Bonjour à tous! Ca faisait longtemps n'est ce pas? Il faut dire que ce chapitre a en quelques sortes été un peu... Maudit, mais après toutes les péripéties qu'il a subit, le voici enfin! Un grand merci à Na-chan et Eva pour leur patience et leur correction, j'espère que cette version finale te conviendra mieux Na-chan, parce que la première... (fui)
Bonne lecture et n'hésitez pas à me laisser un commentaire^^
~Décisions.
« Messieurs, nous avons beaucoup de choses à nous dire... » Lâcha Fye, un sourire malicieux sur les lèvres.
A ces mots, ses conseillers levèrent des yeux effrayés où se nichait une intense lueur de culpabilité. Tour à tour le jeune roi les observa, essayant de lire en eux. Il constata alors qu'ils semblaient pleins de crainte, comme s'ils redoutaient quelque chose de sa part… Ou de quelqu'un d'autre. Parce que désormais, Fye en avait la conviction, un complot se tramait depuis de nombreuses années au sein de son gouvernement, un complot qui datait surement de l'époque où son père était roi. Lui-même, depuis qu'il gouvernait, ou du moins, était censé le faire, n'obtenait les renseignements désirés qu'à demi-mots, et bien souvent, pas par ses conseillers. C'était ses serviteurs qui lui rapportaient les informations dont il avait besoin. Tchi était de ceux -là, et si, au début, elle se contentait de baisser les yeux en rougissant, elle avait fini par s'exprimer sans hésitationS, et lui rapportait ce qu'il voulait savoir avec une précision étonnante.
Certes, il ne pouvait pas totalement leur en vouloir. S'il n'avait pas été alité pendant toutes ses années, il aurait pu faire son devoir et imposer son autorité de roi. Seulement, cela n'avait pas été possible, et il avait du déléguer une grande partie de ses pouvoirs à son conseiller en chef, Synn. Quand ses yeux se portèrent sur lui, il ne put s'empêcher de se souvenir de certaines paroles qu'avait prononcées Amateratsu. Elle l'avait averti que seule une personne suffisamment proche de lui et de son père aurait pu les duper. Hors, du gouvernement de son père, il ne restait que Synn. Toutefois, il ne pouvait pas se permettre de lancer des accusations sans fondement. S'il voulait résoudre la situation, il devait le faire en finesse, sans montrer à son adversaire qu'il l'avait confondu.
« Eh bien, que des mines tourmentées me présentez-vous là ... N'êtes-vous point heureux de me revoir ? » Reprit le jeune roi.
« C'est que... Nous nous sommes beaucoup inquiétés de votre disparition... Nous... » Commença l'un.
« Si nous avions imaginé les pires choses, et voilà que nous vous retrouvons en excellente santé, bien meilleure encore que naguère... Ainsi, nous ne savons comment exprimer notre joie de vous retrouver, » acheva Synn un étrange sourire sur les lèvres.
Leurs regards se croisèrent un instant et Fye ne put réprimer un frisson en sentant l'aura de malice qui enveloppait l'homme tout entier. Il ne saurait dire pourquoi ni comment, mais il sentait quelque chose de dangereux et de ténébreux en lui. Peu importaient les années, l'homme était toujours resté le même que dans ses souvenirs. Le temps semblait n'avoir eut aucun effet sur sa haute stature qui tendait les riches tissus de ses vêtements. Ses cheveux aile de corbeau, coupés mi-longs, étaient striés de blanc, et soigneusement attachés, hormis quelques mèches trop courtes qui retombaient sur son front. Ses petits yeux noirs s'enfonçaient dans sa tête comme des pierres précieuses enchâssées dans un bijou. Son visage allongé était sans âge, ses pommettes hautes et saillantes étiraient sa peau pâle.
