Chapitre 22

La sonnerie retentit alors et je levai la tête. Edward m'attrapa la main pour me calmer. Je m'aperçus que la famille Cullen était présente au grand complet. Tous semblaient vaquer à leur occupation, comme si de rien n'était, à l'exception d'Alice qui me fixait de ses yeux opaques.

Carlisle alla ouvrir.

- Bonjour, Mr Jenkins. Sheriff Swan !

- Docteur Cullen , répondit le sheriff Swan. Nous cous remercions d'avoir accueillit Victoria ! Son père vient la récupérer maintenant.

- Bien sur. Elle vous attend à l'étage. Si vous voulez bien me suivre.

Carlisle les précéda et les deux hommes entrèrent dans la maison pour monter les escaliers. Je montai subrepticement les yeux pour les regarder. Accroché aux pantalons de Jenkins, une petite fille de six ou sept ans le suivait avec un regard apeuré, un vieux nounours à la main.

Bien sur, il avait amené la petite sœur. Le chantage affectif marcherait toujours dans le cas où victoria ne voudrait pas rentrer à la maison. Cet homme me répugnait de plus en plus. Pour la première fois depuis longtemps, je sentis le venin déferlé dans ma bouche sans que je ne le contrôle. Il était tellement puissant et il serait tellement agréable de lui obéir et de me jeter sur le père de Victoria.

Edward commença à jouer une douce berceuse au piano. Les notes volaient dans l'air comme les ailes d'un papillon colorées, scintillantes et légères. Je m'apaisai immédiatement, et en levant une seconde fois les yeux, je m'aperçus que Jasper me fixait à son tour. Je me demandais s'il avait ressenti ma colère et s'il avait transmis l'information à Edward.

Je fermai les yeux et étira un sourire fatigué en guise de remerciements. Quelques minutes plus tard, Jenkins réapparut dans l'escalier, tenant par les épaules, la petite toujours accrochée à son pantalon. Le sheriff suivait derrière, je sentais sa gène d'être ici. Sans doute, Jenkins était-il trop lâche pour venir seul et lui avait-il demandé de lui servir de témoin !

Je préférai rester dans le noir, essayant de me concentrer uniquement sur les notes de musique. Surtout ne pas penser, ne pas réfléchir, ne pas imaginer.

Edward s'arrêta soudain de jouer au beau milieu de la mélodie. Je fronçai les sourcils. Je levai une troisième fois la tête. Jenkins était planté devant moi. Apparemment le fait de lui avoir rendu sa fille sans aucun problème lui avait redonné du courage et il se pavanait devant moi. Il savait que je connaissais son secret, je le sentais, cela se voyait. Il pensait surement que Carlisle m'avait réduite au silence, que personne ne me croyait, moi pauvre petite adolescente sans famille face au maire de Forks. Le pot de fer contre le pot de terre. J'allai lui prouver qu'il avait tord.

- Je tenais à vous remercier d'avoir accueilli Victoria. Sa chute à moto aurait pu avoir des conséquences fâcheuses. Elle a cru que j'allai la gronder parce qu'elle n'avait pas mis son casque. Les adolescents se font parfois de drôles d'idées.

- C'est en effet étrange, soulignai-je d'un ton froid. Elle m'a dit qu'elle était tombée de l'escalier.

Son sourire s'effaça quelques instants mais il se ressaisit vite.

- La confusion, sans doute.

Je ne relevai pas et j'observai Victoria qui attendait à la porte. Elle avait les yeux baissés, l'air soumise, un bras sur les épaules de sa sœur qui maintenant s'accrochait nerveusement à elle.

- Victoria est la bienvenue ici, tant qu'elle le désirera, lui dis-je d'une voix un peu plus forte pour qu'elle entende.

- Je m'occupe à présent d'elle, rectifia son père. C'est à moi de décider.

Je le toisai. Il avait toujours son sourire mauvais, son sourire de vainqueur. Subrepticement, je fis passer un éclair de métal liquide dans mon regard et ma peau blanchit légèrement pour faire apparaître les veines bleues de mes tempes.

Le visage de Jenkins se métamorphosa. Une immense frayeur se lit sur ses traits et il recula instantanément de quelque spas.

- Chaque être humain est libre de ses choix, insistai-je.

Il ne répondit pas cette fois, sa couardise prenant le pas sur son visage. Ce n'était qu'un immonde lâche. Il retourna vite vers ses filles et sortit.

Le sheriff nous adressa un petit signe d'au revoir. Il semblait vouloir s'excuser de sa présence.

Je grimpai immédiatement dans la chambre. Je voulais rester seule. Ne plus coir personne, ne plus avoir de problèmes, en plus créer de problèmes.

Alice rentra alors dans la chambre, le regard aussi sombre que lorsqu'elle m'observait dans la salle.

- Alice, laisse-moi tranquille. Je ne suis pas d'humeur, maugréai-je.

