Koyo Toya s'assit au bord du lit et s'abîma dans la contemplation de son amant. Il ne put résister à l'envie de caresser son beau visage. Le contact réveilla Sai, qui ouvrit lentement les yeux. À la vue de l'ex-Meijin, il sourit et prit sa main dans la sienne.
- Vous partez déjà ?
- Oui, j'ai dit à Akira que j'irais au club de go avec lui aujourd'hui. Mais je reviendrai. À vrai dire, j'ai beaucoup réfléchi et je songe très sérieusement à demander le divorce.
- Vraiment ? Vous feriez ça pour moi ?
- Oui. Je sais qu'Akiko en souffrira mais je n'ai pas le choix.
À ces mots, le visage de Sai s'assombrit.
- Non, ne faites pas ça. Je ne désire pas briser votre famille. Il n'y a pas que votre épouse qui en serait affectée, votre fils aussi.
- Mais je t'aime et je ne veux plus jamais être séparé de toi.
- Dans ce cas, continuons à nous voir clandestinement. Vous n'avez pas besoin de divorcer.
- Je suppose que tu as raison. C'est la meilleure chose à faire, soupira Koyo avec résignation. Il faut que je parte.
- Je viendrai chez vous ce soir.
- D'accord, mais nous ne pourrons pas dormir ensemble.
- Ce n'est rien. C'est une bonne façon de prévenir tout soupçon.
- Oui, c'est vrai. Mais je doute que mon épouse ait le moindre soupçon.
- C'est certain, répliqua Sai en riant.
- Bien, à ce soir alors. Et je t'en prie, tutoie-moi.
- D'accord, répondit le bishonen en l'étreignant. À ce soir.
Akiko entendit la porte d'entrée se refermer.
- C'est toi, chéri ?
- Oui, répondit Koyo d'une voix lasse.
- Comment va Fujiwara-san ? Vous avez encore passé la soirée à jouer au go ?
- Il va bien. Où est Akira ?
- Dans sa chambre. Il dort encore. Shindo-kun est là aussi.
- Je vais les réveiller, déclara l'ex-Meijin.
Il ouvrit la porte de la chambre où les deux garçons dormaient paisiblement et resta muet de stupeur. Shindo et son fils étaient enlacés, et nus par-dessus le marché ! Un dégoût profond l'envahit. Il sentit une terrible colère le submerger. Comment ce gamin avait-il osé débaucher son fils ? Pour qui se prenait-il ?
- Kuso gaki ! gronda-t-il, hors de lui.
Il se dirigea vers le lit. Au même moment, Akira ouvrit les yeux.
- Père...
Il se redressa d'un bond, rouge de honte.
- Hikaru, réveille-toi, murmura-t-il en secouant le jeune homme.
- Qu'est-ce qui se passe ? marmonna Hikaru en ouvrant les yeux.
Soudain, il aperçut la silhouette de l'ex-Meijin.
- Toya-sama... Je... je..., bafouilla-t-il en remontant la couverture sur lui.
- Sors d'ici immédiatement ! s'exclama Koyo Toya, furieux. Quant à toi, Akira, j'ai à te parler.
Sur ces mots, il quitta la pièce d'un pas vif. Les deux garçons se regardèrent, paniqués.
- Qu'est-ce qu'on va faire ? s'écria Akira en se prenant la tête dans les mains.
- Calme-toi, Akira, répliqua Hikaru d'une voix tremblante. Pour le moment, va voir ton père et dis-lui la vérité. Moi, il vaut mieux que je parte.
- D'accord.
Ils se levèrent et s'habillèrent en quatrième vitesse. Tandis qu'Hikaru quittait discrètement la demeure des Toya, Akira rejoignit son père qui l'attendait, assis devant son goban. Il s'installa en face de lui en silence.
- Depuis combien de temps cela dure-t-il ? demanda calmement l'ex-Meijin.
- Trois mois, murmura Akira en baissant la tête.
- Regarde-moi ! tonna l'auteur de ses jours. Depuis combien de temps ?
- Trois mois, répondit le jeune homme en faisant un effort surhumain pour regarder son père dans les yeux.
- Trois mois... Tu m'as menti pendant trois mois.
