Lorsque je m'éveillais, le lundi matin, la lumière du jour éclairait à nouveau l'intérieur de la maison. J'étais toujours sur le canapé blanc. Quelqu'un m'avait mis une couverture sur moi. Je clignai des yeux. Edward était assis en face de moi et m'observai. Je lui fis un petit sourire.

- Tu t'es endormie, me dit-il, d'une voix froide. Es-tu …souffrante ?

- Non, bien sur. Quelle question ! répondis-je.

- J'étais très inquiet, finit-il par m'avouer. Carlisle n'a pas voulu qu'on te réveille Je suis resté à te veiller tout la nuit ?

- Inquiet ? lui demandai-je surprise. Mais pourquoi inquiet ?

- Les vampires ne dorment pas, Bella !

Je le regardais. Il avait à nouveau ce visage inexpressif. Avait-il eu peur pour moi ou de moi ?

- Ca m'arrive exceptionnellement. Tout comme je mange de la nourriture humaine.

Edward ne répondit pas. Je ne comprenais pas ce qui se passait.

- Tu es fâché contre moi, m'inquiétai-je.

- Non, finit-il par dire. Je ne suis pas fâché. Mais je n'arrive pas à te comprendre. Tu as l'air tellement…différente : ta peau, les battements de ton cœur, la nourriture, le sommeil. J'ai parfois l'impression que tu es si…fragile.

- Je suis une vampire, Edward, lui expliquai-je. Quoi que je paraisse, ce n'est qu'une illusion. Vampire je suis et vampire je resterai. Je ne vieillirai jamais et je ne mourrai jamais à moins qu'on ne me tue. Et je peux t'assurer que je sais suffisamment me défendre pour que cela n'arrive avant longtemps.

Edward resta silencieux. Il semblait partager entre plusieurs pensées confuses. Il tendit le bras vers la table basse et me montra une assiette remplie de croissants. J'en pris un et le remerciai.

J'en croquai un bout et le mâchai lentement.

- Quel âge as-tu, me demanda-t-il.

- J'ai dix-sept ans.

- Depuis combien de temps as-tu cet âge ?

Mes battements de cœur s'accélérèrent à nouveau.

- Je n'en sais rien, Edward. J'ai arrêté de compter les années il y a très longtemps. Je suis plus âgée que toi et je suis plus âgée que Carlisle, tu le sais déjà. Je suis plus âgée que la plupart des vampires que tu as eu l'occasion de rencontrer.

Edwards ne sembla pas convaincu par ma réponse.

- Mais qui es-tu Bella ?, me questionna-t-il.

- Je suis un vampire….Et je déteste être comme cela. Mais je n'ai pas eu le choix, comme beaucoup d'entre nous. Alors je porte ma croix et j'attends…

- Qu'attends-tu ?

- Je ne sais pas ce que j'attends.

Peut-être que j'attendais une famille comme les Cullen, une famille qui me montre que les vampires pouvaient être autre chose que des monstres assoiffés de sang et de pouvoir. Mais je n'avais pas assez d'aplomb pour le lui avouer.

- Si tu le désires, continuai-je, je peux partir.

- Non, lança-t-il – il s'assit à côté de moi et tenta de me prendre les mains mais il se ravisa au dernier moment – J'ai peur pour toi, Bella. Ta fragilité me déconcerte et j'avais tellement peur que tu ne te réveilles pas.

- Tu n'as pas à t'inquiéter, Edward. Je vais bien.

Il plongea son regard dans le mien. Il était visiblement très ému.

- Bella, murmura-t-il, tu es la plus belle femme que j'ai rencontrée.

Je me levai d'un bond et lui tournai le dos.

- Je…Je n'aime pas les compliments, lui répondis-je la voix enrouée par l'émotion – je me raclai la gorge et parlai la première car je voulais pas qu'il poursuive sur cette voie – Où sont passés les autres ?

- Ils sont partis au lycée. Nous pourrions aller nous balader en ville. Carlisle voudrait te voir à l'hôpital.

- Faire les boutiques, ironisai-je. Es-tu vraiment sur de vouloir faire cela ?

- L'important est que je sois près de toi. Je ne voudrais pas que tu t'évanouisses.

Je secouai la tête et le suivis dans le garage. Edward me mena en ville à bord d'une berline Volvo grise. Forks était une petite ville mais elle avait quelques jolies boutiques. Je restai émerveillée devant des appareils nouvelles technologies.

- Et ça, qu'est ce que c'est ? demandai-je pour la dixième fois à Edward en lui montrant un nouvel objet que je ne connaissais pas.

