau soupir et se leva, sous le regard amusé de Lily. Celle-ci était déjà habillée, lavée, ses valises prêtes sur son lit. Clara ne comprendrait jamais comment elle faisait pour arriver à se réveiller aussi tôt … Mais un regard par la fenêtre l'informa qu'il n'était pas aussi tôt qu'elle le pensait. Lily avait sans doute attendu le dernier moment pour la tirer du lit … C'était très aimable de sa part.

Une bonne demie heure plus tard, Clara était enfin prête à descendre prendre son petit déjeuner. La douche et la perspective de revenir en France dans quelques heures l'avaient réveillée, et Sarah parue enchantée de voir qu'elle était enfin décidée à descendre. Elle descendit presque les étages en courant, et Lily et Clara suivaient derrière en se jetant des regards étonnés. C'est seulement en arrivant dans la Grande Salle qu'elles comprirent : Sarah se jeta dans les bras de Joan, avec qui elle sortait depuis la St Valentin.

Lily se dirigea vers la table des Gryffondor, et s'assit pas très loin des Maraudeurs. Clara les regarda, puis jeta un coup d'œil à Sarah : celle-ci s'était dirigée vers la table des Poufsouffle, sûrement pour profiter des derniers moments avec son copain. Lily allait rester toute seule, si elle-même allait avec les Maraudeurs … Elle s'assit donc en face de son amie, en évitant de regarder Remus. Lily lui fit un sourire reconnaissant, et elles se mirent à manger sans un mot à ce sujet. Lily n'était pas encore prête à pactiser avec l'ennemi …

- Alors, prête à retourner en France ? Demanda Lily après quelques secondes de silence.

Clara reposa le bol de café qu'elle avait mené à ses lèvres et haussa légèrement les épaules.

- Ca devrait aller …

- Anxieuse ?

- Carrément ! Répondit Clara en souriant. Mais je suis tellement impatiente d'y être … Mon frère me manque trop ! C'est la première fois que je m'éloigne de lui aussi longtemps. Je ne pensais pas qu'il pourrait tant me manquer, ajouta-t-elle d'un ton moqueur.

Lily esquissa un sourire.

- Et est-ce que tu voudras revenir, après ça ?

- Bien sûr que oui ! Même si ça va être dur de repartir et de laisser Lucas seul encore plusieurs mois, il y a trop de choses qui me retiennent ici. Ca me fait bizarre de dire ça, mais … En arrivant ici, je ne pensais pas me faire des amis, des vrais amis. Je pensais que je resterais dans mon coin, parce que tout le monde avait déjà son petit groupe, et moi non … En fait, vous êtes vachement plus accueillants que ce que je pensais.

Et effectivement, Clara avait beaucoup de choses qui la retenaient ici. Lily était devenue une très bonne amie, que Clara n'avait pas envie de perdre comme ses amies de Beauxbatons. Et il y avait Remus, toujours Remus …

Lily eut un petit rire et secoua la tête.

- On allait pas te laisser toute seule dans ton coin, quand même ! Sauf si tu avais commencé l'année en nous insultant, mais comme tu as eu la bonne idée de ne pas le faire … Enfin, je suis contente de savoir que normalement, tu seras de retour à la rentrée. Et au pire, si tu y restes quelques semaines de plus, écris-moi pour me le dire et je te prendrais tes cours.

- Merci, c'est gentil. Mais normalement … Si tout se passe bien, il n'y a aucune raisons pour que je prolonge mes vacances. Et tu crois que McGonagall serait d'accord pour que je loupe ses cours ?

Lily eut une grimace et jeta un regard à la directrice des Gryffondor.

- Effectivement, tu risquerais de l'entendre si tu revenais en retard … Ironisa Lily.

- Je n'ai pas envie de tester les heures de retenues, ni les points en moins … J'essayerais de revenir à temps, promis.

Clara n'avait pas envie de rester trop longtemps chez son oncle, de toute façon. Elle profiterait de son frère pendant deux semaines, mais après ça elle serait sans doute soulagée de revenir. Elle commençait à beaucoup apprécier l'Angleterre, ses habitudes insolites et sa langue étrange.

Après le petit déjeuner, les deux filles remontèrent au dortoir, en même temps que la plupart des autres élèves de l'école. Mais si Lily prit ses valises dans le dortoir, Clara la raccompagna en bas, dans le hall, les mains dans les poches. Elle ne prendrait pas le Poudlard Express, son oncle avait eu bien trop peur de lui laisser prendre des transports en commun. Et dans un sens, Clara était soulagée de ne pas devoir se rendre à Londres, ni même à Paris. Elle avait toujours au fond d'elle la peur irrationnelle de tomber sur Joram à un coin de rue …

Lily et Clara arrivèrent dans le hall de Poudlard, où des masses d'élèves déposaient leurs valises et se dirigeaient en bavardant vers les calèches sans chevaux qui les attendaient à l'autre bout du parc. Sarah était là, avec Joan, et le quitta quelques instants pour serrer Clara dans ses bras. Elle lui souhaita fébrilement de passer de bonnes vacances et de beaucoup s'amuser, comme si elle partait pour des mois. Ce fut ensuite le tour de Lily de lui souhaiter de bonnes vacances, et qui lui rappela en souriant de ne pas les oublier et de bien revenir dans deux semaines.

Clara regarda partir les deux jeunes filles avec un sourire, touchée par les marques d'amitié de celles qu'elle pouvait presque appeler ses amies. Presque seulement …

- Clarinette !

Une masse s'abattit sur Clara et manqua de la faire tomber en arrière. Deux bras la serrèrent contre ce qui ressemblait à un corps d'adolescent, au visage masqué par des cheveux noirs.

- Sirius … Tu m'étouffes … Gémit Clara.

Il la relâcha et la regarda avec de grands yeux tristes. Clara éclata de rire sans se soucier du chagrin du jeune homme. Il était décidemment un très bon acteur …

- Tu nous as évités, ce matin ! Grommela-t-il.

- Lily ne voulait pas manger avec vous, je ne pouvais pas la laisser toute seule, quand même !

- Elle ne voulait pas manger avec nous ? Mais je croyais qu'elle nous appréciait un peu plus ! S'exclama James en surgissant derrière Sirius, l'air déçu.

Juste derrière lui, Clara vit Remus et Peter qui étaient en train de discuter. Remus ne lui avait pas adressé un seul regard … Il l'avait prévenue, la veille : il préférait qu'ils se disent au revoir tout de suite, parce qu'il était probable que le jour venu, il ne serait pas démonstratif. Et en effet, faire moins démonstratif aurait été difficile.

- Mais … Ce n'est pas qu'elle ne vous apprécie pas …

Clara s'était perdue dans ses pensées en voyant Remus, et elle avait du mal à continuer la conversation avec James et Sirius. Elle essaya tant bien que mal d'expliquer à James que Lily les appréciait de plus en plus, mais qu'ils n'étaient pas non plus ses meilleurs amis et qu'elle préférait manger sans eux. James semblait terriblement déçu, comme s'il avait vraiment cru que la hache de guerre avait été enterrée avec Lily.

