Chapitre 19 : révélations 3

Le lendemain, Edward fit comme si rien ne s'était passé. Nous avions pris l'habitude les week-ends de faire de grandes balades dans la forêt, la nature nous plaisant à tous les deux.

Lorsque nous revînmes le samedi soir, Alice était toute excitée.

- La semaine prochaine aura lieu le Carnaval à Forks. Tu viens avec nous, Bella. Les enfants se déguisent, on lance des cotillons, il y a un grand bal le soir. D'ordinaire, Edward ne vient jamais mais je compte bien que tu lui forces un peu la main.

- On verra, lui répondis-je.

J'avais pris l'habitude de lui répondre vaguement car elle avait l'air de rajouter beaucoup de conditions à ses propositions et je m'attendais à ce que ce Carnaval débouche sur autre chose.

Edward se pencha vers moi et me murmura :

- Elle va vouloir que tu te déguises.

- C'est hors de questions, ris-je en me retournant vers sa petite sœur.

Alice grogna :

- Oh ! Ce que vous pouvez être rigide !

Le soir, Edward ne regardait plus les informations avec les autres. Il préférait rester avec moi. J'essayai de l'inciter, prétextant que cela ne me dérangeait pas, que je pouvais prendre ma douche ou lire pendant ce temps. Mais rien n'y faisait ! Depuis que Jacob avait fait son apparition, il était devenu mon ombre.

J'avais rendu son lecteur MP3 à Mélissa et cette semaine là, je le retrouvais dans mon casier avec de nouvelles compositions. Il m'arrivait de temps à autre de passer à l'atelier pour les écouter ou chanter avec eux. Edward restait à m'attendre à l'extérieur. Victoria devenait de plus en plus taciturne et elle n'apparaissait que très rarement avec ses amis. Elle préférait rester seule à lire un livre.

- C'est comme ça chaque année à l'approche du Carnaval, m'expliqua Mélissa sans connaître l'explication.

Le samedi matin, Alice descendit dans la grande vallée déguisée en lutin et Emmet en Dracula.

- Je croyais que tu devais te déguiser, lui lançai-je.

Il agita sa cape, mimant les vampires des films. Je riais, amusée.

Le matin avait lieu le défilé des écoles primaires. Nous nous installâmes sur un mur et nous les regardâmes passer. Les enfants étaient des êtres étonnants. Ils étaient vifs, ils pouvaient passer des rires aux larmes en quelques secondes. J'adorais les enfants, même si je n'en aurai jamais. Je savais que c'était pour cela que je ne pouvais pas m'empêcher de les sauver. D'une certaine façon, je sauvais le mien. Il serait devenu un enjeu de pouvoir. Arriver à dominer un être tel que lui, ce serait devenir le chef des vampires et des lycaons. J'avais déjà assisté au carnage d'Actio, des deux loup-garou et de mon frère lorsque nous attaquions les tribus voisines pour les déposséder de leurs terres et de leurs biens.

Quelles capacités pourraient avoir mon enfant ? Quel monstre pourrait-il devenir entre des mains malveillantes? Je n'osai même pas l'imaginer !

J'aperçus Tulsa dans le cortège. Elle me fit de grands signes et je lui adressai un petit bonjour. Ses cheveux commençaient à peine à repousser mais elle avait une mine superbe. Au moins, elle, elle était vivante.

Les commerçants avaient sorti des stands pour vendre des vêtements, des bijoux, des gadgets en tout genre et de la nourriture.

Edward m'offrit de la barbe à papa, une énorme boule rose, et nous admirâmes les étalages.

- Il va y avoir un problème, me murmura Edward.

Je me retournai vers lui et vit ses yeux noirs fixer droit devant lui. Je regardai dans la même direction que lui : cinq indiens approchaient. Je me plaçai devant et lui prit les mains pour le calmer et être sure qu'il ne commettrait pas de sottises.

- Bonjour Bella, me lança Jacob avec un sourire. Tu protèges ton buveur de sang.

- A moins que je ne vous protège de lui, soulignai-je.

Jacob sourit.

- Nous viendrons bientôt te chercher, me dit plus froidement Sam. Nous avons encore de nombreuses questions à te poser.

- Elle ne viendra que si elle le désire, grogna Edward qui n'aimait pas la façon dont il me parlait.

Les deux hommes se jaugèrent du regard. Ils se détestaient visiblement et j'eus peur que la conversation tourne au massacre.

- Vous feriez mieux de partir maintenant, leur dis-je. Ce n'est ni le lieu ni le moment de se battre.

- Ce n'est pas à nous de partir, me lança Sam.

