Faux pas
Scène durant le bal de Noël 1994. Harry et cie ont donc 14 ans. Exercice de style. Commentez si vous appréciez! Ça fait toujours plaisir!^^
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Ni Sally, ni sa conscience ne s'étaient imaginées que « bal » aurait pu avoir autre chose en commun avec « mal » que seulement les deux dernières lettres. Tout avait commencé quelques heures avant l'ouverture officielle de la soirée. En bonne fille qu'elle était, Sally était montée en papotant joyeusement avec ses amies dans leur dortoir. Les jeunes filles avaient d'abord commencé par monopoliser à tour de rôle les douches communes en ayant préalablement tiré au sort quelle fille irait la première. Ce fut sur Sally que cela tomba, mais n'étant pas aussi féminine que les autres, elle céda volontiers sa place. Et puis ce n'était pas comme si elle avait besoin d'une éternité devant le miroir de la salle de bain. En fait, quinze minutes sous le jet brûlant lui suffisaient amplement.
Padma l'avait aidée à faire gonfler sa chevelure grâce à une pommade miracle qui faisait boucler même le plus récalcitrant des cheveux. Habituée aux coiffures simples, Sally avait laissé ses longs cheveux bruns couler librement dans son dos et ce, malgré les supplications de Mandy pour tenter un chignon extravagant qui ressemblait davantage à un nid qu'à quoique ce soit d'autres. Et comme elle n'avait pas envie de se retrouver avec des œufs, - ou pire ! de la fiente, - sur la tête, Sally avait refusé catégoriquement. À la place, elle lui avait demandé de l'aider à fermer la fermeture Éclair de sa courte robe noire et blanche. Elle avait ensuite enfilé ses sandales aux talons démesurément hauts qui la faisaient paraître encore plus grande. Déjà qu'elle l'était de nature… Et elle ne manqua pas d'accueillir avec le sourire les nombreuses boutades de ses amies sur l'écart de taille qui ne manquerait pas d'avoir entre Sally et son cavalier.
Et par le fait même, les curieuses potineuses qui se disaient ses amies avaient encore tenté de découvrir qui était ce fameux garçon qui l'avait invitée au bal. Seule Mandy était au courant, mais en bonne confidente qu'elle était, elle n'avait pas soufflé mot à ce sujet à quiconque. Et Sally lui en était drôlement reconnaissante. Mettant un terme à cet interrogatoire, elle s'exclama :
« Les filles, arrêtez ! Vous verrez au bal. »
Non sans jeter un dernier regard taquin à ses amies, Sally avait quitté le dortoir, son châle noir noué sur ses épaules et sa petite bourse blanche à son bras contenant sa précieuse baguette de roseau. Ni elle, ni son cavalier n'avaient pensé donner rendez-vous à l'autre quelque part. Et c'était pourquoi Sally avait fini par s'asseoir aux bas des marches en attendant ses amies. Elle fut bien vite rejointe par les cavaliers de celles-ci que Sally prit plaisir à taquiner. Enfin, le petit groupe de Serdaigle se trouva au complet et ils purent quitter la salle commune en direction de la salle de bal.
Padma ne put cacher sa déception et sa surprise lorsqu'elle vit que Sally n'avait toujours pas de représentant de la gent masculine à son bras. Se détachant de Ron, elle chuchota d'un air complice à son amie :
« En espérant que ce n'est pas un Serpentard… »
Le sourire de Sally ne fit que s'agrandir et elle s'empressa de la rassurer. Mais non, bien sûr ! Elle n'avait pas le front de Morag MacDougal pour sortir avec un vert.
Néanmoins, elle en avait assez pour accepter l'invitation d'un jaune. Et puis… ce n'était pas comme si elle était amoureuse de lui, nan ? Ce n'était pas parce qu'il l'avait embrassée et qu'elle avait apprécié qu'elle pouvait dire qu'il s'agissait là d'amour. Non ? Et puis un baiser, ça ne voulait rien dire. Sally avait embrassé quelques garçons durant l'été. Était-elle devenue d'office leur petite amie ? Non ! Sally se dit qu'elle devrait mettre les choses au clair dès ce soir. Justin et elle, ce n'était que pour le bal. Et pourtant… À cette pensée, Sally ne put taire la sensation désagréable qui prenait une personne lorsqu'elle se mentait à elle-même, cet étau qui lui serrait le cœur.