Après que Clara ait tant bien que mal consolé James de sa soi-disant tristesse, la discussion tourna autour de ce qu'ils allaient faire pendant leurs vacances. James avait invité Sirius chez lui, et ils semblaient impatients d'arriver, pour commencer à semer la terreur dans le manoir Potter et inventer de nouvelles blagues à faire aux Serpentard à la rentrée. Peter allait chez sa grand-mère, et il allait manger ses délicieux cookies pendant toutes les vacances. Remus rentrait chez lui, mais il était resté très discret sur ce qu'il allait faire, comme si ce n'était pas assez intéressant pour le dire à Clara. Ou parce qu'il n'aimait pas parler de ça … Il ne lui avait toujours pas parlé de sa famille, et elle essayait de ne pas s'en sentir vexée. Il finirait bien par se dévoiler, un jour ou l'autre … Enfin, elle l'espérait.

Finalement, les garçons durent se dépêcher de partir pour ne pas rater la dernière calèche. Sirius la serra dans ses bras avec grandiloquence, à tel point que Clara faillit se sentir coupable. Il la lâcha juste à temps pour qu'elle ne commence pas à se ronger les sangs à propos de sa relation avec Remus. Les autres furent moins démonstratifs. Elle eut droit à une tape dans le dos de la part de James, à laquelle elle répondit avec force. Peter et Remus, par contre, la saluèrent simplement. Mais elle eut le temps de croiser les yeux du loup-garou … Une fraction de seconde. Juste assez pour avoir envie de lui sauter dans les bras, en tout cas !

Elle les regarda s'éloigner, et se retrouva seule au milieu du grand hall. Rusard, le concierge, referma les grandes portes pour que le froid arrête de rentrer dans l'école, et il lui lança un regard soupçonneux avant de s'en aller. Clara du se résoudre à remonter, elle aussi. C'était bientôt son tour de partir …

Elle entra dans la salle commune, qui était presque vide, maintenant que les autres élèves étaient partis. Il ne restait plus qu'un petit groupe de septième années, donc Clara ne connaissait pas les noms. Assis dans les meilleurs fauteuils, en train de réviser leurs cours, ils lui jetèrent à peine un regard quand elle entra. Elle monta rapidement au dortoir, et en redescendit quelques minutes plus tard, son sac de voyage flottant derrière elle.

Elle ressortit de la salle commune et se dirigea vers le bureau de Dumbledore. Elle y était déjà allée plusieurs fois, cette année, et commençait à connaître le chemin par cœur. L'année dernière, elle n'était jamais allée chez le directeur, avant la mort de ses parents, et craignait de le rencontrer. Elle pensait que seuls les mauvais élèves y allaient, et seulement pour se faire réprimander … Elle avait changé cette façon de voir depuis quelques mois. Dumbledore était quelqu'un de très gentil, toujours à son écoute. A chaque fois qu'elle était venue le voir, il l'avait écoutée, rassurée, conseillée. Cela changeait beaucoup de la vision qu'elle avait des directeurs d'école ! Monsieur Dubuisson, le directeur de Beauxbatons, était sans doute très gentil aussi … Mais il avait été celui qui lui avait annoncé la mort de ses parents, et elle préférait éviter de lui reparler.

Clara arriva devant la gargouille qui gardait le bureau de Dumbledore, et prononça le mot de passe qu'il lui avait donné, quelques jours plus tôt. La gargouille fit un pas sur le côté, et Clara monta les escaliers menant au bureau du grand sorcier.

- Bonjour Clara, fit Dumbledore quand elle entra dans la pièce. Tu es en avance.

Assit à son bureau, ses longs doigts croisés devant lui, il semblait l'attendre. Un fin sourire flottait sur ses lèvres, comme à son habitude, et Clara sentit à nouveau cet élan de sympathie pour le vieil homme qu'elle avait en sa présence. Il inspirait la confiance et le calme, c'était plutôt agréable, pour elle qui se sentait si tendue.

- Bonjour monsieur. Je … Il n'y a plus personne dans le château, je ne savais pas trop quoi faire …

Dumbledore se leva et fit signe à la jeune fille de le suivre. Il se dirigea vers un coin de la pièce, où plusieurs objets en or en argent trônaient sur un meuble. Clara s'avança un peu timidement, jetant malgré elle des regards curieux aux instruments biscornus..

- Tu me sembles tendue, remarqua-t-il avec un léger sourire.

Elle eut un léger rire. Tendue ? Elle était morte de peur ! Et tellement impatiente …

- Ca fait longtemps que je ne suis pas retournée en France …

- Et tu attends depuis longtemps le moment où tu pourras enfin en apprendre un peu plus sur ta famille, supposa Dumbledore en la regardant d'un air pénétrant.

Clara baissant les yeux. Bien sûr, il avait raison, comme toujours … Sans qu'elle ait besoin de lui dire quoi que ce soit ! Comme s'il lisait dans ses pensées … Cela faisait longtemps qu'elle espérait pouvoir s'expliquer avec son oncle, et connaître la vérité, mais elle ne savait toujours pas si elle était prête à l'entendre.

- Quoi que tu apprennes, il vaut mieux que ce soit maintenant et de la bouche de ton oncle plutôt que par hasard et dans vingt ans.

Elle hocha légèrement la tête. Sans doute, oui … Mais peut-être qu'elle préférait ne jamais savoir la vérité ! Mais pour ça, c'était un peu tard … Elle savait trop de choses pour ignorer la réalité, et pas assez pour vivre sans connaître le fin mot de l'histoire.

Dumbledore la regardait toujours, comme s'il attendait une réaction de sa part qui ne venait pas. Finalement, il regarda une horloge posée sur une armoire, et eut un sourire réjoui.

- Bien ! C'est bientôt l'heure, il faut nous presser …

Il fit un mouvement ample avec sa baguette, pointa un des ustensiles en argent, murmura un mot que Clara ne saisit pas, et se tourna vers elle, un sourire réconfortant sur les lèvres.

- Je suppose que tu sais comment marche un Portoloin ?

Clara hocha la tête, les yeux fixés sur le Portoloin nouvellement créé. Elle n'avait jamais vu personne en faire un devant ses yeux ! Ce n'était pas si impressionnant que ça …

Elle ramassa son sac de voyage et Dumbledore lui souhaita bonne chance, un sourire gai aux lèvres. Clara ne voyait pas trop ce qu'il y avait de drôle, mais c'était plus réconfortant de le voir rire que pleurer … Il avait quelquefois un comportement assez étrange, finalement !

- A dans deux semaines, Clara ! Je t'attends dimanche à dix-huit heures. Bonnes vacances !

