Spoiler : 7x15 "Bombshells"; 7x16 "Out Of The Chute".
Commentaires : Cet OS a été écrit après avoir vu la promo du 7x16, il est donc totalement incohérent avec l'épisode. (oui, j'avais cru y voir un hôtel miteux. Ahem.)
Bonne lecture !
III Marchandage
« House ! »
Il entendit la voix de Cuddy tonner derrière la porte de la chambre. Wilson avait retenu son attention au pied de l'immeuble pendant que Cuddy était montée le chercher au quatrième étage. Très fin pensa-t-il.
Il ne savait pas comment ils l'avaient retrouvé, mais ça n'avait pas dû être très difficile. Il n'était pas allé très loin : à Trenton. C'était une ville symbolique pour Cuddy et pour lui, presque un lieu de pèlerinage. Il avait songé à partir vers le Michigan, mais si Cuddy l'avait cherché, ça aurait été le premier endroit où elle se serait rendue. Si elle l'avait cherché... De plus, c'était assez loin du New Jersey pour lui laisser le temps de réfléchir et de faire demi-tour vers Princeton.
Il entendit le grincement de la porte. Celles des hôtels miteux étaient très peu résistantes. Et puis, la doyenne aurait pu obtenir la clé très facilement en expliquant au réceptionniste qu'un estropié menaçait de sauter du balcon. Qu'il la croie ou pas, ça aurait été efficace.
Elle s'approcha lentement, évitant tout geste brusque pour ne pas l'effrayer. Son parfum fruité envahit progressivement leur atmosphère. House fut tenté de sauter, son odeur lui rappelait trop de souvenirs, mais il ne voulait pas qu'elle assiste à ce genre de spectacle.
« House. Descends, s'il te plaît. »
« Pas envie. »
Elle se tenait juste derrière lui. Ils n'avaient pas été aussi proches l'un de l'autre en l'espace de deux jours. Il eut un bref frisson. Peut-être à cause du vent frais... elle se déchaussa, grimpa sur la rambarde et lui prit la main. Il voulut s'en défaire mais elle raffermit sa prise, ses phalanges virèrent au blanc, menaçant de transpercer sa peau.
« Si tu sautes, je saute avec toi. » dit-elle calmement. « Tu ne voudrais pas mettre ma vie en danger, House. »
En bas, Wilson paniquait. S'ils avaient établi un plan, cette phase n'en faisait visiblement pas partie.
Cuddy ne le regardait pas, pour ne pas le mettre mal à l'aise. Elle parlait d'une voix douce et détachait ses mots, l'appelait par son nom aussi souvent que possible. Le genre de démarche utile pour mettre en confiance un suicidaire. Mais lui n'était pas suicidaire.
« Je ne veux pas mourir. » lui précisa-t-il. « Je veux juste avoir plus mal qu'en pensant à toi. »
« Ce ne sont pas quelques fractures qui vont arranger le problème. »
« Tu as raison. Tu seras toujours plus douloureuse. Je ne pourrai jamais cesser de penser à toi. »
Subitement, Cuddy se pencha en avant et manqua de tomber. House la rattrapa, mettant son propre équilibre en jeu. Il pourrait mourir pour elle.
Il ne savait pas si son mouvement était feint ou authentique, mais elle allait finir par le convaincre. Elle se redressa et ferma convulsivement les yeux. Il sentit sa prise sur sa main se relâcher. La doyenne tournait de l'œil. Elle allait chuter et se fracasser le crâne contre le sol.
« Tu as le vertige. Descends. »
Il vit ses lèvres trembler alors qu'elle essayait de lui répondre.
« Pas sans toi. » lâcha-t-elle enfin.
Elle semblait vraiment décidée. Il abandonna, il ne voulait pas qu'elle se fasse mal bêtement.
« Je vais descendre. Respire à fond. »
Elle acquiesça vaguement. Il posa un pied par terre, puis l'autre. Il s'attendait à ce que sa cuisse le trahisse, mais la douleur était soudainement beaucoup plus tolérable, voire quasi-inexistante. Il se plaça derrière Cuddy et saisit délicatement sa taille. Elle se rattrapa à ses mains sur ses hanches dans un semblant de spasme.
« Me lâche pas House, me lâche pas... »
« Ne panique pas. Vas-y doucement. Je suis là. »
A peine était elle sur le sol qu'elle s'effondrait dans ses bras, éperdue de frayeur et d'amour. Il n'eut pas d'autre choix que de la retenir. Il la souleva, elle se blottit instinctivement contre lui. Il avait beau faire blocus et se forcer à être le plus distant possible, il ne pouvait pas s'empêcher de la serrer fort pour la rassurer. Et peut-être pour se rassurer lui aussi.
« Pardonne-moi, s'il-te-plaît, pardonne-moi... » murmura-t-elle, à demi-consciente.
Elle l'avait eu. A coup de manipulation, de marchandage, et de simulation, peut-être... mais elle l'avait eu. Et elle venait de l'achever.
Il espérait qu'elle était de retour pour de vrai, même si c'était dur. Il avait tellement changé pendant ces deux jours... il avait fait un tas d'efforts pour elle, et tout avait volé en éclats. Il n'était plus vraiment le même. Elle ne l'aimerait plus...
« Je ne sais pas, Cuddy... »
Il fit quelques pas jusqu'au lit, où il déposa sa princesse avec un luxe de précautions. Sa princesse ? Sa reine, plutôt...
Il ne résista pas à l'envie d'arranger ses cheveux et de caresser son front au passage.
Wilson apparut sur le seuil de la porte. Il fixa House, puis Cuddy inconsciente au-dessus des draps, et de nouveau House.
« Tu... tu-tu-tu... » balbutia-t-il, sous le choc.
« Relax, Jimmy. Je-je-je-je ne l'ai pas tuée. Elle a fait une crise de vertige. C'est bizarre, j'avais pourtant cru que c'était toi qui avait cette fameuse crise, tout en bas... »
L'oncologue demeura incrédule. House aurait bien éclaté de rire en voyant sa tête, mais il n'était pas d'humeur.
« Tu fermeras la porte en partant, s'il te plaît ? »
Wilson finit par lui accorder sa confiance et sortit de la chambre, bien que les boites de Vicodin et autres bouteilles d'alcool plus ou moins vides éparpillées sur le sol soient plutôt dissuasives. Il était sûr qu'il ne ferait plus de bêtises si Cuddy était revenue. Il ferait tout pour la garder.
House s'allongea aux côtés de Cuddy. Il ne voulait pas la prendre dans ses bras, juste être près d'elle, et faire comme avant : quand il la regardait dormir et qu'il était heureux.
Il songea qu'il pourrait sûrement lui pardonner.
