Chapitre 16 : transformation

Les Cullen écoutèrent en silence mon histoire. Je lus l'inquiétude grandir dans leur regard.

- Quelle idiote, me lança Rosalie. Tu avais besoin de côtoyer des humains.

- C'est de ma faute, intervint Edward, irrité par l'attitude de sa sœur. C'est moi qui l'ai incité à se faire d'autres amis durant notre absence.

- J'aurai du mieux me renseigner, m'excusai-je. Si j'avais su que nous allions à La Push et que j'en avais parlé à Edward, tout ceci ne serait jamais arrivé.

- Ca suffit, coupa Carlisle. Cela ne sert à rien de chercher des coupables. Il va falloir réfléchir à ce que nous allons faire. Bella, tu m'as dit que ces trois Quileutes ne s'étaient pas rendu compte que tu étais une vampire.

- Exact, confirmai-je. Mais je ne me fais aucune illusion. Après mon attitude envers Jacob, ils vont poser des questions aux autres lycéens. Et ils vont vite savoir que j'habite ici. Je sais que les lycaons détestent les vampires et réciproquement . C'était déjà le cas avant ma transformation.

- Bien. C'est moi qui leur parlerait. Vous restez en retrait Edward lira dans mon esprit et transmettra les informations.

- Je peux tous nous mettre en connexion, lui dis-je. Comme ça, nous pourrons nous parler sans que les Quileute nous entendent.

Carlisle me sourit, toujours surpris par mes capacités.

- Très bien. Et surtout du calme.

Nous sortîmes de la maison pour les accueillir à l'orée de la forêt. Edward se plaça derrière moi, près à bondir si quelqu'un tentait de me faire du mal.

Bientôt, huit indiens apparurent alors à travers les arbres et stoppèrent à trois ou quatre mètres de nous. Je reconnus Sam, Paul et Jacob. Ce dernier m'adressa un petit sourire. Je sentis Edward se serrer un peu plus contre moi.

Je fermai les yeux et me concentra pour connecter tous les Cullen entre eux. C'était comme souffler pour gonfler une grande bulle qui nous englobait tous.

- -Edward ! pensai-je. Calme-toi ! Tu ne vas pas commencer à te mettre en colère pour un sourire ?

- Tu ne lis pas dans son esprit. Ce chien galeux s'est entiché de toi. Qu'il te touche serait-ce qu'avec un doigt et je le réduis en morceaux.

Nous entendîmes pouffer. Ce devait être Emmett : il n'y avait que lui pour trouver quelque chose d'amusant dans cette situation.

- Que le spectacle commence, dit –il alors.

Sam fit un pas en avant :

- Nous avons appris que vous abritiez une humaine chez vous. Je tenais à vous rappeler les termes de notre accord.

- Bella vit en effet ici, confirma Carlisle.

Un de vos … enfants aurait une relation particulière avec elle.

Edward grogna une nouvelle fois dans son esprit.

- Pitié ! Calme-toi Edward, répétai-je.

- De quoi se mêle-t-il celui-là ?

- Il veut juste savoir si nous allons briser le pacte. Il n'y a aucune menace pour l'instant. Tu le sais très bien.

- Jacob pense que tu n'es pas au courant de notre état de vampire et que je te trompe pour me nourrir de toi plus tard. Quel idiot !

- Bella fait partie de notre famille, continua Carlisle comme si de rien n'était. Elle en a fait le choix.

- Est-elle au courant de tout ce que cela implique ?

- Bella est en sécurité avec nous. Personne ne lui fera du mal. Et oui, elle est au courant de notre statut.

Sam ne semblait pas convaincu. Il tourna la tête vers Jacob qui me fixait avec une rare intensité, prêt à bondir au moindre danger.

- Notre pacte était clair, docteur Cullen. Aucune mort, aucune transformation, même si la personne est … volontaire, précisa l'indien.

- Le pacte est clair. Et nous ne l'avons pas enfreint.

- Comptez-vous le faire ?

- Non !

- Il ne te croit pas, Carlisle. Et ils deviennent de plus en plus nerveux, pensa Edward. Jacob ne va pas se retenir très longtemps. Il a du mal à contrôler ses émotions.

- Tu dois me laisser leur parler, dis-je alors. Si je leur répète personnellement ce que tu viens de dire, ils me croiront peut-être. Sinon, je leur montrerai ce que je suis.