- Père, sauf votre respect, cela ne regarde que moi. Je ne suis plus un enfant et j'ai le droit d'avoir une vie privée, répliqua Akira en soutenant son regard avec détermination.
- Tu n'es plus un enfant, soit. Mais cela ne te donne pas le droit de faire tout et n'importe quoi ! Comment peux-tu le laisser te débaucher de la sorte ? Ce n'est pas ainsi que je t'ai éduqué !
Akira sentit une irrépressible colère monter en lui.
- Cela n'a rien à voir avec l'éducation ! explosa-t-il en se levant brusquement. Et je ne le laisse pas me débaucher, ce n'est pas de la débauche ! J'ai des sentiments pour lui, père, et vous n'y pouvez rien.
- Je me fiche de cela ! Je t'interdis de le revoir, tu m'entends ?
- Dans ce cas, père, je vous désobéirai, rétorqua Akira dans un élan de rébellion.
Sur ces mots, il sortit de la maison pour se réfugier au club de go.
Koyo Toya n'en revenait pas. Jamais son fils ne lui avait parlé de la sorte auparavant. Aimait-il Shindo à ce point ? Il regrettait de s'être autant emporté. Que devait-il faire ? Demander pardon à son fils ?
- Que se passe-t-il ? J'ai entendu des éclats de voix.
Koyo leva la tête. Akiko se tenait là, devant lui, une expression inquiète sur le visage.
- Il se passe qu'Akira et Shindo sortent ensemble depuis trois mois et que je n'en savais rien. Je les ai surpris.
- Tu me rassures ! Je m'attendais à quelque chose de plus grave.
- Tu n'es pas choquée ? demanda Koyo, surpris par la réaction de son épouse.
- Choquée ? Non, étonnée disons. Tant qu'Akira est heureux, tout va bien. Je n'en demande pas plus, répondit-elle en retournant à la cuisine.
Koyo était stupéfait.
- J'espère que tu ne l'as pas trop sermonné, cria-t-elle en s'éloignant. Il est grand maintenant, laisse-le vivre sa vie comme il l'entend !
L'ex-Meijin soupira d'un air résigné. Où Akira avait-il bien pu aller ? Au club de go ? Oui, c'était plus que probable. C'est là qu'il devait se rendre en premier. Si Akira ne s'y trouvait pas, il était sûrement chez Shindo.
Akira attendit quelques instants avant d'entrer dans le club de son père. Il avait peine à contenir ses larmes. Il prit son courage à deux mains et entra. Mlle Ichikawa l'accueillit avec son enthousiasme habituel. Le jeune homme se força à sourire malgré sa détresse intérieure.
- Bienvenue jeune maître ! s'écria Kitajima en lui faisant signe.
- Bonjour, Kitajima-san, Hirose-san, répondit poliment Akira en s'installant, comme à son habitude, au fond de la salle.
- Bonjour, Toya-san, le salua Hirose.
- Tu n'étais pas censé venir avec ton père aujourd'hui ? demanda Mlle Ichikawa.
- Si, mais il a un empêchement, mentit Akira.
- Dommage... Ah, un client !
- Puis-je vous demander une partie pédagogique, jeune maître ?
- Bien sûr, Hirose-san, répondit Akira à contrecœur.
- Arigato !
Hirose prit place en face du jeune homme et posa la première pierre.
La partie avait à peine débuté que Koyo Toya fit son apparition.
- Toya-sama, quelle surprise ! Vous avez pu venir finalement.
- Bonjour, Ichikawa-san, répondit l'ex-Meijin.
Sans ajouter un seul mot, il se dirigea vers la table du fond.
- Akira, viens avec moi. Excusez-moi, Hirose-san, ce ne sera pas long.
- Je vous en prie, Toya-sama, inutile de vous excuser !
Akira se leva et suivit son père à l'extérieur. Kitajima et Hirose se regardèrent d'un air étonné.
- J'ai eu tort de m'emporter ainsi, admit Koyo. J'étais sous le choc. Qu'est-ce qui se passe exactement entre vous deux ? Est-ce que vous éprouvez des sentiments l'un pour l'autre ?
- Oui, père, je l'aime et je pense que c'est réciproque. Nous ne faisons rien de mal.
