TimberLand !

-Chapitre II-

Source : Gundam Wing AC

Auteur(e) : Yuy

Bêta de lumière : Lysanea

Genre : yaoi, romance.

Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf Joe.

Couples: 1x2 ; 3x4

Personnages : Heero Yuy, Duo Maxwell, Trowa Barton, Quatre Raberba Winner, Hilde Schbeiker, Rashid.

Chanson : "Cherish the day" de Sade.

-Vous trouverez le lien de la vidéo dans mon profil-

Je vous conseille de l'écouter avant ou pendant votre lecture. Le rythme est langoureux, tellement sensuel…

Note : Merci pour votre accueil chaleureux et votre enthousiasme !

Je réponds ici à celles et ceux qui n'ont pas de lien sur le site ou qui ne m'ont pas donné d'e-mail.

JTFLAM : Je trouve ta review incroyable ! Pour répondre à tes questions, il y a trois chapitres en tout et peut-être un épilogue.

Q : « que veut dire quatre par cet phrase "Heero a failli à sa ligne de conduite et
Relena a choisi d'ignorer l'évidence" ? »

R : J'exprime ici qu'Heero n'a pas écouté sa conscience : « sa ligne de conduite » et qu'il allait se marier en sachant pertinemment qu'il ne l'aimait pas et qu'il n'en avait jamais été amoureux.

En me relisant, Lysanea m'a fait remarquer qu'Heero n'avait pas été intègre ; il trompait Relena avec d'autres hommes. Je l'aime tellement mon Heero que j'avais affirmé qu'il l'était quand même ^^' J'ai supprimé la petite phrase-menteuse XD

Relena révèle qu'elle était au courant de ces escapades. Cela montre bien qu'elle préférait ignorer son infidélité plutôt que de risquer de le perdre, ce qu'elle craignait. Ici, elle a choisi d'ignorer qu'Heero ne l'aimait pas de cette façon-là et de faire comme si c'était le cas.

Je réponds à tes autres interrogations dans la suite du dossier…

Lime

Passé, Présent…

Bon et agréable moment à toutes et à tous !


AC 205,

Quatre semaines plus tard, à Vancouver…

La nuit est déjà bien avancée et seule la lumière orangée du feu de cheminée révèle la présence du couple, allongé sur le grand canapé blanc, dos contre torse, leurs mains enlacées sur le ventre du bûcheron.

Silencieux depuis un moment, tous deux observent la danse lancinante des flammes, chacun concentré sur la respiration lente, régulière et rassurante de l'autre.

Jusqu'à ce que Duo ne mêle sa voix à la magie de l'instant.

- J'aime être ici. Cela ne fait qu'une semaine, mais je m'y sens bien ; vraiment bien.

- Dois-je en conclure que mes placards te conviennent ?

- Ça peut aller ! sourit-il, avant de porter l'une de ses mains à ses lèvres pour y déposer un baiser. Si je ne te connaissais pas, j'aurais juré que tu avais plus d'un manche à balai de rechange.

- Viens un peu par-là.

Duo se retourne dans ses bras, de façon à lui faire face.

- Quelque chose ne va pas ? demande-t-il, innocemment.

- Je t'aime.

Duo se mord doucement la lèvre mais ne peut s'empêcher de pouffer de rire.

- Qu'y a-t-il ?

- Non, c'est juste que… J'espère que tu en as gardé quelques-uns, parce que t'es vraiment mal barré, là ! Et que « Je t'aime » par-ci, et que « tu es beau » par-là… Ta carrière est finie, mon pot' ! La glace fond à vue d'œil, nous allons tous périr noyés !

Alors que Duo s'amuse comme un petit fou et rit tout contre son torse, Heero l'observe, plus amoureux que jamais.

- Alors je dois faire vite.

- Faire quoi, chéri ?

- Approche-toi, je vais te montrer.

- Oh, ça ! sourit-il avant de combler la faible distance qui sépare leurs lèvres et de l'embrasser. Tu es mon jardin portatif. Non ! Ma plaine sauvage.

- Le cours de sauvetage n'est pas terminé, timber.

- Tu m'as déjà envoyé ta « sonde », 'ro. Et je ne parle pas des « mises à jour » !

- Je suis un explorateur sensoriel consciencieux.

- Tu es un maniaque sexuel ! Si Quatre et Trowa savaient… fait-il mine de le menacer.

- Ils te proposeraient sûrement des cours d'endurance, rit-il, la tête inclinée vers l'arrière.

Si Duo rit aussi, il ne manque pas de l'admirer jusqu'à ce qu'Heero revienne vers lui, les yeux pétillants.

- Je ne pensais pas que ce serait si simple d'être heureux, confie Duo.

Le pilote inverse lentement leur position, Duo se retrouvant sous lui, avant de l'embrasser profondément, un long moment.

Jusqu'à ce qu'il descende sa main au niveau de leurs ceintures et ne s'active dans l'une de ses poches avant.

- 'ro, je te rappelle que je suis en « jachère ». Moi et mon adorable postérieur sommes au repos pour au moins cette nuit. Parce que, je ne parle pas de la fin d'après-midi.

- Le soleil déclinait et renvoyait sur ta peau et tes cheveux des couleurs chaudes et chatoyantes.

- C'est ça ! Tu trouves toujours une excuse.

Heero sourit contre son cou, mais n'arrête pas de triturer sa poche.

- Heero, je suis sérieux, lui dit encore Duo avant de se mordre la lèvre.

- Moi aussi.

Il sort enfin son poing de sa poche et le remonte jusqu'à hauteur de leurs visages.

- Ouvre-moi, murmure-t-il.

- Qu… Quoi ?

- Ouvre-moi, répète Heero sur le même ton.

Duo fronce les sourcils, puis décide d'ouvrir « l'écrin » que lui présente son amant.

- Des clefs ?

- Mes clefs.

- Tes clefs ?

- Tes clefs, le rectifie-t-il encore.

- 'ro, je…

- Tu es mon nouveau monde, timber.

Duo regarde l'objet et Heero tour à tour.

- En aussi peu de temps, vraiment ?

- Je t'aurais donné les miennes le jour où l'on s'est rencontré, si tu n'avais pas déjà joué avec celles de la voiture. Tu es ici, chez toi.

Ils se sourient et s'embrassent un court instant, tandis que le feu crépite dans la cheminée.

- Une question se pose, cependant, reprend Duo.

- Laquelle ?

- Que vais-je faire ici, sans toi ?

- Tu ne te poserais pas la question, si tu acceptais de m'accompagner sur les circuits.

Duo soupire et repousse doucement mais fermement son pilote, les forçant à se redresser.

- On en a déjà discuté.

- Et je te remercie de t'être confié, mais je ne suis pas Solo.

Duo se lève puis se dirige vers la cuisine, ses pieds nus foulant le sol en marbre italien, après avoir rangé ses clefs dans sa poche.

- Je t'ai déjà dit que je n'avais pas peur pour toi. J'ai confiance, même si tu es dingue.

- Alors, viens.

- Je ne veux plus jamais revoir un circuit de ma vie !

Il disparaît derrière le mur de verre séparant le salon de la cuisine américaine, puis se serre un verre d'eau.

Heero le rejoint d'un pas lent et tranquille, avant de s'appuyer contre le comptoir.

Alors que Duo se rafraîchit, Heero passe une main dans ses cheveux bruns indomptables.

- Ça fait une semaine que nous sommes « chez nous » et tu refuses toujours de m'accompagner sur mon circuit privé.

Duo ne prend pas la peine de répondre, préférant lui présenter son dos nu, balayé par sa natte. Même si Heero l'aime sous tous les angles, son esprit est préoccupé par un sujet trop sérieux et sensible pour se laisser aller à cette vision de rêve.

- Tu n'as pas envie d'essayer Wing Zero ?

- Sans vouloir être prétentieux, je suis un bon pilote, mais pas au point de conduire ton Gundam.

- Hn. Je peux t'avoir d'autres modèles.

- Lâche-moi un peu, tu veux !

Duo se retourne avant de s'avancer vers lui.

- Timber

- Je fuis ce milieu depuis des années, le coupe-t-il en lui caressant la joue. Et voilà que je me retrouve avec un pilote et pas n'importe lequel ! Alors arrête, s'il te plaît.

- Ce n'est que partie remise, tu le sais.

- Malheureusement, oui. Mais je fais avec.

Alors que sa main retombe, Heero le prend dans ses bras et le serre fort un long moment, en silence.

Jusqu'à ce qu'ils entendent la douce sonnerie de la villa retentir.

- Tu es prêt ? murmure Heero contre son cou.

- J'ai des fléchettes tranquillisantes, au cas où, sourit Duo. N'oublions pas que ce sont des animaux de nuit.

Heero l'embrasse sur le front puis ils se rendent à l'entrée principale, main dans la main.

Il est près de minuit et Quatre et Trowa sont enfin arrivés.

- Oh ! Mais que voyons-nous, mon amour ? attaque directement Quatre, alors encore sur le pallier.

