Chapitre 20 : Aube d'une promesse trahie, rencontre de la Fleur de Lys et du Soleil
« Combien de temps s'est il écoulé exactement ?
Une seconde ? Une minute ? Une heure ? Un jour ? Une semaine ? Un mois ? Un an ? Une décennie ? Un siècle ?
Depuis combien de temps ai-je fuis ce passé trop douloureux à supporter ? Depuis combien d'année j'erre donc entre ces deux mondes qui me rejettent ? Est-ce de ma faute si je suis née ainsi ?
Est-ce de ma faute si je fus voué à détruire ce que la vie mettait tant de temps à construire ?
Je ne me souviens plus en fait…j'ai tellement erré, j'ai tellement voulu fuir…qu'à force je ne sais plus quoi.
Je me souviens simplement de ces sensations familières. La peur, l'indifférence, la frustration, la soumission, la colère, la haine…
Tant de choses ont hantés mes pensées, les rendant obscures, difformes et si vagues. Je ne me comprends plus moi-même…
Mais à force de fuir, je n'avais pas remarqué…que j'avais déjà fais le tour des chemins…et que l'on m'avait ramené à l'endroit initial…là ou tout avait commencé. Quand est ce que ça s'est passé exactement ?
Quand m'a-t-on ramené au début ? Qui m'a ramené au début ?
Pourquoi ? »
La jeune fille cessa de se poser des questions sans cesse lorsqu'une lumière vive perça la noirceur de son inconscience, l'emportant dans un environnement familier.
Elle se tenait debout, au dessus d'un pont, et regardait l'eau qui s'y écoulait lentement, accompagné par la brise légère d'un vent de pétales de cerisier.
Elle portait sa tenue traditionnelle, une longue robe blanche de satin, parsemé de broderies luxueuses, de longues manches, une couronne d'ivoire surplombant sa longue chevelure dissimulée par un opaque voile léger.
Et tout ce qu'elle se souvint de cet instant, ce fut une immense et oppressante tristesse, qui tenaillait ses organes et picotait ses yeux fatigués.
Tête baisée pourtant majestueuse, corps gracieux mais chétif, souffle divin mais irrégulier…
Celle qu'elle fut autrefois se retrouvait encore debout, sur ce pont qu'elle maudissait pour lui avoir apporté ses plus beaux instants de sa misérable vie.
Oui, elle se souvenait. La jeune fille se souvenait de cette époque lointaine, durant laquelle elle avait connu un bonheur similaire à celui qu'elle possédait avec Sanzo.
Pourtant ils n'étaient guère proches tout les deux, mais la simple présence de sa personne lui rendait nostalgiquement heureuse et mélancolique.
Elle releva la tête à l'entente d'un bruit dans son dos, mais ne se retourna pas. Le brusque changement de ses sentiments l'avait mené à conclure qu' « il » était derrière elle et qu'il regardait comme elle, l'eau s'écouler du pont.
Yakumo : Pourquoi as-tu accepté ?
??:…
Yakumo : Pourquoi as-tu accepté alors que par ce geste, tu t'es mis à dos la moitié du monde céleste ?
??: Je m'en fou d'eux et de leurs menaces.
Yakumo : Je suis désolée. Je n'ai guère d'utilité à tes yeux et par ma faute te voila forcé de vivre à mes côtés jusqu'à l'éternité…
??: Et après ? Ca ne me dérange pas, tant que tu me fais pas chié…
Yakumo, se mettant à pleurer doucement : Gomen…gomenasai…
??, portant ses bras autour d'elle : Tu ne devrais pas pleurer. Les jolies filles ne pleurent pas aussi facilement…
Yakumo : Pourquoi ?
??: Pourquoi avoir accepté de vivre avec moi ?
Yakumo : En y réfléchissant bien, de tous les dieux qui étaient présents…oui…tu étais bien le seul pour lequel j'aurai accepté le compromis…
??: Pourquoi ?
Yakumo : Je ne sais pas…Je…je suis désolée de t'avoir…enfin de…
??: Laisse tomber. A part les trois vauriens qui me collent, personne ne fait de remarques dessus.
Yakumo : Dis moi…as-tu accepté…par pitié ?
Il mit un temps d'arrêt avant de soupirer pour finalement répondre :
??: Je n'ai jamais eut aucune pitié pour les personnes dans ton genre. Les seuls qui me font pitié sont ces abrutis du pouvoir, qui s'entretuent dans des conversations à mourir d'ennuie.
