Je sentis lorsqu'il me prit à nouveau dans ses bras pour me monter à l'étage de la maison des Cullen. Dans une demi brume, j'aperçus le reste de la famille, effarée par mon état. Il m'allongea dans un lit et me couvrit de plusieurs couvertures. J'étais frigorifiée, mes dents claquaient, j'avais la chair de poule.
Une douleur intense envahit mon cerveau. Je poussai un cri et je me mis à convulser, les yeux révulsés, mon corps cabré vers l'avant. Je perdis à nouveau connaissance.
Je me réveillai que par brefs moments, pour vomir la plupart du temps. J'entendais parfois Edward me parler, tenter de me rassurer. Il me chuchotait qu'il m'aimait, qu'il serait toujours là. Je sentais parfois ses mains sur moi, dans mes cheveux, son front sur le mien. J'entendais de la musique, je sentais l'odeur des fleurs. Cela me réconfortait le temps où j'étais consciente. Mais la douleur revenait subitement et je me refermais à nouveau sur moi-même, en position fœtale et je souffrais.
Parfois, je l'entendais supplier Carlisle de faire quelque chose, Carlisle tentant de le résonner.
Elle n'arrive même plus à m'empêcher de lire dans ses pensées. La douleur est insupportable, tu dois lui donner quelque chose.
Il n'y a rien à faire. Bella a été très claire là-dessus. Plus je ralentirai le processus d'expulsion du poison en lui administrant des calmants et plus longtemps elle souffrira. Il faut attendre. Tu dois être fort pour elle, Edward.
Mais la plupart du temps, je n'entendais rien. Je ne ressentais que le mal qui me rongeait l'intérieur. Des images confuses ressurgissaient. Je revivais mon passé, je revoyais mes parents, ma mère me coupant les veines, le regard fou, crachant ses mots qui m'avaient blessée durant le reste de mon existence. Je revoyais mon frère l'arrêter. Je revoyais les Volturi tentant de me séduire pour que j'accepte de faire parti de leur clan, que j'accepte de leur révéler mes secrets.
Et parfois, je voyais Edward. Je revoyais notre première rencontre. Je voyais mes mains sur moi, son corps collé au mien. Il m'embrassait furieusement, le plaisir parcourant mon corps. Et il finissait par me mordre et boire mon sang.
Progressivement, je vomis moins. J'eus moins froid, mon cœur s'interrompit moins souvent et moins longtemps et je sombrai enfin dans un sommeil réparateur.
Ma première pensée consciente fut pour me rendre compte que j'avais très mal à la tête. Je fronçai les sourcils, et tentai d'ouvrir les yeux. Mais la lumière me brûlait et je dus attendre que mes prunelles parviennent à s'habituer.
Les couleurs apparurent puis je parvins à discerner les formes. J'étais dans la chambre d'Edward, sur un lit qui n'était pas là auparavant. Plusieurs couvertures me couvraient le corps jusqu'aux épaules et pourtant j'avais encore un peu froid.
Des notes de piano s'égrenaient dans la pièce, du Mozart si mes souvenirs étaient exacts et je vis plusieurs bouquets de fleurs autour de moi, de toutes les couleurs, sauf du rose.
Edward était assis sur un fauteuil et lisait un livre. Je l'observai quelques instants. Il avait la mine sombre, les sourcils crispés sous ses yeux noirs, inexpressifs. Sa bouche disparaissait sous un fin trait. Il était d'une beauté extraordinaire et je me dis que j'avais vraiment une chance inouïe d'avoir un être tel que lui à mes côtés.
J'entrouvris mes lèvres et je dus faire un effort durant plusieurs secondes avant de pouvoir émettre un son.
- Salut, parvins-je à murmurer.
Edward jeta son livre par terre et sauta à côté de moi. Il prit ma tête entre ses mains et me fixa un instant pour être sûre que j'étais bien éveillée. Je tentais un timide sourire mais je savais qu'il n'était pas très beau. Il posa son front contre le mien et soupira de soulagement. Lui aussi avait visiblement enduré un véritable supplice.
- Ne refais plus jamais ça ! me supplia-t-il.
- J'ai soif, demandai-je.
Il prit un verre d'eau sur son bureau. Délicatement, il m'aida à me relever et je bus trois gorgées.
- Comment te sens-tu ?
- Fatiguée mais ça va mieux.
- Est-ce que tu as encore mal ?
- Non, mais j'ai l'impression d'être passée sous un camion.
- Tu m'as fait une de ses peurs.
- Je sais. J'ai entendu certaines conversations. Je suis désolée, Edward. Je ne voulais pas te faire du mal. Je ne voulais pas que tu puisse lire ce que je ressentais.
