Chapitre 3

Lisbon discutait avec Cho dans son bureau lorsque Jane arriva, en retard.

- Salut Rigsby, bonjour Van Pelt !

- Salut, répondirent ces deux derniers à l'unisson.

- On a du nouveau ?

- Patiente quelques minutes, Lisbon va faire un briefing, lui indiqua Rigsby.

- Parfait, répondit Jane en s'installant sur son canapé.

En effet, il ne fallut pas plus de cinq minutes pour que Lisbon et Cho sortent du bureau.

- Oh Jane ! Je ne pensais pas vous voir de si tôt ! Onze heures et demie, c'est bien matinal.

- Désolé, fit Jane, l'air faussement embêté. On ne dirait pas mais je travaillais.

- Bien, résumons ce que nous avons, repris Lisbon en ignorant la dernière remarque du consultant. Cho vient de me dire que ce matin, la sœur de Max Thelman lui a révélé qu'elle a toujours fait des pieds et des mains pour qu'il entre en hôpital psychiatrique, elle a toujours pensé qu'il était malade mentalement. Certains médecins ont confirmé, il y en a même un qui l'a déclaré « dangereux », toujours d'après la sœur. Mais la mère de Max Thelman a réussi à trouver un médecin qui l'a déclaré non dangereux. Il faut recueillir le témoignage du docteur Marvin, celui qui était du coté de la sœur.

- Et pour Celia je-sais-plus-c'est-quoi-son-nom, on a quelque chose ? Interrogea Jane.

- Oh tiens, vous avez retenu son prénom ? Se moqua Lisbon.

- Ne me provoquez pas, la prévint Jane en souriant.

- Célia Mickel a parlé à Thelman pour lui demander pourquoi il tournait autour de sa maison, expliqua Rigsby. Van Pelt et moi l'avons interrogée ce matin et elle est prête à témoigner.

- Bien, ça commence à prendre forme. Quelqu'un a quelque chose à rajouter ?

Jane leva la main.

- C'est pertinent pour l'enquête ?

- Tout à fait, répondit-il.

- On vous écoute.

- Je trouvais que vous traîniez un peu à aller voir Max Thelman alors je suis allé faire mon petit tour, mais je ne suis pas rentré, il ne m'a pas vu, dit-il précipitamment en voyant que sa patronne allait s'énerver. J'ai fait un petit tour du propriétaire et j'ai découvert ceci sous sa voiture.

Il mit son poing au milieu du cercle que l'équipe formait et prit son temps pour l'ouvrir, faisant monter le suspense.

- Un bout d'élastique, décrit Cho. Joli. Rose en plus. Je suis jaloux.

Jane sourit à la remarque de son collègue.

- Ok, ça nous apprend quoi ? S'impatienta Lisbon.

- Quel corps a été retrouvé avec une Barbie qui possédait deux couettes, mais un seul élastique ?

- Maddie Koliany, dirent Van Pelt et Rigsby en chœur.

- Exactement !

- Mais il ne faut pas toucher aux preuves ! S'exclama Lisbon.

- Je sais, ce n'est pas le vrai, celui-là je l'ai acheté pour faire plus d'effet, le vrai est resté sous la voiture.

Lisbon leva les yeux au ciel.

- J'ai aussi remarqué que la voiture de Thelman n'est pas une voiture qui passe inaperçue, elle n'est pas du tout pratique et c'est le genre qui fait beaucoup de bruit. Par contre, c'est une des seules voiture qui propose une ouverture du coffre aussi facile.

Jane attendit un peu pour faire plus d'effet.

- Continuez.

- On peut ouvrir ce coffre même si on porte quelque chose d'encombrant ; une bonbonne de gaz, un chien, des gros sachets de courses, un corps inanimé.

Cho eu l'air de douter.

- Oh, ça c'est ta grimace qui veut dire « t'as pas autre chose, vieux ? ». J'ai autre chose. Dans quoi est-ce les corps ont été transportés avant d'être déposés dans les cours d'écoles ?

- Dans des sacs poubelles, répondit Van Pelt. On en a trouvé des morceaux dans chaque cours.

- Et devinez qui garde bien précieusement des énormes sacs poubelles usagés mais bien pliés, dans son garage ?

- Comment vous avez vu ça ? Vous m'avez dit que vous n'étiez pas rentré, dit Lisbon, soudain suspicieuse.

- Techniquement, j'étais dehors.

Jane marque une pause puis devant les regards étonnés de l'équipe, il précisa.

- Ben… la porte était grande ouverte…

- Techniquement ; je vais vous faire suspendre, déclara Lisbon.

