Bonjour à tous ! Je sais, je vous dois quelques explications... J'ai plus d'un mois de retard, tout d'abord en raison d'une surdose de travail qui fait que je ne peux écrire que les week-ends, et encore. Les pannes d'inspiration se glissant là-dedans, j'ai mis plus d'un mois à pondre ce chapitre. Pour me faire pardonner, il fait trois fois la longueur d'un chapitre normal.

Je m'excuse sincèrement auprès des lecteurs m'ayant envoyé des messages persos et à qui je n'ai pas pu répondre (je pense notamment à Dame Aureline et LittleD3vil), là encore en raison du boulot, des projets et comptes-rendus s'enchaînant à une vitesse folle. Je ferais tout mon possible pour me faire pardonner et me rattraper, je vous le promets !

Sur ce, Enjoy !


Quelqu'un frappa légèrement à la porte, et Lily se précipita pour ouvrir. Elle laissa Maria et Severus entrer, et se jeta dans les bras de l'ancien Serpentard. Cela faisait deux mois qu'elle ne l'avait pas revu. Deux mois qu'elle était revenue chez un James toujours aussi colérique que d'habitude.

Elle les invita à avancer dans le salon, et leur servit des biéraubeurres.

-Lina n'est pas là ? demanda Maria.

-Elle fait la sieste. J'ai fermé sa porte à clé au cas où elle se réveillerait.

Severus acquiesça d'un hochement de tête, puis demanda :

-Je t'écoute, ma chérie. Qu'est-ce que tu avais de si important à me demander ?

-Je... Je voudrais que tu me présentes au Seigneur des Ténèbres.

-QUOI ?

Maria avait hurlé.

-Lily, putain... Pourquoi ? T'es née moldue, il te tuerait avant même que tu n'ai pu faire un pas devant lui !

-Vous avez entendu parler des fées lumineuses, derrière les montagnes de Poudlard ? Quand j'y étais, je suis allée les voir. Je leur ai demandé qui pourrait encore me protéger. Elles ont répondu en prenant la forme d'une marque des ténèbres. J'ai plus le choix. C'est la seule solution, il est le seul à pouvoir encore arrêter James !

Severus était resté silencieux pour l'instant. Mais il murmura :

-Le fait que tu es née moldue ne posera pas de problèmes. Il sait fermer les yeux pour des sorciers qui sont près à tout pour lui. Ce ne serait pas la première fois qu'un né moldu se présenterait comme sang-mêlé sans qu'aucune autre question ne lui soit posée. Mais tu n'as pas le droit à l'erreur. Tu dois être convaincante. Savoir exactement ce que tu peux faire pour lui, quels sont tes atouts, pourquoi il a tout à gagner en te laissant le rejoindre. Et lui apporter la certitude immédiate que tu feras tout pour lui. A cette condition, il fermera les yeux.

-Mais Lily... Pourquoi ? demanda Maria. Pourquoi lui en particulier ? Qu'est-ce qu'il en aurait à faire, de toi ?

Ce fut Severus qui répondit.

-Je comprends très bien la réponse des fées. Oui, il est cruel, et n'accorde jamais de seconde chance. Mais il sait féliciter ceux qui le servent fidèlement. Si Lily fait ses preuves auprès de lui, il saura la protéger de James. Mais... Nous savons tous les trois comment il te protégera. Lily. Tu te rends compte de ce que tu fais ? Tu te rends compte, que si tu satisfais le Seigneur des Ténèbres, tu condamnes James ?

-Qu'est-ce que j'en aurais à foutre ? s'exclama Lily. Severus, ça fait trois ans, maintenant ! Trois ans que je suis enfermée dans cette maison, trois ans que je fais semblant d'aimer une gamine que je ne considère même pas comme la mienne, trois ans qu'il a détruit ma vie ! Alors non. Je n'aurais aucun scrupule à détruire la sienne.

Severus réfléchit un instant, puis répondit avec un hochement de tête.

-C'est d'accord. Je lui parlerais de toi. Il acceptera de te rencontrer, c'est sûr. Il est ton dernier espoir, il aime les gens comme ça. Il saura que tu es prête à tout pour lui. Mais après tu devras faire tes preuves.

-Je les ferais, répondit Lily.

-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

Une semaine plus tard, Lily n'avait toujours aucunes nouvelles de Severus. Elle essayait de ne rien laisser paraître, mais elle ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter. Et si Voldemort refusait de la recevoir ? Et s'il refusait de l'aider ? Il était son dernier espoir face à James... Quelqu'un sonna à la porte, la tirant de ses pensées. Elle alla ouvrir, et laissa Dumbledore entrer.

-Professeur...

-Bonjour Lily. Comment allez-vous ?

-Très bien ! mentit-elle.

Cela faisait trois ans qu'elle répondait la même chose à quasiment tout le monde. Trois ans qu'elle mentait. Elle ne s'était plus jamais sentie bien depuis qu'elle avait épousé James.

-James est-il ici ? demanda Dumbledore.

-Oui, il est dans son bureau... Ah non, le voilà ! rectifia-t-elle en le voyant descendre les escaliers.

-Bonjour, professeur, salua James. Je vous en prie, entrez...

Ils s'installèrent dans le salon, et James demanda :

-Désirez-vous boire quelque chose ?

-Si vous avez de la limonade...

-Bien sûr !

James claqua des doigts en direction de Lily, qui disparut vers la cuisine et revint tout de suite après avec un verre de limonade et un whisky pour James.

-Qu'est-ce qui vous amène, professeur ? demanda l'ancien Gryffondor.

-Avez-vous entendu parler de l'Ordre du Phénix ?

-Le groupe de résistance contre Voldemort. Evidemment.

-Je ne peux bien sûr pas vous demander une réponse immédiate, je me doute que vous voudrez prendre du temps pour y réfléchir. Mais je voudrais savoir si vous vouliez nous rejoindre ?

-Je peux vous répondre tout de suite. Je suis avec vous.

-Je n'en attendais pas moins de vous. Lily ?

-Elle s'occupe de notre fille et de la maison, répondit James d'un ton sec. C'est la seule activité qu'elle est capable d'avoir !

Dumbledore adressa un regard lourd de sous-entendu à James, qui se renfrogna.

-Donc, Lily ?

-Je suis avec vous aussi, professeur. Je connaissais beaucoup de monde à Poudlard, je n'aurais pas de mal à les inviter pour savoir ce qu'ils deviennent et récupérer des informations. Et je resterais à la maison.

James acquiesça d'un hochement de tête.

-Si c'est ça, ça me va.

-Lily assistera bien entendu aux réunions, rajouta Dumbledore, mais beaucoup d'entre nous ont des enfants qui jouent ensemble pendant ces comptes-rendus, Lina sera la bienvenue parmi eux.

-C'est entendu. Nous vous remercions de votre confiance, professeur, conclut James.

-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

Un silence de mort tomba lorsque deux silhouettes noires entrèrent dans la salle. Tous les mangemorts s'immobilisèrent, formant comme une haie d'honneur aux deux personnes encapuchonnées qui venaient d'entrer. L'une d'elle s'arrêta à une dizaine de mètres du trône sur lequel était assis Voldemort. L'autre continua à avancer d'un pas assuré. Lily retira sa capuche, laissant voler derrière elle ses cheveux roux, et fondit en une révérence devant Voldemort, restant agenouillée, attendant qu'il dise quelque chose. Le Seigneur des Ténèbres la regardait d'un œil neutre, semblant la juger du regard. Severus, qui avait également retiré sa capuche, semblait refuser de respirer, attendant comme tous les autres mangemorts la réaction de son maître.

-Alors c'est toi. Lily Potter.

Lily acquiesça d'un hochement de tête, restant silencieuse, le regard légèrement baissé.

-Severus m'a beaucoup parlé de toi. A ce qu'il paraît, tu aurais d'étonnantes capacités en potions ?

-C'est exact. Je ne demande qu'à mettre mon savoir et mes compétences à votre service.

-Arrête de mentir, Lily Potter. Je veux bien croire que tu sois bonne dans certaines matières, mais ton niveau d'occlumancie est pathétique. Tu veux que je te protège de ton mari, n'est-ce pas ?

Lily hésita un instant. La voix de Severus lui revint en mémoire. Tu n'as pas le droit à l'erreur, tu n'auras qu'une seule chance.