- Je vois. Eh bien, si tu es heureux, je suppose que je peux faire un effort pour accepter la situation.
- Merci, père. Au fait, il y a une chose dont je voudrais vous parler. C'est à propos de Sai.
L'évocation de son amant fit tressaillir l'ex-Meijin.
- À propos de Sai ? répéta-t-il, intrigué.
- Oui. C'est Hikaru qui me l'a révélé, à la condition que cela reste entre nous trois.
Akira raconta toute l'histoire à son père. Ce dernier l'écouta jusqu'au bout sans l'interrompre. Il était stupéfait.
- Tu es sûr, Akira ?
- Oui, c'est Hikaru qui me l'a dit. Ça explique tout, n'est-ce pas père ?
- Je comprends mieux pourquoi il ne pouvait jouer que sur internet. Néanmoins, j'ai du mal à y croire... Cela fait longtemps que je ne crois plus aux fantômes.
- Alors, demandez-lui directement, père, suggéra Akira.
- Tu as raison. Je vais le voir immédiatement, décréta Koyo. Tu peux retourner à ta partie pédagogique, Akira. Je suis sûr qu'Hirose-san t'attend.
- Oui, père. Bonne chance avec Fujiwara-san.
Le père et le fils se séparèrent et allèrent chacun leur chemin.
- Est-ce que tout va bien ? demanda Mlle Ichikawa lorsqu'Akira fut de retour.
- Oui, ne vous inquiétez pas, Ichikawa-san, répondit le jeune homme en souriant. Nous pouvons reprendre notre partie, Hirose-san. Mon père a des choses à faire, il ne pouvait pas rester.
Koyo Toya, quant à lui, se rendit comme prévu chez Sai. Ce ne fut pas le bishonen qui ouvrit la porte mais Hikaru.
- Toya-sama !
- Shindo-kun, est-ce que Fujiwara-san est là ?
- Oui... Entrez, je vous en prie... Sai !
- Qu'est-ce qui se passe ? demanda le bishonen, étonné.
- Toya-sama veut te voir.
- Toya-sama..., balbutia Sai en apercevant l'ex-Meijin.
- Puis-je vous parler ?
- Bien sûr, suivez-moi.
Sai emmena Koyo dans sa chambre, sous le regard intrigué d'Hikaru. Lorsqu'ils furent enfin seuls, l'ex-Meijin expliqua au bishonen la raison de sa visite. Sai confirma les dires d'Akira.
- Ainsi, tout est vrai, conclut Koyo d'un air songeur.
- Oui, affirma Sai. Je sais que c'est difficile à croire mais c'est la vérité.
- Je suppose que je n'ai pas d'autre choix que de te croire.
Sai sourit.
- J'en ai bien peur. Maintenant que tu es là, jouons une partie.
- Très bien, répondit l'ex-Meijin en lui rendant son sourire. Mais avant cela, il faut que je parle à Shindo.
- À Hikaru ? Pourquoi ? demanda Sai, étonné.
- Eh bien, figure-toi que je l'ai surpris avec mon fils, si tu vois ce que je veux dire...
Sai blêmit.
- Ah... Tu es au courant de leur relation alors...
- Quoi ? Tu étais au courant ?
- Oui... Ça fait trois mois que je le sais. Hikaru m'a tout dit.
- Et tu ne m'as rien dit ?
- Je... je ne pouvais pas te le dire... Hikaru ne voulait pas que les autres le sachent..., balbutia Sai d'un air gêné.
Ils sortirent tous deux de la chambre. Ce fut Sai qui interpella Hikaru le premier.
- Pourquoi ne m'as-tu rien dit quand tu es rentré ?
Hikaru baissa la tête sans répondre, puis se tourna vers Koyo Toya.
- Je suis vraiment désolé, Toya-sama. Je vous promets que ça n'arrivera plus. S'il-vous-plait, n'en tenez pas rigueur à votre fils.
- Rassure-toi, j'ai déjà parlé avec Akira, Shindo-kun. Il m'a bien fait comprendre que je n'avais pas à me mêler de votre relation et après réflexion, je pense qu'il a raison. Apparemment, il a des sentiments très forts pour toi.