Clara eut un léger sourire et posa la main sur le Portoloin. Immédiatement, elle se sentit tirée par le nombril, et le décor s'effaça dans un tourbillon de couleurs. Un immense sourire naquit sur ses lèvres, alors qu'elle profitait du voyage exceptionnel. Elle avait toujours adoré les Portoloins, les rares fois où elle avait eu la chance d'en utiliser. Ses pieds ne touchaient plus terre, mais elle ne volait pas vraiment, et elle ne voyait rien. Elle se sentait en sécurité, dans cet endroit bizarre où personne ne pouvait venir la chercher … Jusqu'au moment où elle arriverait ! Mais cette fois, le voyage durait plus que quelques secondes. Grâce à la magie, le voyage jusqu'en France serait écourté de beaucoup, mais même le Portoloin ne pouvait faire de miracles.

Clara ne savait plus depuis combien de temps elle tourbillonnait quand elle sentit ses pieds toucher une surface dure. Le paysage redevint net, et elle se retrouva dans une petite ruelle sombre, où les poubelles côtoyaient les bouteilles brisées. Un endroit vraiment charmant … Son oncle avait le chic pour trouver des lieus de rendez-vous agréables ! Il avait eu tellement peur que quelqu'un la voie qu'il l'avait fait arriver dans une ruelle d'un village moldu presque désert, là où personne ne risquait de la voir.

Clara ferma les yeux une seconde, le cœur battant. L'euphorie du voyage était passée, elle était revenue sur terre. Elle jeta un coup d'œil à sa montre : seulement dix minutes s'étaient écoulées depuis son départ du bureau de Dumbledore. Son oncle aurait du être là ! Elle leva les yeux, s'avança un peu dans la ruelle, marchant prudemment, essayant de faire le moins de bruit possible. Il n'était pas là, mais il était sans doute en retard. Il n'y avait vraiment pas de quoi s'inquiéter. Non, vraiment pas … Par simple précaution, elle sortit sa baguette, en sachant pertinemment que n'importe quel moldu pouvait la voir, ce qui était formellement interdit … Et que de toute façon, elle n'avait pas le droit de faire de magie en dehors de l'école. Mais si jamais … Si jamais quoi ? Personne n'allait l'attaquer ici ! C'était Dumbledore lui-même qui s'était occupé de son Portoloin ! Personne à part son oncle ne savait qu'elle serait là. Mais elle avait beau se le répéter, son cœur battait de plus en plus fort, et le courage légendaire des Gryffondor dont elle était censée être pourvue l'avait abandonnée depuis longtemps.

- Clara !

Elle sursauta et se retourna, pour voir un homme arriver vers elle, essoufflé. Immédiatement, elle baissa sa baguette et sa gorge se serra. Elle avait oublié ce détail. Ce léger petit détail qui venait de lui faire monter les larmes aux yeux. Hector Marchal était le frère jumeau de son père. Et elle avait cru le voir s'avancer vers elle, pendant une seconde. Mais alors qu'il s'approchait, elle se traita d'idiote. Son père n'avait jamais eu ce ventre rond, ni ces cernes sous les yeux. Cet homme n'était pas son père … Et le constat était douloureux à faire.

Alors que son oncle s'avançait vers elle, Clara se rendit compte qu'elle n'avait pas réagi, qu'elle n'avait pas sourit, et que sa main était toujours crispée sur sa baguette. Elle ne savait plus quoi penser. Elle en voulait à son oncle de ressembler autant à son père et d'être toujours vivant. Elle n'avait pas envie d'être agréable avec lui.

Hector s'approcha d'elle et la serra dans ses bras. Clara se raidit et souffla quand il s'écarta d'elle. Il la détailla des pieds à la tête, comme il avait l'habitude de faire quand ils se voyaient. Elle fit de même, et nota qu'il avait bien moins bonne mine que la dernière fois qu'elle l'avait vu. Ses cheveux châtains grisonnaient sur les tempes, et son visage était agité de tics nerveux. Et ces ombres qui soulignaient ses yeux … Contrairement à Remus, dont les cernes lui donnaient l'air fatigué, Hector semblait plutôt rongé par l'anxiété.

- Alors, comment vas-tu ? Ca fait tellement longtemps qu'on ne s'est pas vus !

Clara sursauta légèrement et fronça les sourcils. Il avait emprunté un ton tellement … Anodin ! Mais comment pouvait-il lui demander si elle allait bien ? Il savait parfaitement ce qu'elle avait vécu !

- Ca va, répondit-elle d'un ton neutre.

Il sembla gêné par un tel manque d'enthousiasme, car il ne s'étendit pas sur le sujet et ramassa son sac de voyage en prenant soudainement un air enjoué. Est-ce qu'il voulait lui faire croire que tout était redevenu comme avant ? Elle n'était plus la petite fille qui venait passer ses vacances chez lui !

- On y va ? Lucas est impatient de te voir, tu sais !

Dès qu'il prononça le nom de son petit frère, le visage de Clara s'éclaira. Elle allait le revoir !

Elle emboîta vivement le pas d'Hector, pressée d'arriver. En revoyant son oncle, elle en avait presque oublié son frère et son impatience de le revoir …

Ils marchèrent en silence, tout les essais d'Hector pour engager la conversation avortés par le manque d'enthousiasme de Clara. Pourtant, elle voulait parler Français. Cela faisait bien trop longtemps qu'elle n'avait pas eu une vraie conversation dans sa langue natale. Mais discuter avec son oncle … Elle n'avait pas envie. Pas maintenant … Elle voulait voir son frère d'abord, s'assurer qu'il allait bien, et ensuite, ensuite seulement, elle se tournerait vers son oncle pour en apprendre un peu plus. Lâcheté ? Sans doute. Elle voulait retarder encore un peu le moment où elle devrait faire face et poser toutes ses questions.

Ils quittèrent le village et marchèrent un moment le long d'une route de campagne, puis s'engagèrent sur un chemin envahi par les broussailles. C'était la première fois que Clara venait ici par la route, d'habitude ses parents les amenaient, elle et son frère, par un transplanage d'escorte, mais cette fois son oncle ne lui avait pas proposé. Il fallait dire qu'elle avait grandi, depuis l'époque où elle venait passer une semaine ici pendant les grandes vacances …

Finalement, ils arrivèrent devant une ferme abandonnée, défraîchie, dont le toit était percé et dont le jardin était envahi par les herbes folles. Ils traversèrent un semblant de cour, et contournèrent la vieille bâtisse. Clara jetait des coups d'œil curieux autour d'elle, mais se retenait bien de poser la moindre question. Hector s'avança vers une porte, cachée derrière une charrue défoncée, et fit signe à Clara de le suivre. Elle s'avança, et le vit pointer sa baguette sur la poignée de la porte en murmurant une formule longue et compliquée. Des étincelles jaillirent du trou de la serrure et tournèrent autour de la poignée, qui s'actionna d'elle-même. La porte s'ouvrit, et Hector se tourna vers Clara, un grand sourire aux lèvres.

- Bienvenue chez moi !

