TimberLand !
-Chapitre V-
Source : Gundam Wing AC
Auteur(e) : Yuy
Bêta de lumière : .·**·.¸(¯`·.¸*.Lysanea.*¸.·´¯)¸.·**·.
Genre : yaoi, romance.
Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf Hiro, Keenan, Shaims, Lorenzo, John Peacecraft-Kruger, Anton, Nani et Luana Kruger et Damon Sweet.
Couples : 1x2 ; 3x4… surprises !
Personnages : Heero Yuy, Duo Maxwell, Trowa Barton, Quatre Raberba Winner, Hiro et Keenan Yuy Maxwell, Shaims et Lorenzo Barton Raberba Winner, Luana Kruger et Damon Sweet.
Note 1 : C'était censé être l'épilogue ^^
En retard, dites-vous ? ! Moi ? Nan, jamais… Vous devez confondre XD
Plus sérieusement, je ne peux poster que lorsque j'ai l'impression d'être allé au bout du bout du chapitre ; en évitant de me perdre en route, bien sûr ! Je dois remercier mon incroyable Bêta de lumière qui me permet de progresser et de me recentrer quand je doute de moi : merci de me guider encore et encore sur la voie des mots ^^
Tout ceci est si… incarné.
•
Lime
•
Bon et agréable moment à toutes et à tous !
•
La relève est assurée,
première partie.
•
Vancouver,
À la demeure familiale Yuy Maxwell, bien des années plus tard…
AC 226.
•
Heero et Duo sont chez Quatre et Trowa à Manama pour encore quelques jours, avant que tous ne plient bagages pour rejoindre leurs enfants, restés à Vancouver.
Comme tous les étés, les deux familles se partagent les vacances chez les uns et chez les autres, donnant ainsi plus de liberté à leurs enfants qui se retrouvent seuls, afin qu'ils puissent vivre leurs vies de jeunes hommes sans s'inquiéter du regard de leurs parents…
- Hiro, t'as touché à mes affaires ! l'accuse Keenan à un cheveu de son visage.
- C'est à moi que tu dis ça ? Tu ne manques pas d'air, répond l'accusé avec le plus grand calme en se tenant tranquillement debout face à lui.
- Écoute-moi bien, espèce de dégénéré hormonal : t'as peut-être vingt ans et l'espoir d'accéder à tes rêves les plus fous, mais jamais, au grand jamais, tu ne dois toucher à mon jean-super-moulant-qui-emballe-tout-ce-qui-bouge-et-plus-exactement-Damon, c'est clair ?
- C'est toi-même qui l'as mis au panier, hier soir, après que Damon t'ait appelé pour te dire qu'il arriverait aujourd'hui, dans la matinée.
- Ah bon ? !
- Hn.
- Pourquoi tu ne m'as rien dit, espèce de pilote à la noix ! Non mais c'est dingue, ça ! râle encore son petit frère en descendant faire une lessive, vêtu uniquement d'un boxer noir.
Tel un parfum raffiné, un rire délicieux envahit la pièce et résonne aux oreilles d'Hiro.
- Il ne changera jamais, sourit Shaims, assis sur le lit.
Bien qu'il ait perdu de son aveuglante lumière, Shaims, tout comme son frère et ses cousins de cœur, est d'une rare beauté.
En vérité, ils reflètent ce qu'ils sont, ce qu'ils pensent. Voilà le secret des apparences : être beau de par ses pensées, son cœur, son âme.
Troublé par tout ce qu'il ressent en lui, entre eux et qu'il essaie de nier depuis quelques années, Shaims détourne son visage en faisant mine d'examiner les modifications apportées à la pièce ; c'est-à-dire pas grand chose.
- Alors, Anastasia ? s'enquiert le natté.
Mais il a beau arborer la même coiffure que Duo, sa nature l'a bien vite rattrapé : sa longue chevelure brune indomptable et ses mèches rebelles rappellent d'avantage Heero, ce qui lui donne un air à la fois sage, fougueux et sauvage ; sans parler de son intimidant regard bleu nuit.
Également, son frère Keenan peut bien passer son temps à contrarier la pousse de ses cheveux, ils retombent toujours harmonieusement sur son front, mettant ainsi en valeur ses incroyables yeux violets, comme ceux de Duo.
- C'est fini et tu savais très bien que ça ne durerait pas, répond Shaims.
- Tu m'as affirmé le contraire dans trois de tes mails, en quatorze mois.
- T'as compté les mois ? ! s'étonne-t-il en se faisant à nouveau piéger par son regard.
- Hn.
- Lorenzo et Damon ne devraient plus tarder, change-t-il de sujet, embarrassé par cette révélation.
- C'est pour cette raison que Keen' cherche son jean « miracle » partout. Damon et lui ne se sont pas vus depuis trois semaines. Si mon frère croit qu'il a besoin de ce vêtement pour lui mettre la pression, il se trompe lourdement !
- Ton frère m'a toujours dit qu'il s'était trouvé bête de n'avoir pas su attendre six petit mois de plus avant de « voler » pour la première fois. Même s'il a choisi mon khoya pour passer le cap, le fait de rencontrer Damon juste après…
Lorenzo a été le premier amant de Keenan, mais ils n'ont jamais été amoureux l'un de l'autre. Ils se sont plus amusés qu'autre chose et ce, même s'ils ont toujours été sincères durant leur brève relation intime.
- Hn. Lorenzo et Keenan ont tout fait pour cacher leur « relation » à nos parents, mais je crois qu'ils s'en sont doutés.
- C'est certain, souffle Shaims à mi-voix, d'un air désabusé.
- Comment te serais-tu conduit à la place de nos frangins ?
- Je n'y suis pas.
- Imagine.
- J'ai pas envie.
- C'est bien-là toute la problématique, Shaims : de quoi as-tu envie ?
S'ensuit un échange de regards lourds de sens et définitivement gênants pour l'intéressé.
- Je ne vois pas de quoi tu parles et je n'ai pas envie de le savoir.
- Je ne savais pas que le « soleil » fuyait, le pique-t-il en faisant référence à la signification de son prénom. On nous apprend pourtant que c'est aux planètes de tourner autour.
- Je ne sais pas à quel jeu tu joues, mais ton changement de comportement brutal et inexpliqué me déplaît fortement, se défend Shaims en se levant du lit, les poings serrés.
- Si tu cessais de nous fuir depuis toutes ces années, tu m'aurais vu évoluer.
- Je ne fuis pas ta famille !
- Non, juste moi. Depuis nos dernières vacances d'été, il y a quatre ans, je ne t'ai plus jamais vu qu'en photo. Oh ! pardon, nous communiquons par mail, le raille-t-il, amer.
- Je ne veux pas me disputer avec toi. Je… j'avais des imprévus de dernière minute…
- Ton hypocrisie me donne la nausée.
- Cette fois-ci, tu dépasses les bornes ! Je viens d'arriver chez vous et tu ne trouves rien de mieux à faire que de m'insulter ?
- Tu t'es anormalement assombri, Shaims. Tu es toujours aussi beau, mais quelque chose ne tourne par rond et nous savons tous les deux quelle en est la cause.
- Arrête ! Je… tu me perturbes, je dois sans cesse lutter contre…
- Moi ?
Blessé et perdu, Shaims se précipite vers la porte en faisant tout pour ne pas courir, avant d'abattre rageusement sa main sur la poignée.
- Reste, onegaï (1), lui demande Hiro en bloquant la porte de sa main.
- J'ai besoin de prendre l'air… As-tu l'intention de me faire prisonnier, aussi ?
- Tu n'as pas besoin de moi pour ça, tu te débrouilles très bien tout seul, l'attaque une dernière fois Hiro, avant de soupirer de regret, puis de reculer d'un pas.
Aussitôt, Shaims quitte la pièce en claquant la porte, hors de lui.
À peine quelques secondes s'écoulent avant que Keenan n'entre à nouveau dans la chambre de son frère… à se demander s'il en a lui-même une.
Il a toujours pris une place dans le dressing d'Hiro pour y ranger quelques affaires. C'est tout simplement vital pour lui de matérialiser ce lien avec chacun des membres de sa famille, y compris les Barton Raberba Winner.
- Qu'est-ce qui se passe, 'ro ? Sans rire, Shamy m'a envoyé balader, là ! Enzo va pas être content.
Son frère ne répond rien et va s'appuyer contre son bureau.
Compatissant, Keenan s'approche jusqu'à entourer son cou de ses bras et pose son front contre le sien.
- J'suis avec toi, Oniisan (2). Tu as décidé de tout lui dire, ne (3) ?
- Hn.
- Tu sais bien que ce n'est pas forcément toi en particulier qu'il rejette, mais son homosexualité qu'il refoule, non ?
- Je n'en suis plus si sûr…
- Écoute, il refuse même d'en parler avec moi, son khoya et ses parents, alors avec toi ! Celui pour qui il a précisément les sentiments qu'il s'interdit d'éprouver pour un mec. Je ne sais pas trop pourquoi il se renie. Il semble vouloir adopter une sorte de comportement qui, selon lui, passerait mieux en société, alors même que les couples d'hommes et de femmes sont acceptés et intégrés. À ce qu'il paraît, ce n'était pas comme ça avant et même au début de la Colonisation… Etrange…
- Ça n'a peut-être rien à voir avec son image. Shaims vit très bien le fait d'avoir deux pères… C'est autre chose. Je pense qu'il a tout simplement peur.
- De quoi ?
- De lui-même, en premier lieu. De moi, ensuite.
- Ce n'est pas logique ! Je n'ai pas eu peur, moi et toi non plus…
- Que s'est-il passé ? les interrompt une voix familière.
Keenan se détache de son frère pour se retourner.
- Hi, Enzo ! le salue-t-il avec un large sourire.
- Okaeri (4), l'accueille sobrement Hiro en allant à sa rencontre.
Bien qu'il soit contrarié et pas qu'un peu, Lorenzo prend le temps de leur donner une brève, mais non moins chaleureuse, accolade.
- Khoya refuse de me parler et s'est enfermé dans sa chambre. Ce n'est arrivé qu'une seule fois, il y a quatre ans et il n'a jamais voulu me dire pourquoi.
- Oui, enfin, en même temps, on a tous compris. Ah ! les joies du maillot de bain quand on désire quelqu'un ! commente Keenan.
- Je l'aime et j'ai l'intention de le lui dire, déclare Hiro en regardant son cousin droit dans les yeux.
- Si c'est pour lui faire du mal, abstiens-toi ! aboie Lorenzo.
- Tu vas pas commencer à nous secouer les puces avec ta « jumeau-attitude », s'interpose Keenan.
- Yamero (5), Otouto.
Son petit frère hausse les épaules.
- Je sais que tu éprouves des sentiments pour mon khoya, mais il rejette… commence Lorenzo.
- Je sais, le coupe Hiro.
- « Des sentiments », articule difficilement Keenan en grimaçant, comme s'il devait manger un plat d'escargots vivants. Non mais à qui tu crois t'adresser, là, sérieux ? Oniisan aime ton frère éperdument, bouffon dégriffé !
- Keenan !
- Oh ! la ferme, 'ro ! Tu m'as appris à écrire mon prénom y a un bout de temps.
- Tu défends bien ton frère, toi, rétorque Lorenzo.
- Uniquement quand je vois qu'il est injustement attaqué ou méprisé et que cela vienne de toi me déçoit ! Tu sais très bien qu'Hiro préférera tout supporter plutôt que de nous contrer ; les autres ne peuvent pas en dire autant. Shaims a de qui tenir, ce n'est pas une petite nature !