-Oui. Mais je suis plus que jamais prête à faire tout ce que vous m'ordonnerez. En échange de ce service. Si mon esprit est ouvert à ce point, vous savez sûrement déjà que je ferais n'importe quoi pour celui qui me libèrera.

-Je le sais. Relève-toi, et suis-moi.

Elle quitta la salle avec Voldemort, qui la fit descendre dans des cachots obscurs.

-Rabats ta capuche, et mets ce masque ! ordonna le Seigneur des Ténèbres en lui tendant un loup noir.

Elle s'exécuta, et ils rentrèrent dans une cellule où une femme gisait sur le sol.

-Tu la reconnais ?

Elle acquiesça d'un hochement de tête. Jennifer était à Gryffondor, dans la même année qu'elle. Il y a longtemps, dans ce qui lui paraissait être une vie antérieure, elle avait fait parti des filles qui la harcelaient de questions à propos de sa situation avec James. L'obligeant à se réfugier dans le dortoir des garçons, et à se condamner encore un peu plus. Du sang coulait lentement de plusieurs plaies, à travers sa robe déchirée. Elle avait visiblement une jambe cassée, et ses yeux vitreux la regardaient visiblement sans la voir. Lily était persuadée que même sans le masque, elle ne l'aurait pas reconnue. Ils ressortirent du cachot, et Voldemort l'emmena vers une autre pièce. Celle-ci était grande, propre, et illuminée par de nombreuses bougies au plafond.

-C'était un membre de l'Ordre du Phénix, que nous avons capturée. Sous la torture, elle nous a donné les noms de ses toutes dernières recrues. Le tien et celui de ton mari étaient dedans.

-Dumbledore est venu nous proposer de les rejoindre. J'ai accepté en sachant que j'occuperais une position privilégiée pour vous rapporter tout ce qui se passera. Ce qu'ils sauront de vous, leurs nouveaux membres, les attaques que vous prévoyez et pour lesquelles ils ont l'intention d'intervenir... Je saurais tout. Vous saurez tout.

Les yeux de Voldemort vrillèrent les siens, utilisant à nouveau la légilimancie. Lily ne fit pas le moindre effort pour l'en empêcher. Elle n'avait rien à cacher. Et elle lui avait dit la vérité. Elle avait rejoint l'Ordre du Phénix uniquement pour offrir à Voldemort un espion en première ligne.

-Tu es intelligente, pour une sang-de-bourbe. Tu mérites une chance. Jennifer nous a donné tout ce que nous voulions. Nous pourrions la tuer d'un avada, mais c'est tellement banal...

Il désigna les placards collés contre tous les murs du cachot dans lequel ils étaient.

-Ces placards contiennent, entre autres, des chaudrons, et des ingrédients de potion. Il est quinze heures, tu as jusqu'à dix-huit heures pour me préparer une potion, celle de ton choix, qui l'achèvera dans les pires souffrances.

-Vos gardes m'ont pris ma baguette en me laissant entrer, mon Seigneur.

-Ils te la ramèneront, et resteront devant ce cachot. Si tu as besoin d'ingrédients supplémentaires, tu leur demanderas, ils t'apporteront tout ce dont tu auras besoin. Tu as trois heures. Respecte mes conditions, et fais preuve d'originalité. Surprends-moi.

Il sortit du cachot, et Lily ne perdit pas un seul instant. Elle sortit un grand chaudron, et observa la multitude d'ingrédients qui s'offraient à elle. En trois heures, elle avait largement le temps de concocter n'importe quel poison. Mais elle devait en plus en trouver un qui achèverait lentement la victime. Ce qui était nettement plus compliqué. La plupart des poisons faisaient souffrir terriblement, mais pendant trente secondes. L'un des cours de Slughorn sur les antidotes lui revint en tête. Lorsque vous faites boire un antidote à quelqu'un, n'hésitez pas sur la dose, faites lui en boire autant qu'il le faut, même trop, ce n'est pas grave ! Le poison lutte contre l'effet de l'antidote, s'il n'y en a pas assez, il mettra plus de temps à agir, la personne souffrira davantage et plus longtemps, mais il finira quand même par tuer la personne. C'était ça. Lily sortit du placard un cœur de salamandre. Elle devait utiliser deux chaudrons, l'un rempli d'un poison banal, l'autre d'un antidote tout aussi banal. Plonger le cœur dans celui de poison, puis verser l'antidote dedans. Cet ingrédient avait la propriété d'obliger deux potions différentes mélangées ensemble à rester dissociées. Elle aurait une unique potion, contenant à la fois un poison, et son antidote. Le plus dur serait de doser correctement. Suffisamment d'antidote pour que le poison agisse lentement, pas assez pour annihiler son effet. Elle sortit un deuxième chaudron, et déplia une petite table rangée dans un placard. Deux piles d'ingrédients, l'un à chaque bout de la table. Au moment où tout était sorti et organisé de façon à ce qu'elle retrouve tout facilement, un mangemort entra et lui donna sa baguette.

-Avez-vous besoin d'autre chose ?

-Non, j'ai tout ce qu'il me faut. Je vous remercie.

Elle alluma deux feux magiques sous les chaudrons, et commença la préparation. Rien de compliqué, à part le fait de préparer impeccablement les deux potions en même temps. Avoir le réflexe d'utiliser sa baguette d'un coté, et une louche de l'autre quand les potions devaient être mélangées à la même seconde. Une heure plus tard, elle éteignit les deux feux. Le poison était impeccable, sa couleur bleu cyanure le prouvait. Une potion qui n'est pas bleue cyanure, cen'est pas un poison, leur répétait toujours Slughorn. Pour l'antidote, elle n'avait aucune indication, à part les volutes de fumée dorée qui s'échappaient du chaudron. Elle était quasiment sûre que ces deux potions étaient parfaites. Maintenant le plus dur était à faire. Elle s'empara d'un chaudron doseur, en verre incassable transparent, et gradué. Elle avait deux litres de poison. Pour que l'antidote soit efficace, il fallait qu'il y en ait la moitié, soit un litre. D'un coup de baguette, elle versa le chaudron dans celui en verre, lentement, regardant attentivement le niveau. Elle s'arrêta à 90 centilitres. Suffisamment pour que le combat entre le poison et l'antidote dure longtemps. Pas assez pour que l'antidote ne l'emporte. Elle plongea le cœur de salamandre dans le chaudron de poison, puis versa la deuxième potion. Impeccable. Elle sortit du cachot, et annonça aux deux mangemorts qui montaient la garde.

-J'ai fini.

-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

Tous les mangemorts étaient regroupés en cercle. Lily était à coté de Severus, ne pouvant détacher son regard de Jennifer, recroquevillée au centre du cercle. Voldemort s'avança vers elle, et claqua des doigts en direction d'un mangemort. Il lui tendit la fiole que Lily lui avait remise, et ordonna :

-Fais-lui boire ça !

Sans précautions, il ouvrit la bouche de la jeune femme et lui versa le poison dans le gorge. Elle se contracta en hurlant de douleur, prise de spasmes. Elle continua à se tortiller de douleur en hurlant. Une minute. Deux minutes. Sans discontinuer. Severus souffla, à peine perceptiblement :

-Qu'est-ce que t'as fait ? Les poisons sont censés tuer les personnes au bout de quelques secondes !

-Pas le mien, répondit impassiblement Lily.

Les hurlements de la jeune femme se turent une dizaine de minutes plus tard. Le mangemort qui avait versé le poison dans sa bouche s'approcha d'elle, et annonça :

-Elle est morte, maître !

Voldemort regarda quelques secondes le corps de Jennifer, puis se retourna vers Severus.

-Dis-moi ce que tu en penses, Severus.

-C'est étonnant, maître. La création d'un poison lent est difficile à réaliser seul. Et pourtant... C'est surprenant, maître. Je suis véritablement impressionné.

Il se retourna vers Lily, la jaugeant du regard.

-Agenouille-toi !

Elle s'exécuta, et une douleur vive la parcourut. Elle hurla, sentant comme une brûlure de l'intérieur. Elle sentait de la brûlure venait d'un point précis, mais ça faisait tellement mal qu'elle était incapable de situer où. Lorsque cela s'estompa, elle réalisa que Voldemort lui tenait fermement le poignet gauche. Et que la Marque des Ténèbres était gravée sur son avant-bras.