- Oh non, pour une fois que je me suis retenu de ne pas sonner…

- C'est vrai, dit Rigsby, il n'a pas sonné.

- Oui, pour une fois…, ajouta Van Pelt.

- C'est ça, prenez sa défense. Je m'acharnerai sur lui quand vous serez partis interroger le docteur Marvin.

- Et si on allait manger ? Proposa alors Jane.

Le restaurant où ils allaient souvent manger les midis était à deux pas des bureaux du CBI. A peine furent-ils entrés que Jane leur proposa de rester et de s'installer, pour une fois. Sans chercher à comprendre, ils acceptèrent et trouvèrent une table ronde dans un coin reculé où ils pourraient discuter tranquillement. Jane regarda sa montre et lorsqu'il vit qu'il était midi, il regarda l'entrée du restaurant. Un homme entra et fut accueilli par un serveur mais Jane lui fit de grands gestes. L'homme l'aperçu et se dirigea vers la table ronde.

- Kyle, content de vous voir, dit Jane en se levant pour lui serrer la main. Installez-vous avec nous.

Au prénom qu'elle entendit, Lisbon se retourna et découvrit Kyle Rickman, l'air essoufflé mais le sourire aux lèvres.

- J'ai bien cru que je serais en retard. Bonjour, agent Lisbon, heureux de vous revoir.

Lisbon serra la main que Rickman lui tendait, la bouche à moitié ouverte de stupéfaction. Mais pas de saut périlleux dans son estomac cette fois-ci.

- Mais… qu'est-ce que vous faites là ?

L'instituteur sembla tout à coup perdu.

- Je suis venu signer ma déposition, comme prévu.

- Comme prévu…, répéta bêtement Lisbon.

Puis soudain elle comprit. Elle fit de gros yeux à Jane et lui donna un coup de pied sous la table.

- On va d'abord manger puisque vous n'avez pas trop de temps et nous non plus, proposa Jane.

Le consultant se leva pour aller chercher une chaise et l'installa à coté de Lisbon, qui commençait à avoir un peu chaud. Elle aurait du se douter qu'il allait manigancer quelque chose, elle était flic, pourquoi n'avait-elle rien vu venir ? Reprendre les choses en mains, faire comme si tout était normal.

- C'est gentil de vous être déplacé, déclara Lisbon.

- Je vous en prie, c'est normal, dit Rickman en s'asseyant.

Le serveur arriva, Rickman regarda vite fait la carte et choisit le même plat que Lisbon.

- Oh ! S'exclama Jane. Vous avez les mêmes goûts que Lisbon, c'est marrant.

Van Pelt, Rigsby et Cho baissèrent leurs yeux dans leurs assiettes respectives, essayant de ne pas rire pour ne pas mettre Lisbon mal à l'aise. Mais c'était trop tard, ses joues s'étaient empourprées et elle fut à peine capable de répondre au sourire que Rickman lui lançait.

- Je suis désolée mais le travail m'attend et je n'ai pas vraiment faim alors… prenez votre temps pour terminer et pour vous occuper de la paperasse, dit-elle alors. Rendez-vous à une heure et demie au bureau.

Toute la tablée la regarda partir d'un air étonné, puis chacun reprit son assiette là où il s'était arrêté.

Après le repas, tout le monde retourna à son travail respectif et tout rentra dans l'ordre, comme si rien ne s'était passé. Un peu plus tard, alors que Lisbon travaillais dans son bureau, son téléphone sonna. L'écran affichait « Kyle Rickman ». Elle respira un grand coup et répondit.

- Agent Lisbon.

- C'est Kyle Rickman.

- Oh... Rebonjour.

- J'ai bien compris que ce Jane vous a prise sur le fait et que ne vous attendiez pas à ce que je sois là ce midi, je suis désolé.

- Mais vous n'avez pas à vous excuser, monsieur Rickman, commença Lisbon.

- Kyle. S'il vous plait.

- Ce n'est pas à vous de vous excuser, Kyle. C'est moi, je n'aurais pas du partir comme ça.

- Dorénavant, je ne viendrai que si c'est vous qui me le demandez parce que je me suis fait piégé autant que vous dans l'histoire, s'expliqua Rickman.

- Jane est insupportable mais il est dans l'équipe et il résout beaucoup d'affaires, expliqua à son tour Lisbon en ayant le sentiment qu'elle utilisait cet argument bien trop souvent. J'avoue que j'ai du mal à croire que j'ai signé ce contrat des fois, avoua-t-elle en riant.

