Chapitre 12 : les Volturi
Je me mis à courir vers la cabane. Nous récupérâmes les clefs de la voiture et nous filâmes vers le parking. Quelques minutes plus tard, Edwards démarrait en trombe et dévalait à toute vitesse la départementale.
- Qui leur fait du mal ? me demanda-t-il alors, complètement paniqué.
- Les Volturi. Je ne sais pas comment mais ils ont senti l'énergie que j'ai dégagé pour sauver Tulsa. Ils veulent savoir qui a fait ça. Ils ont peur que soit apparu un vampire plus puissant qu'eux. Ils veulent se débarrasser de lui.
- Tu es en danger, Bella. Tu ne dois pas venir avec moi.
- Je connais les Volturi. Ils ne me font pas mal. Et il est hors de question que je les laisse détruire les Cullen.
Une sourde colère monta en moi. Mes mains se crispèrent sur le siège. Mon cœur ralentit jusqu'à s'interrompre.
- C'est de ma faute, grognai-je, la fureur perçant à travers mes mots. Ils vont mourir par ma faute.
- Nous allons arriver à temps, me rassura Edward. Ce n'est pas de ta faute, ce n'est la faute de personne.
Edward me regarda et eut un mouvement de surprise. Ma transformation était spectaculaire lorsque la colère s'emparait de moi. De l'humaine craintive que j'étais, je devenais une véritable vampire. Ma peau devenait blanche, quasiment translucide. Mon sang stoppait dans mes veines, apparaissait à certains endroits de mes mains et de mon visage sous forme de filaments bleutés.
J'avais toujours vu une grand frayeur chez tous ceux qui m'avaient connue ainsi. Je devenais un véritable monstre de violence.
- Que t'arrive-t-il, Bella ?, me demanda-t-il inquiet.
- Il est hors de question qu'ils fassent du mal à ta famille. Je ne leur permettrais pas , lâchai-je d'une voix dure et autoritaire. Tu restes derrière moi et tu n'interviens pas.
- Les Volturi sont dangereux. Ce sont les vampires les plus puissants que Carlisle ait rencontrés.
- Ce ne sont que de vulgaires insectes. Je les écraserai, ricanai-je.
Ma voix maintenant avait changé. Elle était dure, métallique. Je voyais la famille Cullen au grand complet devant cette femme. Aro, en retrait, se cachait dans la forêt pour ne pas être vu de Carlisle. Elle leur demandait qui avait dégagé cette énergie. Carlisle lui répondit qu'ils avaient sauvé une enfant humaine de la mort. La femme renouvela sa question, se fichant éperdument du pourquoi. Elle voulait savoir le qui et le comment. Il affirma que le vampire en question avait quitté la maison et ne reviendrait jamais, qu'il n'était que de passage à Forks
La femme eut un sourire mauvais. Il se moquait d'elle, c'était certain. Comment pouvait-il penser qu'elle allait croire une histoire aussi stupide. Mais elle avait les moyens de lui soutirer les informations dont elle avait besoin. Elle le connaissait bien. D'autres lui avaient vanté le courage du docteur Cullen, son empathie pour les humains. Et ils lui avaient aussi dévoilé ses faiblesses. Il s'en fichait de souffrir mais il ne supportait pas de voir les autres souffrir.
Emmett s'écroula alors à terre, tremblant de douleur. Rosalie et Esmé se précipitèrent vers lui en hurlant. Carlisle était désemparé.
- Stop, hurlai-je. Arrête la voiture.
Edwards appuya à fond sur la pédale d'arrêt. Les pneus crissèrent sur le bitume, dégageant une fumée grisâtre.
J'ouvris la portière et courut à toute vitesse vers la maison des Cullen à travers bois. Mes pieds semblaient à peine frôler le sol, une ombre filante dans la forêt.
Il me fallut moins d'une minute pour arriver et me planter devant la femme vampire.
Surprise, elle recula d'un pas et arrêta de torturer Emmett. Je plongeai mon regard dans le sien, de rage et me délecta durant quelques secondes de la peur que je lui procurai.
Puis lentement, je me retrouvai vers les Cullen. Emmett était toujours allongé mais il était encore vivant et conscient. Tous me regardaient, effarés. Je savais ce qu'ils voyaient : une vampire dans toute sa splendeur, d'une blancheur presque éclatante, les veines des mains et des tempes apparaissant fugacement sous forme de traits bleus, les cheveux noirs de jais, la pupille de mes yeux sombre, brillante dans mon regard froid.
Je me retournai à nouveau vers la femme.
- Ainsi tu es le nouveau chien de garde de Aro, lui dis-je d'un ton grinçant.
- Qui es-tu ?, m'interrogea-t-elle, tentant de dissimulée tant bien que mal l'agitation qui régnait dans son esprit.
- Je suis celle que tu cherches. Et maintenant, pauvre petit rocket, que comptes-tu faire ?
J'avais touché son amour propre et je sentis son esprit tenter de provoquer la même douleur que pour Emmett. Je retournai son pouvoir contre elle et lentement, elle se mit à genoux, se tenant la tête entre les mains, hurlant de douleur.