-Bienvenue parmi nous.

Il tira une fiole de sa poche, et versa son contenu sur la marque, qui disparut instantanément.

-Elle est toujours là, mais invisible aux yeux de ton mari. Je connais ta situation, c'est pourquoi tu es la seule parmi mes fidèles à avoir mon autorisation de ne pas me rejoindre dès que la marque te brûle. Rejoins-moi dès que tu le peux, mais ne prends pas de risque vis-à-vis de ton mari. Tu m'es trop précieuse pour cela.

-Je vous remercie infiniment, Maître, soupira Lily.

-Laissez-nous ! ordonna Voldemort aux autres mangemorts, qui transplanèrent immédiatement.

Puis il reprit :

-Tu ne feras pas de mission sur le terrain, James se douterait de quelque chose si tu étais blessée. Tu resteras ici, avec Severus. Je compte sur vous pour avoir toujours en réserve de potions de soins, de toutes sortes. Un mangemort qui revient ici blessé doit survivre si vous ne voulez pas subir mon mécontentement.

-Bien sûr, Maître.

-Je compte sur toi, Lily Potter. Sers-moi, impressionne-moi comme tu viens de le faire. Et tu réaliseras que Lord Voldemort récompense à leur juste valeur ceux qui lui sont fidèles.

-Bien entendu, Maître.

-Tu peux disposer, à présent. Mais une dernière chose !

-Oui ?

-Le sel annule l'effet de la potion que je t'ai versée sur le bras. Ta marque redeviendra visible. Prends les précautions qu'il faut en conséquence.

-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

James entra dans la maison.

-Je suis rentré ! cria-t-il.

Aucune réponse. Il se dirigea vers la cuisine, où Lily avait pris l'habitude de laisser des mots lorsqu'elle sortait. En effet, un parchemin était posé sur la table. Je suis en ville avec Maria. On cherche des livres pour Lina, et un cadeau d'anniversaire pour Cassiopée. Je ne rentre pas tard. Le compte-rendu de la dernière réunion de l'Ordre est sur ton bureau.

Il devait admettre que Lily aidait beaucoup l'Ordre du Phénix, non seulement en récoltant des informations, mais également en prenant des notes lors des réunions, puis, une fois à la maison, en transformant ces notes en comptes-rendus détaillés minutieusement écrits à la main. Il monta dans son bureau, et trouva en effet trois rouleaux de parchemin récapitulant l'ordre du jour, les personnes qu'ils suspectaient être des mangemorts, les projets connus de Voldemort, et la façon dont ils comptaient riposter. Les parchemins pétillaient encore d'empreinte magique. Un sortilège de duplicata leur avait été appliqué. Fol œil est parano, pensa James, il exigeait sûrement deux ou trois versions supplémentaires pour les archives, au cas où. Celui-ci habitant en ville, Lily lui aurait emmené les copies pendant sa sortie avec Cassiopée.

-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

-Papaaa ! cria Lina en se jetant dans les bras de son père.

-Bonsoir ma chérie ! dit-il en l'embrassant. T'as passé une bonne après-midi ?

-Oui ! On était en ville avec tata Maria, et on a mangé une glace !

-C'est bien, sourit-il.

Puis il releva la tête vers Lily.

-J'ai faim.

Elle acquiesça, et partit vers la cuisine. Lina était parfaite. Elle parlait de façon à ce que tout ce qu'elle disait puisse avoir des milliers d'interprétations. Elle avait pris l'habitude d'appeler Maria "tata", si bien que James en avait conclu que Lily et sa fille étaient toujours chez elle. C'était vrai, Lina était toujours chez Maria, pendant que Lily était avec Voldemort. Et Maria s'arrangeait toujours pour que la petite soit capable de raconter une version compatible avec le mot laissé sur la table. Pour James, il était évident que le "on était" signifiait qu'elles étaient toutes les trois en ville. Ce qui n'était pas vrai. Mais Maria était devenue une spécialiste dans l'art de couvrir Lily en s'assurant qu'elle ne puisse pas être trahie par sa fille.

-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

James et Sirius se glissèrent discrètement dans les hautes herbes, protégés par un sortilège de désillusion. D'autres membres de l'Ordre, autour d'eux, avançaient en même temps qu'eux, en direction d'une maison, isolée au milieu de la campagne. La demeure des Lestrange. Ils avaient l'occasion d'arrêter deux des plus fidèles mangemorts de Voldemort. Une avancée considérable dans la guerre. La maison paraissait tranquille. Quelques ombres aux fenêtres, mais pas plus de deux. Ils étaient seuls.

Les membres de l'Ordre, ainsi que les aurors les accompagnants se rapprochèrent encore un peu, et Maugrey utilisa un sortilège de façon à ce que ce qu'il dise ne puisse être entendu depuis la maison :

-Il n'y a qu'une seule porte. Dix d'entre nous entourent la maison, protégez les fenêtres, ne leur laissez aucune échappatoire ! Les trente autres, on rentre, et on les chope. Pour ceux qui sont aurors, n'oubliez pas que vous avez le droit aux sortilèges impardonnables. Le mieux serait de les capturer, mais je préfère les savoir morts qu'en liberté.

Ils acquiescèrent silencieusement, et se rapprochèrent encore un peu. Maugrey cria :

-Maintenant !

Les assaillants jaillirent autour de la maison, et défoncèrent la porte par laquelle ils s'engouffrèrent. Des éclais fusèrent de toutes parts autour d'eux. James comprit en se baissant pour éviter des éclairs verts. Ils savaient. Ils s'y attendaient, et étaient une bonne cinquantaine dans la maison, les prenant en embuscade. La maison était équipée d'un sortilège anti-transplanage, le seul moyen de s'enfuir était de passer par la porte – et devant les quinze mangemorts qui en bloquaient l'accès. C'était un piège. Maugrey hurla :

-Barrez-vous !

Mais il n'y avait plus aucun moyen de se barrer. Toutes les issues étaient condamnées, ils s'étaient piégés eux-mêmes. Des personnes hurlaient dans tous les sens, des sorts fusaient de partout. Un sortilège toucha James, qui s'écroula sur le sol. Trois mangemorts se rapprochèrent de lui, mais une explosion retentit, et l'ancien Gryffondor vit un grand chien noir lui sauter dessus et l'entraîner au travers d'une vitre cassée. Sirius reprit sa forme humaine, et, dès qu'ils furent tous les deux suffisamment éloignés, ils transplanèrent au quartier général de l'Ordre. La plupart des personnes avec eux s'y trouvait déjà. Maugrey, au milieu d'eux tous, hurlait :

-Ils ne pouvaient pas savoir ! Il y a quelqu'un parmi nous, quelqu'un qui les a prévenus !

-Calme-toi, Fol œil, murmura Rose Cooper, une auror travaillant avec James. On s'en est tous sortis, on est tous là, sauf quatre d'entre nous qui sont à Sainte Mangouste, légèrement blessés. Oui, c'est un miracle qu'on s'en soit tous tirés. Mais c'est pas en s'énervant qu'on va résoudre la situation. Peut-être qu'il y a un traître, peut-être qu'il y a eu une fuite, on n'en sait absolument rien. On verra ça à la prochaine réunion. Mais on était quarante à participer à cette opération. Quarante à avoir pu laisser échapper un mot, une information, peut-être même sans le faire exprès, on peut pas savoir. Y aura une enquête à faire, mais t'énerver maintenant ne résoudra pas la question.

Fol œil se calma nettement, et ordonna :

-Allez, tout le monde dehors. Et réunion demain soir à 18h.

Ils approuvèrent et transplanèrent. Ils rentrèrent tous les deux chez James. A nouveau, la maison était vide.

-Où est-ce qu'elle est encore rendue ? soupira James.

-Elle t'a laissé un mot. Elle est chez moi avec Cassiopée, elles attendent qu'on les rejoigne. C'est son anniversaire aujourd'hui, j'aurais aimé être avec elle, mais l'Ordre doit passer avant tout. Cassie a du l'inviter pour ne pas être seule. Allez, on a bien mérité un petit apéro pour se remettre !

James acquiesça, et ils transplanèrent chez Sirius où Lily, Maria et Cassiopée discutaient gaiement dans le salon devant des biéraubeurres.