- Un lecteur MP3, me répondit-il, très patient.

- Je l'ai déjà vu au cou d'Alice et Rosalie. Ca sert à quoi ?

- A écouter de la musique.

- Vraiment ! Mais comment fait-on pour rentrer de la musique là-dedans ?

- Tu mets la musique sur ton ordinateur et tu branches ton MP3 dessus. Tu peux mettre plusieurs centaines de musique dans celui-là.

- Plusieurs centaines ! Waouh ! m'exclamai-je impressionnée. Mais tu m'as dit tout à l'heure qu'on pouvait stocké de la musique dans les téléphones aussi. Pourquoi deux objets similaires ?

- Les humains aiment avoir plusieurs objets, même s'ils ont double emploi.

- C'est fou comme tout a changé.

Nous passâmes deux bonnes heures à découvrir tout ce que je ne connaissais pas. Edward me montra son téléphone portable et me laissa le manipuler. J'étais épatée par cette technologie, complètement inconnue pour moi. Il semblait ravi de m'expliquer l'utilité de chaque objet. Il trouvait très drôle que je m'émerveille devant, comme une enfant.

- Tu dois me trouver stupide, finis-je par dire. J'ai l'impression d'être une femme préhistorique qui débarque au XXIème siècle. Je n'aurai jamais cru que les hommes puissent inventer autant de choses en si peu de temps. Jusqu'ici, je n'ai jamais eu de soucis pour m'adapter et là, j'ai l'étrange sentiment d'être dépassée.

Edwards ria. Il avait le rire le plus fabuleux que j'avais entendu. Je souris à mon tour, un peu gênée.

- J'aime te faire découvrir tout cela. Dans quelques temps, tu connaîtras tout. Et tu n'auras plus besoin de moi.

Je sentis de la peine dans ces propos mais je n'arrivai pas à trouver les mots pour le réconforter. Je ne savais pas ce que je voulais vraiment, mes sentiments étaient encore trop confus.

Nous arrivâmes devant l'hôpital de la ville. Nous rentrâmes dans le grand hall. Edward fit un petit signe à la femme qui travaillait à l'accueil et me conduisit dans un long couloir jusqu'au bureau de Carlisle. Il allait frapper à la porte quand il retint sa main.

- Il est en conversation avec quelqu'un, me dit-il. Nous allons attendre.

Nous nous assîmes sur les chaises de la salle d'attente. Cinq minutes plus tard, la porte s'ouvrit et le docteur Cullen laissa sortir deux personnes, visiblement une mère et sa fille. L'enfant ne devait pas avoir plus de sept ans. Elle était très pâle, le visage creusé, un bandana sur la tête à la place des cheveux. Je fus frappée pas la vivacité de son regard qui contrastait avec le reste de son visage, grave et fatigué. Je remarquai à peine la mère, visiblement très affectée par l'entrevue qu'elle avait eu avec Carlisle.

L'enfant tourna les yeux vers moi et me dévisagea quelques secondes. Puis elle s'approcha rapidement.

- Bonjour, je m'appelle Tulsa, me dit-elle de sa voix fluette. Tu es très belle.

- Bonjour Tulsa, moi je suis Bella, lui répondis-je, troublée par son comportement. Et je te trouve très mignonne aussi.

- Avant, j'étais beaucoup plus belle mais maintenant je suis très malade. Le docteur pense même que je vais mourir mais il ne veut pas me le dire parce qu'il croit que j'ai peur, me chuchota-t-elle. Tu pourrais m'aider à guérir, s'il te plait.

Edward sursauta à la demande de la fillette. J'étais moi-même surprise mais j'avais déjà rencontré ce genre de phénomène chez les enfants. La mère de Tulsa vint récupérer sa fille et ne nous laissa pas le temps de lui répondre.

- Curieuse gamine, me dit Edward.

- Les jeunes enfants ont des pressentiments parfois, lui expliquai-je. Ils intellectualisent moins et font plus appel à leurs émotions. Elle a vu que nous étions différents.

- Elle n'a vu que toi, me fit remarquer Edward.

Je ne répondis pas et nous entrâmes dans le cabinet de Carlisle.

- Comment vas-tu Bella ?, me demanda-t-il avec un grand sourire.

- Bien, bien répondis-je vaguement. Cette enfant Tulsa, c'est celle dont tu nous as parlé l'autre soir, n'est ce pas ?

- Hélas oui. Ces derniers résultats médicaux ne sont pas très bons. Je crois qu'il n'y a malheureusement plus grand chose à faire.

- C'est fou, commenta Edward. Elle est allée voir directement Bella et elle lui a demandé de la guérir.

