- Aïe ! Quelle idiote j'ai été ! Je n'aurais jamais du proposer ce pari stupide.
- tard. Je ne vais plus pouvoir te parler durant trois semaines, Bella. Je veux juste comprendre certaines choses. Je te trouve très …compliquée.
La remarque me fit sourire.
- Alors c'est parti. Première question ?
- Est-ce que tu as peur pour ce soir ?, murmura-t-il
- Ca commence fort, maugréai-je.
- Aucun joker me rappela-t-il.
Je fermai les yeux, tentant de trouver les forces nécessaires pour lui répondre.
- Je suis morte de trouille, admis-je.
Sa main se crispa sur mon épaule.
- Je ne changerai pas d'avis, Edward, ajoutai-je.
- Je sais. Si je pensai la chose possible, je te l'aurai imposée comme gage.
- Est-ce que tu resteras à mes côtés ?, lui demandai-je
- Hum hum ! C'est à moi te poser les questions. Est-ce que tu veux que je reste à tes côtés ?
Je rougis.
- Oui, soufflai-je. Cela me rassurerait.
- De toute façon, même si tu n'avais pas voulu, je serai resté.
- Alors pourquoi me poser la question ?
- Parce que j'aime te l'entendre dire, j'aime te voir rougir et sentir ton pouls s'accélérer.
Je lui tournai le dos et m'écartai très embarrassée. Il se rapprocha de moi et posa sa tête sur mon épaule.
- Il en fallait pas me poser la question, me fit-il remarquer avec un sourire.
Je soupirai. Edward poursuivit :
- Deuxième question : Quel est ton souvenir le plus lointain ?
Je fermai à nouveau les yeux. Mon visage afficha ma détresse, une profonde détresse. Je recommençai à me frotter mon poignée gauche.
- C'est un mauvais souvenir, lui dis-je.
Il entoura ses deux bras autour de moi et prit mon poignée dans sa main. Il ôta doucement ma main droite et passa le doigt à l'intérieur sur la veine bleutée.
- C'est à cause de cette cicatrice, ajouta-t-il.
J'ôtai vivement sa main et cachai mon poignée sous la manche de mon tee-shirt. Edward recula, sentant qu'il était allé trop loin.
- Désolé, chuchota-t-il inquiet, attendant ma réaction.
Je lui repris sa main et la posa autour de ma taille. Il me serra fort, son visage dans mes cheveux.
- Je suis née dans un clan de chasseur, commençais-je.
- Tu n'es pas obligée, me dit-il. Je retire ma question.
- Non ! Pas de joker ! Je n'étais pas très …appréciée par ma famille. Ma mère me haïssait. Vers l'âge de onze ou douze ans, nous avons eu une scène terrible. Elle hurlait. J'étais un démon, la cause de tous les malheurs de mon clan. Je ne méritais que la mort. Alors…elle avait ce couteau et il y avait du sang partout.
Ses bras se resserrèrent autour de moi et il me berça doucement. Je refoulai mes larmes et continuai.
- Mon frère est intervenu et il l'a stoppée. Lorsque je suis devenue…immortelle quelques années plus tard, je me suis enfuie. Je n'ai rencontré que des clans du même acabit.
- Le pouvoir, murmura Edwards.
- Oui ! Le pouvoir. Je ne supporte pas cela.
- Nous ne sommes pas comme cela, Bella.
- Je sais. Je l'ai su de suite. C'est nouveau pour moi. Je ne sais pas faire avec vous, et surtout avec toi. Je sais me battre mais je ne sais pas être sociable.
- Je trouve que tu ne te débrouilles pas trop mal, admit-il.
Je souris.
- C'est difficile. Je n'arrive pas à contrôler mes émotions et mes réactions – je ris- D'autant plus que tu ne fais rien pour arranger les choses.
- Tu n'aimes pas ? chuchota-t-il.
- Des fois oui, des fois non. Je n'aime pas que les autres s'en aperçoivent. Je suis vite embarrassée.
- Personne ne se moque de toi, Bella.
- Ce n'est pas le problème. D'ailleurs, s'ils se moquaient de moi, je saurai justement quoi faire.
- Je te promets d'être plus prudent quand les autres seront là.
- Merci. Durant ces trois semaines, je vais tenir des propos incohérents. Je vais mélanger des évènements passés et présents. Je ne veux pas que vous interprétiez mal mes propos, Edward.
- C'est promis Bella. J'oublierai tout ce que tu diras.
Nous nous tûmes quelques instants, écoutant le vent qui soufflait sous le soleil couchant.
- Bien. La troisième question, s'exclama-t-il.
- Oh pitié, Edwards ! Tu tiens donc à me gâcher toute cette soirée !
- Mais je tiens à profiter de mon privilège jusqu'à vingt-trois heures. Tu peux donc sauver les humains de certaines maladies, éviter que les dons des autres ne t'atteignent, tu sais communiquer avec les animaux ou empêcher un vampire d'avoir envie de boire du sang. As-tu d'autres capacités ?