Trowa se contente de sourire en coin, tandis qu'Heero et Duo appréhendent le « démon de minuit ».

- Voyons voir… Vos lèvres sont rouges et nous pouvons constater la présence de traces suspectes, tels que des suçons, des morsures et… Ah ! Pas de griffures, mais Heero est couvert. Je suis sûr qu'il en porte, tu n'es pas de mon avis, chéri ?

- Hum.

- Evidemment qu'il est de ton avis ! râle Duo.

- Vos torses devraient pourtant luire d'une fine pellicule de transpiration sous la lumière de la pleine lune…

- On est pas des fruits de mer !

- Doux Jésus ! s'alarme Quatre, ignorant une fois encore la réflexion de Duo.

- Quoi ? panique le bûcheron.

- Vous n'avez pas fait l'amour juste avant qu'on arrive ? ! Vous n'avez pas été excités par l'idée que nous aurions pu vous surprendre en pleine action ? !

Duo ouvre grand la bouche, ses yeux ronds comme des billes.

- Quelque chose ne va pas ? s'inquiète Quatre. Vous n'avez plus de jus, hein. Je peux comprendre.

- Heero, mon amour. On peut aller se coucher ?

- Oui, mon ange.

- Ne vous inquiétez pas pour nous, on connaît le chemin ! leur adresse encore Quatre, très amusé.

Trowa et lui les regardent emprunter l'escalier.

- Je suis content de moi.

- Je vois ça, sourit Trowa.

- Duo n'était pas très bien, juste avant que l'on arrive. Il n'aurait pas passé une bonne nuit.

- Hum. Heero et moi serons sur le circuit, dès demain matin. Vous pourrez discuter tous les deux.

- Oui, mais il n'y a rien d'alarmant.

Le lendemain matin…

Duo se réveille seul dans leur lit XXL. Seulement, il ne se demande plus pourquoi Heero a choisi de telles dimensions.

« Par mesure de précaution » lui a-t-il expliqué le premier soir.

Il savait qu'il ne pourrait pas refuser toutes les demandes de séjour de Relena. Au moins, une fois qu'ils avaient fait l'amour, il pouvait la repousser dans son sommeil et dormir sans être touché, à défaut de sentir sa présence.

Et vu qu'il se lève toujours en premier…

Duo baille plusieurs fois et s'étire jusqu'à avoir l'impression d'être l'incarnation même d'une guimauve. Puis, d'un pas nonchalant, il se dirige vers l'immense salle de bain ; une sorte de hall d'entrée en marbre blanc, attenant à la chambre et menant au dressing.

- Mon cher et tendre fessier. Une nuit et une matinée sans être importunés.

- Tu disais ?

- Aaaaaaaaaaaaaah !

Duo en lâche son savon avant de se retourner, nu comme un ver, et de rencontrer le regard amusé de son amant.

- Oh ! Non. J'étais tout mou, tout sage, et maintenant, voilà ! Je pointe vers le nord !

Heero sourit, ravit de ce qu'il voit.

- Approche un peu, boussole d'or.

- Tu devais pas être avec Tro' ? demande-t-il tout en le rejoignant.

Ce qui demande bien trois à quatre pas tant la douche est spacieuse.

- Je voulais te dire bonjour, avant de partir, s'explique-t-il avant de l'embrasser langoureusement.

- Mhmmm ! Le baiser du matin…

Quelques minutes plus tard, Duo se retrouve assis sur le sol mosaïqué, haletant et brumeux.

- À ce midi, timber.

- C'est ça… à toute à l'heure…

Il se laisse tomber sur le dos, l'eau chaude coulant autour de son corps.

- Ce mec est un aspirateur. « Heero 9000, l'aspirateur-humidificateur super puissant » !

- J'ai bien d'autres options.

- Grrrr ! Sors d'ici et laisse-moi radoter en paix !... Hey ? le rappelle-t-il.

- Hn. ?

- Je t'aime, soupire-t-il.

Heero garde le sourire et referme doucement la porte.

Lorsqu'il arrive en bas des escaliers, Quatre et Trowa l'attendent, un même grand sourire dévoilant leurs dents blanches.

- Alors, on a pris son Actimel© ? On a renforcé ses défenses immunitaires ? le questionne Trowa.

- Baka ! Quand je pense que Duo s'imagine Quatre plus dangereux que toi, soupire Heero en empruntant le couloir menant à l'une des sorties de sa demeure.

Quatre et Trowa s'embrassent rapidement.

- À tout à l'heure, chéri.

- Soyez prudents ! a encore le temps de leur adresser Quatre, avant de se diriger vers la cuisine, le sourire triste.

Au hangar…

Heero et Trowa libèrent leurs Gundams de leurs housses de protection.

- Tu l'as toujours ? demande ce dernier, en pointant la voiture recouverte d'une housse noir du menton.

- Hn.

- Tout le monde dit qu'elle est maudite.

- Foutaise.

- Trois pilotes professionnels sont morts, vieux.

- Des prétentieux, arrogants et méprisants. Ils se sont crus plus forts que ce que leurs consciences ne le leur permettaient.

Trowa ne répond rien, jette un dernier regard à cette ombre poussiéreuse et grimpe dans son Heavyarms.

- Ton casque.

Heero le lui lance.

- Nous n'avons pas besoin de communiquer par radio pour nous comprendre. Les émetteurs/récepteurs intégrés au casque nous sont donc inutiles.

- Ce n'est pas le moment d'être amnésique.

Trowa l'enfile, sans relever.

- Comment va-t-il ? demande Heero, après s'être lui-même installé à bord du Wing Zero.

- Comme à chaque anniversaire, soupire Trowa avant de faire rugir le moteur et de s'engager sur la piste.

- Il t'en parle encore ?

Heero l'imite dans un crissement de pneus.

- Non. Il préfère feindre.

- Hn.

Ils garderont le silence jusqu'à ce qu'ils rentrent au hangar, profitant au maximum de l'ivresse d'une course amicale.

Au même moment...

Duo descend en cuisine prendre son petit-déjeuner, à défaut d'en être un, et constate que Quatre s'y trouve déjà, sa tasse de thé posée devant son journal.

- Bonjour, Duo.

- Salut, Quat'. Bien dormi ? demande-t-il en cherchant un bol dans l'un des placards.

- Dormir ? Quelle drôle d'idée, le taquine-t-il. Inutile de sortir un bol, Heero te l'a préparé et placé au micro-ondes.

Duo sourit. Ce n'est pas la première fois qu'Heero lui prépare son chocolat, mais il pensait qu'il n'aurait pas le temps de le faire ce matin.

Alors que son lait chauffe, Duo observe l'homme d'affaires et mari du meilleur ami de son amant lire son quotidien.

- Tu es si sérieux. Cela te donne une tout autre allure.

Quatre lève le nez de son article et lui sourit.

- Ma destinée n'avait rien de réjouissante avant que je ne rencontre Trowa.

Le micro-ondes sonne. Duo prend son bol et va s'attabler à côté de son ami.

L'immense baie vitrée devant eux leur apporte toute la lumière naissante du matin et leur donne une vue imprenable sur le parc de la propriété et au-delà.

Malheureusement pour Duo, on y voit aussi très bien le circuit.

- J'adorerai savoir comment vous vous êtes rencontrés et comment cela s'est passé entre vous. Je me souviens de ce qu'il m'a dit le jour où 'ro et moi, on s'est mis ensemble…

- Fondus l'un dans l'autre, tu veux dire, le coupe Quatre.

- Tu voudrais peut-être que je prenne notre température, la prochaine fois ?

Quatre rit doucement.

- Je disais donc, reprend Duo. Tro' m'a dit que notre cas était similaire au vôtre. Que vous n'aviez pas vraiment eu le choix, si je ne me trompe pas.

- C'est vrai. J'ai bien l'impression que nous nous sommes « mis ensemble » aussi vite que vous.

Duo sirote sa boisson, les yeux plein d'espoir.

- Tu risques d'être déçu. Je n'étais pas de très bonne compagnie, à l'époque. Votre histoire est plus intéressante que la nôtre.

- Tu crois vraiment que je vais avaler ça ?

- Très bien, je te raconte.

- Attends ! Je prends mes tartines, la confiture et mes céréales.

- Heero t'aurait-il aspiré toute ton énergie, ce matin ?

- Quoi ?... Mais non, pas du tout.

- Mais que vois-je ? Tu rougis, ma parole.

- Pfff ! N'importe quoi ! C'est juste que…

- Que tu repensais à la dernière fois où Heero t'a longuement et délicieusement fait venir, le coupe Quatre, d'un air tout à fait naturel. Je me demande s'il connaît aussi bien le fond de ta gorge que moi. Vu comme ta mâchoire inférieure menace de se décrocher à chaque fois que nous bavardons tranquillement.

- Je… je… articule difficilement Duo.

