Chapitre 8
Hotch était assis sur la chaise devant son bureau. Il avait en main les lettres que Morgan et Prentiss avaient ramenées de l'appartement de Reid. Il les avait toutes lues à plus d'une reprise. Et il ne comprenait pas. Il ne comprenait pas son jeune subordonné. Reid aurait dû venir lui parler de ces lettres. Pourquoi avait-il agi ainsi? Pourquoi leur avait-il caché cette chose si importante? Avait-il cru que ces lettres n'avaient pas d'importances? Cette hypothèse était des plus improbable puisqu'il savait ce que ce type de personnalité était capable de faire. Dans ce cas, avait-il être capable de gérer la situation ou voulait-il simplement l'ignorer? Peu important toutes ces questions. Il était trop tard pour y songer comme le mal était déjà fait. Hotch se demandait, toutefois, comment il avait pu leur caché ce qu'il se passait, car rien dans son comportement des dernières semaines n'avait laissé paraître qu'il était en détresse. Il avait très bien caché ce qu'il se passait et ça le mettait en colère. Reid n'avait-il pas confiance en lui, après toutes ces années? Il lui avait pourtant montré à plusieurs reprises qu'il était là pour lui lorsqu'il en avait besoin. Il ne savait pas comment Reid fonctionnait et parfois, il aimerait bien le savoir.
Depuis que Morgan et Prentiss étaient revenus avec les lettres, Hotch était le seul à les avoir lues, à l'exception de ces deux-là. Hotch n'avait pas voulu que Rossi, JJ et Garcia les lisent immédiatement. Il avait voulu les lire une première fois seul pour pouvoir contrôler ses émotions lorsqu'il serait avec le reste de l'équipe. Éventuellement, il était inévitable que le reste de l'équipe les lise, car ils avaient eux aussi le droit de savoir ce qu'il se passait avec leur plus jeune agent. Par contre, ils auraient du mal à assimiler le contenu des lettres. Dieu sait comme ce fut difficile pour Hotch de les lire. Ce serait d'autant plus difficile pour JJ et Garcia, mais elles devaient savoir, car après tout elles faisaient elles aussi parties de l'équipe.
Hotch demanda à chaque membre de l'équipe de le rejoindre dans la salle-conférence pour leur divulguer le contenu des lettres. Une fois qu'ils furent tous arrivés, il les fit asseoir et commença à parler.
- Je ne vais pas y aller par quatre chemins. Comme vous le savez, Reid a été enlevé dans son appartement durant la fin de semaine donc ça fait plus ou moins trois jours qu'il a disparu. Nous ne savons pas quand exactement il a été enlevé, mais nous savons grâce aux lettres que Morgan et Prentiss ont trouvées dans l'appartement de Reid que son agresseur connaissait sa routine et ses habitudes. Il connaissait pratiquement ses moindres faits et gestes. Nous savons aussi que cet individu est obsédé par Reid, car à plusieurs reprises dans les lettres il identifie Reid comme étant sa propriété. De plus, la première lettre date de quelques mois. Donc, Reid savait qu'il y avait un individu qui l'épiait. Et il a décidé de se taire. Je vous laisse la liberté de lire le contenu de ces lettres si vous le désirez réellement.
Tous restèrent muets ne comprenant pas pourquoi Reid avait fait le choix de ne pas parler des lettres qu'il recevait. Tous l'auraient aidé s'il leur en avait parlé. Ils auraient tout fait pour l'aider et pour éviter que le problème ne s'aggrave. Lentement, ils commencèrent chacun à lire les lettres que Hotch avait déposées sur la table. Elles étaient toutes aussi terribles les unes des autres.
Spencer, Spencer, Spencer… Je te vois… ton corps, tes cheveux légèrement ondulés et doux, ta bouche rosée qui ne demande qu'à être mienne, ta peau douce et laiteuse qui ne demande qu'à être touchée. Depuis, le premier jour où je t'ai vu dans le petit café, je savais que tu m'étais destiné. Tu es mien, Spencer. Tu as tout fait pour capter mon attention. Tu m'as ensorcelé avec ta beauté et ta voix envoutante. Bientôt, Spencer. Bientôt, nous serons ensemble, ensemble pour l'éternité pour le meilleur et pour le pire. En attendant, je te vois…
Rossi avait mal au cœur de lire ces terribles lettres, mais il devait continuer. Il n'avait qu'une seule envie et c'était de vomir. Pour une des rares fois, son travail l'écœurait et il voulait que le cauchemar s'arrête une bonne fois pour toute. Il voulait entendre le génie parler de statistiques sur tout et n'importe quoi. Il reporta son attention sur les lettres.