Hikaru écarquilla les yeux de surprise. Embarrassé, il rougit jusqu'aux oreilles. Son silence gêné incita Koyo Toya à se retirer. Une fois seul avec Sai, Hikaru lui raconta ce qui s'était passé.
- Au moins, vous n'avez plus à vous cacher désormais, répliqua le bishonen. C'est plutôt positif, non ?
- Je suppose..., répondit sans conviction le jeune homme. Mais je ne voulais pas qu'il découvre notre relation de cette manière !
- Cela va sans dire, se moqua Sai. N'y pense plus, viens plutôt jouer une partie !
- Isumi ! Ouvre, c'est Waya !
- Va-t-en, je ne veux voir personne !
- Mais qu'est-ce qu'il a, ça fait deux semaines que je n'ai plus de nouvelles..., marmonna Waya en tambourinant sur la porte.
La rupture avec Ogata avait plus affecté le jeune homme qu'il ne l'aurait cru. Il ne parvenait pas à s'en remettre. Le Honinbo lui manquait terriblement.
Derrière la porte, Waya commençait à s'impatienter.
- Isumi ! Je ne partirai pas tant que tu ne m'auras pas ouvert !
La détermination de Waya eut raison de l'obstination d'Isumi, qui lui ouvrit la porte.
- Enfin ! Je m'inquiète pour toi, tu sais ! Qu'est-ce qui ne va pas ?
Isumi ne répondit pas. Comment pouvait-il lui avouer qu'il avait entretenu une relation avec Ogata ? Étonné par son silence, Waya insista. Isumi prit son courage à deux mains et lui révéla ce qui s'était passé entre Ogata et lui. Waya l'écouta sans l'interrompre. Lorsqu'Isumi se tut, le silence retomba comme une chape de plomb. Puis, Waya brisa la glace.
- Je vois. C'est ça que tu entendais par « cours particuliers »...
Isumi rougit. Il avait tellement honte qu'il aurait voulu disparaître sous terre.
- Pardonne-moi de t'avoir menti, prononça-t-il avec difficulté.
- Il n'y a rien à pardonner, je comprends que tu ne m'aies rien dit, rétorqua Waya. Mais c'est toi qui as rompu ?
- Oui, mais c'était une erreur, admit Isumi d'un air triste.
- Non, tu as bien fait. Il s'est servi de toi pour son plaisir personnel. C'est une ordure !
- Peut-être mais je l'aime.
Devant le désarroi de son ami, Waya se sentait impuissant. Il enrageait de ne rien pouvoir faire pour le consoler.
- Je vais préparer du thé, ça te fera du bien, déclara-t-il.
- Merci, répondit Isumi en souriant faiblement.
Quelques instants plus tard, Waya déposa une tasse en porcelaine fumante devant son ami. En voyant le cadeau de son ex-amant, les yeux d'Isumi se remplirent de larmes. Il ne voulait pas pleurer devant Waya mais fut incapable de se retenir. Le jeune homme le prit dans ses bras sans dire un mot jusqu'à ce qu'il fût calmé.
- Tu devrais l'appeler.
- Tu... tu crois ? balbutia Isumi.
- Oui, répliqua fermement Waya.
- Mais j'ai rompu avec lui pour une raison bien précise.
- Je sais mais je ne supporte pas de te voir souffrir ainsi. Appelle-le maintenant.
Résigné, Isumi saisit le téléphone.
- Je reviendrai demain. Ne te laisse pas marcher sur les pieds, d'accord ?
- D'accord, répondit Isumi en souriant. Merci pour tout, Waya. Tu es un ami formidable !
Incapable de se concentrer sur la partie en cours, Ogata éteignit son ordinateur et s'affala dans le canapé. Il ne parvenait pas à chasser Isumi de son esprit. C'était la première fois qu'il éprouvait des sentiments aussi forts envers quelqu'un et cela blessait son orgueil. Il aurait dû rompre beaucoup plus tôt pour ne pas avoir le temps de s'attacher à ce gamin.
Lorsque le téléphone sonna, il sursauta.
- Moshi moshi, dit-il en décrochant.
- Ogata-sama ? C'est Isumi.