Ôtant son châle de ses épaules, Sally pénétra dans la salle de bal et prit d'abord le chemin du buffet, son ventre criant famine. Elle repéra bien vite ses plats favoris et remplit son assiette à ras bord, mais elle dut patienter devant la fontaine de punch, car un grand septième année binoclard au nez qui semblait avoir été cassé remplissait tranquillement un plateau de verre, sûrement pour son groupe d'amis. Sally retint de justesse la remarque cinglante qui lui traversa l'esprit et accepta de prendre son mal en patience. De toute façon, elle se sentait d'humeur plutôt festive et elle n'avait pas envie de gâcher sa bonne humeur pour si peu.
En allant au bal, Sally s'était attendue à un peu n'importe quoi. En allant au bal, Sally pensait qu'elle aurait du plaisir, qu'elle ferait des trolleries avec ses amies et leur cavalier et qu'elle danserait avec le sien jusqu'à en avoir mal aux pieds (des talons hauts, ça faisait mal. Note à elle-même : plus jamais !). Ses élucubrations allaient même jusqu'à s'imaginer prendre trois ou quatre daiquiris. (D'ailleurs, le début de la soirée laissait présager que Sally avait visé juste.) En allant au bal… En allant au bal, Sally n'aurait jamais cru qu'elle aurait eu… si mal. Une douleur psychologique telle qu'elle en devenait… physique. Un poignard planté en plein cœur.
La mythologie s'était trompée. Cupidon n'était pas un chérubin, mais le diable et ses armes n'étaient pas des flèches, mais mille poignards acérés. Assailli de tous bords, tous côtés, le cœur de Sally laissait échapper une plainte sourde, comme le piaillement d'un oisillon réclamant la becquée de sa maman.
Nulle table n'était placée de telle sorte que Sally ne puisse pas voir la piste de danse. À croire que le comité d'organisation de la soirée l'avait fait exprès. Ses amies et leur cavalier avaient rapidement mangé à ses côtés puis ils l'avaient graduellement abandonnée pour le plancher de danse. Sally les avait d'abord observés avec un air amusé, battant le rythme entraînant de la musique avec son pied. Elle dut même se faire violence afin de refuser l'invitation à danser d'un Serdaigle de son année.
**Où es-tu, Justin ?** pensa-t-elle alors en poussant un soupir agacé.
Et elle avait de quoi se plaindre. On n'avait pas idée d'abandonner ainsi sa cavalière. Lorsqu'il montrerait le bout de son nez, soyez sûrs que Sally lui reprochera vertement de l'avoir ainsi fait attendre.
Laissant son regard voleter d'un couple à l'autre, Sally patienta alors en comparant les tenues des invitées entre elles. Cette robe-là lui donnait de grosses fesses. Celle-là, Sally avait envisagé l'acheter, mais elle avait renoncé lorsqu'elle avait trouvé un défaut de fabrication. Dans celle-ci, cette Poufsouffle avait l'air d'un dindon. Mais Sally se lassa bien vite de ce petit jeu lorsque son regard tomba sur un certain jeune homme.