Derrière moi, j'entendis la voiture s'arrêter et Edward sortir. Il courut vers moi mais Carlisle le stoppa.
- Laisse-la finir, lui dit-il. Je crois qu'elle pourrait te faire du mal sans le désirer.
Je ne m'en souciai pas et continuai à m'acharner sur la femme.
- Alors Aro, continuai-je un peu plus fort. Vas-tu venir aider ta protégée ou préfères-tu rester cacher comme un couard ?
Il y eut quelques instants de silence puis un vampire s'avança vers sa collègue.
- Arrête de vouloir lui faire du mal et la douleur s'arrêtera, Jane. Elle ne fait que te renvoyer ton don.
Jane s'écroula à terre, visiblement épuisée par ce qu'elle venait d'éprouver. Aro se redressa alors et me toisa. Il n'avait pas changé au cours de ces neuf cents dernières années ou je ne l'avais vu. Toujours le même regard hautain, le même visage anguleux entouré de longs cheveux noirs, les joues creusées, le corps squelettique emprisonné dans un long manteau noir qui lui donnait un air de mort vivant.
- Bella, me salua-t-il. J'aurai du m'en douter. Seule une Alpha pouvait créer une telle énergie.
Je frissonnai au titre qu'il m'avait affublée : je l'exécrai.
- Ainsi donc, tu as crée ton propre clan. Je suis déçu. Je pensai être un meilleur parti que Carlisle et ses acolytes.
- Je n'ai aucun clan, précisai-je. Comme le docteur Cullen l'a précisé à ton cloporte apprivoisé, je suis invitée pour un certain temps.
Aro eut un petit sourire crispé.
- Ainsi, ils ne t'appartiennent pas.
- sont aussi libres que toi et moi. Personne ne m'appartient et je n'appartiens à personne.
Il hésita quelques secondes.
- Tu oublies Cléon, murmura-t-il.
Je retroussai mes lèvres et poussai un grognement de rage.
- Je n'appartiens à personne, répétai-je.
- Cela fait combien de temps que tu ne l'as pas vu, cinq mille, dix mille ans. Tu dois lui manquer. Après tout, vous êtes les derniers survivants des vampires originaux. Vous êtes nos ancêtres, en quelque sorte. Que penserait-il s'il te voyait te lier d'amitié avec des…débutants.
Sa voix mielleuse cachait mal son arrogance. Je le trouvai pathétique. J'inclinai la tête et plissai des yeux.
- Que cherches-tu à faire, Aro? Penses-tu vraiment que toi, pauvre larve, tu puisses me faire peur ?
Aro blêmit de haine.
- Penses-tu que Cléon va venir te sauver de moi ? Sombre idiot, vous lui importez si peu.
- Il nous a crées, grogna-t-il. Il nous a tout appris.
- Il s'est amusé de vous durant quelques temps. Et puis comme d'habitude, il s'est lassé de ses jouets et il est parti. Il doit à peine se souvenir de vous maintenant. Vous ne devez votre survie qu'à l'illusion que vous avez su donner. Vous avez fait croire que vous étiez la lignée royale, les plus vieux vampires qui existent sur terre. Vous avez inventé des règles de vie que vous enfreignez à longueur de temps pour continuer à assurer votre suprématie. Mais en fait, vous êtes faibles.
Aro râla mais ne répondit pas.
- Peu importe ce qu'a fait Cléon, autrefois. Il n'est pas là et il ne viendra pas. Alors écoute-moi bien toi et tes deux compagnons de misère.
Par la force de mon esprit, je le projetai contre un tronc d'arbres. Ses os craquèrent sous l'impact. Je fis un bond prodigieux pour le rejoindre et je collai mon visage au mien, sentant son odeur nauséabonde. Je voulais qu'il lise ma colère, qu'il sente ma supériorité sur lui, qu'il imagine tout le mal que je pouvais lui faire, la douleur qu'il devrait endurer…
…Je voulais qu'il est peur.
- Ne vous approchez plus jamais des Cullen. Si jamais l'un des Volturi ou un de vos sbires tente ne serait-ce que d'envisager de leur faire du mal, je vous écrase la tête.
J'avais prononcé ces mots avec une froideur qui cachait mal ma fureur.
Je l'enfonçai un peu plus profondément dans le tronc, les os de son crâne compressés dans un étau. Il poussa un petit gémissement. Je relâchai alors mon étreinte.
Aro s'effondra à terre. Je me retournai vers Jane qui s'était relevée et n'osait pas bouger, terrifiée par ce que je venais de faire.
- Récupère ton maître. Nous ne voulons plus jamais vous revoir ici.
Doucement, la tête baissée, elle vint vers nous. Elle mit le bras de Aro sur son épaule et l'aida à le porter. Ils disparurent derrière les arbres.
Un silence de mort s'établit. Je continuai à les suivre afin d'être bien certaine qu'ils exécutaient mes ordres. Je sentais leurs odeurs s'éloigner, je voyais leur ombre se dissiper, j'entendais leur peur qui les poussait à partir le plus vite possible.
