TimberLand !
-Chapitre VI-
Source : Gundam Wing AC
Auteur(e) : Yuy
Bêta de lumière : .·**·.¸(¯`·.¸*.Lysanea.*¸.·´¯)¸.·**·.
Genre : yaoi, romance.
Disclamer : aucun des personnages ne m'appartient sauf Hiro, Keenan, Shaims, Lorenzo, John Peacecraft-Kruger, Anton, Nani et Luana Kruger, et Damon Sweet.
Couples : 1x2 ; 3x4 ; Damon x Keenan ; Hiro x Shaims ; Lorenzo x Luana…
Personnages : Heero Yuy, Duo Maxwell, Trowa Barton, Quatre Raberba Winner, Hiro et Keenan Yuy Maxwell, Shaims et Lorenzo Barton Raberba Winner, Luana Kruger et Damon Sweet.
Chansons : "Jesus to a Child" de George Michael et "With or Without you" de U2.
Note de la bêta coupable : je m'excuse platement auprès de vous, lecteurs fidèles et généreux qui avaient dû subir une si longue attente pour avoir la suite de cette merveilleuse histoire. Je suis la seule à blâmer car j'ai mis beaucoup (trop) de temps pour la relecture du chapitre 5. Je ne développerai pas ici la liste de mes raisons, j'assume et accueille à bras ouverts tous les légumes pourris (mais pas les œufs) que vous me lancerez, sans chercher à les éviter : je le mérite. Et je promets de tout faire pour que ça ne se reproduise plus… Sur ce, bonne lecture de ce chapitre 6, beau, douloureux et drôle, dans la lignée de cette excellente histoire !
Note de moi XD : la vie n'est pas un long fleuve tranquille… C'est la raison pour laquelle, je préfère me concentrer sur le courage des individus. Alors merci à toi, Lysanea… et merci à vous, chers lecteurs !
Rars en bas de page
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La relève est assurée,
deuxième partie
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Lime
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Bon et agréable moment à toutes et à tous !
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Le lendemain après-midi…
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Bien qu'ils soient aussi populaires que leurs parents, Keenan et Hiro ont tout de même pu faire quelques courses au méga supermarché du coin sans signer plus d'une vingtaine d'autographes chacun et sans trop se faire photographier ; ce qui est tout à fait acceptable, quand on sait que la saison estivale de Vancouver bat son plein.
- ... Le site internet des commandes est en dérangement, on a donc prévenu les agents de sécurité du centre avant de nous y rendre, Keen' et moi, répond Hiro à son père.
Le fait que son téléphone portable soit en liaison sans fil avec son oreillette lui permet de porter les courses, d'une main et d'ouvrir la porte de leur demeure, de l'autre.
- Le chef du service, Stan, est sympa, répond Duo. Il nous a tout de suite compris. Il ne s'est pas moqué en nous prenant de haut.
- C'est pratique que vous ayez passé cet accord avec eux : un simple appel et tout le personnel nous aide à entrer et sortir. En même temps, ça leur ramène du monde !
- Votre père et moi voulions que vous puissiez goûter aux plaisirs d'une vie à peu près normale. Il était hors de question de vous cloîtrer à la maison. Piloter et aller en forêt n'allaient pas vous satisfaire toute votre vie !
- Dad', Keen' et moi sommes comblés, d'accord ? Nous vivons et gérons parfaitement bien votre et notre célébrité.
- J'en suis heureux… Et nous sommes si fiers de vous…
- Nous le savons, dad'. Ne t'inquiète plus pour ça, ni pour quoi que ce soit nous concernant.
Hiro n'aime pas sentir son père triste ou mélancolique.
- Shaims va mieux, si j'ai bien compris ? s'enquiert Duo d'un ton qui se veut plus léger. Son père l'a appelé, hier soir. Quat' avait la joue collée à celle de Tro', ajoute-t-il en riant. Mais leur fils n'a pas été très bavard…
- Ouep ! Shaims va beaucoup mieux.
- Mais tu ne peux pas m'en dire plus, devine son père.
- Nous avons tous promis.
- Mince ! Je ne peux même pas interroger ton frère…
- Eh non… ! Keen', pose les sacs, ici.
- Tu sais ce qu'il te dit le baudet ?
Tout le temps qu'a duré leurs emplettes, Keenan s'est plaint d'avoir dû suivre les directives de son grand frère.
- Tu as porté le même poids que moi, espèce de grincheux.
- T'as entendu ça, dad' ? crie-t-il inutilement à l'oreille de Hiro, puisque les capteurs sonores de son oreillette sont d'excellente qualité.
- Écoute ton grand frère, ça te réussit toujours.
Hiro a mis l'écouteur en mode « haut parleur » afin que son petit frère puisse l'entendre.
- Si c'est comme ça, je vais ranger les produits surgelés, décide Keenan en tirant Hiro par la chemise.
- Je peux savoir ce que tu fabriques ?
- Bah, quoi ? T'es de la lignée des Findus©, non ? Ta place est au congélo !
Duo explose de rire.
- Que se passe-t-il ? demande Heero qui vient de rejoindre son mari, deux limonades en mains.
- Rien, mon amour, répond Duo. Il se trouve que notre relève est assurée, voilà tout.
Hiro sourit avant de se racler la gorge.
- Pardon, reprend son père. Je t'appelais aussi pour vous prévenir que nous arrivions de bonne heure, dimanche prochain.
- Dans une semaine, donc. Je passe le message.
- Tu vas le dire à Shaims en privé, hein ?
- Dad'… Fais au moins semblant de ne pas être au courant, tu veux ?
- Okayyy ! chantonne Duo. Je vous aime. Soyez sages !
- Comme d'hab' !
- Mouais…
- Tu peux me passer, otousan, s'il-te-plait ?
- Bien sûr !
Duo passe son écouteur à son mari, tandis que Hiro coupe la fonction « haut parleur » du sien.
- Bonjour, fiston.
- Bonjour…
- Bonjour, chichi ! hurle Keenan depuis la cuisine.
- Tu passeras le bonjour à ton frère.
- Il te demande de continuer à ranger les courses, traduit Hiro.
- Pfff ! De toute façon, c'est moi qui cuisine, alors… bougonne Keenan tout en agençant le contenu du frigidaire.
- Otousan, pourrais-tu me rappeler la date de la prochaine conférence de presse du Grand Prix de Singapour ? Elle est notée dans ton agenda, je crois…
Hiro n'oublie jamais ce qu'il a vu, entendu et lu, et encore moins en ce qui concerne son métier, l'une de ses passions.
Aussi, Heero devine sans mal que son fils veut lui parler en privé, craignant d'être écouté par Duo.
- Je vais me chercher d'autres glaçons, timber.
- Autrement dit, tu vas dans le congélateuuur ! dit-il avant d'éclater de rire, faisant traîner la fin du mot clef.
Heero opère un levé de sourcil extraordinaire, mais décide de revenir sur « l'incident » plus tard. Pour l'heure, Hiro semble bien plus mystérieux encore…
- Qu'est-ce qui peut bien te tracasser, mon fils ? C'est Shaims ? le questionne-t-il tout en plongeant la main dans le bac à glace, snobant la pince en plastique prévue à cet effet.
- Non, c'est dad'.
Heero suspend son geste et semble ne pas ressentir la brûlure des glaçons entre ses doigts.
- Je crois qu'il se culpabilise encore un peu de nous avoir imposés, à Keenan et à moi, les inconvénients de votre renommée. J'ai beau lui assurer qu'il n'en est rien, il reste convaincu que nous aurions pu avoir une vie de bien meilleure qualité. Au-delà de ça, il est... étrange par moment. Pour tout te dire, il me fait peur, parfois... Il est comme à des années lumières de notre vie et semble regretter... d'être parmi nous, termine-t-il difficilement. Je sais qu'il nous aime plus que tout, s'empresse-t-il d'ajouter, mais je n'ai plus dix ans et je sais qu'il nous cache quelque chose... Son regard se voile et s'assombrit de plus en plus souvent…
Heero soupire.
- Ton père est incorrigible.
- Vous nous le diriez, si l'un de vous était malade ou rencontrait une difficulté grave, n'est-ce pas ?
- Haï. Timber et moi n'avons rien, rassure-toi.
- Je te crois… Nous sommes tous très heureux, mais si vous ne l'êtes pas totalement…
- Nous le sommes, Hiro. Il doit juste revenir sur un fait de son passé et refaire le point une bonne fois pour toutes. Pour ce qui vous concerne, ne faites pas attention à son apparente tristesse, votre père se porte très bien.
- Je n'ai peut-être pas su choisir les bons mots…
- Iee, mon fils. C'est à moi de m'occuper de lui. Tu as été parfait. Ton père se rit de moi dès qu'il le peut…
- Alors, c'est que tout va bien ?
- Dis-donc, mon amour, tu piles les glaçons avec tes dents ou quoi ? intervient Duo qui vient de faire irruption dans la cuisine.
- Exactement, répond Heero à son fils autant qu'à son mari.
- D'accord... Je te laisse, dit Hiro avant de raccrocher.
- T'as l'intention de m'aider à ranger les provisions, monsieur-je-sauve-notre-Daddy-qui-va-très-bien ?
- Je t'aime, Keen'.
Au fond, Hiro est très heureux que son frère ne s'aperçoive de rien et le prenne donc pour un fabulateur.
Mais en vérité, Keenan s'inquiète tout autant et sa façon à lui de ne pas céder à la panique est d'agir comme si de rien n'était.
- Euh… oui, moi aussi, 'ro…
- J'y crois pas, tu fonds comme neige au soleil. Ça marche encore, le coup de l'amour fraternel ?
Il a toujours su s'y prendre pour détourner efficacement et durablement son attention.
- Tu m'énerves !
Mais Hiro continue de rire.
- Puis-je savoir ce qu'il y a de si drôle ? s'intéresse Shaims qui vient d'arriver.
Aussitôt, Hiro se retourne pour aller le prendre dans ses bras et l'embrasser avec fougue.
- Je suppose que mon idiot de frère t'empêche de me dire où se trouve Damon ?
- Il est… mhm Hiro… ! Au circuit…
- Il suffit que je l'abandonne trois heures pour que monsieur retourne sur le bitume !
- Tu veux peut-être que j'aille lui parler ? lui propose Hiro d'un air entendu.
- Non, merci. Occupe-toi plutôt de ton homme, ça me fera des vacances !
- Il peut faire les deux, assure Shaims.
- Je ne t'ai encore jamais dit que tu as l'air d'un parfait idiot depuis que tu sors avec mon frère ? Je ne saurais dire si c'est lui qui déteint sur toi ou si c'est tout simplement ta nature profonde qui se révèle enfin…
- Dehors !
L'air rieur, Keenan fuit ses bourreaux armés de torchons « frappeurs » pour aller retrouver son compagnon.
Les mains dans les poches, il emprunte le sentier qui mène au hangar en songeant combien il est heureux pour son frère et son cousin de cœur, lorsque son regard se pose sur l'un des chênes massifs et majestueux qui délimitent le site automobile du reste du parc, le ramenant des années en arrière…
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Flash back
Dix ans plus tôt…
AC 216.
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- Bonne nuit, mes p'tits princes, murmure encore Quatre avant de refermer la porte.
- T'es sûr de toi, Quat' ? Ils ont l'air fatigué…
- Oui, mon Dodo.
- On ferait peut-être mieux de reporter notre soirée…
- Si ce n'est pas ce soir, ce sera le prochain, intervient Heero d'un air contrarié.
- Ne t'inquiète pas, Duo, dit Trowa.
- Je veille au grain, ajoute Quatre.
- Je ne veux pas que le schéma de Nikkou se répète, dit Heero en faisant référence à la petite fille tuée avec son chiot, lors d'une de ses courses de « No speed limit ».
- D'accord, d'accord, accepte immédiatement le natté en caressant la joue de son mari. À condition que ce soit moi qui m'occupe de leur parler.
- Ils doivent comprendre, timber.
- Et ils comprendront, chéri. Laisse-moi faire, tu veux ?
- Hn.
Les Barton Raberba Winner sont arrivés la veille au soir pour séjourner tout le mois d'août à Vancouver.
Seulement, cette fois-ci, les pères de Shaims et Lorenzo ont fait venir leurs voitures de courses ; ce qui a pour effet de surexciter les « quatre fantastiques »…
- Je crois qu'ils sont partis, chuchote Keenan en sortant le nez de sous son drap.
- T'en es sûr ? demande Shaims sur le même ton, mais en gardant sa couverture bien haut sur son visage.
- Mais oui ! murmure-t-il. Rhabillez-vous, on y va !
Shaims observe Hiro et Lorenzo se lever, puis, ne voulant pas rester tout seul, il décide de suivre le mouvement de désobéissance.
- Baba nous a demandé de ne pas faire de bêtises, ne peut-il s'empêcher de leur rappeler, tout en enfilant son pull à capuche bleu marine et son pantalon en jean.
- Si tu as vraiment trop peur, je reste avec toi, ici, lui propose Lorenzo.
- Ah ! ça non, alors ! Vous venez avec nous ! exige Keenan.
Shaims regarde tour à tour son frère et ses cousins, puis décide de les suivre.
- Donne-moi ta main, Khoya et reste près de moi, d'accord ?
Shaims hoche la tête et vient se serrer tout contre son frère.
Ainsi, les quatre malicieux quittent leur chambre sur la pointe des pieds, descendent fébrilement les escaliers dans la crainte que leurs pères ne les découvrent en allumant soudainement la lumière, puis, soulagés d'être toujours plongés dans le noir, ils gagnent les jardins.
- Qu'est-ce que je vous avais dit ? fanfaronne Keenan.
- Que ce serait un jeu d'enfants, répond naïvement Shaims. Mais, je trouve que c'était pas très marrant.
- Tu plaisantes ? C'était génial ! murmure toujours Keenan en donnant l'impression de crier.
- On perd du temps, dit Hiro.
- Il faut passer derrière les buissons, suggère Lorenzo.
- Hn.
- Oh, non ! C'est plein d'araignées là-dedans, s'horrifie Shaims.
- Chichi dit que c'est pas la petite bête qui va manger la grosse, répète fièrement Keenan.
- Et qui a peur des fourmis ? relève Hiro.
Keenan hausse des épaules, piqué au vif.
- Je préfère la lumière du soleil à celle de la lune, explique Shaims d'un air craintif.
- Je te protège, Khoya.
- Tu savais que l'astre lunaire reflète le rayonnement solaire ? l'interroge Hiro.
- Non… ? !
- Eh bien, dis-toi que le soleil est toujours présent, même dans la nuit.
Shaims lui offre un sourire éblouissant, rassuré de retrouver un peu de son monde dans un univers aussi inquiétant qu'insondable.
- Merci, 'ro ! dit-il en allant se jeter dans ses bras, non sans tirer sur sa natte.
