Chapitre 2 : la proposition

Les Cullen m'avaient impressionnée, c'était indéniable.

Et je n'arrivais pas à comprendre leur façon d'être. Un vampire n'aide pas un humain, un vampire vit dans un société hiérarchisée où il y a un dominant et plusieurs dominés. Un vampire dominant n'aurait jamais accepté qu'un dominé prenne la parole et m'invite comme l'avais fait Edward.

Je pensais à sa proposition toute la journée. J'étais indécise : d'un côté, ma curiosité me poussait à aller les rencontrer, à comprendre leur relation et d'un autre, j'étais absolument transie de peur.

Sans vraiment m'en rendre compte, je me retrouvais à deux cents mètres de leur camp. La conversation semblait moins gai que les fois précédentes. Edward était silencieux, regardant le sol, jouant avec une brindille. Les autres paraissaient plus ou moins l'observer et attendre qu'il réagisse.

Bon ! Je devais prendre une décision. Mon cœur palpitait à exploser dans ma poitrine. Vraiment, Bella, tu es capable de te battre pour un ours, pour une humaine et tu as peur de seulement dire bonsoir. Quelle stupidité !

Je finis par faire un pas en avant et entrai dans la petite clairière. Je me raclai la gorge.

- Bonsoir ! chuchotai-je.

Le sept vampires se levèrent d'un bond et me firent face. Je reculai d'un pas et fronçai les sourcils. Avais-je mal compris et ma présence n'était-elle pas souhaitée ? Mais Edward avait le visage rayonnant et un sourire charmeur. Carlisle s'avança vers moi en me tendant la main. Je lui adressai un petit sourire mais je ne la lui serrai pas. Il ne parut pas s'en offusquer.

- Je suis heureux que tu es acceptée l'invitation de mon fils, déclara-t-il.

- Je ne veux pas vous déranger, lui répondis-je en remarquant que les cinq autres m'observaient, le visage fermé.

- Du tout, viens. Je vais te présenter ma famille.

Je m'approchai du feu mais stoppai à deux ou trois mètres des autres. Carlisle se mit à côté d'Esmé et mit sa main autour de ses épaules.

- Voici ma femme Esmé et mes quatre autres enfants : Emmet et sa femme Rosalie – le grand brun m'adressa un petit sourire mais la jeune femme blonde à ses côtés ne réagit pas – la plus jeune, c'est Alice et son ami Jasper.

Alice m'adressa un petit signe de la main. Jasper semblait terrifié.

J'inclinais la tête pour dire bonjour. Un petit silence s'établit et je me rendis compte qu'ils attendaient que je parle.

- Je…Je m'appelle Bella, bafouillai-je

- Bienvenue bella, me dit alors Esmé avec un sourire charmant. Viens donc t'asseoir avec nous.

Elle me montra une place entre elle et Edward. Je m'assieds et fixai le feu qui crépitait devant moi.

- Elle va bien, m'annonça alors Edward qui, à nouveau, me dévorait des yeux. La fille s'est réveillée, elle ne se souvient de rien.

- Je sais, répondis-je simplement.

- Les gens de Fallercreek nous ont raconté l'histoire d'une femme fantôme qui protège les familles de la région, me dit Alice, visiblement la moins réservée de la tribu

Je souris, un peu gênée par cette entrée en matière.

- Ces petites villes sont pleines de légendes. Il ne faut pas croire tout ce qu'on raconte, lui répondis-je.

- L'homme que tu as mis à terre a une lésion de la colonne vertébrale. Il en a pour huit mois à se remettre, continua-t-elle.

Je ne répondis pas et jouai avec mes doigts.

- As-tu tenté de tuer cet homme ?, me demanda franchement Esmé.

- Non, je voulais juste qu'il se calme un peu, dis-je un peu sèchement peut-être.

- Nous l'aurions remis aux autorités de toute façon, continua-t-elle.

- C'est le fils du juge du conté, lui expliquai-je. C'est son sixième accident et il n'a toujours pas été inculpé. Là au moins, il aura huit mois pour dégriser.

Personne ne trouva à répliquer. Jasper et Emmet eurent un sourire compréhensif et les autres ne laissèrent rien exprimer.

- Tout de même, finit par dire Emmet. Tu ne m'enlèveras pas de la tête que tu es une vampire assez bizarre.

- A cause de ma peau colorée, mes yeux marrons et parce que je parle aux animaux ? lui demandais-je ironiquement.

Emmet sursauta à ma réplique.

- Tu nous as espionnés ? m'interrogea-t-il, visiblement mécontent de ne pas s'en être aperçu.

- Sept vampires qui viennent s'installer sur un territoire que j'occupe depuis plusieurs années, cela mérite que je m'y intéresse.

- Mais tu as en effet l'aspect parfaitement humaine, continua Edward. Lorsque tu m'as touché ce matin, j'ai senti de la chaleur.

- J'ai la capacité de faire circuler mon sang, ce qui fait augmenter la température de mon corps.