Un silence un peu gênant s'installa ensuite. Puis, d'une voix plus posée, Rickman reprit la parole.

- Si l'enquête est terminée d'ici trois jours, vous accepteriez de m'accompagner à une pièce de théâtre ? C'est une tragi-comédie, je n'en ai entendu que du bien.

Lisbon hésita puis repensa à tout ce que Jane lui faisait endurer en ce moment.

- Pourquoi pas, oui. Si on a bouclé l'affaire, bien entendu.

- Bien entendu. Je vous rappelle. Bonne fin de journée agent Lisbon.

- Bonne fin de journée à vous aussi.

Lorsqu'elle raccrocha, elle sentit ses épaules se décontracter et expira un grand coup. Mais depuis combien de temps n'avait-elle pas flirté avec un homme ? Soudain, elle réalisa que Jane l'observait de derrière la vitre. Il entra sans frapper.

- Vous avez besoin de quelque chose ? Lui demanda Lisbon.

- C'était lui ?

Lisbon réfléchit rapidement. Si elle s'énervait, cela allait amuser Jane. En revanche, si elle se montrait blessée, il allait peut-être lui laisser la paix quelques temps.

- Oui, c'était Kyle, dit-elle en continuant son travail.

- J'en étais sur ! Qu'est-ce qu'il voulait ? S'enquit Jane en s'asseyant en face d'elle.

Lisbon arrêta de taper sur son clavier, le poussa et éteint l'écran de son ordinateur. Elle saisit son manteau et ses clefs de voiture.

- Il voulait s'excuser pour la situation dans laquelle vous nous avez mis tous les deux, dit-elle d'un ton très calme.

Trop calme. Le sourire du consultant disparut.

- Jane. J'ai bien compris que vous ne vouliez pas refaire votre vie. Et ça vous regarde, vous avez vos raisons. Mais si moi j'ai envie d'essayer, avec lui ou avec n'importe quel autre homme, laissez-moi au moins la chance d'y parvenir.

Puis elle sortit de son bureau sans rien ajouter et ferma la porte, laissant Jane seul avec sa culpabilité. Une fois dans l'ascenseur, elle soupira et se félicita. Si avec ça Jane ne les laissait pas tranquilles, c'est qu'il n'y avait rien à faire. Mais le bonheur fut de courte durée car la culpabilité fit son apparition. Elle avait sûrement fait du mal à Jane en lui récitant ces paroles à propos de refaire sa vie. Lui aussi espérait probablement refaire sa vie un jour. Il avait juste peur de ne jamais y arriver. Puis où est-ce qu'elle allait aller en voiture ? Elle n'en avait aucune idée, elle était sortie tête haute pour faire bonne impression mais maintenant ? Finalement, elle fit remonter l'ascenseur. Elle avait besoin de s'excuser. Lorsqu'elle les portes s'ouvrirent, elle se retrouva face à Jane.

- Vous avez oublié quelque chose ? Lui demanda-t-il.

- Non. Vous allez où ?

- Et vous ?

Silence.

- Je revenais parce que…, commença Lisbon.

Mais les portes de l'ascenseur se refermant elle ne pu finir sa phrase. Jane les rouvrit et monta avec elle puis les portes se refermèrent.

- Je suis désolé, dit Jane en regardant les murs et le plafond de la cabine.

- Non, c'est moi, je n'aurais pas du dire ce que j'ai dit.

- Si, vous avez bien fait. Vous avez raison, je ne dois plus me mêler de tout ça.

Un silence s'installa le temps que l'ascenseur arrive au rez-de-chaussée et ouvre ses portes.

- Vous alliez où ? Lui demanda Lisbon.

- J'allais… J'allais vous rattraper en fait, avoua Jane.

Lisbon se mit à rire.

- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Jane en souriant lui aussi.

- C'est que… moi je n'allais nulle part, déclara Lisbon en rougissant. Je ne sais pas pourquoi j'ai pris mon manteau et mes clefs parce que je ne dois aller nulle part, j'ai envoyé mes agents sur le terrain pour pouvoir finir la paperasse donc…

Finalement, ils rirent tous les deux et reprirent l'ascenseur pour retourner dans leur bureau. Tout rentrait dans l'ordre.

Trois jours plus tard, Cho et Max Thelman étaient tous les deux dans une salle d'interrogatoire, se fixant l'un l'autre sans ciller, l'un posant les questions, l'autre les esquivant. Pour une fois, Van Pelt et Rigsby avaient eu l'autorisation de rentrer plus tôt, chacun de son coté bien entendu. De l'autre coté du miroir sans teint, Lisbon et Jane observaient la scène.

