Acte III: Qui est le vrai monstre?

Le lendemain, Marie raconte à Christine ce qu'il s'est passé.

Scène 1 : Christine, Marie

-Je me suis rendue chez Erik hier. Et je ne vois vraiment aucune raison de le fuir...il est si gentil ! Il a promis que plus jamais tu n'entendrais parler de lui et à forciori pour des prétextes de séduction.

-Merci Marie, tu m'as tiré une sacrée épine du pied. Je suis soulagée. Et il a dit autre chose?

-On a fait connaissance et comme j'avais oublié mon rendez-vous avec ce cher Edouard et que je n'avais rien à enfiler rapidement tout en restant jolie, il m'a donné une robe qui, au départ, t'était destinée. Il a dit qu'il me trouvait ravissante et il m'a raccompagnée à l'entrée de l'Opéra. Et il désire qu'on se revoit...je pense effectivement qu'on va bien s'entendre lui et moi. On a pas mal de centres d'intérêts en commun et nos caractères s'accordent à merveille. Je lui ai déposé un baiser sur le front et je suis partie à cette soirée des plus lassante. Je n'aime pas Edouard mais il refuse de le comprendre. Il s'obstine toujours dans son délire et moi ça me met mal à l'aise. Je n'aime pas être hypocrite alors je fais quelques réflexions qui devraient lui mettre la puce à l'oreille mais rien à faire...ahhhhhh.

-A t'entendre on dirait que tu en pinces pour ce monstre plutôt que pour Edouard. C'est idiot. Edouard est quelqu'un de bien, il est quand même baron et bien élevé...un peu comme Raoul en somme. Même si Erik avait été charmant, le bon sens voulait que j'épouse Raoul. Et tu devrais faire la même chose. Ecoute ta raison. Pour une fois, c'est moi qui peux te sortir cette phrase que tu m'as tant répétée.

-Non, ma raison et mon coeur sont d'accord sur ce point : Edouard n'est pas pour moi, c'est certain. Quant à Erik, je ne sais pas encore. Je n'ai pas passé assez de temps avec lui pour le dire. C'est simple, je n'ai même pas encore vu son visage. Et tant que ça ne sera pas fait, je ne serai pas sûre de la confiance qu'il a en moi et donc toute relation intime serait faussée.

C'est l'avenir qui me dira s'il est fait pour être mon âme soeur.

Excuse moi mais je dois aller coudre ta robe d'Elissa et répéter mes chants.

-Ne t'inquiète pas, vas-y.

Marie s'en va. Elle croise Edouard dans le couloir qui se dirige vers la loge de Melle Daaé. Il la salue et continue son chemin. Il entre dans la pièce où se trouve toujours Christine.

Scène 2: Christine, Edouard

-Bonjour M. Dulac, qu'est-ce qui vous amène?

-Bonjour mademoiselle. Je dois vous parler à propos de Marie. Je sais que vous êtes très proches toutes les deux et vous devez donc savoir certaines choses qu'elle essayerait de me cacher. Vous savez sûrement que nous avions rendez-vous elle et moi hier soir à 20h. Mais elle est arrivée seulement vers 21h et elle m'a confirmé avoir passé la soirée avec un "ami". Avez-vous une idée de qui il pourrait bien s'agir?

-Oui, naturellement.

-Qui?

Christine, ayant essayé de ramener Marie à la "raison" mais en vain, tente une autre approche. Pourquoi ne pas tout avouer à Edouard et ainsi réveiller sa jalousie? Si il se débarrassait lui-même du fantôme, tout le monde en profiterait...

-Mais...le Fantôme de l'Opéra, biensûr. Elle devait simplement lui transmettre un message de ma part mais apparemment ça s'est éternisé. Quant à ce qu'ils ont fait ensemble dans ces souterrains obscures...je préfère ne pas m'avancer là dessus. Ce fantôme est un vrai fléau tant pour les directeurs que pour les couples. C'est comme s'il hypnotisait les femmes pour les arracher aux bras de leurs amants. Il a essayé avec moi mais j'étais suffisamment forte que pour résister. Qu'en sera-t-il de Marie? Ca, je n'en sais rien mais elle semble déjà fortement influencée par la volonté de ce monstre. Je pense qu'il faut réagir tant qu'il en est encore temps...

- Ahhhhhh l'odieux! Oui, Marie est trop chère à mes yeux, vous avez raison, il faut que je prenne les choses en main dès à présent. Le règne de ce monstre infernal va bientôt prendre fin, ou mon nom n'est plus Edouard Dulac. Il faut que je mette en place un plan pour l'attraper.