-Salut les filles ! salua Sirius.

Il leur fit la bise, et embrassa tendrement Cassiopée en lui murmurant un "bon anniversaire" à l'oreille.

-Lily ? demanda James.

-Oui ?

-T'as pas l'impression qu'il manque quelqu'un ?

-Si tu parles de ta fille, regarde ta montre, et demande-toi quel est l'endroit qui a le plus de probabilité d'accueillir une gosse de deux ans et demi à 22 heures !

-Tu l'as laissée dormir toute seule à la maison ? rugit-il.

-Prends-moi pour une conne, pendant que t'y es, soupira-t-elle. Elle est en haut, Cassiopée l'a couchée dans son lit.

James se rua vers elle, la tira violemment par le col et lui flanqua une gifle douloureuse.

-James ! rugit Sirius.

Il desserra un peu son étreinte, et Lily en profita pour se dégager et s'enfuir à toutes jambes de la maison. Elle ne savait pas où elle allait, elle ne savait même pas quelle direction elle prenait, elle voulait juste s'enfuir le plus loin possible de James. Elle entendit des pas se rapprocher derrière elle et accéléra l'allure, ne connaissant que trop bien la raclée qu'elle se prendrait si James la rattrapait. Les pas se rapprochèrent encore, et une main lui saisit l'épaule. Une main ferme, mais douce. Trop douce pour appartenir à James.

-Lâche-moi, Sirius.

-Lily, rentre, s'il te plait, murmura le Gryffondor en la tenant par les épaules. Tu es membre de l'Ordre, tu es mariée à l'un des meilleurs aurors sur le terrain, imagine si tu tombais sur des mangemorts !

-Ils me feraient moins mal que lui.

A la lueur des réverbères, Sirius réalisa qu'elle pleurait. Il la serra doucement contre lui, et entendit Lily murmura :

-Sirius... Dis-le moi, toi ! Dis-moi que j'ai rien fait, dis-moi que je l'ai pas mérité, cette baffe ! J'ai rien fait, je lui ai juste dit que sa fille était au lit !

-Calme-toi, ma belle, calme-toi. Non, tu le méritais pas. James est énervé par la mission de laquelle on revient, il est sur les nerfs.

-Et pourquoi c'est sur moi qu'il tape quand il est énervé ?

-Il n'a pas à le faire, souffla Sirius. James est mon meilleur ami, je l'aime comme un frère, mais ça n'empêche pas que sur ce point là, il est inexcusable ! Allez viens, il faut pas rester dehors en pleine nuit comme ça. Rentre. Je m'assurerais personnellement qu'il te fasse pas de mal.

Sirius la serra un peu plus contre lui et transplana dans le salon. James se leva en les voyant arriver, l'air furieux, mais Sirius l'interpela :

-Cornedrue ? Tu peux venir deux secondes, s'il te plait ?

Il le suivit dans la cuisine, dont Sirius referma la porte à clé.

-Je n'irais pas par quatre chemins, James. Qu'est-ce qu'elle t'a fait ?

-Sirius, bordel, tu vas pas la défendre ! Tu l'as entendue ? T'as entendu comment elle me parle ?

-Elle a passé six ans à te parler comme ça à Poudlard, tu la baffais pas pour autant. C'est quoi, c'est le fait que ce soit ta femme ? Ou ton esclave ?

-Ce n'est pas mon esclave. Ca fait longtemps que cette relation est terminée.

-Pour toi, oui, tu la considères uniquement comme ta femme. Mais pas elle. James, est-ce que tu peux me dire avec certitude qu'il y a eu un jour dans ce mois où tu ne l'as pas frappée ? Où tu ne l'as même pas bousculée un peu ?

James réfléchit quelques instants avant de reprendre.

-La question n'est pas là.

-James, je sais que tu l'aimes. C'est pas en la frappant que ça deviendra réciproque ! Elle souffre, plus que tu ne le crois. Et si ça continue comme ça, elle serait capable de faire une vraie connerie.

-Si elle ne voulait pas de moi, elle avait qu'à me dire non quand je lui ai proposé de la racheter.

James sortit de la cuisine et revint vers le salon. Sirius, resté seul, murmura pour lui-même :

-Si tu lui refaisais la proposition maintenant, je suis pas sûre qu'elle ferait le même choix.

-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

Il était deux heures du matin quand James décréta qu'ils allaient rentrer. Lily acquiesça, terrifiée. Sirius avait calmé James, mais sa fureur repartirait dès qu'ils seraient seuls, elle le savait. Sentant la panique la gagner, elle murmura :

-Je vais chercher Lina.

-Non, intervint James. Je vais y aller, je l'ai pas vue de la journée.

Lily resta dans le salon avec les filles. Elle ne voulait pas penser à la raclée qu'elle allait prendre, elle ne voulait pas penser aux cris de rage, aux coups de poings qui allaient tomber, à la douleur qui allait la submerger pendant qu'elle espérerait une fois de plus que James la tue une fois pour toutes. Mais la vision de ce qui l'attendait l'assaillait. Sans s'en rendre compte, elle se mit à trembler de toutes ses forces.

-Lily ? demanda Maria. Lily ça va ?

Une ampoule explosa au plafond. Lily ne voyait plus rien à part les souvenirs de toutes les fois où James la battait qui tournaient en boucle dans sa tête. Elle sentait une bourrasque de vent traverser la maison, faire voler ses cheveux derrière elle.

-LILY ! hurla Sirius.

D'autres ampoules explosèrent, des chaises furent propulsées contre les murs, mais elle ne voyait rien. Rien à part ses souvenirs. Une explosion plus forte que les autres retentit, et elle sentit deux bras musclés la serrer.

-Lily calme-toi !

Quelqu'un la serrait dans ses bras, lui caressant doucement le dos.

-Calme-toi, Lily, calme-toi...

La bourrasque devint moins violente, et disparut. Elle reprit conscience de ce qui se passait autour d'elle. Maria et Cassiopée étaient plaquées contre un mur du salon, terrorisées. Sirius avait visiblement traversé la tempête qu'elle avait crée pour la calmer. Il le serrait encore.

-Putain, c'est quoi ce bordel ? rugit James en descendant les escaliers, Lina derrière lui.

-Elle a fait une crise d'angoisse, expliqua Sirius. Ses pouvoirs se sont déclenchés sans qu'elle puisse les contrôler.

-Qu'est-ce que t'as encore foutu ?

-James ! intervint Sirius. James, c'est pas de sa faute. Elle va rester ici cette nuit, OK ?

-En quel honneur, je te prie ?

-Elle est pas en état de rentrer avec toi. On sait tous les deux de quoi elle avait peur au point de faire une crise pareille.

-De quoi ? Que je la punisse parce qu'elle est assez conne pour se barrer dans la nuit ou ne pas contrôler sa magie ? Elle le mérite, de toute façon, et elle le sait très bien !

-JAMES !

Sirius n'avait jamais paru aussi furieux. Il lâcha Lily, et se rapprocha de son meilleur ami.

-On va bien être d'accord, James. Elle reste ici. J'ai couvert tes conneries suffisamment longtemps. Tu sais que je t'aime comme un frère. Mais je te laisserais pas la tuer à petit feu sans rien faire. Elle passe juste la nuit ici, le temps que vous vous calmiez tous les deux. Et elle rentre dès demain matin, c'est clair ?

Sirius n'avait pas l'intention de fléchir. James acquiesça d'un hochement de tête et, prenant Lina dans ses bras, il transplana.

-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

James poussa un soupir de soulagement en refermant le dernier rapport de la pile. Fini ! Il avait fini ! Il se leva et s'étira, grimaçant lorsque son dos, raidi par plusieurs heures d'immobilité, craqua.

Prenant la pile de rapports sous son bras, il traversa le couloir et la déposa bien en vue au milieu du bureau d'Alastor Maugrey, son supérieur hiérarchique et formateur. La plupart des rapports concernait des affaires sur lesquelles l'homme avait travaillé et il incombait à James de remettre ses notes au propre pour que les dossiers puissent être classés dans les archives du ministère en attendant de servir à un éventuel procès.