- Il va avouer d'ici quelques minutes, déclara Jane. Il est bien trop fier de ce qu'il a fait pour le cacher plus longtemps.

- J'espère que vous dites vrai parce que nous n'avons rien de plus pour le faire avouer.

- Ne vous inquiétez pas, il avouera, vous bouclerez l'affaire et vous irez au théâtre.

Lisbon regarda Jane d'un air surpris ne comprenant pas comment il pouvait être au courant de cela.

- Comment… vous avez parlé avec Kyle ?

- Non. C'est vous qui me l'avez dit, hier il me semble.

- Et moi vous savez ce qu'il me semble ?

- Non, répondit Jane soudain mal à l'aise, réalisant qu'il s'était piégé lui-même.

- Il me semble que vous avez parlé à Kyle. Quand ?

- Je ne lui ai pas parlé, Lisbon.

La jeune femme regarda fixement son interlocuteur dans les yeux puis déclara :

- Vous mentez.

- Non, je vous jure…

- Arrêtez de jurer ! Quand est-ce que vous l'avez vu ? S'énerva-t-elle.

- Je l'ai juste croisé et on a discuté quelques minutes, rien de plus.

- Quand ?

- Mais ça n'a pas d'importance, calmez-vous.

- Je suis la chef, je me calme si je veux.

- C'est vrai, acquiesça Jane en arrêtant au passage le son de la salle d'interrogatoire.

Il essaya de ne pas l'énerver plus qu'elle ne l'était.

- Je l'ai vu hier en fin d'après-midi quand je suis rentré chez moi. Je suis passé au magasin faire quelques courses et je l'ai croisé à la caisse.

- Non, vous me mentez encore. Il a passé la journée entière à New York à une exposition de motos. Il a prit l'avion à quatre heures du matin et il est revenu bien après vingt-deux heures. Je l'ai eu au téléphone ce matin. Je vous pose la question une dernière fois, Jane. Quand l'avez-vous vu et que vous êtes-vous dit ?

Jane soupira en regardant les yeux déterminés de Lisbon. Il n'avait plus d'autre choix que de lui dire la vérité. Un énième mensonge serait fatal.

- On s'est donné rendez-vous dans un bar pour discuter. Il voulait en savoir un peu plus sur vous avant de vous inviter, ce qui est tout à fait légitime, dit-il pour défendre l'instituteur.

- Vous m'aviez dit que vous ne vous en mêleriez plus, Jane.

Il la sentit déçue et triste à la fois. Elle sortit de la petite pièce mal éclairée malgré la tentative de Jane pour la retenir. Ce dernier ne comprenait pas ce qu'il avait fait de mal. A part le fait qu'il se soit vendu, il avait juste donné un coup de main à ce Rickman. Il l'avait fait pour elle, où était le problème ? Il remit en route le son de la salle d'interrogatoire au bon moment. Max Thelman était en train de tout avouer, dans le détail. Il attendit la fin et se rendit dans le bureau de Lisbon.

- C'est juste pour vous dire que Thelman a tout avoué, dit-il doucement.

Il remarqua alors qu'elle avait les yeux rougis et en eu mal au ventre tellement il se sentait responsable. Cependant, il ne voyait pas où était le problème. Comme elle ne répondait pas, il insista.

- Je suis désolé si je vous ai fait du mal mais si j'ai agit ainsi, c'était pour votre bien. Je ne voulais pas vous blesser.

Comme Jane était sur le pas de la porte, Cho entendait toute la discussion depuis son propre bureau, même s'il essayait de ne pas écouter. Ce genre d'histoire, il n'aimait pas du tout.

- Jane, partez, dit Lisbon en reniflant.

- Pas tant que vous ne m'aurez pas expliqué où est le problème, Lisbon, dit Jane en élevant la voix.

Lisbon se leva de son bureau et s'approcha du consultant.

- Le problème Jane, c'est que Rickman ne m'intéresse pas plus que ça. Le problème, c'est aussi qu'après le super briefing que vous lui avez fait à propos de moi, je vais refuser son invitation ! Et finalement, le plus gros problème, c'est que vous ne m'avez même pas demandé clairement si j'étais intéressée ou pas ! Si je voulais sortir avec ce mec ! Parce que la réponse est non !

Elle avait maintenant des larmes qui coulaient le long de ses joues rosies par la colère.

- Mais bon sang, pourquoi vous acharnez-vous à vouloir me jeter dans les bras d'un inconnu ?