Un sourire qui se voulait apaisant étira ses lèvres fines, révélant des dents bien alignées et blanches. Fye ne comprenait pas comment cet homme avait pu ne pas vieillir davantage. Certes, s'il était de la génération de son père, il devait avoir une cinquantaine d'année, voir peut-être davantage. Or, l'homme n'avait pas pris une ride, rien, si ce n'est la couleur de ses cheveux, ne montrait qu'il avait pris un peu d'âge. Fye avait un mauvais pressentiment à son égard. Ce pourrait-il qu'il soit le traitre qui avait tué les parents de Kurogane ? Finalement, il reprit la parole, détournant ses yeux de cet homme qui le mettait mal à l'aise plus que de raison. Soutenir son regard lui apparaissait comme périlleux, sans qu'il n'en comprenne la raison. Mais peu importait, il avait promis d'arrêter la guerre, quel qu'en soit le prix.
« Je vois. Après tout, je suppose que votre surprise de me voir en ce lieu est compréhensible, étant donné la rareté des apparitions que j'y ai faites par le passé. Cependant – il leur adressa un sourire d'une candeur enfantine – je suis persuadé que vous serez tous ravis d'apprendre que ma santé s'est miraculeusement améliorée, ces derniers jours et j'ai, d'ailleurs, une nouvelle supplémentaire qui devrait vous ravir… (Il s'arrêta un bref instant, guettant les réactions éventuelles de ses conseillers puis reprit) j'ai obtenu une trêve avec nos ennemis. »
La nouvelle eut un effet semblable à un boulet de canon. Certains se retinrent de laisser éclater de joie, d'autres froncèrent les sourcils, se demandant s'ils n'étaient pas en train de rêver. Quant à Synn, il resta parfaitement calme et droit, son corps ne révélant en rien le fond de ses pensées.
« Comment... De combien de temps disposons-nous ? » Finit par demander l'un d'eux.
« Nous disposons d'un mois à compter d'aujourd'hui. Pour qu'une paix durable soit envisageable, les Suwa m'ont demandé d'éclaircir la sombre affaire qui a eu lieu il y a dix ans et que vous avez osé me cacher : Le meurtre de leurs précédents souverains. »
Un brouhaha intense s'éleva, certains protestèrent, d'autres essayèrent d'attirer l'attention de Fye afin de, visiblement, éclaircir la situation à leur manière mais le jeune roi ne leur en laissa pas le temps.
« C'est moi qui vais m'occuper de cela. Étant donné que je n'étais pas présent au moment des faits, je vais tout reprendre à zéro. Il est hors de question que quiconque soit accusé à tord, mais s'il y a bien eu meurtre par un membre de notre clan, justice sera faite de manière impartiale et aucunes représailles ne seront permises. Il est temps de mettre fin à ce cercle de violence, » acheva-t-il.
Les conseillers hochèrent la tête chacun à leur tour, promettant à Fye de l'aider du mieux qu'ils le pourraient. dans son entreprise. Seul Synn garda le silence, mais le jeune roi s'abstint de lui en faire la remarque. Il manquait encore trop d'informations pour se permettre une quelconque escarmouche. La meilleure tactique envisageable pour le moment, était de garder le silence, et de cacher ses pensées derrière une façade : son éternel sourire factice que personne n'avait su percer, hormis son ninja adoré qui lui manquait terriblement en cet instant.
Le reste de la séance se poursuivit sur les dernières nouvelles de la cité. Fye, qui n'avait pu y assister par le passé, essaya d'obtenir le maximum d'informations qui lui avaient échappées , questionnant parfois plus que de raison ses conseillers. Pour son plus grand désarroi, il découvrit ainsi que son clan était dans un état bien pire qu'il ne l'avait cru. Il savait qu'il y avait de moins en moins de soldats et donc pour compenser cette perte, beaucoup de paysans avaient été enrôlé de force, alors qu'ils auraient pu travailler dans les champs. C'était pour cela qu'à son arrivée, il avait vu surtout des femmes, quelques jeunes enfants et beaucoup de vieillards y travailler ; tous les hommes valides partaient à la guerre, désertant les cultures qui auraient eu grand besoin d'eux.