Merlin qu'il avait hâte de pouvoir faire ses preuves sur le terrain…et de laisser la paperasse au prochain bleu fraichement sortit de l'école. Même s'il faisait de plus en plus de missions, il n'était pas encore spécialisé au terrain. Et en attendant ce jour béni… il se coltinait jour après jour l'écriture désastreuse et brouillonne de l'auror qui prenait un malin plaisir à lui faire reprendre chaque rapport au moins deux fois.

James repassa par son bureau et passa sa cape en jetant un coup d'œil agacé sur l'horloge : 21h15. Encore une fois, il ne verrait sa fille que profondément endormie et, connaissant Lily, la fillette avait dû aller au lit sans histoire et en devant se contenter d'un bisou du bout des lèvres. Il s'assombrit en pensant à la rouquine. Il espérait qu'elle avait pensé à garder son repas au chaud cette fois, pas comme la veille où il avait du attendre plus d'un quart d'heure qu'elle fasse réchauffer sa part. Il espérait vraiment que la leçon qu'elle avait reçue avait porté ses fruits car il était vraiment trop fatigué pour la remettre sur les rails après sa journée de boulot.

Il se dirigea rapidement vers la zone de transplanage et, quelques secondes plus tard, il apparaissait à quelques rues de chez lui, à l'abri des regards. Il prit la direction de sa maison d'un pas rapide et se figea dès qu'elle entra dans son champ de vision. Toutes les lumières, la chambre de Lina comprise, étaient allumées. Il accéléra, sentant la colère familière l'envahir à l'idée que Lily n'ait pas couchée leur fille à une heure raisonnable. De toute évidence, il serait forcé de remettre quelques pendules à l'heure dès ce soir.

Il ouvrit violemment la porte de la cuisine, qu'il claqua avec force derrière lui, savourant l'idée de faire sursauter la fautive. La pièce était vide et les reliefs du repas jonchaient encore la table. Il se rembrunit davantage. Lily cherchait les ennuis ? Elle avait besoin d'une correction dans les règles de l'art ? Fort bien, dès Lina endormie, il se chargerait de la rappeler à ses devoirs d'épouse et de mère. Il se força à respirer lentement, refusant d'effrayer Lina par un accès de colère, et poussa la porte menant au salon en lançant d'un ton faussement jovial :

-C'est moi ! Je suis ren…

La fin de la phrase s'étrangla dans sa gorge. Lily était agenouillée au milieu de la pièce, tête baissée. Deux baguettes étaient pointées sur sa nuque. Et à l'autre bout des baguettes : deux mangemorts… Un troisième homme se trouvait assis sur le canapé, tenant une Lina en larmes sur ses genoux, sa baguette négligemment pointée vers la fillette. Celle-ci appelait sa mère d'une voix désespérée mais celle-ci ne lui jetait pas le moindre regard.

-Bonsoir Potter, dit l'un des hommes tenant Lily en joue d'une voix métallique.

-Papa ! sanglota Lina en le voyant.

Il lui fit un sourire qu'il espéra rassurant.

-Tout va bien aller, ma puce…

-Mais bien entendu, s'exclama l'homme sur les genoux duquel était assise l'enfant.

Il se leva, prenant la main de Lina dans la sienne, l'empêchant ainsi de courir vers son père.

-Tout se passera en douceur… Jette ta baguette Potter.

James hésita et l'homme appuya sa propre baguette sous le menton de Lina qui couina de frayeur. Devant la menace explicite, l'ancien Ggryffondor tira sa baguette et, sur une brève inspiration, jeta son seul moyen de défense sur le sol, à quelques mètres de lui.

Un des hommes postés derrière Lily leva sa baguette :

-Stupéfix !

La dernière chose qu'il entendit fut le hurlement de Lina et tout devient noir.

-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

James mit quelques secondes avant de réaliser qu'il avait ouvert les yeux. Il fallut à ses yeux une bonne minute de plus pour s'accoutumer aux ténèbres et commencer à entrevoir quelque peu ce qui l'entourait.

La première chose qu'il remarqua fut les épais barreaux à quelques centimètres de son visage. Il se redressa doucement et regarda autour de lui, plissant les yeux pour tenter de percer l'obscurité. De toute évidence il était seul. Aucune trace de Lina, ou de Lily. Il sentit l'angoisse le saisir. Que s'était-il passé après sa capitulation ? Quelle heure était-il ? L'alerte avait-elle été donnée ? S'était-on seulement inquiété de ne pas le voir arriver au ministère ? Une épidémie de Dragoncelle sévissait dans le monde sorcier… Ses supérieurs le pensaient-ils malade ? Combien de temps avant que quelqu'un ne s'inquiète réellement de son absence ?

Il entendit du bruit à l'extérieur et presque aussitôt un carré de lumière aveuglante se découpa dans le mur le forçant à refermer les yeux.

-Notre invité est réveillé, lâcha une voix moqueuse, métallique.

Son esprit d'auror analysa l'information. Ils dissimulaient toujours leurs visages et leurs voix. Ils avaient donc peur qu'il puisse les reconnaître, ce qui sous-entendait d'une part qu'il les connaissait et d'autre part qu'ils n'avaient pas l'intention de le tuer. Un vague d'espoir le submergea. S'ils ne voulaient pas le tuer c'est qu'ils attendaient quelque chose de lui. Et pour le forcer à le faire coopérer, ils n'avaient pas 36 moyens. Lina était vivante.

La porte de sa cellule s'ouvrit brusquement, le tirant de ses réflexions

-Debout Potter.

Joignant le geste à la parole, l'homme le saisit par le haut de sa robe et le mit debout sans ménagement avant de le pousser vers le carré de lumière qui s'avéra être une porte donnant sur une cour délabrée. Ils traversèrent rapidement l'espace découvert, malgré les trébuchements de James et pénétrèrent dans une longue salle, qui, du temps de la splendeur de la demeure avait dû être une salle de bal.

James sentit l'homme avant de le voir. Une oppression, les vagues de magie noire émanant du mage faisant accélérer les battements de son cœur, dessécher sa gorge et hérisser les poils de ses bras.

Face à lui, assis majestueusement dans un trône, Voldemort le regardait avec hauteur, caressant d'un air absent la tête d'un serpent de taille modeste qui ondulait autour de l'accoudoir de son siège.

-James Potter, dit-il d'une voix sifflante. Tu n'imagines pas à quel point je suis ravi de te voir enfin face à moi.

James serra les dents sans répondre.

-Il n'est guère poli de rester silencieux devant son hôte, le gronda Voldemort d'un air paternaliste.

L'auror releva la tête, gardant le silence, ignorant volontairement les dizaines de mangemorts qui arrivaient et se postaient en cercles autour de lui

-Endoloris !

Le sort le prit par surprise et, en moins d'une seconde, il se retrouva prostré par terre, hurlant de douleur. Celle-ci ne dura pas, Voldemort ne voulait de toute évidence pas l'abimer trop vite. Haletant il balaya du regard l'assemblée de fidèles qui, masqués, le regardait avec avidité et retint un hoquet de surprise en voyant dans la masse un regard vert familier. Ses yeux revinrent immédiatement sur le masque en question. Les yeux étaient bleus. Son imagination lui jouait des tours. Voldemort reprit la parole, le sortant de ses réflexions.

-Alors jeune Potter, es-tu prêt à bien te conduire ?

-Où es ma fille ? grinça James.

- Chez elle, en sécurité. Je tiens mes promesses James Potter, à l'instant où t'es rendu, mes hommes ont relâchés les prisonnières. Ce lieu est protégé et personne ne t'y trouveras. Que l'alerte soit donnée ou non.

James respira mieux. Lina était en sécurité et ne pouvait pas servir de moyen de pression. Ces imbéciles n'avaient rien !

- Si nous en venions à la raison de ta présence ici, ajouta Voldemort en se penchant vers James un sourire énigmatique aux lèvres.

James frissonna et ne fut plus certain de son affirmation. Voldemort n'avait pas « rien ». Il l'avait lui.

-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

Tous les mangemorts étaient partis de la salle, les deux derniers ayant ramené James dans sa cellule. Seule Lily était restée devant Voldemort. Celui-ci sourit ironiquement :

-Tu as été convaincante, Lily. Il n'a pas imaginé une seconde que tu puisses avoir une quelconque complicité dans cette attaque. J'espère que tu n'as pas été trop choquée de voir ton mari torturé ainsi ?