Tu m'ignores peut-être, mais je suis tout de même là. Je te vois. Je t'observe. Je te suis. Je suis partout où tu vas, que ce soit au café du coin de la rue ou celui sur le grand boulevard. Je suis partout où tu es. Tu fais comme je ne suis pas là. Mais toujours je suis là. Ne m'ignore plus, Spencer. Ne m'ignore plus où tu connaîtras ma colère. Bientôt, Spencer, nous serons réunis à jamais.
Garcia et JJ n'en pouvaient plus de les lire. C'était trop difficile. Reid n'avait rien dit à propos de ces lettres troublantes et menaçantes. Comment avait-il pu le leur cacher? Quelle imprudence de sa part. Elles s'arrêtèrent de lire. Elles essayèrent de se contenir et de ne pas pleurer.
Je t'ai dit de plus m'ignorer, Spencer! Tu le regretteras, Spencer. Que tu le regretteras lorsque tu seras à moi. Ce jour se rapproche de plus en plus. Comme j'ai hâte de pouvoir te toucher après pensée tant de temps à te regarder. J'ai hâte de toucher ta peau douce… de mettre mes doigts dans tes cheveux… de toucher tes lèvres… bientôt tu seras complètement mien, Spencer.
Comment Reid avait-il pu ignorer le problème? se demanda Rossi. Pour un génie, ces décisions laissaient à désirer. Peut-être avait-il cru à une mauvaise plaisanterie ou peut-être avait-on menacé de lui faire du mal ou de faire du mal à un proche s'il parlait. Pour être les meilleurs profileurs, Rossi se sentait assez médiocre de n'avoir rien vu dans le comportement de Reid qui sortait de l'ordinaire. Peut-être était-ce dû au fait que Reid était un être particulier et complexe. Tout de même, il n'avait rien vu. Ni lui, ni Hotch, ni Prentiss et ni Morgan n'avaient rien vu, ce qui montrait que Reid était nettement meilleur qu'il ne paraissait. Lorsqu'il le voulait vraiment, Reid pouvait leur cacher les pires choses alors que d'autres fois on pouvait deviner que quelque chose n'allait pas. La seule conclusion que Rossi pu faire était que Reid n'était pas un génie pour rien.
J'arrive, Spencer… je t'attends… je suis là… je t'amène avec moi pour toujours et tu ne sauras m'échapper. Dis au revoir, Spencer, à ceux qui t'ont éloigné de moi, car jamais plus tu ne les verras. Tu pars avec moi. À toute suite, Spencer.
Cette lettre avait été la dernière. Rossi pouvait le deviner puisque c'était la seule qui n'avait pas été envoyée par La Poste. La personne qui l'avait écrite devait l'avoir lui-même laisser dans l'appartement de Reid peu de temps avant qu'il n'enlève ce dernier. Grâce aux lettres, ils pouvaient conclure que l'UNSUB avait longuement épié Reid. Il l'avait observé à un tel point qu'il savait exactement ce qu'il faisait à chaque moment de la journée ou presque. De plus, tout laissait croire que cet être était vraiment obsédé par Reid. Il avait un désir malsain. Rossi savait qu'il ne restait peu d'éléments à découvrir avant qu'ils ne puissent trouver Reid et son bourreau. Ils savaient que Reid avait été épié durant plusieurs semaines avant que l'UNSUB ne passe à l'acte. Puis, les lettres laissaient croire que l'UNSUB avait été attiré vers Reid en raison de son apparence physique qui devait lui rappeler celle d'une personne qui l'avait laissé antérieurement. Donc, l'UNSUB devait avoir plus ou moins le même âge que Reid, tout au plus trente ans. Ils savaient également que l'homme ayant enlevé Reid avait besoin de se sentir en contrôle des choses ainsi que d'avoir le pouvoir sur sa victime, soit leur jeune génie. Maintenant, il fallait découvrir qui était cet homme. Où travaillait-il? Quel était l'élément qui avait déclenché le comportement de l'UNSUB? Où habitait-il? Voilà des questions qui restaient pour le moment sans réponse. Rossi ainsi que les autres savaient qu'ils n'avaient plus beaucoup de temps pour trouver Reid, car les statistiques ne jouaient pas en leur faveur. Ils devaient faire vite sinon leur ami pourrait dire adieu à la vie.