Yakumo se retournant : Alors pourquoi avoir accepté ?
Elle se perdit à nouveau dans son regard, ce regard qui l'avait hypnotisé, ce regard qui avait fait fondre encore et encore cette barrière d'indifférence qui avait gouverné et protégé sa tendresse.
??: Je ne sais pas. Et ça m'énerve ! Parce que je ne sais pas pourquoi ça m'énerve encore plus ! Et quand je me pose la question je trouve pas de réponse ! Et ça m'énerve toujours.
Yakumo : Il y a une chose que je voudrais savoir…vérifier plutôt.
??: Quoi ?
Yakumo plongeant dans son regard : Voudrais tu…(elle déglutit), est ce que tu voudrais bien…(elle se mordit la lèvre intérieur) est ce que tu voudrais bien…m'embrasser ?
Cette dernière déstabilisa le dieu, si bien qu'il en perdit l'équilibre et tomba du haut du pont, Yakumo avec.
Ils se retrouvèrent l'un sur l'autre, dans l'eau qui n'était guère plus profonde qu'une flaque.
En tombant, la jeune fille avait perdu sa couronne et son voila et désormais, son visage pâle se retrouvait juste au dessus de celui de son nouveau maître.
Yakumo : Pardon…je voulais pas…pardon…
Konzen : C'est rien. Je te préfère sans le voile…
Yakumo rougissant : mais je…
Konzen : Désormais nous sommes fiancés, alors je décide. Tu ne porteras plus le voile ! Aussi je refuse que tu aies à te soumettre à quelconque décision autre que la mienne où celle de Kanzeon. Et aussi, s'il y a quelque chose en particulier que tu désires faire, tu n'es pas obligé de toujours demandé la permission.
« En un sens, ce fut grâce à lui que je retrouvai cette liberté qui n'avait jamais existé pour moi. Je me souviens de cet instant, parce que j'avais osé, parce que j'avais demandé, nous étions tombés tout les deux et il fut pourtant le premier à me tendre la main pour me relever. Il avait imposé ce choix que je n'avais pas, et j'en étais tellement heureuse, que je ne lui demandai même pas la permission. Oui, cet instant resta gravé dans mon cœur, comme ayant été mon vrai premier baisé d'amour. Parce que je voulais vérifier, je voulais en être sûre. Mon cœur d'aberration avait succombé pour l'incarnation même du Soleil…Mais les choses n'avaient pas toujours été ainsi par la suite.
Certe nous nous aimions, et à force de le suivre doucement j'avais fini par constater que cela était réciproque. Sans que je m'en rendre compte pourtant, et avec un temps qui s'écoulait délicieusement, j'avais fini par mieux le comprendre.
Konzen était ainsi, mystérieux et renfermé. Mais sa bulle d'isolement était déjà assez ouverte par Goku, dont je devins une mère précieuse, et par ses deux amis Tempo et Kenren. Ces deux derniers étaient de précieux amis pour moi aussi. J'aimais ces instants de calme avec Tempo, savourant délicieusement un bon thé préparé par mes soins, me délectant de cette sérénité que je retrouvais alors en compagnie de Konzen.
Nous nous retrouvions souvent dans ce jardin, centré par ce pont, sous les pétales des cerisiers éphémères. J'étais heureuse alors. Parce que nous restions au dessus de ce pont, dos à dos, et que nous écoutions ce que disait l'autre avec amour. La relation que j'avais avec Kenren était aussi amusante. Un bon garçon sans nul doute. Un peu impulsif peut être, mais c'était son charme. Il était comme un grand frère et grâce à lui, j'avais beaucoup appris sur Konzen et sur son caractère.
Et le temps avait passé, temps durant lequel la joie et le bonheur m'était si précieux. Je pouvais passer des siècles et des siècles encore à ouvrir mes yeux chaque aube naissante, à soupirer de cette amour unique, à rougir de ces regards de braise et à savourer chacune de ces caresses, rares mais tellement magnifiques.
J'étais pourtant une aberration, une erreur de la nature que la Terre et la Lune avaient engendrée. Et pourtant, rejetés des deux, ce fut le Soleil dans toute sa splendeur qui devint mon fiancé, mon protecteur, le gardien de mon cœur et de moi-même.