- Mais…
- Combien de fois ton khoya « adoré » m'a confié qu'il ne savait plus comment refuser ta protection sans te peiner ? Hein ? Dis un nombre entre mille et l'infini, voir…
Son cousin de cœur ne répond pas et encaisse. De toute façon, quand Keenan part en croisade, il est inutile de tenter de le contrer : il ravage tout sur son passage.
- Oui, il a besoin de réconfort, comme moi j'ai besoin de celui de mon frère, reprend-il. Mais cela ne signifie pas que nous soyons des demoiselles en détresse. Nos bijoux de famille sont bien à l'abri et on sait s'en servir.
- Je crois qu'il a compris, l'arrête Hiro en lui donnant un léger coup d'épaule affectueux.
- Que comptes-tu faire dans ce cas ? demande Lorenzo à Hiro après un long soupir.
- Il me fuit. Je vais donc devoir trouver le bon moment pour le coincer et aller jusqu'au bout de notre conversation.
- Khoya…
- N'est pas un porte-plume, le coupe encore Keenan. Même s'il a l'air appétissant, il n'est pas en sucre, alors lâche-le un peu, tu veux !
Lorenzo soupire une nouvelle fois, mais opine sans rien dire en passant une main dans ses cheveux courts et soyeux.
- Je voulais vous parler d'un truc important…
- On t'écoute, cousin, l'encourage Keenan, qui n'est pas rancunier pour un sou.
Il a juste bonne mémoire.
Et quand bien même, Lorenzo n'a rien fait de mal ou de répréhensible… Tout le monde sait le lien particulier qui unit les Princes jumeaux Barton Raberba Winner.
Au contraire, il a fourni de très gros efforts pour intervenir le moins possible dans la vie de son frère.
- J'ai rencontré une jeune femme de notre âge, lors de mon séminaire de formation aux métiers du journalisme. Nous étions dans le même groupe de travail et...
- Abrège, Enzo, l'interrompt Keenan.
- Comment s'appelle-t-elle ? veut savoir Hiro.
- Luana. Luana Kruger, dit-il avec un large sourire.
- « Kruger » comme dans le Peacecraft-Kruger de tante 'lena ? demande Keenan.
- Hm. Elle est la fille d'Anton Kruger, le frère aîné du mari de Réléna, John Peacecraft-Kruger. Luana et sa famille vivent en Allemagne. Sa mère est originaire de la Polynésie Française et se nomme Nani…
- Nani ? ! relève Keenan avant de pouffer de rire.
- Otouto… le réprimande son grand frère Hiro, non sans sourire, lui aussi.
- Bah, quoi ? Tu te rends compte que la mère de Luana s'appelle « Comment » en japonais ? précise-t-il inutilement en riant.
- Baka, le dispute encore son frère en lui taclant l'arrière du crâne.
- Dans son pays natal, « Nani » signifie « enfant aimé de l'assemblée divine », explique posément Lorenzo.
- Okay, okay… répète Keenan en se forçant au calme. Dans ce cas, que veut dire Luana ? « Je me couche tôt », « J'aime le café sans sucre » ?
Il explose à nouveau de rire et va se cacher derrière Hiro.
- 'ro, attaque !
- Tu vas la fermer, un peu, rétorque son protecteur.
- Luana veut dire « fleur de soleil », répond Lorenzo en sachant pertinemment quel effet cette traduction va produire.
- Sans rire ? fait Keenan.
- Hm.
- Eh ben, t'as pas fait dans la demi-mesure ! dit-il ensuite en revenant se placer aux côtés d'Hiro. Non content d'avoir un frère du soleil, voilà qu'il nous déniche sa fleur !
- Si ce n'est pas un signe du destin, qu'est-ce que c'est ? commente Hiro. Tais-toi, Keen' ! ajoute-t-il précipitamment, lorsqu'il voit son petit frère prêt à repartir à l'assaut.
Lorenzo sourit, sans être tout à fait détendu : son frère le préoccupe toujours.
- Je l'ai invitée à me rejoindre, ici. Elle arrive demain, le temps de prévenir nos parents.
- Y a pas de soucis ! assure Keenan. J'ai hâte de voir à quoi elle ressemble… Tu crois qu'il faudra porter des lunettes de soleil et mettre de l'écran total ?
- Urusaï ! lancent en même temps Lorenzo et Hiro.
- Cela ne fait qu'un mois que nous sommes ensemble, mais c'est un véritable coup de foudre, poursuit Lorenzo. Celui qui conditionne toute votre vie…
- Waoh ! T'es grave atteint, constate Keenan. Mais je vais quand même mettre mon jean fétiche, rien que pour tester ton honnêteté ; Luana ne pourra que m'en remercier.
- Bah, voyons.
- Tu vas perdre un kilo tellement tu vas transpirer, lui promet Keenan en passant la main sur son torse nu et musclé.
Plus finement que son frère, cependant. Hiro est un athlète accompli.
- C'est plutôt Damon qui va t'épuiser, réplique celui-ci.
- Ça nous fera des vacances, ajoute Lorenzo en adressant un clin d'œil complice à son meilleur ami et confident Hiro.
- Je dérange ? demande Shaims en passant la tête dans l'embrasure de la porte.
- Ne dis pas de bêtise, khoya. Entre, ça fait un mois qu'on ne s'est pas vus et je n'en peux plus, se plaint Lorenzo, tandis qu'il le rejoint pour le serrer fort dans ses bras.
Et Dieu sait combien Shaims en a besoin.
- Je suis si content de te voir…
- J'vous laisse, les « Wiwi ». Je vais me passer de l'huile sur le corps rien que pour toi, Enzo, lui dit encore Keenan avant de sortir, suivit de près par son frère.
Dont Shaims évite soigneusement le regard.
- Tu ne lui as pas dit pour Luana ? ! s'étonne-t-il.
- Je viens de le faire, mais il s'est mis en tête de tester mon engagement.
Shaims rit contre son épaule.
- Il me tue.
- Tu ne riais pas tout à l'heure et je sais que c'est à cause de Hiro.
- Je ne sais pas ce qu'il a tout d'un coup, soupire Shaims, espérant sans doute faire gober son mensonge à qui l'écoute. J'espère qu'il va retrouver ses esprits et redevenir le cousin, l'ami que j'aime tant.
- Il t'aime tout autant, Khoya. Laisse-lui une chance de s'expliquer.
- Hm. On verra…
Lorenzo n'insiste pas et l'embrasse sur le front.
Tout ce dont à besoin son frère pour le moment, c'est de se sentir aimé et soutenu.
Et, oh ! surprise, c'est sa spécialité !
•
Au même moment,
Dans le couloir…
•
Hiro n'a le temps que de refermer doucement la porte qu'il voit son frère sauter dans les bras de son amant, lui enserrer la taille de ses jambes et l'embrasser furieusement.
Damon est un jeune pilote australien de Formule Un de vingt-cinq ans, très séduisant et très beau : il a les cheveux courts et bruns dont quelques unes des mèches raides lui tombent devant ses yeux vert d'eau.
Keenan est en couple avec lui depuis ses dix-sept ans. Il en a dix-neuf, aujourd'hui, contre vingt pour son frère et ses cousins.
- Keen'… my angel…
- Quoi… ? Quoi d'autre que nous ? Trois semaines, Dane, trois semaiiines…
- Je peux saluer ton frère ?
- Tu lui diras bonjour tout à l'heure, se plaint encore Keenan, occupé à mordiller son oreille.
- Keenan, il faut qu'on parle de ta tendance à m'empêcher de saluer ta fami... Hey, là ! On touche pas ce point quand on est observé, p'tit malin.
- Idle time (6) ! Tu as prononcé mon prénom en entier, là ?
- Pourquoi, c'est important ?
- Mon jean n'est pas encore sec, tu veux pas attendre quelques heures ? T'es pas assez chaud à mon avis.
- Ton pantalon m'indiffère, Keen'. Je te préfère sans.
- Ça sait parler à son petit ami, ça, hein ? ! dit-il du bout des lèvres en lui grattant sous le menton.
- Y a pas écrit « Médor » sur mon front.
Keenan glousse contre ses lèvres.
- Tu remues pourtant bien la queue.
- Je vous laisse, intervient Hiro, le sourire en coin. À défaut de croire au Père Noël, je veux continuer à vivre en ayant l'impression que mon frère à toute sa raison.
Lui et ses pères ont tout de suite accepté et accueilli Damon au sein de la famille. Ils sont très heureux que Keenan soit tombé sur quelqu'un d'aussi responsable, intègre et calme ; il fallait au moins ça pour le supporter !
- Attends, 'ro, le retient Damon. Excuse-moi. Bonjour, dit-il avant de claquer sa main dans la sienne et de la serrer, soutenant sans difficulté son amant de l'autre bras.
- Okaeri, Dane.
« Okaeri », oui. Parce que Damon est ici comme chez lui, à l'instar de la famille Barton Raberba Winner.
- Ça y est ? s'impatiente Keenan en pressant ses pieds sur le fessier de Damon.
- Bon courage ! lui lance Hiro en se dirigeant vers l'escalier principal.
- Parle pour ton frère !
- Damooon… susurre Keenan, son désir battant contre son ventre.
- Tu ne t'es pas demandé si mes heures de vol ne m'avaient pas fatigué ?
- Non.
- T'as bien raison…
•
Deux jours plus tard,
En cuisine…
•
- ro', tu pourras venir m'aider, tout à l'heure ? lui demande Keenan entre deux bouchées de légumes.
- Le Death' II a un problème ?
Chacun des fils des deux familles s'est vu offrir la réplique des Gundams de leurs pères. Si les carrosseries sont identiques, les technologies, elles, sont basiques. Puissantes, certes, mais rien qui puisse altérer la lucidité du pilote ou rendre sa voiture comme invisible…
Le Sandrock II et le Heavyarms II sont sagement restés en Arabie Saoudite.
Les pères continuent de piloter leurs bolides de légende, mais ne participent plus qu'à des galas de charité. Cela rapporte beaucoup aux associations : les fans se déplacent et participent financièrement en masse.
Des quatre enfants, seul Hiro a voulu passer professionnel ; les jumeaux et Keenan pilotent eux aussi, mais pour des causes humanitaires et écologiques.
Si Shaims a souhaité travailler avec Quatre, Lorenzo s'est dirigé vers le monde de l'information, option journalisme. Keenan, lui, se passionne pour la haute gastronomie japonaise et française, mais reste indécis sur le métier qu'il veut exercer.
- Iee, c'est juste que je n'arrive pas à m'engager correctement dans le double virage et je ne veux pas perdre mon temps à faire le fier en me débrouillant tout seul. Dad' nous a assez répété qu'il n'y avait que les idiots comme Solo pour risquer leur vie sans penser à ceux qui les aiment.
- Hn.
- Je peux t'aider, propose Damon en lui volant un morceau de carotte.
- Non, Dane. C'est notre contrat : quand tu viens ici, tu te reposes.
- Et cela consiste à… ?
- T'occuper exclusivement de moi, répond-il, tout sourire.
- Autrement dit : céder à tous ses caprices, traduit Lorenzo.
- Ah, bah, oui ! Où avais-je la tête ? ironise Damon en ricanant, le faisant sourire.
- Tu peux, 'ro ? lui demande Keenan. Je sais que tu planches toujours sur le Wing II, mais ça ne prendra pas trop de temps. Nos pères m'interdiront purement et simplement de participer à la prochaine course, sinon.
