Chapitre 6
Il ouvrit péniblement les yeux. Il n'avait dormis que quelques heures consécutives depuis qu'on l'avait enlevé. Il aurait voulu dormir et ne plus jamais avoir à ouvrit les yeux. Le sommeil ne lui accordait aucun confort.
La réalité et les songes ne faisaient désormais plus qu'un. Ces mondes qui étaient à l'origine très différents s'étaient reliés pour n'en former qu'un seul. Il souffrait énormément dans les deux; dans l'un physiquement et dans l'autre émotionnellement. Jamais il n'avait la paix. Son tourmenteur était toujours présent qu'il soit ou non dans la petite chambre. Il sentait constamment sa présence.
Reid venait de se réveiller d'un terrible cauchemar où toute l'équipe l'abandonnait aux mains de son agresseur. Reid savait que son équipe ne ferait jamais une telle chose, ils étaient une grande famille. Il savait qu'ils devaient avoir remarqué sa disparition et il espérait qu'ils étaient en train de le chercher. Il espérait de tout cœur, car c'était la seule chose qui le maintenait en vie. Il n'abandonnerait pas si facilement toute lutte. Non, il devait se battre même si c'était douloureux. Et il devait garder espoir s'il ne voulait pas se perdre. Et pourtant c'était tellement difficile de lutter et de rester en vie dans de tel moment. Son agresseur le torturait à chacune de ses visites dans la chambre. Et il ne la quittait que lorsque Reid perdait conscience sous la douleur infernale de la torture. Survivre dans cette torture était un gros effort, un effort surhumain, de la part de Reid autant physiquement que psychologiquement. Il avait tant de blessures toutes aussi graves les unes et les autres, que la douleur était toujours présente et ne disparaissait jamais pour longtemps. La fièvre n'aida pas. Sa fièvre qui ne faisait qu'augmenter d'heure en heure ne l'aidait pas à rester concentré sur son objectif. Il devait réussir à profiler Garner d'une quelconque façon et d'utiliser le profil contre lui. C'était sa seule chance si l'équipe ne le trouvait pas.
Dans ses moments de lucidité, il se remémorait les cas Tobias Hankel. Les deux situations étaient très différentes mais il ne pouvait que les associer. Par deux fois, il s'était fait avoir sans qu'il ne s'y attende. Dans les deux cas, il avait causé son propre malheur car il avait pris une mauvaise décision qui sur le coup semblait être bonne. Il était, pourtant, censé être un géni, mais il agissait parfois sans penser à toutes les conséquences et il finissait par regretter avoir fait ses choix. Cette situation était tellement plus dangereuse que celle avec Hankel car il n'avait aucun contact avec son équipe. Et cette dernière n'avait aucune information, il en était certain. Cette fois, il était réellement la victime. Mais de qui? Il ne savait pas, mais il était une victime et pas à cause d'une enquête qu'il menait. Il avait spécifiquement été choisi par son agresseur. Reid avait peur bien plus peur que dans le cas précédent. Il ne voulait pas mourir mais il ne voulait plus souffrir. Il ne pouvait pas avoir les deux. Son agresseur, Vincent Garner, faisait tout ce qu'il pouvait pour qu'il n'ait pas les deux.
Garner était totalement obsédé par Reid, s'en était démentiel. Il le voulait tellement. Avant de l'enlever, il l'avait tant désiré et se désire ne faisait qu'augmenter lorsqu'il était en sa présence. Il voulait le voir souffrir. Il voulait voir la peur dans ses yeux. Il voulait l'entendre supplier. Il voulait le briser et le posséder. Son obsession n'avait pas été aussi grande et forte pour les autres. Reid était plus important que les autres. Il était plus résistant et fort. Garner aimait les défis, plus ses victimes se débattaient, plus il était excité. Garner savait qu'il finirait par tuer Reid s'il était trop enthousiaste lors des tortures. Il devait se contrôler et faire attention car il ne voulait pas le tuer maintenant. Il voulait le garder avec lui le plus longtemps possible.
Spencer Reid n'en pouvait plus des jeux de Garner. Peu à peu, son esprit se brisait. Il voulait en finir même si cela signifiait atteindre le point du non-retour. Il voulait continuer à espérer que Hotch, Morgan, Rossi et Prentiss finiraient par venir le sauver des griffes de son bourreau mais tellement de temps c'était écoulé depuis son enlèvement. Plus ils prenaient de temps, plus les chances qu'ils le retrouvent en vie étaient faibles. Reid savait tout cela et ça lui faisait mal de savoir tant de choses, des choses qui faisaient diminuer son espoir. Mal de savoir tant de choses et ne pouvoir rien faire pour se sortir de là. Il essayait mais ce n'était pas très concluant. Il essayait de ne pas penser lorsqu'il était lucide car il ne pensait qu'à la mort. Et même dans ses délires, il voyait l'échec. Il voyait son équipe abandonner, l'abandonner avec se monstre qui l'avait enlevé de l'endroit où il se sentait le plus en sécurité.
Reid, attaché sur le lit, attendit Garner sachant que ce dernier n'allait pas tarder. À chaque fois qu'il se réveillait Garner arrivait quelques instants plus tard. Et il commençait à chaque torture. Lors des tortures, Reid se débattait et suppliait jusqu'à ce qu'il n'ait plus de force. Il n'osait pas bouger, il ne voulait pas avoir mal. Il tremblait de tout son corps qui essayait de combattre la fièvre. Pour la première depuis son arrivé dans la chambre, l'inévitable arriva. Des larmes silencieuses coulaient sur ses joues sales et rougies. Il avait mal et il était terrorisé bien qu'il essayait de tout cacher. Il savait comment ce genre de cas finissait. Il savait ce qu'il arrivait aux victimes. Il savait comment l'agresseur agissait et comment il finissait ses victimes. Pour la première fois, il aurait voulu ne pas savoir, il aurait voulu garder espoir même si personne ne venait.