Jane baissa les yeux puis sans répondre à la question qui semblait tant tracasser sa patronne, il sortit du bureau et se dirigea vers l'ascenseur. Lisbon le regarda partir, les joues humides et c'est alors qu'elle se rendit compte que Cho l'observait du coin de l'œil. Elle fut un peu gênée puis retourna s'enfermer dans son bureau. Une heure plus tard, l'asiatique frappa à sa porte et entra.

- Je vous apporte le compte rendu de l'interrogatoire, dit-il en déposant le tas de feuilles sur le bureau de Lisbon.

Il fit demi-tour et s'apprêtait à sortir lorsqu'il entendit Lisbon lui poser une question étrange.

- Tu sais pourquoi un homme agit ainsi, toi ?

- Pardon ?

- Je sais que tu as tout entendu.

Cho soupira puis résigné, il ferma la porte du bureau et revint vers Lisbon.

- En général, dit la jeune femme, si un homme essaie de mettre une femme dans les bras d'un autre, c'est parce qu'il en a marre que cette femme le colle et… il veut s'en débarrasser.

- En général, oui.

- Mais je ne suis pas ce genre de femme alors pourquoi est-ce qu'il fait ça ?

Cho ne répondit rien. Finalement, Lisbon lui demanda de laisser tomber, de surtout oublier cette conversation et de rentrer chez lui.

Quelques minutes plus tard, Lisbon était au volant de sa voiture, prête à démarrer pour rentrer chez elle mais elle réfléchissait. Tout à coup, quelqu'un frappa à sa vitre. Elle reconnut Cho.

- Qu'est-ce qu'il se passe ? Lui demanda-t-elle après avoir ouvert sa vitre.

- Jane. S'il essaie de vous mettre dans les bras d'un autre c'est pour être quitte d'avoir à se lancer, déclara Cho sur de lui. Vous êtes avec un autre homme, il n'a pas besoin de vous avouer les sentiments qu'il a pour vous. Vous êtes libre, il se sent un plus lâche chaque jour de ne rien vous dire. C'est pour lui la solution de facilité. Certes, il en souffrira mais il a l'habitude de la souffrance. On va dire que je ne vous ai jamais dit tout ça, qu'on n'a jamais eu cette conversation, ce sera plus facile pour vous. Bonne nuit, patron.

Il repartit comme il était venu, laissant Lisbon béate sur son siège, incapable d'appuyer sur les pédales ou de tenir le volant. N'importe qui lui aurait dit ça, elle ne l'aurait pas cru. Mais elle savait pertinemment que Cho n'aurait jamais dit un truc pareil s'il n'en était pas sur à deux cents pour cent. Elle mit sa tête dans ses mains, attendant que son cœur reprenne un rythme normal et régulier et que ses jambes ne tremblent plus. Puis finalement, elle décida de rentrer chez elle.

Alors que Lisbon roulait en direction de son appartement, elle aperçu une auto stoppeuse qui semblait totalement perdue. Elle s'arrêta et ouvrit sa vitre.

- Bonsoir, vous allez où comme ça ? lui demanda-t-elle.

- J'ai fugué de chez moi il y a une semaine et je voudrais rentrer, expliqua la jeune femme d'une voix fatiguée. Mais il me reste encore quelques kilomètres à parcourir et je n'en peux plus.

- Montez, lui ordonna Lisbon.

- Mais vous ne savez même pas ou je veux aller…

- Je sais mais je me sentirais bien trop mal de vous laisser comme ça, expliqua-t-elle alors que la demoiselle s'installait sur le siège passager. Alors vous allez où comme ça ?

- Mes parents habitent dans la banlieue de Sacramento, ce n'est pas loin de la plus grande église de la ville, vous voyez où elle se trouve ?

Le cœur de Lisbon rata un battement et elle mit quelques secondes avant de répondre.

- Oui, je vois très bien. Je vais vous reconduire jusque chez vos parents.

- Vous êtes sure ? Je ne voudrai pas déranger, c'est déjà gentil de votre part, vous pouvez me déposer un peu avant si vous préférez.

- Non, ça ira. Je crois que le destin veut que je me rende là-bas, alors…

L'auto-stoppeuse n'insista pas et elles se rendirent dans la banlieue de Sacramento, parlant un peu de tout et de rien. Enfin, Lisbon se gara devant chez la jeune femme qui la remercia infiniment, l'aida à décharger ses affaires et redémarra sa voiture. Cependant, elle ne rentra pas chez elle. Si cette auto-stoppeuse tombant du ciel l'avait emmenée jusqu'ici, autant qu'elle en profite pour mettre quelques trucs au clair avec Jane, qui habitait à un kilomètre à peine de là où elle se trouvait.