Un peu surprise, Clara entra. Immédiatement, le paysage changea du tout au tout. L'intérieur n'avait rien à voir avec la vieille ferme désaffectée, mais ressemblait à un véritable manoir sorcier. Clara retrouva le décor qu'elle connaissait bien … Et à nouveau, son cœur se serra. Elle était revenue dans le dernier endroit en France qui lui était familier, et cela lui rappela énormément de choses. Elle était dans le hall où ses parents transplanaient … C'était là qu'ils repartaient en les laissant pour une semaine, et c'était là aussi qu'ils réapparaissaient pour revenir les chercher. En face d'elle, il y avait le grand escalier en chêne, puis les grandes portes vitrées qui menaient au manoir proprement dit. Petite, elle se postait derrière les vitres et y collait son nez pour guetter l'arrivée de ses parents, et pour pouvoir être la première à …

- Claraaaaaaaaa !

Un visage était apparut derrière les vitres, et immédiatement après, la porte s'était ouverte sur un petit garçon qui poussait de grands cris. Il dévala les escaliers en hurlant et se jeta dans les bras de la jeune fille. Clara souleva Lucas et le fit tournoyer dans les airs, le cœur battant, les larmes aux yeux. Finalement, elle le reposa à terre, mais le garda serré contre lui, comme si elle avait peur qu'il lui soit arraché de ses bras. Au bout d'un petit moment, il la repoussa :

- Tu m'étouffes !

Un peu à contrecoeur, elle le relâcha, et il se planta devant elle, les poings sur les hanches. Ses cheveux noirs mi-longs lui tombaient légèrement sur les yeux, et il faisait sans cesse des mouvements de la tête pour les renvoyer en arrière. Depuis la dernière fois qu'elle l'avait vu, il avait perdu un peu des bonnes joues qu'elle adorait pincer comme le faisait sa grand-mère, mais il avait toujours le même petit sourire, les même yeux malicieux. Clara avait l'impression de revivre, en le revoyant.

A nouveau, la porte en haut des escalier s'ouvrit, pour laisser apparaître Hélène, la femme d'Hector. Elle fit un sourire chaleureux à Clara et la prit dans ses bras en lui demandant d'une voix douce de ses nouvelles. Clara aimait bien Hélène, parce qu'elle inventait toujours toutes sortes de jeux pour lui faire passer le temps, quand elle était petite. Mais elles n'avaient jamais vraiment parlé … Pourtant, Clara avait eu l'impression que sa tante lui avait donné ce qui ressemblait le plus à une étreinte chaleureuse et maternelle, et ça … Ca valait toutes les conversations du monde. Elle ne s'était pas vraiment rendue compte à quel point la présence de sa mère lui avait manqué. Pas de cette façon là, en tout cas …

- On ne va pas rester dans le hall toute la journée, n'est-ce pas ? Venez, vous pourrez discuter devant un bon repas, dit Hélène en jetant un regard amusé à Lucas, qui trépignait d'impatience.

Clara hocha vaguement la tête et suivit Lucas qui montait les escaliers avec énergie.

- Mais d'abord, je te montre ta chambre ! Viens ! C'est moi qui ai fait le lit ! S'exclama-t-il en lui prenant la main.

- Ne traînez pas trop ! Lança Hélène.

Mais Lucas était déjà en train de tirer Clara dans le couloir, et elle doutait qu'il l'ai entendue.

- Toi tout seul ? Tu m'épates !

- Oui, mais Tatie m'a un petit peu aidé parce que je n'arrivais pas à tirer le lit, mais j'ai tout fait presque tout seul !

Clara esquissa un sourire. Presque tout seul, cela voulait dire qu'il avait surtout aidé à tirer les draps, et qu'il avait plus encombré qu'autre chose, mais cela partait d'une bonne intention …

- Tu as la chambre au fond du couloir ! Juste à côté de la mienne. C'est moi qui ai la plus grande, mais c'est normal, hein ? Je suis arrivé avant toi. Si tu as un problème, je suis juste à côté ! Ajouta-t-il en prenant un ton solennel.

Elle hocha la tête vigoureusement.

- Je m'en rappellerais !

Il la mena à travers le couloir et s'arrêta devant la porte de la chambre qu'elle avait toujours eu. Mais apparemment, il ne s'en souvenait pas … Il lui ouvrit la porte et entra le premier, puis se fit un devoir de lui montrer tout ce que la chambre contenait et qui était digne d'attention à ses yeux. Elle pouvait poser son sac où elle voulait, il y avait un miroir qui avait une tache sur le coin et qui déformait les gens, le troisième tiroir de la commode faisait un bruit rigolo quand on l'ouvrait, les fleurs n'étaient pas jolies mais c'était Hector qui avait insisté pour les mette … Pour finir, il lui dévoila avec beaucoup de cérémonies un dessin qu'il avait fait pour elle, et dont il était très fier. Il représentait une jeune fille et un petit garçon, armés chacun d'une baguette magique et d'un balai, qui combattaient un gigantesque monstre à la dentition impressionnante.

- C'est toi et moi, expliqua Lucas. Tonton m'a dit que dans ton école, à Ogouarts, tu combattais des dragons ! Alors j'ai hâte d'y aller moi aussi ! Je connais plein de choses sur les dragons, tu sais. Tatie m'a acheté pleins de livres dessus, et je les ai presque tous lus ! Tu veux que je te les montre ? Viens !

Clara le regardait, lancé dans sa tirade, et un sourire naquit sur ses lèvres. Elle combattait des dragons ? Elle avait du manquer certains cours, dans ce cas …

- Tu me montreras ça après manger, Luc, Hélène a dit qu'on devait se dépêcher …

Il s'arrêta et parut un peu déçu, mais il sembla se rappeler qu'il avait très faim … Et que les dragons pouvaient bien attendre un petit moment. Ils prirent donc la direction de la salle à manger, d'où s'échappaient d'agréables odeurs.

Après le repas, comme promis, Lucas montra à Clara tout les livres de dragons qu'il avait lus, ainsi que tout les dessins qu'il avait fait. Il y en avait une bonne pile … Il tint même à lui montrer comme il savait bien les faire, et Clara eut droit à un cours de dessin en direct.

Lucas ne semblait pas du tout gêné que huit mois et plusieurs milliers de kilomètres les aient séparés, et pas une seule fois il ne parla de leurs parents. Clara s'en étonna, mais elle se garda bien de mettre le sujet sur le tapis. Le principal, c'était qu'il soit bien ici, et qu'il n'y soit pas malheureux …

Toute la journée, Lucas ne la lâcha pas d'une semelle. Il tenait absolument à lui expliquer tout ce qu'il avait fait pendant son absence, et il lui faisait visiter toute la maison, comme s'il avait toujours vécu ici. Clara se sentit un peu vexée qu'il se soit si bien adapté, alors qu'elle-même avait eu tant de mal à se faire à son nouvel environnement. Mais il n'était pas arrivé en terrain totalement inconnu, et Hélène avait du faire beaucoup de choses pour qu'il se sente comme chez lui. Clara pu en juger quand elle vit la salle de jeu, autrefois presque vide, et maintenant remplie de bricolages, de dessins, de livres d'images et de jeux divers. Il y avait même un petit coin bureau, où Lucas avait appris quelques notions de calcul, d'histoire, de conjugaison … L'école à la maison ! Il avait du trouver ça bien plus amusant que de devoir aller à l'école tout les jours.