- Comment vas-tu, Shinichiro ? demanda Ogata d'un ton aussi nonchalant que possible pour cacher son émotion.
- Bien, mentit le jeune homme. Puis-je passer vous voir ?
- Bien sûr. Que veux-tu ?
- Une partie pédagogique.
- D'accord. Je t'attends.
Le Honinbo raccrocha. Il se doutait qu'il s'agissait d'un prétexte mais mourait d'envie de revoir le jeune homme.
Isumi ne tarda pas à arriver. Lorsqu'Ogata ouvrit la porte, le jeune homme dut résister à la tentation de le serrer dans ses bras.
- Sois le bienvenu, Shinichiro, déclara le Honinbo en chassant toute expression sur son visage pour cacher son trouble. Ça ne te dérange pas que je continue à t'appeler par ton prénom ?
- Pas du tout, répondit Isumi en rougissant.
- Assieds-toi, je vais préparer du thé.
Pendant que l'eau chauffait, Ogata réfléchissait. Il ne voulait rien dévoiler de ses sentiments mais ne pouvait s'empêcher de se demander si leur rupture n'avait pas été une erreur. De son côté, Isumi songeait à s'enfuir. Il sentait son courage fondre comme neige au soleil. Il était sur le point de partir lorsqu'Ogata revint avec le thé.
- Où vas-tu ? interrogea le Honinbo, surpris.
- Ano... Nulle part, je voulais seulement aller aux toilettes, mentit Isumi, honteux de sa lâcheté.
- Ah, dans ce cas, je ne te retiens pas ! plaisanta Ogata.
- Arigato, murmura Isumi en se dirigeant vers les WC.
À son retour, Ogata avait installé le goban et les pierres.
- Tu es venu pour une partie pédagogique, non ?
Isumi acquiesça.
- Alors, commençons ! Installe-toi, Shinichiro. Bien sûr, je te laisse les pierres noires.
Le jeune homme s'assit en face de lui et posa la première pierre.
Hikaru, Akira et Yashiro avaient tous les trois été qualifiés d'office pour la deuxième coupe Hokuto. À peine arrivés à l'hôtel, ils tombèrent sur l'équipe coréenne. Devant le sourire arrogant de Yeong-Ha Ko, Hikaru se sentit bouillir de rage.
- Salut les trois losers ! dit Yeong-Ha en coréen.
- Qu'est-ce que t'as dit ? répliqua Hikaru d'une voix agressive.
- J'ai dit que vous étiez tous des losers, répéta le coréen, en japonais cette fois.
Les trois nippons se regardèrent d'un air surpris.
- Tu as appris le japonais ? demanda Akira.
- Oui, répondit l'intéressé.
- Kisama ! éclata Hikaru. Urusei !
Il se jeta sur lui sans réfléchir et lui asséna un coup de poing d'une telle force que Yeong-Ha se mit à saigner du nez.
- Qu'est-ce que tu m'as fait, connard ! hurla-t-il en coréen.
- Yamero, Hikaru ! cria Akira en se précipitant pour les séparer.
Les chefs d'équipe accoururent pour calmer le jeu. Tandis que Kurata sermonnait Hikaru, Tae-Son An emmena Yeong-Ha pour le soigner.
- Va t'excuser, Shindo ! ordonna Kurata.
- Je refuse ! rétorqua Hikaru en s'enfuyant.
- Toya, va lui parler ! Raisonne-le ! Yashiro, va t'excuser pour lui !
- Quoi ? Pourquoi moi ? s'offusqua Yashiro en faisant la moue.
- Il faut bien que quelqu'un le fasse ! Moi, je ne peux pas me permettre de perdre la face devant Tae-Son An ! Allez, vas-y, dépêche-toi !
Yashiro s'exécuta à contrecœur. Quel idiot, ce Shindo ! À cause de lui, il devait s'abaisser à s'excuser auprès de cet enfoiré de Yeong-Ha Ko !
- Ttaku ! marmonna-t-il, furieux.
Il frappa à la porte de sa chambre.
- Qui c'est ? demanda Yeong-Ha en coréen.
Yashiro entra.
- Qu'est-ce que tu veux, connard ? lança le coréen en japonais.
Yashiro se retint de lui casser le nez pour de bon.