La technologie Zero a finalement été interdite, puisque seuls Heero Yuy, Zechs Merquise et Quatre Raberba Winner ont su la maîtriser. Tous les autres pilotes d'essai en sont morts, à savoir dix-neuf personnes.
- Aucun problème, lui assure son frère, avant de jeter un coup d'œil à Shaims, qui s'intéresse aussitôt à son poisson grillé.
Celui-ci ne prend même plus la peine d'esquisser son sourire de façade ; pas après ce qui s'est passé la veille au soir…
•
Flash back
•
Toc toc…
C'est parce que Shaims se perd dans la contemplation des étoiles qu'il n'entend pas Hiro toquer à la porte ni entrer dans sa chambre. Et vu qu'il pense tout le temps à lui, il ne fait pas attention à son impression de le sentir à ses côtés ; il parvient même à imaginer qu'il respire réellement son odeur.
- Shaims ?
- AAAAAAAH ? !
Il se redresse en position assise, la main posée sur son cœur.
- Tu m'as fait peur.
- Gomen, j'ai frappé mais tu ne m'as pas entendu, s'excuse Hiro en venant s'asseoir sur le rebord du lit pour lui caresser la joue.
Ce geste est tout à fait naturel entre eux quatre. Ils ont toujours eu beaucoup de tendresse et d'affection les uns pour les autres. Alors Shaims ne devrait pas se reculer de façon à échapper à cette preuve d'amitié.
- Tu ne trouves pas le sommeil ? lui demande inutilement Hiro en baissant doucement sa main.
Et Shaims la suit du regard, comme s'il observait un serpent à sonnette prêt à attaquer, les crocs gorgés de venin.
- Pourquoi es-tu ici ?
- Tu n'as jamais été aussi froid et distant envers moi. Tu ne joues même plus avec ma natte, tente-t-il de plaisanter.
- J'ai passé l'âge, lui répond Shaims en regardant ailleurs.
- Tu me coiffais encore, il y a quatre ans.
- C'était une autre époque, semble-t-il regretter.
- Pourquoi cette nostalgie ?
- Parce que je te considérais encore comme mon cousin et que…
Il s'interrompt soudain, conscient qu'il vient de se dévoiler… tout seul… comme un grand.
*Quel imbécile !* se réprimande-t-il sévèrement.
- Et depuis, qui suis-je devenu à tes yeux ?
Shaims le jauge avec un mélange de tristesse et de colère.
- Quelqu'un qui torture mon être !
Pour échapper au regard scrutateur et à l'enivrante odeur de Hiro, Shaims est obligé de sortir de sous ses draps et de faire quelques pas dans sa chambre pour tenter de calmer son rythme cardiaque.
- Tu ne penses pas ce que tu dis. Tu passes ton temps à nous mentir à tous et à toi-même. Que t'arrive-t-il, mon Shaims ? Cela ne te ressemble pas… C'est à peine si je te reconnais.
Il se lève à sa suite pour le rejoindre, tandis que Shaims se passe une main sur son visage puis dans ses cheveux.
- Je suis fatigué de tout ça. Je n'aurais jamais dû revenir…
- Repose-toi dans mes bras, comme avant.
- Ce n'est plus aussi simple.
Au moment où Hiro pose une main sur son épaule, Shaims se retourne vivement et se retrouve plaqué contre le mur, pris au piège par son propre sursaut.
- Tu te fais du mal et cela me fait souffrir de te savoir dans cet état.
- Te fous pas de moi !
- Jamais. Tu es si doux, si… ? !
En excellent boxeur qu'il est, Shaims lui a envoyé un puissant crochet du droit.
- Et là, je suis doux ?
Hiro fait jouer sa mâchoire.
- Rien de ce que tu feras pour me repousser ne marchera.
Il ne nie pas sa force, mais tout le monde sait que Hiro est presque aussi endurant que son père Heero.
- Laisse-moi tranquille !
- Laisse-toi aller… Écoute ton cœur, Shamy.
- Sors, s'il-te-plaît, sors, sors, sors ! Tu ne peux pas me faire ça, Hiro. S'il-te-plaît…
Hiro hésite : il pourrait facilement passer outre son refus et le prendre dans ses bras. Il pourrait l'embrasser, rien qu'une fois, persuadé que ce baiser déclencheur mettrait un terme à cette relation fastidieuse.
Mais quelque chose le retient.
Il ne s'en sent pas le droit ; pas encore.
- Très bien, je n'insiste pas, soupire-t-il. Bonne nuit, Shaims.
Une fois la porte sourdement claquée, celui-ci se prend la tête entre les mains, en pleurs et se laisse lentement glisser le long du mur.
•
Fin du flash back
•
Ressentant le trouble de son frère, Lorenzo lui serre la main, quand son téléphone sonne.
- Luana arrive dans cinq minutes, sourit-il.
- Ceci est un écran tactile, pas une poupée gonflable. Alors, arrête de le mater comme ça, le charrie Keenan.
Mais son cousin et initiateur ne l'écoute plus et se lève pour revoir sa coiffure en tout point identique à celle de son frère et de son père Quatre. À la différence près que Lorenzo a la même couleur capillaire que son père Trowa.
- Je reste avec Damon, les informe Shaims. On ira se prélasser au bord de la piscine.
Il sait qu'il n'a pas intérêt à s'isoler, ne serait-ce qu'une minute, ou Hiro le forcerait à reprendre leur « discussion ».
- Okay, Shamy ! On y va, 'ro ?
- Hn.
- À tout à l'heure, Dane, murmure-t-il en se penchant pour l'embrasser.
- Pourquoi n'ai-je jamais droit à des petits noms ? demande Damon en retenant fermement Keenan par le col de son tee-shirt.
- Euh… il me semble que « Dane » en est un.
Damon lui adresse un sourire qui veut clairement dire : « C'est ça, fais le malin ! »
- C'est un autre prénom, pas un sobriquet stupide qui exprime ton attachement, mon ange. Et permets-moi de te faire remarquer que tous ceux et celles que tu côtoies en ont un, sauf moi.
- Pourquoi, tu as une idée précise en tête ? Mon kiki, mon touttifrotti, mon soufflet aux champignons ?
- Je pensais plutôt à un : « À tout à l'heure, mon amour. Je t'aime. »
Keenan s'efforce de garder le sourire, mais cela lui est difficile.
- C'est terriblement banal, c'est pas pour moi, ça.
- Hm.
Damon relâche la pression, aussi bien avec sa main sur son vêtement qu'avec son regard et l'embrasse rapidement pour le rassurer.
- Je t'aime, sale tricheur. À tout à l'heure.
L'irréductible Keenan hoche la tête, mal à l'aise, puis se détourne en feignant d'être parfaitement serein et en accord avec lui-même.
Si Shaims ne peut s'empêcher de regarder Hiro s'en aller, il détourne vite les yeux lorsque celui-ci se retourne pour l'observer, loin d'être dupe.
Damon, lui, soupire et repousse son assiette, l'appétit coupé.
- Keenan finira par te le dire, Damon. Sois patient.
- Je ne crois pas, Shaims. Pas si j'attends.
- Il t'aime, tu sais.
- Je pourrais te dire la même chose, rétorque Damon avec un regard lourd de sous-entendus.
- Tu chausses les mêmes gants que Hiro ? lui reproche Shaims en faisant allusion à sa façon d'entrer en matière.
Damon lui sourit.
- Merci du compliment.
- Bonjour, tout le monde ! chante une douce voix féminine.
D'un même mouvement, ils se lèvent pour accueillir et saluer la nouvelle venue.
- Tu es belle comme une rose, lui dit Shaims, absolument ravi de son arrivée.
Luana et Shaims se sont déjà parlés par téléphone, d'où la raison du tutoiement, mais ils ne se voient pour la première qu'aujourd'hui.
- Khoya ne nous a pas menti : tu es rayonnante ! poursuit-il.
- Merci, sourit-elle en serrant plus fort la main de Lorenzo, fier comme Artaban.
- Luana Kruger, je te présente Damon Sweet, le compagnon de Keenan, les présente Lorenzo.
- Je suis enchantée de vous rencontrer, Damon.
- Moi de même, Luana.
- On peut se tutoyer ? Je préfère…
- Moi aussi.
•
Au même moment,
Sur le sentier qui mène au circuit…
•
- Nous savons tous les deux ce qu'il en est entre Damon et toi, alors pourquoi tu ne lui dis pas ? Je ne comprends pas ce qui te retient, veut savoir Hiro.
- Je ne vois pas de quoi tu veux par…
- Arrête ça, Otouto, le coupe-t-il. Je ne suis pas très content que tu oses essayer cette diversion grotesque avec moi… C'est à la limite du mensonge et je déteste ça.
- Gomen ne.
La tête basse, Keenan enfonce profondément ses mains dans ses poches.
- Je n'ai pas très envie d'en parler, reprend-il. Pour tout te dire, je préfère éviter le sujet.
- Ce que je respecte, Keen'. Mais Damon ne patientera pas éternellement.
- …
- Comme moi avec Shaims.
- Il est inutile de te demander en quoi consiste ton plan « made in Yuy » ?
- Hn.
- C'est bien ce que je me disais.
Ils se sourient.
- Dis-moi, 'ro. Tu te souviens de ce que nous ont dit nos parents au sujet de nos mères bienfaitrices ?
- Oui.
- Je me demandais ce que tu en pensais, aujourd'hui…
- Tu as envie de rencontrer la tienne ?
- Je ne sais pas trop…
- Je n'en ressens pas l'envie, mais si tu veux le faire et que tu as besoin de moi, je répondrais présent. Quoi que tu décides, tu peux compter sur moi.
- Merci, Oniisan.
Au son de sa voix et d'après sa façon de le lui dire, d'un ton presque solennel, Hiro devine que son petit frère ne le remercie pas seulement pour son soutien sur ce sujet précis, mais aussi pour toutes les fois où il est là pour lui, y compris celles où il le gronde avec et par amour.
- Viens-là, lui dit Hiro en s'arrêtant pour l'étreindre un instant.
Keenan niche son visage dans son cou et en profite, comme toujours, pour caresser la longue et douce natte de son frère.
- Je n'aime pas quand tu t'isoles dans ton monde d'incertitudes, reprend-il.
- Je sais, Oniisan, mais toi et nos parents arrivez toujours à m'en sortir. C'est le principal, non ?
- Non, tu n'es plus un enfant. Tu dois parler avec Damon et lui ouvrir ton cœur jusqu'au bout. Tu te donnes corps et âme dans votre relation, ton refus de prononcer ces mots-là est tout à fait absurde.
Comme son frère ne répond rien, Hiro ajoute :
- Un mot à nos pères et t'es cuit, mon vieux !
- Mais euh, t'as pas bientôt fini de m'embêter ? rouspète faussement Keenan en se détachant de lui.
- T'as de la chance que je sois préoccupé par Shaims. Autrement, je m'entretiendrais avec Damon dès aujourd'hui et…
- Ouais, bah, prends ton temps… Sur ce... le dernier arrivé est une crotte de nez ! lui lance-t-il soudain en détalant comme un lapin vers le hangar.
- Mon frère est un débile, se désespère-t-il en se pinçant l'arrête du nez.
- C'est toujours mieux que d'être un perdant !
Méditant un court instant sur cet enseignement, Hiro s'élance à sa poursuite…
•
Une demi-heure plus tard…
•
- Ralentis, Keen' et accélère ensuite, lui conseille Hiro par radio.