La journée passa très rapidement, et Clara n'eut pas une seule fois le loisir de parler en tête à tête avec son oncle ou sa tante. Par contre, elle avait pu profiter de son petit frère, et à chaque fois qu'elle le regardait, elle sentait ses lèvres s'étirer malgré elle en un sourire ravi. Quand elle repensait à la peur qu'elle avait eu, quand elle avait cru que Joram l'avait attrapé ! Elle n'avait jamais été aussi contente de revoir le petit monstre qui lui servait de frère. L'année dernière, elle l'aurait envoyé balader au bout d'une heure, elle aurait préféré aller lire tranquillement dans un coin plutôt que de devoir le regarder lui montrer ses jeux et ses dessins. Mais elle se rappelait trop bien du sentiment oppressant de frayeur qu'elle avait ressenti en ouvrant la beuglante de Joram. Et elle voulait profiter au maximum de la présence de Lucas, juste au cas où …

Le soir, elle se glissa dans ses draps, épuisée mais heureuse de sa journée. Finalement, elle était arrivée saine et sauve en France, elle avait parlé français toute la journée, elle avait revu son petit frère, et elle n'avait pas encore eu de révélations trop désagréables à propos de ses parents ou de son oncle. Elle ferma les yeux et elle commençait à s'endormir quand elle entendit un petit grattement à la porte. Elle se redressa, fronça les sourcils, et faillit se recoucher quand elle vit la porte s'entrebâiller. Le visage de Lucas apparut dans la pénombre, et il entra dans la chambre à pas de loup, en refermant soigneusement la porte derrière lui.

- Luc ? Qu'est-ce qu'il y a ?

- Je peux dormir avec toi ? S'il te plaît … Murmura-t-il.

Ce n'était plus un bébé, il avait passé l'âge de venir dormir avec elle quand il faisait des cauchemars, et elle aurait du refuser … Mais il y avait quelque chose dans sa voix qui l'en empêcha. Et puis, son lit était assez grand pour eux deux …

- Juste pour cette nuit alors, hein ?

Il hocha la tête et grimpa sur son lit, et rentra sous les draps. Elle sentit ses bras venir la serrer contre lui, et elle eut un petit sourire triste. Il n'avait pas oublié ses parents, finalement …

- Est-ce que je vais rester là longtemps ? Demanda-t-il finalement, d'une toute petite voix.

- Je ne sais pas … Il n'y a pas d'autres solutions, tu sais. Tu n'es pas bien, ici ?

Il ne répondit pas tout de suite, et elle l'entendit pousser un léger soupir.

- Mais je suis toujours tout seul … Je m'ennuie … Et puis papa et maman me manquent …

- A moi aussi, ils me manquent. Tu me manques, aussi. Mais on ne peut pas faire autrement …

- Pourquoi t'es partie si loin ? C'était mieux avant, tu rentrais pendant les vacances !

- Je sais … Mais je n'étais pas bien à Beauxbatons. Et Hogwarts, c'est beaucoup mieux, les gens sont plus gentils.

- Comment t'as dit ? Ogouats ?

Il s'était tourné vers elle, les yeux brillant d'intérêt.

- Hogwarts, répéta-t-elle d'un ton amusé.

- Wahou ! Vas-y, dis une phrase en anglais ! Avec l'accent et tout !

- I don't know … What can I say ?

- Trop fort ! S'exclama-t-il.

- Chut ! Fit-elle en riant à moitié. Tu vas réveiller toute la maison !

- T'es trop forte ! Tu sais parler couramment anglais ?

- Pas vraiment … Mais je me débrouille !

Lucas était bluffé par Clara, et il lui demanda de dire plusieurs phrases en anglais. A chaque fois, il s'extasiait et essayait de les répéter avec le même accent, ce qui donnait souvent des phrases assez comiques. Peu à peu, sa voix faiblit, et il finit par se taire complètement, emporté par le sommeil. Clara mit plus de temps à s'endormir. Elle écoutait sa respiration tranquille, elle passa une fois ou deux sa main dans ses cheveux soyeux, et se mit à penser à leur vie, avant le drame. Ils étaient heureux … Rien ne venait troubler leur petite vie tranquille. Elle n'avait jamais vraiment eu à se plaindre, si elle y réfléchissait. Bien sûr, elle avait toujours trouvé des petites choses à redire, et comme une vraie adolescente, elle avait souvent piqué des colères injustifiées contre ses parents, juste pour leur rappeler qu'elle était là. C'était idiot … Mais il était trop tard pour aller se faire pardonner, et il valait mieux ne pas penser à toutes les fois où elle avait du faire tourner ses parents en bourrique. Le mal était fait … Elle s'endormit sur ces réflexions, et ses rêves furent hantés par des portes claquées et des cris de colère.

Le lendemain, en se levant, Clara décida qu'elle irait parler à son oncle. Il valait mieux s'y prendre tôt, au cas où il serait réticent … En deux semaines, elle devrait bien arriver à lui soutirer quelques informations.

Forte de sa décision, elle tenta de le voir en tête à tête toute la matinée, mais il arrivait à se défiler à chaque fois. Une course urgente à faire, des instructions à donner au bureau … Il avait toujours une bonne excuse. Ils arrivèrent ainsi au déjeuner sans qu'elle n'ait réussi à lui parler une seule fois.

- Alors Clara, raconte-nous un peu comment ça se passe, à Ogouarts ! Fit Hélène en croisant ses mains sous son menton.

Clara leva la tête et esquissa un sourire. Elle n'avait encore jamais entendu de français essayer de prononcer le nom de Poudlard à l'anglaise, et c'était assez comique … Est-ce qu'elle avait le même accent ? Elle comprenait pourquoi James et Sirius s'étaient tellement moqués d'elle !

- Oh, ça se passe bien … J'avais un peu de mal à suivre les cours, au début, parce que les profs parlaient vraiment très vite, mais ça va mieux.

- Tu t'es fait des amis ? Demanda Hector.

- Bien sûr. Tu croyais que j'allais rester toute seule dans mon coin ? Répliqua Clara d'une voix sèche.

Hector baissa les yeux en pinçant les lèvres, et Hélène fronça les sourcils.

- Comment ils s'appellent ? Demanda Lucas sans remarquer le malaise qui régnait dans la pièce.

- Lily, Sarah … James, Sirius … et Remus.

- Sawa, Siwius, Wemus, marmonna Lucas dans sa barbe en fronçant les sourcils, très concentré.

Clara le regarda faire et eut un petit rire. Oui, elle comprenait de mieux en mieux pourquoi ils s'étaient moqués d'elle quand elle était arrivée, avec son pitoyable accent français.

- Et tu as un petit copain ? Demanda soudainement Lucas.

Clara haussa les sourcils, étonnée.

- Lucas ! Le sermonna Hélène, un demi-sourire aux lèvres.