Si les choses perduraient dans cette voie, toutes les denrées ne pourraient être récoltées cette année, sinon au prix de nombreux sacrifices des personnes restantes. Moins de produits signifierait moins de nourriture pour la population, pour les soldats, sans parler des stocks pour l'hiver qui risquaient de grandement se réduire. Et s'il n'y avait plus de stock d'hiver, alors la population ne pourrait pu être nourrie, et cela provoquerait une famine inéluctable.
Il était donc temps que Fye réagisse et que la guerre s'arrête, sinon les siens ne survivraient pas au prochain hiver. Les heures défilèrent et le jeune souverain puisa dans toutes ses ressources, obligeant ses conseillers à faire de même. On finit par leur apporter leur repas mais il mangea très peu, chipotant dans son assiette ; ce ne fut que lorsqu'il sentit des vertiges s'emparer de lui qu'il se força à ingurgiter son repas, bien qu'il désirât perdre le moins de temps possible.
Finalement, en fin de journée, le conseil s'acheva, pour le plus grand soulagement de tous. Tout avait été dit, et ses conseillers devaient désormais, dans les jours à venir, transmettre les décisions le plus rapidement possible ; il ne lui restait à lui qu'à surveiller que tout se passait bien, et naturellement, mener sa petite enquête. Fye sortit de la pièce, davantage fatigué qu'il ne l'avait cru, alors qu'il avait réussi à garder tout son entrain, de son départ le matin même, à la fin de cette éprouvante séance. Il rentra dans sa chambre et, à peine sa tête toucha-elle son oreiller qu'il s'endormit.
Fye ouvrit lentement ses yeux couleur d'eau et regarda autour de lui, perplexe. Il se trouvait sur le balcon de sa chambre alors que le dernier souvenir qu'il gardait en mémoire, était de s'être allongé sur son lit pour s'endormir. Un vent frais caressait sa joue et ses cheveux voletaient doucement autour de son visage à la peau pâle, presque argentée sous la lumière diaphane de la lune. Le jeune homme s'avança jusqu'à la balustrade, observant sa cité endormie. Mais lui même était tout sauf éveillé, il était comme le spectateur de son propre rêve, un rêve hanté par sa cité et ses habitants. Son inquiétude pour eux était-elle si forte, au point qu'elle se manifeste même dans son sommeil? Pourtant, tout lui semblait déformé, brouillé comme si une épaisse brume recouvrait la ville. Mais ce genre de phénomène n'avait plus sa place à cette époque de l'année, sauf dans ses songes éthérés.
Comme pour répondre à son interrogation muette, les lieux se mirent à onduler autour de lui, et à tourner de plus en plus vite au point de lui donner le vertige. Le balcon se dissipa laissant s'échapper une myriade de couleurs pour finalement le plonger dans le noir. Mais pas tout à fait. Droit devant lui apparaissait une faible lueur bleutée. Avant qu'il ne comprenne ce qui se passait, un oiseau translucide apparut devant lui, éclairant de sa lumière les ténèbres des lieux, sans pour autant qu'il puisse distinguer l'endroit où il se trouvait. D'une taille imposante, il ressemblait à un cygne, ses longues ailes s'étendant autour de lui comme pour l'envelopper. Des plumes transparentes comme du cristal tournoyèrent autour de lui à l'instant où il voulut poser sa main sur sa tête, pour s'assurer de sa présence. Les yeux de l'animal étaient noir d'encre et brillaient d'intelligence, mêlée d'une pointe étrange espièglerie qui mit le jeune roi mal à l'aise. Alors qu'il allait formuler à voix haute ses pensées et essayer de démêler la toile de mystère qui s'était emparé de son rêve, une voix cria, le réveillant en sursaut.
« Alerte !!! Quelqu'un s'est introduit dans le palais !!! »
Fye se redressa brusquement sur son lit, le cœur battant à tout rompre, encore perturbé par son étrange rêve. Il soupira en se levant, enfila une tunique en soie et ouvrit la porte de sa chambre. Dans les couloirs, des soldats couraient en tous sens, visiblement affolés. Le blond en interpella un, afin de lui demander plus de précision.