- On peut y aller ou il n'y a pas assez d'étoiles à ton goût ? râle Keenan.
- Toi aussi, tu as peur du noir ! se rebelle Shaims en se détachant de son cousin.
- C'est même pas vrai !
- Si !
- Non !
- Si ! Et même que t'es allé te réfugier dans le lit de Hiro !
- Ouais et après t'as voulu venir avec nous !
- Mon khoya était pas là et Hiro était d'accord !
- On perd du temps, s'interpose une nouvelle fois Hiro.
Alors que Shaims et Keenan se tirent généreusement la langue, un bruit fait sursauter ce dernier qui, d'un mouvement brusque, va se cacher derrière son grand frère.
Très amusé, Shaims illumine leur petit groupe de son rire mélodieux.
- C'est un animal nocturne, otouto, dit Hiro. C'est-à-dire qu'il vit la nuit.
- J'ai pas besoin d'un dictionnaire parlant ! Bon, on y va ? s'impatiente Keenan en passant devant.
- On te suit, répond Lorenzo.
Sans perdre plus de temps, ils courent devant les arbustes et buissons, s'arrêtent devant un parterre de fleurs, comme si les pensées sauvages pouvaient les dissimuler au radar infaillible de Quatre, avant de piquer un sprint jusqu'à leur gros arbre préféré.
Celui-là même où ils grimpent à présent, à plus de dix heures du soir, pour voir leurs pères faire leur tour de pistes…
Et le spectacle est saisissant !
L'éclairage puissant du site leur permet d'identifier clairement les Wing Zero, Deathscythe, Heavyarms et Sandrock. Ainsi, confortablement installés sur les branches du chêne, les enfants peuvent observer les quatre Gundam se livrer une course à plus de 250 km/h, sur un circuit de niveau neuf.
- Ils sont là, les informe Quatre par radio.
- J'y vais.
- Attends un peu, mon Dodo. Ils sont tellement contents d'avoir réussi leur coup et de nous voir piloter.
- Tu les sens calmes ?
- Oui, Heero. Je suis certain qu'ils sont bien calés dans leur arbre. Ils ne risquent rien.
- Lorenzo et Hiro veillent sur leurs frères, ajoute Trowa.
- Hn.
- Peu importe, je ne leur accorde pas plus d'un quart d'heure, ensuite, au lit, tranche Duo.
- Je suis d'accord, dit Quatre.
Pendant ce temps, du haut de leur perchoir, leurs enfants s'émerveillent…
- Wouaaah ! font Shaims et Keenan, des étoiles pleins les yeux.
Hiro et Lorenzo sont tout aussi impressionnés, mais préfèrent admirer leurs parents en silence et veiller à ce que leurs frères ne tombent pas.
Seulement, après une dizaine de minutes, Shaims et Keenan baillent à s'en décrocher la mâchoire.
- Ils sont loin d'avoir terminés leur programme, tu sais, otouto, lui dit Hiro.
- Tu as sommeil, Khoya, rentrons, conseille Lorenzo à son frère.
- Non, non, c'est bon… répond Shaims, tandis que Keenan conteste en grognant.
Alors que les pilotes effectuent leur énième tour, les étincelants et impressionnants Sandrock et Deathscythe ralentissent avant de disparaître dans leurs hangars.
- Oh, oh… s'inquiètent Shaims et Lorenzo qui ressentent les énergies de leur père et de leur oncle.
- C'est peut-être un pneu ? veut se rassurer Keenan.
- Non, répond Hiro.
- Ils font le plein ?
- Iee.
- Ou… ou alors, ils ont faim ? J'ai souvent faim, moi, la nuit…
- Oui, mais toi, t'es qu'un glouton.
- C'est pas gentil !
- Venez un peu par ici, les mouflets ! les appelle soudain Duo en rabattant le haut de sa combinaison noire sur ses hanches.
Guidés d'abord par le son de sa voix, comme sortie de nulle part, les enfants repèrent rapidement le rouge vif de son tee-shirt avant d'entamer leur descente, semble-t-il rapide et maîtrisée.
- Alors, ça vous a plu ? leur demande Quatre en retirant ses gants et en ouvrant le zip de sa combinaison.
- Oui, baba ! répond Shaims en sautillant jusqu'à lui pour sauter dans ses bras.
Il a eu très peur de se faire gronder, aussi Quatre décide de ne pas se fâcher.
Mais Keenan ne sautille pas, lui et hésite à regarder son père droit dans les yeux.
- Je ne vous cache pas que votre comportement nous contrarie, votre père et moi, les dispute justement Duo.
- I'm sorry, daddy, s'excuse Keenan.
- Hiro, Lorenzo, vous n'avez donc rien fait pour l'en dissuader ?
Il sait que Shaims n'aurait jamais eu une telle idée.
- Iee, daddy, dit Hiro.
- Nous voulions vous voir, nous aussi, répond Lorenzo. Mais Shaims n'y est pour rien, il ne voulait pas venir.
- Oui, mais je suis venu quand même ! dit Shaims, refusant de laisser son frère et ses cousins se faire réprimander sans lui.
Se sentant coupable d'avoir désobéi, Keenan se colle un peu plus contre Hiro qui lui prend la main en signe de soutien.
Devant cette scène, Duo ne résiste plus et s'agenouille en ouvrant grand les bras pour inviter ses fils à venir s'y réfugier.
Aussitôt, ils courent vers lui pour nicher leur visage dans son cou et l'étreindre le plus fort possible en serrant les poings.
- Gomen, s'excuse Hiro à son tour.
- Hiro et Lorenzo ne m'ont pas beaucoup aidé, tu sais ? Et Shaims ne m'a pas aidé du tout ! rapporte Keenan sans mentir, comme Duo le leur a demandé. C'est moi qui ait insisté… avoue-t-il ensuite d'une petite voix.
- Je ne vous en veux pas, mes amours. Je voulais simplement marquer vos esprits.
Rassurés, Hiro et Keenan sortent le nez de son cou pour accrocher le regard améthyste et toujours brillant de leur père.
- Pourquoi ? s'enquiert Keenan.
- Parce que je ne veux plus que vous sortiez de la maison sans notre autorisation, répond-il d'un ton ferme. C'est bien compris ?
En triturant nerveusement sa tresse, ses enfants hochent la tête.
- Et c'est valable pour vous aussi, adresse Quatre à ses fils qui acquiescent à leur tour.
- C'est promis, daddy, demo… why ? ose demander Keenan. Vous êtes bien dehors, vous ?
- La question n'est pas là. D'une, vous avez besoin d'avoir votre quota de sommeil et de deux, vous pourriez tomber et vous faire très mal, tandis que nous piloterions en toute tranquillité, persuadés que vous êtes en sécurité, bien sagement endormis dans votre lit.
- On monte tout le temps dans les arbres et on ne tombe jamais, veut le rassurer Hiro.
Duo sourit, mais ils doivent comprendre.
- Imaginez notre inquiétude, notre angoisse si nous rentrions dans votre chambre pour n'y voir que des lits vides, désertés… Ou si au moment de sortir du hangar, nous entendions l'un de vous hurler de douleur parce qu'il se serait cassé un bras ou une jambe et agoniserait depuis plusieurs longues et interminables minutes, perdu dans le noir et frigorifié jusqu'aux os… Quelles sortes de pères serions-nous alors, si nous ne sommes même pas capables de protéger ce que nous avons de plus cher au monde ?
Tandis que les enfants l'écoutent attentivement et le regardent avec effroi, Duo enfonce le clou avec :
- Je m'en voudrais toute ma vie, s'il vous arrivait quelque chose à vous ou à vos cousins… Nos vies seraient totalement détruites...
- Nous serions terrassés par le chagrin, ajoute Quatre. Rien ni personne ne pourrait nous consoler…
- Terrassés comme le roi des dragons ? demande Shaims, les yeux écarquillés.
- Pire encore, répond son père.
Alors qu'ils considéraient leurs escapades nocturnes comme un jeu très amusant et excitant, les enfants réalisent pleinement la gravité de la situation, au cas où l'un d'eux présumerait de ses forces et capacités à franchir tel ou tel obstacle.
Surtout, ils ne veulent pas décevoir leurs parents et les rendre tristes… ni se casser quoi que ce soit, avoir très mal et…
- On peut vraiment être frigorifié jusqu'aux os ? s'intéresse Keenan.
- Absolument, répondent Quatre et Duo.
- Les araignées pourraient en profiter pour nous attaquer ! s'horrifie Shaims.
- Et les fourmis ! ajoute Keenan.
- Mais non, mes poussins, les rassure Quatre.
- Je ne le referai plus, dit Keenan. I promise… Quand vous direz, no, ce sera no et je ne bougerai pas de ma chambre, même si je n'ai pas sommeil et même si je m'ennuie !
- Good boy, my love.
- Moi aussi, baba, dit Shaims à son père, comme s'il était utile de le lui assurer.
Quatre sourit, pendant que Hiro grimpe dans les bras de son père pour lui faire un gros câlin, quand Heero et Trowa décident de sortir de leur cachette pour les rejoindre.
- Daddy nous a déjà tout dit, chichi ! se précipite à rapporter Keenan en allant se jeter dans les jambes de Heero, son visage levé vers lui.
Celui-ci le soulève comme s'il ne pesait rien pour le porter.
- Et on a promis de vous écouter, tout le temps ! ajoute Hiro avec ferveur.
Se sentant bien seul à être le dernier à avoir les pieds sur le sol, Lorenzo tend les bras vers Trowa.
- Je ne peux que vous le conseiller, leur adresse Heero à tous les quatre en les fixant tour à tour, bien droit dans les yeux.
Leurs regards rivés sur l'impressionnant pilote du Wing Zero, vêtu de sa combinaison noire soulignée ci et là de fines lignes blanches, grises et rouges, les enfants reçoivent son message cinq sur cinq.
- Mais au cas où Duo et Quatre n'auraient pas réussi à vous convaincre d'obéir à certaines règles élémentaires de survie, sachez que je me chargerai personnellement de vous les inculquer, poursuit-il, faisant rentrer la tête des enfants dans leurs épaules.
Les « tortues ninja » se rappelleront toute leur vie de la fois où Heero s'est mis en colère, alors qu'ils jouaient pourtant tranquillement à se balancer au-dessus de la rambarde du Ferry-boat, qui reliait Vancouver à la ville de Nanaimo sur l'île de Vancouver ils se rendaient ensuite au festival de Parksville Beach pour aller y admirer les magnifiques et gigantesques sculptures de sable…
Ce qu'ils n'ont toujours pas compris, c'est pourquoi les gens l'avaient applaudi…
Quoi qu'il en soit, ils se sont assis et n'ont plus bougé d'un millimètre durant tout le temps restant de la traversée ; comme tous les autres enfants, eux aussi très intimidés.
- Ceci est un contrat de confiance, les enfants, ajoute Trowa. La balle est dans votre camp : c'est à vous de ne pas nous trahir en brisant notre accord.
- Haï, uncle Tro', répond Keenan en serrant très fort le col de la combinaison de son père.
Les autres hochent énergiquement la tête, preuve de leur totale et complète coopération.
- À part ça, vous nous avez trouvé comment ? les questionne ensuite Trowa, tandis qu'ils s'avancent lentement sur le sentier pour rentrer.
- Vous êtes trop cools ! répond Keenan. Hein, chichi ?
Pour toute réponse, Heero lui embrasse le front avant de répondre au sourire de son mari.
- Ouais, c'était trop bien ! renchérit Shaims.
- « Oui », Shaims, pas « Ouais », le reprend Quatre.
- Oui, baba.
- Non, mais tu veux en faire un ministre, ou quoi ? dit Duo à son ami.
Quatre l'ignore et s'occupe plutôt de remonter la capuche sur la tête de son fils pour ne pas qu'il attrape froid.
- Tu sais qu'on est en été, Quat' ? Shaims doit avoir trop chaud avec ce pull.
- Tout comme moi, Shaims a besoin du soleil pour recharger ses batteries et la nuit peut avoir un effet psychologique tel qu'il aura froid, même s'il fait bon.
- Jusqu'au jour où il rencontrera son âme sœur...
- Le feu de l'amour lui donnera des ailes, qu'il vente, qu'il pleuve ou qu'il neige, en effet, confirme Quatre.
Quand ils passent le pas de la porte, leurs enfants se sont endormis, confortablement blottis dans la chaleur rassurante des bras de leurs parents.
- Que dîtes-vous de leur construire une cabane aménagée dans leur arbre préféré ? propose Duo. J'y pense depuis un moment…
- C'est une excellente idée, approuve Heero. Ce sera toujours plus sécurisant que d'être en équilibre sur une branche.
- Et « Heero, le terrible » nous sera très utile pour les faire dormir dans leur chambre et non pas dans leur nouvelle salle de jeux perchée, fait Trowa.
- T'es pas mal non plus dans le genre « terroriste » ! rétorque Duo.
- Oh ! regarde, mon amour : Duo défend son Heero comme au premier jour...
- T'as pas bientôt fini avec tes bêtises ! râle le natté.
- En tout cas, si vous vouliez tester leur sommeil, sachez qu'il doit être très profond pour que l'un d'eux n'ait pas crié de joie, murmure Trowa.
- Ou alors, ils sont assez malins pour simuler une fois de plus leur sommeil... suggère Quatre, loin d'être dupe.
- Quels amours… s'attendrit Duo en serrant plus fort son fils, tout en veillant à ne pas le réveiller. Ils sont toute ma vie, tous les quatre... Toi aussi, chéri.
- Trop aimable, ironise Heero.
- Bah et nous alors ?
- Toi et Tro' êtes un genre d'option, ce n'est pas pareil, plaisante Duo, faisant rire Quatre.
Sur les quatre enfants, seul Keenan les écoute attentivement en souriant largement tout contre le cou de son père...
•
Fin du flash back
•
Le vrombissement du moteur d'une des voitures de course de Heero et Duo, de type Leon, tire Keenan de son souvenir et le fait dépasser le chêne portant leur grande cabane pour se rendre jusqu'au hangar.
- Le temps d'aller racheter quelques provisions et monsieur grimpe dans son jouet grandeur nature ! N'est-ce pas affligeant ?
- Je me suis programmé le niveau quatre, c'était grisant ! répond Damon, adossé contre le bolide.
- Ouais… Et si tu venais t'essayer à une autre activité tout aussi exaltante ? propose Keenan en faisant lentement glisser la fermeture éclair de sa combinaison.
- Je ne demande que ça, Keen', mais tu ne veux pas.
Keenan perd son sourire devant tant de sérieux et cesse de jouer.
- Je peux savoir de quoi tu parles ?
- Il me semble que nous parlons de nous.
- Bah, oui ! Alors pourquoi prends-tu cet air si grave ?
- Tu as la mémoire courte.
Keenan soupire et détourne son visage.
•
Flash back
La veille, au soir...