- Kurata-san m'envoie te présenter des excuses de la part de Shindo, marmonna-t-il sans conviction.
- Je m'en fous, casse-toi ! Il n'a qu'à venir lui-même ! Dis-lui que je vais lui infliger une défaite dont il se souviendra toute sa vie ! Je n'aurai aucune pitié !
- Calme-toi, sinon tu vas recommencer à saigner, intervint Su-Yong Hon, qui, sans comprendre le japonais, avait quand même deviné les propos de son ami.
- Bon, je m'en vais, répliqua Yashiro en sortant de la chambre.
- C'est ça, casse-toi, murmura Yeong-Ha d'un ton mécontent.
- Pourquoi es-tu aussi agressif envers lui ? Il ne t'a rien fait, lui fit remarquer Su-Yong.
- Je sais... Je me suis un peu emporté...
- C'est déjà bien que tu le reconnaisses, soupira Su-Yong.
De son côté, Akira avait retrouvé Hikaru et tentait de le raisonner.
- Tu te rends compte de ce que tu as fait ? Tu ferais mieux d'aller t'excuser.
- Non ! C'est à lui de s'excuser de nous avoir insultés !
- Ne sois pas têtu, Hikaru ! Tu aurais dû l'ignorer au lieu de rentrer dans son jeu !
Hikaru haussa les épaules. Il aperçut Yashiro et lui fit signe. Celui-ci se dirigea vers eux de son air maussade habituel.
- Je me suis fait insulter à ta place, Shindo.
- Pourquoi ? interrogea Hikaru, surpris.
Kurata-san m'a envoyé présenter des excuses à Yeong-Ha Ko pour toi.
- Désolé pour toi, Yashiro.
- Mouais. Ah, et j'ai un message de sa part pour toi.
- Lequel ?
- Il dit qu'il va t'infliger une défaite dont tu te souviendras toute ta vie et qu'il n'aura aucune pitié.
- Pfff... S'il croit que j'ai peur de lui, il se trompe ! Je vais lui dire ce que j'en pense, conduis-moi où il est, Yashiro !
- Ttaku ! T'es chiant, Shindo !
Yashiro s'exécuta de mauvaise grâce.
- Arrête, Hikaru, ne fais pas ça ! s'écria Akira, pris de panique.
- Laisse-moi tranquille, Akira ! Ne t'en mêle pas !
Résigné, Akira retourna dans le hall de l'hôtel pour récupérer la clé de sa chambre.
Hikaru entra sans frapper dans la chambre de Yeong-Ha.
- Pour ton information, c'est moi qui vais t'infliger une défaite cuisante ! Tu verras alors qui est le loser de nous deux !
- Tu te crois vraiment capable de me battre, espèce de minable ? rétorqua Yeong-Ha avec une agressivité non dissimulée.
- Et comment ! Prépare-toi à pleurer ! Tu te crois peut-être supérieur à Shusaku Honinbo mais tu ne tiendrais pas deux minutes face à lui ! C'est toi le minable car tu ne sais pas reconnaître le vrai talent, celui d'un génie !
- Un génie ? Laisse-moi rire ! Shusaku Honinbo est complètement dépassé ! S'il revenait, je le battrais sans problème !
- C'est ce qu'on verra ! répliqua Hikaru en sortant de la chambre, très énervé par la prétention insupportable de son adversaire.
Il retourna dans le hall et demanda la clé de sa chambre à l'accueil. Yashiro fit de même.
- Tu es vraiment obsédé par Shusaku Honinbo, Shindo ! lui lança-t-il.
Hikaru ne répondit pas. Il venait d'apercevoir Sai et se dirigea vers lui à grands pas. Le bishonen était en compagnie de Toya Meijin.
- Hikaru ! Justement je te cherchais. Je suis venu voir tes matchs contre la Chine et la Corée.
- Sai, je te présente Yashiro, le troisième de l'équipe.
- Enchanté, Yashiro-kun, le salua Sai.
- Hajimemashite, répondit Yashiro.
- Sai est un professionnel de go, comme nous, expliqua Hikaru. Il n'est que shodan mais il a un niveau extrêmement élevé, le niveau d'un Honinbo.