- Je ne fais que mettre des mots sur ce que Heero et toi avez en bouche, tu sais. Oh ! fais attention à ne pas te renverser du lait sur ton pantalon, ce serait dommage de gâcher un breuvage aussi délicieux, sourit Quatre, avant de boire une autre gorgée de son thé.

- Qu'est-ce que tu veux que je réponde à ça ? ! Tu me coupes le sifflet, Quat'.

- Heero m'en voudrait, si je te coupais autre chose !

- Hush ! le coupe Duo, les yeux fermés. Plus un mot, espèce de détraqué.

- Aucun problème.

- Plus un mot sur 'ro et moi, mais je veux tout savoir sur vous deux. En espérant que je n'aurais pas à le regretter.

- Tout, ce serait trop long, mais je peux déjà commencer par le début. Ça te va ?

- Du moment que tu nous oublies !

- J'ai une excellente mémoire.

- Sans rire !

Flash back

AC 198, soit sept ans plus tôt, dans l'un des hangars de l'écurie des Gundams…

Heero et Trowa, tous deux jeunes prodiges de dix-huit ans, travaillent ensemble à la nouvelle stratégie d'attaque, lorsqu'ils sont interrompus par l'arrivée de deux personnes.

Ils relèvent le nez de leur schéma et posent leurs regards sur le jeune homme blond aux yeux turquoise, collé de près par un homme qui fait trois fois son envergure.

Le plus étrange ici, c'est qu'il donne l'impression d'être comme « éteint », las. Et l'on devine pourtant, aisément, qu'il devrait être lumineux et souriant.

- Vous n'avez rien à faire ici, les accueille chaleureusement Heero.

Lui et Trowa portent leurs combinaisons de pilote, mais ont défait le haut, nouant les manches autour de leurs bassins.

Ce dernier ne dit rien, étrangement. Non pas qu'il soit réputé pour être bavard, mais il n'aime pas plus qu'Heero qu'un intrus pénètre leur univers.

- Il n'est pas dans mes habitudes de forcer le passage de cette façon, mais vous n'avez donné suite à aucune de mes invitations.

Heero et Trowa ne répondent rien.

- Je suis Quatre Raberba Winner, reprend-il. Je souhaite ardemment vous voir participer à mon prochain gala de charité. Messieurs Chang et Merquise ont répondu présents au précédent.

- C'est étonnant, remarque Trowa, lui adressant la parole pour la première fois.

Quatre et lui s'observent beaucoup, depuis la première seconde où leurs regards se sont croisés. Mais si Trowa semble tout à fait partant pour la partie, Quatre ne lui renvoie que très peu de signaux.

- Maître Quatre, intervient son garde du corps. Je crois qu'il ne sert à rien d'insister. Votre père vous attend, il compte sur votre présence.

- Qu'il aille au diable ! s'emporte-t-il, le regard noir et glacial.

Clac !

Rashid vient de lui donner une gifle si forte que la tête de Quatre a pivoté sur le côté, dans un gémissement de douleur court et audible.

- Je suis honoré de l'amitié que vous me portez, mais je ne peux pas vous laissez insulter votre père.

Alors que Quatre se frotte doucement la joue, le regard dur envers son garde du corps et ami, les pilotes se demandent comment une telle chose a pu se produire.

- Je le déteste, Rashid ! Il ne m'a jamais aimé ! Je ne suis qu'un pion dans son jeu d'échecs.

- C'est faux. Votre père est un homme très occupé, il est vrai, mais il vous aime ; à sa façon. Vous devriez admirer son altruisme et son intégrité. Sans lui, mon peuple aurait disparu depuis longtemps et bien des institutions seraient corrompues.

- Je préférerais être mort, plutôt que d'être son fils !

Alors que Rashid baisse la tête, attristé par de tels propos, Trowa, le regard d'un vert émeraude éclatant, se rapproche d'eux en silence.

- J'en ai assez vu. Partons, décide Quatre.

Alors qu'il engage un pas dans le sens du départ, il est soudain attiré vers l'arrière et ne réalise ce qu'il s'est produit, que lorsqu'il se retrouve contre le torse musclé et parfumé de Trowa, sa main sur sa joue rougie par la gifle.

- Il me semble que je n'ai pas répondu à votre invitation.

Quatre détourne le regard, désarmé par sa voix suave et basse, ainsi que par son souffle qui lui caresse le visage.

- Faites comme bon vous semble. Cela n'a plus d'importance ; cela n'en a jamais eu.

- Je ne suis pas d'accord avec vous. Regardez-moi.

Quatre frissonne encore au son de sa voix, puis se concentre à nouveau sur son visage avant de soutenir son regard un long moment, sans que personne ne les interrompe.

- Je m'en moque. Faites ce que vous voulez, répète-t-il.

- Rassurez-moi, vous ne dites pas ça à tout le monde ?

- Je ne vois personne, à part Rashid, ma sœur et les associés de mon père, se livre-t-il sans s'en rendre compte.

- Que diriez-vous de me voir, moi ?

- Je risque de vous ennuyer.

- Vous risqueriez de revivre, le contre Trowa.

- Ça suffit. Lâchez-moi.

Le pilote fronce les sourcils, fait rare, tant il est impassible d'ordinaire.

Face aux refus de Quatre, Trowa décide de passer à la vitesse supérieure. Il le serre plus fort contre lui et niche son nez dans son cou, les faisant presque douloureusement frissonner.

- Ceci n'est pas envisageable.

Le cœur de Quatre rate plus d'un battement, avant qu'il ne puisse parler à nouveau.

- Comment oses-tu me toucher ? se rebelle-t-il d'une voix basse et menaçante.

- Je te veux, murmure Trowa d'une voix rauque, ses mains pressant ses reins. Tout de suite.

Quatre se mord fortement la lèvre de peur de gémir, tant il est déstabilisé par tant d'assurance, par son odeur, sa chaleur, la douceur de sa peau qu'il devine sous ses doigts refermés sur ses épaules nues, ses lèvres qu'il sent frôler son cou à chaque fois qu'elles remuent et par leurs désirs qui se font échos.

- Emmène-moi, chuchote Quatre afin que seul Trowa puisse l'entendre.

Autant dire « enlève-moi ».

Trowa relève le nez de son cou et s'adresse à Rashid.

- Je vais faire visiter l'écurie à Monsieur Raberba Winner, puis le raccompagnerai.

- Monsieur Barton, les ordres du Senior sont très clairs. Son fils doit rentrer avant la fin du banquet pour y rencontrer leurs investisseurs et actionnaires.

Trowa sent Quatre se crisper entre ses bras.

Muet, Heero ne se sent absolument pas concerné, si ce n'est qu'il devine Trowa très impliqué ; bien plus que pour un amant d'un soir, si attirant soit-il.

- Laisse, chuchote Quatre, déçu et sans vie.

- Accordez-lui quelques heures de liberté et je vous garantie qu'il rentrera, prêt à affronter sa destinée.

Rashid, témoin impuissant de la tristesse de l'héritier, pèse rapidement le pour et le contre.

- J'accepte. Sachez, cependant, que s'il arrive quoi que ce soit à Maître Quatre, je vous en tiendrais personnellement responsable.

- Je préfère rentrer tout de suite, dans ce cas, intervient Quatre.

- J'accepte les termes de l'accord, le contre Trowa, le regard ancré à celui du garde du corps.

- Bien. Maître Quatre, que décidez-vous ?

- Je reste, soupire-t-il après réflexion.

- Entendu. Je laisse une voiture devant l'entrée, si jamais vous vouliez partir plus tôt que prévu, et seul.

- Hum.

Rashid s'incline respectueusement, pose un dernier regard inquiet sur Quatre, puis s'en va.

Aucun ne bouge jusqu'à ce que l'imposante silhouette du garde du corps ne disparaisse.

- Bien. Tu as l'air d'avoir fait ton choix, lâche Heero avant de partir à son tour.

- Il ne t'en veut pas, tu sais, croit le rassurer Quatre. Il a même l'air content pour toi, mais je ne sais pas pourquoi.

- Je le sais, sourit Trowa.

Quatre hoche la tête.

- Le Heavyarms et le Wing sont exceptionnels, mais je les ai déjà vus et revus, dit-il, son regard posé sur les voitures de course à côté d'eux.

- Sandrock n'est pas mal non plus.

- Il est mon meilleur ami, mon unique échappatoire.

Trowa caresse à nouveau sa joue, plus rose que sa jumelle.

- Rashid n'a pas tout à fait tord. Senior est connu pour avoir un comportement exemplaire.

Les yeux de Quatre tournent à l'orage, tandis qu'il tente de se défaire de son étreinte.

- Chuuut. Ne bouge pas, murmure Trowa, la voix rauque.

Quatre sent le sol se dérober sous ses pieds.

- Ce regard-là n'est pas le tien, affirme-t-il tout en maintenant son visage levé vers le sien, un doigt sous son menton.

- Qu'en sais-tu ?

- Tu es un astre, Quatre. Tu es censé briller en permanence.