Carlisle relâcha alors Edward qui accourut vers moi. Mais je tendis le bras vers lui et lui indiqua de ne pas m'approcher. Il s'arrêta à quelques mètres de moi, le regard fou de douleur, attendant que j'accepte qu'il me touche.
Mais je voulais être sûre qu'il n'y avait plus de danger avant de me calmer. Je voulais être sûre que la distance entre les Volturi et nous soit suffisante. De longues minutes s'écoulèrent. Puis enfin, je fermai les yeux et respirai plus tranquillement. J'ordonnai à mon cœur de battre à nouveau et ma peau reprit peu à peu sa couleur rosée. Le noir disparut de mes yeux et mes iris redevinrent bruns.
Je tournai la paume de ma main pour l'inviter à venir. Il me prit dans ses bras et me serra à m'étouffer. Nous ne parlâmes pas durant un long moment, mon visage enfoui dans son épaule.
- Je suis désolée, gémis-je enfin. Je ne voulais pas tu me vois comme ça.
- Chut ! murmura-t-il. Calme toi. Tout va bien.
- Je ne voulais pas tu me vois comme ça, répétai-je. Je suis un monstre.
- Non, tu n'es pas un monstre, Bella. Tu as sauvé tout notre famille. Calme-toi. Je t'aime mon amour.
Alors je me mis à pleurer, évacuant ma colère par les larmes. Edward me berça doucement, me répétant sans cesse que tout allait bien, qu'il m'aimait.
Je parvins enfin à me ressaisir. Je séchai mes larmes du revers de ma main.
- Comment va Emmett ?, demandai-je en me retournant vers lui.
- Il va bien, ne t'inquiète pas.
Le reste de la famille était autour de lui et nous regardait. Leur visage n'exprimait plus de frayeur maintenant mais plutôt une grande perplexité.
- Allez, viens ! On va les rejoindre, me dit doucement Edward.
Je n'avais plus le courage de réfléchir et je lui suivis docilement. Jasper et Carlisle aidèrent Emmet à se relever et nous rentrâmes tous dans la maison. Ils l'assirent sur un canapé. Je me mis en face de lui. Je ne pouvais le quitter des yeux. Je voulais être sûre qu'il était bien vivant, que ce n'était pas un rêve ni une hallucination.
- Ca va ? lui demandais-je.
- Ca va, répondit-il, pas très rassuré.
Edward s'assit à côté de moi et mis son bras autour de mes épaules.
- C'était Aro Volturi, demanda-t-il à Carlisle.
- Oui. Alice nous avait prévenus de sa visite mais elle n'arrivait à voir ce qui se déroulait ensuite.
- Alice ne peut pas voir un avenir dans lequel je me trouve, expliquai-je en continuant à fixer Emmet qui n'osait pas bouger.
- Sans doute, estima Carlisle. Et vous, comment avez-vous su ?
- Bella a eu une vision, expliqua Edouard. Enfin, je crois !
Carlisle se tourna vers moi.
- Qu'as-tu vu, Bella ? me demanda-t-il.
Mais je n'écoutai pas ce qu'il me disait et je ne pouvais détacher mon regard d'Emmett.
- Ca va ? lui demandai-je une seconde fois.
Edward se pencha doucement vers moi. Il chuchota à mon oreille.
- Il va bien Bella. Tout le monde va bien. Il n'y a plus de danger.
Je fermai alors les yeux et frottai mes mains sur mon front. J'avais du mal à raisonner.
- J'ai vu cette femme, Jane et Aro, répondis-je. J'ai vu Emmett à terre qui hurlait de douleur et Rosalie morte. J'ai vu Alice qui pleurait du sang. Tout ce sang, de partout !
Edward me berça à nouveau, me chuchotant de me calmer. Tous les autres restèrent silencieux. Je finis par poser mon front contre le sien et à lui faire un petit sourire.
Je regardai à nouveau Emmett. Il avait repris contenance.
- Tout va bien, sœurette. Je vais juste éviter de faire un bras de fer avec toi.
Je souris.
- Je suis désolée. Je ne voulais pas que vous me voyez comme ça.
- Tu n'as pas à t'excuser. Bella, lança Esmé. Tu nous as tous sauvé la vie.
- C'est de ma faute. Aro ne serait jamais venu si je n'avais pas guéri Tulsa.
- Bon sang, s'indigna-t-elle. Tu ne peux pas t'en vouloir d'avoir sauvée cette gamine.
Je me tus, fronçant les sourcils, indécise. Alice s'assit alors à côté de moi.
- Qui est Cléon ?, me demanda-t-elle.
Edward explosa :
- La ferme, Alice ! Ce n'est vraiment pas le moment !
Je lui pris la main et la posai sur mes genoux.
- Non, Vous avez le droit de savoir.
Je pris une grande respiration. Je regardai sa main, la caressant du doigt pour me donne une contenance et commençai mon récit :