-Absolument pas, Maître. Il n'a que ce qu'il mérite. Et il a les informations dont vous avez besoin.

-Crois-tu vraiment qu'il parlera ? Qu'il finira par me dire qui est le responsable des aurors, et tout ce qu'il sait sur lui ?

-Sous la torture, je ne saurais me prononcer, Maître, je n'ai aucune idée de sa résistance. Mais il n'y a pas de mal à essayer, en sachant qu'il existe un autre moyen, beaucoup plus simple, mais moins amusant qui le fera parler immédiatement.

-Je t'écoute…

-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

James avait perdu la notion du temps. Il pensait être là depuis deux jours, mais peut-être était-ce plus, ou peut-être n'était-il là que depuis quelques heures. Au début deux mangemorts étaient venus dans la cellule où on l'avait ramené et lui avait décochés quelques coups de pieds vicieux dans les reins. Après quelques heures de ce régime, le simple fait de se mettre debout le faisait gémir de douleur.

C'est alors qu'ils l'avaient ramené devant leur maitre dans la salle de bal. Les mangemorts étaient à nouveau autour de lui, ne lui laissant aucun moyen de s'échapper. Instinctivement, James chercha le regard émeraude qu'il avait croisé la dernière fois. Il ne le trouva pas. Son imagination lui avait bel et bien joué un tour.

-Alors, James ? demanda Voldemort. J'espère que tu apprécies mon hospitalité à sa juste valeur ! As-tu réfléchis à ma proposition ?

-Va te faire foutre !

-Endoloris !

James s'écroula sur le sol en hurlant. Toute sa peau était en feu, et il sentait que le mage noir faisait durer le sort plus longtemps que d'habitude. Lorsqu'il releva sa baguette, James resta étendu sur le sol, suffoquant.

-Tu apprendras très vite à t'adresser à moi avec le respect que tu me dois, Potter. Maintenant je t'écoute. Le nom de ton chef ?

Le Gryffondor resta allongé sur le sol, silencieux. Il ne voulait pas coopérer, il en était hors de question. Mais les coups de pieds qu'il s'était pris, en plus du doloris l'avaient trop affaibli pour qu'il se permette de continuer à provoquer Voldemort.

-James.

Il frissonna en sentant que le mage s'était déplacé, accroupi à coté de lui. Il sentit la main cadavérique lui prendre le menton pour le forcer à le regarder.

-Je te conseille d'être raisonnable. Tu n'as pas envie que je recommence, n'est-ce pas ?

A nouveau James ne répondit rien.

-Très bien. Visiblement tu n'en as pas eu assez...

James ferma les yeux, et sentit à nouveau la douleur s'emparer de lui. Il bascula sur le dos en hurlant. Le sort dura un peu moins longtemps.

-J'attends, James, sourit Voldemort pendant que le Gryffondor haletait sur le sol.

-Je vous le dirais pas, souffla-t-il.

-Oh si tu me le diras. Tu sais, James... Si te torturer était le seul moyen de te faire parler, j'aurais déjà utilisé bien d'autres sortilèges...

-Où voulez-vous en venir ? demanda James en se redressant.

-Mes mangemorts n'ont eu aucun mal à maîtriser ta femme, la dernière fois. Ils peuvent recommencer quand ils veulent. Tu parlerais peut-être si ta fille, et non toi, était la cible de mes doloris, n'est-ce pas ?

-Ne la touchez pas ! Elle n'a rien à voir avec ça, laissez-la tranquille !

-Cela dépend de toi, James. Je veux le nom de ton chef. Ce ne serait pas Scrimgeour, par hasard ?

James resta silencieux, foudroyant le mage du regard.

-Non ? Pas Scrimgeour ? Voyons, qui ça pourrait être d'autre... Shacklebolt ? Maugrey ?

Le regard de James s'illumina d'un éclair de frayeur. Il le soupçonnait. Mais cet éclair ne passa pas inaperçu auprès de Voldemort.

-Maugrey, donc ?

A nouveau il ne répondit rien.

-Endoloris !

Lorsque le sort s'arrêta, James était au bord de l'inconscience.

-Et bien ?

-Oui, souffla James.

De toute façon, qu'avait-il à perdre ? Il le soupçonnait déjà, et en était quasiment persuadé. Qu'il parle ou non, les recherches de Voldemort se seraient orientées vers Maugrey. Il ne le trahissait pas – il ne faisait qu'éviter quelques doloris de plus en lui donnant une information qu'il avait déjà. Les mangemorts ricanèrent autour de lui, et le mage noir reprit :

-C'est bien, James. Tu vois, ce n'était pas si compliqué que ça... Dis-moi, maintenant. Un auror compétent, courageux et séduisant comme lui doit bien avoir une femme, non ?

-Non.

C'était faux, Maugrey était marié, et James connaissait très bien son épouse. Mais si lui-même était condamné, il pouvait au moins essayer de la protéger.

-C'est dommage, tu sais, James. J'ai quelques connaissances, au ministère, qui ont retrouvé la trace d'un mariage, datant d'il y a cinq ans, concernant un certain Alastor Maugrey. Le nom de son épouse a été effacé.

James le savait. Les noms des conjoints d'aurors étaient toujours dissimulés à l'aide d'une protection impénétrable, pour les protéger. Le ministère se doutait qu'il y avait des espions qui voudraient récupérer les noms de personnes grâce auxquelles Voldemort pourrait faire pression sur le bureau des aurors. Par sécurité, ceux-ci étaient donc protégés.

-Je savais pas, qu'il était marié, mentit James. Je le connais que comme auror, je connais pas sa vie privée.

Encore un mensonge. Maugrey faisant partie de l'Ordre du Phénix, il le connaissait très bien personnellement. Voldemort le regarda quelques instants, avant d'ordonner à ses mangemorts :

-Ramenez-le au frais, laissez-le réfléchir un peu !

Deux mangemorts le saisirent par les bras, l'obligeant à se redresser et réveillant vivement la douleur dans tout son corps. Ils l'emmenèrent à travers les couloirs du manoir, avant de le jeter violemment dans sa cellule, le faisant gémir de douleur.

-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

James bascula sur le dos et ferma les yeux, sentant le cachot tourner autour de lui. La soif qui le tenaillait était de plus en plus insupportable. Et, malgré sa résistance, il se sentait flancher. Plus les coups des mangemorts tombaient, plus les doloris se succédaient, et plus il sentait qu'il ne tiendrait pas, qu'il finirait par craquer. Tout ce qu'il espérait, c'est que les mangemorts le tuent avant. Il ne se faisait aucun espoir, Voldemort lui avait bien dit que le manoir était imprenable, que même si quelqu'un s'inquiétait de sa disparition, jamais ils ne le retrouveraient ici.

-Tu fais vraiment pitié, tu sais ?

Il n'avait plus la force de répondre, ni de bouger. La migraine qui l'assaillait, liée principalement au manque d'eau et aux coups qu'il recevait dans le visage, rendait la douleur insupportable. Les voix des mangemorts se faisaient plus lointaines, il sentait qu'il tombait doucement dans l'inconscience.

-Attends, il est en train de nous lâcher, fit remarquer l'un d'eux.

Il sentit qu'on lui ouvrait la bouche, versant dedans une potion au goût amer. Aussitôt, il reprit connaissance, et il sentit la migraine s'évanouir. Mais il savait que ce n'était que partie remise. Il aurait préféré pouvoir s'évanouir, et arrêter de ressentir la douleur.

-Tu as dis qu'elle s'appelait comment, la femme de Maugrey, Potter ?

-Je l'ai pas dit, répondit-il en les foudroyant du regard.

-Dans ce cas tu vas nous le dire. Sectumsempra !

James hurla en sentant des entailles se déchirer tout le long de son corps. Du sang s'écoula lentement de ses plaies, dégageant une odeur nauséabonde qui lui monta à la tête. Un coup de pied le cueillit sous le menton, et deux autres s'enchainèrent dans son visage.

-Miranda, souffla-t-il.

Il avait lâché l'information sans le vouloir, sans même s'en rendre compte. Son nez cassé le lançait douloureusement, et il avait à nouveau la tête qui tournait. Il sentit à nouveau un mangemort lui ouvrir la bouche, et l'obliger à boire quelque chose. Il lui en fit boire trois gobelets avant que James ne réalise que c'était de l'eau.