- C'est ça, ta technique de drague ? Pour qui me prends-tu ?

- Pour quelqu'un qui m'a tutoyé le premier, qui s'accroche à moi comme à une bouée de sauvetage et qui répond à mon désir depuis le début.

Quatre ne trouve rien à répondre. Pire, il gémit fortement lorsque le pilote presse savamment son bassin contre le sien et le fait haleter.

- Touché, ajoute Trowa.

Il prend d'abord le temps de frôler ses lèvres, son regard ancré au sien, avant de les presser plus ou moins longuement en de chastes baisers.

Quatre se laisse faire, comme hypnotisé, tandis que Trowa l'entraîne jusqu'à une porte de sortie.

- C'est presque ça, susurre-t-il, contre ses lèvres.

- De… de quoi parles-tu ?

- Ton regard s'illumine, mais il manque encore quelque chose.

- Quoi ?

- Moi, répond-il, avant de l'entraîner dans une série de baisers plus fougueux et de le porter jusqu'à sa loge. Tu as le droit de me dire non, à n'importe quel moment, l'informe-t-il, alors qu'il lui caresse les reins sous sa chemise.

Quatre rouvre les yeux, le cœur battant.

- Je ne vois pas pourquoi tu me dis ça.

Trowa sourit tout en ôtant ses vêtements.

Il attend de se retrouver totalement nu pour lui répondre.

- Parce que tu n'as jamais eu ce type de relation avec un homme.

- Qu'en sais-tu ?

Trowa s'avance à nouveau vers lui, tel un félin, avant de le déshabiller lentement, intégralement.

- Parce que tu trembles de désir et d'appréhension, souffle-t-il sur sa nuque. Parce que tu hésites à me regarder, comme maintenant.

Il place sa main sur sa joue, relevant son visage vers le sien, et de l'autre, rapproche leurs deux corps jusqu'à presser leurs désirs l'un contre l'autre.

- Mhmmm !... Ne pourrais-tu donc pas me donner ce dont j'ai besoin ?... J'ai envie de toi, Trowa Barton. C'est tout ce qu'il y a à savoir.

- J'ai envie de toi, Quatre Raber…

- Non, le coupe-t-il, la main sur ses lèvres. Juste Quatre.

- Quatre, répète Trowa avant d'aspirer la pulpe de ses doigts.

Puis il l'embrasse profondément, caressant son corps nu et frémissant contre le sien.

Fin flash back

- Et alors, c'était vrai ?

- Quoi donc, Duo ? fait-il mine de ne pas comprendre.

- Tro' était ton premier amant ?

Quatre sourit, mais ne répond pas.

- Tu vas me le dire, hein ? Je sais des trucs sur 'ro, ajoute-t-il face à son silence.

- Comme ?

- Tro' avait vu juste ?

Les deux amis se sourient, malicieux.

- Trowa a fait preuve d'un tel respect et d'une telle douceur…

Quatre se perd un instant dans son souvenir, puis il ajoute.

- Oui, il est le seul homme à m'avoir touché de cette façon.

- Et après ? demande Duo, les yeux pétillants de curiosité.

- Après, quoi ?

- Hey, oh ! On se réveille l'empathe ! Lis donc un peu dans mes pensées.

- Je ne suis pas télépathe.

- Quatre !

- Eh bien, on s'est marié, sourit-il.

- Pfff ! Bien sûr. Vous avez sauté du lit et vous vous êtes mariés en boxer.

Quatre rit, le nez dans sa tasse.

- C'est mon père qui aurait été content !

- Allez, quoi ! Raconte à Doudou !

- Doudou ?

- C'est Hilde qui m'appelle comme ça. Je te raconterai… Si tu me dis la suite.

- Je vois que je n'ai pas le choix.

Flash back

Sept ans plus tôt, à la loge de Trowa, deux heures plus tard…

Quatre s'éveille doucement, encore dans les brumes d'un sommeil court, profond et réparateur.

Mais lorsqu'il reprend pied dans la réalité, il se tourne sur le côté et se met à pleurer.

- Chuuut, mon ange, murmure Trowa. Viens-là...

Quatre ne peut résister à ses appels, quels qu'ils soient. Il se blottit donc dans ses bras chauds et rassurants avant de nicher son visage dans son cou.

- Que se passe-t-il ? demande ensuite Trowa, inquiet, tandis qu'il lui caresse les cheveux et la nuque.

- Tu m'as trop donné… Comment je vais faire, maintenant ?

- Que veux-tu dire ?

Mais Quatre ne lui répond pas, préférant s'enfermer dans son mutisme.

- Je n'ai jamais fusionné avec qui que ce soit, reprend alors Trowa.

Quatre se tend légèrement.

- Tu es mon ange…

- Arrête… gémit l'ange en question.

- Mon élu, continue Trowa. Je t'aime, Quatre Raberba Winner.

- Tais-toi ! crie-t-il contre son cou.

- Je t'aime.

- La ferme !

- Je… Mhmmm ? !

Quatre le faire taire d'un baiser rageur, ses yeux ancrés aux siens. Mais bien vite, leur échange devient tendre et fougueux ; Quatre y mêlant quelques-unes de ses larmes.

- Non… C'est impossible.

- Nous deux, c'est pour l'éternité.

- Quand bien même, on ne doit pas se revoir ; jamais.

En évitant soigneusement son regard, Quatre tente de quitter le lit. Mais Trowa le retient et l'y plaque fermement, son corps collé au sien, ses mains emprisonnant les siennes au-dessus de sa tête.

- Arrête… gémit Quatre, d'une voix faible et désespérée.

- Ce n'est pas ce que tu disais tout à l'heure.

- Ne fait pas l'imbécile ! Mon père n'acceptera jamais notre relation.

- Laisse-moi lui parler.

- Je t'en prie, ne complique pas les choses. Je…

- Dis-moi que tu ne m'aimes pas, le coupe Trowa, son regard d'un vert émeraude intense et brillant plongé dans celui redevenu turquoise clair et lumineux de Quatre.

- Ne fais pas l'enfant !

- Je préfère être anéanti par ce mensonge plutôt que de survivre à ton départ.

Quatre verse encore quelques larmes avant de finalement détourner son visage.

- Bien, reprend Trowa avant de l'embrasser sur la joue et de lui murmurer à l'oreille. Tu dois absolument renouer le contact avec ton père, jusqu'au jour où je pourrai enfin lui être présenté en tant que futur gendre.

Il obtient l'effet escompté. Quatre tourne brusquement son visage vers lui, les yeux grands ouverts.

- Qu'as-tu dis ?

- Veux-tu m'épouser ?

- Tu es fou ?

- De toi.

Quatre tente encore de s'enfuir, mais Trowa le retient sans mal.

- Trêve de plaisanterie. Je dois rentrer.

- Tu dois vivre ta vie.

- Tu n'es qu'un inconscient, naïf et fougueux ! Tu ne sais pas dans quoi tu t'engages.

- Veux-tu devenir mon époux ?

Si Quatre frissonne devant tant de détermination, de calme et de douceur mêlés, il n'a pas le temps d'accepter ou de refuser que Trowa se penche sur son oreille et lui mordille savamment l'un de ses points les plus érogènes, tout en ondulant son bassin contre le sien.

- Mhmmmm !

- Viens avec moi, mon amour. Viens...

- Trowaaa !

- Ne joue pas avec nos vies… lui demande-t-il avant de l'embrasser et de ralentir le rythme jusqu'à s'immobiliser, désireux de le laisser parler.

- Qu'est-ce que tu crois ? halète Quatre. Moi non plus… je n'ai pas envie de crier un autre nom que le tien, mais je suis réaliste.

- Tu n'es pas toi-même.

- Je suis…

- Eperdument amoureux de moi, le coupe Trowa. Fais-moi plaisir, annihile cette colère qui te ronge.

Quatre n'a plus aucune carte en main. Trowa le contre tout le temps et Quatre sait que son pilote peut lire en lui, comme dans un livre ouvert ; ce qui constitue une situation nouvelle et déstabilisante pour l'héritier.

Se sentant au pied du mur, il ferme les yeux un instant, tournant son visage d'un côté puis de l'autre en soupirant.

- Tu me mets devant le fait accompli !

- Pas tout à fait, mais on peut voir ça comme ça.

- Je déteste ça !

- Je peux comprendre.

Quatre soupire encore et encore, tandis que Trowa déplace sa prise de ses poignets à ses mains avant d'entremêler ses doigts aux siens.

- Je… J'ai tellement envie d'être avec toi, frissonne Quatre sous la caresse.

- Un mot et notre vie commence.

L'héritier hoche la tête, rouvre les yeux et verse ce qu'il croit être ses dernières larmes.

- Je t'aime.

- Je sais.

- Je ne t'en voudrais pas, si tu m'abandonnais en cours de route.

- Plutôt mourir.

Quatre et lui se regardent un long moment en silence.

- Oui… Oui, Trowa.

