Acte II: Dans le royaume des ténèbres
Christine lui ayant montré l'entrée par le miroir de sa loge, Marie s'engage dans ce long couloir menant au repère du fantôme.
Scène 1: Marie seule
-J'espère quand même que je ne vais pas tomber dans un piège ou me faire repérer avant d'être entrée dans son domaine. Pourvu aussi qu'il soit chez lui, sinon j'aurai fait tout ceci pour rien et je devrai refaire ce trajet quatre fois et c'est si dangereux...je devrais peut-être imiter le petit Poucet mais je n'ai rien pris avec moi. Espérons que je retrouverai mon chemin facilement ou qu'il me racompagnera si tout se passe bien.
Mais que vais-je bien pouvoir lui dire? Il ne me connaît pas...j'ai été bien bête de me dévouer pour Christine mais d'un autre coté je crois que c'est nécessaire pour lui. Personne ne devrait vivre ça...
Oh de la lumière et de la musique! Je dois être presque arrivée. Courage, tout va bien pour l'instant alors ne faiblis pas !
Scène 2: Marie, le Fantôme
Le couloir débouche sur une sorte de grotte excessivement décorée mais ravagée par ce que l'on pourrait appeler une tornade. Tous est sens dessus dessous, les chandeliers sont renversés et tous les miroirs ornant la pièce sont brisés. Seul l'orgue semble avoir été épargné. Un homme est d'ailleurs en train d'en jouer. La mélodie est triste, douloureuse et teintée d'une pointe de colère. Marie s'approche. Il ne semble pas l'avoir encore remarquée alors qu'elle est à cinq mètres de lui quand soudain il se retourne surpris et bondit de son siège...
-Que faites-vous ici et qui êtes-vous? Personne n'est autorisé à pénétrer...
-Je m'appelle Marie Giry, suis l'amie de Christine Daaé et je viens ici un peu en son nom. Elle m'a tout raconté et elle m'a demandé conseil. Mais elle était incapable de le suivre elle-mêà pourquoi je suis ici. Je dois vous parler.
-Christine... Et bien vas-y je t'écoute.
-Je sais que ça va vous blesser mais elle ne veut plus revenir ici et vous voir. Votre amour est voué à l'échec depuis qu'elle a...
-Vu mon visage? Pas besoin de me faire un dessin, j'ai compris directement en voyant sa réaction. En plus, comme si c'était la première fois...vous savez je suis habitué à ce comportement...
-Habitué et réaliste peut-être...mais pas aguerri. Qui pourrait rester stoïque en se faisant rejeter de la sorte? Personne. Vous savez, elle ne vous déteste pas non plus...elle a aussi reconnu vos qualités et votre gentillesse à son égard. Et je pense que c'est ça le plus important...c'est pour ça que je tenais à ce que vous le sachiez.
Le fantôme, troublé et ému, reprend de sa voix tremblante avec plus de douceur...
-Vos intentions sont honorables et votre geste me touche beaucoup. Merci, Marie. Personne n'a jamais vraiment fait attention à ce que je pouvais ressentir. Et vous pourrez dire à Christine que plus jamais elle n'entendra parler de moi, du moins dans des affaires qui la concernent. Je ne vous retiens pas, vous avez sûrement beaucoup mieux à faire que de rester ici avec moi.
-Au contraire, vous me paraissez fort aimable et j'aimerais mieux vous connaître. C'est un peu un privilège que de rencontrer le Fantôme de l'Opéra...autant en profiter. Vous n'avez rien à craindre de moi...jamais je ne divulguerai votre réelle existence et vos secrets. Commencez donc par me dire votre nom, ça sera plus simple pour communiquer. Et racontez moi un peu votre vécu.
-Je m'appelle Erik, mais je n'ai pas de nom de famille. Mes parents n'ont même pas signalé ma naissance parce que je leur faisais trop honte. Ensuite, quand j'ai eu 8 ans, ils m'ont vendu à des gitans qui se sont servis de moi en tant que phénomène de foire. "L'Enfant du Diable" m'avaient-ils surnommé. Et puis un jour madame...Comment avez vous dit que vous vous appeliez?
-Marie Giry
-Mais oui, biensûr ! Vous êtes la fille de Marguerite. Comment ne l'ai-je pas remarqué plus tôt? Ahhh, et bien c'est votre mère qui m'a sauvé de cette foire tzigane en me conduisant ici, à l'Opéra Garnier. Je pense que je devais avoir 10 ans et votre mère la vingtaine. Pour la première fois de ma vie, quelqu'un avait pitié de moi. Je l'ai toujours un peu considérée comme ma mère depuis lors et encore aujourd'hui, puisque je ne peux pas sortir de l'Opéra, c'est elle qui va me chercher de quoi survivre et m'occuper. Elle est tellement gentille...
-C'est vrai, elle m'a dit un jour, elle aussi, qu'elle avait sauvé un jeune garçon et qu'elle avait beaucoup d'affection pour lui...presqu'une affection maternelle. Mais jamais elle n'a mentionné votre nom ou donné plus de précisons. Apparemment, elle a vraiment gardé jalousement ce secret depuis tant d'années.
Oh mon dieu, nous discutons et j'ai perdu l'heure de vue. Savez-vous quelle heure il est?
-20h30
-Misère, j'avais un rendez-vous à 20h. Je suis déjà en retard et je n'ai même pas encore commencé à me préparer. Pouvez-vous me raccompagner, ça ira plus vite.
-Biensûr! Mais j'ai une autre idée, pourquoi ne pas porter cette robe? Je l'avais confectionnée pour Christine mais je pense qu'elle vous ira à merveille. Essayez-là donc.
-D'accord, merci beaucoup...
Alors, qu'en pensez-vous?
-Ravissante, vous êtes fin prête. Je vais vous raccompagner à l'extérieur...
Voilà nous y sommes. Bonne soirée et bon amusement.
-Oh vous savez, ce n'est pas moi qui voulais sortir ce soir...surtout avec lui...mais je n'ai pas trop le choix alors prenons les choses du bon côté.
Marie s'en va assez précipitamment mais quand elle est déjà à quelques mètres d'Erik, soudain celui-ci s'écrie...
-Marie! J'oubliais, est-ce-que celà vous dérangerait que nous nous revoyions de temps à autres chez moi?
Elle se rapproche de lui...
-Ce sera avec grand plaisir, dit-elle avec un doux sourir, en l'enlaçant et en lui baisant le front.
Les yeux d'Erik s'aggrandissent, comme si ce qu'elle venait de faire était un miracle inattendu.
Marie se rend devant la porte de l'Opéra, Edouard, furieux, l'attend encore.
Scène 3: Marie, Edouard
-J'ai failli attendre mademoiselle! Que faisiez-vous? Heureusement que c'est vous mais abstenez vous de recommencer à l'avenir.
-J'étais avec un ami et je n'ai pas vu le temps passer. Mais ne vous en faites pas, je serai à l'heure la prochaine fois...Trève de bavardage, allons donc à ce restaurant dont vous m'avez tant venté les mérites.
-Un ami? Bien, hâtons-nous ma mie.
- ...
