Chapitre 4 : Confession 1

Les cinq enfants Cullen ne tardèrent pas à rentrer en effet. Edward afficha un grand sourire en me voyant et me souhaita la bienvenue. Mais cette fois-ci, il se garda bien de trop m'approcher ou de me dévorer des yeux.

Alice m'accapara une bonne partie de la soirée. Elle voulait me montrer la ville, faire du shopping, me faire découvrir tout ce que j'avais raté au cours de ses années d'isolement. Elle frétillait d'impatience, me faisant la liste de tout ce que je n'étais pas sensé connaître.

Je souriais devant cet amoncellement de paroles mais ne promis rien du tout. De toute façon, cela ne servait à rien, Alice ne semblait pas me donner le choix.

Carlisle rentra plus tard dans la soirée. Il accumulait les gardes et contrairement à ses autres collègues, il n'était jamais fatigué. Lui aussi parut enchanté de me revoir. Ils discutèrent de ses patients. Même s'ils ne fréquentaient pas vraiment les humains, les Cullen connaissaient tout le monde. Carlisle mentionna surtout une jeune fille à qui il avait diagnostiqué une leucémie. Elle réagissait mal au traitement de chimiothérapie.

- C'est quoi, une leucémie, demandai-je pour parvenir à suivre la conversation.

- Une maladie du sang ou certains cellules attaquent le propre système du malade., m'expliqua Carlisle.

- Anémie ? demandai-je timidement.

- C'est le mot qu'on utilisait autrefois, me répondit-il, un peu impressionné.

- Il existe un traitement pour soigner ce genre de maladie maintenant.

- Oui, mais cela ne marche pas à chaque fois.

Les soirées semblaient toujours se passer ainsi. Les Cullen discutaient de tout et de rien. Les enfants riaient, s'envoyaient des vannes. C'était une vraie famille et je me régalai à les regarder faire. Chacun avait une place et une personnalité propre : Carlisle était le patriarche, même s'il ne paraissait pas avoir plus de la trentaine. Ses conseils étaient écoutés.

Esmé les couvait du regard, comme une mère avec ses petits.

Alice était un peu déjantée, un peu folle.

Jasper était le plus jeune. Ses bras étaient recouverts de cicatrices caractéristiques des morsures de vampires. J'en déduisis qu'il avait du être guerrier autrefois. Mais je me retins bien de lui poser la question. Quand il ne me regardait pas avec un regard effaré, il avait une conversation agréable.

Emmett était toujours joyeux. Son passe-temps favori était de lancer des vannes à répétition.

Rosalie jouait la blonde fatale. Elle était d'une beauté chavirante, une de ces pin-up qu'on ne pense rencontrer que dans les magasines. Elle parlait peu, restait à côté de son copain.

Et Edward! L'éternel romantique, la beauté faite homme. Il était intelligent, il savait jouer du piano, jouer au échec, il parlait de tout avec une simplicité et une voix à faire fondre n'importe quel cœur.

Je me relevai pour chasser de mon esprit des pensées qui arrivaient sans mon contrôle. Je m'approchais de Carlisle qui discutait avec Esmé.

- J'ai un service à te demander, balbutiai-je.

- Bien sur, me répondit Carlisle avec un sourire.

- J'ai récupéré des documents bancaires pour rouvrir certains de mes comptes, continuai-je.

- Tu n'as pas besoin de tout cela, Bella. Nous pouvons y subvenir.

Je fronçai les sourcils et serrai les dents. Sa réponse ne me convenait pas.

- Je ne suis pas venue ici pour votre argent, répondis-je un peu sèchement.

- D'accord, articula-t-il calmement, sentant bien qu'il m'avait offensée. Et que puis-je faire pour toi ?

- La banque en Suisse que j'ai contactée me demande de leur envoyer un e-mail – j'eus un petit rire nerveux- et … je ne sais pas ce que c'est qu'un e-mail.

Carlisle et Esmé sourirent à leur tour.

- On va pouvoir arranger cela. As-tu emmené les documents ?

Je sortis une enveloppe pliée en quatre dans la poche de mon gilet.

- Viens avec moi dans mon bureau. Ce sera vite fait.

Nous longeâmes un petit couloir qui passait sous l'escalier. Son bureau était la première porte sur la gauche. Carlisle me fit entrer dans une vaste pièce blanche. Sur le mur de gauche, une grande bibliothèque regroupait une centaine de livres. Au centre, un grand bureau avec une plateau en verre. Sur le mur de gauche, des dizaines de peintures. Je m'approchai d'elles et fis la moue.

- Tu connais les Volturi, lui demandai-je sans pouvoir réprimer un ton de dégoût dans ma voix.

- J'ai vécu avec eux autrefois, me répondit-il calmement.

Je frissonnai de mécontentement et eus un regard noir.

- Ca pose un problème ? me questionna-t-il.

- Non, finis-je par dire en respirant profondément. Bon, c'est quoi un e-mail ?