Je commençai moi-même à perdre mon calme. Sam devenait de plus en plus antipathique. Il était froid, distant et n'avait visiblement aucun sens de la diplomatie. Je trouvai qu'il faisait un bien piètre chef.

- Nous allons être bien clair, Sam. Si les Cullen sont obligés de partir, je partirai également. Si les Cullen sont obligés de se battre contre vous, je me battrai à leurs côtés. Et n'allez surtout pas vous imaginer que je puisse avoir un quelconque remord à vous affronter. Vous n'aurez même pas l'honneur d'être les premiers. J'ai déjà tué des vampires et les lycaons dans le passé et je recommencerai autant de fois que cela sera nécessaire.

Sam me jeta un regard noir. Mais visiblement, mon message était passé. Les Quileutes firent demi-tour et partirent. Jacob m'adressa un petit sourire triste. Il semblait réellement peiné par la tournure qu'avaient pris les évènements. J'aurai voulu lui dire qu'à lui, je ne lui en voulais pas, mais vis à vis d'Edward, ce n'était pas très judicieux.

Je me retournai vers lui et m'aperçut que toute la famille nous avait rejoint. J'étais tellement concentrée sur les loup-garou que j'avais éclipsé tout le reste de mon environnement.

- Je refuse que tu y retournes, me dit Edward. Ils sont dangereux.

- Nous verrons cela plus tard, répondis-je, sachant très bien qu'il me serait difficile de lui promettre cela. Ne gâchons pas la fête. Alice nous en voudrait beaucoup si tu ne me faisais pas danser au bal.

Edward me sourit et toute la famille m'entraîna ver la salle des fêtes.

Il devait être vers les dix-huit heures. Les danseurs arrivaient, certains déguisés, d'autres en simple robe de bal. Je reconnus Mike et Jessica, Angela et Ben. Une bonne cinquantaine de personnes s'agitaient sur la piste, un orchestre jouait sur l'estrade.

Alice partit immédiatement danser avec Jasper et Emmet entraîna Rosalie avec un air coquin.

- Tu veux danser, me murmura Edward.

- Volontiers.

Il mit sa main sur ma taille et nous levâmes la main. La valse nous entraîna à travers la piste. Je fixai ses yeux, hypnotisée par sa beauté. Nous nous connaissions maintenant depuis quatre mois et je restai toujours en admiration devant lui. Plus encore, mes angoisses s'étaient dissipées et ma timidité envolée et je goûtai avec plaisir aux émotions nouvelles qu'il créait en moi.

Je rêvai d'aller plus loin avec lui dans nos relations. Je désirai qu'elles deviennent plus intimes.

Je l'avais déjà évoqué avec Edward mais lui aurait préféré que nous soyons unis avant cela. Mais c'était impossible pour moi.

Cet antagonisme me déplaisait car je n'y voyais aucune issus pour que nous soyons satisfaits tous les deux.

- Tu es magnifique, me murmura-t-il.

- Pourquoi ce compliment ?

- Je ne peux pas en faire à la femme que j'aime.

Il se rapprocha de moi, son corps se collant à moi. Je sentis son odeur attirante, son souffle sur ma peau. Immédiatement, les mêmes réactions se déclenchèrent en moi. Nous sourîmes, moi gênée par mes émotions et lui visiblement satisfait de les avoir déclenchées.

- Ce n'est pas juste, lui dis-je. Moi, je ne sais pas ce que tu ressens.

- Il te suffirait de lire dans mes pensées.

Je fis une moue de désapprobation.

- Ce n'est pas comme si tu le faisais sans mon consentement. Je te donne mon accord.

- Ca n'a rien à voir, Edward. Je n'aime pas cela, c'est tout.

- Alors j'essayerai de te convaincre autrement, me susurra-t-il.

- Tu sais comment tu pourrais m'en convaincre, balbutiai-je, intimidée.

- Tu connais mon point de vue, me dit-il.

- Et tu connais le mien.

Edward soupira, peiné par mes paroles.

- Je suis désolée Edward. Ne m'en veux pas, le suppliai-je.

- Je ne t'en veux pas. Je veux juste comprendre. Il faudra un jour que nous ayons une conversation à ce sujet.

J'acquiesçai, même si ma mâchoire se crispa.

La valse s'arrêta et nous allions nous asseoir lorsqu'un homme se planta devant nous. Il devait avoir la cinquantaine, l'allure svelte, bien habillé, une petite barbe dessinait un visage décidé. Pourtant, je remarquai immédiatement ses petits yeux mauvais et inquisiteurs.

- Alors voilà la fameuse Bella. Ma fille m'a longuement parlé de toi.