- Ton cœur bat alors ? murmura-t-il, visiblement impressionné.

- En effet.

- C'est incroyable, murmura-t-il pour lui-même.

Je ris timidement de sa surprise.

- Pas plus que le fait que tu puisses lire dans les esprits des autres, qu'Alice lise dans l'avenir ou Jasper puisse contrôler les émotions, continuais-je en le fixant dans les yeux.

Il fronça les sourcils.

- Comment sais-tu cela ?

- Parce que tu n'arrives pas à le faire avec moi. A chaque fois qu'on s'est vu, tu cherches à pénétrer dan mes pensées comme un taureau foncerait dans une porte. C'est extrêmement désagréable.

- Je suis désolé, s'excusa-t-il.

- Ce n'est pas grave. En principe, je suis immunisée contre la plupart des possibilités de ceux de notre espèce.

- En principe ?

- Je ne connais pas tous les vampires !

Edward sourit à ma réponse. Ils semblaient tous très sympathiques mais j'avais l'impression d'être interrogée comme une bête curieuse et cela me gênait beaucoup.

Esmé sembla le remarquer et elle entama la conversation sur sa famille. J'appris ainsi qu'ils habitaient la petite ville de Forks où ils avaient fait construire une maison dans la forêt. Les cinq enfants allaient encore au lycée puis, dans un ou deux ans, à l'université. Ils avaient soif d'apprendre. Ils déménageaient donc souvent, plutôt vers les Etats du nord, là où il fait moins souvent soleil pour pouvoir vivre avec les humains. Leur peau, comme celles de tous les vampires, prenaient une couleur particulière au contact du soleil. Sauf la mienne, ceux qui les surpris davantage.

Esmé était douce et chaleureuse. Elle était agréable à écouter et je me sentais bien à ses côtés.

- As-tu toujours vécu seule ? me demanda-t-elle.

- Souvent, lui répondis-je. Votre système…familial est extrêmement rare chez les vampires. En fait, je crois bien que vous êtes les premiers que je rencontre. Ceux qui vivent ensemble constituent plutôt des clans, ce qui n'est pas la même chose.

- Le pouvoir, murmura Edward qui comprenait ce que je voulais dire.

- En effet. Les clans sont hiérarchisés avec des dominants et des dominés. Je n'aime pas ce genre de hiérarchie. Et puis, au bout d'un certain temps, mes différences physiques commencent à créer des problèmes. De toute façon, je ne suis pas très douée pour les relations, conclus-je dans un souffle

Je levai mes yeux vers Jasper qui continuait à fixer avec frayeur. Alice posa sa main sur la sienne et lui murmura quelque chose dans l'oreille avec un petit sourire.

- Alors tu préfères vivre recluse, me demanda le jeune homme.

- De temps en temps, je vais vivre en ville. Les humains ont la sale manie d'évoluer trop vite. J'ai besoin d'apprendre pour ne pas être dépasser.

- Et cela fait combien de temps que tu es à Fallercreeks ? questionna Esmé.

- Je ne sais pas, répondis-je. En quelle année sommes-nous ?

Esmé eut un petit sourire devant la question. Je devais vraiment passer pour un ours des cavernes.

- En 2010, dit-elle.

Je fis la moue. Déjà le XXIème siècle. Décidément, je perdais de plus en plus la notion du temps. J'eus l'impression de prendre un grand coup de vieux.

- Plusieurs dizaines d'années, admis-je. Beaucoup de choses ont du changer.

- En effet, dit Edward.

Je regardais la manière dont ils étaient habillés, l'étrange petit appareil que Alice et Rosalie portaient autour du cou. Oui ! Les choses avaient bien changé.

Edward jeta un regard interrogateur à Carlisle. Celui-ci n'avait rien dit depuis qu'il m'avait présentée à sa famille et m'observait. Il acquiesça lentement d'un petit signe de tête et je vis les autres faire de même.

- Si tu le désires, me proposa-t-il enfin, tu peux venir avec nous. Mes enfants seront ravis de te montrer le nouveau monde. Ils sont fous des nouvelles technologies. Tu pourras rester chez nous autant que tu veux.

Vivre avec d'autres vampires ! Dans la même maison ! Se parler tous les jours ! Devoir être sociable. Une immense peur m'envahit. Je me sentis rougir subitement et je baissai la tête pour ne pas qu'ils s'aperçoivent de ma panique. Je tentai de reprendre une respiration plus calme.

- Je… je ne sais pas.

- Tu n'es pas obligée de répondre tout de suite, dit Edward. Nous pourrions t'expliquer où nous habitons.

- Si je veux venir chez vous, je vous trouverai toute seule. Je… Je dois partir maintenant.

Je me levai. Edward se plaça en face de moi, le regard aussi paniqué que moi par mon départ précipité. Etre aussi proche de lui me sembla insupportable et je ne saisissais pas pourquoi. Je fronçai les sourcils. Je fis un écart et sautai dans un arbre avant de disparaître.