- Une sorte de lettre envoyée à l'aide d'un appareil appelé un ordinateur.

- Je connais les ordinateurs. Mais je ne savais pas qu'ils étaient capable de faire ce genre de chose.

- Maintenant, les ordinateurs sont connectés entre eux à travers un vaste réseau qu'on appelle internet. Viens je vais te montrer.

Il m'installa devant son pc. Il était beaucoup plus petit que ceux qui j'avais vu autrefois. Après quelques manipulations, il trouva ma banque et me connecta à elle. Je pus leur envoyer les instructions qu'ils me demandaient. Carlisle parcourut rapidement les documents que j'avais apporté : numéro de compte bancaire, numéro d'identification, le nom des placements, la quantité, le total de l'époque.

- Tu as une véritable fortune Bella, admira-t-il.

- Peut-être, répondis-je vaguement en me concentrant sur l'écran pour comprendre ce que je devais faire.

- Avec tout cet argent, tu pourrais acheter une bonne dizaine de maisons comme celle-là.

Je le regardai en souriant.

- Et que voudrais-tu que j'en fasse ? ironisai-je

Il sourit à son tour, comprenant que le côté mercantile de la conversation ne m'intéressait absolument pas. Tout ce dont j'avais besoin, c'était de pouvoir m'acheter ce que je désire sans leur demander de l'argent. Le reste m'importait peu.

La banque m'informa que mon compte serait réactivé sous les huit jours et que je recevrai une carte bancaire et un chéquier. Carlisle m'expliqua l'intérêt de la carte bancaire.

Le reste de la soirée se passa calmement. Edward et Alice s'attaquèrent à une partie d'échec. Ils jouaient avec une rapidité surprenant, Alice voyant à l'avance les coups d'Edward et Edward lisant dans l'esprit d'Alice. C'était fascinant de les voir jouer, concentrés avec une telle intensité.

Le lendemain commençait le week-end. Chacun s'activait à ses occupations, comme n'importe quelle famille humaine. Alice m'emmena à Port Angeles pour me faire découvrir les boutiques et le shopping.

- Comment peut-on faire pour avoir autant d'argent et ne pas le dépenser, s'exclama-t-elle.

Je ris à la voir s'agiter, me sortir tous les vêtements à la mode, rendre chèvre les employés des magasins qui ne savaient plus où donner de la tête. Elle voulait tout acheter, tout m'offrir, tout vouloir. Une vraie petite adolescente gâtée et son excentricité m'enthousiasmait, moi qui était si timide, si mal à l'aise avec les autres. Je l'enviais.

Je finis par accepter qu'elle m'offre un petit haut avec un tee-shirt.

Nous finîmes la journée sur la plage de la ville, à admirer les mouettes et les bateaux qui rentraient au port.

- Bon Bella ! me dit elle subitement. Je ne suis pas du genre à tourner autour du pot. Alors dis-moi : que tu penses de mon frère ?

Je m'empourprai soudain.

- Je ne sais pas Alice. C'est …compliqué

- Mais non ! Ce n'est pas compliqué. Edward est absolument fou du toi depuis le jour où tu lui as gâché son repas. Alors tu as deux choix : soit tu l'aimes et soyez heureux, soit tu ne l'aimes pas et il est malheureux. Moi, j'ai besoin de savoir.

- Tu vois la vie en noir et blanc, Alice. Ma vie à moi, elle est pleine de nuance de gris.

Alice resta silencieuse, semblant réfléchir à ma façon de penser.

- D'accord. Mais c'est plutôt du gris clair ou du gris foncé ?

Je partis à rire.

- Décidément ! Alice, tu es quelqu'un de peu banal, lui répondis-je – Je me raclai la gorge et me calmai- Je suis une vampire très ancienne, Alice.

- Je sais. Esmé nous a dit que tu étais plus vieille que Carlisle.

- Ouais ! acquiesçai-je, encore surprise que cette famille se raconte tout. Là où je suis née, les femmes n'avaient pas le droit de toucher un homme sans sa permission.

- Sans rire, s'étonna-t-elle. Mais pourquoi donc ?

- Peu importe, me hâtai-je de dire pour ne pas répondre à la question. Ca a beau faire …plusieurs années, les habitudes ont les dents dures.

Alice resta silencieuse quelques secondes puis elle murmura :

- Ca c'est sur. Ca ne va pas aider.

Je ris à nouveau. Sa fraîcheur m'enchantait. Elle m'ôtait le poids de ma timidité, du fardeau que je me mettais sur les épaules depuis si longtemps.

- Je crois qu'il est fâché par ce qui s'est passé l'autre soir. Il ne me parle plus et il a pris ses distances.

- Non, s'exclama-t-elle. Il en faut plus pour fâcher mon grand frère. Mais il a peur que tu partes encore. Je crois que tu devrais lui parler.