- Je peux pas faire ça, là !
- Ne discute pas et fais ce que je te dis.
- Oh… ça marche !
- Tu pilotes comme un manche, Otouto.
- Urusaï et merci pour ton coup de pouce !
- Hn. Tu veux t'amuser un peu avec le niveau quatre ?
Il parle de l'intensité des parcours d'obstacles créés par leur père Heero.
- Deux et trois, c'est bien. Quatre, ça ne m'amuse plus du tout !
- Tu peux largement aborder ce niveau et plus, si tu te concentrais mieux que ça.
- J'ai pas envie !
- Hn.
Hiro, lui, s'échauffe avec le niveau quatre et évolue actuellement avec les cinq et six. Heero étant son père et maître instructeur, personne ne s'étonne de voir son fils développer aussi vite ses capacités.
- Niveau trois enclenché… Je reste à l'écoute.
- Okay !
Hiro profite de leur silence radio pour téléphoner à ses parents, à Manama…
- Hiro ? répond Duo au bout de seulement deux sonneries.
- Bonjour, Dad'. Tout va bien, ici, le rassure-t-il immédiatement. Et vous ?
- Tout est sous contrôle… Me regarde pas comme ça, Quat' !
- Bonjour, Hiro chéri, le salue Quatre en élevant la voix afin qu'il puisse l'entendre distinctement.
- Bonjour, Ojisan (7).
- Il te demande de te taire et de le laisser tranquille, traduit Duo.
Hiro devine que son père Heero et Trowa ne sont pas dans la même pièce qu'eux.
- Alors, my son, de quoi veux-tu nous parler ? reprend Duo.
- C'est-à-dire que…
- Tu veux que je te passe ton père, peut-être ?
- Je n'ai rien à te cacher et je t'ai toujours tout dit, Dad'.
- Je sais, angel. Ne t'inquiète pas, mon grand… 'ro ?... Il arrive. Comment va ton frère ? Luana, Damon, Shaims et Lorenzo sont bien arrivés ?
- Oui. Keen' est sur le circuit et les autres sont dans les jardins.
- Okay, super. Je te passe ton père… Je peux savoir ce que tu fabriques derrière mon dos ? demande-t-il ensuite à son mari.
- Parce que tu crois sincèrement que je vais te répondre ?
- Absolument. J'ai tout pouvoir sur toi.
- Hn. Passe-moi donc le téléphone.
- Non.
- Non ?
- Tout à fait : n.o.n… Okay, d'accord, tiens… C'est Hiro, se dépêche-t-il de dire en ricanant bêtement.
- Merci, chéri, répond Heero sur un ton bien particulier.
- T'inquiète pas, mon Dodo. Je te ferai un bon massage, le rassure Quatre.
- On t'a rien demandé, toi ! Va donc voir ton mari.
- C'est-à-dire qu'on fait des petites pauses de temps en temps, sourit-il largement.
- Je t'écoute, dit Heero en passant au salon pour être au calme.
Et c'est peu dire !
- Bonjour, Otousan. Je ne vous dérange pas ?
- Jamais.
- Hn.
- Tu veux qu'on rentre plus tôt ?
- Non, tout va bien ! J'ai… j'ai besoin de te parler. Mais avant, tu diras bien à Dad' que j'aurais aussi bien pu me confier à lui, mais je…
- Il le sait et il n'y a jamais eu aucune jalousie ni compétition, entre nous. Rassures-toi.
- D'accord… Je le savais, mais bon…
Heero ne dit rien et attend que son fils choisisse ses mots.
Ce que n'aurait pas fait Duo, préférant souvent parler pour lui, croyant l'aider.
- Je n'en reviens toujours pas que vous m'aillez appelé « Hiro ».
- C'est de la faute de ton père, sourit-il largement. J'ai dû veiller à ce qu'il ne nomme pas ton frère « Iro ».
Son fils rit avec lui.
- Il est raide dingue de toi, ne ?
- De mon prénom, en tout cas.
•
Flash back
Quatorze ans plus tôt…
•
Heero, Duo et leurs enfants pique-niquent dans un coin de leur parc ; les paparazzis les obligeant plus ou moins à rester chez eux.
- Ce qu'il y a de bien avec nos adorables bambins, c'est qu'ils ont toujours l'impression d'être au bout du monde pour peu que l'on s'éloigne plus que d'habitude de la maison, dit justement Duo en couvant leurs fils du regard.
Ils ont joué à cache-cache entre les arbres pendant un long moment avant de faire la sieste, épuisés.
- Ça ne va pas durer, dit Heero.
Lui et Duo se sourient amoureusement avant d'être interrompus par Keenan qui se réveille en sursaut, les yeux fatigués.
- Daddy ?
- Oui, mon cœur ?
Keenan se frotte la joue, l'air inquiet.
- C'est rien, my love. C'est du pipi d'abeilles, lui explique Duo.
Heero sourit.
- Les abeilles font pipi ? s'émerveille son fils, tandis que Hiro dort toujours profondément.
- Bien sûr ! Comment veux-tu qu'elles éliminent tout le bon miel qu'elles ingurgitent ?
- Mais… ? ! C'est pour nous le miel ? Tu m'as dit qu'elles avaient des petits seaux accrochés à leurs pattes et qu'elles faisaient très attention pour ne pas renverser leur contenant.
- Leur contenu, le corrige Duo. Le contenant est le seau qui contient le miel : le contenu.
- D'accord.
Duo sait bien que son fils n'a pas tout compris, mais il lui répètera jusqu'à ce que cette notion lui paraisse évidente.
- Elles en gardent toujours une part, sinon, comment feraient-elles pour survivre ?
Keenan rentre alors dans une profonde concentration, ses yeux violets brillants comme des joyaux, avant de demander :
- Ça vole pas, les ours ? Parce que ça ferait un très gros pipi au miel !
Duo rit doucement en prenant son fils dans ses bras.
- Non, les ours ne peuvent pas voler. Ferme tes yeux, maintenant. Ce n'est pas l'heure de veiller.
- Mais… Chichi, je peux aller jouer ? tente-t-il auprès de Heero.
- Il me semble que ton père t'a demandé de retourner à ta sieste, non ?
- Haï… demo… j'ai plus sommeiiiiiiiil…
Keenan baille furieusement avant d'attraper la tresse de son père et de se rendormir contre lui en baragouinant un « Hiro a le droit de se lever quand il veut, lui… C'est pas juste… ».
C'est simplement que Hiro récupère plus vite, comme son père. Mais pour ne pas laisser son petit frère tout seul, il a pris l'habitude de rester lire à ses côtés en attendant que Keenan finisse de dormir, que ce soit le matin ou pendant la sieste. Ce dernier ne manquant jamais de rouspéter parce qu'il n'arrive pas à se réveiller avant son grand frère.
Heero et Duo ont heureusement expliqué à Hiro que son frère voulait s'occuper de lui, à son tour, et qu'il avait l'impression d'être « nul » pour reprendre son terme.
Depuis lors, Hiro simule son sommeil une fois sur trois et attend que Keenan vienne le secouer énergiquement, le sourire aux lèvres et leur goûter dans les mains.
Ainsi, munit d'un joyeux « Dis-donc, tu avais besoin de dormir, 'ro… Encore pluuus que moi ! », Keenan entraîne son frère jusqu'à leur salle de jeux, sous le regard amusé de leurs parents.
•
Fin du Flash back
•
- Ce n'est pas de ça dont tu souhaites me parler, devine Heero en quittant son doux et furtif souvenir, qui n'a somme toute rien à voir avec ce dont ils parlent.
- Iee. Je ne vous en ai jamais rien dit mais j'aime quelqu'un depuis longtemps… Vous le connaissez bien…
Heero décide de l'aider, après quelques longues secondes de silence :
- Tes oncles, Duo et moi n'avons jamais cessé de vous observer. Nous savons que Lorenzo a été le premier amant de Keenan, tout comme nous savons que tu es tombé amoureux de Shaims, il y a quatre ans et que c'est la raison pour laquelle il fait tout pour t'éviter depuis.
- Oh ! je vois…
- Keenan et son cousin de cœur n'ont jamais été amoureux l'un de l'autre, c'est flagrant. Mais il tient de son Daddy pour avoir demandé à Lorenzo de, je cite : « le faire voler le premier ». Duo et moi n'étions pas inquiets quant à la tournure que prendrait leur relation ; contrairement à la vôtre, à Shaims et toi.
- Nous nous disputons sans cesse depuis son arrivée. Il refuse de me faire face.
- Pourquoi maintenant ?
- Je voulais nous laisser le temps de vivre nos expériences, d'être certains de nos choix… Enfin de mes choix et de mes sentiments.
- Les tiens n'ont jamais changé.
- Non, c'est toujours aussi fort, plus même.
- Trowa et Quatre nous ont confiés à ton père et moi que Shaims n'était pas très à l'aise avec son « héritage » ; il ne sait plus trop où il en est. Contrairement à son frère, son don d'empathie le perturbe… Il lui est difficile de trouver l'équilibre entre sa force et sa grande sensibilité ; il a peur de paraître excessif dans ses propos et dans sa façon d'être. Ses pères lui expliquent qu'il ne doit et ne peut se fier qu'à ce que lui dicte son cœur, mais il se braque et refuse de les écouter. Tu n'es pas le seul qu'il tente de fuir dès qu'il le peut.
Hiro médite un moment sur ces nouvelles données tout en jetant un coup d'œil sur le circuit.
Keenan se débrouille très bien et Hiro note que son style aurait fait des adeptes dans le milieu professionnel.
- Je comprends mieux, maintenant. Je crois que j'y suis allé un peu fort, mais il me rend dingue ! Si tu voyais comment il me regarde, ce que sa présence provoque en moi…
- S'il ne ressentait rien en retour, il n'agirait pas ainsi et tout serait clarifié depuis le début. Shaims est de par nature calme et méthodique, autant que son frère et ses parents.
- C'est aussi ce que je me suis dit.
- Que comptes-tu faire ?
- Lorenzo m'a posé la même question.
- Ce n'est pas étonnant.
- Hn. Je me demandais si je devais en parler avec mes oncles, avant d'aller plus loin.
- Fais comme tu le sens, mon fils, mais je ne crois pas que cela soit nécessaire. Quatre sait déjà tout, donc Trowa aussi.
- Ils trichent !
- Plains-toi, sourit son père. J'ai subi bien pire.
- J'aime et je respecte mes oncles. Je ne veux pas les décevoir ou leur donner l'impression de les trahir.
- Je comprends… Quatre souhaite te parler.
- Oui… d'accord…
- Tranquillise-toi, Hiro, commence directement son oncle. Je souhaite simplement apaiser les tensions et te permettre d'avancer comme tu l'as toujours fait.
- Hn.
Quatre sourit. Il ressent combien son neveu est tendu.
- Trowa et moi tenons à te rappeler tout l'amour que nous avons pour toi et ton frère. Nous vous considérons comme nos propres enfants. Rien de ce que vous ferez ne pourra altérer cela. Vous êtes libres de vivre vos expériences, de faire vos choix, que cela nous plaise ou non. Nous sommes simplement là pour vous aider, vous conseiller ou vous secourir en cas de besoin. Je n'ai pas l'intention de devenir un père et un oncle envahissant et autoritaire.
Hiro est trop ému pour lui répondre et il est soulagé de savoir que son oncle peut ressentir combien il est touché par ses mots.