•
Le dessert préparé avec amour de Keenan fut un franc succès. Mais curieusement, les couples se sont éclipsés les uns après les autres en moins d'une demi-heure...
Sous la douche, le cuisinier rit à gorge déployée tandis que son « commis » finit de se brosser les dents.
- Je crois que j'ai eu la main lourde sur le gingembre. J'ai voulu essayer une des recettes d'uncle Quat'... Faudra que je lui fasse mon rapport ! se réjouit Keenan avant de se rincer le visage.
Il n'a pas le temps d'apprécier pleinement la chaleur de l'eau sur son cuir chevelu, qu'il sent le désir de son amant battre contre son dos et ses mains parcourir son corps.
Entre deux baisers brulant sur son épaule, Damon lui susurre à l'oreille :
- Et que dirais-tu... d'étoffer ton dossier ?
Keenan se retourne pour l'embrasser et se renseigner, ensuite.
- À quoi penses-tu ? Un poulet à l'ananas ?
Damon sourit.
- Pas exactement, non...
Et pour illustrer son « idée culinaire », Damon emprisonne l'une de ses mains.
- Dane... se trouble-t-il, alors que son amant semble confondre ses doigts avec un sorbet à la fraise fait maison.
- Tu en as envie, my love, je le sais.
Mais Keenan retire sa main et va jusqu'à reculer d'un pas.
- Je suis désolé, mais je ne peux pas...
Malgré les vapeurs d'eau chaude, Keenan a l'impression qu'on vient de le plonger dans un bain d'eau froide.
- Keen'...
- Je suis fatigué, le coupe-t-il en évitant soigneusement son regard. Je vais aller me coucher.
- Arrête, ne me fuis pas, s'il-te-plaît.
- J'ai besoin d'être seul, cette nuit.
- Je ne te crois pas.
- Damon...
- Je ne l'accepte pas et j'estime avoir mon mot à dire !
Conscient que son compagnon n'est plus à son aise, Damon comble l'espace qui les sépare pour le reprendre dans ses bras et le réchauffer.
Et d'après la façon dont Keenan l'étreint, Damon a la certitude qu'il n'a pas du tout envie d'être seul, ni cette nuit, ni aucune autre.
- Je te devine, Keen'... Mais tu dois comprendre que nous sommes deux, tu ne peux pas changer d'avis comme de chemise nous concernant, ou jouer avec notre relation.
- Ce n'est pas ce que je fais !
- À la seconde où je m'offre à toi, tu te dérobes. Je t'aime et je me demande si le problème ne vient pas de là.
- ...
- Mais de quoi as-tu si peur, bon sang ?
- ...
Damon soupire de lassitude.
- Allons nous coucher... Tu n'es pas le seul à être « fatigué ».
•
Fin du flash back
•
- Tu refuses de venir en moi et de me dire ces simples mots, alors que tu te donnes corps et âme dans notre relation, reprend Damon, tirant son amant de leur souvenir commun. Je ne comprends pas…
- T'en as discuté avec mon frère, c'est ça ? l'interroge-t-il d'un ton accusateur.
- Je ne parle pas de ce qui nous préoccupe derrière ton dos, si c'est ce que tu insinues. Seulement, tu dois bien te douter que j'éprouve le besoin de me confier puisque tu as l'art et la manière de couper court à toute discussion sérieuse à ce sujet ! Et soit dit en passant, ton frère n'est pas n'importe qui.
- ...
- Heureusement que je ressens tes sentiments à mon égard, parce qu'on pourrait croire que je ne suis qu'un...
Keenan l'empêche de continuer d'une main posée sur sa bouche.
- Aime-moi, reprend-il en se libérant.
- Je ne me sens pas prêt.
- Crois-moi, tu l'es. Je suis bien placé pour le savoir.
- Patiente encore un peu, please, quémande Keenan en triturant le col de sa combinaison.
- Évidemment.
- Merci.
- Ce n'est pas comme si j'avais le choix, non plus !
- Nianiania nianiania ! T'as pas bientôt fini de te plaindre ? Je te signale tout de même que tu es le seul et l'unique a détenir le passeport pour KeenanLand, espèce d'ingrat !
- Tu sais ce qu'on dit des pochettes surprises ?
- Forcément, je t'ai trouvé dans l'une d'entre elles !
- Tu te doutes bien que je ne peux pas laisser passer ça ?
- C'est à voir… Tu es tellement occupé à regarder ce que tu n'as pas, que tu sembles déprécier ce que tu aaAH ? !
Keenan se retrouve allongé, le torse sur le capot lisse et légèrement bombé de la voiture, Damon sur son dos.
- Je crois que tu as besoin d'une bonne révision…
- Pourquoi, tu connais un bon mécano… Mhmmm !
- Pardon, mon ange, tu disais ?
Keenan se garde bien de rétorquer, estimant qu'il lui a suffisamment tendu la perche…
- Bien…
•
Quelques jours plus tard,
Tôt dans la matinée…
•
Depuis le grand salon blanc au sol de marbre, Damon entend le double bip résonner dans toute la maison, signe que les parents et oncles de son compagnon sont arrivés.
Ils sont installés sur le canapé, Keenan allongé sur lui de tout son long et profondément endormi.
Prévenus par Quatre, son mari et ses amis pénètrent la pièce d'un pas de velours.
- Bonjour, Dane, le salue Duo en chuchotant.
- Bonjour, tout le monde, murmure Damon. Bienvenue chez vous !
- Comment se fait-il que vous soyez ici, à cette heure ? s'étonne Duo, la mine rayonnante.
- Keen' a insisté pour regarder un film de plus de trois heures. Sur moi, cela va s'en dire, et il s'est assoupi avant la fin.
- Et alors ? Tu n'avais qu'à le porter jusqu'à votre chambre.
- Et risquer de le réveiller ? ! Non, ça doit dormir, ces bêtes-là. Vous savez qu'on ne s'est pas vu pendant trois semaines ?
Les parents lui sourient avec tendresse.
- Je sais, c'est horrible, compatit Quatre d'un air dramatique. Je me souviens de la fois où Heero m'a privé de mon Trowa pendant cinq jours. Et bien, quand mon mari est rentré…
- On va préparer le petit-déjeuner, le coupe Duo. L'odeur du pain grillé le réveillera.
- Merci, dit Damon. Mais j'aurai bien aimé entendre la suite de ton histoire, Quatre.
- Vraiment ?
- Damon est encore très, trop jeune. Il ne sait pas ce qu'il dit, s'interpose Duo en forçant son ami à quitter la pièce en le poussant dans le dos.
- Damon a vingt-cinq ans ! se défend Quatre.
- J'avais son âge quand je t'ai rencontré.
- Et alors ?
- Tu me traumatises, depuis.
- Parce que Heero et toi jouez aux cartes peut-être ? À ce propos, j'ai déniché un jeu imagé très inventif.
- Avance et tais-toi !
- Ça ne t'intéresse pas ?
Duo grommèle quelques mots inintelligibles avant de prononcer plus ou moins clairement :
- On en reparlera plus tard…
Le même sourire aux lèvres et les mains dans les poches, Heero et Trowa les suivent, toujours très attentifs à ce qui se passe.
- Tu sais ce qu'on dit, Quat', reprend Duo en pensant lui clouer le bec. C'est celui qui en parle le moins qui en mange le plus !
Et toc !
Quatre émet son fameux rire léger et espiègle, signe que la situation est sous son contrôle.
- Tu remarqueras que nos maris ne sont pas très bavards…
Duo grogne.
- Bien que leurs « Tour de Babel » font parler et s'agiter toutes les langues, n'est-ce pas, mon Dodo ?
Et tac !
- Grrr !
- Tu le sais pourtant, timber… vient murmurer Heero à son oreille.
- Et alors, j'ai quand même le droit d'essayer de le coincer… Dis voir, de quoi tu parles, toi ? Tu n'oserais tout de même pas appuyer les dires de cet épicurien, n'est-ce-pas, chéri ?
Heero sourit mais ne répond rien.
- Désolé, mais je me suis occupé de ton mari bien avant votre rencontre…
- Heero, mon amour, bats-toi contre cet être pervers et dépravé ! l'implore-t-il en lui écrasant les joues de ses mains.
- Le libidineux que je suis a recompté les pots de miel avant de partir de Manama et il en manque un…
- Et alors ?
- Avoue tout. Je sens bien que cela pèse sur ta conscience que de ne pas me dire enfin combien il est bon de lécher et suçoter tout ce bon miel. Tout ce sucre… ça vous donne un de ces coups de fouet !
- 'ro, j'ai besoin d'aide, là.
- C'est agaçant et terriblement frustrant de constater que malgré ton acharnement, il reste encore de cet incroyable liquide ambré sur la peau de ton mari… N'est-ce-pas, mon Dodo ?
- Je vais porter plainte pour harcèlement !
- Je suis un éternel frustré, fait Trowa.
- Tu es son éternel complice, tu n'as pas ton mot à dire !
- Et si on préparait le petit-déjeuner, comme cela était initialement prévu ? propose Heero.
- Je m'occupe du thé, décide Quatre en se dirigeant vers l'un des placards.
- Okay. Je vais voir s'il reste assez de lait… ajoute Duo.
Mais Quatre n'a pas le temps de plonger la petite cuillère dans le sachet de plantes séchées que son deuxième téléphone portable sonne.
- Je m'en occupe, dit Heero en prenant sa place face à la théière en fonte bleu nuit.
- Merci.
Quatre décroche sans attendre pour aussitôt mettre fin à l'échange et tout ceci dans sa langue natale.
- Nous travaillons tous beaucoup le reste de l'année et si on s'écoutait, on ne s'arrêterait jamais. Mais je dois m'occuper personnellement de cette affaire et ça ne peut pas attendre.
- Qu'est-ce que c'est que cette plaidoirie ? ! s'étonne Duo.
- Vous auriez le droit de m'en vouloir. À la naissance de nos enfants, nous avons tous convenu de nous couper de nos vies professionnelles deux mois par an et ce, chaque année.
- Oui et alors ?
- De nous tous, je suis le seul qui ne parvient jamais à respecter notre accord, se reproche Quatre.
- En comparaison avec votre rythme de travail à Tro' et toi, 'ro et moi donnons l'impression d'être en vacances toute l'année.
- L'influence de vos associations à travers le monde prouve à quel point vous travaillez dur. Tu sais bien que je n'aime pas quand tu te déprécies, Duo !
- C'est réciproque !
Quatre et Duo gardent le silence un court instant, leurs regards chargés d'affection et d'admiration l'un pour l'autre.
- Écoute, tes jumeaux sont fiers de toi et tu as toujours été présent à leurs côtés, reprend Duo. Aujourd'hui, ils sont grands et en âge de comprendre ta situation. En ce qui nous concerne, nous avons tous failli à notre accord. L'année dernière, Heero a passé une semaine accroché à son téléphone. Le poste clef de Trowa ne lui permet pas d'ignorer les situations d'urgences et j'ai moi-même dû m'absenter quelques jours, en début de mois, pour mon association.
Quatre soupire et ne donne pas l'impression d'être moins sévère envers lui-même.
- Tu en as pour combien de temps ? demande Trowa en venant coller son torse contre son dos.
- Plusieurs mois, sans doute, le renseigne-t-il en caressant ses mains nouées sur son ventre. J'avais prévu de m'en occuper à la rentrée, mais la situation économique m'oblige à me saisir du dossier sans tarder. Je ferai en sorte de ne travailler que le matin et le soir... ou alors, l'après-midi...
- Tu vas faire en sorte de ne plus te culpabiliser et de travailler quand tu en as envie, le contre Duo.
- Notre amitié inébranlable devrait suffire à te rassurer et à te permettre d'être en accord avec ce que te dicte ta conscience, fait soudain Heero en accrochant le regard turquoise de son ami.
Dans ces moments-là, on ne sait pas toujours s'il cherche à briser la glace ou s'il confectionne une autre banquise...
Pourtant, Quatre s'apaise autant qu'il s'émeut de recevoir tant d'amour et de compréhension.
- Je suis lamentable, pardonnez-moi, dit-il. Après toutes ces années, je donne sans doute l'impression d'ignorer l'amour qui nous unit. Alors qu'au contraire, la force de votre amitié coule dans mes veines et me permet d'avancer.
Touché à son tour, Duo ne peut s'empêcher d'aller le prendre dans ses bras.
- T'as pas l'impression de me gêner, Tro' ? Allez, on prête son mari !
Quatre rit, tandis que Trowa s'écarte un instant.
- Merci, mon Dodo.
- Tu veux que je te dise ?
- Je t'écoute...
- Je te le déconseille fortement, timber.
- 'ro, Quat' ne va pas bien, il a besoin de réconfort.
- Il va bien mieux, il simule, insiste Heero.
- De toute façon, il s'en est aperçu, alors...
- Dis-moi tout, mon ami, l'encourage Quatre.
- Eh bien, au sujet du pot de miel manquant... C'était divin !
- J'en étais sûr !
- T'attends pas à ce que je te raconte quoi que ce soit, par contre.
- Nooon, penses-tu...
- Je t'aurais prévenu, timber.
- Tout va bien, chéri. Je contrôle la situation.
- Tu sais, Duo, commence Trowa, j'admire ta capacité à rester naïf en ce qui concerne mon redoutable mari, surtout après toutes ces années. C'est absolument fascinant ! Heero doit bien s'amuser...
- Tro', c'est trop ! s'offusque Duo.
- Combien de fois t'ai-je dit qu'il était pire que Quatre ? l'interpelle Heero.
Quatre rit doucement, avant de retrouver tout son sérieux.
- Je dois y aller. Le devoir m'appelle.
- Je vais t'aider, se propose Trowa en le reprenant dans ses bras. À deux, nous irons plus vite.
- Je préfère que tu profites de nos vacances, chéri. Tu ne les as pas volées.
- Tu vois ça ? lui demande-t-il en faisant rouler l'alliance autour de son doigt.
- Oui…
- C'est nous, mes vacances.
Quatre sourit, achevé par cette énième preuve d'amour inconditionnel.
- D'accord. Merci à vous.
- Allez, shoo ! fait Duo. Prends cet appel et tranquillise-toi.
- Je vais en avoir pour une demi-heure, tout au plus. Le temps de télécharger et d'imprimer les éléments de l'affaire.
- Chouette ! On t'attend pour petit-déjeuner.
- Très bien. Je me dépêche.
- Nous faisons au plus vite, le corrige Trowa avant de l'accompagner jusqu'à son bureau.
- Allez ! s'encourage Duo en tapant des mains. Au boulot, mon amour. Tout doit être prêt pour l'arriver des ventres sur pattes.
- J'ai rempli ma mission : le thé ne demande qu'à être infusé et j'ai mis la table.
- En clair, ça veut dire ?
Heero l'enlace avant de lui répondre.
- Que tu as la charge de nous ravitailler en lait et moi, le premier. J'adore les pressions à chaud.