Pendant ce temps Marie s'attèle à la couture et au chant. Un projet germe dans sa tête pour se soir...

Vers 18h, elle commence à se préparer pour un nouveau rendez-vous avec...le fantôme! A nouveau, elle traverse le miroir, le couloir et arrive très vite cette fois dans l'antre d'Erik. Lui, surpris de la voir revenir si vite vers lui, n'en croit pas ses yeux. Il va falloir improviser!

Scène 3: Marie, Erik

-Oh, Marie, bonjour. Je ne m'attendais pas à te voir aujourd'hui et je n'ai rien préparé...

-Ne t'inquiète pas, je sais. Mais tu es sûr qu je ne te dérange pas? Tu as l'air tellement occupé par ta musique que...

-Non, ne t'en vas pas. Ca me fait vraiment plaisir que tu sois ici. On va bien trouver quelque chose à faire. Je t'ai un peu observée aujourd'hui et j'ai remarqué que tu étais coryphée et que tu chantais drôlement bien. Tu ne veux pas que je t'aide encore à progresser? Ce n'est pas pour me venter mais si Christine en est là aujourd'hui c'est aussi grâce à mes leçons...

-Avec joie! Commençons donc maintenant. "L'air des bijoux" de Faust, ça te va?

-Parfait.

Et ils commencent à chanter:

-"Ah ! je ris de me voir
Si belle en ce miroir !
Est-ce toi, Marguerite ?
Réponds-moi, réponds vite !
Non ! non ! – ce n'est plus toi !
Non ! non ! – ce n'est plus ton visage !
C'est la fille d'un roi,
Qu'on salue au passage ! –
Ah, s'il était ici !...
S'il me voyait ainsi !
Comme une demoiselle,
Il me trouverait belle. ..."

-Splendide.

-Merci, Erik. Dis-moi, si je chante pour toi, tu pourrais m'octroyer une faveur?

-Tu n'as pas besoin de chanter pour moi pour que je te l'accorde. Que puis-je faire pour toi?

Elle s'approche de lui, prend ses mains dans les siennes, réfléchit puis finit par parler timidement.

- Laisse...laisse moi voir ton visage.

-Oh! C'est bien la seule chose au monde que je ne peux accepter, même pour toi. Tu n'as aucune idée de ce que tu dis. Personne ne devrait voir un spectacle aussi terrifiant. Christine l'a vu et tu sais ce que cela a engendré. Je ne veux pas te perdre, pas maintenant...Je t'aime trop...

-Tu...m'aimes?

-Plus que tout. Tu es toute ma vie maintenant. Je n'ai que ta mère et toi.

-J'en suis consciente. Mais justement, tu m'as tellement donné et tu m'aimes tant...alors laisse moi t'aimer en retour. Mais cela n'est possible que s'il n'y a aucun secret entre nous. Je t'en supplie, enlève ce masque.

Erik hésite un long moment, les yeux baissés, les mains toujours dans celles de Marie. Puis, résigné, il accepte.

-Ahhhhh...Tu ne me laisses pas trop le choix. Mais je connais ta réaction, je t'aurai prévenue. Sache que je t'aime et que ça ne changera jamais, quelque soit ton choix entre rester avec moi ou partir.

Il lève doucement le bras vers son masque et l'enlève ainsi que sa perruque. Il fixe Marie qui, elle aussi, le regarde sans flancher. Des larmes commencent à se former et à couler sur les joues du fantôme. Il baisse la tête en sanglotant. Quand soudain, en s'approchant de lui et en lui relevant la tête de ses doigts, elle prononce des mots inattendus.

-Erik, n'aie pas peur, regarde moi. Jamais je ne pourrais te détester ou te fuir. Tu n'es ni effrayant ni répugnant. Je t'aime. Et ce sentiment, chez moi non plus, il ne s'éteindra jamais. Au contraire, ce que tu viens de faire me prouve les sentiments et la confiance que tu as envers moi. C'est le plus beau des cadeaux que tu pouvais me faire.

Et soudain, elle l'embrasse tendrement. Il ne comprend plus ce qu'il se passe mais il y a quand même une chose qu'il sait: elle l'aime et ça aussi c'est le plus beau des cadeaux. Et il continue, gèné.

-Ohhhh Marie...

-Ne t'en fais pas, ça va aller maintenant.

Et ainsi, ils ont passé la nuit ensemble, dans la plus grande intimité. Il se reverront pratiquement toutes les nuits durant deux mois.