-Aguamenti Infinite !

Le mangemort tendit le gobelet à James, qui continua à boire sans s'arrêter pendant plusieurs minutes. Le sortilège le remplissait au fur et à mesure, et ce ne fut que lorsqu'il eut la bouche beaucoup moins sèche et pâteuse qu'il arrêta de boire.

-C'était si compliqué que ça ? Allez, repose-toi, on aura d'autres questions à te poser plus tard.

-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

-Il ne craquera pas plus, Maître. On a du mal à le garder conscient, on ne peut pas le torturer plus sans qu'il flanche.

Voldemort observa quelques secondes le mangemort qui lui parlait, avant de se tourner vers Lily, qui faisait partie de la dizaine de mages noirs présents dans la salle.

-Tu sais ce qu'il te reste à faire ?

-Oui, Maître. Je suis de retour d'ici dix minutes avec ce que vous désirez.

Elle disparut en transplanant.

-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

James n'avait plus lâché aucune information depuis qu'ils lui avaient arraché le nom de la femme de Maugrey. Ils voulaient absolument son adresse, mais la leur donner, c'était condamner leur famille entière à mort. Son chef avait beau être l'auror le plus expérimenté qu'il ait jamais connu, il ne ferait pas le poids face à vingt mangemorts débarquant chez lui à l'improviste. La porte du cachot claqua.

-T'as l'air pâle, Potter...

-Va te faire foutre, soupira-t-il.

Le mangemort le saisit par les cheveux et l'obligea à se mettre dehors. Il gémit de douleur, les coups de pied qu'il avait reçus dans les jambes et les reins l'empêchant quasiment de marcher.

-Allez, avance, ça te fera pas de mal de sortir un peu !

Il s'efforça d'avancer, mais trébuchait régulièrement. Il savait que si le mangemort ne le retenait pas, il n'arriverait pas à faire trois pas sans s'écrouler. Il avait l'impression d'être dans son cachot depuis près d'une semaine, mais il ne réalisait que maintenant, alors qu'il était obligé de marcher, à quel point le traitement qu'il subissait l'avait affaibli. James fut presque soulagé en arrivant dans la salle de bal, où Voldemort était assis sur son trône. Les mangemorts le lâchèrent, et il s'écroula à genoux sous les rires des serviteurs du mage qui l'entouraient.

-Bonjour, James. Comment vas-tu ?

Il n'essaya même pas de répondre, foudroyant le mage du regard. Voldemort reprit :

-Je me disais, que depuis tout ce temps seul dans mes cachots, tu dois manquer un peu de compagnie, n'est-ce pas ?

-Où voulez-vous en venir ?

Voldemort claqua des doigts, annulant un sortilège d'invisibilité appliqué à coté de lui. Des chaînes pendaient du plafond. Et, au bout de ces chaînes, une fillette était suspendue par les poignets.

-Papaaaaaaa ! pleura la fille.

-Lina ! hurla-t-il.

-Ne me dis pas que tu n'étais pas prévenu, James... Mes mangemorts m'ont dit que tu refusais de coopérer, j'ai mis mes menaces à exécution.

-Relâchez-la, murmura James d'une voix suppliante. Elle a rien fait, elle a rien à voir avec ça !

-Tu es le seul responsable, James. Mais je veux bien te laisser une chance. Maugrey appartient-il à l'Ordre du Phénix, et où habite-t-il ?

James hésita une fraction de seconde.

-Endoloris !

Lina se mit à hurler en se débattant au bout de ses chaines. Le sort dura à peine deux secondes, mais laissa la fillette en larmes.

-Papa... murmura-t-elle en pleurant.

-C'est bon ! 17 Downing Street, à Londres. C'est là qu'il habite. Et oui, il est dans l'Ordre du Phénix.

-Ses points faibles en duel ?

A nouveau James hésita. S'il parlait il condamnait Maugrey à mort, et il le savait pertinemment.

-James…Veux-tu donc m'obliger à recommencer ?

James tressaillit. Il savait qu'une enfant de deux ans ne pourrait pas survivre à l'effet de deux doloris reçus en si peu de temps, tout comme elle n'aurait pas survécu au premier sort s'il avait duré plus de deux secondes.

-Il arrive pas à gérer plusieurs attaquants en même temps. Il est imbattable en face à face, mais sur un champ de bataille, la principale occupation de tous les aurors, c'est de s'assurer qu'il ne se retrouve pas seul contre plusieurs, il arrivera pas à résister à deux ou trois mangemorts en même temps.

-Bien !

Un mangemort s'approcha de James.

-Bouge pas, ordonna-t-il.

Il lui coupa une mèche de cheveux qu'il fixa sur un parchemin. Puis il lui taillada légèrement la tempe, et recueillit une goutte de son sang juste en-dessous de la mèche. Le mangemort donna le parchemin à Voldemort, qui agita sa baguette. Les chaines qui retenaient Lina s'ouvrirent et elle s'étala sur le sol.

-Lina ! cria James.

Un mangemort retint la fillette et l'amena devant Voldemort. Il lui tendit le parchemin en souriant :

-Prends ça. C'est la dernière fois que tu vois ton papa vivant, tu mérites bien un souvenir de lui.

-Arrêtez de lui faire mal ! pleura Lina.

Elle prit le parchemin que Voldemort lui mit dans la main, et le mage ordonna à un mangemort :

-Ramène-la chez sa mère.

-Oui Maître.

Le mangemort prit la fille dans ses bras et transplana.

-Dis-moi, James, reprit Voldemort. Maintenant que tu m'as donné tout ce que je voulais. Je suppose que tu ne m'es plus utile, n'est-ce pas ?

Il ferma les yeux, attendant presque avec soulagement le rayon vert qui tomberait d'un instant à l'autre.

-Ramenez-le dans sa cellule. Faites-en ce que vous voulez, je n'ai plus besoin de lui, ordonna Voldemort.

-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

Sirius rentra dans la maison.

-Lily ?

-Je suis là, Sirius ! cria la jeune femme en descendant l'escalier. Oh, Sirius... Ils m'ont ramené Lina. Ils... Ils ont dit que James leur avait donné ce qu'il voulait. Ils l'ont ramenée, Sirius !

L'auror soupira de soulagement, et demanda :

-Tu ne sais pas si elle a été en contact direct avec James ? Elle n'avait pas un peu de sang sur elle qui pourrait être à James, ou un cheveu à lui, tu ne sais pas ?

-Ils... Ils lui ont donné un parchemin avec son sang dessus... Comme... Souvenir...

-Donne-le moi ! rugit Sirius.

-Pourquoi ?

-Il contient l'empreinte magique de James, on va pouvoir le localiser avec ça !

-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

Une explosion retentit, et les portes du manoir s'envolèrent. Cinquante aurors rentrèrent à l'intérieur. Maugrey rugit :

-N'oubliez pas la priorité ! Trouvez James ! Ce sera un plus si on capture des mangemorts, mais ce n'est pas grave sinon, trouvez-le !

Les aurors se répartirent, et Sirius avança vers un grand escalier, au moment où une dizaine de mangemorts fonçaient vers eux. Il en assomma un, le saisit par le col, et rugit :

-Où est James ?

Le mangemort ne répondit rien, et Sirius lui décocha un coup de poing.

-Où ?

-Dans les cachots ! La porte là-bas, tu descends l'escalier, couloir de gauche, troisième porte à droite !

Sirius le lâcha et se précipita. Quelques aurors le suivirent, mais il les distança vite. Il suivit les instructions que lui avait donné le mangemort, et défonça la porte indiquée. James était allongé sur le sol, inconscient.

-Putain, James !

Il se jeta à genoux à coté de lui, et essaya de diagnostiquer rapidement son état. Son cœur battait. Faiblement, mais il battait. Il semblait avoir beaucoup de fractures et de coupures. Sirius s'assura qu'il n'avait aucune veine d'ouverte, et lui lança un sort de réchauffement. Les aurors qui l'avaient suivi entrèrent, et l'un d'eux lui dit :

-Je transplane à Sainte Mangouste, je vais chercher un médicomage !

Il acquiesça, et Sirius serra doucement le corps de James contre lui.

-Tiens le coup, frangin. Tiens le coup, c'est fini.