Le pilote lui caresse le front, dégageant quelques-unes de ses douces mèches blondes au passage, puis glisse son doigt sur son nez avant de s'arrêter sur ses lèvres, qu'il entrouvre légèrement.

- De là, tout devient possible.

Fin du flash back

Duo a fini son petit-déjeuner et l'écoute attentivement, ses cheveux ondulés réunis sur une épaule.

- Ensuite, et bien, j'ai renoué le dialogue avec mon père, continue Quatre. J'ai appris à connaître Heero et voyais Trowa à sa loge le plus souvent possible. Au bout de deux mois, j'ai pu lui présenter mon fiancé.

- Ça s'est bien passé avec ton père ?

- Un grand oui ! Il n'a pas été très agréable au début, mais il a vite compris qu'avec son accord ou non, nous allions nous marier. « Votre fils porte en lui l'espoir d'une paix éternelle » lui a déclaré Trowa, sûr de lui, sourit Quatre à ce souvenir. Mon père est resté sans voix. J'ai dû lui jurer sur mon honneur que je ne lui avais rien soufflé.

- Pourquoi ?

- Parce que la seule chose que mon père m'a confié sur ma mère, c'est ce qu'elle lui a dit juste avant de mourir, alors même qu'il me tenait dans ses bras : « Notre fils porte en lui la lumière des âmes ».

- Waoh ! C'est beau et tellement vrai, s'émeut Duo.

Quatre lui sourit et incline légèrement son buste.

- Vous vous êtes mariés rapidement, non ?

Quatre détourne son visage, son regard perdu vers le parc.

Duo est très étonné par ce soudain revirement d'attitude. Son ami lui paraît bien triste, tout d'un coup.

- Après la mort du Senior.

- Excuse-moi, je ne voulais pas être indiscret.

- Tu ne l'as pas été. Pardon de m'être fermé ainsi.

- Quatre…

- Alors, que sais-tu sur Heero que j'ignore ? le coupe-t-il.

- Rien du tout ! sourit Duo. J'ai dit que je savais des trucs sur lui, mais pas que tu les ignorais.

- Petit malin ! C'est tout à fait frustrant.

- Je sais, rit Duo.

- Et « Doudou » ?

- Ah ! Oui. Attend un peu que je me concentre…

Flash back

Une semaine plus tôt : Départ de chez Duo, trois semaines après l'arrivée d'Heero…

- 'ro, tu peux me descendre mon oreiller, s'il te plaît ?

Depuis ce matin, Heero aide Duo à faire ses bagages. Comme convenu, ils partent pour Vancouver où Heero pose ses valises dès qu'il le peut, et où il a fait construire sa piste privée, il y a cinq ans. Elle n'a pas les dimensions hallucinantes de celle de Quatre, mais reste tout de même impressionnante pour le commun des mortels.

Heero le rejoint, l'objet réclamé et sa trousse de toilette en main.

- Certes, Vancouver est mon refuge, mais j'ai tout de même de quoi t'offrir le confort minimum, timber.

Heero n'a jamais fait venir aucun de ses amants dans ce qu'il considère être son chez lui. Même Relena n'y a jamais séjourné plus d'un mois, en tout et pour tout.

- Je sais, amour. Mais celui-ci est ergonomique.

- Ergonomique.

- Exactement. Il épouse parfaitement ma nuque et me permet de dormir le dos bien droit.

Heero le regarde, le sourire en coin.

- Oui, bon, ça va ! Ce n'est parce que je ne m'en sers plus, préférant nettement dormir sur toi, que je vais le jeter !

- C'est surtout que je suis nettement plus « ergonomique ». Surtout lorsque nous « discutons ».

Duo lui sourit, le regard pétillant.

- En parlant de ça, comment vont-ils ? Tu as eu Tro' au téléphone tout à l'heure, non ?

- Hn. Ils nous rejoignent à la villa dans une semaine.

- Okay. Ça me laissera le temps de visiter et de m'habituer à…

- L'ergonomie du lieu ? le coupe Heero, coquin. Je dois bien avoir un placard ou deux.

La sonnette ne couvre pas le rire de Duo, mais ils n'ont pas le temps de se tourner vers la porte qu'elle s'ouvre à la volée.

- Doudouuu !

Une jeune femme brune, de taille moyenne, entre sans attendre d'être invitée et se jette sur Duo, lui grimpant dessus.

- Viens ici, que je t'embrasse.

- Hilde, non…

Manqué.

Elle a le temps de presser ses lèvres sur les siennes deux secondes, avant qu'Heero ne la tire en arrière, l'obligeant à dénouer ses jambes d'autour de Duo, et ne la dépose devant la porte.

- Hey, là ! Faudrait voir à… Oh ! mon Dieu !

- Hilde, je te présente…

- HEERO YUYYYY ! AAAAAAAAAAAAAAAAAAAH ! AAAAAAAAAAAAH ! ! ! Non, j'y crois paaaaaaaaaaas !

- Chacun ses amis, grimace Duo, tandis qu'il se bouche les oreilles.

Impassible, Heero lui tend la main, désireux qu'il se rapproche de lui.

Pendant ce temps, Hilde effectue une danse indienne en sautillant sur le sol et en tournant sur elle-même, les poings serrés devant son visage.

- Hey, oh ! Moumoune ! T'as pas bientôt fini ton cirque!

- Je déteste quand tu m'appelles comme ça !

- Tu sais très bien que j'ai bien pire en réserve.

Elle lui tire généreusement la langue, avant de reporter son intention sur la célébrité qui serre Duo tout contre lui.

- Vous… vous êtes ensemble, hein ? Vrai de vrai ?

- Non. Iceman est le roi des Pandas et il tient tout le monde dans ses bras !

- Tu me l'as même pas dit ! J'y crois pas !

- C'est tout récent, bébé et je n'avais pas envie de le faire fuir.

- Pfff !

Les yeux brillant d'admiration, elle demande au pilote, sans oublier de glousser :

- Monsieur Heero Yuy…

- Et c'est le monde qui s'écroule, la coupe Duo.

- La ferme, faux frère ! Dites, je pourrais avoir un autographe ?

- Tu peux aussi la toucher, 'ro. Ça ne la dépaysera pas de ne pas se laver.

Hilde va pour lui faire regretter ses paroles, en deux-trois coups bien placés, qu'Heero l'arrête d'un regard dissuasif et d'un léger mouvement visant à protéger son amant.

- Eh ouais ! C'est bête, hein ? fanfaronne Duo.

Hilde l'ignore et sourit à Heero.

- Si j'avais aimé les hommes, j'en aurais voulu un comme vous.

Duo pouffe de rire.

- Tu rêves, chouquette ! P'têtre Joe, à la limite.

- J'en connais un qui ne pourra bientôt plus transmettre ses chromosomes, lui promet-elle en relevant ses manches.

- Tout doux, la belle. Timber est à moi et je tiens à ce qu'il soit opérationnel.

Autant Hilde que Duo se figent, la bouche grande ouverte.

C'est Duo qui la referme en premier et sourit, tout heureux.

- T'as entendu ça ?

- Ouais ! J'ai entendu, marmonne Hilde, contrariée. Dites, je peux prendre une photo ?

- J'suis prêt ! répond Duo, tout sourire.

- Pas de vous deux, imbécile ! Lui et moi, ajoute-t-elle, souriante.

Fin du flash back

Quatre rit à gorge déployée, tandis que Duo sourit à ce souvenir.

- Elle te ressemble, cette Hilde.

- On s'entend bien, c'est vrai.

- Elle a dû plaire à Heero.

- Disons qu'il est rassuré de la savoir lesbienne ! Vu qu'elle me saute dessus et que je l'appelle par à peu près tous les noms de pâtisseries et de viennoiseries, sourit-il. Dis, je peux te poser une question ?

- Bien sûr.

- J'ai cru comprendre que tu ne pilotais plus du tout…

- C'est exact.

- Sandrock a une allure folle, tu as un circuit de dingue et ton mari adore piloter… Pourquoi avoir arrêté ?

Quatre hausse les épaules, un léger sourire aux lèvres.

- Je n'ai plus envie.

Duo prend le temps de la réflexion avant de reprendre.

- Tu m'as dit que tu laissais Trowa piloter par amour, c'est bien ça ?

Quatre fronce les sourcils ; il sent bien que Duo a une idée derrière la tête.

- Oui.

- Je comprends ce que tu ressens, parce que j'avais adopté la même attitude envers Solo ; tu m'as aidé à ouvrir la dernière porte et je t'en suis extrêmement reconnaissant.

- C'est rien, sourit-il timidement.

- Mais ce n'est pas ce que je ressens pour ma « braise sur pattes ». Je l'aime, mais je ne le « laisse » pas faire ci ou ça. Je ne me vois pas lui donner « l'autorisation de », et inversement.

Quatre est de moins en moins à son aise.

- Si tu veux jouer sur les mots, se ferme-t-il.

- Pour être plus clair, j'avais peur pour Solo, ce qui n'est pas le cas pour Heero.