Carlisle fronça les sourcils et me regarda avec une grand intérêt.

- Vraiment, murmura-t-il.

- Les enfants ont parfois de drôles de réactions, commentai-je pour essayer de trouver une explication.

- Sans doute, répondit Carlisle, visiblement peu convaincu. En tout cas, tes songes ont fait une belle frayeur à mon fils. Ainsi donc, tu dors ?

Je rougis de confusion.

- Cela m'arrive parfois. C'est très exceptionnel, avouais-je. Les dernières semaines ont été stressantes pour moi et dans ces cas-là, quand je me sens mieux, j'ai besoin de dormir.

- Elle mange aussi de la nourriture humaine, rajouta Edward.

Je lui lançais un regard désapprobateur. Je n'avais pas envie d'ajouter cela à mes bizarreries.

- Une vampire humaine, voilà qui est passionnant, déclara Carlisle. Décidément, je suis ravi que tu es décidée de rester quelques temps chez nous.

Je fis une petite moue. J'avais l'impression qu'il me prenait pour un rat de laboratoire et je n'appréciais guère l'analogie. Mais j'étais absorbée par Tulsa : n'avoir que sept ans et mourir. Je trouvai cela très injuste.

Alice nous rejoint dans l'après-midi et nous passâmes, Edward, elle et moi, le reste de la journée faire les rares boutiques de vêtements de Forks. Elle me fit essayer des dizaines d'habits, sous le regard amusé de son frère. J'avais l'impression d'être une poupée de chiffon entre ses mains. Elle voulut encore m'acheter quantité d'objets mais je refusai net cette fois-ci. Dans quelques jours, je pourrai me financer toute seule.

Près de quatre semaines s'écoulèrent ainsi. Je commençais à prendre mes marques dans la maison des Cullen. Edward avait fait installer un lit dans une chambre d'ami et je m'y enfermai parfois pour goûter à une certaine solitude lorsque la présence d'autres vampires devenait trop pesante. Durant la journée, je me baladai dans la forêt de Forks. J'aimais ces longues randonnées dans la nature. Je m'étais toujours sentie à l'aise dans les bois alors que la ville me terrifiait.

Mes pensées retournaient souvent vers Tulsa. Sa mort proche me paraissait être une injustice profonde et je n'arrivai pas à me résigner à l'abandonner. D'autant qu'elle m'avait appelée à l'aide.

Parfois Edward m'accompagnait, quand il n'allait pas à l'école. Nos discutions me plaisaient. Nous parlions de nos différences, de nos points communs, de nos goûts en matière de littérature, de musique. Il m'expliquait l'utilité de certains objets que je ne connaissais pas encore, me parler de la société qui avait profondément changée, de la liberté, de l'égalité des hommes et des femmes, de la violence qui croissait dans les grandes villes.

Parfois il me regardait avec des yeux qui trahissaient ses émotions. Et je devenais cramoisie, mon cœur s'emballait subitement et j'avais du mal à respirer. Mais j'avais pris l'habitude de ces réactions et je commençais à les accepter comme une réalité qu'il me fallait assumer.

Un soir, nous nous retrouvâmes à nouveau dans sa chambre. Il me montra comment fonctionnait sa chaîne stéréo, ce qu'était un CD de musique. Je mis la sonate au clair de lune de Debussy, la même musique que la première fois où j'étais rentrée dans sa chambre. Je m'approchai alors lentement de lui et difficilement, je touchai sa main. Je n'osai pas le regarder, complètement affolée par l'émotion qui se submergeait. Doucement, je la levai pour danser avec lui et je posai mon autre main sur son dos. Sa main sur le mien me bloqua la respiration. Nous dansâmes précautionneusement, mes yeux fermés pour essayer de me maîtriser. J'étais paniquée mais je trouvai cela merveilleux. J'avais l'impression d'être sur une autre planète, mon corps léger comme une plume, mon cerveau bouillonnant, une boule à l'estomac.

Quand la musique s'arrêta, je reculai rapidement et repris ma respiration. Je regardai alors Edward : il était rayonnant. Et je souris à mon tour.

- Mouais ! marmonnai-je pour me donner une contenance. Si on descendait rejoindre les autres.