- Bah quoi ! Je veux juste savoir si elle a un petit copain ! Allez Clara, dis-le moi !

Elle le regarda avec un petit sourire, hésitant à lui dire la vérité …

- Oui, j'ai un petit copain. T'es content ?

- Comment il s'appelle ?

- Dis donc, t'es un peu trop curieux, là !

Elle ne voyait pas le problème de lui dire qu'elle avait un copain, ni de lui dire son nom, mais elle était quand même devant son oncle et sa tante … Et même s'ils ne le rencontreraient jamais, cela la gênait un peu.

- Allez, c'est pas grave, dis-le moi ! Insista Lucas. Je le dirais à personne !

Il semblait vraiment curieux de savoir, comme à chaque fois qu'il lui demandait des nouvelles de sa vie amoureuse. Alors qu'il refusait toujours de lui dire quoi que ce soit sur la sienne !

- Il s'appelle Remus, et c'est un loup-garou, annonça Clara, un large sourire aux lèvres.

Hélène eut un léger sourire et Hector secoua la tête, un sourire indulgent aux lèvres, mais Lucas poussa un cri horrifié.

- C'est même pas vrai ! S'exclama-t-il.

- Si, c'est vrai, répliqua-t-elle.

Le sourire de Clara s'élargit encore alors qu'il se mettait à pousser des cris indignés, et commençait à lui dire que c'était pas beau de mentir. En fait, elle lui avait déjà fait croire une fois qu'elle était amoureuse d'un vampire et qu'elle avait déjà goûté du sang humain pour lui ressembler, et il en avait fait des cauchemars pendant plusieurs semaines. Sa mère lui avait passé un savon monumental et son père l'avait longuement sermonnée sur le fait qu'il ne fallait pas mentir, et encore moins raconter des horreurs de ce type à son petit frère. Mais c'était il y a longtemps, Lucas ne ferait sûrement pas de cauchemars à cause de Remus. Mais le plus drôle, c'était que cette fois, elle ne mentait pas … Mais Lucas ne la cru pas une seconde, et c'était un peu normal, dans le fond …

Pendant tout le reste du repas, Lucas lui jeta des regards vexés, attendant qu'elle avoue qu'elle lui mentait. Elle lui lançait des grands sourires à chaque fois, ce qui fit qu'il ne lui adressa plus une seule fois la parole.

A la fin du repas, Hélène se rendit à la cuisine, et Lucas s'enfuit dans la salle de jeu, à l'étage, pour bien montrer à quel point il était vexé. Clara se leva à moitié pour le rejoindre et lui « avouer » qu'elle avait menti, mais elle se rendit compte qu'elle était seule avec son oncle … C'était le moment idéal. Elle se rassit immédiatement, le faisant se lever en même temps.

- Attends ! Il faut qu'on parle, tu ne crois pas ? Fit-elle avant qu'il n'ait quitté la pièce.

Il se retourna, les lèvres pincées, l'air contrarié. Peut-être ne voulait-il pas qu'ils aient cette conversation ? Il faudrait pourtant qu'il s'y fasse, Clara n'avait pas l'intention de le laisser tranquille tant qu'il ne lui aurait pas expliqué certaines choses.

- Je me doutais que tu me dirais ça … Mais pas si tôt.

Elle haussa les épaules, un peu surprise par cette réaction. Il n'essayait pas de fuir, il s'était réinstallé en face d'elle et avait croisé ses doigts sur la table, résigné. Cela la déstabilisa un peu, mais elle essaya de ressaisir.

- Tu … Il y a des choses que tu dois me dire, commença-t-elle maladroitement.

Il hocha la tête et la regarda dans les yeux. Il avait les même yeux que son père, c'était affolant.

- Bien. Mais je veux d'abord savoir ce que toi, tu sais, commença-t-il.

Elle haussa les sourcils, étonnée. Elle ne savait rien ! Ou si peu …

- Je sais ce que tu as bien voulu me dire, quand je te l'ai demandé, par hibou. Que vous faisiez partie d'une organisation que tuait les partisans de Tu-Sais-Qui. Mais c'est quoi, ça ? Un boulot à temps partiel ? Ou bien est-ce que vous m'avez menti sur toute la ligne ?

Elle avait légèrement haussé le ton sur la fin de sa phrase, mais elle se força à garder son calme. Elle pressentait qu'elle aurait bien d'autres raisons de s'énerver par la suite …

- Je ne t'ai pas dit qu'on tuait les Mangemorts, seulement qu'on les arrêtait, et la plupart du temps, ils sont jugés et vont en prison.

- Papa a tué le père de Joram ! S'exclama-t-elle.

- C'était un accident, se défendit Hector. Je te l'ai dit, dans ma lettre. Le père de ce garçon, Joram … Il s'est battu, il a failli blesser ta mère. Il était complètement fou, il lançait des sortilèges impardonnables dans tout les sens. Ton père ne voulait pas le tuer, il a essayé de le maîtriser, mais … C'était inévitable. Et c'était un Mangemort ! Il avait déjà tué plusieurs sorciers, et même des moldus !

- Ce n'était pas une raison pour le tuer !

- Il ne voulait pas le tuer, Clara ! Il s'en est beaucoup voulu, par la suite !

- Est-ce que … Est-ce que vous en avez tué d'autres ?

Hector ne répondit pas immédiatement, et Clara sentit un goût amer lui envahir la bouche. Elle avait déjà assez de mal à se dire que son père avait tué un Mangemort, alors s'il y en avait d'autres …

- À chaque fois, c'était pour nous défendre. À choisir entre notre vie et celle d'un Mangemort, il n'y a pas beaucoup à réfléchir ! Réfléchis un peu, Clara. Ces hommes sont des meurtriers. Ils passent leur vie à faire le mal autour d'eux et à répandre des idées malsaines. Les laisser en liberté, c'est condamner des dizaines de vies innocentes. Nous ne sommes pas des assassins, crois-moi.

- Mais tu appelles ça comment, alors ? Est-ce que tu as pensé … Est-ce que tu as pensé aux familles de ces gens que vous avez tués ?

- Bien sûr que j'y pense ! J'y pense tout le temps ! Mais je pense aussi à tout ceux que j'ai libéré en emprisonnant … Et en tuant ces Mangemorts ! Ne me dis pas que tu trouves ça immoral ? Avec tout ce que tu as subi ! Est-ce que tu ne préférerais pas voir l'assassin de tes parents derrière les barreaux, ou même mort ?

Clara ne répondit pas. Est-ce qu'elle souhaitait la mort de Joram ? Oui, de tout son cœur, elle voulait le voir mourir, elle voulait même qu'il souffre … Mais il avait déjà souffert. Quand elle était encore heureuse, il pleurait son père. Un Mangemort, d'accord, mais son père … Et il l'avait vengé. Et elle voulait se venger. C'était un cercle vicieux ! Il ne fallait pas raisonner comme ça. La violence entraînait la violence, et elle ne s'en sortirait jamais si elle entrait là-dedans.