Mais pourtant…les choses telles qu'elles étaient ne pouvaient durer. Parce que même si notre amour était puissant, certain voyait les choses différemment. Et je me souviens alors, de ce qui s'était passé.
Ritoten dans son immense ambition avait ordonné à Nataku de tuer Goku. Parce qu'il était voué à être le futur Prince Guerrier. Eux, les dieux, ne pouvaient donnés la mort. C'est pourquoi ils donnaient à des non dieux, des créatures aberrantes comme nous, le statut de Prince des Guerriers, faisant de nous autres aberrations, des machines à tuer. Et Ritoten désirait laisser Nataku dans cette situation en éliminant son rival, Goku. Je les savais amis, j'aimais autant Nataku que j'aimais Goku. Mais pour les protéger tout les deux, je n'ai eu d'autre choix que de sacrifier ce bonheur qui était le mien.
Un jour, Nataku passa à l'attaque mais se retint de justesse en se transperçant de lui-même pour s'empêcher de tuer Goku. Ce dernier entra dans une fureur noire et laissa alors envahir le Seiten Taisen dans son entière puissance.
Bien sûr, nous avons fait ce que nous pouvions et nous avons fui en emportant avec nous un otage, le général de la Mer de L'ouest, afin de pouvoir nous préparer à descendre dans le Togenkyo.
Chose étrange, j'ai été promise à Konzen pour quitter le Togenkyo, et voila que maintenant j'y revenais avec lui.
Mais les choses ne se passèrent pas comme nous l'avions prévu. Et un à un, ils partirent du groupe pour retenir les troupes de Ritoten devenu fou. D'abord Kenren, puis Tempo.
Dans l'espoir de sauver Goku, ils n'avaient eu d'autre choix.
Et autant que les larmes de Goku, ma tristesse était grande. Parce que j'avais un mauvais pressentiment et chaque regard porté vers Konzen me rendait encore plus triste. Lui aussi je le sentais, lui aussi j'allais le perdre.
Et ce fut à la dernière porte, que les choses se terminèrent… »
La déesse se retourna alors vers les trois ahuris de par ce qu'ils venaient d'apprendre.
Kanzeon : Et ce fut à la dernière porte que les choses commencèrent…
Goku : Donc Sanzo est en fait ton neveu, Konzen Doji…
Gojô : Et j'étais un Dieu dans une autre vie ?
Hakkai : Et que s'est il passé ensuite ?
Kanzeon : Les troupes de Ritoten arrivèrent bien plus vite que prévu. Ils n'étaient plus que trois et aucun de ces trois ne savaient vraiment se battre. Ritoten voulut alors se débarrasser de Goku mais Konzen réagit et l'arrêta. Fou de rage, Ritoten avait plus que quiconque le désir de le faire souffrir. Alors il envoya une lance sur Yakumo, lance qui se ficha dans le cœur de Konzen.
Goku : Sanzo s'est fait tué ?
Kanzeon : Nous autres Bodhisattva avons senti alors l'immense détresse de la Grande Prophétesse, mais seule Maitreya et moi-même connaissions sa véritable puissance. Et nous nous sommes alors vite rassemblés autour d'elle. Mais elle avait déjà mis fin aux jours de Ritoten et de ses soldats.
Je me souviendrais toujours de ce moment et malgré les apparences, elle aussi elle s'en souviendra toujours. Aujourd'hui encore elle s'en souvient, comme une mort qui part et qui revient, à chaque passage, la jeune fille se perd dans sa propre honte et dans sa propre colère…
« Oui, il s'était interposé entre la lance et moi. Il y avait mis toutes ses convictions, tout son amour. Et la lame d'acier le transperça, comme s'il n'était que du beurre. Je me souviens encore, de son sang qui venait tâcher ma robe, de son corps qui s'affaissait doucement sous le poids de la douleur, du rire de Ritoten qui résonnait en écho dans ma douleur, de son regard de braise qui me souriait, à l'instant où la mort s'emparait de lui. Je me souviens de tout, parce que ce jour, j'étais morte avec lui. Je le pris dans mes bras et je le suppliai de rester avec moi, de ne pas me laisser, de ne pas partir. Il trouva la force de poser sa main sur ma joue, et se me donner une caresse que j'aimais tant. Appréciant ma peau, la couleur, dans une joie confuse, il me sourit, comme ci de rien n'était, arrogant et prétentieux soleil que j'aimais tant !