- Lorenzo est passé des hommes aux femmes avec naturel, reprend Quatre. Pour lui, c'est une question d'envie, cela dépend principalement de son état d'esprit.
- Je t'assure que c'est sérieux avec Luana. Keen' et moi ne l'avons jamais vu sourire de cette façon.
- Je te crois, sourit Quatre. Shaims nous a surpris, enfin surtout moi, je l'avoue. Il semble se jouer un mauvais tour et n'accepte aucune main tendue vers lui.
- Je ne pensais pas le voir se fermer comme une huître, un jour. Il était si doux, si tendre, si attentif aux autres… Il riait tout le temps, se rappelle tendrement Hiro.
- Nous avons toujours pu discuter, mais depuis quatre ans, Shaims se replie sur lui-même. Et son mal-être, qui s'est transformé peu à peu en tristesse, l'empêche, lui, de s'épanouir et nous, ses pères et son frère, d'être pleinement heureux. Trowa et moi avions l'intention d'employer les grands moyens dès notre arrivée à Vancouver, mais si tu ressens que tu peux lui venir en aide, n'hésite surtout pas. Et n'oublie pas que Shaims me ressemble : il peut avoir des mots très durs par moment. Et je sais que tu te retiens d'aller jusqu'au bout de toi-même par peur de nous déplaire. Il ne faut pas.
- Tu ne me confierais pas une mission aussi importante, si tu n'étais pas sûr de… de mon amour pour lui, affirme-t-il enfin devant son oncle.
Et Quatre se réjouit de l'entendre prononcer ces mots-là, parce qu'il sait que son fils aime profondément Hiro.
- C'est certain. Et je suis d'autant plus confiant que tu as su attendre quatre longues années avant de venir vers lui. Tu as fait preuve de patience et de sagesse, alors que tes hormones réclamaient la jouissance immédiate de tout ce qui pouvait bien te faire envie.
- Ojisan…
- Bah, quoi ? ! Qu'est-ce-que j'ai encore dit ?
- Ne vas pas pervertir mon fils, l'ostrogoth ! intervient Duo qui vient d'entrer dans le salon pour venir se blottir dans les bras de Heero, qui est, lui, très attentif à ce que dit Quatre.
D'un pas de velours, Trowa les rejoint à son tour pour enserrer la taille de son mari.
- Tout ça pour dire que tu dois te concentrer sur ta vie, tes envies, tes choix, lui dit Trowa en prenant le combiné. Ne te soucies pas de nous, mais de vous.
- Merci.
- Nous sommes tous extrêmement fiers de vous, lui dit ensuite Duo après avoir arraché le téléphone des mains de Trowa. Faites-vous confiance et tout ira pour le mieux.
- Yes, Dad'.
- Maintenant, fais le vide dans ton esprit et concentre-toi sur ton objectif, lui conseille Heero. Tu l'aimes, tu sais que c'est lui et personne d'autre, alors rien ne doit te faire obstacle, pas même lui et son hypothétique refus.
- Haï, Otousan ! répond Hiro, regonflé à bloc.
- Tu parles toujours de notre fils, là ? demande Quatre.
- Tu crois qu'il s'y est pris comment avec moi ? lui répond Duo. Il s'est jeté sur moi et m'a pratiquement violé ! Tous des dingues, les Yuy !
- C'est le grand chelem, à toi de déterminer l'importance de l'enjeu, continue Heero, imperturbable. Ton cœur bat pour Shaims ? Le sien souffre de ton hésitation et ne demande qu'un électrochoc pour redémarrer.
- Haï.
- Je crois qu'il a compris, serial killer, dit Duo.
- J'aimerais surtout revoir mon fils en un seul morceau, fait Quatre.
Heero et Trowa se sourient.
- Merci, Otousan, et remercie tout le monde de ma part.
- Hn. Passe à l'attaque, mon fils.
- Ça suffit ! s'interpose Duo en lui arrachant le téléphone des mains. Ton père n'est qu'un forcené et Tro' n'est pas mieux !
- Oui, mais il fallait bien ça pour t'attraper et surtout te retenir. Idem pour Ojisan Quatre. En fait, c'est grâce à Ojisan Trowa et Otousan si nous sommes ici, aujourd'hui.
- What ? ! s'étrangle Duo. Heero Yuy Maxwell, on va avoir une petite discussion toi et moi, adresse-t-il à son mari.
- Je te laisse, Dad'. J'ai à faire.
- Je t'aime, mon ange. Tu passeras le bonjour à tout le monde !
- Yes, Dad'. Je vous aime, moi aussi.
Hiro raccroche, complètement requinqué.
Il sourit encore lorsque Keenan revient vers lui, le casque sous le bras.
- Alors, j'étais comment ?
- Peux mieux faire.
Joueur, Keenan se jette sur lui pour lui faire ravaler sa mauvaise foi.
- Donne tout ce que tu as, 'ro !
- Je croyais que tu voulais gagner ?
- Alors là…
•
Au même moment,
À Manama…
•
Duo vient de raccrocher, mais il perd bien vite son sourire devant l'expression préoccupée, presque triste de son ami.
- Quat' ?
- Notre fils ne va pas bien, répond-il nerveusement. Je n'ai pas besoin de l'avoir au téléphone, ou de le voir pour le ressentir.
- Ça va s'arranger, tente de le rassurer Duo.
- Pas si Lorenzo s'en mêle.
- Fais-leur confiance, chéri, hm ?
- Shaims est apeuré ! rétorque Quatre à son mari. Si son khoya lui propose son aide, il va…
- … refuser, le coupe Heero, surprenant tout le monde.
Quatre secoue négativement la tête.
- Tu sembles oublier qu'il tient de toi, reprend-il. Même si Shaims sera tenté de se laisser protéger par son frère, son cœur, sa fierté, votre éducation, le forceront à réagir et à reprendre sa vie en main.
- Vous semblez oublier qu'il a réussi à fuir votre fils durant quatre ans.
- Même s'il refuse de se l'avouer, Shaims est retourné à Vancouver pour affronter ce qu'il est, dit Trowa. Il ne peut pas rester indéfiniment indécis, il le sait. Il saura remettre son Khoya a sa place et Lorenzo l'écoutera parce qu'il n'aura pas d'autre choix.
Quatre soupire avant de venir nicher son visage dans le cou de son mari.
- Vous avez l'air si sûrs de vous…
- C'est le cas, répond Trowa. Et tu l'es également. Autrement, tu n'aurais pas pu venir en aide à Hiro.
- Ça ne m'empêche pas d'être inquiet, rétorque Quatre d'un ton agacé.
- Je sais, mais je suis là, mon ange.
- Quel père je fais ? Je devrais prendre mon jet et courir le rejoindre pour le consoler.
- N'oublies pas ton collant bleu pétrole et ta cape rouge !
- Duo, je suis sérieux, là !
- Moi aussi. Nos fils sont en sécurité, chez nous. Tu dois laisser vos jumeaux se dépatouiller tout seuls… jusqu'à un certain point. C'est ça, ton rôle de papounet.
- Je leur laisse deux jours. Si après, je ressens que ça ne va pas mieux, j'y vais.
- Et on t'accompagnera, assure Duo. Je pense aussi à notre fils…
- Inutile de te faire du souci, timber. Hiro a fait le point. Il est plus déterminé que jamais et nos vacances se dérouleront comme prévues.
- J'appellerai les enfants, demain, tranche Trowa. D'ici-là, je veux que tu arrêtes de ruminer tes sombres pensées.
- « Sombres pensées » est un peu fort, tu ne trouves pas ?
- Non, Duo. Quatre se reproche le mal-être de Shaims… dans sa totalité.
- Oui, mais c'est normal, veut-il le soutenir.
- Je laisse à Heero le soin de te faire ravaler cette affirmation. Quant à toi, mon ange, tu te recentres.
- Hm.
- Eux aussi ressentent quand tu ne vas pas bien. Et c'est de ta lumière, de ta force dont ils ont besoin.
Entouré, protégé par l'aura de son mari, Quatre hoche la tête, ferme les yeux et prend une grande inspiration.
Trowa adresse encore un clin d'œil à ses amis, qui, en quittant discrètement le salon, peuvent l'entendre fredonner une mélodie et le voir danser avec son mari, lentement, joue contre joue.
•
Pendant ce temps,
À Vancouver…
•
Lorenzo profite que Damon et Luana discutent pour prendre son frère à part…
Shaims fronce les sourcils mais le suit jusqu'à un autre banc, non loin.
- Je te sens soucieux, dit-il en s'asseyant à son tour.
- Je le suis, répond Lorenzo.
Et Shaims ne reconnaît que trop bien ce ton et son expression.
- Ton séjour ici t'est douloureux, reprend-il. Je le sais, je le sens et je le vois.
- Khoya…
- Je ne le supporte plus, le coupe-t-il en lui prenant les mains. Je vous ai laissé faire, toi et Hiro, mais c'est terminé. Je ne veux pas te voir souffrir plus longtemps.
Shaims soupire et retire ses mains.
- Tu as réussi à te maintenir tant bien que mal durant quatre ans, mais à la minute où tu as remis les pieds ici, ton état s'est aggravé ! poursuit Lorenzo.
Shaims ne sait pas quoi répondre et se concentre pour ne pas pleurer sur son épaule et lui demander de régler son problème à sa place. Comme de faire en sorte que Hiro n'ait plus jamais l'occasion de l'approcher et d'affoler tous ses sens.
Mais il a déjà honte de penser à fuir, de ne pas affronter ce que la vie lui présente, de vouloir se déresponsabiliser, ne serait-ce qu'une seconde… Alors le formuler à voix haute, le faire… Que diraient ses pères ? Quel regard poseraient-ils sur lui ? Et lui-même, comment pourrait-il continuer à vivre en ayant fait preuve de lâcheté ?
Shaims est soudain prit de nausées.
- Je vais dire à Hiro de ne plus t'adresser la parole, au moins jusqu'à que tu te sentes mieux, lui propose justement son frère.
- Non ! réagit-il vivement en se levant.
- Khoya, tu ne peux plus continuer ainsi. Laisse-moi te protéger.
- Il en est hors de question ! Ne t'avise pas de décider ou de faire quoi que ce soit à ma place.
- Tu préfères peut-être agoniser jusqu'à la fin de tes jours ?
- Je refuse de perdre mon honneur et ma dignité !
S'ensuit un long silence, lourd et pesant.
- Je t'aime, Khoya, reprend plus calmement Shaims. Mais si tu décidais de ne pas respecter mes choix, je serais forcé de disparaitre.
- Que veux-tu dire par-là ?
- Si tu m'empêches de faire face à… à ma destinée, je ne pourrais plus jamais me présenter devant toi, ni devant nos pères.
Cette éventualité suffit à faire paniquer Lorenzo, qui se lève pour l'étreindre avec force.
- Ne nous fais pas ça… Je ne le supporterai pas.
- Moi non plus. Mais tu ne me laisserais pas le choix.
- Je ne ferai rien d'autre que d'être là quand tu en auras besoin.
- Tu me promets de ne pas interférer dans ma vie, quelles que soient mes difficultés ?
- Si tu ne m'en fais pas la demande…
- … explicite ? le coupe-t-il.
Lorenzo soupire.
- Explicite, oui, je te le promets… Même si c'est dur de te voir souffrir sans rien faire, ne peut-il s'empêcher d'ajouter rapidement.
Comme si c'était utile de le préciser !