J'aperçus derrière lui Victoria, habillée dans une robe pleine de volants et de dentelles, une robe de princesse. Cela ne lui allait absolument pas, ce n'était pas elle. Elle avait le visage fermé, ses yeux cernés fixaient le sol, dérangée par ma présence et ma conversation avec son père.

- Vous êtes le père de Victoria, continuai-je.

- Et le maire de cette ville, arbora-t-il fièrement. Arnold Jenkins.

Sa réponse me fit frémir : un chef de clan, comme mon père.

- Tu sembles avoir beaucoup impressionnée ma fille, continua-t-il. Elle admire beaucoup ta vie et ton comportement. Il me serait désagréable que cela déteigne sur elle. J'aime ma fille telle qu'elle est.

Je jetai un nouveau regard vers elle. Elle semblait de plus en plus embarrassée.

- Votre fille est libre de ses choix et de ses comportements, lui répondis-je. Et je n'ai pas à décider pour elle.

L'homme me jaugea, peu satisfait de ma réponse. Mais il afficha un large sourire.

- Tu as raison. C'est à moi de décider. J'espère avoir le plaisir de te revoir.

Il me salua et pour une fois, je fis appel à un de mes dons et lus dans son esprit. Je vis alors sa méchanceté, sa soif de pouvoir, sa haine lorsqu'on refusait de lui obéir, ce qu'il faisait subir à sa propre fille.

Je me reculai d'effroi, me tournait vers Victoria qui ne me regardait toujours pas.

- Vous m'excuserez maintenant mais la tradition veut que je danse avec ma fille le soir du Carnaval.

Il se tourna vers sa fille et la prit assez fermement par le bras pour l'entraîner vers la piste de danse. Je ne pouvais m'empêcher de détacher mon regard de ce curieux couple. Le père semblait fier, arrogant. Il était visiblement satisfait d'être vus de tous. La fille, par contre, détestait être là. Elle tenait la tête baissée, elle paraissait un pantin dans les bras de son père. Elle n'était pas la Victoria que je connaissais, la Victoria combattive, celle qui pouvait rembarrer les gens en quelques mots.

- Qu'est ce qu'il y a, Bella, me demanda Edward.

- Dis-moi ce que tu lis dans leurs esprits !

Edward resta silencieux durant quelques secondes.

- Jenkins est fier d'être vu de tout le monde. Victoria est plus confuse. Elle n'est pas contente d'être là visiblement.

Je les regardai encore. Elle me faisait tellement penser à moi à son âge. Sa peur, sa haine envers celui qui lui infligeait ses souffrances.

- Qu'est-ce qu'il y a ?, répéta Edward.

- Je veux rentrer à la maison, lui dis-je.

- Pourquoi ?

- Donne-moi les clefs, je veux rentrer maintenant, répétai-je plus sèchement.

- D'accord ! d'accord ! Je te ramène !

Le trajet fut silencieux. Edward acceptait mon silence. Il devait me voir me frotter l'avant-bras. Il savait ce que cela signifiait. Pour moi, cela m'empêchait de penser. Je voulais chasser toutes les images que j'avais peu lire dans l'idée de cet homme. Les coups qu'il portait à sa fille, le plaisir qu'il en prenait, la supériorité qu'il ressentait. Cléon était pareil, j'avais lu les mêmes émotions, les mêmes mots, plusieurs milliers d'années auparavant.

En arrivant à la maison, j'ouvrais la portière avant qu'Edward ne vienne. Je m'engouffrai dans la maison et je me dirigeai droit vers la cuisine. J'ouvris la porte du congélateur et pris plusieurs steaks hachés. Je les mis à décongeler au micro-onde.

En attendant, je devais me calmer. J'avais conscience que mon comportement était proche de la boulimie. Je m'en fichais complètement.

Edward s'approcha de moi et posa ses mains sur mes épaules. Je me levai brusquement et m'éloignai. Je ne voulais qu'il me touche. Personne ne devait me toucher. J'étais devenue épidermiquement sensible. Son toucher me rappelait la douleur des coups, la peau bleuie qui restait endolorie durant plusieurs jours. Son corps gardait une mémoire.

- Parle-moi, Bella, supplia Edward. Je ne comprends pas.

J'aurai voulu lui dire. J'aurai voulu crier au monde entier cette souffrance. Le mal qui me rongeait de l'intérieur. La culpabilité qui me clouait, la culpabilité de l'avoir laisser fait, d'avoir été si passive, de ne jamais m'être rebiffer, de ne pas lui avoir rendu les coups. Cela me mangeait l'esprit, me grignotait chacune des parcelles que j'avais réussi à installer entre ce souvenir et ma raison.