- Toutes ! répondis-je simplement.
- Comment cela toutes ?
- Je suis capable de reproduire tout ce que les vampires font.
Edwards recula et desserra ses bras. Je le sentis perplexe.
- Tu pourrais lire dans les esprits.
- Oui.
- Lire l'avenir ?
- Aussi. Soulever des objets par l'esprit, induire de la douleur, rendre quelqu'un amnésique, tuer quelqu'un sans le toucher…
Edwards réfléchit :
- Pourquoi ne le fais-tu pas ?
- Tuer quelqu'un. Je n'ai pas eu l'occasion ces derniers temps, ironisai-je.
- dans l'esprit. Pourquoi ne l'as tu pas fait sur nous ou Mike ou n'importe qui d'autres ?
Je pris une profonde respiration et cherchai mes mots.
- Je l'ai fait au début où nous nous sommes rencontrés parce que j'avais besoin de savoir qui vous étiez et si je pouvais vous faire confiance. Ca ne te dérange pas de toujours tout savoir des autres, de n'avoir jamais aucune surprise, de découvrir que même les gens qui paraissent les plus parfaits ont des failles et des faiblesses.
- Je n'avais pas vu cela sous cet angle, admit-il.
- Au départ, je me suis beaucoup servie de mes dons. Pour découvrir quoi ? Que les gens sont jaloux, envieux, angoissés, enfantins, hésitants. Et finalement, quand j'observe leur vie, leur comportement, je me rends compte qu'ils sont en fait bien meilleurs que leurs pensées, pour la plupart du moins. Alors j'ai préféré arrêter. Je n'aime pas me servir de mes dons. Il m'apporte une certaine domination sur les autres. J'ai horreur de cela.
- Tu es décidément quelqu'un à part, Bella.
Je rougis à nouveau.
- Tu me trouves bizarre ? lui demandai-je.
- Je te trouve intéressante, corrigea-t-il. Et je voudrais tout savoir de toi. Quelle est ta couleur préférée ?
- Parce qu'il faut vraiment en avoir une, ris-je. Je n'en sais rien. Cela dépend de la couleur de quoi. En vêtements, je préfère les couleurs naturelles, pour les fleurs, toutes les couleurs sauf peut-être le rose.
- Ta chanson préférée ?
- J'aime le piano, les mélodies : Mozart, Beethoven, Debussy.
- Ton film préféré.
- Je ne suis jamais allée au cinéma.
- C'est vrai s'étonna Edwards. Lorsque… tu iras mieux, je t'emmènerai voir un film.
- Je veux bien.
Et il continua ainsi sur pleins de sujets différents : les fleurs, les pierres précieuses, les livres. Je répondais de mon mieux, embarrassée parce que j'étais gênée qu'il s'intéressa à moi.
Vers vingt et deux heures, nous commençâmes à redescendre vers la voiture. Edward devint de plus en plus maussade au fur et à mesure que nous nous en approchions.
Il m'aida à m'asseoir et me mit ma ceinture. Le trajet se fit dans le plus grand silence. Il arrêta le moteur sur le parking de l'hôpital vers 22h45.
- Bientôt libérée de mon gage, murmurai-je pour détendre l'atmosphère.
- Je t'offre tous les gages que tu veux si tu ne rentres pas là dedans.
- Edward, le suppliai-je.
- Ok ! Au moins j'aurai essayé jusqu'au dernier moment.
Une porte latérale de l'hôpital s'ouvrit et Carlisle apparut dans sa blouse blanche. Il attendit que nous nous décidâmes.
- Une dernière question, me murmura-t-il. Est-ce que tu éprouves des sentiments pour moi ?
Une vague de gêne m'envahit de la tête au pied et je bloquai ma respiration.
- Je pensai que tu connaissais déjà la réponse.
Il s'approcha de moi.
- Je veux te l'entendre dire.
Je rassemblai mes esprits et je lui murmurai.
- Oui. Mais c'est compliqué.
- Pourquoi ?
Je souris et le regardai dans les yeux.
- Un jour, il faudra que je te fasse lire dans mes pensées. Juste pour que tu te rendes compte à quel point tu peux me faire paniquer.
Il sourit également et recula.
J'allai ouvrir ma porte mais, comme à l'accoutumée, Edward m'avait devancée.
- Tu peux rester ici, lui proposai-je. Carlisle viendra te chercher lorsque ce sera fini.
- Non, je ne te quitte pas, trancha-t-il
Je n'insistai pas et nous rejoignîmes Carlisle. Il nous conduisit à Tulsa. Il s'était arrangé pour qu'elle ait une chambre individuelle.
Je la trouvai endormie dans son lit, très amaigrie depuis la première fois où je l'avais vue. Un tuyau lui cachait les narines et elle était alimentée par une perfusion. Un bip régulier indiquait son rythme cardiaque.