« Ne sortez pas de cette pièce, Monseigneur! Un homme s'est introduit à l'intérieur de la ville! D'après nos dernières informations, il se dirigerait vers le palais, c'est un homme de Suwa ! Il en a sûrement après votre vie !!! »
Fye se figea, indécis. Un membre du clan Suwa ? Ici ? Alors qu'il avait échafaudé un plan avec la reine pour remettre les choses en état ? Cela ne pouvait signifier qu'une seule chose… Il s'était passé quelque chose qui modifiait leur plan. Fye n'y réfléchit pas davantage: il devait savoir ce qu'il se passait. Attrapant une dague accrochée à un mur, il s'élança dans les couloirs, à la recherche de l'endroit où il y avait le plus de soldats attroupés. Un cri fendit l'air; l'intrus avait passé les murs du palais. Une voix grave résonna, mêlée au fracas des armes; une voix qu'il ne connaissait que trop bien. Son cœur bondit dans sa poitrine. Non ce ne pouvait pas être lui! Que pouvait-il bien faire ici ?
Il s'arrêta un instant et se pencha au dessus de la balustrade d'un des couloirs qui permettait de voir la cour du palais. En bas, ses soldats, une bonne vingtaine affrontait un seul homme, une personne dont il aurait reconnu la stature entre toutes. Sa gorge se serra tandis qu'il essayait vainement d'avaler sa salive et ses mains se crispèrent sur la balustrade de fer à s'en faire blanchir les phalanges. Le combat se rapprocha davantage de lui et, le temps d'une fraction de seconde, il croisa le regard grenat de l'intrus… Un regard qui avait le pouvoir de le faire fondre comme neige au soleil, mais qui confirmait ses doutes. Cette voix, c'était bien la sienne, cette stature imposante, cette maîtrise de l'art du combat, ses yeux carmin… C'était bien lui, ici, Kurogane.
Le temps pressait, il devait faire vite.
Reprenant sa course effrénée, il finit de traverser les couloirs qui lui semblaient interminables, tourna à toute vitesse vers la gauche et descendit un long escalier qui le conduisit dans la cour où s'entraînaient d'habitude les soldats. Sauf que ce n'était plus un simple exercice, le combat était à présent mortel, ainsi qu'en témoignaient les corps ensanglantés qui jonchaient le sol. Les gardes ne cessaient de hurler des avertissements. L'un deux, Kusanagi, voulut l'empêcher de s'approcher davantage, mais Fye se débattit malgré sa forte poigne.
« N'avancez pas, Monseigneur ou il vous tuera !! »
« Général Kusanagi lâchez moi c'est un ordre !!! »
« Mais ... »
« C'est un ordre !!! » Cria-t-il.
A ces mots, tous se figèrent, les soldats aussi bien que l'intrus qui restait néanmoins sur la défensive. Un instant, leurs regards se croisèrent, le bleu contre le rouge, le guerrier face au roi, les deux amants... Le temps se figea pour eux, les soldats disparurent ainsi que le palais, ce combat inutile ... Il n'y avait plus qu'eux face à leur destin. Aucune parole ne fut prononcée, juste cet échange de regards qui en disaient plus long que tous les mots du monde. Confiance, amour, respect. Et finalement l'échange se rompit, le brun clignant des yeux, lui intimant de ne rien faire ou plutôt, de lui faire confiance. Et Fye obéit car il avait foi en Kurogane, quoi qu'il fasse.
Celui-ci s'avança d'un pas, un sourire amusé sur les lèvres tandis que les soldats l'encerclaient, leur lance menaçant à tout instant de fondre sur lui. Mais il n'en avait cure. Il connaissait ses capacités et savait qu'il pouvait tous les tuer s'il le désirait. Mais il savait aussi que cela ne plairait pas à Fye. Il brandit son épée, sa lame effilée dirigée vers le blond alors le reflet de la lune s'y reflétait, la faisant briller de mille feux.