- D'un Honinbo ? répéta Yashiro avec surprise.
- C'est exact, renchérit Koyo Toya. Il ne cesse de me battre.
Yashiro les regarda d'un air ahuri. Il n'en revenait pas. Comment un simple shodan pouvait-il être plus fort que Toya Meijin ?
- Où étais-tu, Hikaru ? demanda Sai.
- Je réglais mes comptes avec Yeong-Ha Ko.
Il lui expliqua ce qui s'était passé.
- Oh, je vois, Yeong-Ha Ko est celui qui a dit du mal de Torajiro lors de la première coupe Hokuto, se souvint Sai. En tout cas, c'est ce que tu m'as dit.
- Oui, c'est exact, confirma Hikaru. Cet enfoiré ne perd rien pour attendre, tu vas l'écraser !
- Mais c'est toi qui es censé te battre contre lui, Hikaru.
- Je sais. Mais après la coupe, vous pourrez disputer une partie. J'ai hâte de le voir pleurer d'impuissance ! Et puis, tu pourras venger Shusaku.
- Oui, c'est vrai. Je suppose qu'il mérite une leçon.
À ce moment, Kurata et Akira vinrent les trouver pour les prévenir que le tirage au sort allait commencer.
Comme lors de la première coupe Hokuto, le Japon affronta d'abord la Chine. Le capitaine de l'équipe chinoise était une nouvelle fois Yang Hai.
- On fait comme la dernière fois, Shindo : tu ne seras capitaine que contre la Corée, déclara Kutata avant le début des matchs.
Koyo Toya et Sai rejoignirent les capitaines dans la salle équipée d'une télévision. Tous suivaient les trois parties avec un intérêt soutenu. Si la victoire d'Akira ne surprit personne, celle d'Hikaru en étonna plus d'un. Ses progrès fulgurants n'échappèrent pas aux professionnels.
- Il mérite vraiment d'être capitaine, n'est-ce pas Kurata-san ? dit Koyo Toya.
- Oui, je ne regrette pas ma décision, répondit Kurata.
De son côté, Yashiro avait mené une courageuse bataille contre son adversaire chinois mais cette bataille s'était quand même soldée par une défaite : il avait perdu d'un point et demi.
Kurata, Yang Hai, Toya Meijin et Sai allèrent féliciter les joueurs.
- Bravo, Shindo, tu as bien mérité la victoire, c'était une partie magnifique, le complimenta Yang Hai.
- Merci, Yang Hai !
- Tu as fait d'énormes progrès, Hikaru, je suis fier de toi, renchérit Sai.
- Merci, Sai, ça me touche beaucoup.
Même Akira se déclara impressionné par les progrès du jeune homme.
- Le Japon est en train de dépasser la Chine, on dirait.
- Ogata-kun ! Que fais-tu là ? demanda Koyo Toya.
- Je suis venu voir les matchs, bien sûr, Sensei. Félicitations pour ta victoire, Shindo.
- Merci, Ogata-sama.
Tae-Son An, qui jusque-là n'avait pas dit un mot, félicita, lui aussi, le jeune homme. Hikaru lui demanda si Yeong-Ha Ko avait assisté à sa victoire. Le coréen répondit qu'il était remonté dans sa chambre après le tirage au sort.
- Au fait, Yashiro, est-ce que tu lui as présenté des excuses pour Shindo comme je te l'ai demandé ? interrogea Kurata.
- Oui, c'est fait, grommela l'intéressé. Je me suis fait copieusement insulter d'ailleurs.
- Je veux que tu retournes le voir et que tu lui annonces la victoire du Japon contre la Chine. Je pense que ça le calmera.
Yashiro s'éloigna en râlant. Pourquoi était-ce toujours à lui d'exécuter les tâches ingrates ? Arrivé devant la chambre de Yeong-Ha Ko, il frappa à la porte et entra. Le coréen dormait paisiblement. Yashiro s'approcha avec l'intention de le réveiller mais au dernier moment, il renonça. Il s'assit sur le bord du lit et examina le dormeur. Cet enfoiré n'était pas désagréable à regarder. Il était même plutôt séduisant !
- Mais qu'est-ce qui me prend de penser des choses pareilles !
