Chapitre 9 : la fête
Alice m'emmena à Port Angeles, pour me trouver la tenue qu'elle estimait aller le mieux. Elle avait réussi, pour mon malheur, à persuader Edward de nous laisser nous y rendre entre filles. Je n'osai pas avouer qu'une seule minute sans son absence était un véritable supplice.
Mais j'essayai de faire bonne figure. Elle était folle de joie de me faire essayer des dizaines de robes et d'ensembles. Elle opta finalement pour une robe noire évasée à la taille à ma manche, mi-longue. Même si j'étais embarrassée de tant d'attention, j'admis qu'elle avait bon goût.
Lorsque nous revînmes le soir à la maison des Cullen, Edward m'attendait dans le salon. Il jouait au piano. Je m'assis à côté de lui et regardait ses longs doigts parcourir les touches noires et blanches avec à la fois une douceur et une rapidité étonnante. C'était une douce sonate. La proximité de son corps, la musique envoûtante, mon cœur à nouveau s'emballa d'être à ses côtés.
Je me levai d'un bond et regardai par la fenêtre. Alors qu'auparavant, je n'arrivai plus à maîtriser mes émotions lorsqu'il me touchait, maintenant, je n'y parvenais plus du tout. Il était devenu un obsession pour moi, une sorte de drogue. J'étais en manque en permanence. Je revoyais sans cesse devant mes yeux les rêves que j'avais fait durant mon alitement, le corps d'Edward m'enlaçant langoureusement, ses lèvres emprisonnant les miennes, ses mains caressant ma peau.
Je devais trouver une solution avant que mes sensations me dévorent.
- Ca va ? m'interrogea-il
Il s'était arrêté de jouer et s'était approché de moi.
- Ca va, soufflai-je fasciné par le parfum de sa peau. La balade m'a fatiguée. Je monte me reposer.
Je partis sans doute un peu trop précipitamment. Je m'enfermai dans la chambre d'ami et m'assit sur le canapé, la tête entre mes mains. Quelle solution trouver ? Lui avouer mes sentiments, lui dire que je l'aimais, que mon désir de lui était tellement fort que sa simple présence m'électrisait et me faisait perdre tout contrôle de moi-même. Ma timidité ne me permettrait pas de lui avouer le centième de ce que j'étais en train de penser. Continuer à vivre avec ce calvaire permanent, me ridiculisant à chacune de nos présences. Ce n'était pas vivable non plus.
Quelqu'un frappa alors à la porte. Carlisle entra.
- Je peux entrer, me demanda-t-il.
J'acquiesçai.
- Je suis venu voir comment tu te rétablis, me dit-il.
- Je vais bien, il n'y a pas de soucis.
- Ce n'est pas ce que prêtant Edward.
- Oh ! fis-je simplement.
Il avait un stéthoscope à la main mais mon regard féroce lui fit comprendre qu'il ne devait pas me toucher. Il le posa sur la table et sourit. Je n'avais pas besoin de lire ses pensées. Il avait certainement remarqué que j'acceptais le contact d'Edward alors que je refusai celui des autres vampires mâles. Il n'y avait peut-être qu'Edward pour ne pas le remarquer.
- Il dit que tu as des réactions bizarres depuis deux ou trois jours, continua-t-il. Il se demande si tu ne lui caches pas quelque chose. As-tu encore des douleurs ?
- Non, aucune douleur. C'est du passé maintenant. Mais j'ai des idées confuses et du mal à raisonner…parfois. La fatigue sans doute, me hâtai-je de trouver comme excuse.
- Je me rendis vite compte à son expression qu'il ne me croyait absolument pas.
- Je crois que je ne te suis d'aucune utilité, conclut-il. Peut-être devrais-tu parler avec Esmé ?
Je secouai la tête. Je n'avais envie de parler avec personne. J'étais bien trop honteuse de mes réactions ? Je décidai de changer de conversation.
- Dis-moi Carlisle, tu les connais bien les Volturi ?
- Un peu. Lorsque j'étais un jeune vampire, je me suis beaucoup cherché. Les Volturi m'ont aidé à maîtriser certaines de mes « réactions »
- Je vois, dis-je simplement.
- Mais, nous n'avions pas la même façon de voir notre vie, surtout au niveau alimentaire. Alors je suis parti. Et toi aussi, tu sembles les connaître ?
- Je les ai rencontrés, il y a très longtemps. J'ai autrefois connu celui qui les a transformés.
Carlisle fronça les sourcils.
- Les Volturi sont les plus anciens vampires que je connaisse.
Je ne relevai pas et continuai :
- Je ne les appréciais pas beaucoup. Trop hautains, trop possessifs.
- La notion de clan, se rappela Carlisle.