- Merci, souffle Shaims, son cœur battant à l'unisson de celui de son frère jumeau. Et contrairement à ce que tu crois, tu fais beaucoup pour moi.
- Si c'était vraiment le cas, tu ne serais pas dans cet état, se reproche Lorenzo.
- Je t'en prie, cesse de porter ma vie à ce point…
- Je ne peux pas faire autrement. Autant me demander de ne plus respirer…
- Khoya… se lamente Shaims.
- Tu n'as pas d'autres choix que d'accomplir ta mission.
- Que veux-tu dire ?
- Ta mission est de briller et d'illuminer le monde, lui explique très sérieusement Lorenzo. Je ne serais jamais parfaitement heureux et épanoui, si tu ne t'autorises pas à l'être également.
Ce type de discours a toujours eu tendance à rendre Shaims mal à l'aise et à l'émouvoir en même temps.
- Je vais faire tout mon possible, murmure-t-il, la gorge nouée.
- J'y veillerai, lui promet Lorenzo. Je refuse de te perdre… En aucune façon.
Incapable de prononcer le moindre mot, Shaims raffermit son étreinte et tente de dissimuler ses larmes en détournant son visage. Peut-être qu'observer les magnifiques paysages l'aidera à noyer sa tristesse…
Sauf que son regard s'est arrêté sur les hangars, au loin, et que rien ni personne ne parvient à lui faire oublier Hiro.
…
Pendant ce temps, de l'autre côté de la piscine, Luana adresse un énième drôle de regard à son vis-à-vis…
Seulement, celui-ci s'éternise.
Alors Damon comprend…
- Comment l'as-tu su ? Heero, Duo, Quatre ou Trowa te l'ont dit ? Il n'y a qu'eux qui sont au courant.
- Non, répond-elle en lui souriant. Tu ressembles un peu à ta mère et surtout, la mienne la rencontre régulièrement, en Autriche. J'ai comme qui dirait vu ta photo où tu avais une quinzaine d'années. Mais j'admets que sans cela, je n'aurais jamais pu faire le rapprochement.
- Je vois, dit-il, la mine un peu défaite.
- Je ne dirai rien, je te le promets, Damon Lud…
- Sweet, la coupe-t-il. Damon Sweet.
- Pardon, s'excuse-t-elle en portant une main légère et délicate à ses lèvres.
Damon retrouve le sourire, rassuré de constater que sa beauté exotique est le reflet de sa beauté intérieure.
- Bien que je ne l'aie rencontré qu'à trois ou quatre reprises durant ma petite enfance, tu me fais un peu penser au beau-frère de mon père : mon oncle par alliance, Milliardo. Tu n'utilises pas ton vrai nom de famille.
- C'est celui de mon père, c'est mon vrai nom de famille.
- Oui, mais si tu ne révèles pas ton autre moitié identitaire, c'est bien pour protéger ta mère, non ?
- Ma mère ne s'est jamais opposée à ma passion pour la course automobile, répond-il sèchement sans donner plus d'explications.
- Ah, c'est bien, sourit-elle.
- Je te prie de bien vouloir m'excuser, soupire Damon. C'est une histoire banale et sans issue.
- Elle parle souvent de toi, tu sais.
- Jusqu'à quel âge ? Je dirai celui que j'ai sur la photo : seize ans.
Luana ne dit rien, son regard suffit à lui donner raison.
- Je vais très bien, ne t'inquiète pas pour moi, Luana, tu veux ?
La jeune femme lui sourit.
- En cas de complications avec Keenan, sache que tu peux compter sur moi, assure-t-elle. Je ne prétends pas avoir le talent de mon père en matière de diplomatie, mais Lorenzo m'a expliqué comment je devais m'y prendre pour provoquer « Keenou-va-faire-de-la-pate-à-choux » et détourner durablement son attention.
Damon rit, surpris et attendri par son élan d'amitié pur et désintéressé.
- Tu es une belle âme, Luana.
- Merci à toi de me dire cela. Vois-tu, je suis née Kruger, mais j'ai très vite compris que je devais mériter mon héritage, qu'il était un devoir pour moi d'honorer ma famille. D'autant plus depuis qu'elle est liée à celle des Peacecraft de part le mariage de mon oncle John et de Réléna.
- Tu vas plaire aux pères de Lorenzo.
Avec un sourire épanoui, Luana hoche énergiquement la tête.
- Je l'espère tellement…
- Chasse-moi vite ce vilain doute. Tu es parfaite.
Très émue, Luana lui serre la main et le remercie.
Un peu plus tard, tous les six se retrouveront autour d'un barbecue et chacun aura à cœur d'être le plus léger et courtois possible.
•
Le soir même,
Dans la chambre de Shaims…
•
Il n'est que vingt-deux heures, mais pourtant, tout le monde est déjà au lit ; ce qui ne signifie pas qu'ils y dorment.
Hiro et Shaims ne font pas exceptions à la règle, sauf qu'ils veillent par contrariété et non parce qu'ils sont « occupés ».
Shaims sort de sa deuxième douche froide, le cerveau tournant à plein régime : Hiro l'obsède. Il occupe toutes ses pensées depuis quatre ans et ce, malgré la distance que Shaims s'est évertué à mettre entre eux.
Toc toc…
- Entre, Keen' ! l'invite-t-il en frottant ses cheveux blonds avec sa serviette blanche, une autre négligemment nouée autour des hanches.
Keenan devait passer pour lui emprunter un foulard en soie turquoise brodé de fil d'or, histoire de changer de couleur.
*C'est étrange, je pensais qu'il avait oublié.* se dit-il.
Il se retourne alors et à la vue de son visiteur, son cœur rate un battement...
- Mon frère devra se contenter d'un de ses tissus violets en soiepour se faire attacher. Encore une fois, Damon se fout de ses vêtements.
Rougissant et subissant une bouffée de chaleur, Shaims déglutit difficilement. Il ne sait pas quoi dire, si bien que les mots se bousculent dans sa tête sans qu'il ne parvienne à en articuler un seul.
- Nous avons besoin de discuter et je pensais que tu serais enfin disposé à m'écouter, ce soir, poursuit Hiro.
Shaims tente de reprendre contenance en frictionnant à nouveau ses cheveux et en pivotant légèrement sur le côté pour ne plus avoir à lui faire face.
Fermant fort les yeux une seconde ou deux, il se félicite d'avoir dû trainer sous le jet d'eau glacée.
- De quoi veux-tu parler ?
Il a beau se racler la gorge, le son de sa voix ne lui convient pas.
- De ce qui nous unit.
Pris de vertiges, Shaims ne l'entend qu'à moitié. Son cœur bat tellement fort qu'il a l'impression qu'il est partout à la fois, prêt à exploser de douleur.
- Shaims ?
Celui-ci ne l'a pas entendu ni vu se rapprocher, alors il sursaute et fait deux pas en arrière lorsqu'il se rend compte que Hiro se tient à quelques pauvres centimètres de lui.
- Quoi... ? Comment ? se corrige-t-il.
Et cette voix qui déraille !
- Te rends-tu compte dans quel état émotionnel tu vis depuis tout ce temps ? s'inquiète Hiro en caressant sa joue du revers de ses doigts.
Le Prince du désert se dégage à regret et s'en veut de ne pouvoir cacher le fait qu'il frissonne au moindre contact.
- Retourne-toi, s'il-te-plait. Je souhaiterai m'habiller pour la nuit.
- Tu plaisantes ? On a grandi, pris nos bains ensemble…
- On était des enfants ! s'emporte-t-il vivement.
- La douche collective après l'entrainement sur les circuits de nos parents, on prenait encore le biberon, peut-être ?
- Retourne-toi.
- Non.
- Je te demande pardon ? !
- Je te demande d'assumer ce que tu es.
- Tu ne vas pas recommencer ? !
- Je vais continuer et aller plus loin encore, répond-il en comblant la faible distance qui les sépare.
Shaims a bien essayé de reculer, mais sa jambe a buté contre son bureau en bois noble : il se retrouve coincé.
- Ton frère m'a dit qu'il t'arrivait de dormir dans ma chambre, à Manama ?
- Je m'occuperai de mon khoya plus tard. Va droit au but, dit-il les dents serrées.
- Alors j'irai droit sur toi.
Shaims se serait bien précipité vers la porte pour l'ouvrir et lui demander de sortir, mais Hiro ne lui a pas laissé le temps d'esquisser le moindre geste, qu'il lui a bloqué le passage avec son corps.
- Je crois que tu n'as pas bien compris : je ne serai jamais ton amant, je ne suis pas amoureux de toi et pour être certain que tu saisisses bien : je n'aime pas les hommes. Je voudrais juste retrouver mon cousin.
Hiro soupire et fait fi de ses mensonges à répétition.
- J'ai essayé de te parler à plusieurs reprises…
- Faut croire que t'es pas doué pour ça.
- Tu sais comment je suis, Shaims ? Qui je suis ? Et de qui je tiens ?
L'interpellé ne répond pas, les poings serrés et le regard acéré, quoique fébrile.
- Tu sais que je vais jusqu'au bout, que tu ne me laisses plus le choix des armes, que je traduis ton attitude par une affirmation et qu'elle m'oblige à prendre la seule décision valable qui s'impose, ajoute-t-il d'une voix grave et envoutante.
Hypnotisé par la forte détermination de Hiro, Shaims a l'impression d'être paralysé, perdant sensiblement son équilibre, les jambes en coton.
Doucement, Hiro l'accule dos au mur, cale son corps contre le sien, puis remonte lentement ses poignets au-dessus de sa tête.
*Pourquoi tu te laisses faire ? Pourquoi ?* se reproche Shaims.
- Simple précaution, explique Hiro. Je sens bien que ton poing te démange… Sans parler du « reste », ajoute-t-il avec un sourire en coin malicieux.
En frôlant doucement sa joue de la sienne, il plonge ensuite son visage dans son cou pour respirer son odeur.
Mais délivré du pouvoir ensorceleur de ses yeux et uniquement de celui-ci, Shaims réussit à retrouver un peu ses esprits et se débat… faiblement et en vain, puisque totalement captivé par son odeur, la douceur de sa peau et sa chaleur.
Comprenant son erreur, Hiro se redresse.
- Ne quitte plus mon regard.
Redevenu incapable de lutter, Shaims halète de plus en plus, partageant son souffle chaud avec son vis-à-vis.
- Hiro, écoute… d'accord… on va discuter et… Arrête !
- Toi d'abord… répond-il en continuant de parsemer son visage de doux baisers.
Pour tenter de contenir un soupir de bien-être, Shaims se mord la lèvre.
- Je t'en supplie, ne fais pas ça…
Mais Hiro ne l'écoute pas et c'est avec une infinie tendresse qu'il lui capture sa lèvre inférieure pour la faire délicatement glisser entre ses dents.
Dans le même temps, il descend une de ses mains le long du dos de Shaims jusqu'au creux de ses reins qu'il caresse avec légèreté, maintenant toujours fermement ses poignets de l'autre.
- Oh, mon Dieu… non… gémit Shaims de plaisir, avant de happer l'air, comme s'il recherchait un remède contre le désir. Tu es en train… de tout gâcher. J'ai… j'ai besoin de plus de temps…
- C'est faux ! Tu serais reparti et m'aurais fui pendant des semaines, des mois, peut-être bien des années encore...
Le souffle court et le regard fixé sur sa bouche, Shaims ne dément pas.
- Crois-tu que je sois malhonnête ? demande soudain Hiro.