Mais en même temps … Comment pardonner à Joram ce qu'il avait fait ? Toutes ces belles paroles sur le pardon, comme quoi il ne fallait pas se venger, mais attendre la justice … Ce n'étaient que des paroles. Et elles ne lui rendraient pas ses parents. Alors oui, elle voulait se venger. C'était mal, elle le savait pertinemment, elle savait également ce que Joram avait ressenti, mais elle le haïssait quand même. Elle ne voulait pas tuer Joram de ses propres mains, elle ne voulait pas devenir un assassin, mais elle souhaitait que quelqu'un le fasse à sa place … Tellement immoral.

Elle se prit la tête entre les mains. Elle n'avait jamais vu les choses comme ça. Ses parents étaient des assassins, elle leur en voulait, elle en voulait à son oncle, mais elle était prête à donner sa bénédiction à celui qui la délivrerait de Joram !

- Tu vois, fit Hector. Tu es dans la même situation que toutes les victimes de ces Mangemorts. Ils étaient soulagés quand on les a arrêtés. Il faut bien que quelqu'un le fasse ! Et je peut te dire que je préfère tuer un Mangemort plutôt que de lui laisser une chance de tuer d'autres innocents.

- Tu te rends compte de ce que tu dis ? Que cela ne te dérange pas d'être un assassin ? S'écria Clara, hors d'elle.

- Je n'ai pas dit ça. Je préfère les mettre entre les mains de la justice, mais quelquefois, je n'ai pas le choix.

- Je n'ose même pas te demander combien tu en as tué, murmura Clara d'un ton amer.

Cette conversation la dégoûtait. Elle voyait son oncle sous un jour complètement différent, et pas agréable du tout. Cela lui rappelait le jour où elle avait apprit que Remus était un loup-garou … Mais là, c'était bien plus désagréable : son oncle était devenu un monstre de son plein gré. Quoi qu'il en dise, il resterait un monstre à ses yeux.

Hector la regarda sans répondre, et elle enfouit son visage entre ses mains en poussant un cri horrifié. Il venait de lui fournir la plus parlante des réponses ! Il en avait déjà tué beaucoup … Et il arrivait à se regarder dans la glace en sachant ça ?

- Est-ce que tu te rends compte que si … Que si tout les enfants, toutes les femmes des Mangemorts que tu as tués réagissaient comme Joram … Il a déjà réussi à faire de ma vie un enfer ! Une seule personne ! Un adolescent de 17 ans ! Je ne veux même pas savoir ce qu'un vrai adulte pourrait me faire !

Hector poussa un léger soupir résigné et écarta les bras.

- Tu ne t'es jamais demandé pourquoi je vivais ici, terré comme un fugitif, alors que je pourrais m'installer dans un manoir, dans un quartier sorcier ?

Clara poussa un cri indigné et détourna la tête, furieuse. Il en parlait avec tant de désinvolture !

- Mes parents sont morts ! Ils ne vivaient pas cachés, ils ne sentaient pas coupables comme toi ! Et ils sont morts ! J'ai dû aller en Angleterre pour pouvoir revivre normalement, et Lucas est obligé de rester ici, tout seul, au lieu d'aller à l'école comme les enfants de son âge ! Et toi tu trouves ça normal ? Il n'y a rien qui te choque ?

Le visage d'Hector se crispa légèrement, le faisant étrangement ressembler à son père quand il était agacé par les crises de sa fille. Et Clara le détestait encore plus, pour ça.

- Ne me parle pas sur ce ton !

- Tu n'es pas mon père ! Je te parle sur le ton que je veux !

- Je suis ton tuteur légal ! Alors baisse le volume d'un cran !

Clara resta bouche bée une seconde, puis elle se leva, furieuse.

- Tu n'es pas mon tuteur ! Je ne vis pas chez toi ! Je ne veux rien avoir à faire avec toi ! Toi tu es encore vivant, et tu vis avec tout ce sang sur tes mains ! Tu te fiches de la vie des autres, tout ce qui te préoccupe c'est ton petit confort !

Hector se leva légèrement, aussi furieux qu'elle. Son visage était rouge et crispé par la fureur. Si Clara n'avait pas été aussi en colère contre lui, elle aurait eu peur de cet homme. Il semblait prêt à la menacer … Mais là, elle ne pensait pas à cette possibilité.

- Tais-toi immédiatement ! Tu n'as pas le droit de dire des choses pareilles, Clara ! Tu crois que je ne m'en veux pas ? Tu me vois comme un monstre sans cœur ! Mais j'ai été aussi attristé que toi de savoir la mort de tes parents ! Je ne voulais pas que cela arrive ! Et crois-moi, j'ai passé assez de jours à m'en vouloir comme ça, alors n'en rajoute pas ! Tu n'es qu'une enfant, comment pourrais-tu comprendre ? Il y a des choses qui t'échappent encore, à ce que je vois …

Sur ces paroles, il se leva pour de bon et quitta la pièce en claquant la porte. Clara resta assise à table, les poings serrés, encore tremblante de fureur. Elle le détestait. Et elle refusait catégoriquement qu'il soit son tuteur jusqu'à ce qu'elle ait 17 ans. Il n'en était pas question. Elle ne pourrait pas supporter de vivre avec lui, de devoir lui obéir, alors qu'il n'était qu'un sale égoïste, qu'un assassin sans cœur et sans conscience …

Au bout de quelques minutes, elle secoua la tête et sortit de ses pensées. Elle n'avait pas eu toutes les informations qu'elle avait compté avoir, mais elle n'avait jamais eu moins envie d'aller reparler à Hector. Tant pis, elle préférait éviter son oncle autant que possible plutôt que d'aller lui demander pardon pour obtenir les réponses à ses autres questions.

Elle se leva et sortit de la pièce, passant par la cuisine que sa tante avait quitté depuis longtemps. Est-ce qu'elle avait entendu leur conversation ? Sans doute, ils avaient pas mal crié. Tant que Lucas n'avait rien entendu, c'était le principal. Il ne fallait pas qu'il sache que ses parents et son oncle étaient des assassins.

Elle se dirigea vers sa chambre, entra et ferma soigneusement la porte à clé. Elle avait envie d'être tranquille … Elle avait besoin de réfléchir. Et de parler. Elle s'assit dans son fauteuil et remonta les jambes qu'elle entoura de ses bras. Elle aurait tant voulu pouvoir parler avec Remus … Elle voulait lui raconter ce qui venait de se passer, elle voulait qu'il la réconforte, qu'il l'encourage, qu'il lui dise n'importe quoi, mais qu'elle entende sa voix ! Qu'il passe ses bras autour de ses épaules … Qu'il soit là, tout simplement. Mais il était à des milliers de kilomètres d'elle …

Clara passa le reste de la journée seule, dans sa chambre, à lire ou à faire ses devoirs pour Poudlard. Il fallait qu'elle s'occupe l'esprit et les mains, et elle n'avait rien trouvé de mieux que de travailler.