- Ce qu'a vu Alice, C'était de la pacotille, Bella. Si j'avais su, je ne t'aurais jamais laisser faire.
- C'est bien pour cela que je ne voulais pas que tu saches.
Edwards râla. Je lui fis les yeux doux pour me faire pardonner.
- Comment va l'enfant ? demandai-je
- Un vrai miracle, une complète rémission. Elle est sortie de l'hôpital au bout d'une semaine. Sa mère vénère Carlisle comme un demi-dieu.
Je souris de plaisir.
- C'est mieux comme cela. Depuis combien de jours suis-je dans ce lit ?
- Vingt-deux jours !
Je frissonnai. Edward remonta les couvertures sur les épaules.
- Je vais dire à Carlisle que tu es réveillée.
- Non, suppliai-je. Est-ce que tu peux rester à côté de moi, s'il te plait ?
Edward prit un mèche de cheveux et le passa derrière mon oreille.
- S'il te plait, suppliai-je une nouvelle fois.
Il s'allongea à côté de moi et me caressa doucement la joue. J'étais trop épuisée pour réagir comme d'habitude. Mais je voulais continuer à le regarder. J'avais trois semaines à rattraper.
- Quand as-tu mis un lit dans ta chambre ?
Le jeudi avant que tu soignes Tulsa. Je voulais te mettre de la musique tous les jours et je voulais t'avoir à côté de moi.
- Tu as bien fait. J'ai du déranger toute la famille.
- Ne t'inquiète pas pour cela. Dors maintenant.
- Je n'ai pas envie.
- Si, tu en as envie. Tes yeux se ferment tout seul.
- Je veux parler avec toi.
- Tu auras tout le temps quand tu te seras reposée.
Il s'approcha pour que ma tête touche sa clavicule et se mit à fredonner une douce mélodie. J'avais beau lutter, je m'endormis presque immédiatement.
Je dormis le reste de la journée. A mon second réveil, Carlisle était là. Il me fit un grand sourire.
- Bienvenue au royaume des vivants, me dit-il.
- Merci.
- Merci à toi. Sans toi, cette gamine serait morte aujourd'hui. Je te dois une fière chandelle.
- Tu ne me dois rien, Carlisle. Personne ne me doit rien. C'était mon choix, d'accord ?
Le docteur sourit mais ne répondit pas.
- Je t'ai apporté du chocolat – il le posa sur la table à côté de moi- Tu dois reprendre des forces.
- C'est gentil.
- Bella, nous sommes tous très heureux que tu ailles mieux. Et tu es ici chez toi autant de temps que tu le désireras.
Je lui souris. Carlisle ouvrit la porte pour laisser entrer Edward qui s'impatientait à l'extérieur.
- Elle va bien, le rassura-t-il.
Il parut soulagé et afficha un grand sourire. Je tentai de m'asseoir. Edward vient m'aider à placer les coussins derrière mon dos.
- Tu ne dois pas forcer, me dit-il.
- De toute façon, je crois que tu ne m'en laisseras pas l'occasion.
Il ne répondit pas mais sa moue me prouva que je n'avais pas tord. A le voir aussi heureux, mon cœur chavira. J'aurais donné n'importe quoi à cet instant pour qu'il m'embrasse. J'en avais une folle envie et je fus très surprise de découvrir cela en moi. Je ne comprenais pas ce qui me prenait. Je baissais les yeux pour tenter de chasser cette idée.
- Ca ne va pas, paniqua-t-il ne comprenant pas ce qui se passait.
- Très bien, répondis-je en me raclant la gorge.
Je passai mes mains doucement sur ses épaules et me serrai contre lui. Il répondit à mon étreinte et nous restâmes ainsi silencieux. Une vague de chaleur m'envahit. Je fermai les yeux et goûtai à ce moment de pur bonheur. Sans m'en rendre compte, je m'endormis à nouveau.
Deux heures plus tard, j'ouvris mes yeux sur lui. Il n'avait pas bougé, telle une statut de la Renaissance, posant son doux regard sur mon repos. La même image me saisit. J'avais l'impression d'être obnubiler par cette idée, je ne pouvais pas m'empêcher de fixer ses lèvres.
Je respirai profondément. Edward ne comprenait pas ma réaction – je ne la comprenais pas moi non plus – et il paniquait.
- Ca va bien, le rassurai-je. J'ai juste les pensées un peu confuses.
- Quelles pensées ?, me demanda-t-il.
Je secouai la tête, je ne voulais pas lui dire.
- Bella, tu ne me laisses pas lire dans tes pensées. Je ne peux pas t'aider si tu ne me dis pas.