- Qu'essaies-tu de dire ?

- Personne n'a oublié la démission de Trowa en tant que pilote professionnel, juste après son accident et avant votre mariage.

- Tu attaques sans prévenir.

Quatre n'est plus du tout d'humeur à plaisanter.

- Il n'est pas nécessaire d'être empathe pour deviner d'où vient cette ombre dans ton regard.

- Ne te sous-estime pas, Duo. J'ai vite compris que tu étais quelqu'un de subtil et d'une grande intelligence.

- Merci. Tu m'as aidé à faire mon deuil, je me sens redevable.

- Ne le sois pas. Maintenant, si tu veux bien m'excuser, j'ai du travail, clôt-il la discussion en se levant.

- D'accord. Pas de problème, Quat'. On se voit tout à l'heure ?

- Hum.

Quatre sort de la cuisine sans perdre de temps, la gorge douloureuse d'avoir retenu son chagrin.

Duo est à la fois gêné et peiné de le savoir dans cet état, alors qu'il fait tant pour les autres.

- J'ai besoin de te voir, 'ro… Pfff ! Maudit circuit !

Contrarié, tiraillé entre l'envie irrépressible de voir son amant et le malaise qu'il ressent à l'idée de se rapprocher du site, Duo décide pourtant de s'y rendre d'un pas rapide, les mains enfoncées dans les poches de son jean, une veste en cuir noir recouvrant partiellement son tee-shirt rouge.

Quelques minutes plus tard…

Le complexe est à dix minutes à pieds de la villa, mais le parc est si beau, si apaisant que Duo en profite pour prendre son temps et se détendre un peu.

Mais à l'instant même où il pose un pied sur le sol lisse du hangar, une bouffée nauséeuse monte en lui.

- Duo ? !

L'interpellé relève le nez et rouvre les yeux pour s'apercevoir que les deux pilotes sont rentrés et le regardent avec un mélange d'étonnement et d'inquiétude.

Heero s'approche de lui et le prend immédiatement dans ses bras.

- Serre-moi fort, 'ro.

- Il s'est passé quelque chose ? veut savoir Trowa, les sourcils froncés.

- Non, rien. Désolé, je ne voulais pas vous inquiéter. Mais j'avais tellement envie de te voir.

- Je suis là, timber.

Duo hoche la tête, le nez niché dans son cou.

- Ton odeur me permet de faire face à cet endroit. Mais faut pas que tu me décolles.

- Aucun risque.

- C'est que tu serais pire que Relena !

C'est parce que Duo rit à la remarque de Trowa qu'Heero se permet de sourire à son tour.

- Tro', je voudrais m'excuser pour ce que j'ai fait. Tu trouveras sûrement ton mari en train de travailler et peu causant.

- Explique-toi.

- Quat' ne me semble pas très bien, même s'il n'a pas manqué de me rendre mal à l'aise avec ses remarques à deux balles !

- Je ne vois pas en quoi tu as fait quelque chose de…

- Attends, le coupe-t-il. J'ai fait le lien entre pas mal de choses vous concernant et j'en suis venu à la conclusion qu'il avait peur pour toi. Il n'aime pas te savoir aux commandes d'une voiture de course.

Trowa soupire.

- Je sais. Ce n'est pas la bonne période pour nous deux.

- La mort du Senior, devine Duo.

- Oui, mais pas seulement. Six mois après nos fiançailles, lorsque son père est mort assassiné par un partisan de la paix déçu par ce qu'il croyait être l'œuvre du Senior, Quatre a littéralement explosé de colère.

- Hn. Nous avions tous les trois rendez-vous à l'écurie, mais lorsque Trowa et moi sommes arrivés, Quatre avait pris les commandes du Wing Zero, alors encore au stade expérimental.

- Il s'est senti trahi par ceux qu'il croyait être les siens.

- C'est compréhensible. Cet abruti a tué son père en se basant sur des ragots !

- Rien ne saurait justifier une telle perte de maîtrise, sévit Heero.

- Chéri… ? !

Duo ne comprend pas ce brusque revirement d'attitude, surtout envers Quatre.

- Heero, s'il te plaît.

- Le Heavyarms était en révision et le Wing n'était plus, détruit à la fin de la dernière course, reprend Heero, imperturbable. Trowa et moi l'avons donc rejoint à bord du Vayeate et du Mercurius.

- À en croire les « sept nains », vous les avez bousillés en un rien de temps !

- Quatre n'y a pas été de main morte, lui répond Heero, ignorant le regard noir de son ami.

- Je ne comprends rien...

Trowa et Heero échangent un regard.

- Asseyons-nous. Puisque Trowa me donne son accord, je vais te raconter ce dont personne n'a été témoin.

Ils s'installent simplement à même le sol, Duo tout contre Heero, ayant complètement oublié qu'il se trouvait dans un hangar.

Flash back

Six mois après la rencontre de Trowa et Quatre…

Trowa et Heero arrivent calmement au hangar du Docteur J., quand ce dernier les interpelle.

- Arrête-le, Heero.

- Que se passe-t-il ?

- Quatre a perdu patience et m'a volé le Wing Zero.

- Et alors ? demande Trowa.

- Ce Gundam est un prototype qu'Heero n'a pas encore essayé.

- Et alors ? demande Heero.

- Tout comme le Wing, ce Gundam est d'une grande maniabilité et est capable d'atteindre des pics de vitesse inégalés, mais le système zéro, dont il est doté, relie directement le cerveau du pilote aux commandes de la voiture.

- C'est presque comme si il pilotait par la pensée. Et selon les capacités du pilote...

- Oui, Heero. Mais il faut avoir une endurance à toute épreuve pour maîtriser une pareille technologie. C'est étonnant qu'il ne soit pas déjà mort.

Ni une ni deux, les deux pilotent sautent dans leurs voitures de courses de remplacement : le Vayeate pour Trowa et le Mercurius pour Heero.

- Cette piste est l'une des plus dangereuses. Pour un peu, les voitures voleraient à chaque virage !

- Je sais, répond Heero.

- Le voilà. Ton futur Gundam a fière allure, remarque Trowa.

Quatre, à bord du Wing Zero, s'immobilise à l'autre bout de la piste et leur fait face.

- Fais attention. Il n'est pas comme d'habitude.

- Quatre est un être pacifique, Heero. Tout va bien se passer.

- N'en sois pas si sûr.

- Quatre, tu nous entends ? le contacte Trowa par radio.

Pas de réponse.

- Quatre, mon ange…

Soudain, la voix de Quatre résonne, sombre, lente et inquiétante.

- Dégagez de là.

Heero crispe ses mains sur le volant, prêt à en découdre, tandis que son ami tente de dénouer le problème.

- Quatre, rentrons au hangar et discutons, tu veux ?

- Laisse-moi… tranquille.

- Chéri, ton père n'aur…

- Ne me parle pas de mon père ! l'agresse-t-il.

- Trowa, arrête. Tu ne pourras pas le raisonner.

- Quatre, mon amour, je…

- Foutez-moi la paiiiiiiiix ! ! !

Sans plus attendre, Quatre s'élance vers eux à plus de quatre cents kilomètres heure.

- Trowa ! Il te fonce dessus !

- Je ne bougerai pas, Quatre.

- Je t'aurais prévenu, lui répond-il.

- Pousse-toi de là ! hurle Heero, en vain.

Même s'il le voulait, Quatre ne pourrait pas dévier de sa trajectoire. Aussi, Heero décide de limiter les dégâts en s'élançant le plus vite possible entre lui et sa cible.

- Quatre, tu vas tuer Trowa ! !

- Hein ? ! Heero ? ! Trowa ? ! s'affole Quatre, semblant prendre soudainement conscience de l'inévitable et tragique accident.

Il vient tout simplement de se déconnecter du système Zero, mais il est trop tard.

Le Gundam touche l'aile avant du Mercurius, l'envoyant littéralement voler dans les airs, tandis qu'il éventre le Vayeate de part en part.

Le Wing Zero n'a rien. Pas même une égratignure.

Le Mercurius est sérieusement abîmé, mais son pare-choc hors norme a sauvé la vie du pilote.

Le Vayeate, quant à lui, est presque totalement détruit.

- TROWAAAAA ! NON ! NON ! NON !

Quatre sort sans plus attendre de la voiture et court en direction du Vayeate.

- TROWAAAAA ! TROWAAAAAAAAAAA !

Ses larmes, sa peur et son chagrin l'empêchent de voir Heero qui se précipite sur lui avant de lui sauter dessus et de le plaquer au sol.

- Heero, laisse-moi le voir ! Je t'en prie, il peut encore être sauvé…

- Ça suffit ! Tu en as assez fait comme ça !

Alors qu'il tente de se relever, Heero l'immobilise à nouveau.

- Heero…

- Hn ? !

- Ne sois pas trop dur… avec lui…

- TROWA ! TROWA ! hurle encore Quatre, qui vient également de l'entendre.