- Sans doute, admis-je avec une certaine panique en frottant mon avant-bras nerveusement.

Alice poussa un grand soupir.

- Bella ! Je ne sais pas comment tu fais pour vivre avec autant de stress. Si je devais cumuler la moitié des tensions que tu affiches, j'aurai déjà massacré tous les habitants de cette ville.

- Moi aussi lorsque je suis trop stressée, je mange. Ca me soulage

- C'est pour cela que vivait dans une forêt. Pour te nourrir ?

- Non ! Je ne bois pas le sang des animaux.

Alice se tut. Je me tournai vers elle et je lus un certain effarement dans ses yeux. Je m'exclamai rapidement :

- Eh ! Je ne bois pas ce sang là, non plus !

- Alors que manges-tu ?

- De la nourriture des humains.

- Tu manges comme les humains, s'étonna-t-elle.

- Mouais ! maugréai-je, sentant bien que j'en avais sans doute un peu trop dit sur moi-même.

- Heureusement que c'est moi qui suis peu banale.

Nous rentrâmes tard dans la nuit. Edward nous attendait au palier de la porte. Alice me laissa devant la maison, prétextant qu'elle préférait garer seule la voiture. Il s'approcha de moi, le visage inexpressif.

- Bonsoir, me dit-il. Tu as passé une bonne journée à Port Angeles.

- Oui, soufflai-je, soudain intimidée. Ta sœur est … particulière.

Edward sourit à ma remarque.

- Je suis désolée si je t'ai vexé l'autre soir, continuai-je

- Tu ne m'as pas vexé, Bella ! Si nous oublions tout cela.

Je souris à mon tour et acquiesçai.

- Viens ! continua-t-il. On va se promener.

Il m'emmena à travers bois jusqu'à l'océan. La nuit était tombée. La lune faisait étinceler les vaguelettes à la surface de l'eau. J'entendais le frémissement de la mer, le bruit des mouettes. C'était apaisant. Nous nous assîmes sur un rocher.

- Alors tu manges de la nourriture humaine, me demanda-t-il.

Je fis la moue. Il avait lu dans l'esprit d'Alice. Il avait donc vu tout ce que je lui avais révélé. Et je ne savais pas si cela me soulageait ou me paniquait.

- Mouais ! répondis-je.

Je l'observai. Il ne montrait rien, ni inquiétude, ni amusement. J'étais indécise.

- C'est un problème, demandai-je

- Non ! C'est juste étrange.

- Ca va avec le reste du costume, soulignai-je en me désignant des pieds à la tête pour lui faire comprendre ma condition humaine.

Il me regarda avec un air amusé.

- Et que manges-tu ? précisa-t-il.

- De tout…commençai-je par dire avant de réfléchir. Enfin je crois, je n'ai pas tout essayé. Surtout des nourritures énergétiques : féculents, sucreries

- Et que préfères-tu ?

- Les pizzas et le chocolat avouai-je en riant.

- Une vraie petite humaine, murmura Edwards en se moquant gentiment.

Nous discutâmes durant de longues heures. Le soleil, à travers les nuages, décrivait sa courbe dans le ciel. La nature à Forks était aussi magnifique qu'à Fallercreeks.

Edward me parla de son enfance, de sa transformation. Il me révéla des difficultés au départ à maîtriser sa soif, sa séparation avec Carlisle durant quelques années pour se rendre compte enfin qu'il avait commis une erreur. Il me parla de l'arrivée d'Esmé, puis de Rosalie, d'Emmet et enfin d'Alice et Jasper.

Je savais qu'il me racontait tout cela pour me rassurer, pour me montrer qu'il ne me ferait pas de mal. Sa voix était grave et chaude. Elle m'envoûtait, m'hypnotisait. Je fixai ses lèvres, fines et légèrement rosées. Le rythme de ses mots, la modulation de sa voix me procuraient un bien être étrange. J'étais bien avec lui, à discuter de tout et de rien, comme deux amis qui se seraient retrouvés après une longue séparation.

- Tu as lu dans l'esprit d'Alice ce que je lui ai dit, lui dis-je enfin.

- Oui, murmura-t-il. Je ne te toucherai plus si tu ne le veux pas, Bella. C'est promis.

Je secouai la tête.

- Ce n'est pas une question de vouloir ou pas, lui expliquai-je. C'est plus complexe. Je n'ai pas de soucis pour toucher quelqu'un quand il s'agit de me battre avec lui. Et j'avoue que je ne m'en suis pas privée au cours des années. Mais c'est dans des comportements plus…sociables que c'est difficile.

- Je comprends, me dit-il. Peut-être…avec le temps.

- Peut-être repris-je.

Nous rentrâmes le soir à la maison des Cullen.

Edward se mit au piano et joua une mélodie douce. Les doigts jouaient avec une fluidité impressionnantes. Je laissais mon esprit se balader au fil de la musique, les yeux fermés. Et je m'endormis lentement sur le canapé.