Carlisle referma la porte, Edward s'assit sur un fauteuil. Les coudes sur les accoudoirs, la tête posée sur ses poings, il me fixait sans bouger. Une statut de marbre, pensai-je.
Je pris une chaise l'installai à côté de la fillette.
- Son cœur va s'arrêter, expliquai-je à Carlisle. Il ne faudrait pas que cela alarme les infirmières.
- Aucune danger, me rassura-t-il. J'ai débranché l'alarme et je les ai prévenu que je resterai auprès d'elle une partie de la nuit. Personne ne viendra te déranger.
Il diminua le son du cardiogramme et resta debout à m'observer. Je posai une main sur le front de Tulsa et l'autre au niveau de son cœur. Je m'approchai d'elle et posai mon front sur sa joue. Je fermai les yeux. Toutes mes pensées étaient concentrées vers elle. Je sondai son cœur, son cerveau, chaque cellule de son corps.
Elle était vraiment très faible, bien plus que je ne l'avais prévu. Il me faudrait lui donner beaucoup d'énergie. Je comprenais mieux pourquoi Alice m'avait vue malade aussi longtemps. L'effort que je devrai faire fournir serai considérable.
Je pris une profonde respiration et commençai le travail. Petit à petit, le plus lentement possible, j'aspirai son énergie. Le corps de Tulsa trembla un peu au départ puis redevint mou. Le bip ralentit jusqu'à lancer le son plaintif qui indiquait l'arrêt du cœur. Elle prit un dernier souffle et s'effondra sur le lit.
J'entendis Carlisle prendre son bras et tâter son pouls.
Toute son énergie était en moi. Je la filtrai, écartai le mauvais du bon.
Je me sentis brûlante, mon corps irradiait de toute part. J'avais trop d'énergie en moi et je devais faire vite avant que mon cerveau n'arrive plus à la maîtriser.
Alors, tout aussi lentement, je lui rendis un peu de vie, laissant son corps s'habituer à cette nouvelle nourriture. Cela dura plusieurs minutes, plusieurs heures, je ne savais pas combien de temps. Ma concentration était extrême, je ne devais pas rompre la mince fil qui nous reliait elle et moi à sa vie.
Le bip reprit alors un rythme très lent, une toutes les minutes puis progressivement s'accéléra.
Soudain, Tulsa ouvrit les yeux et prit un grande respiration, la plus profonde de sa vie, comme si elle cherchait à oxygéner chaque cellule de son être. Son corps se cabra sous les convulsions.
Je me projetai en arrière. Une forte nausée s'empara de moi. Je m'élançai vers une cuvette et vomis une bile noire immonde. Edward, en une fraction de secondes, me rejoint. Il posa sa main sur mon dos et attendit que je finisse de cracher le poison. Je me redressai enfin et respirai :
- Ca va, me demanda-t-il.
- Non, répondis-je franchement et m'asseyant et posant mon dos contre le mur. Je dois partir maintenant avant que les convulsions ne commencent. Après je risque d'être intransportable.
Il me prit dans ses bras et se leva. Je posai ma tête au creux de son épaule. Il regarda Carlisle qui s'activait auprès de Tulsa qui s'était calmée.
- C'est incroyable, dit le docteur. Sa tension et son pouls sont bons. Elle n'a plus besoin de respirateur. C'est extraordinaire.
- Carlisle, grogna Edward.
- Oui, oui, comprit son père. Va dans ta voiture et part à la maison. Je te rejoins le plus vite possible.
En quelques secondes, je me retrouvai dans la voiture. Un froid intense me prit. Je tremblai de tous mes membres. Je regardai mes mains devenir bleues comme de la glace. Edward ne me quittait pas des yeux tandis qu'il conduisait à toute vitesse sur la petite départementale qui traversait Forks. Il me donna sa main et je serrai de toutes mes forces, m'enroulant autour de son bras.
Je connaissais le processus. La douleur s'intensifierait, l'impression que mes membres deviennent durs comme de la pierre et que mes os allaient se briser sous le poids. Elle serait de plus en plus intense jusqu'à l'intolérable et alors je me mettrai à hurler. Les convulsions viendraient et je m'évanouirai. Mon cœur s'arrêtera de battre, ma respiration stoppera durant de longues minutes.
Puis mon corps reprendra le dessus. Je me réveillerai pour vomir encore ce mal que j'avais extrait de Tulsa. Et le processus recommencera jusqu'à ce que je parvienne à expulser jusqu'à la dernière parcelle du poison.
Je ne voulais pas hurler devant Edward. Je serrai les dents le plus longtemps possible, réprimant ce cri qui venait du fond de mes entrailles. Je gémis, me serrant encore plus contre lui.
Des milliers de petites lumières apparurent devant mes yeux et mon esprit sombra dans le coma.