-…

- AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH ! ! ! NON ! NOOOOOOOOON !

Heero ne dit rien, mais ferme fort ses paupières et ses poings.

Alors qu'ils entendent les sirènes de l'ambulance et des camions de pompiers, Heero relâche progressivement son étreinte autour de Quatre, puis tombe au sol, au bord de l'inconscience.

- Heero ? ! Heero, tu m'entends ?

Mais Heero n'a rien à lui répondre. Il lui en veut. Quatre vient peut-être de lui enlever son meilleur ami.

- Je vous demande pardon… Je suis tellement désolé...

- Monsieur, veuillez vous écarter, s'il vous plaît.

- Ou… oui.

Heero finit par sombrer dans un profond sommeil.

Fin du flash back

Duo est en pleurs et a bien du mal à s'arrêter. Alors Heero le berce et lui frotte doucement le dos, parsemant son cou de doux baisers.

Trowa ne dit rien, peiné de ne pas arriver à apaiser son mari depuis tant d'années.

Les deux pilotes attendent que Duo se calme, en silence, jusqu'à ce que ce dernier prenne la parole.

- C'est horrible.

- Hn. La suite n'a pas été facile non plus…

Flash back

À l'hôpital, quatre jours plus tard…

Heero ouvre doucement les yeux et tombe presque immédiatement sur Relena.

- Heero ?... Infirmières ! Il s'est réveillé.

- Trowa…

- Ne bouge pas, Heero.

- Trowa, répète-t-il, le regard noir.

La jeune femme se recule légèrement.

- Il est dans le coma. Quatre le veille jour et nuit. Je m'inquiète pour lui.

Heero se lève aussitôt et ôte ses divers fils le reliant aux machines, défiant les aides- soignantes et sa petite amie de l'en empêcher.

D'un pas assuré, il rejoint la chambre de son ami, sa chemise d'hôpital laissant entrapercevoir son parfait fessier.

- Heero ! Comme je suis heureux de te voir debout, l'accueille chaleureusement Quatre, affaibli et amaigri.

- Comment va-t-il ? lui demande Heero sans le regarder.

Quatre se mord la lèvre et pleure en silence, sans s'en rendre compte.

- Il est…

Bip bip bip

- Mon dieu ! s'exclame Relena. Trowa se réveille !

Quatre, méconnaissable, fantomatique, se précipite sur lui.

- Trowa ? Doucement… prend ton temps…

Quatre lui prend tendrement la main et la lui caresse.

Heero, qui s'est également rapproché, observe la scène avec plus de réserve.

Trowa finit par ouvrir complètement les yeux et les poser sur les mains de Quatre tenant si précieusement la sienne. S'en suit alors un balayage complet de la pièce.

- Où… suis-je… ? Qui… êtes-vous ?

- Trowa…

- Trowa ? Est-ce… mon nom ?

Quatre ouvre la bouche, mais aucun son ne peut en sortir. Son regard est à présent totalement voilé par ses larmes et il ne tarde pas à s'écrouler dans les bras d'Heero.

- Calme-toi, Quatre.

Mais il n'a plus aucune force ; il abandonne. Alors Heero le prend complètement dans ses bras et le porte jusqu'à sa chambre où il l'allonge sur ce qui fut son lit.

- Je veux mourir, implore Quatre, totalement désemparé. Ma vie sans lui à mes côtés… ne vaut pas la peine d'être vécue… Mhm ? ! Qu'est-ce que tu fais ?

- Je te mets sous intraveineuse. Tu commences à te déshydrater.

- Mais…

- Tu vas te battre, le coupe Heero. Pour lui et pour toi, aussi.

- Je… je ne sais plus où j'en suis.

- Trowa est en vie.

- D'une certaine façon, je la lui ai quand même ôtée !

Heero, qui ne lui a que très peu adressé de regards jusqu'à maintenant, le fixe intensément.

- Ce n'est pas une amnésie permanente.

- Comment ça ? !

- J'ai jeté un œil à son dossier.

Quatre pleure de plus belle.

- Je suis prêt… à tous les sacrifices… mais je supplie tous les dieux réunis… de sauver mon Trowa…

Heero se décrispe peu à peu, voyant à quel point Quatre tient à lui.

- Calme-toi.

- J'ai… froid…

- Hn.

Sans hésiter et avec un grand naturel, Heero se glisse à ses côtés et le prend dans ses bras.

- Heero ? !

- Dors.

Quatre se blottit contre lui, surpris de sentir son corps dégager autant de chaleur.

- Tu m'en veux encore.

- Ça passera.

- Non, je ne veux pas ! Tu dois m'en vouloir, Heero. Toujours.

- Tu ne sais plus ce que tu dis.

- Trowa m'aurait pardonné si…

- Trowa ne t'en tiendra jamais rigueur, le coupe-t-il.

- Je sais. C'est pour cette raison que je te demande de préserver cette rancune à mon égard.

- Tu commences à m'énerver, Quatre.

- Fais-le ! Puisqu'il ne me condamnera jamais, juge-moi coupable. Je veux être hanté par le remord.

- Arrête.

- Comment payer autrement ? Le quitter reviendrait à le punir, lui aussi.

Excédé, Heero lui attrape la mâchoire.

- Écoute bien ce que je vais te dire. Que tu me crois ou non, tu es maintenant capable de maîtriser le système Zero.

- Non...

- Tu es quelqu'un de bien, Quatre. Ton altruisme et ton empathie sont à la fois tes forces et tes faiblesses. C'est à toi d'apprendre à t'auto-protéger. Tu peux t'isoler de ton environnement, mais pas de lui.

Quatre reste sans voix.

- Je ne peux rien pour toi. Tu es le seul à savoir quoi faire, mais au besoin, sache que je répondrai présent.

Le Prince du Désert hoche la tête, ses grands yeux plongés dans ceux du pilote.

- Maintenant, dors.

Heero relâche la pression et fait disparaître les larmes de Quatre par de douces caresses sur ses joues.

- Tu mérites tellement d'être heureux, Heero.

- Hn.

- Ce n'est pas elle, tu sais.

- Prie donc pour ton futur mari et fous-moi la paix.

Quatre se blottit à nouveau dans ses bras avant de s'endormir profondément.

Fin du flash back

- J'ai retrouvé la mémoire au bout de quatre jours, précise Trowa. Une éternité pour mon entourage.

Duo parvient à contenir sa tristesse, le nez niché dans le cou d'Heero.

- Je regrette. Je n'aurais jamais dû aborder le sujet. Quel imbécile, je fais !

- Hey ! le gronde Heero.

- Heero a raison. Tu as fait ce que j'aurais dû faire depuis longtemps.

Duo renifle aussi discrètement que possible.

- Même. J'ai pas été très fin.

- J'imagine, le taquine Trowa, désireux de détendre l'atmosphère.

- 'ro, t'as entendu ? Il « m'imagine » !

- Hn.

- Et ça ne te fait rien ?

- Que du bien, mon ange.

Duo ouvre grand la bouche, son regard allant de Trowa à son amant.

- Trowa, sors de ce corps ! adresse-t-il à Heero, ses deux mains faisant pression sur ses joues lui fripant le visage.

Son pilote lui renvoie ce qui aurait dû ressembler à un sourire avant de rapidement l'embrasser.

- Je comprends que tu aies décidé d'arrêter, Tro'.

- Même si cela ne m'a posé aucun problème, je n'ai pas vraiment eu le choix. Heureusement pour moi, je suis doué et j'adore la mécanique.

- Tu n'as pas eu le choix ? Mais pourtant, Quatre m'a dit qu'il te laisse piloter, parce qu'il t'aime, justement.

- Hum. Il te parle de ce qui est devenu un passe-temps.

- Je suis perdu, là.

- Ma mémoire fraîchement retrouvée, je n'ai pas pu parler de mon travail plus de deux minutes.

Flash back

À l'hôpital, huit jours plus tard…

Quatre ne décolle plus de son fiancé. Tous deux allongés et enlacés sur le lit de Trowa, ils discutent de tout et de rien, en attendant l'arrivée d'Heero et Relena.

- Je suis si désolé pour ton père.

- Moi aussi. Mais le plus important, c'est qu'il soit parti avec l'assurance que son fils l'aime plus que tout et surtout, que son œuvre perdurera bien après lui.

- Hum.

Ils restent un moment silencieux, avant que Trowa ne reprenne.

- On peut reculer la date du mariage, si tu veux.

- Non. Mon père n'aurait pas souhaité que nous cessions de vivre et d'avancer.

- Je le pense aussi, murmure Trowa avant de déposer un long et doux baiser sur son front.

Toc toc toc

- Entrez !

Si Quatre les invite avec joie, il ne bouge cependant pas d'un millimètre.

- Bonjour, vous deux ! s'avance Relena, armée d'un panier remplit de fruits exotiques frais.

Les minutes passent et c'est inévitablement qu'Heero et Trowa en viennent à parler de Formule Un.