« Finissons-en. C'est lui que je veux. Je n'ai que faire des sous-fifres dans votre genre, dégagez de mon chemin ! »
« Tu crois qu'on va te laisser tuer notre roi ? ! » Cria Kusanagi.
« Je n'ai pas l'intention en effet de rendre les armes sans rien faire, guerrier de Suwa, » répondit Fye s'avançant d'un pas. « Mais accepterais-tu un combat à la loyale ? »
« Tu n'es pas un soldat, » répliqua sèchement le brun.
« C'est vrai... Et puisque tu es le meilleur soldat de Suwa que dirais-tu d'affronter notre champion ?» dit Fye, un sourire amusé sur les lèvres.
« Et qu'est-ce que j'y gagne ? »
« Si tu gagnes, j'accepte de me livrer à toi, » Un murmure désapprobateur s'éleva parmi les soldats, mais qui se tut aussitôt que le blond reprit la parole. « Mais si tu perds... Tu seras notre prisonnier jusqu'à ce qu'on signe la paix avec ton clan »
« C'est d'accord... Même si je suis sûr de gagner » répondit-il, un sourire carnassier sur les lèvres.
« Bien. Général Kusanagi ? Est-ce que... »
« Attendez ! »
Fye se retourna tandis que s'avançait Soma. Elle s'arrêta à la hauteur du jeune prince et s'inclina devant lui, avant de reprendre :
« Permettez-moi de l'affronter s'il vous plaît. »
« Si le Général Kusanagi est d'accord, je ne vois pas d'objection à cela, » répondit-il.
« Je suis d'accord. Soma est une excellente guerrière. »
«Je vous remercie... Je vais mettre au tapis ce jeune impudent ! » Répliqua t'elle.
Sur ces derniers mots, la jeune femme se retourna en direction de Kurogane. Les soldats reculèrent prudemment; les deux guerriers se firent face, Kurogane armé de son sabre et Soma, de quelques disques en forme de lune. Mais Fye eut le sentiment qu'elle pouvait largement se battre à armes égales avec le brun. Car à présent, il était capable de reconnaître la force là où elle résidait, et Soma était tout sauf faible.
La jeune femme s'élança d'un mouvement souple, évita la lame qui la frôla de quelques centimètres et lança un disque que Kurogane esquiva tout autant. Les deux guerriers continuèrent de s'éviter pendant un long moment. Après tout, ils ne se battaient pas du tout avec le même genre d'armes, et devait ainsi redoubler d'astuce pour ne pas se faire toucher par l'adversaire. Fye suivait le combat des yeux, impassible en apparence alors qu'une question ne cessait de le tarauder. Pourquoi Kurogane était-il venu ? Lui et Amateratsu n'avaient-ils pas été assez clairs ?
« Il a senti l'appel de Ginryu. »
Fye sursauta au son de cette voix inconnue. À sa gauche se tenait à présent une femme qui lui souriait. Grande et élancée, elle portait les mêmes attributs royaux que lui mais dans une version plus féminine. Ses longs cheveux blonds cascadaient comme des fils d'argent dans son dos, alors que l'oiseau qu'il avait vu dans son rêve reposait tranquillement sur ses épaules. C'est alors qu'il se rendit compte que l'un comme l'autre étaient transparents, tel des fantômes. A cette pensée, il frissonna et se demanda s'il était parfaitement éveillé ou encore en plein rêve. Un rire cristallin s'échappa alors des lèvres de la jeune femme dont les yeux pétillants de malice étaient braqués sur le jeune roi.
« Non tu ne rêve pas. Encore que. Qui sait où s'arrête la réalité et où commence le rêve ? »
Le blond la regarda, perplexe, ne sachant plus que penser. Décidément, des choses inexplicables ne cessaient de s'enchaîner, pour son plus grand désarroi.