L'étrange lueur dans son regard et son sourire font le reste…
- Mouais… Pas bouger, l'excité !
•
Trois quarts d'heure plus tard…
•
Tel un chat bien habitué à son petit confort, Keenan s'étire et se repositionne sur Damon, dans l'intention évidente de prolonger sa nuit.
- Lève-toi, my kitten. Tu m'écrases !
Keenan grogne de désapprobation et ronronne en même temps, avant d'humer une autre odeur, tout aussi délicieuse que celle de son compagnon.
- Ça sent le pain grillé ? ! dit-il en ouvrant grand les yeux.
- Ton frère a raison : t'es qu'un glouton !
Pour la peine, Keenan place « malencontreusement » son genou là où il ne faut pas ; s'il veut aller petit-déjeuner sans que Damon ne le retienne pour déguster un autre genre de toast...
- Oops ! Désolé.
- Bien sûr...
- Tu viens ? Mes parents et mes oncles sont sûrement arrivés...
- Je confirme. Nous nous sommes vus tout à l'heure.
- Okay... Au fait, qui est mort, hier ?
- Si tu ne t'étais pas endormi en plein milieu du film, tu le saurais.
- Allez, quoi...
- Tu m'as cassé les pieds, Keen', tu en es conscient, j'espère ?
- Bien sûr, Dane, répond-il avec un grand sourire avant de s'enfuir vers la cuisine.
- Hn. Mouais... Espèce de sale môme !
•
Au même moment,
Dans la chambre d'Hiro… et de Shaims.
•
Le fils du soleil (l'un de ses surnoms populaires) s'éveille et reprend lentement conscience de la chaleur de son amant à ses côtés…
Et de la caresse de ses doigts sur l'une de ses petites morsures ornant son fessier rebondi.
Comme il en a pris l'habitude, il lui dépose un doux baiser dans le cou tout en savourant le silence…
Un silence dont il n'a jamais profité qu'avec ses parents, celui où aucune agitation émotionnelle ne peut l'atteindre.
Quel bonheur…
- Je ne me suis pas encore habitué à te voir dormir bien après le lever du soleil, murmure Hiro qui, lui, est réveillé depuis près de deux heures.
Shaims sourit contre son cou tout en s'étirant.
- Ses rayons me bercent et m'apaisent depuis toujours. Mais ta chaleur, ton feu intérieur est plus intense encore…
- Fais attention ! À t'entendre, on pourrait croire que tu prends notre relation au sérieux.
Shaims pouffe de rire, puis se lève pour se rendre à leur salle de bain.
- Je peux aussi bien me contenter de l'astre solaire, Hiro, lui adresse-t-il depuis la douche.
- C'est une menace ? demande-t-il en le rejoignant.
- Comment, tu n'as pas vu mon nez s'allonger ?
- Ton nez, non, mais…
Trois quarts d'heure plus tard, tous deux se coursent dans les escaliers jusqu'au salon, dans des éclats de rire vibrants et pour le moins sonores.
Aussi, leurs parents et tous ceux présents dans la grande cuisine américaine n'ont aucun mal à se représenter la scène.
Mais à peine mettent-ils un pied dans ladite pièce que Keenan braque ses projecteurs sur eux.
- En voilà un charmant petit couple à ses daddy !
Shaims pâlit, son regard posé sur l'assemblée.
Hiro n'a pas oublié qu'ils devaient rentrer aujourd'hui, tôt dans la matinée, mais à l'évidence, Shaims l'a totalement occulté ; bien qu'il en ait été informé.
- Je peux tout vous expliquer ! Je sais que c'est soudain et inattendu, mais…
- Inattendu ? ! s'écrie Keenan. Non mais t'as fait l'école du rire ou quoi ?
Hiro sourit autant que leurs pères et oncles en entourant la taille de son homme.
- Ne te fatigue pas, tenshi no, dit-il avant de lui déposer un doux et chaud baiser sur l'une de ses marques présentes sur sa nuque.
Ne pouvant s'empêcher de se remémorer des dizaines d'instants érotiques passés avec son désormais compagnon, Shaims se passe une main autour du cou en se mordant la lèvre.
- Ojisan Quat', il reste du thé pour Shamy ? reprend Hiro en se dirigeant vers le bar.
- J'en ai fait d'avance.
- Super ! Otousan, tu n'as pas laissé dad' boire tout le lait ?
Tout le monde sait que Duo adore ça.
- Iee, je contrôle chaque goutte.
Duo recrache sa gorgée dans son bol et manque d'avaler le reste de travers, tandis que Quatre et Trowa pouffent de rire, aussi discrètement que possible.
- Euh… Non, il en reste, chéri, répond Duo. Il y a même une sacrée réserve, si tu veux tout savoir !
- Notre fils n'a pas besoin de connaître tous les détails, timber.
Pour toute défense, Duo écrase une brioche sur la bouche de son mari.
- Une viennoiserie, Dane ? lui propose-t-il pour faire diversion.
- Non, merci. Mais je pense que Keen'…
- Moi, oui ! le coupe-t-il, une fois sa bouchée avalée.
- … en reprendra.
- Quel rustre tu fais ! lance Hiro à son frère.
- J'chfais c'queucheveux !
- On ne parle pas la bouche pleine, fait Lorenzo.
- Je croyais t'avoir éduqué mieux que ça, songe tout haut Duo. Ça doit être la faute de ton père. De toute façon, c'est pas compliqué : tout ce qui cloche chez vous, c'est forcément de la faute de 'ro… et de Quat', aussi. N'oublions pas l'allumé de service ! Mes pauvres petits…
Totalement hébété de constater que la nouvelle ne fait pas polémique, Shaims finit par se ressaisir comme il peut et va embrasser ses oncles et parents.
- Salut, mon grand, l'accueille Duo avant de le serrer dans ses bras un court instant, le mettant tout de suite à son aise.
- Bonjour, uncle Duo.
- Ne le prend pas mal, mais je préfère attendre encore un peu avant de rencontrer tes parents. J'ai comme un drôle de pressentiment…
Surpris, son neveu rit avec lui avant de se tourner vers Heero et de ravaler son sourire, pourtant si rayonnant.
- Bonjour, Shaims.
- Bonjour...
Se ravisant de le prendre dans ses bras à la dernière seconde, Heero préfère plutôt le considérer. Un instant qui semble durer une éternité quand on voit que personne n'ose faire un bruit ni un geste ; même Keenan a cessé de mastiquer, ce qui le fait ressembler à un rongeur qui stocke ses fruits secs dans ses joues.
Et c'est parce que Shaims ne parvient toujours pas à le regarder droit dans les yeux que Heero décide ensuite de le tester.
- Et si je m'opposais à votre union ? Après tout, il s'agit de notre fils et tu as tout fait pour l'éviter durant quatre ans, sans te soucier de savoir comment il vivait ta décision.
- Otousan ? ! s'oppose Hiro d'un air incrédule.
Mais c'est sans compter sur Duo, qui par solidarité envers son mari, l'arrête d'une main autoritaire levée vers lui.
- Mais enfin, dad'... Tu ne vas pas le laisser faire ça ? !
Duo n'a pas besoin de se justifier ou de parler pour se faire obéir. Son regard fait le reste, tout comme celui de Heero et de ses oncles.
- Si tu veux bâtir une relation solide avec lui, commence par le respecter, dit Heero. Shaims a parfaitement les moyens de défendre seul ses choix.
Heero n'agresse ni son fils, ni son compagnon et c'est bien ainsi que Shaims le perçoit.
- Hiro, écoute tes parents, dit-il sans se tourner vers lui.
- Shamy...
- Khoya et toi avez toujours eu tendance à nous surprotéger, Keenan et moi. Et pourtant, je sais que vous n'avez jamais douté de nos capacités. Alors, écoute tes pères, Hiro, je te le demande.
Hiro soupire de mécontentement, enfonce ses mains dans les poches avant de son jean et grogne en signe d'approbation.
Shaims ne saurait l'expliquer clairement, mais la difficulté que lui oppose Heero lui permet de faire appel à sa force intérieure ; de prendre position.
Et contre toute attente, cela lui fait le plus grand bien !
- Tu sais combien je vous aime, Duo et toi, commence-t-il en levant enfin son visage vers le sien. Vous êtes comme des pères pour mon khoya et moi, mais... Malgré tout le respect que je vous dois, rien ni personne ne pourra me séparer de l'homme que j'aime, si ce n'est Hiro lui-même. J'ai vécu ces quatre longues années d'éloignement comme un exil et je sais à présent que mon cœur ne supporterait pas une deuxième mise à mort. J'aime votre fils de toute mon âme et soyez certains que je mettrai tout en œuvre pour le rendre heureux. Comme baba le fait pour mon père.
- Tu parles d'une référence ! fait Duo. Ça y est, t'es satisfait, gros balourd ? adresse-t-il ensuite à son mari.
- Pleinement, répond-il. Nous serons toujours-là pour vous, mais Hiro et toi êtes les seuls maîtres de votre destinée. Comme tu viens de me le dire, rien ni personne ne doit venir troubler votre vie de couple, pas même vos parents, termine-t-il en échangeant un regard discret avec Damon.
Ému et reconnaissant, Shaims hoche la tête et lui sourit enfin, tandis que Hiro retourne à la préparation de leur menu, satisfait lui aussi, mais surtout, soulagé.
- Vous auriez quand même pu me prévenir, marmonne ce dernier, faisant sourire ses pères.
Le cœur léger, Shaims va saluer ses parents.
- Tu as l'air d'avoir trouvé ton équilibre, n'est-ce pas ? lui demande Trowa.
- Oui…
- Tu en doutes ?
- Non, non… C'est juste que j'ai un peu la tête qui tourne.
- En tout cas, tu as meilleure mine. Ça fait plaisir ! se réjouit Quatre.
- Ça ne vous fait rien ? Je veux dire… On a grandi ensemble, comme des frères et je pensais que vous ne seriez pas d'accord.
- Éprouves-tu les mêmes sentiments pour Hiro, Keenan et ton Khoya ? le questionne Quatre.
- Absolument pas ! grimace-t-il. Mon khoya, c'est mon khoya et Keenan… Alors que Hiro, c'est… Hiro, conclue-t-il avec un rire nerveux et les joues rouges.
Comment ne pas fondre ?
- Je vois que tes cours d'élocution ont porté leurs fruits ! se moque Keenan. Tu as un don, c'est certain.
- Nous n'aimons pas parler en ces termes, mais vous n'avez aucun lien de parenté, lui dit Trowa.
- Pourquoi, t'as du retard ? lance Keenan.
Avant que Damon ne lui écrase une brioche sur la bouche.
- Mhm. Très efficace.
- Si ça marche sur 'ro, alors la magie doit opérer sur le reste de l'humanité, répond Duo en riant avec lui.
- Concentre-toi sur tes émotions et applique-toi à fortifier tes barrières, conseille Quatre à son fils, très heureux qu'il accepte de l'écouter à nouveau. Hiro va t'être d'une grande aide. La preuve en est : nous sommes arrivés il y a plus de deux heures et tu n'as pas ressenti notre présence, tant son bouclier est puissant…
- Justement, à ce propos…
À voix basse, Shaims explique avec émerveillement à ses pères et oncles cet incroyable silence et cette chaleur intense qui l'entourent, chaque fois que Hiro est à ses côtés, lorsque celui-ci l'interrompt en le rejoignant avec leur petit-déjeuner.
- Tu vois, tu n'as pas de raison d'avoir peur... de tes parents en tout cas, dit Hiro qui n'a rien suivi du dernier échange.
- Oh, l'autre ! T'as cru que Lorenzo allait pondre un article parce que t'as « enfin » accepté l'évidence que mon frère est à ton goût ? ! Essaye donc un peu de t'asseoir, on tiendra peut-être un scoop ! C'est qu'il travaille dur, notre P'tit Prince !
- Keenan ! le gronde Shaims.
Rien qu'une fois, Hiro et lui ont eu le malheur de ne pas fermer leur porte de chambre à clef (leur envie de l'autre ne pouvait attendre plus longtemps), lorsque Keenan est venu farfouiller dans l'armoire de son frère…
Malgré cet incident, Shaims et Hiro continuent de loger tantôt dans la chambre de l'un, tantôt dans celle de l'autre... Keenan a encore besoin de repères et de son grand frère ; surtout, lorsqu'il se dispute avec Damon.
- Yes, Sunny delight© ?
- Oh ! rien de bien important, répond Shaims, sa petite vengeance prête à l'emploi. Je me demandais seulement si toi et Dane aviez discuté…
- De quoi ?
- Damon a bien refusé de participer à une rencontre de F1 à ta demande, non ?
- Oui et alors, qu'est-ce qui m'veut le « jus d'orange » ? demande-t-il, le nez dans son bol, soudain peu enclin à discuter.
- Techniquement, cette course n'était pas très intéressante, intervient le pilote.
- Techniquement, elles le sont toutes, relève Hiro. Fais gaffe, vieux. Otouto est de nature changeante, insinue-t-il en tendant une tartine de miel à son amant.
- Merci, amour.
- Hey, je n'vous permets pas ! Dane est le seul qui compte pour moi !
- Va dire ça à mon Khoya, lâche Shaims.
- Je ne regrette absolument pas de lui avoir demandé d'être mon premier amant ! s'emporte-t-il avant de tourner lentement son visage vers ses pères et oncles. Vous avez l'air d'être au courant… ?
- C'est le cas, assure Quatre avant de boire une gorgée de son thé.
Même Luana continue de sourire, lui signifiant-là que Lorenzo lui a tout raconté de cette brève histoire.
- Bref ! reprend Keenan, nullement gêné. Si je l'avais rencontré six mois plus tôt, c'est Dane qui aurait pris cette place.
- Je ne vois pas pourquoi. Tu as confiance en Lorenzo, alors que Damon était un inconnu, un mec mignon parmi tant d'autres, analyse Hiro, tandis que Shaims démêle sa longue chevelure brune de ses doigts, comme il le faisait, il y a encore quatre ans.
- Baka ! Ça va peut-être vous étonner puisqu'apparemment vous me prenez pour quelqu'un de lunatique, mais je l'aime ! Vous n'êtes pas les seuls à avoir trouvé votre place dans l'univers.
Un ange passe…
Quand Hiro entraine son petit frère dans de grandes discussions passionnées, Keenan a toujours tendance à faire abstraction de tout ce qui peut bien graviter autour d'eux.
Cependant, Hiro n'abuse pas de ce pouvoir ; il ne s'en sert qu'en cas de nécessité absolue.
- Hn. Otouto peut être assez lent à la détente. Aussi, il ne faut pas hésiter à le pousser un peu, conseille Hiro à Damon avec qui il partage une belle complicité.
Analysant une nouvelle vague d'émotions, Quatre fronce légèrement les sourcils, fixant discrètement son neveu.