-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

Sirius rentra dans la chambre de Sainte Mangouste. James avait passé trois jours dans le coma après avoir été sorti du manoir, mais maintenant qu'il était réveillé, il reprenait des forces très rapidement.

-Comment tu vas ? demanda Sirius.

-Ca va. Sirius, il faut que je te dise... Quand ils ont torturé Lina...

-Tu as donné à Voldemort tout ce qu'il avait à savoir sur Maugrey. On sait, l'un des mangemorts qu'on a capturé le jour où on t'a retrouvé nous l'a dit. Suffisamment tôt pour que Miranda et lui placent un sort de Fidelitas sur leur maison. Dumbledore en est le gardien du secret. Ils sont sauvés, James, ne t'inquiète pas, ils ne les trouveront pas.

-Donc Maugrey sait que j'ai parlé ?

-Oui, je le sais, coupa une voix dans l'encadrement de la porte.

Le chef des aurors s'avança vers eux, et regarda James d'un air méprisant.

-Alors comme ça, la vie d'une gosse de deux ans est plus importante que celle du chef des aurors ?

-Monsieur, intervint Sirius, vous auriez agi de la même façon si ça avait été votre fille !

-La ferme, Black. Réponds-moi, Potter.

-J'ai rien à vous dire. Vous savez ce que j'ai fait, vous savez pourquoi je l'ai fait.

-Tu me déçois. Tu as toujours clamé que tu préfèrerais mourir plutôt que de trahir quelqu'un, que personne ne pouvait t'arracher quoi que ce soit... Et j'ai fait la connerie de te croire. Tu me déçois, Potter.

Maugrey ressortit de la chambre sans un mot de plus.

-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

Quelqu'un frappa à la porte.

-Entrez ! cria Fol œil.

Il leva les yeux sur James, et soupira :

-Si tu viens essayer de t'excuser ou t'expliquer, tu seras gentil de nous faire gagner du temps à tous les deux en repartant immédiatement, Potter.

-Je venais pas pour ça, je sais que je suis impardonnable. Je venais vous assurer que cela ne se reproduirait plus jamais.

Maugrey leva les yeux vers lui. James posa un paquet et un objet brillant sur son bureau. Son uniforme et son badge d'auror.

-Je vous présente ma démission. Vous avez raison, vous ne méritez pas un auror capable de vous trahir.

Sans un mot de plus, James fit volte-face et repartit.

-James !

L'emploi de son prénom le fit se figer, et il se retourna vers son chef.

-Assieds-toi.

Il s'exécuta, et Maugrey demanda :

-Je voulais te féliciter quand même. Même si nous avions chopé un mangemort qui nous a tout dit, tu étais toi-même prêt à nous dire ce que tu avais fait dès que tu t'es réveillé. C'est une preuve de courage en elle-même. Je connais beaucoup de gens qui auraient fermé leur gueule pour pas avoir à m'affronter. Toi tu étais prêt à parler, pour qu'on puisse prendre les mesures nécessaires le plus rapidement possible. Et avec le sortilège, ils ne peuvent plus s'en prendre à nous.

-Ca n'excuse en rien ce que j'ai fait.

-J'étais en colère quand j'ai été te voir à Sainte Mangouste. Miranda vit assez mal toutes les protections auxquelles elle est soumise. Mais Black a parfaitement raison. J'aurais fait exactement la même chose si c'était ma fille qui était torturée.

Il repoussa vers lui son uniforme et son badge.

-J'ai besoin de types comme toi, Potter. Je ne peux bien sûr pas t'ordonner de rester, mais je peux te le demander. Et j'y tiens vraiment. Le peu que j'ai pu voir de toi sur le terrain a dépassé toutes mes espérances. Je ne te demande pas de rester pour moi. Je te demande de rester pour le peuple sorcier. Ils ont besoin de toi dans cette guerre.

Lentement, tout en réfléchissant, James reprit le paquet.

-Je vous remercie, Monsieur. Je ne mérite pas votre confiance.

-Si. Tu la mérites plus que personne.

-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O-O

-Rêve ta vie en couleurs, c'est le secret du bonheur ! Rêve que tu as des ailes, hirondelle ou tourterelle, et là haut dans le ciel ! Tu t'envoles, tu t'envoles, tu t'envoles...

-Lily ! As-tu fini de chanter dans toute la maison ? rugit James en levant les yeux de la Gazette du Sorcier.

-Tu vas quand même pas me reprocher d'apprendre des chansons à ta fille ? cria-t-elle depuis la cuisine où elle faisait cuire du riz.

James se leva de son fauteuil et les rejoignit.

-Lina, monte faire un dessin dans ta chambre, s'il te plait.

La fillette monta sans protester, et James regarda la casserole :

-Tu mets pas de sel ? C'est pas bon, le riz sans sel...

Elle haussa les épaules et attrapa la salière sur l'étagère au-dessus d'elle.

-Salut tout le monde ! cria la voix de Remus en rentrant.

-Salut !

Il les retrouva dans la cuisine, et Lily se retourna pour lui faire la bise. James s'avança vers Remus, bousculant légèrement la jeune femme.

-Oups ! cria-t-elle.

Surprise, elle avait fait tomber de la table la salière. Elle se pencha pour la rattraper, mais celle-ci se renversa, faisant tomber une bonne partie de son contenu sur le bras tendu de Lily. Elle pâlit violemment au moment même où elle ressentait une violente brûlure sur le bras. Elle tenta de se précipiter vers une autre pièce, mais James l'empoigna fermement.

-Qu'est-ce que c'est que ça ?

Il l'obligea à tendre son bras gauche, là où le sel avait dissout l'effet de la potion, faisant apparaître la marque des ténèbres. Lily tenta de se débattre, mais James la retenait trop fortement, les yeux rivés sur la marque gravée sur son bras gauche. Un silence de mort tomba dans la cuisine.

-Papa ! Ca y est, j'ai fini mon dessin ! cria la voix de Lina depuis l'étage.

Il n'y accorda aucune importance, mais le silence brisé le fit réagir. Violemment, il projeta Lily dans l'entrée, contre un mur.

-James ! cria Remus.

Le Gryffondor tira sa baguette en s'approchant de sa femme, assise dans un coin du mur.

-James, putain, qu'est-ce que tu vas faire ? rugit Remus.

Il se retourna vers Lunard, et siffla :

-Tu crois quoi ? Tout s'explique maintenant. Toutes les attaques où les mangemorts avaient une longueur d'avance sur nous, tous nos plans qu'ils connaissaient avant même qu'on les exécutent, la facilité avec laquelle ils ont capturé Lina pour me faire parler...

-James, y a sûrement une explication...

-Je m'en fous. Tu connais les ordres. Les aurors ont ordre de neutraliser toute personne surprise à porter la marque des ténèbres. Et le sortilège l'oblige à rester près de moi, y a pas 36 solutions.

-James !

-Ta gueule.

-Papa ! Viens voir mon dessin, euh !

Des bruits à l'étage indiquaient que Lina se précipitaient vers eux pour montrer son chef-d'oeuvre. James se rapprocha de Lily, sa baguette pointée sur elle. La femme avait fermé les yeux, sachant déjà ce que son mari allait faire.

-Tu t'es assez amusée comme ça. Renverser cette salière était ta dernière connerie.

-JAMES ! NON ! rugit Remus.

-Papa ! Mais regarde, euh, il est beau, mon dessin !

La fillette dévalait les escaliers vers eux, mais James ne la voyait pas, il ne l'entendait même pas. Il pointa sa baguette sur Lily et hurla :

-Avada Kedavra !

Lily ferma les yeux. Un éclair vert transperça ses paupières tandis qu'elle s'attendait à tomber dans le néant. Mais elle ne sentit rien. Lentement, très lentement, elle rouvrit les yeux. Elle était toujours dans la maison, contre le coin du mur, devant James. Elle n'était pas morte. Elle leva les yeux vers son mari. Celui-ci était pétrifié, la bouche entre-ouverte, son regard vide fixé entre eux-deux. Elle baissa les yeux, et comprit en voyant, devant son mari, dans l'axe de sa baguette encore tendue, le corps sans vie d'une fillette qui s'était jetée devant son père pour lui montrer son dessin.

Avant que James ne puisse reprendre ses esprits, Remus se précipita vers Lily, la saisit par le poignet, et transplana.


Une petite reviews pour commenter ce long chapitre ?