- Je pense pouvoir participer à la prochaine saison. Le Heavyarms est prêt.

- Hn. Docteur J. veut que j'utilise le Wing Zero.

- Pourquoi tant d'empressement ?

- Merquise a acquis la même technologie. Il conduit sa nouvelle voiture : l'Epyon.

- Hum. Le temps pour moi de signer les papiers de sortie et je fais des essais avec mon Gundam. Je n'aime pas trop que quelqu'un d'autre que moi… mhmm ? !

- Pardon, s'excuse Quatre.

Rendu nerveux par la décision de son fiancé de continuer son métier, Quatre vient de s'appuyer sur ses côtes cassées.

- Ce n'est rien.

Trowa l'embrasse sur le front avant d'échanger un discret regard entendu avec Heero.

Trois semaines plus tard, au hangar réservé au Heavyarms…

Heero et Trowa discutent calmement des changements effectués sur sa voiture, tandis que Quatre se tient debout à côté d'eux, immobiles, le regard braqué sur le Gundam.

- Je t'observe sur les trois premiers tours, ensuite je te rejoins avec le Wing Zero.

- Compris.

Les mains de Quatre commencent à trembler, alors qu'il voit son pilote se saisir de son casque.

Sa respiration se coupe lorsqu'il monte à bord de son « engin de mort ».

Son cœur menace d'imploser lorsque Trowa met le contact et fait gronder le moteur.

Soudain, Quatre tombe à genoux sur le sol et hurle de douleur, ses mains crispées sur son coeur.

- Aaaaaaah ! J'ai mal ! J'ai mal !

Agile comme un chat, Trowa saute de sa voiture et arrive aux côtés de son amant en même temps qu'Heero.

- J'ai compris, mon ange. Chuuut, le berce-t-il.

- Je suis désolé, je suis désolé, répète-t-il.

- Chuuut. C'est fini, c'est fini.

Fin du flash back

- La saison a débuté deux semaines après votre mariage. Cela coïncide donc avec la date de ta démission, remarque Duo, toujours confortablement blotti dans les bras d'Heero.

- Hum. Nous avons pu reprendre les commandes de nos Gundams un an après notre union. Mais il a cessé de piloter il y a environ un an et demi.

Un long silence clôt leur entretien, jusqu'à ce qu'il soit brisé par l'arrivée inattendue de Quatre.

- Il est treize heures, vous devez avoir faim. Je vous ai apporté des sandwiches et des jus de fruits.

Trowa se lève le premier et rejoint son mari avant de l'enlacer tendrement.

- T'es un amour.

Heero et Duo l'imitent et s'approchent de la table où Quatre a déposé leur déjeuner.

- Tu sais faire des sandwiches ? demande Duo.

Heero et Trowa rient doucement.

- Je sais cuisiner.

Duo se mord la lèvre avant de rire.

- Désolé, je ne voulais pas être insultant.

- Penses-tu ! Si tu veux, je peux t'enseigner l'art du rouleau à pâtisserie ou comment réussir sa crème fouettée.

- Euh… non, merci, grimace Duo. Tes cours ne me disent rien qui vaille ! Oh ! Fais pas l'innocent, Monsieur-ça-serait-dommage-de-gâcher-un-aussi-bon-breuvage !

- Je suis certain qu'Heero et Trowa sont d'accord avec moi. Pour ma part, je l'aime brûlant.

- Help ! Heero !

- Viens, timber, sourit l'interpellé. Je profite que tu sois ici pour te faire visiter ma loge.

- Oui, c'est bien, ça ! Allons-donc à ta loge.

- Si mes souvenirs sont bons, et ils le sont, on y sert des boissons chaudes tout à fait exquises, leur dit encore Quatre.

- 'ro, accélère !

Quatre attend qu'Heero et son amant soient sortis du local avant de reporter son attention sur son mari.

- Un jus de fruit ?

- Volontiers.

- Il sait, n'est-ce pas ?

- Oui.

Quatre se contente d'hocher la tête avant de lui tendre son verre.

- Non, merci.

- Tu viens de me dire oui, à l'instant, s'irrite sensiblement Quatre.

- Danse avec moi.

- Maintenant ? Ici ? Je ne suis pas vraiment d'humeur à…

- Tout de suite, le coupe Trowa de sa voix la plus suave.

Quatre en frissonne et suit son mari du regard, lorsqu'il s'éloigne de lui pour brancher son Ipod à la sono.

Il ne sait pas trop quoi penser de tout ce cirque…

Puis, son mari revient vers lui, sa combinaison de pilote roulée autour des hanches, son torse musclé vêtu d'un simple tee-shirt vert.

Rapidement, la mélodie s'élève. Inquiétante d'abord, puis subtilement rythmée, veloutée et envoutante. Mariée à la voix particulièrement sensuelle de l'artiste, l'ensemble donne à cet instant d'intimité une volupté bienvenue.

- Sade, reconnaît Quatre, alors qu'il valse lentement dans les bras de son pilote, joue contre joue.

- Hum, hum.

Trowa le serre fort contre lui, les faisant langoureusement onduler, l'une des ses mains caressant ses reins et l'autre sa nuque.

Tu contrôles la façon dont je me déplace
Et je respire ton air
Tu ne peux que me sauver
Ceci est ma prière
Si tu étais à moi
Si tu étais à moi
Je ne voudrais même pas aller au paradis

Je chéris le jour
Je ne m'égarerai pas
Je n'aurai pas peur
Tu ne me trouveras pas en train de courir

Si Quatre adore danser avec lui, il ne parvient pas à se détendre. Il ne ressent que trop bien « l'anguille sous roche ». Alors il écoute attentivement les paroles, en quête de réponses.

Tu contrôles la façon dont je me déplace
Tu t'empares de mon air
Tu me montres combien l'amour peut être profond

Tu contrôles la façon dont je me déplace
Et je respire ton air
Tu ne peux que me sauver
Ceci est ma prière

Je chéris le jour
Je ne m'égarerai pas
Je n'aurai pas peur
Tu ne me trouveras pas en train de courir
Je chéris le jour
Je ne m'égarerai pas
Je n'aurai pas peur
Je ne m'enfuirai pas

Tu me montres combien l'amour peut être profond
Tu me montres combien l'amour peut être profond
Ceci est ma prière

Je chéris le jour
Je ne m'égarerai pas
Je n'aurai pas peur
Je ne m'enfuirai pas
Je ne t'intimiderai pas

Je chéris le jour
Je ne m'égarerai pas

Je chéris le jour
Je chéris le jour
Je chéris le jour
Je chéris le jour
Je chéris le jour

Quatre espère de toute son âme que son pilote ne songe pas à…

- Je chéris ce jour, Quatre, murmure-t-il à son oreille, interrompant ses pensées. Celui-ci autant que les autres.

Il retient son mari fuyant contre lui et ajoute :

- J'ai demandé à Rashid et ses hommes d'escorter ton Gundam jusqu'ici.

- Tu as fait quoi ? demande Quatre en colère, son regard ancré au sien.

- Il devrait arriver demain, en début d'après-midi.

- De quel droit ?

- Il est temps de tourner la page, mon ange. Tu dois piloter Sandrock à nouveau.

- Certainement pas demain !

La date anniversaire de « l'accident ».

- Demain est le jour idéal.

- Tu m'énerves, Trowa ! Lâche-moi !

Mais son mari le retient, son regard d'un vert éclatant scrutant l'être aimé.

- Je ne me disputerai pas avec toi.

- C'est pourtant ce que tu cherches !

- Je te cherche, toi. Où es-tu ? Ici, avec moi, ou…

- Je refuse d'en parler.

- Et bien, j'insiste. Je ne peux mourir que de ton absence, Quatre. Et tu n'es pas là.

- Qu'est-ce que tu veux entendre ? Que je me suis pardonné ? ! J'ai failli vous tuer, toi et Heero.

- Nous avons toujours pris de gros risques sur les circuits. Je n'allais pas reculer devant l'adversité alors que l'amour de ma vie avait besoin de moi.

- Pourquoi tu ne t'es pas poussé ?

- Parce que je t'aime. Parce que si je t'avais laissé le champ libre, tu aurais fini par te tuer. Parce qu'Heero t'aurait sans doute arrêté d'une manière plus radicale. Parce que je préfère mourir mille fois que de te savoir « perdu ».

Quatre triture son tee-shirt, son front posé sur son épaule.

- Arrête… s'il te plaît.

- Reprend les commandes du Sandrock et fais la paix avec ton passé. Notre avenir commun en dépend.

Trowa doit attendre un long moment avant que son mari n'accepte le marché d'un timide hochement de tête.

- Je t'aime, murmure-t-il encore contre son oreille, avant d'y déposer un doux baiser.

- Je t'aime, Trowa, mais je pense toujours que tu fais fausse route.

- Nous serons bientôt fixés.

Un désagréable frisson traverse Quatre, tandis qu'il sent son mari le serrer plus fort contre lui.

À suivre…