- C'est …
- Compliqué, continua Edward. C'est toujours compliqué avec toi. Ce serait peut-être plus simple qui tu te confiais un peu plus.
Je rougis jusqu'aux oreilles et baissai les yeux. Il me souleva le menton et planta son regard dans le mien.
- Quand j'ai envie de te dire quelque chose, je te le dis Bella. Et je n'ai pas peur de mes pensées et de mes émotions. Personne ne se moquera de toi.
- Je ne sais pas faire cela.
- Tu sais le faire mais tu n'oses pas.
- Tu es dur avec moi. Je suis encore convalescente, je te rappelle.
- C'était ton choix. Tu ne peux pas demander d'être compatissant.
Il avait un large sourire. Je le trouvai fascinant. J'étais irrémédiablement attirée par lui, mon visage s'approchant du sien sans que je m'en rende compte. Je sentis son souffle sur ma peau, son odeur qui envahissait tous mes sens. Je ne pouvais plus me passer de lui.
La porte s'ouvrit alors d'un coup et Alice bondit dans la chambre.
- Bella, tu es réveillée.
Je bondis en arrière et me cachai le visage des mains en riant de confusion.
- Alice, grogna Edward, visiblement en colère. Tu pourrais frapper avant d'entrer.
- Tu veux plaisanter, s'exclama-t-elle avant de se retourner vers moi. Tu sais qu'il nous a interdit l'accès de sa chambre. Carlisle était le seul à pouvoir rentrer.
- Quel monstre ! m'indignai-je en le regardant d'un air moqueur.
- N'est-ce pas ? Mais maintenant que tu vas bien, on va pouvoir à nouveau faire les boutiques.
- Elle n'est même pas encore debout, Alice, s'indigna son frère.
- C'est l'affaire de quelques jours. On va faire une fête pour célébrer la guérison de Tulsa.
- Non, non, gémis-je. Pas de fête. Je ne veux pas que Tulsa sache.
- Mais non, on lui fera croire que c'est Carlisle qui l'a sauvée. Tu ne t'occupes de rien, la seule chose qui importe, c'est que tu sois sur pied.
Elle m'embrassa sur la joue et ressortit aussi sec. Je restai bouche bée.
- C'est définitif, m'exclamai-je. Je déteste ta sœur.
Edward s'esclaffa de rire.
- Alice est Alice. Quand elle a une idée derrière la tête, il est difficile de lui faire changer d'avis.
Dès le lendemain, je me levai et fit quelques pas, bien que j'eus l'impression qu'Edward me portait plus que ce que je me tenais toute seule. Nous avançâmes ensemble dans la chambre. Arrivés devant sa chaîne hi-fi, j'appuyai sur le bouton on et Mozart commença sa mélodie. Je me retournai vers lui et lui pris la main. Nous dansâmes doucement. Je pouvais maintenant plonger mon regard dans le sien, plus confiante en moi, plus confiante en lui. Il avait un petit sourire ravageur, un de ces sourires de cinéma qui vous font chavirer le cœur. Mais bien vite, mes jambes me lâchèrent et je me collai à lui. Son visage était tellement proche du mien que nos nez se frôlèrent. Mon cœur s'emballa à nouveau, comme un taureau dans une arène.
- Désolée, lui dis-je, effrayée par mes sensations.
- Pas moi, me répondit-il, satisfait de ma réaction.
Il me prit dans ses bras set me recoucha dans le lit.
Le jour suivant, je pus me lever toute seule et prendre une douche. Je descendis en bas rejoindre le reste de la famille Cullen, suivie de près par mon ange gardien qui jouait toujours les gardes du corps. Tout le monde m'accueillit avec un large sourire.
- Alors, mère Térésa, on daigne enfin descendre vers le bas peuple, me lança Emmett.
Esmé lui donna un coup de coude.
- Tais-toi, Emmet, lui ordonna-t-elle. Bella, nous sommes ravis de voir que tu vas mieux.
- Merci, Esmé, répondis-je en lançant une grimace à Emmett.
Je m'assis sur le canapé. Edward arrangea les coussins derrière mon dos et m'apporta un morceau de pizza. Je souris devant tant de sollicitude et j'entendis Emmett et Jasper ricaner à l'arrière. Edward les ignora totalement et ne se concentrait que sur moi.
Alice entra alors, toujours aussi joyeuse. Elle semblait sautiller dans la pièce avec la grâce d'une petite fée.
- Ah Bella, tu es debout. C'est parfait, je peux enfin te voir sans demander l'autorisation à ton chien de garde – elle lança un regard noir vers son frère qui restait toujours inexpressif – J'ai besoin de ton aide : émeraude ou turquoise ?