Le soir, elle sortit un peu avant le début du repas et alla trouver Lucas, un peu coupable. Elle aurait dû aller se faire pardonner plus tôt, quand même … Il allait lui en vouloir. Il n'aimait pas quand elle se moquait de lui, et il devait penser qu'elle s'était complètement fichue de lui. Elle se mettait facilement à sa place, elle ne l'aurait pas crue, à sa place. Elle avait très peu de risques de côtoyer un loup-garou, et encore moins de sortir avec. Comme quoi … Le hasard faisait bien les choses. Elle était sans doute tombée sur le loup-garou le plus humain de tout l'univers des sorciers. Et qu'est-ce qu'il lui manquait, ce loup-garou …

Elle alla frapper à la porte de la salle de jeu et entra sans attendre la réponse. Comme elle l'avait espéré, Lucas était là, assis à une table, en train de jouer avec des cartes illustrées. Elle s'approcha et il la regarda avec une petite grimace. Elle eut un léger sourire. Il était aussi rancunier qu'elle …

- Qu'est-ce que tu veux ? Demanda-t-il d'une voix qui se voulait sèche.

- Me faire pardonner, dit-elle en s'asseyant en face de lui.

- Tu avoues que tu m'as menti ?

Elle hocha la tête en essayant de montrer un visage neutre : il n'apprécierait sans doute pas de la voir sourire, il pourrait penser qu'elle se fichait encore de lui.

- Oui, j'ai menti, désolée. Remus n'est pas un loup-garou. Je voulais te taquiner un peu …

Il lui tira la langue et lui fit une grimace, puis retourna sans cérémonie à son jeu de cartes.

- Tu me pardonnes ? Demanda-t-elle d'une petite voix.

- Mouais … Marmonna-t-il sans lever les yeux de son jeu.

Elle eut un grand sourire et le regarda jouer sans rien ajouter. Il plaçait ses cartes sur la table dans un certain ordre, puis les dérangeait, en entassait certaines sur un côté … Elle regarda de plus près les cartes, intriguée. Elles représentaient des créatures magiques diverses et variées, allant du Strangulot au Kappa, en passant par les Trolls et les … Loups-garous. Clara se pencha légèrement pour regarder de plus près la carte représentant le loup-garou, et eut un frisson de dégoût. Le dessin était peu stylisé, mais montrait dans toute sa splendeur un loup-garou métamorphosé en train de hurler à la lune, un corps humain à ses pieds, et des gouttes de sang tombant de ses crocs. Clara ne pu s'empêcher de penser à Remus … Et elle détourna vivement les yeux. Elle avait réussi à se convaincre que Remus n'était pas un monstre, ce n'était pas un jeu pour enfants qui allait la faire changer d'avis !

Lucas mit une carte sur celle du loup-garou, sans remarquer le trouble de sa sœur, et continua sereinement à jouer. Clara allait lui demander à quoi rimait son jeu, quand Hélène les appela pour manger.

Clara s'installa à table sans regarder son oncle. Elle avait décidé de ne plus adresser la parole à Hector … Sans pour autant ruiner ses vacances. Elle ferait comme s'il n'était pas là, tout simplement ! Par contre, elle n'avait toujours pas trouvé comment et à qui poser toutes les questions qui lui restaient. À Hélène ? Elle ne savait même pas si elle avait fait partie de cette organisation. Elle pourrait toujours lui demander … Elle n'avait rien à perdre. Et elle préférait de loin une conversation avec elle plutôt qu'avec Hector.

Lucas parla sans arrêt tout le long du repas. Il semblait avoir toujours quelque chose à dire, et mettait très souvent sa sœur à contribution. Il avait, apparemment, complètement oublié leur petite dispute du midi, car rien ne montrait qu'il avait été vexé, à un moment. Il lui demandait toutes sortes de renseignements sur Poudlard, sur les cours, et il lui demandait sans arrêt de répéter ses phrases en anglais. Il semblait très fier que sa sœur parle aussi bien une autre langue !

Par contre, Hector resta silencieux, ce qui allait parfaitement à Clara. Hélène faisait comme si elle n'avait rien remarqué, elle participait aux conversations avec bonne humeur, mais elle jetait quelquefois des regards en coin à son mari, comme si elle attendait une quelconque réaction de sa part.

En présence de Clara, Hector resta silencieux, désormais. Quelques jours passèrent, sans qu'il ne lui adresse plus la parole. La jeune fille en était complètement satisfaite. Elle l'avait vexé ? Il n'avait pas été très aimable avec elle non plus ! Elle ne voulait plus entendre ses discours, de toute façon. Il n'arriverait pas à la faire changer d'avis. Elle ne voulait pas qu'il soit son tuteur, elle trouvait que sa façon de penser était méprisable. Bien sûr, si elle se mettait à sa place, elle aurait certainement fait à peu près la même chose, mais … Elle n'était pas à sa place, et elle préférait se dire qu'il aurait pu éviter tout ça. Ces morts, ces vies brisées, sa vie brisée !

Les jours passèrent, tranquilles. Clara restait la plupart du temps avec son petit frère, et elle ne voyait pas le temps passer. Ses journées étaient bien plus remplies qu'elle ne l'aurait pensé ! Lucas avait voulu qu'elle lui apprenne à parler anglais, et elle avait dû s'improviser professeur, pour la deuxième fois. Mais Lucas apprenait moins facilement que Remus, et cette fois, elle enseignait une langue qu'elle-même venait juste d'apprendre … Lucas n'avait aucune base, et se montrait très impatient. Il ne supportait pas de ne pas se rappeler de ce qu'ils avaient fait la veille, et trouvait son accent très très bien … Quand il évitait de le comparer avec celui de sa sœur.

Clara essayait de trouver des moments où elle pourrait parler seule à seule avec sa tante, mais à chaque fois, Hector n'était pas loin, et il surgissait toujours dans la pièce où elle s'étaient installées. Et comme Clara avait décidé de ne plus lui adresser la parole … Elle s'enfuyait de la pièce à chaque fois qu'il y entrait. Et la fin des vacances approchait …

La veille de son retour pour Poudlard, Clara apprit que son oncle était parti, une affaire urgente pour le travail, apparemment. Clara essaya de ne pas penser quel genre d'affaire cela pouvait être, et se précipita sur Hélène. C'était le moment idéal : il ne pouvait pas venir les interrompre, normalement.

Hélène était dans le salon, en train de remplir des parchemins, une plume coincée derrière l'oreille, les sourcils froncés. Clara se racla la gorge et s'avança vers elle. Hélène releva la tête et son visage s'éclaira d'un léger sourire quand elle la vit. Elle posa sa plume et croisa les mains devant elle.

- Hector ne voulait pas que je t'en parle, mais il y a des choses que tu as besoin de savoir, fit Hélène avant que Clara ait pu dire quoi que ce soit.


Terminé pour cette fois ! Il était plus long, ce chapitre … Trois semaines pour l'écrire, ok, mais deux fois plus long que les autres ! (Je me cherche des excuses, là … )

J'espère que ça vous a plu ! Si c'est le cas (ou pas), dites-le moi ! Je ne mords personne …

Enjoy !