- Dad' ? l'appelle Keenan, comme si de rien n'était.
- Oui ? répond Duo.
- J'peux ravoir une brioche ?
- Quel glouton ! se moque son frère.
- J't'ai rien d'mander, l'affreux !
- Non mais t'as quel âge ?
- Faudrait voir à lire de temps en temps, tu manques cruellement de vocabulaire… dit Shaims.
- On dirait que t'as retrouvé le tien, jaune d'œuf !
- Tu veux que je te fasse monter les blancs en neige ? le menace Hiro.
- Shamy t'aurait pas demandé d'arrêter de le surprotéger, 'ro ?
- J'ai du rater cet épisode.
- Tout va bien ? demande Lorenzo à Luana.
- Oui. N'oublie pas que j'ai deux frères aînés, j'ai l'habitude de les voir s'asticoter.
- … ? !
•
En fin de soirée…
•
Chacun vaque à ses occupations…
Trowa a discuté une vingtaine de minutes avec Shaims et Hiro avant d'aller rejoindre Quatre, le nez plongé dans son dossier.
Duo, lui, est monté dans sa chambre en attendant que Heero revienne de son bureau, tandis que Lorenzo a invité sa belle au restaurant, puis au théâtre, voir une comédie musicale.
Quand à Damon et Keenan, ils reviennent d'une journée d'excursion en forêt avec les adolescents de l'orphelinat du centre ville, prévue de longue date.
Et bien sûr, il fallait que la sortie tombe le jour où le compagnon de Damon lui avouerait ses sentiments, autrement que par des gestes tendres et des regards qui en disent long !
Ils n'ont pas pu revenir sur ce qui s'est dit le matin-même. Aussi, Keenan aimerait bien s'isoler un peu, histoire de mettre de l'ordre dans ses idées. Seulement Damon ne l'entend pas de cette oreille et le capture dans une étreinte possessive, alors que Keenan espérait se cacher derrière l'un des grands arbres centenaires, à l'autre bout du parc.
- Je peux te parler, une minute ? demande Damon, convaincu que tout ne peut qu'aller au mieux, à présent.
- Si tu pouvais rompre en vitesse, je t'en serais reconnaissant.
Damon marque un temps d'arrêt, puis se détache de lui pour lui faire face.
- Rompre ? ! C'est parce que je suis pilote, c'est ça ?
- What ? ! Je n'ai rien contre ta profession.
- Alors, pourquoi crois-tu que je veuille rompre ?
- Je suis trop jeune pour toi. Tu t'es bien amusé et maintenant que tu sais que je… Je déteste mon frère !
- Et moi, je l'aime… Shaims est très efficace, également !
Keenan relève brusquement la tête d'un air suspicieux.
- Idiot ! fait Damon, sous-estimant l'état émotionnel de son amant.
- Ça y est, tu m'as tout dit ?
Sans attendre de réponse, Keenan le contourne pour sortir de la maison et gagner les jardins.
- Sois pas bête… lui dit Damon en le rattrapant par le bras.
- J'avais saisi le message !
- C'est quoi ton problème ? Tu as dit devant toute ta famille que tu m'aimais et tu le regrettes ? Tu ne le pensais pas, c'est ça ?
Keenan affronte son regard, mais lorsqu'il ouvre la bouche pour s'expliquer, il la referme aussitôt.
- Je crois que cette fois-ci, c'est moi qui aie compris.
Puis, Damon fait mine de s'en aller d'un pas assuré, mais intérieurement, il compte les secondes et s'empêche de ralentir son rythme de marche, priant pour que Keenan le retienne.
- Matte ! (1) Please…
Damon soupire de soulagement et se retourne pour observer Keenan se passer et se repasser la main dans ses cheveux, illuminés par les rayons du soleil.
- Reste près de moi.
- En quelle langue faut-il que je te le dise ? Je t'aime, Keenan. Je t'aime, répète-t-il en détachant chaque syllabe.
- Je ne vivrai jamais un amour tel que celui de mes parents ou de mes oncles. C'est trop rare, trop parfait.
Satisfait de le voir mettre cartes sur table, Damon revient l'enlacer.
- Duo avait donc raison.
- Qu'a bien pu te dire mon père ? !
- Que le bonheur qu'il vivait grâce à Heero et vous te faisait de l'ombre en quelque sorte ; que tu avais l'impression de devoir égaler leur aboutissement de vie familiale et de ne jamais pouvoir y parvenir.
- Et... que lui as-tu répondu ?
- Que tu devais forcément savoir, ou tout du moins ressentir, la force et le sérieux de mon engagement pour toi, depuis le début.
- Oh...
- Là-dessus, Quatre a débarqué et m'a assuré que tu m'aimais du plus profond de ton être, mais que tu avais peur de mon rejet ; aussi improbable, soit-il.
Keenan garde le silence durant de longues secondes, ce que Damon respecte ; il sait que son compagnon fait le point.
- J'étais persuadé que tu finirais par me quitter pour te trouver un homme ou une femme de ton âge pour fonder une vraie famille et que si jamais je t'avouais mes sentiments, tu mettrais un terme à notre relation sur le champ, horrifié de me savoir dépendant de toi sur le plan affectif.
- Je ne voulais pas y croire et sache que cela me désole d'entendre ça.
- Hn... Alors comme ça, tu ne me trouves pas trop jeune pour vivre avec toi ?
- Absolument pas. C'est plutôt toi qui devrais me trouver trop vieux !
- N'importe quoi !
- Je trouve que ça se tient.
- Non, pas du tout !
Damon n'insiste pas et comme il s'en doutait, Keenan finit par ancrer son regard au sien.
- Je t'aime, Damon.
- Je sais, Keen', dit-il en lui pinçant affectueusement le bout du nez. Mais ça fait tellement du bien de te l'entendre dire... Si tu savais combien cela me rassure...
- Je t'aime.
- Attention ! Si tu me le dis trop souvent, je vais faire une overdose. Tu comprends, je n'ai pas l'habitude.
Damon se prend un coup de poing sur l'épaule.
- Je ne sais pas où tu as été pêcher ça, mais je ne me suis jamais moqué de notre relation.
Keenan ricane bêtement avant de se mordre la lèvre.
- Je dis parfois n'importe quoi pour me protéger.
- Que tu crois ! Au bout du compte, tu te fais du mal tout seul.
Keenan hausse les épaules.
- Je n'ai jamais eu d'autre amant que Lorenzo et toi, tu le sais. Mais je ne me sens pas capable de te rendre pleinement heureux… Je ne serai jamais à la hauteur.
- Tes parents m'ont prévenu.
- Hey ! Mais, c'est quoi ce plan ?
- Heero m'a confié que tu tenais beaucoup de ton daddy et que par conséquent, j'allais devoir faire preuve de force de persuasion, de patience et d'endurance.
- Je ne vois pas pourquoi il dit ça…
- Moi non plus, ironise-t-il.
- Damon ?
- Oh ! Je sens que quelque chose d'autre te tracasse.
- Eh bien…
- N'aie aucune hésitation. Je suis bien trop content de voir que tu n'as plus peur de me livrer tes pensées… que tu t'ouvres enfin à moi.
- Très drôle !
- Je t'écoute.
- Tu me parles facilement de ton défunt père, John Sweet : un « rebelle » issu de la haute bourgeoisie australienne ; ton modèle, en somme.
Damon arbore un sourire mélancolique.
Sans s'en rendre compte, Keenan s'allonge et Damon se positionne au-dessus de lui, accoudé sur le gazon.
- Un monstre de gentillesse. Un être d'une intégrité à toute épreuve, comme tes parents et oncles.
- Hn…
Damon devine que Keenan veut en savoir plus sur sa famille, mais qu'il n'ose pas le lui demander par peur de faire un faux pas.
- Mes parents ont divorcé lorsque j'avais dix ans. Je ne le voyais que pendant les grandes vacances, mais malgré tous les efforts de ma mère pour nous fâcher, j'adorais mon père et lui, m'apprenait tout ce que je devais savoir pour pouvoir me construire dans un monde en destruction, comme il me disait. Cinq ans plus tard, il trouvait la mort en mer.
- Je me fais une idée assez précise de lui en prenant mes pères en référence, mais tu ne me parles jamais de ta mère.
- Parce qu'il n'y a rien à en dire.
- Mais Damon… Je ne connais même pas son prénom !
- Katharina.
Il se garde bien de dévoiler son nom de jeune fille, qu'elle a toujours porté, même en étant mariée.
- Eh bien, je crois que ta mère « Katharina » ne m'aime pas, avance Keenan, qui croit dur comme fer qu'elle se nomme Katharina Sweet. Tu m'as dit qu'elle refuserait de me rencontrer.
- Ma mère n'aime pas grand monde et encore moins l'idée que je sois homosexuel.
- Oui, mais…
- J'aime ma mère, mais elle m'a forcé à quitter le domicile familial à mes dix-huit ans en me demandant de choisir entre ma nature et « une vie plus respectable », je cite. Elle m'a coupé les vivres. J'ai eu beaucoup de chance de faire partie du programme « And after Yuy ». La fondation m'a totalement pris en charge et j'ai pu acquérir mon indépendance rapidement.
- Oui, enfin, tu es leur meilleure recrue.
- Ça aide, je l'admets.
- C'était ça ou tu atterrissais à la fondation « Maxwell is you », ou à « Winner & Barton corp. ». Toutes les fondations de mes parents et de mes oncles sont implantées dans chaque nation terrestre et dans chaque colonie.
- Ce qui me rassure, c'est de savoir que nous aurions eu de grandes chances de nous rencontrer, quoi qu'il arrive. Tu passes beaucoup de temps dans chacune d'entre elles.
- Oui, mais surtout à celles de mes parents, ici, à Vancouver. J'adore organiser des ateliers cuisine dans les orphelinats.
- Et les enfants adorent être avec toi.
- Pour me tirer les cheveux, oui ! Y a pourtant pas grand-chose qui dépasse…
Satisfait de constater que son amant a déjà changé de sujet de conversation, Damon sourit et lui caresse la joue d'un air songeur...
•
Flash back
Trois ans plus tôt, à Melbourne, en Australie…
•
« La piste du circuit Albert Park est utilisée uniquement une fois par an, à l'occasion du Grand Prix d'Australie, lequel ouvre traditionnellement la saison de F1. La piste fait le tour du lac Albert Park, en empruntant des tronçons de la chaussée publique.
Les sections de piste usées ont été entièrement refaites en AC 199, afin que le revêtement en soit lisse et stable. Depuis, elle est considérée comme la plus lisse de tous les circuits actuels de F1. Bien que rapide, elle ne présente pas de grandes difficultés aux yeux des pilotes. Toutefois, le tracé du circuit épousant les courbes du lac, il offre très peu de lignes droites, ce qui rend les dépassements très difficiles. » (A)
Damon a vingt-trois ans et déjà un bon palmarès derrière lui. Il évolue au sein de l'association « And after Yuy » depuis ses dix-huit ans et remporte, à ce jour, trente-huit pour cent des courses.
- Prêt à en découdre, Damon ? lui demande Heero qui vient d'entrer dans le hangar.
Exceptionnellement, il a fait le voyage avec l'un de ses fils pour venir l'encourager et le soutenir. Damon est un modèle de comportement pour tous les jeunes de l'association.
Celui-ci, surpris de le savoir présent, se retourne, un chiffon en microfibre dans les mains.
- Tu as intérêt à gagner le trio de tête dès le début, sinon, tu finiras derrière sans pouvoir dépasser tes concurrents.
- Oui, monsieur Yuy. C'est un honneur et un immense plaisir de vous revoir.
- Chichi, il y a tes « crazy-fans » qui ont voulu m'arracher les cheveux ! Et je crois bien que je vais être atteint de surdité pendant plusieurs heures. Non mais faut voir comment ils hurlent ton nom, se plaint Keenan qui vient tout juste de débouler en se frottant la tête.
Avant de s'immobiliser à la vue du jeune pilote dans une position tout à fait improbable.
Loin d'être discrets, ils se dévorent du regard, l'air ahuri, se détaillant et se contemplant durant une longue et interminable minute, au cours de laquelle Heero n'a pas cherché à écourter leur échange visuel autant qu'émotionnel.
- Keenan, je te présente Damon Sweet, l'un de nos pilotes les plus prometteurs.
- Oui, enfin, après mon frère, le taquine-t-il dans l'espoir de reprendre contenance.
Damon lui sourit plus largement et va lui serrer la main, qu'il garde prisonnière.
- Il y a des compétitions bien plus importantes.
Keenan frissonne et s'en veut de rougir pour ce qu'il veut considérer comme étant une simple poignée de mains… un peu trop longue, chaude et électrisante, cependant.
Il se racle la gorge et jette un regard furtif à son père.
- Damon doit se concentrer. Vous ferez connaissance après la course.
- Okay.
- Tu pourras nous rejoindre à notre loge, Damon. Si tu le souhaites…
- Merci, monsieur Yuy. Je viendrai, confirme-t-il en posant ses yeux verts d'eau sur Keenan.
Celui-ci ne peut s'empêcher de sourire, les yeux brillant de joie et d'excitation.
…
En allant prendre place dans leur tribune réservée, Heero s'amuse à titiller son fils.
- Il fait chaud, tu ne trouves pas ?
- Chichi… ronchonne-t-il.
- C'est ton père qui va être content. Je l'entends d'ici : « Encore un pilote ! »
- Chichi, j'aime les garçons, moi aussi.
Heero lui répond après qu'ils se soient assis.
- Nous le savons, Keen'. Mais Damon a six ans de plus que toi.
Gêné, son fils trouve un certain réconfort à se laisser glisser dans son fauteuil.
- Je ne sais pas quoi te dire… Pourquoi l'as-tu invité… que dis-je, « autorisé » à monter ici, si tu n'es pas au moins un peu d'accord ?
- Timber donnera son avis, mais en ce qui me concerne, je ne m'opposerai pas à votre relation.
- Mais rien n'est fait ! On ne sait pas…
- C'est tout vu, mon fils. Et si je lui ai proposé de faire plus ample connaissance avec toi, c'est parce que je sais qui il est.
- Euh… Damon Sweet ?
Heero sourit : son fils ne se doute de rien, comme il le soupçonnait.
- Il aurait fini par demander mon consentement pour te revoir, ne serait-ce qu'en tant qu'ami. C'est quelqu'un de bien.
- Pfff ! C'est dans les livres, ça ! Tu sais, ceux d'avant la colonisation avec les costumes d'époque... Un peu comme tante 'lena, tu vois ? J'ai toujours cru qu'elle était une sorte d'être immortel vieux de plusieurs milliers d'années…
- Tu paries qu'il exige de nous rencontrer, ton père et moi, pour avoir la permission d'aller plus loin avec toi, un mineur de dix-sept ans ?
Keenan pique un far.
- Je dirais : une semaine de vaisselle, décide Heero.