- N... non, répond Shaims, désorienté par ce revirement de situation.
- Me penses-tu capable de jouer avec toi ou avec un autre ? De malmener sciemment mon prochain ? le questionne-t-il encore.
- Non, jamais ! Tu es quelqu'un de droit et d'honnête. Comment peux-tu mettre en doute ta nature profonde ?
- Parce que je nous sais profondément amoureux l'un de l'autre et que je commence sérieusement à me poser des questions : est-ce simplement ce que je suis qui t'éloigne de moi ? Me trouves-tu indigne de confiance ?
- Non ! s'écrit Shaims, horrifié par ses propos. Je te trouve... Tu es parfait, Hiro. Tu n'as pas à te remettre en cause.
- Vraiment ?
Shaims hoche la tête.
- Alors, qu'est-ce qui te retient ?
- Je... je ne sais plus où j'en suis...
- Oui, mais seulement voilà : tu n'es plus crédible, mon Shamy. Assez de mensonges !
Inconsciemment, Shaims hoche à nouveau la tête.
Et tandis qu'ils se dévorent du regard, Hiro libère ses poignets avant d'entourer sa taille et de le serrer plus fortement contre lui.
- Tu en meurs d'envie et moi aussi, murmure Hiro avant de frotter son nez au sien, puis de l'embrasser longuement et tendrement.
Comprenant qu'il est tout à fait inutile, voire ridicule, de continuer à lutter contre l'évidence, Shaims plonge ses mains dans les cheveux bruns de Hiro et s'abandonne à ses bons soins...
…
Quelques longues et délicieuses minutes plus tard, Hiro porte Shaims, tremblotant, sur le lit où il les fait asseoir.
Blotti dans ses bras, les jambes de part et d'autre de son bassin, Shaims pleure et s'accroche à son cou et à sa tresse comme si sa vie en dépendait.
*Je n'ai jamais vécu ça, avant… On ne m'a jamais touché de cette façon… avec autant de… maîtrise…* constate Shaims, profondément troublé.
- Tu sens tellement bon... souffle Hiro à son oreille.
Il se doute bien du combat intérieur de son aimé, mais il est bien décidé à tout faire pour l'empêcher de fuir à nouveau.
*Que vais-je faire, maintenant… ? Je ne veux et ne peux déjà plus me passer de lui… de sa peau, de son odeur, de ses mains et de ses lèvres sur mon corps… J'ai... j'ai envie de lui…* s'avoue-t-il douloureusement, tandis qu'Hiro parsème son épaule et sa nuque de baisers en lui caressant le dos et les jambes.
- Hiro, écoute… chuchote-t-il en frissonnant, d'un ton défaitiste que Hiro déteste plus que tout, surtout venant de lui.
- Dis-le… le coupe-t-il de sa voix basse et grave.
- Je t'en supplie, arrête… Ça va trop vite… C'est trop fort...
- Dis-le, Shaims. Dis-le ! répète-t-il en haussant et durcissant sensiblement le ton.
Luttant jusqu'au bout, Shaims l'étreint autant qu'il serre les dents.
- DIS-LE ! se fâche Hiro en pressant sa main sur le haut de sa cuisse et le faisant violemment sursauter.
- JE T'AIIIME ! lâche-t-il avec force en lui agrippant la nuque et une poignée de cheveux. Je t'aiiime ! Je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime…
- Chuuut… Je t'aime, Shamy, l'interrompt-il en lui caressant la tête.
Ils restent ainsi un long moment, Hiro berçant doucement Shaims, en pleurs, mais jouissant néanmoins d'un apaisement inattendu…
*D'où vient ce silence… ? !* s'étonne-t-il.
Il attend encore un long moment avant de reprendre la parole, d'une voix qu'il juge incertaine :
- Promets-moi… que rien ne changera entre nous… si jamais…
- Je serai toujours ton ami, lui assure Hiro.
Sanglotant de nouveau, Shaims raffermit encore son étreinte autour de lui.
- Hey, là… Tu n'as rien à te reprocher, mon Shamy, rien… reprend Hiro en le câlinant toujours.
- Tu… tu n'as jamais cessé de l'être… Contrairement à moi, se reproche-t-il.
- Tu crois ça ? J'ai été lent et hésitant. Je ne suis pas fier de moi, si tu veux tout savoir.
- Non, je suis le seul responsable. Même si je le voulais, je ne peux plus me voiler la face. Je nous ai fait du mal, beaucoup. À toi, mon khoya, mes pères… Je suis si égoïste !
- Regarde-moi.
Non sans tergiverser, Shaims sort finalement le nez de son cou, tout en crispant ses mains sur ses épaules.
- Tu dois sans doute me trouver ridicule…
- Bien sûr que non, répond Hiro en dégageant l'une de ses courtes mèches qui lui barrent le front.
Il en profite alors pour le dévisager, comme si un détail avait pu lui échapper depuis toutes ses années, puis remonte sa main jusqu'à sa joue, qu'il frôle avec une précaution infinie.
Touché au plus profond de son âme, comme jamais cela ne s'était produit avec autant d'intensité, Shaims pleure de nouveau.
Ses larmes silencieuses expriment un tout : de la joie, de la tristesse et d'autres choses encore qu'il ne peut nommer, ni même expliquer.
Et tant pis s'il passe pour un émotif.
De toute façon, c'est le cas et surtout, son don d'empathie a tendance à exacerber tout ce qu'il vit.
- Je t'en prie, Hiro… Dis quelque chose... Que tu m'en veux, que tu as changé d'avis… N'importe quoi, mais cesse de me traiter comme l'un des êtres les plus estimables en ce monde ! Je ne mérite pas autant d'attention. Je suis né dans une famille multimilliardaire, je suis aimé de mes parents, de mon frère, de vous et tout le monde se plait à dire que je suis l'un des dignes héritiers de mes pères : le nouveau Prince du Désert… La vérité, tu la veux ? Je ne suis rien d'autre que moi ! Juste un mec incapable d'affronter… toi ! termine-t-il après avoir cherché ses mots.
- Toi, le reprend Hiro.
- Moi ?
- « Juste un mec incapable de t'affronter, toi », répète-t-il avec un tendre sourire. Je ne suis qu'un pauvre type amoureux, mon Shamy. Le combat que tu as dû mener s'est uniquement déroulé entre toi et toi. Et tu es effectivement juste toi… dans toute sa splendeur.
- Arrête… soupire-t-il.
- Tout le monde sait que je suis le fils naturel de Heero Yuy, le coupe-t-il d'un ton ferme.
Et cela suffit à faire taire toute protestation.
Shaims note que Hiro ne parle en ces termes qu'en de très rares occasions. Celui-ci se considère réellement comme étant le fils de Heero et Duo et il défie quiconque de venir contredire ce fait.
- Contrairement à toi, j'ai su trouver ma place, poursuit-il. Parce que je ne fais pas d'empathie comme toi ou ton père. Je n'ai plus ou moins que mes émotions à gérer, tu comprends ? Toi, tu as le fardeau d'être un ange, Shaims. Tu ne peux pas faire autrement que d'entendre et ressentir tout ce qui vit autour de toi. Et c'est justement parce que nous sommes tous unis par une amitié d'âme indicible que tu peux te permettre de relâcher la pression avec nous, de te laisser aller à partir dans tous les sens, parce que tu sais, au fond de toi, que jamais aucun de nous ne te jugera. Bien au contraire, tenshi no.
Ces « simples » mots, sortis tout droit du cœur, suffisent à apaiser Shaims qui arbore cette adorable expression d'intense réflexion, les yeux dans le vague.
Cela a au moins eu le mérite d'avoir séché ses larmes !
Sans rien montrer de son trouble, si ce n'est qu'il le désireardemment, Hiro se fait violence pour ne pas l'aimer séance tenante et sans passer par la case départ.
Poussant un discret soupir, Shaims glisse sa main dans ses cheveux blonds et plonge à nouveau son regard dans le sien.
- Je ne suis toujours pas convaincu de vous mériter, mais je te remercie. J'ai une dette de vie envers toi, envers vous tous.
Même s'il a conscience que Shaims n'est pas totalement rassuré, Hiro est pour le moins satisfait de ce qui est ressorti de leur première vraie discussion depuis quatre longues années.
- Qu'est-ce que tu viens m'ajouter-là ? dit Hiro d'un air exaspéré, tandis que Shaims se mord la lèvre, son désir renouvelé.
Mais lorsque Hiro va pour l'allonger sur les draps frais, Shaims le stoppe dans son élan d'une main douce et légère posée sur son torse.
- Attends !
Hiro sait qu'il ne pourra pas dormir de la nuit, mais il sourit en lui caressant la joue.
- Gomen. Je te sens encore troublé. Je comprends.
- Non, tu n'y es pas… Enfin, si, je suis complètement bouleversé, mais…
Hiro fronce les sourcils, jusqu'à ce que Shaims lui ôte son tee-shirt souillé et s'affaire à déboutonner son jean.
Surpris et heureux, Hiro sourit plus largement et se dévêt à la vitesse grand V, sous le regard à la fois amusé et anxieux de son futur amant.
Une fois nu à son tour, Hiro vient se caler tout contre lui et constate avec bonheur que Shaims l'accueille à bras ouverts.
- Je crains que tu n'aies pas tiré le bon numéro, fait ce dernier.
- Je n'ai encore rien tiré, à ce que je sache.
Shaims glisse ses jambes le long de ses flancs, les joues rougissantes.
- Je ne suis pas un steak, proteste-t-il pour la forme. Mais tu peux quand même me retourner et griller mes neurones. Pour ce à quoi ils me servent !
- Je vais te retourner dans tous les sens et pas qu'une fois, lui promet-il avant de l'embrasser.
- J'espère être à la hauteur de tes attentes, Hiro, s'inquiète Shaims en caressant ses lèvres gourmandes du bout des doigts.
- Crois-moi, mon Shamy, tu l'es déjà et bien au-delà…
Shaims n'a pas le temps de sourire nerveusement plus longtemps que Hiro l'embrasse profondément et ondule impatiemment contre lui.
Si Shaims se laisse complètement guidé par son initiateur, c'est parce que Hiro en connaît un rayon : il sait varier les plaisirs, les positions, les pressions sur son corps... Il a la capacité de penser au bien-être de son amant avant le sien.
Et s'agissant de Shaims, Hiro s'applique comme jamais : caresses, massages, mots tendres… L'intensité de sa douceur contrastant souvent avec la violence et la puissance de son désir pour lui.
Son objectif est simple et délicat à la fois : Shaims ne doit pas souffrir, plus jamais… ou en tout cas, le moins possible.
•
Le lendemain midi…
•
Shaims papillonne des paupières jusqu'à ce que son regard tombe sur celui de Hiro au-dessus de lui, son visage paré d'un sourire d'extase.
- Ohayo, tenshi no.
Shaims le contemple un long moment sans rien dire, tandis que Hiro caresse sa peau, raffolant de sentir ses frissons sous sa paume.
- Je ne sais pas quoi te dire, souffle Shaims.
Certes désorienté, il ne peut s'empêcher de lui sourire, toute sa lumière aveuglante retrouvée.
- Bien sûr que si, tu le sais.
- Je suis si désolé…
- Chuuut, pas ça, non. Plus jamais ça.
Shaims hoche la tête, avant de forcer Hiro à se rallonger pour qu'il puisse nicher son visage dans son cou et respirer son odeur.
- Apaise-toi, murmure Hiro en lui caressant le dos.