J'eus l'impression de ne pas être capable de réfléchir durant toute la journée du lendemain. Je pensais à la famille Cullen, à Esmé, à Edward, à leur proposition, à son regard, à sa voix.

J'avais rencontré des milliers de vampires auparavant. La plupart m'avait horrifiée, les autres m'étaient indifférents. Mes semblables étaient des monstres, incapable de vivre sans boire le sang des hommes, incapable de contrôler leur pulsion, leur violence, leur haine. Ils ne vivaient que pour se battre et asservir d'autres vampires, voir même parfois des humains.

Mais les Cullen étaient différents. Ils me fascinaient. Et cette fascination me terrifiait. J'avais peur d'être déçue, peur de découvrir que finalement, ils étaient comme les autres, voir même pire, se cachant sous le masque d'une famille parfaite pour mieux vous posséder.

Je ne les aperçus pas de la journée. Je ne les cherchais pas non plus. Je préférais me balader plus loin, là où je savais qu'il y avait pas assez de gibiers pour qu'ils viennent chasser. Je rêvais, laissant les images défilées dans mon esprit au gré de mon inconscient.

Le soir venu, je m'installai sur les branches d'un arbre, à l'orée de la forêt. Je regardais sans bouger la maison qui était en face de moi. La mère s'affairait dans la cuisine au rez-de-chaussée. Au premier étage, une gamine d'une dizaine d'année coiffait une poupée. Tout semblait calme. C'était cela qui m'effrayait. Le calme qui cachait l'horreur.

Sans un bruit, Edward vint s'asseoir à côté de moi. Je savais depuis longtemps qu'il était là. Je l'avais senti, j'avais senti son odeur, cette odeur qui me faisait bondir mon cœur. Je ne me retournai pas pour le regarder. Je voulais rester calme et ne pas lui montrer mon trouble.

- Bonsoir, me dit-il.

- Bonsoir.

- Tu savais que j'étais là ?

- Bien sur, répondis-je avec un petit sourire.

Ses lèvres s'étirèrent dans un sourire lumineux. Cela voulait dire que j'acceptai qu'il vienne à côté de moi pour discuter avec lui. Pour lui, c'était une victoire magnifique.

- Je suis désolé pour hier soir. Nous ne voulions pas te faire peur, s'excusa-t-il.

- Tu n'as pas à t'excuser. Votre proposition était sympathique et je suis sure que vous avez voulu bien faire. Mais je ne suis pas très sociable. Et vivre avec sept vampires dans une maison, c'est…ce n'est pas concevable pour moi.

- Même pour quelques jours ? insista-t-il.

Je ne le regardais toujours pas. Il ne fallait pas que je le regarde. Sa voix déjà était charmeuse, envoûtante. Je ne devais pas me laisser berner par tous ces artifices. Je ne les connaissais que trop.

- Je ne sais pas, murmurais-je.

Une voiture arriva alors et se gara devant la maison. Le crépuscule était déjà bien avancé, la nuit commençait à jouer avec les ombres et les lumières. Un homme en descendit calmement, un attaché case à la main. Il fouilla dans ses poches et en sortit un mouchoir tout en avançant vers la porte d'entrée.

Je portai deux doigts à ma bouche et émit un petit sifflement. Il se retourna et me fixa durant une ou deux secondes, statufié par la peur. Il courut alors dans la maison et s'enferma.

- C'est pour lui que tu es venu ici, me demanda Edward.

- D'une certaine façon, répondis-je en regardant la fenêtre du premier étage.

La fillette avait arrêté de jouer en entendant son père rentrer. Elle rangeait en toute hâte sa poupée.

- Qu'a-t-il fait ? me demanda-t-il.

- L'important c'est ce qu'il ne fera pas.

Je me retournai vers Edward. Il me fixai de ces beaux yeux couleur miel. Il était beau comme un dieu.

- Et que ne fera-t-il pas ?

- Il n'ira pas embrasser sa fille ce soir au moment de se coucher.

- Oh ! répondit-il seulement, fronçant les sourcils en comprenant ce que cela signifiait.

Je regardais à nouveau la fenêtre. La fillette l'avait ouverte et m'avait aperçue. Elle m'adressa un grand sourire : elle aussi savait ce que ma présence voulait dire. Elle se retourna alors vers Edward et l'observa un long moment.

- Tu lui plais, dis-je à mon compagnon d'arbres.

Il se retourna vers moi et me dévora des yeux. Il semblait vouloir me dire que c'était moi qui lui plaisait. Je baissais les yeux et rougis, le cœur palpitant.

- Bien c'est l'heure d'y aller, murmurai-je.

Edward me tendit la main pour m'aider à descendre. Mais je sautai toute seule et marchai vers la forêt. Il me rattrapa très rapidement.

- Alors viendras-tu ? Seulement pour un jour ou deux. Tu ne peux pas savoir si tu n'essayes pas.

Je n'avais pas envie de le décevoir. Je n'avais pas envie de choisir immédiatement. Je voulais d'abord y réfléchir, seule.

- Peut-être, répondis-je simplement avant de disparaître.