Non loin d'elle, à quelques dizaines de mètres à peine, Pansy Parkinson et Drago Malefoy semblaient former le couple parfait et la jeune fille irradiait de bonheur au bras de son cavalier. Le prince des verts n'avait jamais eu aussi fière allure aux yeux de Sally. Et il n'en était que plus beau. La Serdaigle savait qu'elle aurait dû détourner le regard et continuer à chercher Justin des yeux. Mais voilà, Drago et elle étaient des aimants aux pôles s'attirant : elle ne pouvait tourner la tête. Et cela lui fit mal. Terriblement. Il y eut d'abord cette chaleur au creux de son ventre, cette sensation agréable qui l'envahissait lorsque ses yeux avaient le malheur de tomber sur Drago. L'amour. Sally n'avait jamais pu mettre un mot dessus avant aujourd'hui. Comme c'était étrange et mesquin. Et elle pensa à nouveau : Cupidon était un disciple du Diable. Pansy entra alors dans son champ de vision lorsqu'elle se pencha à l'oreille de son cavalier pour lui roucouler quelque chose qui le fit sourire, et l'aura de bonheur qui l'entourait sembla décupler. La chaleur céda alors le pas à un monstre hideux que l'on appelait jalousie. Qu'est-ce que Pansy avait de plus qu'elle ? Pourquoi n'échangeraient-elles pas de place, pour voir ? Le mot frappa alors Sally de plein fouet.
«Ohhh ! Impossible !» s'exclama une grande fille rousse aux yeux pétillants, à la table voisine.
Et une partie de l'esprit de Sally s'amusa à faire le perroquet. Impossible. Impossible. Impossible. Impossible.
L'amour que Sally éprouvait était impossible. C'était dur. C'était dur d'éprouver à la fois l'amour et la jalousie, de connaître en même temps la joie de réaliser que l'on était amoureuse et la détresse de se rendre compte… que c'était un amour impossible.
Non seulement c'était dur, mais c'était aussi douloureux ! Si seulement elle pouvait laisser s'échapper ce rapace en elle qui ne demandait qu'à pouvoir planter ses serres puissantes dans la chair de Pansy. Mais non. Elle ne devait pas. Elle ne POUVAIT pas. Elle n'avait qu'une option et c'était d'observer et de souffrir en silence, car… elle n'avait aucun droit sur Drago. C'était elle la fautive dans tout ça, c'était elle qui se trouvait dans le tort. Elle n'avait pas le droit de l'aimer ainsi. D'un autre côté, personne ne pouvait avoir de contrôle sur ses sentiments. Ce n'était pas comme si elle avait choisi de tomber amoureuse du jeune homme. Elle avait tout juste la force de retenir ses cris et ses larmes. Tout de même. Il fallait garder un semblant de dignité.
**Oh ! Mais faites-les taire, nom d'une crotte de bique enragée !** ne put-elle s'empêcher de penser avec rage, jetant un regard noir à la rouquine rigolarde.
Elle ne voulait plus entendre les rires, elle ne voulait plus voir les sourires. Personne n'avait le droit d'être heureux s'ils se trouvaient dans la même pièce qu'elle. Bien sûr, elle aurait pu faire abstraction de tout cela, faire mine de ne rien ressentir, de n'avoir rien vu. Faire la comédie pour laquelle elle était si douée. Mais ce soir… Elle ne s'en sentait pas la force. Pas avec eux dans son champ de vision. Et comme il serait impensable de lancer un Silencio géant sur la quasi-totalité des étudiants de Poudlard, Sally n'entrevoyait qu'une solution.
La fuite.
Ne perdant pas une seconde, Sally jeta son châle sur ses épaules nues, ramassa sa sacoche et prit son envol. Au passage, elle bouscula un jeune aiglon rondouillard. Sally ne prit même pas la peine de s'excuser. Elle était déjà repartie. Si elle avait eu des ailes, tout aurait été tellement plus simple. Mais elle n'était qu'une petite vipère qui devait presque ramper pour se frayer un chemin vers la terrasse.
Oui. Le mieux, c'était encore d'aller à l'extérieur. Avec un peu de chance, le froid serait si mordant qu'elle en mourrait. Après tout, qui s'en soucierait ? Sûrement pas les jaunes.
Et puis l'image de Justin remonta à la surface de ses pensées. Comme ça. Aussi bêtement que celle de Drago lui était apparue lorsque le Poufsouffle l'avait embrassée, non loin de la volière. Une bouffée de colère l'assaillit alors.
Lui, elle le retenait. S'il avait le malheur de croiser son chemin, Sally ne savait ce qu'elle lui ferait subir. S'ils avaient pris la peine de se retrouver dès le début de la soirée aussi… Sûrement que rien de tout cela ne serait arrivé.