- Quoi…donc ? balbutiai-je déroutée par sa question qui n'avait aucun sens pour moi.
- La couleur que tu préfères pour la fête : émeraude ou turquoise ? répéta-t-elle.
- C'est en effet une question fondamentale, admis-je un peu incrédule devant son insistance.
Le reste de la famille Cullen pouffa mais elle ne releva pas.
- Je choisirai donc turquoise , dit-elle. Il va falloir acheter une robe avant dimanche.
Il me fallut quelques fractions de seconde pour réaliser ce qu'elle était en train de me dire. Ma tête bourdonnait sous l'effort que j'avais du faire pour descendre et je n'étais pas aussi rapide qu'à l'ordinaire.
- Dimanche, sursautai-je.
- Oui ! C'est le jour de la fête. Tu ne comptes pas y assister habiller en jean et en tee-shirt tout de même.
Edward me prit la main pour me calmer. Je la serrai le plus fort que je pus, tentant de ne pas paniquer et de rationaliser les informations que sa sœur me transmettait.
- Mais nous sommes quel jour ?, demandai-je en me tournant vers lui.
- Mercredi, me répondit-il avec douceur.
- Quatre jours ! hurlai-je.
Derrière moi, j'entendis cette fois ricaner ouvertement.
- Oh ! Alors mère Teresa se dégonfle, lança Emmett, cynique.
Je me tournai vers lui et lui jeta un regard noir.
- Emmett ! Fous moi la paix et va chasser les rats ! aboyai-je.
Cette fois-ci, les rires se retournèrent vers le grand brun qui haussa les épaules. Mais il ne semblait pas fâcher. Après tout, c'était de bonne guerre.
- Allez, ça suffit, interrompit Edwards. Viens ! On a se balader.
Il m'entraîna vers la forêt. Le froid de décembre était vif. Il piquait le visage, ouvrait les bronchioles de mes poumons, s'engouffrait dedans et me vivifiait. J'adorai cela. Nous marchâmes quelques minutes à peine puis il m'installa sur un tronc d'arbre et s'agenouilla devant moi.
- Je suis désolé de leur réaction, me dit-il. Nous avons tous vécu sous tension durant ces trois semaines et c'est leur façon de décompresser.
- Ne t'excuse pas. C'est la première fois qu'ils ne me regardent pas comme une bête curieuse. Ils m'ont parlé comme ils se parlent entre eux.
Il sourit.
- Perspicace avec ça, jeta-t-il.
Je posai ma tête sur son épaule et il entoura ses mains autour de mon cou.
- Je ne veux pas aller à cette fête, Edward. Je déteste être le centre d'intérêt.
- Je te promets que nous n'y resterons pas longtemps. Tu dis bonjour à Tulsa et ses parents, tu laisses Alice faire son cinéma et je te promets que vingt minutes plus tard, tu seras dehors à admirer le paysage.
Je respirai un grand coup. Dis comme cela, cela ne paraissait pas aussi effrayant.
- C'est la façon de décompresser d'Alice, répondis-je en signe d'acquiescement.
- Tu as tout compris, ironisa-t-il.
- Je suis désolée, Edward. Je n'avais pas imaginé…- Je cherchai mes mots pour expliquer ce que je ressentais – Lorsque les autres fois, j'avais pris la décision d'utiliser cette capacité là, je m'étais ensuite terrée dans un bois et j'avais géré cela toute seule. Je ne pensai pas que mes décisions puissent avoir des conséquences sur d'autres personnes que moi et celle que j'avais sauvé. Je suis sincèrement désolée.
Il me releva le menton et plongea à nouveau son regard dans le mien.
- Eh ! Arrête de t'excuser, Bella, me murmura-t-il. Il n'y a pas mort d'hommes.
Mes lèvres se relevèrent imperceptiblement.
- Ce que tu as fait, peu de vampires avant toi en aurait été capable. A part Carlisle, je ne connais pas beaucoup d'entre nous qui montre une telle compassion envers les humains. Même si nous avons décidé de ne plus les tuer pour nous nourrir, nous l'avons fait avant tout pour nous-même, pour ne pas nous sentir des monstres. Nous ne l'avons pas fait pour eux. Ton geste était purement gratuit. Tu n'en as retiré aucun bénéfice.
Je pris sa main pour qu'il me lâche le menton et je baissai la tête. Ses compliments me gênaient affreusement et je me sentis rougir des pieds à la tête.
- Tu es quelqu'un de formidable, Bella. Il faut que tu apprennes à faire confiance aux autres.
Je le regardai à nouveau :
- Ca commence à venir, chuchotai-je.