Garner ne se fit pas attendre bien longtemps. Il entra dans la chambre et s'approcha du lit. Comme à chaque fois, il ne dit rien. Il posa sa main sur les joues mouillées de Reid pour essuyer délicatement ses larmes. Si Reid n'avait pas eu aussi peur de lui, il aurait presque apprécié cette marque de tendresse. Alors, il ne fit ce que son corps lui dit de faire, il essaya de détourner la tête mais Garner prit son autre main pour tenir en place la tête de Reid.
- Voyons, ne pleure pas. Du moins pas encore. On vient à peine de commencer, dit Garner doucement.
Reid étouffa un sanglot. À ces mots, ses larmes ne firent qu'augmenter. Les mots de Garner étaient agonisants.
- J'ai dit : Ne pleure pas! Ordonna Garner plus agressivement alors qu'il essuya violemment les joues de Reid.
Reid essaya tant bien que mal de cesser de pleurer, mais ses yeux remplis d'eau n'étaient pas sous son contrôle. Garner se fit violent. Reid avait mal aux joues en plus de tous ses autres maux. Après un temps, les larmes cessèrent et Garner s'éloigna un peu de lui.
Garner observa Reid un moment avant de se rapprocher de lui. Il le détacha du lit et lui empoigna le bras pour le traîner au sol. Il le traîna à l'extérieur de la pièce pour l'amener dans une autre pièce. Une pièce que Reid n'avait encore jamais vue. Reid se laissa faire sans se débattre. La pièce était vide et il y avait du plastic qui recouvrait les murs et le plancher. Garner lâcha Reid et sortit de la pièce. Voyant l'opportunité, Reid essaya de se lever pour s'échapper. Mais à peine était-il sur ses pieds qu'il tomba à genou. Il n'avait pas la force de marcher alors il décida de se traîner jusqu'à la porte qui était grande ouverte. Au même moment où il franchissait le cadre de porte Garner revint. Ce dernier vit Reid et il l'empoigna à nouveau pour le ramener dans la pièce d'une main ferme. Reid vit qu'il tenait dans l'autre main un objet. Garner lâcha sa proie sur le sol de plastic. Reid étendu sur le dos vit que l'objet que Garner tenait était une sorte de corde qu'il déroula. Les yeux de Reid s'agrandirent lorsqu'il constata qu'il s'agissait en réalité d'un fouet. Garner se rapprocha de lui, fouet en main alors que Reid tentait désespérément de s'éloigner le plus possible en rampant sur le sol. Mais il n'avait nulle part où aller. Il était piégé. Il ne pouvait pas fuir. Il arrêta de ramper lorsqu'il rencontra le mur. Il fit face à son agresseur avec un regard terrifié. Garner avait un sourire démoniaque sur les lèvres. Il était désormais à une trentaine de centimètres de Reid. Il lui donna un coup de pied dans le ventre. Puis, il lui en donna plusieurs jusqu'à ce qu'il soit couché sur le ventre. Il se pencha vers Reid et sortit un couteau d'une de ses poches de pantalons. Il coupa le chandail de Reid avec le couteau et lui retira les morceaux du vêtement de son torse. Reid était couché sur le ventre qui lui faisait très mal et il anticipait ce qui allait venir. Il tremblait de peur et de douleur.
Garner plaça Reid de façon à ce qu'il soit à genou. Il se baissa et lui murmura à l'oreille : ''Ne bouges pas ou ça ne va être que plus douloureux pour toi''. Reid tremblait de plus en plus et il essaya de maintenir la position dans laquelle il était mais il n'était pas très fort. Quelques secondes plus tard, le premier coup fouetta le dos de Reid qui laissa échapper un faible gémissement de douleur. Les coups de fouet retentissaient sur le dos de Reid. Garner le fouetta sans merci. À un certain point, Reid qui n'en pouvait plus se mit à crier, à supplier, à pleurer.
Quant à Garner, il était en plein extase. Il aimait entendre Reid. C'était bien mieux que de voir Reid dans l'état qu'il était. Non, qu'il n'aimait pas voir les conséquences de ses tortures sur le jeune homme mais il préférait l'entendre le supplier. Il aimait avoir le contrôler.
Les minutes passèrent et Garner continua d'abattre le fouet sur le dos ensanglanté de son jeune prisonnier. Chaque coup de fouet déchirait la peau pâle et bleuit de Reid. Les cris se changèrent lentement en hurlement pour se terminer en silence. La douleur de Reid était tellement insupportable qu'il n'avait pu que crier et hurler son mal. Mais après un temps, il n'avait plus force pour crier en plus d'avoir la gorge tout aussi déchirée que son dos. La torture dura encore un moment, elle s'arrêta lorsque Garner s'aperçut que Reid ne bougeait plus. Spencer Reid était étendu de tout son long sur le plancher froid de la pièce. Il n'était plus depuis longtemps à genou. Garner lui donna un coup de pied auquel il ne répondit pas. Alors il le retourna sur le dos avec son pied. Reid avait les yeux fermés, inconscient. L'agresseur regarda le visage angélique de sa victime avant de quitter la pièce, laissant Reid, inconscient, sur le sol. Il verrouilla la porte derrière lui et monta à la salle de bain pour se laver de tout le sang de Reid qui s'était répandu sur lui.
Reid était inconscient sur le plancher revêtu de plastic de la petite chambre blanche. Pour une fois, son sommeil semblait presque paisible. Son visage était détendu malgré qu'il fût rouge de sang et bleuit par les ecchymoses. Quand il se réveillerait tout allait continuer, tout allait empirer.