21 heures étaient un rituel chez les enfants Cullen. Tous s'installaient devant la télévision pour regarder les informations. Ils prenaient un grand intérêt pour les actualités nationales. Ils commentaient les faits, chacun y allait de sa théorie et de ses arguments. Les remarques fusaient, les disputes amicales se succédaient les unes aux autres. J'étais à la fois admirative et joyeuse. Je voyais des vampires se quereller sans violence, sans haine, sans la moindre méchanceté. Uniquement par amusement, comme un frère le ferait avec une sœur. Et moi, je n'osais pas encore intervenir. J'avais peur de briser ce cadre familial idyllique, de ne pas avoir le droit de participer à leur jeu. Je ne faisais pas partie de cette famille.

Edward s'approcha de mon oreille et chuchota si doucement que j'étais la seule à entendre.

- A quoi penses-tu, me demanda-t-il.

- Je pense que vous avez une relation très fraternelle et que c'est surprenant chez notre espèce.

- Nous sommes une famille, Bella. Et tu peux faire partie de cette famille si tu le veux.

Je fronçai le nez et secouai la tête.

- Je ne sais pas faire ça, Edward. Quoique tu puisses dire de mes différences, je suis beaucoup plus proche des autres vampires que de vous.

- Tu peux apprendre, comme tu as appris beaucoup de choses ces jours-ci.

- Il est différent de s'instruire et de changer sa personnalité.

- Je ne crois pas que ce soit ta personnalité. Je crois que quelqu'un t'a rendue comme cela.

Je lui jetai un regard noir. De quoi se mêlait-il ? Les autres remarquèrent mon brusque changement d'humeur et les conversations stoppèrent net. Tous me fixaient. Edward m'observait très désappointé. Il s'était rendu compte qu'il était allé trop loin avec moi.

- Excuse-moi, murmura-t-il.

Je fermai les yeux et je calmai ma colère. Ce n'était pas sa faute. Il ne savait pas, il ne savait rien.

J'ouvris à nouveau les yeux et je lui adressai un petit sourire pour lui faire comprendre que je n'étais pas fâchée. Cela sembla à peine le réconforter. Le regard de tous les enfants Cullen m'oppressait, je devais partir de là.

- Je reviens, lui dis-je en me levant.

Alice vint s'asseoir à côté d' Edward, sans doute pour le réconforter.

Carlisle s'était enfermé dans son bureau, comme presque chaque soir. Je voulais avoir des nouvelles de sa patiente, voir si le traitement était finalement bénéfique ou non. J'arrivai devant sa porte et levai le bras pour taper mais je n'eus pas le temps :

- Entre Bella, me lança sa voix.

Je restai un peu confuse mais obéit. Il était assis à son bureau. Il leva la tête et m'adressa un beau sourire.

- Je peux te parler, lui demandais-je.

- Bien sur. Entre et viens t'asseoir.

Carlisle m'indiquait une chaise en face de lui et je m'assis.

- Je voulais avoir des nouvelles de Tulsa, lui dis-je.

- Hélas ! Les nouvelles ne sont pas très bonnes. Elle a été hospitalisée hier. Son état s'aggrave de jour en jour et ce n'est l'affaire que de quelques semaines maintenant.

Mon visage se referma. Je revoyais le visage de l'enfant, je l'entendais à nouveau me demander de la guérir. Je n'arrivai pas à me faire à l'idée de l'abandonner. C'était insoutenable pour moi.

- J'ai la capacité de la sauver, Carlisle, continuai-je en réfléchissant à chacune de mes mots. Mais je vais avoir besoin ton aide.

- Bella, me dit-il en fronçant les sourcils. Tu te rends bien compte que Tulsa est bien trop jeune pour devenir un vampire.

- Je n'ai jamais transformé un humain en vampire et je ne le ferai jamais ! Je trouve cela pire que la mort.

Son regard devint plus en plus interrogateur.

- Je ne comprends pas alors, Bella ! Comment peux-tu guérir Tulsa ?

- C'est difficile à expliquer et je n'en sais rien moi-même. Cela fait partie de mes capacités, comme Edward peut lire dans les pensées et Alice dans l'avenir. Je peux guérir certaines personnes dans certaines circonstances.

- Et Tulsa correspond à ces circonstances ?

- C'est possible. Elle est jeune, elle a une maladie qui peut se résorber.

- Mais c'est formidable, lança Carlisle avec un grand sourire.

J'eus un petit sourire de stress.

- Oui, en effet. Mais il va falloir organiser tout cela. J'ai besoin de plusieurs heures de tranquillité en sa présence. Et il faudra justifier sa rémission miraculeuse.

- Oui, oui, je comprends, réfléchit Carlisle, visiblement enthousiasmé. Je pourrais persuader la mère de tenter un nouveau traitement expérimental. Nous pourrions attendre quelques jours afin de faire croire qu'il fonctionne.