- C'est bon, je veux plus en parler.
Heero rit doucement en le décoiffant un peu plus.
- Chichiii ! C'est du travail de me coiffer comme toi ! râle-t-il faussement en lui souriant.
- Damon n'y verra que du feu.
- Mais, euh !
La sonnerie du téléphone de Heero se joint à son rire ; celui qu'il n'a que pour sa famille et ses amis.
- Oui, chéri… ? Rien de spécial, si ce n'est que notre fils vient d'avoir un coup de foudre.
- Chichi !
- Hn. C'est réciproque et pas qu'un peu… C'est Damon Sweet, celui dont je t'ai déjà parlé à plusieurs reprises… Hn... Vingt-trois ans.
- Chichiii !
- Iee. Laissons-les venir vers nous. Ça ne saurait tarder… Haï, j'ai confiance en lui.
- J'en ai marre ! Vous faites pas ça à 'ro, quand il change de petit copain !
- Il ne se plaint pas plus que d'habitude, un peu comme toi… Je t'aime aussi, timber.
Keenan bougonne dans son coin, les bras croisés sur son torse.
…
La course terminée et remportée par le premier fils de Wufeï et Sally Chang, Damon se dépêche de prendre sa douche pour se rendre en toute hâte à la loge Yuy Maxwell.
Mais lorsqu'il pousse la porte, il a l'agréable surprise de se retrouver seul à seul avec Keenan.
- Mon père est allé saluer et féliciter la famille Chang, l'informe ce dernier.
- Yong (2) s'est bien défendu, dit-il en s'avançant vers lui.
- Tu as fini troisième, déçu ? le provoque Keenan, alors qu'il n'en mène pas large.
Son cœur bat la chamade et il n'a qu'une envie : l'embrasser.
Le sourire ravageur, Damon lui répond :
- Ce n'est pas ce combat-ci que je dois remporter, aujourd'hui. Ça ressemblerait plutôt à un contretemps.
- Si tu l'dis !
- Tu n'es pas curieux de savoir quel est cet autre combat qui fait passer cette course de F1 au dernier plan ?
- Tu ne doutes de rien, toi, je me trompe ? Les saucisses grillées tombent du ciel direct dans ton hot dog !
Joueur, Damon prend un air innocent.
- T'as cru que tu pouvais te taper le fils du patron ? Pourquoi, c'est bon pour ton avenir ?
Visiblement très étonné, déçu et choqué, le visage du pilote s'assombrit soudainement.
Keenan regrette aussitôt ses paroles, mais le mal est fait.
- J'imagine qu'un tas d'individus t'approche pour cette raison, mais sache que ce n'est pas mon cas. Le problème étant que je n'aie aucun moyen de te le prouver. Et vu que l'on ne se connait pas, tu ne conçois sans doute pas de me faire confiance ou d'accorder de la valeur à ma parole d'homme.
Keenan déglutit avec difficulté, la gorge et le cœur serrés.
- De ton identité, je n'ai retenu que ton prénom, poursuit-il. J'admire ton père depuis que je m'intéresse à la Formule Un et je suis toujours très heureux de le voir, mais je te comprends, ajoute-t-il en caressant la joue de Keenan du revers de ses doigts. Au revoir ou adieu, Keenan. Je te souhaite d'être heureux et de tomber sur quelqu'un d'autre d'aussi honnête, intègre et sincère que moi. Sans fausse modestie, c'est ce que je m'efforce d'être jour après jour.
Le sourire triste, Damon se retourne pour partir quand Keenan le retient par le bras.
- Matte ! Please…
Keenan retient son souffle lorsqu'il ose entremêler ses doigts aux siens, puis soupire de soulagement, quand Damon répond à sa pression.
- Je n'essaye pas de te forcer à…
- Je sais, le coupe-t-il. Je te fais confiance, Dane. Je n'ai pas besoin de mots pour ça. Je le lis dans tes yeux.
- Dane ?
- Dane, Damon… Tu vas pas faire ton difficile ! Déjà que tu m'as eu tout cuit dans le bec !
Keenan profite que Damon rit pour respirer son odeur.
- C'est gentil de la part de ton père de nous avoir laissés seuls, tous les deux, murmure Damon, tout en appréciant la douceur et la chaleur de sa peau sous son tee-shirt.
- Cet « adorable » qualificatif ne peut être « manipulé avec précaution » que par sa famille et ses amis, répond Keenan en se pressant contre lui.
- J'en ai très envie, moi aussi, mais…
- Tu dois te dire que je suis un mec facile… le coupe-t-il d'un air anxieux.
- Absolument pas. Auquel cas, je serais à mettre dans le même panier.
- Je n'ai jamais eu envie d'embrasser quelqu'un autant que toi… C'est comme si ma vie en dépendait. Je n'ai jamais ressenti ça auparavant…
Attendri et flatté, Damon sourit et le contemple en effleurant sa joue.
- S'il-te-plait… l'implore Keenan.
Damon cesse de le faire languir et vient goûter ses lèvres avant de l'entraîner dans de longs et langoureux baisers, jusqu'à ce que Keenan cherche à sortir sa chemise de son pantalon.
- Keenan… l'arrête-t-il avec tendresse en ramenant ses mains entre eux.
- Je sais que ce n'est ni le lieu, ni le moment, mais j'avais dans l'idée d'aller à notre maison qui se trouve à deux pas d'ici ? lui propose-t-il avec espoir.
- Il y a cinq minutes, tu doutais de ma moralité et maintenant, tu me demandes de te faire l'amour dans l'heure ? ! Mais qu'est-ce que c'est que ce phénomène ?
Enfiévré par leurs baisers, Keenan lui saute tout simplement dans les bras, nouant ses jambes autour de sa taille, puis l'embrasse profondément en finissant par aspirer lentement sa lèvre inférieure.
- Okay, je vois, fait Damon, plus qu'échauffé.
- T'as une sacrée bonne vue...
- Ton père doit être plus ou moins d'accord pour que nous nous côtoyions. Sinon il ne m'aurait pas laissé l'opportunité de faire plus ample connaissance avec son fils surexcité et qui plus est, seul à seul. Tout le monde sait que Heero et Duo Yuy Maxwell protègent férocement leur vie de famille, mais j'ai besoin de rencontrer tes deux pères, ensemble, avant d'aller plus loin avec toi.
- J'vois pas pourquoi ?
- Tu as dix-sept ans et moi, six de plus. Je dois avoir leur consentement. C'est une question d'éthique.
- Et si tu ne l'as pas, tu t'en vas chasser ailleurs ?
- Non. Je patienterai…
- Eh bien moi, pas !
- Je n'ai pas dit que je ne ferai rien pour te satisfaire.
- Oh.
- Mais pas avant d'avoir pu discuter avec tes parents.
- Grrr… J'ai pas envie de faire la vaisselle pendant une semaine ! Attends une minute : c'est ton idée, c'est donc à toi de faire la plonge.
- … ? !
•
Fin du flash back
•
- Dane, my love, t'es où, là ?
Damon quitte son doux souvenir et revient vers lui.
- Je me disais combien j'avais de la chance d'avoir des amis tels que tes parents et oncles, dit-il en caressant son visage. Ils n'ont pas cherché à nous séparer, ni à me menacer. J'avais tellement peur qu'ils ne voient pas à quel point j'étais sérieux… Tout s'est passé si vite…
- Je crois qu'au bout du compte, il n'y a que moi qui aie véritablement posé problème.
- Fallait bien que tu serves à quelque chose.
Tous deux rient doucement lèvres contre lèvres avant de s'embrasser tendrement.
- Tu pars toujours dans huit jours pour le Japon ? s'enquiert Keenan.
- Oui, Heero m'a conseillé de renforcer et d'augmenter mes capacités. Et pour y parvenir, je dois me déstabiliser au maximum en changeant de circuits régulièrement. « Une fois que la nouveauté ne fait plus peur…
- … et n'est plus synonyme d'obstacles insurmontables, alors, seulement, le travail de perfectionnement pourra commencer et l'excellence du pilote être révélée », terminent-ils d'une même voix.
Preuve que Heero a bien rodé son discours.
- Je crois que mon frère va avancer son départ pour Manama, poursuit Keenan. Il voudra être avec Shaims le plus longtemps possible avant de devoir reprendre les courses à travers le monde. Je suis certain que Shaims le rejoindra dès qu'il le pourra.
- Je les comprends. D'autant plus que Hiro peut s'entraîner là-bas.
- Je me suis toujours dit que tu ne souhaitais pas m'avoir dans les pattes pendant tes courses et formations.
- Encore une de tes idées farfelues.
Keenan joue à démêler l'une des petites mèches brunes et raide de Damon en croisant de temps à autre son regard vert d'eau.
Damon adore le voir réfléchir à toute vitesse. Cela l'amuse beaucoup.
- Je peux venir avec toi, au Japon ? Je ne reprends mes cours par correspondance que dans un mois et demi...
Damon pouffe de rire et éblouit Keenan de sa beauté.
- Je n'attends que ça !
- Que je finisse mes études ?
- Que tu cesses de douter de moi, baka !
- Hey ! Tu vas voir… J'ai bien assez d'un grand frère !
Keenan opère un placage au sol digne de ce nom ; cours de karaté de Heero obligent.
- Je ne vois rien d'extraordinaire, surtout quand on sait que je te laisse gagner.
- Aussi mauvais perdant qu'oniisan, ne ?
- Keen'... ?
- J'ai envie de toi, dit-il d'un ton particulier qui lui fait clairement comprendre qu'il se sent prêt à le faire sien.
- Enfin… se réjouit l'australien avant que son amant ne vienne l'embrasser.
- Que dirais-tu d'aller dans notre chambre ?
- Pourquoi ? On est bien, là. Il fait beau, les oiseaux chantent…
- Dane, je ne plaisante pas.
- Moi, non plus.
- Je t'aime. T'as pas le droit de me maltraiter ! proteste Keenan alors que son compagnon l'aide à se relever pour l'emporter jusqu'à...
SPLASHHH ! !
… la piscine où il vient de les plonger tous deux.
- Damon ! enrage-t-il en sortant la tête hors de l'eau.
- Oui ?
- Je sais très bien que tu te venges pour toutes les fois où je t'ai fait faux bond. J'vais l'dire à uncle Quat' !
Damon explose de rire avant de voir arriver Shaims et Hiro.
- Je parie que tu as cherché à refroidir mon frère.
Keenan et Damon se consultent du regard.
- C'est tout à fait inutile, leur dit Shaims en réponse à leur projet de les prendre par surprise pour les jeter à l'eau. Je m'en charge moi-même…
Hiro n'a le temps que de hausser un sourcil interrogateur qu'il se retrouve agrippé par son amant, avant d'être projeté vers le bassin.
Les éclats de rire et les éclaboussures fusent entre deux tee-shirts et pantalons trempés, ôtés avec difficulté…
- Damon, ce n'est pas moi qu'il faut viser, c'est mon frère et mon abruti de cousin ! rouspète encore Keenan avant de se prendre un double jet d'eau en pleine figure, manquant de lui faire boire la tasse.
- On ne doit pas se moquer des retardataires.
- Que tu crois, mon cher Damon, répond Shaims. Je doute que Keenan t'ait déjà… voyons, quels termes pourrais-je employer… honorer de sa présence ?
- Tu… tu l'as fait avant moi ? s'étrangle Keenan, les yeux exorbités.
- Faut croire que oui, vu ta tête.
- J'y crois pas… ! Damon, c'est de ta faute !
- Non mais, dites-moi que je rêve ?
- Tu pouvais pas faire ton bad boy et me forcer la main ? Non, il a fallu que tu te la joues gentleman ! Monsieur a prit des gants !
- Heureusement que Heero m'a prévenu, se désole Damon tandis que Shaims rit à se tordre le ventre.
•
Au bureau de Quatre…
•
Alertés par le bruit au dehors, Quatre et Trowa jettent un œil par la baie vitrée.
- Ils sont tous tellement heureux, murmure Quatre avec émotion en caressant la vitre. J'ai vraiment eu peur que Shaims ne veuille pas ouvrir son cœur à sa destinée.
- Pas avec Hiro dans les parages, mon ange.
- Hm… Ça te dit de faire une promenade dans les jardins japonais, puis de nous prélasser dans un bon bain chaud, au temple ? propose-t-il soudainement. On a bien besoin d'une pause.
- Laisse-moi deviner : ça chauffe, là-haut ?
- Oui, il serait préférable que je m'éloigne de la maison pendant deux ou plutôt trois bonnes heures. Il y a une partie du plan de Heero qui ne va pas être très agréable à vivre pour notre ami. Ce moment difficile à passer ne sera sans doute rien, comparé à tout l'amour que Heero lui porte, mais cela lui restera tout de même traumatisant. Duo est un être fort, courageux, sincère et son intégrité lui fait honneur, mais il a souffert. La mort de sa famille l'a marqué à jamais et malheureusement pour lui, la disparition de Solo refait surface depuis quelque mois...
- Et Heero a décidé de ne plus rien laisser passer. En tant que mari, mais également en tant que père… Très bien, ne perdons pas de temps, dans ce cas.
Tandis qu'ils profitent de la brise en progressant sur l'un des sentiers qui mènent aux jardins à thèmes, Trowa observe que son mari ne parvient pas à se détendre, comme il le devrait.
- Asseyons-nous sur ce banc, veux-tu ?
- Mais nous ne sommes pas arrivés.
- Ça ne peut plus attendre.
Quatre fronce les sourcils et accepte de s'asseoir.
- Que se passe-t-il ?
- Heero et moi en avons parlé à plusieurs reprises, bien avant de nous voir à Manama. Duo a besoin de cette mise au point. Il ne parvient plus à masquer ou dissimuler sa souffrance. Il a beau être présent physiquement avec nous, son esprit nous quitte pour des contrées froides et sinistres. Son regard se voile et cela a réussi à effrayer leurs fils, surtout Hiro. Keenan fait celui qui ne s'aperçoit de rien ; c'est sa façon à lui de ne pas céder à la panique.
- Oui, je sais. Duo fuit les sujets sensibles avec une facilité déconcertante ! Il est grand temps que Heero passe à l'action. Il n'y a véritablement que lui qui sache le retenir.
- Je le pense, aussi. Alors pourquoi le vis-tu si mal ?
- Parce que je n'arrive pas à me focaliser sur le bien-fondé de cette entreprise, voilà pourquoi ! Ne me regarde pas comme ça, Trowa, tu n'as aucune mise au point à faire avec moi.
- Ton attitude me prouve le contraire. Mais ce n'est pas ce que tu crois. Cette fois-ci, c'est moi qui aie failli.
- Qu'est-ce que tu racontes... ? !
- Tu n'aurais pas dû être autant atteint par les émotions de Duo. Tu as du mal à t'en défaire et c'est là le signe évident que j'ai baissé ma garde au mauvais moment.