Jacob est dangereux, Bella, continua Edward. Je ne veux pas que tu t'approches d'eux.

- D'accord, je reste là. Mais tu sais, je doute qu'ils soient plus dangereux que les Volturi.

Je me raclai la gorge et je cherchai par quoi je devais commencer.

- Les Cullen ne vont pas me faire de mal. Vous n'avez aucune crainte à avoir, commençai-je par dire. Je suis désolée si je me suis rendue sur votre territoire. J'ignorai le pacte et je n'avais pas prévenu les Cullen de mes intentions. J'assume entièrement ma faute et il ne serait pas juste qu'ils en subissent les conséquences.

- Que sais-tu des Cullen, Bella ? me demanda Sam, toujours aussi sceptique.

- Je sais tout ce qu'il y a à savoir. Et sans doute plus que vous ne savez vous même.

- Te rends-tu compte du danger que tu encours à vivre auprès d'eux ?

- Encore une fois, je n'encours aucun danger.

Jacob s'avança alors vers moi. Edward voulut se mettre entre nous deux mais je le stoppai de la main.

- Laisse-le s'approcher. Il se contrôlera devant les autres Quileutes, pensai-je. Il n'y a rien à craindre.

- Bon sang, Bella. Ce sont des vampires, maugréa-t-il, exaspéré par cette conversation.

Edward, Jasper et Emmett grognèrent ensemble. Carlisle leva la main en signe d'apaisement et le silence se fit. Je me mordis les lèvres, ne sachant pas trop ce que je devais dire. Finalement, je plantai mon regard dans le sien et je pris ma voix la plus assurée possible :

- Moi aussi, Jacob.

Il recula d'un pas et fronça les sourcils. Il ne semblait pas comprendre ce que je venais de lui dire et les autres Quileutes semblaient tout aussi décontenancé que lui.

- C'est impossible. Ta peau est … colorée.

- C'est parce que mon cœur bat encore, Jacob.

- Le cœur des vampires ne bat plus !

- Je suis un vampire avec un cœur qui bat.

- Je t'ai vue manger des friandises autour du feu cet après-midi.

- Je mange, parfois, de la nourriture humaine également.

Il se tut quelques instants puis parut plus hésitant :

- Te nourris-tu aussi de sang ?

- Rarement de sang animal. Sinon, uniquement de la nourriture d'humain.

Il resta à nouveau pensif. Edward se serra encore un peu plus. Il avait senti l'indécision dans l'esprit de l'indien et s'attendait à ce qu'il craque nerveusement.

- Je ne te crois pas, ce n'est pas possible, prononça-t-il finalement.

Je soupirai, déçue de ne pas parvenir à le convaincre plus vite.

- Je dois lui montrer, annonçai-je. Il ne va jamais l'admettre sinon et cela va poser problème.

- C'est hors de question. Il est à bout de nerf, s'insurgea Edward. Restons-en là.

- Ce n'est que repousser le problème à plus tard. Encore une fois, je pense que les conséquences n'en seraient que plus désastreuses, intervint Jasper.

- Mouais ! Je suis d'accord avec Jasper. S'ils veulent de la bagarre, autant que ça soit maintenant, s'écria Emmett.

Je fermai les yeux. Quand je les rouvris, ils avaient pris la couleur noire et mon teint blanchit légèrement. Jacob sauta en arrière, à la fois surpris et effrayé.

- Tu es un buveuse de sang, s'exclama-t-il.

L'injure me déplut profondément mais je ne pouvais pas lui en vouloir. Je l'avais trompé, même intentionnellement. Edward se crispa à nouveau. Je le retins encore une fois de la main.

- Vous avez franchi les limites qui vous avaient été donné, dit alors Sam. De plus l'apparence de votre … compagne nous a trompés.

- Si j'avais voulu vous tromper, je ne vous aurai pas révélé ma véritable nature maintenant, expliquai-je.

Sam me lança un regard noir. La tension était à son apogée. Ils ne devaient pas se transformer avant que j'ai fini mon explication. La lutte serait alors inévitable.

- Mais avant que vous ne preniez une décision définitive. Je tiens à tout vous révéler. Vous déciderez ensuite de ce que vous désirez faire… Il se trouve que je ne suis pas qu'une vampire.