Il me sourit confiant, et peu à peu, alors que mon cri déchirait mon larynx, que l'air de la colère arrachait mes poumons, il ferma les yeux, pour ne plus les ouvrir, et laissa s'échapper son dernier soupir, en prononçant mon nom, telle une symphonie d'adieu éternel. Ainsi mourra Konzen Doji. Une mort d'amour.
Mais il ne devait pas en être ainsi. Dans les larmes de tristesse, l'amour que j'éprouvais alors pour lui se transforma en une haine insaisissable et meurtrière, rendant mes mouvements incontrôlables.
Je ne me connaissais plus en cet instant. J'étais folle, folle d'ivresse, folle de rage, folle de repenser à ces souvenirs si doux, qui maintenant ne cessaient de me détruire. Comme vivre à chaque instant sa mort, comme de revoir chacun de ces sourires, comme une vie détruite et redétruite sans cesse, j'avais complètement oublié qui j'étais.
Et je m'étais abandonnée dans ces souvenirs, laissant la folie m'envahir, la folie bestiale et cruelle, irraisonnable, sans sentiment, sans amertume, sans lumière, sombre comme le néant qu'était devenue mon âme.
Me retournant vers Ritoten, mes yeux blancs devinrent d'un rouge démoniaque et en un mouvement, son cœur n'était plus, que résidu dans ma main.
Les soldats se jetèrent perdus sur moi, et bientôt, la salle de marbre qui reliait le monde céleste à celui du monde terrestre n'était plus qu'une immense flaque de sang, à l'intérieur duquel je me trouvais…
Yakumo : Il est mort…il est parti pour toujours. Monde cruel je te hais ! Monde cruel je te hais !! »
Kanzeon : Nous sommes arrivés à temps, juste pour l'entendre dire à quel point elle haïssait ce monde. Vous avez déjà rencontré le Seiten Taisen de Son Goku n'est ce pas. Et sa puissance vous semble alors sans limite. Le Seiten Taisen de Yakumo est mille fois plus puissant que celui de Goku. Et nous 5 Boddhisattva, avons eu beaucoup de mal à la contenir. Parce qu'aussitôt prononcé ces mots, elle éclata sa colère en une effrayante colonne de lumière qui détruisit tout sur son passage. Cette colonne ébranla même le Togenkyo qui connut un évènement similaire. Le monde céleste fut détruit totalement et il s'en est fallu de peu pour l'apocalypse.
Hakkai : Yakumo est…si puissante ?
Kanzeon : Bien plus que tu peux le croire Tempo. Nous avons rassemblé le pouvoir de Bouddha et nous avons scellé Yakumo no Hana. Celle que vous connaissez maintenant est bien moins puissante, parce qu'il ne s'agit pas de son vrai corps.
Gojô : Et vous avez fait ressusciter Sanzo s'est ça ?
Kanzeon : Nous n'avons rien fait. Yakumo a fait tout cela toute seule. Perdue par la mort de Konzen, libérée de sa colère démoniaque, elle utilisa tout de même ses dernières forces pour vous sauver tous. Mais il fallut 5 siècles avant qu'elle ne puisse reconstituer vos âmes et vous redonner vies. Pour l'heure, elle est en train de se souvenir et Sanzo aussi est en train de se souvenir. Mais il y a une petite chose amusante aussi.
Goku : Laquelle ?
Kanzeon : Ils se connaissent déjà !
Gojô : Comment ça ?
Kanzeon : Yakumo et Sanzo se connaissent déjà, seulement après un tragique évènement, la jeune fille me demanda de scellé la mémoire de Sanzo et de le faire oublier jusqu'à sa propre existence dans sa mémoire. Mais elle vient de briser à nouveau ce pacte !
« Oui, aussi loin que remonte mes souvenirs, je crois que j'ai toujours connu Yakumo. J'ai voulu donner ma vie pour elle, mais aussi ma foi. La trinité bouddhique riait en m'entendant dire que je ne croyais qu'en moi-même. C'est ce que j'ai toujours cru. Mais j'ignorai alors qu'il y avait déjà quelqu'un en moi-même et que c'est en cette personne que j'ai toujours cru…
Je n'avais que 12/13 ans quand je l'ai rencontré à nouveau, sans savoir que je l'ai toujours connu. Les villageois voisins étaient venus demander à ce qu'on la punisse, parce qu'elle était une aberration, un porte malheur ambulant et qu'elle attirait la haine et les Yokaïs. Même derrière mon maître je l'avais trouvé magnifique. Elle était petite, et ne devait avoir que 7 ou 8 ans pas plus. Chétive et pourtant si envoutante, quand nos regards se sont croisés pour la première fois, j'en restai béat, sans le montrer. La curiosité ayant emporté sur la raison, j'avais suivi cet échange. Et quand l'homme qui maintenait les chaînes voulut la frapper je m'étais interposé et nous nous étions sauvagement battus. J'ai même été blessé à la joue. Puis elle s'est enfuie à travers la forêt par peur.