- Aaah ! Je déteste quand tu fais ça !
- Quoi donc ?
- Ton autocritique. C'est du grand n'importe quoi !
- Ai-je tort ?
- Tu es toujours là pour moi ! Même au péril de ta vie ! Serais-tu frappé d'amné... commence-t-il avant de s'interrompre.
- D'amnésie ? termine Trowa pour lui.
Quatre a détourné son visage, les poings serrés sur ses cuisses.
- Ai-je tort, Quatre ?
- Je refuse de te répondre ! s'emporte-t-il en se levant pour lui tourner le dos.
Trowa ne dit rien et attend que son compagnon se ressaisisse, le détaillant de son regard émeraude.
- Tu crois peut-être que je t'ai épousé parce que tu es un formidable générateur, un bouclier vivant, une forteresse imprenable ? l'interpelle Quatre en lui faisant face.
- Je ne suis qu'un homme.
- Non ! s'émeut-il. Ce n'est pas ce que je voulais dire. Tu es plus que ça ! Et tu as d'autant plus le droit d'être fatigué de temps en temps. Comment pourrais-je te le reprocher ? Comment oses-tu me demander de le faire ?
- Parce que j'ai besoin de l'entendre, simplement.
Devant tant de sincérité et de calme, Quatre « rentre ses griffes » et vient reprendre sa place à ses côtés.
- Pourquoi, Trowa ? Je ne comprends pas...
- J'ai besoin de sentir que tu n'as pas peur de me dire certaines choses. J'ai besoin d'être rassuré.
- Je ne demande que ça...
- Si tu me laisses dans l'ignorance de certains de tes malaises, comment pourrais-je m'octroyer du repos, ne serait-ce qu'une minute ? Au contraire, si tu me dis clairement ce qu'il en est, je pourrais te protéger plus efficacement. J'ai fait l'erreur de relâcher ma vigilance lorsque nous étions tous réunis à Manama. Résultat : tu te retrouves déséquilibré et moi, je m'en sens responsable.
Touché au cœur et pris au dépourvu (ce que seuls Trowa et Heero réussissent à faire), Quatre prend délicatement les mains de son mari, puis les embrasse doucement en les serrant contre lui.
- Dès le départ, nous avons eu une relation fusionnelle, reprend-il. C'est la raison pour laquelle je devine sans mal quand tu ne vas pas bien ; mais je ne suis pas infaillible. C'est pourquoi tu ne dois pas hésiter à me solliciter, sans quoi, j'aurais toujours l'impression d'avoir manqué à mon devoir de mari et d'ami.
- D'accord... chuchote-t-il. Je... je ne t'ai rien dit de ce qui se passait en moi ces derniers temps, parce que je voulais que tu profites de tes moments de complicité avec Heero. Ça vous fait beaucoup de bien de vous retrouver seul à seul sur le circuit. Et j'admets aussi que j'ai été surpris que tu ne remarques pas ma fatigue. Oh ! elle n'était pas flagrante ni alarmante, j'ai vécu pire... Alors je me suis dit que je pouvais bien te laisser tranquille pour une fois ! Puis après, je me suis rendu compte que tu étais fatigué, toi aussi et que tu me croyais à l'abri de toutes attaques énergétiques... à tort, lâche-t-il avec difficulté.
- Merci.
- Mais tu étais fatigué !
- Tu accepterais une pareille excuse si les rôles étaient inversés ?
- Non... répond-il à regret.
- Alors, merci de continuer à me faire confiance et de m'avoir rassuré.
- À ton service... Mais tu avoueras tout de même que tu exagères ! Contrairement aux apparences, tu es le plus excessif de nous deux ! Tu caches bien ton jeu.
- Je t'aime.
- Trowa...
- Hm ?
- Non, rien... Enfin, si : je t'aime. Mais tu es si... si... grrr !
•
Quelques minutes plus tôt,
Dans la chambre de Heero et Duo…
•
- Gundam... Maquettes de voitures et robots articulés Gundam... Sans peinture et sans prise de tête... Tu crois que tu pourras y arriver ? lesdéfie Heero dans l'annonce publicitaire.
Heero, Duo, Quatre et Trowa ont décidé de produire en masse les robots mobiles transformables inédits de leurs fils, à condition que quatre-vingt-dix pour cent du prix de vente soit reversé à leurs associations. Afin de faire exploser les ventes, chacun d'entre eux a prêté sa voix au modèle réduit de leur bolide de légende respectif ; les fans étant très excités à l'idée de voir et d'entendre le « Duo Maxwell », pilote émérite de la voiture de l'ombre « Deathscythe » et mari du célèbre pilote Heero Yuy.
Même le très fier et honorable Wufeï Chang s'est laissé tenter !
Dans le seul but d'investir dans d'autres projets humanitaires en Asie, bien entendu...
- Bienvenue sur MBC « Music Before Colonisation » pour toute une nuit de mille et une musiques d'antan…
Duo est en train de défaire sa natte en écoutant l'une de ses stations de radio préférées, lorsque les éclats de voix au dehors attirent son attention...
- … « Jesus To A Child » d'un certain George Michael. Restez à l'écoute sur MBC !
Pendant six minutes et cinquante secondes, Duo se laisse volontiers envahir par l'enivrante mélodie et par la voix du chanteur qu'il connait déjà, lorsque l'animateur fait grésiller son micro et gâche un tant soit peu l'ambiance triste et romantique à souhait...
- « Et qu'ai-je appris de toute cette douleur ? Je pensais que je ne ressentirais plus jamais la même chose envers quelqu'un ou quelque chose à nouveau. Mais maintenant je sais… » récite l'animateur. Saviez-vous que le très talentueux George Michael a écrit cette magnifique chanson pour son premier grand amour, un homme décédé prématurément des suites d'une maladie… ?
C'est après avoir mis fin à son entretien téléphonique avec le directeur général de son association, basée au Japon, que Heero entre dans sa chambre et trouve son mari devant les portes vitrées coulissantes donnant sur leur terrasse, elle-même offrant une vue imprenable sur l'ensemble du parc, dont la piscine au loin.
- Le lave-linge dure plus longtemps avec Calgon© !
- « Radio : pub off », prononce Duo d'un ton monotone.
Ainsi, le son se réactivera automatiquement dès que les publicités seront terminées.
Même s'il s'est perdu dans la contemplation du tableau, Duo entend son mari poser son téléphone sur ce qu'il devine comme étant la table basse en bois. Il doit tendre l'oreille pour percevoir ses pas feutrés sur le parquet, avant qu'il ne sente finalement ses mains glisser autour de sa taille, puis son torse épouser délicatement et parfaitement les lignes de son dos.
- Hiro laisse encore son frère gagner, constate Heero en observant les jeunes couples jouer à toucher couler, alors que la nuit ronge peu à peu l'horizon.
- Je suis si heureux de les voir ainsi, confie Duo avec émotion.
- À t'entendre, on croirait qu'ils sont malheureux comme les pierres le reste du temps, le bouscule un peu Heero.
- Tu sais bien ce que je veux dire...
- Précisément, oui.
Duo soupire et appuie sa tête sur l'épaule de Heero, derrière lui.
- Écoute, chéri, tu n'es pas obligé de te coucher tout de suite…
- Le voyage t'a fatigué, timber, mais je préfère en discuter, maintenant. Les enfants, et surtout Hiro, s'aperçoivent de ton trouble et s'en inquiètent.
- Comment… ?
- Je leur ai assuré que tout allait bien, le devance-t-il avant de l'embrasser rapidement sur la tempe.
- Tu as peut-être parlé trop vite ou pire, menti.
- Ni l'un, ni l'autre. Disons seulement que j'ai pris de l'avance.
Duo a depuis longtemps cessé d'éviter les sujets qui fâchent avec Heero et il essaye plus que rarement de changer de sujet de conversation, espérant naïvement que son mari serait frappé d'une amnésie sélective.
- C'est-à-dire que…
Duo se retourne dans ses bras pour lui faire face avant de poursuivre.
- C'est particulièrement dans ces moments-là que l'absence de Solo se fait sentir, avoue-t-il, la gorge nouée. Je nous revoie à la piscine municipale à jouer comme des tordus ! Tu nous aurais vus à cette époque… dit-il, le sourire triste et le regard dans le vague. J'aurais tant aimé partager notre bonheur avec lui et le savoir épanoui. Il n'aurait pas dû...
- … mourir, je sais.
- Tu te rends compte de l'âge qu'il aurait, aujourd'hui, de la vie qu'il aurait pu construire et mener ? Je suis tellement heureux, j'ai reçu tant de la vie… Mon Père est mort trop tôt, mais de sa belle mort, alors que Solo… Je l'entends encore me dire que tout irait bien... Que nous avions le pouvoir de déjouer les plans du Shinigami... Quel con !
- Tu dois te ressaisir…
La sonnerie (just communication) du téléphone de Heero fait sursauter Duo.
- Attends-moi là.
- Okay.
Duo en profite pour renifler discrètement et s'essuyer doucement les yeux, tout en le contemplant.
- Inutile, je m'oppose fermement à cette mesure.
C'est comme si le temps n'avait pas de prise sur eux.
À l'instar de Trowa et Quatre, Heero et Duo ne s'entretiennent pas seulement, ils s'embellissent d'année en année. Ils resplendissent de lumière et intriguent leur entourage de part leur beauté vibrante, permanente, naturelle et éblouissante.
Ils n'ont jamais cessé de s'admirer mutuellement et savent renouveler leur quotidien.
- Dans ce cas, convoquez-les pour vendredi prochain. Je m'en chargerai personnellement, dit-il avant d'éteindre son téléphone.
- Bienvenue à celles et ceux qui viennent de nous rejoindre. Nous voilà repartis pour la suite de notre soirée consacrée aux chansons d'amour intemporelles...
Heero sait que son mari adore la musique, qu'elle tient une place importante dans sa vie. Du temps où il n'avait pas d'autres choix que de s'absenter et que sa famille ne pouvait pas venir avec lui ni le rejoindre, elle aidait Duo à se détendre et à s'endormir.
Mais ce que Heero aime par-dessus tout, c'est quand Duo lui fait découvrir de nouveaux artistes ou des anciens qu'il ne connaissait pas. Il adore voir son mari justifier ses choix comme s'il devait faire passer une loi à l'Assemblée nationale !
Il ne compte plus les dizaines d'albums téléchargés. Entre les tubes d'avant la Colonisation et ceux d'aujourd'hui...
- Je vous laisse en compagnie d'un groupe de légende et d'une de leurs étoiles filantes : « With or Without You » de U2.
Heero a encore le temps de rejoindre son mari avant que les premières notes de musique, teintées de nostalgie et de mélancolie, résonnent, comme un appel à l'amour impossible…
- Tu es magnifique, my love.
- Alors cela ne peut signifier qu'une seule chose : j'ai l'incroyable pouvoir de refléter ton âme.
Duo lui sourit, puis articule distinctement :
- « Radio : touche deux »… Tiens, ça ne fonctionne pas ? !
- Je l'ai verrouillée sur ma voix.
- Dans ce cas, est-ce que tu peux éteindre la radio ou changer de station, s'il-te-plaît ?
Mais d'un regard entendu, son mari refuse et lui tend plutôt la main en une invitation à revenir dans leur monde de lumière, à quitter ce passé où il a replongé maintes fois, ces derniers mois…
- Cette chanson n'est pas à nous ! s'énerve Duo en réagissant au quart de tour. Elle n'a rien à voir avec ce que nous partageons ! Allez, change de programme, s'il-te-plaît…
Mais Heero n'en fait rien. Immobile, il attend que Duo se décide.
- Je déteste cette lueur dans tes yeux… Celle qui dit que tu te crois tout permis ! Qui ne me laisse aucune autre alternative, qui me donne des ordres et…
- Et ?
- Et à laquelle je n'arrive pas à m'opposer ! avoue-t-il nerveusement.
- Eh bien moi, je n'aime pas celle que tu nous présentes lorsque tu préfères la mort à la vie.
Duo serre les poings et les dents, jugeant préférable de ne pas répondre. Heero l'entraine sur une pente glissante et Duo n'a plus qu'à espérer qu'il n'aura pas la mauvaise idée d'aller plus loin.
Ne pouvant plus soutenir son regard défiant et au combien déterminé, Duo se sent obligé d'accéder à sa requête. Non sans soupirer de mécontentement, il se laisse ensuite être enroulé dans ses bras et se retrouve à nouveau le dos contre son torse, face à la même scène.
Rapidement, il se rend compte qu'il voit leur reflet sur la vitre ; il n'est d'ailleurs pas surpris de voir que Heero le fixe sans ciller, au lieu d'observer leurs enfants.
Il est à deux doigts de lui balancer quelques remarques acerbes et complètement idiotes, telles que « T'as l'intention de chanter, aussi, histoire que je comprenne ce que tu m'veux ? », ou encore, « Tout ceci est ridicule ! »... mais, à quoi bon ?
Heero lit en lui comme dans un livre ouvert, alors…
*Autant détourner les yeux et scruter le paysage, mine de rien…* se dit Duo.
Seulement voilà, ce n'est pas ce à quoi il s'attendait.
Jouant-là d'une parfaite transparence avec certains souvenirs de son enfance et du début de son adolescence, la vitre fait maintenant office de toile de fond.
Il revoit un chapitre du film de sa vie avec Solo et son regard se voile, comme à chaque fois qu'il quitte le présent pour plonger dans le néant de son passé.
Il revit cette fameuse soirée en boîte de nuit où il a réussi à convaincre Solo d'être celui qui le ferait voler le premier.
Il se remémore son mètre soixante-quinze, les traits doux de son visage et ses yeux gourmands et rieurs couleur chocolat...
Mais quelque chose l'incommode et il devine rapidement que quelqu'un l'observe, l'épie. Alors, il tourne la tête dans toutes les directions en se demandant pourquoi il cherche cet individu avec autant d'espoir, de curiosité et d'excitation.
Après tout, il danse avec son Solo.
Sur leur chanson « With or without you » du groupe U2 d'avant la Colonisation.
Il sait bien que sa situation est loin d'être parfaite (Solo lui a bien fait comprendre qu'ils ne formeraient jamais un couple, qu'il aimait sa petite amie), mais c'est ce qu'il a de mieux !
Il ne peut décemment pas attendre plus de la vie... Si ?
S'il était vraiment quelqu'un que l'on pouvait aimer, ses parents « biologiques », comme il les appelle, ne l'auraient pas abandonné à la naissance... Pas vrai ?
Toutes ses interrogations commencent à lui donner la nausée, lorsque son regard parvient à se frayer un chemin dans la foule compacte de l'établissement et tombe sur lui.
Il se tient debout au fond de la salle, les poings serrés et la mine renfrognée, et semble ne pas vouloir jeter son dévolu sur un autre que lui.