Je m'avançai alors vers Jacob et les autres Quileutes. Je demandais par la pensée à Edward de rester où il était, ce qu'il ne fait qu'à contre-cœur. Je n'avais pas envie de me transformer, je détestai cela. Mais je n'avais visiblement pas le choix. Si je voulais sauver les Cullen et éviter une guerre, c'était la seule option qu'il me restait.

Alors je tentai de me rappeler. Je fermai les yeux, ma respiration devint plus saccadée et je revis ces deux énormes lycaons qui autrefois faisaient partis de mon clan : l'agressivité dans leurs gestes, l'instabilité de leur humeur. Et je cherchai, au plus profond de mon esprit où je pouvais trouver tout ceci.

Je perçus alors une énorme douleur dans ma poitrine, une déchirure. Mes os craquèrent, s'allongèrent. J'ouvrai ma bouche qui devint une gueule allongée qui montrait de puissants crocs.

J'ouvris les yeux et soudain ce que j'aperçus sembla différent, un autre paysage. Je n'y voyais pas mieux, les détails n'étaient pas plus précis. Mais les couleurs étaient plus vives, plus contrastées, les nuances plus marquées. Les odeurs avaient changé. Non en fait, mon plaisir et déplaisir pour certains odeurs avaient changé. Maintenant, c'était celle des Cullen que je trouvai désagréable, une odeur écœurante de mort. Je sentis également de la peur. Je restai sur elle, la humait longuement, je m'en régalai, elle faisait croître en moi un sentiment de puissance, un désir de tuer.

Mais je devais me maîtriser, contrôler mes envies. Bella, tu n'es pas comme eux, tu n'es pas une lycaon. Tu possèdes juste la possibilité de te transformer. Ce n'est pas toi. C'est juste une image.

Alors je regardais les Quileutes. Ils s'étaient également transformés et maintenant, neuf loup-garous trônaient devant la forêt. Ainsi métamorphosés, nous avions la possibilité de parler par nos esprits, comme je le faisais avec les Cullen.

- On ne peut pas être à la fois vampire et lycaon, s'exclama Sam, effrayé.

- Ce n'est pas parce que tu ne connais une chose qu'elle n'existe pas, lui répondis-je

- Les vampires et les lycaons n'ont rien à voir en commun cracha-t-il encore. C'est impossible.

- Je t'ai prouvé ce que j'étais. A toi d'en déduire ce que tu veux. Mais je tiens à être claire avec vous. J'ai commis l'erreur de venir sur votre territoire. Les Cullen ne sont en rien responsables et je saurais me battre à leur côté pour les préserver.

Sam réfléchit quelques instants puis il pencha sa tête vers l'avant pour signifier qu'il avait compris.

- Nous allons en parler avec le reste de notre clan. Nous te contacterons.

Il fit demi-tour et s'enfonça dans la forêt. Les autres le suivirent. Le dernier resta un peu, m'observant longuement. C'était Jacob. J'attendis patiemment qu'il s'éloigne à son tour avant d'inverser le processus. Redevenir une humaine était beaucoup plus difficile lorsque j'étais lycaon plutôt que vampire. Je devais combattre mes émotions, mon côté le plus noir. Je devais apaiser la fureur et le sentiment de surpuissance. C'était long, tellement long.

Je finis par me relever au bout d'une grosse demi-heure. Je revins alors vers les Cullen. Edward me prit dans ses bras.

- C'est terminé, me dit-il.

- C'est loin d'être terminé, soupirai-je. Ils vont revenir et il va falloir que je les convins que je ne suis pas dangereuse pour eux. Ce ne sera pas une mince affaire.

- Ils savent en tout cas que nous n'avons pas rompu le pacte, dit Carlisle. Pour ce soir, c'est l'essentiel.

Les Cullen rentrèrent dans la maison. Je restai avec Edward. J'avais arrêter de connecter les esprits. Et j'essayai de me retrouver moi, retrouver mes émotions, mes pensées. Je n'avais pas envie de rentrer dans la maison. J'avais l'impression que j'allais étouffer.

- Tu viens, me dit Edward. On va se balader.

Je lui souris et nous nous enfonçâmes entre les arbres.

- Lorsque tu t'es transformée, me dit Edward. Nous avons tous ressenti une énorme vague de colère. C'était impressionnant. Je n'avais jamais ressenti autant de fureur chez quelqu'un.