Je ne voulais pas qu'elle se blesse alors je suis parti à sa poursuite, sous le regard bienveillant de maître Komyo Sanzo.
Je l'ai vite retrouvé mais elle était tombée de la falaise et elle était blessée. Apeurée, lorsqu'elle me vit tendre la main elle me mordit. Etrangement je n'avais pas mal. J'attendis patiemment qu'elle m'accepte, qu'elle comprenne que je ne lui voulais pas de mal. Enfin, quand la pluie s'arrêtait et que le soleil se levait, elle comprit et se blottit dans mes bras. Je me souviens de cette sensation étrange, de ce bonheur ressenti quand j'avais dans mes bras, cette petite chose, ce petit animal sauvage innocent et fébrile.
Ce fut, je pense, mon premier et véritable amour. Bien sûr les choses furent difficiles. Elle ne parlait pas, mais ne me lâchait pas non plus. Elle restait toujours à côté de moi, dans ma chambre, dormait à côté de moi, mangeait avec moi, et m'aidait même à balayer le sol.
J'entendais les ricanements des autres moines, et ça m'énervait ! Mais pourtant, après quand je me retrouvais tout seul pour lui apprendre à parler, à lire, à écrire, elle me regardait naïvement et chuchotait d'une petite voix « Ryu » la seule chose qu'elle savait dire, et qui s'avérait être mon appellation particulière. Mais elle souriait et j'aimais ça. Même quand je m'énervais elle souriait et ça m'apaisait. Alors je ne lui en voulais jamais de provoquer autant de jaloux. Elle aimait aussi beaucoup Maître Komyo Sanzo. Et quand j'étais avec lui, lui aussi lui enseignait des choses, que peut être elle ne comprenait pas.
Mais quand je regardais discrètement, la lueur dans son regard blanc m'informait qu'elle comprenait même très bien.
Nous avons passé beaucoup de temps ensemble. Elle devenait de plus en plus belle et ses phrases devenaient de plus en plus longues. En dépit de cela, elle ne me laissait jamais seul et ne m'appelait toujours que par « Ryu ».
Un jour, quand je lui demandai pourquoi, elle me répondit avec son sourire niais :
Yakumo : Ryu c'est Ryu ! Ryu sera toujours Ryu pour Yakumo, et Ryu resta toujours là dans Yakumo !
Elle avait pointé son petit cœur et j'avais senti le mien fondre littéralement. Puis un jour, elle tomba malade. J'étais anxieux et frustré de ne pouvoir sentir sa présence à mes côtés. Alors j'avais décidé de passer la nuit à son chevet. Puis ce fut cette nuit, alors que je n'avais pas été près de Maître Komyo Sanzo, que l'on fut attaqué. J'avais accouru aussi vite que j'avais pu mais quand j'arrivai, le maître m'immobilisa et se sacrifia à ma place. En larme et avec le sang de mon maître dans les bras, j'avais ressenti cette impuissance qui me caractérisait tant. J'avais honte et la tristesse ainsi que la colère m'avait poussé à agir bêtement et dangereusement. Je n'ai jamais su expliqué la raison pour laquelle ceux qui avait tué Komyo Sanzo m'avaient laissé en vie, mais maintenant je m'en souviens.
Je m'étais jeté tête baissé sur eux et ils m'avaient repoussés comme un vulgaire moucheron. Puis leur chef a voulu me blesser et Yakumo était arrivée à temps. Elle semblait encore fragile et sa santé risquait énormément si elle restait là. Mais elle se mit entre eux et moi, bras en croix et menaça les Yokaïs de sa petite voix chétive. Ils avaient rigolés et celui qui voulait en finir se retrouva découper de toute part, sans comprendre comment. La jeune fille réitéra ses paroles et les Yokaïs comprirent qu'elle était puissante. Puis ils prirent la fuite et Yakumo me regarda en larme et fiévreuse :
Yakumo : Ryu…pardonne moi mon Ryu. Si je n'avais pas été malade, tu aurais pu sauver ton maître. Je suis désolée mon Ryu, je te promets de ne plus de faire souffrir à cause de moi.