Il se rendit compte trop tard qu'il avait pensé tout haut : Yeong-Ha Ko s'était réveillé.
- Qu'est-ce que tu fais là ? Sors d'ici, onore !
- Calme-toi, je suis juste venu te dire que le Japon a gagné contre la Chine.
- Quoi ? Ce n'est pas possible ! Vous avez gagné tous les trois ?
- Non, juste Toya et Shindo. Moi j'ai perdu.
- Shindo a gagné ? C'est une blague ?
- Non, c'est la vérité. Je pense qu'il n'aura pas de mal à te battre.
- Damare ! Si tu crois que je vais me laisser battre par ce connard, tu te trompes ! Seul Toya est de taille contre moi.
- Je m'en fous, pense ce que tu veux. Ça va être ton tour contre la Chine, tu ferais bien de descendre.
Sur ces mots, Yashiro sortit de la chambre et alla rejoindre les autres. Resté seul, Yeong-Ha se prépara, puis descendit. L'équipe japonaise recevait visiblement les félicitations qui lui revenaient de droit. Il s'approcha et vit que Yashiro n'était pas là. Il le chercha du regard, en vain. Sans qu'il puisse se l'expliquer, le jeune homme l'intriguait.
- Pfff, qu'est-ce qui me prend ? Qu'est-ce que j'en ai à faire de ce perdant ?
Il haussa les épaules et se dirigea vers les toilettes. Au moment où il entra, il se retrouva nez à nez avec Yashiro. Ce dernier eut un mouvement de recul sous l'effet de la surprise. Yeong-Ha sentit son cœur battre plus vite. Pour cacher son trouble, il le houspilla d'un air impassible.
- Bouge-toi, tu me barres le passage.
- Teme ! lâcha Yashiro, furieux.
- Qu'est-ce qu'il y a, tu veux te battre ? ricana le coréen.
- Figure-toi que ça fait un moment que j'ai envie de te mettre un pain dans la gueule, connard ! répliqua Yashiro en s'avançant vers lui pour joindre le geste à la parole.
Sans réfléchir, Yeong-Ha le poussa violemment contre la porte et l'embrassa en le maintenant immobile. Yashiro était tellement surpris qu'il en resta coi.
- Qu'est-ce qu'il y a ? Tu ne voulais pas me frapper à l'instant ? Allez, vas-y, qu'est-ce que tu attends ? le provoqua Yeong-Ha.
- Mais c'est quoi ton problème, sérieux, marmonna Yashiro, décontenancé. Tu ne cesses de m'injurier et maintenant tu m'embrasses sans prévenir, mais qu'est-ce que tu veux à la fin ?
- C'est toi que je veux, répondit Yeong-Ha en l'entraînant dans une cabine. Pourquoi ? Tu as peur, espèce de poule mouillée ?
- Tu vas voir si j'ai peur, kisama ! Je relève le défi !
Cinq minutes plus tard, ils sortirent des toilettes en prenant soin de ne pas être vus ensemble. Chacun rejoignit son équipe respective.
- Où étais-tu passé, Yashiro ? demanda Kurata.
- Ano... J'étais aux toilettes.
- Tu en as mis du temps. Tu as annoncé notre victoire à Yeong-Ha Ko ?
- Oui. Il a eu du mal à me croire.
- Tu as l'avantage psychologique, Shindo, alors donne le meilleur de toi-même demain !
- Je sais, répondit Hikaru.
Le résultat des matchs Chine / Corée ne surprit personne : la victoire de la Corée ne faisait aucun doute. Après cette longue journée, les joueurs se retirèrent pour se reposer.
- Rendez-vous dans ma chambre dans une heure, murmura Yeong-Ha à l'oreille de Yashiro, qui rougit jusqu'à la racine des cheveux.
Akira, lui, se montra plus raisonnable.
- Reposons-nous ce soir, Hikaru. Il faut que nous soyons en pleine forme demain, surtout toi. N'oublie pas que c'est toi le capitaine demain.
- Tu as raison. Ne t'inquiète pas, je ne laisserai pas Yeong-Ha Ko gagner.
- Je te fais confiance. Bonne nuit.
- Bonne nuit, Akira.