- Bien, admis-je. L'idée est excellente en effet. Il y a un autre souci… Il va y avoir des effets… secondaires.

Tulsa sera en vie. Les effets secondaires, je pourrais les résoudre après sa guérison.

Je me raclai la gorge et poursuivit :

- Je ne parlais pas de Tulsa, Carlisle. Les effets secondaires seront pour moi. J'aurai besoin d'aide pendant quelques jours.

Carlisle fronça les sourcils mais ne dit rien. Il semblait réfléchir à mes révélations.

La porte du bureau s'ouvrit alors violemment et Edward se planta devant moi. Sa mâchoire était contractée, ses yeux noirs et furieux.

- C'est hors de question, me lança-t-il. Tu ne feras pas ça.

Comment avait-il su ? Il ne pouvait pas lire dans mon esprit et Carlisle était trop judicieux pour permettre à son fils de lire dans le sien. Je réalisais alors que Carlisle l'avait averti. Je lui adressai un regard de reproches.

- Il a le droit de savoir, me répondit-il calmement.

- C'est mon choix, expliquai-je à Edward. Je sais ce qui va se passer. Ce n'est pas la première fois.

- Des effets secondaires, répéta-t-il. Quels effets secondaires ?

- Je ne vais pas mourir, tentai-je de le rassurer. Les vampires ne meurent pas, je te rappelle.

Carlisle se leva et s'interposa entre Edward et moi. Mais son fils ne voulait pas le regarder et continuait à me fixer, les yeux effrayés par ma décision. Je sentais toute sa détresse et cela me faisait mal. Cependant, je ne voulais pas changer d'avis. Sauver Tulsa était ce qui comptait le plus.

- Calme-toi, Edward, lui dit son père. Bella, quel sont ces effets secondaires ?

Je savais que ce n'était pas une bonne idée qu'Edward les entende. Je me mordis la lèvre inférieure et regardai Carlisle pour le lui faire comprendre.

Edward se retourna et prit sa tête entre ses mains

- C'est mauvais, c'est très mauvais, maugréa-t-il.

- Bella, répéta Carlisle, toujours très calme. Quels sont ces effets ?

Je pris une profonde respiration et lui répondis en chuchotant :

- Il y en a plusieurs : des vomissements, des convulsions, une perte de connaissance assez prolongée – je me raclai la gorge- plusieurs jours en fait. Mon cœur et ma respiration vont s'arrêter….la douleur.

Edward rugit et se retourna vers moi. Carlisle lui prit les bras pour le calmer.

- Je refuse que tu fasses cela. C'est trop dangereux. Est-ce que tu réalises ce que tu racontes ? Ton cœur va s'arrêter, la douleur !

- Ce n'est que momentané, Edward ! L'affaire de quelques jours.

- Ton cœur va s'arrêter, hurla-t-il.

- J'ai déjà vécu cela plusieurs fois. Carlisle, explique-lui. Il suffira d'attendre que cela passe. Ce n'est pas grave, continuai-je calmement, mon regard le suppliant de me comprendre.

- Tu vas avoir mal, répéta-t-il, toujours ulcéré, refusant d'entendre mes arguments.

La rage montait en moi, la rage de ne pas arriver à me faire comprendre, la rage de ne pas arriver à calmer sa panique, la rage de l'avoir blessé. Je sentis les larmes me monter aux yeux.

- Mais réalise donc Edward. Je suis un vampire. Je ne peux pas mourir. Tulsa, elle, n'a que sept ans et elle va mourir. J'ai des centaines, des milliers d'années et je ne mourrai jamais. Et je devrai la laisser crever parce que je vais souffrir durant quelques jours.

Edward se calma soudain, ému par ma réaction, ému par mes larmes.

- Tu ne peux pas sauver tout le monde, murmura-t-il.

- Tout le monde ne me le demande pas, soulignai-je.

Il ne répondit pas mais il continuait à me supplier du regard.

Je lui tournai le dos pour ne plus le voir souffrir. Je m'accroupis contre le mur du bureau, en dessous des tableaux. Je me cachai la visage sur mes genoux. Je voulais que l'orage stoppe, que le calme revienne. Ne plus pleurer, ne plus avoir mal, ne plus faire mal.

- D'accord. Maintenant cela suffit, coupa Carlisle. Cette conversation ne mènera à rien ce soir. Vous montez tous les deux dans vos chambres. Demain, quand vous vous serez calmés, nous discuterons à nouveau de tout cela.

Je ne bougeai pas de ma place, figée par la réaction d'Edward. J'entendis celui-ci quitter la pièce. Quand je fus certaine de ne plus le voir, je me levai à mon tour.