L'homme était assis dans le coin de pièce les jambes remontées contre son torse. Il se berçait inconsciemment, les yeux fermés. Ses lèvres remuaient, mais aucun son ne sortait de sa bouche. Il était sale et était couvert de sang. Il semblait à peine vivant en raison des nombreuses blessures qui se trouvaient sur son corps et de la pâleur de sa peau. La couleur du sang qui était d'un rouge vif contrastait avec la blancheur de sa peau. Il souffrait silencieusement depuis des heures. Rien ne pouvait endormir sa douleur, à l'exception de ce qu'il redoutait plus que tout : la mort. Cette option, qu'était la mort, semblait presque invitante. Il ne croyait plus en rien, tout espoir l'avait quitté quelque temps auparavant. Son bourreau avait fait en sorte qu'il n'y ait que deux choix : la mort et se livrer corps et âme dans les bras de celui qui le torturait depuis de nombreux jours. Le meilleur choix lui paraissait presque évident, assis sur le sol froid de la pièce. L'homme arrêta de se bercer et ouvrit ses grands yeux bruns. Son choix était fait.
Hotch ne sachant plus quoi faire pour tenter de retrouver leur jeune génie demanda à JJ de donner une conférence de presse. Elle montra une photo de Reid et donna le profil que l'équipe avait finalement établi quelques minutes plus tôt. Elle demanda à la population de les contacter s'ils avaient vu l'agent Spencer Reid ou s'ils connaissaient une personne qui correspondait à la description qu'elle fit. Cette conférence était pratiquement le dernier espoir qu'ils avaient de retrouver Reid, car tout le reste ne semblait rien donner. Mais ils devaient tout de même garder espoir qu'ils le trouveraient en vie. Ils continueraient de le rechercher même s'ils devaient y passer des mois et même s'ils le trouvaient mort. Ils devaient continuer, car aucun d'eux n'aurait l'esprit tranquille tant que Reid manquait à l'appel. Pendant que JJ tenait la conférence de presse, Morgan et Prentiss faisaient le tour des endroits que Reid fréquentait pour demander aux gens s'ils avaient un homme aborder leur génie. Garcia essayait de restreinte les suspects potentiels alors que Rossi discutait avec la police locale. Hotch écoutait JJ parler sans vraiment porter attention à ce qu'elle disait durant la conférence. Il était trop préoccupé. Il se sentait si impuissant, comme jamais il ne l'avait été. Il détestait se sentir ainsi, comme si le sort de Reid reposait entre ses mains. Il sentait que peu importe, ce qu'il choisissait de faire allait causer la mort de leur collègue. Il ne laissait paraître aucune émotion, mais au fond lui-même il voudrait crier pour faire sortir tout ce qu'il cachait à l'intérieur. Il voulait exploser, comme jamais il ne l'avait fait. Et il voulait pleurer, mais il ne pouvait pas. Hotch ne pouvait pas pleurer, car il avait oublié comment faire.
La conférence terminée, les membres de l'équipe se retrouvèrent au BAU pour faire le point de ce qu'ils avaient chacun trouvé. Puis, un agent de sécurité demanda à parler à Hotch. Rossi, JJ, Prentiss et Morgan se questionnèrent du regard et observèrent leur boss discuté un peu plus loin avec l'agent de sécurité. L'expression de Hotch était dur, mais alors que l'agent parlait le visage de Hotch se détendit et l'étonnement apparu. Le reste de l'équipe regardaient l'échange en silence ne comprenant pas ce qui se déroulait quelques mètres plus loin. Ils attendaient impatiemment que Hotch revienne pour leur dire ce qui se passait. Après un certain temps, l'agent de sécurité se retira et Hotch retourna auprès de son équipe avec une expression très neutre qui ne laissait paraître aucune émotion quelque qu'elle soit.
- On a peut-être notre UNSUB, leur dit Hotch avec espoir.