- C'est comme cela que j'arrive à devenir une lycaon, lui expliquai-je, gênée qu'ils soient parvenus à lire mes émotions. Je n'aime pas cela.

- Le contrôle de toi-même était difficile.

- Sans vouloir de vexer, les vampires sont déjà assez … nerveux à la base – Edward sourit – je suis obligée d'en rajouter une couche supplémentaire. Les deux autres lycaons de mon clan étaient comme moi. Lorsqu'ils se transformaient, ils dévoraient tout ce qu'ils voyaient. Il n'y avait que Actio et Chléon qui pouvaient les arrêter. Et moi, une fois…

Je redevins silencieuse, chassant de mon esprit l'image de cette enfant aux boucles blondes. Edward observa mon trouble mais ne dit rien. Nous arrivâmes en bordure d'un champ. Nous nous assîmes sur un tronc couché à terre.

- Quand je suis une lycaon, j'ai du mal à redevenir humaine. Le processus inverse demande de refouler toute cette haine et je crois que je suis trop hypersensible.

- Tu es très bien comme tu es, Bella, me chuchota-t-il.

- Ce n'est pas vrai, soupirai-je. Je n'amène que des catastrophes. Je les attire, je ne sais pas pourquoi.

- C'est pour cela que tu vivais toute seule dans la forêt.

- Peut-être. Mais jusqu'ici, j'assumai toute seule mes erreurs. Maintenant, je vous mets tous en danger.

- Ne raconte pas d'histoires, Bella. Nous savons nous défendre.

- Si je n'avais pas fait venir les Volturi ici ou les lycaons, vous n'auriez pas besoin de vous défendre. Si je reste avec vous, qu'est ce que ce sera la prochaine fois ?

Edward se mit à genoux devant moi. Il me prit le visage entre ses mains. Il avait le regard désespéré. Il me fixa intensément, j'en avais les larmes aux yeux.

- Bella, tu ne vas pas partir ? gémit-il

Je me levai, je ne voulais pas le regarder. Je devais réfléchir. Mais il se planta devant moi et me barra la route.

- Tu es la personne la plus importante de ma vie, s'écria-t-il, fou de douleur. Si tu pars, je pars avec toi !

- Tu ne peux pas quitter ta famille, Edward. Tu serais malheureux.

- Je le serais encore plus sans toi. Je t'aime Bella.

Je le pris dans mes bras et enfouis ma tête dans son épaule.

- Moi aussi je t'aime. Je ne veux pas que tu es mal.

- J'aurai mal si tu me quittes.

Je respirai lentement, rassemblant mes pensées.

- D'accord, on n'en parle plus pour l'instant.

Il m'embrassa furieusement, collant son visage au mien. Je répondis à son baiser, enroulant mes bras autour de ses épaules. Il me colla contre un arbre, me serrant à m'étouffer. Je poussai un soupir de plaisir.

- Ne me redis plus jamais cela, gémit-il.

- Pour un baiser pareil, je suis prête à retenter l'expérience.

Il sourit tristement et m'étreignit. J'essayai de faire bonne figure mais j'étais toujours torturée à l'idée qu'un malheur puisse leur arriver.

Lorsque nous rentrâmes à la maison, tous les Cullen nous accueillirent avec un grand sourire et nous passâmes la nuit ensemble à discuter des évènements.

Mais le cœur n'y était pas. J'écoutai d'une oreille distraite et je parlai peu. Finalement, je me retrouvai assise devant la grande verrière à observer les arbres.

La forêt me manquait-elle ? Ma cabane, le lac, la solitude ? Non, pas vraiment ! J'adorai les Cullen. Mais j'angoissai à l'idée de leur faire le moindre mal. Se pouvait-il que j'attire le mauvais œil, que je déclenche les malheurs et qu'ils s'abattent sur tous les gens que j'aime. Ou était-ce ma stupidité qui les provoquait ? Rosalie avait raison : avais-je besoin d'approcher les humains, de vouloir discuter avec eux ? Cela n'était pas compatible avec mon statut de vampire.

Mais je n'étais pas seulement une vampire. J'étais aussi une humaine et une lycaon. Peut-être que cela n'était pas possible. J'étais une erreur de la nature, un être qui n'aurait jamais du être créer, qui ne pouvait vivre avec personne.

Rosalie finit par s'asseoir à côté de moi.