- Les Volturi sont pires que cela. Ils sélectionnent les vampires qui méritent de vivre et ceux qui doivent mourir. Et si leur jugement est parfois valable, il y a parfois, souvent, la crainte d'être surpassés.
- Je comprends, acquiesça Carlisle. C'est en effet quelque chose dont je m'étais aperçu. Mais quand as-tu rencontré les Volturi ?
Je fronçais les sourcils pour réfléchir.
- C'était durant l'inquisition en Italie.
- Le moyen âge réfléchit Carlisle pour lui-même.
- La chasse aux sorcières, continuai-je perdue dans mes souvenirs.
Je revoyais les trois vampires complotés contre moi avec l'aide involontaire de l'Eglise. J'eus un sourire mauvais en me rappelant la peur panique que je leur avais fait subir pour avoir voulu me faire brûler sur le bûcher de la sorcellerie. Carlisle m'observait, tentant de deviner les images qui me traversaient l'esprit.
- Les Volturi ont-ils tenté de te piéger ?
- Ils en ont été pour leur frais, répondis-je un peu sèchement.
Il soupira.
De toute façon, nous ne reverrons plus les Volturi avant longtemps. Ils sortent rarement d'Italie.
Le dimanche arriva enfin. Lorsque je descendis dans la salle le matin, je la trouvai métamorphosée. Une grande table décorée de nappe turquoise et de serviettes vertes trônait au centre. Des bouquets de fleurs décoraient chaque recoin de la pièce. Alice avait le sens de la décoration. C'était somptueux. La jeune vampire s'activait, affichant un large sourire en m'apercevant.
- Va te préparer, me dit elle. Ils arrivent dans deux heures.
Je montai prendre ma douche et enfilai ma robe. Le reste de la famille Cullen s'était enfermé dans leur chambre. Lorsque Alice entreprenait ce genre de préparatifs, tout le monde se cachait pour éviter ses sautes d'humeur.
Edward vint me voir plus tard. Il resta sur le pas de la porte.
- Tu es magnifique, me complimenta-t-il.
- Il faut remercier Alice, tentai-je de dire sur un ton neutre. C'est elle qui a choisi la robe.
- Nous allons bientôt descendre. Elle les a vus arriver.
La panique me saisit à nouveau. Je pris une profonde respiration.
- Je me demande si je ne préfère pas mes trois semaines de coma à cette journée.
- Pas moi, dit-il d'un ton catégorique. Plus jamais ça, Bella. Pitié !
Je le réconfortai en souriant.
- Je vais laisser quelques centaines d'années avant la prochaine fois, c'est promis.
Son front se plissa. Visiblement, ce n'était pas suffisant. J'aperçus par la fenêtre de la chambre une voiture se garer devant la maison. Mon cœur fit un hoquet et je me mis à hyper ventiler.
- De toute façon, la fête n'est pas pour moi mais pour Tulsa, dis-je pour me rassurer.
- Tout à fait, admit-il.
- Et tout le monde est convaincu que c'est Carlisle qui a trouvé le bon traitement.
- doute là-dessus.
Je me passai la main sur le front et je me retournai vers Edward.
- Pas plus de vingt minutes ? le suppliai-je
Il ria et me tira par la main pour que je le suive dans la salle.
Alice n'avait pas fait les choses à moitié. Non seulement, elle avait invité la famille de Tulsa – qui était assez grande – mais aussi une partie du personnel de l'hôpital, bien heureux de pouvoir enfin visiter la maison du docteur Cullen. Bref, en une demi-heure, une cinquantaine de personnes envahirent la salle qui pouvait largement les accueillir.
Je trouvai Tulsa en bonne santé : seul son bandana blanc et noir qui cachait son crâne rasé témoignait encore de son ancienne maladie. Elle avait le visage rayonnant bien qu'un peu intimidée par tout ce tapage.
Je tentai de rester à l'écart mais Alice vint me mettre au centre de la pièce et me présenta à tout le monde. Mais les gens n'en avait que pour Tulsa ou le docteur Cullen, les deux héros de la journée. Celui-ci semblait d'ailleurs un peu embarrassé. Après que tous se soient présentés, ils se jetèrent sur le buffet, magnifiquement décoré et très attractif.
Carlisle s'approcha alors du reste des Cullen avec lesquels je m'étais réfugiée.
- Je suis très gêné. Ce n'est pas moi qui ai sauvé Tulsa, déclara-t-il.
- Le premier qui dit quoi que ce soit à cet enfant à mon sujet, je lui arrache les yeux à la petite cuillère, lançai-je soudain affolée.