Comme si Solo n'avait jamais fait partie de sa vie, Duo quitte ses bras pour se diriger sans crainte vers Heero, les yeux brouillés de larmes de n'avoir hésité que quelques secondes et de ne pouvoir, ni vouloir faire demi-tour...
Son amour pour son mari est tel que Duo va jusqu'à l'incorporer dans chacun de ses souvenirs, en plus de ses rêves, comme s'ils avaient toujours vécu l'un à côté de l'autre.
Sanglotant le plus discrètement possible, Duo prend pleinement conscience que son mari a l'intention de faire table rase de son ancienne vie. Autrement dit, il ne pourra plus rêvasser à ce qui aurait pu ou dû être, ni se laisser hanter voire posséder par son passé.
Il y a encore quelques années, Duo aurait cherché à se défaire de l'étreinte possessive de Heero pour le fuir et se cacher, mais ce n'est plus le cas depuis longtemps ; Heero le retiendrait sans peine et n'aurait pas peur de raffermir sa prise.
Et tandis que la musique s'évanouit, Heero ne se laisse pas déstabiliser par le chagrin de son compagnon et entend bien mener la mission qu'il s'est fixé jusqu'au bout.
- Mhmmm, j'adore, pas vous ?
- « Radio : off », prononce Heero.
- J'imagine que tu es fier de toi ? l'interpelle Duo en le repoussant sèchement pour faire les cents pas au centre de la pièce, comme un lion en cage.
Quant à Heero, il se dresse entre lui et la porte vitrée, tel un mur de glace infranchissable.
- Même si Solo était encore en vie, même si nous avions créé une famille alors même qu'il préférait les femmes... Je n'aurais pas pu résister à l'appel de l'amour véritable, à ton appel !
- Je sais, répond posément Heero en le suivant du regard.
- Alors... Pourquoi tu ne me laisses pas tranquille ? Je ne fais de mal à personne !
- Tu penses vraiment ce que tu dis ?
- C'est quoi ton problème, au juste ? T'as besoin de pimenter notre relation ? Ta langouste à besoin de sel, de faire monter la mayonnaise ? Je ne représente donc que « ça » à tes yeux ?
- Tu arrêtes là ! le coupe Heero d'une voix sonore, fait rarissime.
Surpris et impressionné, Duo sursaute puis recule d'un pas, les yeux écarquillés.
- Tu as le droit de m'en vouloir, mais pas de tenir pareils propos ! Tu n'es ni un objet de plaisir, ni un passe-temps ; tu es l'homme de ma vie et le père de nos enfants !
Choqué, le teint livide et en pleurs, Duo pivote légèrement sur le côté en se prenant la tête entre les mains.
- Je perds pieds, 'ro…
- Je ne te laisserai pas le temps ni le droit de trébucher d'avantage, assure-t-il en faisant un pas vers lui. Allez, viens par-là…
Secoué par un profond sanglot, Duo comble l'espace qui les sépare encore avec empressement.
Aussitôt, Heero l'étreint avec force et l'enveloppe d'amour et de tendresse en lui massant doucement le dos et la nuque.
- Me pardonneras-tu, un jour ? demande Duo contre son cou.
- Voyons, timber… Comment pourrais-je t'en vouloir ?
- Tu le pourrais, pourtant. Je t'ai insulté, toi et tout ce que nous avons construit, ensemble…
- Il n'en est rien. Je souhaite simplement que nous parlions de ce qui t'arrache à nous de plus en plus régulièrement.
- Je ne pensais pas tout ce que je t'ai dit, tout à l'heure… Je suis sincèrement désolé de m'être bêtement emporté. Je t'aime et tu as toujours su nous protéger.
Pour toute réponse, Heero dépose un doux baiser sur son front…
Mais cela n'empêche pas Duo de soupirer longuement.
- Pourquoi doit-on en passer par-là ? Pourquoi est-ce que j'agis ainsi, alors que tout est parfait dans notre vie ?
- Nous devons en discuter, c'est important.
- Pas maintenant, 'ro…
- Timber, soit raisonnable. Tu viens toi-même de poser la problématique.
- J'ai mal à la tête. Je suis au bord de la migraine.
- Je suis désolé, mais je n'ai pas l'intention de reporter cette discussion à un autre jour, dit-il, fidèle à ses principes. Je saisis l'occasion qui m'est donnée ; pour ton bien et le nôtre.
- Je ne peux pas...
- Tu… commence-t-il avant d'être interrompu par son mari, d'un doigt autoritaire posé sur ses lèvres.
- Tu arrêtes là, ordonne-t-il. Ton obstination ne peut rien contre ça. J'ai froid et j'ai eu très peur de te perdre. J'ai besoin que tu le comprennes, Heero.
Celui-ci plonge son regard dans le sien, sans chercher à dissimuler son admiration pour sa force de caractère, puis rapproche son visage du sien pour lui donner sa réponse…
•
Deux heures et demi plus tard...
•
Épuisé par toutes ses émotions, le voyage et surtout, par son ardent mari, Duo repose sur le dos et savoure ce qu'il sait comme étant ses dernières secondes de quiétude avant de devoir essuyer la suite de la tempête...
Comment en est-il aussi sûr ?
Parce que Heero se dresse au-dessus de lui, caressant, le dominant de toute sa puissance et parce qu'il le dévisage d'une façon bien particulière qui ne laisse aucun doute sur ce qui va suivre.
Et malgré le fait que ses mèches brunes retombent devant ses yeux chaque fois que Duo s'évertue à les repousser pour affronter son regard redoutable, il sait qu'il n'y coupera pas.
Mais il se sent prêt.
De toute façon, a-t-il le choix ?
Pas d'après les signaux que lui renvoie Heero...
- Je t'aime.
Duo hoche la tête en souriant avec anxiété.
- Mais tu ne peux pas vivre sans Solo et n'aurait pas pu vivre avec lui, déclare-t-il en faisant référence au titre et aux paroles de la chanson.
- C'est ce que je croyais jusqu'à présent et c'était vrai ! Mais je viens… tu viens de me faire prendre conscience que je vis parfaitement bien sans lui. J'en ai la preuve depuis notre rencontre.
- Crois-moi, Duo. Je sais que l'avouer te fait souffrir et le courage qu'il te faut pour prononcer ces mots-là, au risque que Solo les entende. Mais cela nous est à tous nécessaire pour continuer d'avancer.
Duo réprime un sanglot à s'en faire mal à la gorge.
- Peut-être, mais… je me sens coupable de ne plus être tiraillé par cette souffrance, ce vide chaotique. J'associe presque mon bonheur à de la haute trahison.
- Alors reviens et reste dans notre monde, timber. Celui-là même que tu nous as créé. Ne regarde plus en arrière. Pardonne-toi et pardonne-lui. Il en est grand temps, tu ne crois pas ?
- J'ai peur de ne pas y arriver…
- Si j'ai réussi à le faire pour moi, je pense que tu peux y parvenir. Après tout, Solo savait ce qu'il faisait. Personne ne l'a tué. Il est mort de par son propre choix de vie, alors que moi, j'ai volé celles de Nikkou et de son chiot Taiyou.
- My love, non. Cela me fait tellement mal de t'entendre te décrire comme étant un… Je ne peux pas prononcer ce mot, c'est au-dessus de mes forces.
- Alors tu sais ce que nous endurons, nos enfants et moi, lorsque tu nous quittes pour aller te perdre dans ton passé trouble et révolu ! le dispute-t-il sévèrement.
- Je… je suis sincèrement désolé. Je ne pensais pas que…
- Que quoi ? le coupe Heero avec humeur. Que nous t'aimions ? Tu t'imagines peut-être que nous pouvons concevoir notre vie sans toi à nos côtés, que tu te confonds avec le mur de la cuisine, qu'au moment de dresser la table, on n'oublierait de mettre ton couvert ?
- Heero… le supplie-t-il d'arrêter, en pleurs. Oh my God...
- Gomen, je suis allé trop loin, dit-il en embrassant tendrement les mains que Duo a placées sur son visage. Reste avec moi... l'appelle-t-il en lui prenant délicatement les poignets.
Non sans mal, Duo tente de contenir ses vifs sanglots avant de pouvoir reprendre la parole, aidé par son mari qui dépose une pluie de doux baisers sur son visage et essuie ses larmes.
- J'ai honte d'en avoir eu besoin... Mais cela prouve une fois de plus à quel point vous m'aimez... et que jamais, à aucun moment, et ce malgré les années, tu n'as cessé d'être sincère et honnête avec moi... Alors, merci. Du plus profond de mon âme, merci.
Méditatif, Heero prend le temps de caresser la bouche de son compagnon de ses doigts avant de l'embrasser longuement et tendrement.
Et comme souvent, Duo se lèche les lèvres par gourmandise, ce qui fait toujours sourire son imprévisible mari.
- Sais-tu que tu m'impressionnes, Duo Yuy Maxwell ?
Duo sourit jusqu'aux oreilles, les larmes aux yeux.
- Je t'aime, murmure-t-il en bataillant toujours contre ses adorables mèches brunes. Et je vous promets de vivre notre présent à plein temps, my love. Comme avant. Et de tout faire pour larguer ce qui me reste du côté sombre de mon passé.
- Le côté sombre et révolu, insiste Heero.
- Oui, chéri : sombre et révolu, répète Duo qui sent bien que son mari a besoin que les termes du contrat soient clairement ré-établis. Je t'autorise et t'encourage même à me bousculer si jamais je faillis à ma tâche.
- J'en doute, mais tu peux compter sur moi, promet-il avant de lui voler un autre doux et tendre baiser.
Même si, de par sa fatigue, Duo peine à garder les yeux ouverts, il soupire néanmoins de bien-être et se laisse aller au sommeil, quand Heero l'incite à venir s'allonger sur lui, en passant une main sécurisante dans son dos.
- Dors, mon amour.
- Mhm… 'ro ? l'appelle-t-il d'une petite voix après plusieurs secondes.
- Hn ?
- Je t'aime, tu sais ?
- Je sais. Ne t'inquiète plus de rien, timber.
- 'love you, 'ro... 'love you... dit-il encore d'une voix pleine de sommeil, en serrant faiblement ses doigts contre l'un des pectoraux de Heero. Forever yours, my love...
- Forever yours, Duo.
Heero ne s'alarme pas de sentir une larme de son mari couler sur sa peau et sourit plutôt lorsqu'il voit et sent la main de Duo glisser de son torse au matelas, signe qu'il s'est profondément endormi.
Ce n'est qu'à partir de ce moment-là qu'il s'autorise à céder au sommeil à son tour, à présent certain que tout continuera d'aller pour le mieux…
•
Le lendemain, alors que leurs grands enfants dorment encore…
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Il est sept heures du matin, lorsque Quatre et Duo discutent au hangar numéro Un, un café fumant en main, pendant que leurs maris s'affairent à enfiler leur combinaison dans l'intention d'aller piloter sur une piste au niveau maximum de difficultés, soit dix.
- Tu as passé un moment difficile, hier ? lui demande Quatre sur le ton de la confidence.
- C'est peu de le dire !
- Je t'ai senti triste, même si depuis Heero, tu es heureux comme jamais.
- J'ai pleuré comme un bébé ! Mais nous en avons discuté et je vais mieux, dit-il, convaincu que Quatre a bien compris le pourquoi de son émotion et qu'il ne jouera pas à en dévier le sens, comme il a l'habitude de le faire.
- Tu veux m'en parler ? lui propose-t-il d'un air grave.
- Plus tard, peut-être... Ça a bien dû t'arriver à toi aussi, non ?
Duo fait évidemment référence au passé plus ou moins douloureux et traumatisant de chacun et aux moments de tristesse et de solitude intérieure que l'on doit tous traverser.
- Trowa et moi n'avons jamais eu de problème d'érection, mon Dodo. Et ça ne risque pas de se produire, répond-il en souriant, avant de boire une gorgée de café, comme si de rien n'était.
Temps d'arrêt.
- 'roooooo ! Nooon, j'y crois paaas !
Son mari et Trowa se retournent et opèrent un lever de sourcils identique.
- Attendez-moi, je viens avec vous ! reprend-il en s'emparant de son casque. Mon bon vieux Deathscythe me manque... Tout, plutôt que de rester seul à seul avec ce dingue !
- Quelle bonne idée, mon Dodo. Je viens aussi. Nous pourrons toujours discuter par radio.
- Mais, euh... ! Heero !
- Tu ne peux pas piloter, aujourd'hui, dit-il en lui caressant les reins. Tu as déjà eu du mal à te lever, ce matin... Tu devrais être au lit à l'heure qu'il est.
- Oh ! mon Dodo et tout ça sans miel, hein ? fait Quatre en donnant un coup de coude à son ami.
- Heero ! le menace Duo.
- Oui, timber, dit-il avant de lui couper la parole dans un langoureux baiser au pouvoir hypnotique.
- Vous êtes adorables ! Regarde, mon Trowa, ils sont toujours aussi mignons...
- Mhmmm ! proteste Duo sans cesser d'embrasser son mari.
- Tu vois, mon ange, je t'avais dit qu'il pouvait râler en même temps, dit Trowa. Duo est une sorte de polyglotte d'un genre particulier. Mais je pense que Heero a profondément aidé et participé à l'épanouissement de son art. C'est tout de même une langue à part.
- Tout à fait. Tu es si perspicace, chéri et tes théories sont toujours si…
- … percutantes ?
- Oui, tu pénètres toujours au cœur du sujet !
- J'ai toujours su me faufiler pour toucher le point sensible.
- Alors, qui est le plus terrible des deux ? dit Heero à son mari.
- Je... je... bégaye Duo.
- Hn.
FIN
ღ
Epilogue à suivre…
Note :
Traductions trouvées sur internet :
(1) Matte : attends
(2) Yong : brave (en chinois) d'après le site internet : chine – informations com
(A) Cette partie du texte vient du site, dont vous trouverez le lien sur mon profil.
•
Je réponds ici à celles et ceux qui n'ont pas de lien sur le site ou qui ne m'ont pas donné d'e-mail.
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JTFLAM : Tout d'abord, merci de m'avoir lu. J'ai bien conscience d'avoir utilisé la même palette émotionnelle que pour nos g-boys et je n'ai pas pu, ni voulu faire autrement. J'ai sans doute pris le risque de déplaire… ou non. En tous les cas, je ne peux pas poursuivre l'aventure TimberLand, si je bride mon inspiration du moment. J'espère sincèrement que tu apprécieras le dossier jusqu'au bout…
Gallyfylbers : Merci à toi ! Je m'efforce toujours d'écrire tous les chapitres avant de commencer à poster, mais là encore, le fait d'être lu m'a donné envie d'en rajouter une couche XD
A celles et ceux qui ont un compte ffnet, je vous ai répondu par mp… Si vous n'avez rien reçu, c'est qu'il y a eu un problème technique !
Portez-vous bien et à bientôt !
Kisu
Yuy ღ