J'aurai voulu lui dire mon désespoir, ma haine de ne pouvoir rien faire. C'était à Victoria de faire son choix, c'était à elle de décider si elle voulait échapper ce monstre ou pas. Bien sur, je pouvais tuer Jenkins. A ce moment là, je n'aurai aucun scrupule à le faire. J'y mettrai même beaucoup de plaisir, je pouvais imaginer toutes les tortures que je pouvais lui infliger avant de la tuer, je me délectai de penser que je pouvais le faire me supplier de l'achever. Mais cela ne la soulagerait pas. Bien sur, il ne la frapperait plus, bien sur, elle ne craindrait plus pour sa vie et celle de sa petite sœur. Mais elle ne serait jamais soulagé du poids de souvenir, elle ne pourrait jamais guérir du poids de la culpabilité. Pour cela, il faudrait qu'elle se décide à tout avouer, à faire le premier pas.

J'aurai voulu lui dire tout cela mais les mots ne sortaient pas. Mes émotions me submergeaient, mes mâchoires étaient tellement crispées que j'aurai pu faire éclater n'importe quel marbre le plus dur entre elles.

- Bella, s'il te plait, répéta-t-il.

J'ouvris alors mon esprit et je lui murmurai dans la tête :

- Laisse-moi du temps, Edward. Juste un peu de temps.

J'avais tenté de lui faire entendre cela le plus calmement possible mai même là, mon supplice transpirait.

Je l'entendis frémir derrière moi mai sil se tut. Je sortis les steaks du micro-onde et les hachait grossièrement. Je m'assis à table et commençait à engloutir mon tartare.

Le reste de la famille Cullen arriva alors.

- Vous êtes partis bien vite, nous reprocha Alice.

Je ne levai pas les yeux de mon plat. J'avais déjà du mal à me concentrer avec un seul vampire dans la pièce, je n'avais vraiment pas envie d'en supporter une brochette entière.

Emmett s'approcha de moi, examina le contenu de mon assiette d'un air moqueur.

- Vous avez heurté un ours en revenant, ironisa-t-il.

Je lui jetai un regard noir qui lui fit perdre subitement toute sa morve. Il recula d'un pas, visiblement inquiet par ma réaction.

Le silence s'installa. Je n'avais pas envie qu'il s'interrompe. Je voulais juste penser à ma nourriture, imaginer que je le mangeais lui, l'égorgeais, le dépeçais, le réduisais en bouilli et faisait disparaître son cadavre. Quel délice !

J'imaginai bien que les informations entre Edward et Alice devait circuler à vitesse grand V. Ils étaient tous deux suffisamment fins pour parvenir à trouver d'où venait ma haine subite.

- Jenkins bat sa fille, s'écria soudain Alice.

Le simple fait qu'elle prononça tout haut ce que je m'empêchai de penser depuis plusieurs heures augmenta encore plus ma fureur. Elle me déborda et durant quelques instants, je me sentis incontrôlable. Du revers de la main, je balançai mon assiette qui alla s'écraser contre le mur de la cuisine dans un fracas de porcelaine brisée. Je me levai d'un bond et m'élançai vers la chambre d' Edward.

C'était un endroit refuge pour moi, l'endroit où je me sentais le mieux. L'endroit où j'avais accepté de danser pour la première fois avec un vampire, l'endroit où je m'étais réveillé des effets secondaires de mon don sur Tulsa et que j'avais aperçu Edward, l'endroit où j'avais eu furieusement envie de l'embrasser la première fois, l'endroit où j'avais découvert ce que volait dire le mot aimer.

Je m'accroupis par terre, recroquevillée, sur moi-même, la tête appuyée contre la grande verrière. Je voyais la nature en dessous, j'avais l'impression de voler par dessus elle.

Edward était derrière moi. Il attendait toujours. Je tendis une main vers lui et instantanément, je le sentis appuyé contre mon dos, ses bras m'entourant tendrement, me berçant.

- Désolée, murmurai-je.

- Ce n'est pas ta faute, Bella, gémit-il. Ton amie est en danger. Tu dois aller la sauver.

Je secouai la tête.

- Je ne peux pas, répondis-je tout aussi doucement.

- Bien sur que si, tu peux.

Je me retournai et le fixai. S'il avait la possibilité de pleurer, je crois que je les aurai vu couler tant sa peine était lisible.

- Faire quoi, Edward ? Aller lui faire peur tous les jours pour qu'il ne la touches pas. Je ne suis plus le fantôme de Fallercreeks. Il me reconnaîtrait et nous serions obligés de déménager. Avertir les services sociaux – je ricanai – bonjour, je suis Ania la vampire. J'ai lu dans les pensées du maire et figurez vous qu'il bat sa fille.