Et elle avait disparu. Celle qui avait comblé mon cœur d'enfant était partie. En cet instant, le Koryu que j'étais était mort, d'une part parce que, avant de veiller sur le chevet de Yakumo, j'avais obtenu l'accord de Komyo Sanzo pour être son successeur, et deuxièmement parce qu'avec elle, s'était enfui tout mon bonheur. Lorsque les moines me retrouvèrent, je ne pouvais que dire que je n'avais pu le protéger, je n'avais pu protéger mon bonheur…
Puis le temps a passé. Je suis parti du temple pour retrouver mon héritage et à l'occasion elle. Mais ce fut chose vaine. J'ai beaucoup tué, j'ai beaucoup torturé, sans jamais retrouver ce que je cherchais. Puis un jour, sur une pile de cadavre, j'envisageai de mettre fin à mes jours. Parce qu'à chaque giclement de sang, je revoyais son doux sourire, son visage enfantin, son regard niais, et le cri d'agonie de mes victimes se transformait en une douce mélodie « Ryu ». Le flingue sur ma tempe, le doigt à la gâchette, je n'entendis ni Yakumo m'appeler ni ne vis la lumière. »
Goku : Tu veux dire que…Sanzo a voulu se tuer ?
Kanzeon : Rongé par les souvenirs il n'avait plus que deux solutions : errer dans l'éternel amertume ou mettre fin à son cauchemar. Seulement, Yakumo n'était jamais vraiment partie. Elle le suivait toujours, pour voir ce qu'il faisait. Et quand elle le vit mettre fin à ces jours, sa prière fut si forte que j'avais décidé de l'exaucer. Alors elle me supplia de l'effacer de sa mémoire, de faire en sorte que Ryu ne l'ai jamais connu, pour que sa douleur soit moins forte et qu'il retrouve le courage de vivre. J'ai accepté et depuis, Sanzo n'eut plus aucun souvenir de Yakumo.
Hakkai : C'est si triste, qui aurait pu croire que Sanzo avait vécu de telle chose…
Kanzeon : Puis les années ont passés et il a quitté de nouveau le temple pour partir à la recherche de ce qu'il devait être. Et pendant ce temps Yakumo avait grandit seule, dans l'ombre de Sanzo. Mais elle le perdit de vue un jour, et ne le retrouva plus jamais. Quand enfin elle se décida à demander au moine du temple, la réponse qu'elle eut la brisa.
Gojô : Pourquoi ?
Kanzeon : Parce que le moine qui lui répondit était un imbécile. Elle lui avait demandé des nouvelles de Ryu, et le moine lui répondit qu'il y a quelques années, ce temple fut incendié par des Yokaïs et que tout ceux qui y vivaient furent tués. Elle ne l'accepta pas. Et pour éviter une nouvelle catastrophe, nous autres Boddhisattva avons scellé sa mémoire, si bien qu'elle ne se souvint jamais de son enfance.
Goku : Si…elle avait des restes de souvenirs.
Hakkai : Pourquoi tu dis ça ?
Goku : Une fois j'ai surpris Yakumo en train de peindre. Et les choses qu'elle peignait étaient presque la même. Un beau paysage avec au centre une personne de dos. Blonde, cheveux court. Je suis sûr que c'est Sanzo qu'elle peignait.
Kanzeon : Au fond, ils ne sont toujours que deux âmes éprises l'une de l'autre, éternellement liées. Cette histoire porte un très joli nom en haut.
Goku : C'est quoi comme nom ?
La déesse regarda le ciel en souriant et détourna son regard vers les deux amants nouvellement réunis :
Kanzeon : Le nom de cette histoire est : l'Hymen de la fleur de Lys et du Soleil.
Prochain Chapitre : Quand le temps les rattrape et que les choses dérivent, les amants changent et les regards aussi.
Un ancien ennemi refait surface et une famille nouvellement reconstituée retrouve la force de vaincre le mal incarné par un individu.
Chapitre Final : La voie des fleurs, le destin de Yakumo no Hana.