Il s'attendait à ce réveil. À ce que la peur de Shaims refasse timidement surface, refusant de rendre les armes aussi facilement.
- J'ai tant à t'offrir, à te donner et tu en as tellement besoin… poursuit-il.
- Mon cœur me faisait tant souffrir, confie Shaims en redessinant le contour des lèvres de Hiro de la pulpe de ses doigts. Et il semble si serein et si fougueux à la fois, à présent. Comme libéré de ses chaînes.
- C'est parce que tu as besoin de vivre, autrement dit d'aimer et d'être aimé en retour.
Ému, Shaims se presse plus fort contre lui.
- Tu as tout ton temps, reprend-il en le cajolant. Tout ce qui compte, c'est que tu retrouves ton équilibre.
Shaims prend le temps d'écouter le chant des oiseaux avant de lui murmurer au creux de l'oreille :
- Je suis prêt et je le veux de tout mon être… Je t'aime, Hiro.
- Alors, pourquoi ?
Il connait la réponse, mais il sait que Shaims a besoin de le dire à voix haute pour sortir de sa torpeur.
- J'étais terrorisé.
- De quoi ?
- De la force, de la déferlante de mes sentiments pour toi… Je ne savais pas quoi en faire ! C'est difficile à expliquer… Je ne voulais pas y faire face et pourtant, ils font partie intégrante de moi, de ce que je suis... J'avais l'impression de m'arracher le cœur chaque fois que je te rejetai.
Puis, Shaims ricane, l'air sombre.
- J'étais persuadé que je pourrais vivre sans toi et que je finirais par t'aimer comme avant, comme un enfant...
Hiro l'embrasse sur le front et lui caresse la joue.
- Tu sais, reprend Shaims, j'ai beaucoup souffert de ne plus te voir durant ces quatre dernières années. Et je me doute que toi aussi...
- Hn.
- Je suis déso...
- Qu'est-ce je t'ai dit ? le coupe-t-il tendrement en apposant un doigt autoritaire en travers de sa bouche.
Shaims soupire.
- Et maintenant, qu'en est-il ? le questionne Hiro.
- Pour être honnête, je suis encore apeuré par notre nouvelle relation.
- Tu peux compter sur moi pour lutter contre cette angoisse irraisonnée.
- Je suis désolé de t'imposer ça.
Hiro lui pince le nez pour avoir réussi à placer ce mot tabou.
- L'important est que tu te sois enfin libéré. Me battre pour toi ne me fait pas peur, bien au contraire.
- Que vont dire nos parents ? s'inquiète-t-il.
Hiro se met à rire, faisant se redresser Shaims sur un coude.
- Pourquoi ris-tu ?
- C'est à peine s'ils ne préparent pas un gâteau pour nous féliciter d'avoir enfin clarifié la situation.
- Ah bon ? !
- Hn.
*Pas si sûr…* se dit Shaims.
Il ne dit plus rien durant un moment, puis finit par venir s'asseoir sur le bassin de son compagnon.
- Monsieur prend ses aises, sourit le dénatté, ravi de son initiative.
- Même si tu m'en as fait voir de toutes les couleurs, cette nuit…
- Et encore, tu n'as rien vu, le coupe Hiro. J'y suis allé doucement, mon Shamy. Je n'ai pas dépassé la troisième, assure-t-il en faisant référence aux crans d'un boîtier de vitesses.
- J'ai bien senti que tu n'avais pas rétrogradé, rétorque Shaims.
- J'ai bien vu et entendu ton contentement, répond Hiro du tac-au-tac et en souriant largement.
Rougissant légèrement, Shaims détourne son regard et s'éclaircit la gorge.
- Quoi qu'il en soit, je n'ai pas l'habitude de… Tu t'es occupé de moi et j'aimerais te rendre la pareille. Seulement, je ne suis sorti qu'avec des jeunes femmes et je crains d'être maladroit… avec toi, confie-t-il en tentant d'enfoncer ses doigts dans la sangle abdominale de son amant.
- Comment t'es trop mignon quand tu hésites ! le taquine Hiro. J'espère que tu rougiras encore d'ici quelque temps, lorsque tu seras devenu un expert en... « moi ». En tout cas, je ferai tout pour ! Regarde-moi ces petites joues d'un rose soutenu...
- Je peux aussi bien m'en aller, tu sais, fait-il mine de le menacer en prenant appui sur ses genoux pour se relever.
- Que tout le monde garde son calme ! s'écrit-il en imitant un jeu d'acteur et en incitant Shaims à se rasseoir de ses mains sur ses hanches.
Shaims rit aux éclats.
- J'aime ton rire, murmure Hiro en se redressant.
- Je t'aime, toi, répond-il avant de l'embrasser tendrement et en tirant doucement sur ses longs cheveux.
Depuis qu'il est petit, Shaims a tendance à tirer sur sa natte en signe d'affection...
Quatre et Trowa ont beau lui avoir expliqué que ce n'était pas agréable pour son cousin, Shaims n'a jamais pu s'en empêcher et Hiro le lui interdire.
- Je suis là, lui assure ce dernier en frottant son nez au sien. Fais-moi confiance et tout ira bien.
- Je t'ai toujours fait confiance, Hiro.
Celui-ci grimace d'un air dubitatif.
- Oui, bon, sauf pour cette fois-là, concède Shaims. Mais c'était avant !
- Et maintenant ?
- Je veux jouir de ce qui nous unit chaque jour qui passe… T'es content, tu l'as, ta réponse de rêve ?
- Ça peut aller, minimise Hiro.
- Hey !
Mais la tape de Shaims sur son épaule ne dissuade pas Hiro d'aller jusqu'au bout de son petit jeu.
- Ça manque un peu d'adoration du style : Je me suis rendu compte à quel point tu étais merveilleux, l'être parfait en tous points.
- Je n'entends rien, je dois avoir les oreilles bouchées.
- Je remercie les Dieux d'avoir lié ma destinée à la sienne, continue Hiro d'une voix théâtrale. Oh ! Hiro, mon Hiro, mon aimé, mon adoré… mhm ? !
Avant d'être interrompu par son Prince de la meilleure façon qui soit…
- Mhmmm… se délecte encore Hiro de son baiser. Ça, c'est mon Shaims : torride et doux à la fois.
Son amant lui sourit et le contemple de ses yeux verts pétillants de bonheur, avant d'onduler avec souplesse sur son bassin.
Étonné par la rapidité avec laquelle Shaims gagne en assurance, Hiro l'interroge du regard.
- Tu me rends dingue, explique-t-il en le forçant à se rallonger d'une main ferme sur son épaule.
Intrigué et très excité à l'idée de voir ce qu'il compte faire ensuite, Hiro se laisse être commandé.
- Guide-moi encore… lui demande Shaims en parcourant son torse de baisers, puis son ventre en embrassant chacun de ses « carrés de chocolat ».
- Te guider à faire quoi… ? Oooh, je vois...
Après s'être attardé à lécher son nombril, Shaims se concentre à présent sur la « pointe d'or » de son « obélisque » et paraît bien décidé à en dévoiler tous ses secrets…
- Je veux tout apprendre, Hiro, tout…
- À... à ton service...
•
Dans l'après-midi…
•
À la demande de Shaims, Lorenzo, Keenan et Hiro ont l'interdiction formelle de souffler mot de leur nouveau statut d'amants à leurs pères.
- Je veux avoir le temps de me préparer, se justifie-t-il.
- N'importe quoi ! lâche Keenan avec sa délicatesse légendaire. Si tu crois qu'ils ne sont pas déjà au courant… Surtout Uncle Quat' !
- Et alors ? J'fais c'que j'veux !
Lorsqu'il est en compagnie de Keenan, Shaims est méconnaissable.
De son côté, Lorenzo est allé remercier Hiro et s'excuser d'avoir douté de lui :
- Khoya est plus rayonnant que jamais. Merci.
- Tu détiens la palme de la possessivité, mais je protège tout autant mon frère, Enzo. Tu n'as rien à te faire pardonner ; pas envers moi, en tout cas !
- Hm.
- Et puis, entre nous, je serai passé outre ton interdiction. Tu n'aurais été qu'un obstacle à franchir et parfaitement franchissable, mon vieux.
Le rire discret de Lorenzo fait se tourner les têtes de Luana et Shaims.
- Hey, venez par-là, p'tits cachotiers ! les appelle ce dernier.
- Tu ne me le diras pas deux fois, répond Hiro. Où est Dane ?
Shaims se lève pour se rasseoir sur ses genoux avant de lui répondre :
- Damon a rejoint Keen'…
•
En cuisine…
•
- Besoin d'aide ?
Keenan sourit en sentant Damon entourer sa taille et caler son corps contre son dos.
- Il n'est pas nécessaire d'être deux pour faire fondre du chocolat au bain-marie.
- Et si tu te foulais le poignet ?
Keenan pouffe de rire en renversant sa tête sur son épaule.
- Aucun risque : je ne m'en sers pas beaucoup quand tu es là.
Damon ne sourit pas longtemps et garde le silence pendant quelques secondes, avant de lui murmurer un « Je t'aime » des plus sérieux.
Keenan frissonne mais ne dit rien. Il préfère éteindre la plaque chauffante et faire mine de se concentrer sur la suite de la recette, comme si de rien n'était.
Seulement, par son étreinte, Damon l'empêche d'aller farfouiller dans le frigidaire. Il paraît évident qu'il veut le forcer à lui répondre.
- Dane, j'ai besoin de la crème de soja.
- Et moi de toi.
- Je te signale que je suis dans tes bras.
- J'aimerais entendre ces mots-là, Keen'.
- Pas maintenant, Dane. Pas ce soir.
- Quand ?
Keenan hausse les épaules et profite que son compagnon le libère pour aller chercher l'ingrédient manquant.
- Ne crois pas que je te pose un quelconque ultimatum, reprend Damon. J'attendrai le temps qu'il faudra.
- Écoute, Dane… commence Keenan en se retournant vers lui, sa petite brique de soja à la main.
- Tu ne pourras pas te défiler indéfiniment. J'y veillerai.
Keenan hoche la tête, les yeux humides de larmes.
- Je sais, murmure-t-il difficilement.
En deux pas, Damon vient le serrer dans ses bras et le consoler.
- Ton dessert à l'air délicieux, j'ai hâte d'y goûter.
Keenan niche plus sûrement encore son visage dans son cou.
- C'est parce que… c'est fait avec amour.
Damon raffermit son étreinte : c'est un bon début.
À suivre…
Note :
Traductions trouvées sur internet :
(1) Onegaï : s'il-te-plait.
(2) Oniisan : frère aîné ; grand frère.
(3) …, ne ? : …, n'est-ce-pas ?
(4) Okaeri : bienvenue, bon retour.
(5) Yamero : arrête, stop.
(6) Idle time ou dead time : Temps mort.
(7) Ojisan : oncle.
•
Note de fin :
Merci de m'avoir lu et de me suivre, malgré les délais que je vous impose. Mais comme certains d'entre vous le savent, ce temps m'est nécessaire pour faire le tri entre toutes mes idées (dit comme ça, on pourrait croire que j'en ai beaucoup lol !) et pour choisir, ensuite, celles qui me semblent un tant soit peu crédibles.
Je tiens à remercier les internautes qui m'ajoutent à leur liste, c'est très motivant d'être remarqué, lu et attendu… au tournant ? XD
Je vous souhaite d'être heureux ! Bon courage à toutes et à tous !
A tout bientôt !
Kisu
Yuy ღ