Le regard d'Edward était encore plus désespéré qu'auparavant.

- Le tuer… continuai-je avant de fixer un point invisible.

Ce mot me procurait un tel plaisir que je frissonnai pour l'enlever de la tête.

- Je n'ai jamais tué d'humaine volontairement, Edward. Et je ne crois pas que cela l'aiderait. Il ne la frapperait plus, c'est un fait. Mais elle, elle ne pourrait jamais être soulagé de ce fardeau. La culpabilité, Edward, si tu savais comme elle peut être lourde dans ces moments-là. Il n'y a qu'elle qui puisse se sauver. Tant qu'elle n'admettra pas que son père la bat et qu'il n'a pas le droit, elle ne sera jamais sauvée.

Il prit mes joues dans ses mains et appuya son front contre le mien. Je me sentais en sécurité avec lui, protéger de mes souvenirs. Je parvins à reprendre maîtrise. Et même si j'avais encore mal, cela devait supportable.

- Alors, tu dois lui parler, me dit Edward. Tu dois lui expliquer ce que tu viens de me dire. Tu dois lui dire qu'il existe autre chose. Elle a besoin de savoir qu'on peut s'en sortir.

J'eus un petit sourire amer.

- Tout le monde ne trouve pas une famille Cullen sur sa route, lui murmurai-je.

- Tu n'as pas eu besoin de nous pour t'en sortir, Bella. Tu es beaucoup plus forte que tu ne veux l'admettre.

Je fronçai le nez et rapprochai mes lèvres des siennes pour l'embrasser. Les siennes étaient douces et accueillantes. Elles m'enfermaient dans un cocon protecteur, elles me faisaient oublier le monde extérieur, celui qui blesse et qui fait mal. Mes mains agrippèrent ses épaules et je le fis basculer en arrière. Ma langue chercha la sienne, furieusement. Plus rien ne devait compter que ce moment là. Mes mains soulevèrent son tee-shirt, caressèrent sa peau parfaite, sculptée dans le marbre le plus fin.

Edward prit mes poignées, délicatement mais fermement et les repoussa vers moi.

- Ce n'est pas ce que tu veux, Bella, me murmura-t-il.

- Si c'est ce que je veux. Maintenant.

- Non, ce que tu veux, c'est oublier ta peine. Ce n'est pas comme ça que cela doit se passer.

Je savais qu'il avait raison amis je ne pouvais pas m'en empêcher : je le voulais, lui, maintenant, tout de suite. Je fermai les yeux, essayant de me concentrer sur ce qu'il venait de me dire. Je finis par pousser un râle et je me rassis. Il revint m'enlacer tendrement.

- Désolée, m'excusai-je à nouveau.

- Je t'aime, Bella, me chuchota-t-il en faisant courir ses doigts sur le haut de mon épaule. Tu es toute ma vie.

Mon cœur fit un hoquet et ma respiration s'emballa pour ses paroles et ses caresses.

- Si tu ne veux pas que je te saute à nouveau dessus, tu ferai mieux d'arrêter ça lui suggérai-je.

Edward ria doucement. Il avait senti que j'allai mieux. Mes pensées étaient pus rationnelles. Je posai ma tête sur son épaule et me laissai aller contre lui. Mon garde du corps, mon protecteur !

- Je lui parlerai demain, lui dis-je.

- Bonne résolution. En attendant, Alice et Jasper sont allés s'assurer que tout se passe bien chez les Jenkins.

Je soupirai de soulagement.

- Je ne sais pas ce que je ferai sans vous.

- Tu fais partie de la famille Cullen. Tu es ma famille. Et entre membres d'une même famille, nous nous entraidons.

Mon regard se perdit loin, vers une idées difficile à saisir.

- C'est la première fois que j'ai besoin de quelqu'un pour vivre.

- Ce n'est pas une faiblesse, Bella. Au contraire, c'est une force.

- Avoir besoin de quelqu'un, c'est risquer de le perdre, hésitai-je à prononcer.

- Avoir besoin de quelqu'un, c'est risquer d'être heureuse.

J'eus un petit rire nerveux à sa remarque qui, je le savais, était particulièrement perspicace. Mais comment en étions-nous arrivés dans la conversation, à passer de Victoria à moi?

Je lui tapai sur l'épaule pour lui faire comprendre qu'il avait vu juste mais que je ne voulais pas en entendre parler.

Il éclata de rire, un rire scintillant et mélodieux : je ne pourrai jamais être en colère contre lui.