« Pardonne-moi je m'égare... L'âge, sans doute. Pour faire simple, il n'y a que toi qui puisses me voir, car tel et mon souhait. J'avais envoyé mon compagnon en reconnaissance dans ton sommeil, mais ton ami a quelque peu bousculé mon plan... »
Fye un bref regard en direction du brun qui continuait de se battre d'arrache-pied contre Soma, celle-ci n'en démordait pas depuis le début de l'affrontement. Pour la première fois, il remarqua l'étrange lueur bleutée qui émanait de Ginryu. Apaisante et envoûtante elle enveloppait le guerrier dans une aura de pureté. D'où provenait cette aura ? Etait-elle spécifique à son épée ou bien son origine était toute autre ?
« Je sens bien des questions se bousculer en toi, et à juste titre. Mais les réponses que je pourrais te donner risquent de te plonger dans un désarroi bien plus profond que celui que tu connais actuellement. Es-tu prêt à cela ? »
« Il n'y a rien de pire que l'ignorance... Ne pas savoir pourquoi les gens s'entre-tuent, le prix de tous ces morts… Je ne le supporte plus, » murmura le blond.
« Ton cœur est aussi pur que je le pensais, il semblerait que tu sois prêt à affronter la vérité. Dès que possible je t'enverrai mon compagnon qui te mènera sur ce chemin. »
Et elle disparut laissant le blond seul avec ses questions. Soudain, les cris de joie des soldats le ramenèrent à la réalité. Trop concentré sur l'apparition, il n'avait pas vu la fin du combat. Kurogane était à présent à terre allongé sur le ventre, Soma au-dessus de lui, tendait le bras droit de son adversaire dans un angle bizarre qui l'empêchait de bouger, au risque de se briser les os. Baissant les yeux, Fye constata que l'épée avait glissé jusqu'à ses pieds et il se pencha pour la ramasser. À son grand étonnement, elle paraissait chaude entre ses doigts et il émanait d'elle la même douceur que la pierre de Flowright qu'il portait à son cou. Celle-ci se mit alors à luire d'une douce lueur bleutée, et les deux objets brillèrent de concert, comme s'ils se reconnaissaient l'un l'autre.
Fye leva les yeux et s'approcha de Kurogane qui était toujours à terre. À nouveau leurs regards se croisèrent, et Fye sut que quoi qu'il fasse, Kurogane l'accepterait, il se remettrait entièrement entre ses mains.
« Tu as perdu, guerrier de Suwa. Tu seras donc notre prisonnier jusqu'à ce que les négociations soient conclues avec les tiens, soit dans trente jours. Kusanagi, je vous le confie. »
« Doit-on l'interroger? »
« Je m'en occuperai personnellement demain, contentez-vous de le faire surveiller par vos meilleurs hommes, par des soldats tels que Soma. »
« Bien seigneur. Et pour son arme ? »
« J'aimerais la garder, je vais juste prendre son fourreau. »
Sur ces mots, il s'approcha encore du brun qu'on avait remis sur ses pieds et qui se débattait pour la forme. Un léger frisson les traversa tandis que leurs peaux se frôlèrent par inadvertance. Fye baissa les yeux pour cacher la légère rougeur qui lui montait aux joues. Finalement il défit maladroitement le fourreau de sa ceinture et y glissa précautionneusement Ginryu. Une dernière fois, il plongea ses yeux céruléens dans les yeux rouges du brun qui hocha légèrement la tête.
« Emmenez- le, » dit-il, les mots essayant de se coincer malgré lui dans sa gorge.
Fye regarda un long moment le brun s'éloigner, un froid intense le pénétrant jusqu'à l'os. Il aurait tout donné pour sentir son corps contre le sien, sa chaleur l'envelopper dans un cocon protecteur... Mais il devait attendre et surtout, résoudre tous les problèmes qui se posaient à lui. De nouveau seul, il reprit la direction de sa chambre. Il était à la fois épuisé et rempli d'une énergie inconnue, qui l'empêcherait sans doute de trouver le sommeil. Mais il avait, semblait-il, oublié un détail. Tandis qu'il tournait à l'angle d'un couloir, l'oiseau de sa vision apparut devant lui, l'attendant visiblement. Fye n'y réfléchit pas deux fois. Malgré la fatigue, il s'élança à sa poursuite...