Tous éclatèrent de rire mais je n'étais qu'à moitié rassurée. Tulsa fut ensevelie de cadeaux. Elle avait le sourire radieux d'une enfant qui avait enfin la vie devant elle. Et c'était pour moi la seule chose qui comptait. Je m'assis dans un coin et je la regardais dévorer une énorme tranche de gâteau et engloutir un soda.
Edward me rejoint. Je pris sa main dans la mienne et nous restâmes ainsi quelques minutes à l'admirer. C'était cela pour moi le bonheur : voir les gens heureux.
Elle se tourna alors vers moi et s'approcha. Elle se pencha à mon oreille.
- Tu sais, me dit-elle. Je me souviens très bien que c'est toi qui m'as guérie même si tu veux faire croire à ma maman que c'est Carlisle. Merci beaucoup. Ma maman, elle aurait été très triste si j'étais morte tu sais.
Elle me fit un bisou sur la joue et repartit vers sa mère.
Les larmes me montèrent aux yeux. Edward m'observa, visiblement satisfait. Je baissai les yeux.
- Bon, les vingt minutes sont largement dépassées, lui fis-je remarquée.
Il sourit et m'ouvrit la porte. Le ciel était gris, comme presque tous les jours à Forks. Une petite pluie fine glaciale tombait contre les verrières de la maison sans faire de bruit. Comme d'habitude, nous marchâmes droit vers la forêt en face de la porte d'entrée. Elle était devenue notre lieu de discussion, d'échanges, un refuge où personne ne pouvait nous voir ni nous entendre. Je m'adossais à un arbre, Edward à côté de moi.
- Cette gamine est très perspicace, commença-t-il.
Je notai une légère inquiétude dans le ton de sa voix. Avait-il peur que Tulsa ne dévoile notre secret ?
- Oui, les enfants le sont souvent plus que les adultes. En grandissant, elle oubliera ou réalisera que tout ceci n'était pas plausible. Ca se passe toujours comme cela.
Je levai la tête et nos regards se croisèrent. Je me noyai dedans, incapable de résister, incapable de me contrôler. J'étais à la fois fascinée par mes propres sentiments et effrayée par cette sensation. J'aurais pu faire n'importe quoi pour Edward Cullen. J'avais le sentiment d'être dominer par ces pensées envahissantes. Mais d'un autre côté, lui ne me demandait rien. Il ne m'avait jamais donné d'ordres, n'avait jamais tenter de m'asservir. Il n'avait jamais été comme les autres que j'avais croisé tout au long de mon existence.
- A quoi penses-tu, me demanda-t-il.
Un pli apparut sur mon front, tentant de rassembler mes idées. Je pris une profonde respiration.
- Est-ce que j'ai parlé durant mon coma ?
Il eut un petit sourire.
- Je croyais que tu voulais que j'oublie.
Mais je ne répondis pas à son sourire et il comprit que ma question était sérieuse :
- Souvent.
Le mot me fit paniquer.
- Qu'est ce que j'ai dit ?
- Tu as prononcé mon nom, plusieurs fois et d'autres aussi : Clélia, Alésio, Cléon
Je frissonnai à l'évocation de ces fantômes ressurgis de mon passé.
- Mauvais souvenirs si j'ai bien compris, murmura-t-il.
J'acquiesçai. Il continua :
- Mais certains de tes rêves ont paru plus heureux – il fronça les sourcils, réfléchissant à ses mots – parfois même excitants.
Je fixai ses lèvres quand il prononça ce mot et je vis un flash de ce moment, l'embrassant à pleine bouche, passionnément.
- As-tu vu ce dont je rêvais ?, lui demandai-je, la voix soudain étranglée par l'émotion.
- Non. Je n'ai eu accès à ton esprit que lorsque la douleur était trop vive.
Je me mordis les lèvres, déçue qu'il n'est pas vu ce que je désirai, cherchant désespérément pour trouver le moyen de savoir qu'il était d'accord. Je le sentais à la fois si proche de moi et si loin.
- Certains de ces rêves me reviennent depuis trois jours et j'ai du mal à mettre de l'ordre dans mes pensées, lui expliquai-je.
Je me tournai vers lui et je compris bien à cette expression incrédule qu'il ne comprenait pas ce que je lui disais. Je me rapprochai lentement, absorbée par ses lèvres qui semblaient m'attirer comme un aimant.
- Tu as mal ? me demanda-t-il.
- Non, ça n'a rien de douloureux. Mais c'est difficilement… contrôlable.
Je pris une petite respiration. Je ne voulais pas voir ses yeux, je ne voulais pas lire dans son esprit, j'avais peur de ce que j'allais y découvrir et je ne fixais que ses lèvres. Je m'approchai encore un peu, mes genoux touchant les siens, nos corps se frôlant.
- Il y en a un surtout qui me revient souvent et… j'aimerai essayer quelque chose…