Elle n'écouta pas et referma la porte derrière elle.

- Tu ne dois pas partir Bella, me dit-elle alors de sa voix douce et mélodieuse.

- Tu ne peux pas voir mon avenir, Alice. Fiche moi la paix !

- En effet ! Mais je peux voir celui d'Edward quand tu seras partie et il ne s'en remettra pas.

Je la regardai, éberluée. Je me concentrai sur elle et je cherchai dans son esprit ce qu'elle avait bien pu voir. Edward était chez les Volturi et les suppliait de le tuer. La douleur se lisait sur son visage. Aro acceptait et Jane s'occupait de son sort.

Les larmes me montèrent aux yeux et je m'effondrai sur le lit. Alice s'approcha de moi et me prit par les épaules.

- La vie en groupe amène toujours des bouleversements. La stabilité n'existe que dans la solitude mais c'est tellement ennuyeux. Edward t'aime à la folie, nous t'aiderons tous, Abella. Tu ne dois pas partir. Crois-moi, cette décision n'affecterait pas que lui.

- J'attire les ennuis comme un aimant, Alice.

- Je dois avouer que ton cas est assez sérieux, en effet. Tu as sauvé Tulsa d'une mort absolument atroce, tu es en train de faire comprendre à une adolescente que son père n'a pas le droit de la frapper, tu nous as sauvés d'une mort certaine avec les Volturi. Et Edward est enfin heureux au bout de 110 ans de vie.

- Tu ne cherches qu'à me consoler, Alice. Les Volturi ont débarqué par ma faute. J'ai pénétré dans le camp Quileute et j'ai failli déclencher une guerre vampire lycaon. Et l'arrivée de Victoria en sang ici à pratiquement ruiner tous les efforts de Jasper et détruire votre couverture.

- Tu te fais des films, Bella. Tu cherches perpétuellement à te culpabiliser. Tu affirmes t'être libérer de ton avien clan mais tu laisses encore leur éducation guider tes émotions. Tu veux vraiment savoir si tu as ta place parmi nous ? Alors, lis dans nos esprits, regarde ce que nous pensons de toi. Et tu décides de partir tout de même, ce ne sera pas pour nous épargner. Tu le feras parce que tu ne nous aimes plus.

Je la fusillai du regard. Comment pouvait-elle prétendre une telle chose ? Moi qui tentais de les préserver de toutes les catastrophes que j'engendrai depuis six mois. Mais elle ne cilla pas. Elle partit, me laissant seule à méditer.

La rage n'arrivait pas à partir. Pourquoi avait-elle dit cela ? Le pensait-elle vraiment ou essayait-elle de me faire réagir ? J'aimai cette famille. D'une fascination sur leur mode de vie, j'étais passée à un amour profond pour chacun de ses membres. Tous étaient différents, avec leur personnalité, leur histoire, leur passé. Ils avaient tous une place bien définie. Carlisle était le père, celui qui conseille et qui rassure. Esmée était la mère incarnée, l'amour pour ses enfants n'avait aucune limite et la peine quand l'un d'eux souffrait un puits sans fond. Emmett était le fanfaron de la bande et l'équilibre de Rosalie, celui qui dit tout haut ce qu'il pense sans se soucier de son gène ou celle des autres. Rosalie était la ténacité et la beauté incarnée. Alice apportait sa fraicheur et son dynamisme, sans parler de son don, qui protégeait toute la famille des dangers extérieurs. Jasper était le guerrier paisible, celui sur qui on pouvait s'appuyer en cas de problème. Et bien sur Edward ! Pour moi, il était parfait, il avait à la fois toutes les qualités des autres et à la fois, il était unique.

Comment pouvaient-ils m'aimer plus que moi. Etais-je assez égoïste pour penser que je les aimai plus qu'eux ? Non ! En fait, je crois surtout que rien en moi ne méritait qu'on s'y intéresse. Je n'arrivai toujours pas à comprendre pourquoi Edward m'aimait, alors une famille entière ! Je devais savoir ce qu'ils pensaient.

Je me concentrai et ouvris ma bulle de protection pour entourer toute la famille Cullen.

La première chose que je perçus, ce fut des mots. Edward se demandait pourquoi Alice ne pensait qu'à se réciter un étrange texte en latin. Elle devait lui cacher quelque chose à mon propos. Jasper se questionnait sur ma grande tristesse qu'il ressentait. Emmett se demandait s'il devait me faire rire ou me ficher la paix la prochaine fois qu'il me verrait. Rosalie trouvait ridicule que je m'apitoie sur une humaine et que je me fasse autant de mal. Esmée tentait de trouver des solutions pour que j'aille mieux et Carlisle recherchait des informations sur les associations pour aider les personnes battues.

Tous ne pensaient qu'à moi et j'en restai abasourdie. J'étais à cet instant leur centre d'intérêt, leur seule préoccupation. Pourquoi ? 2tait-il possible qu'ils m'aiment tant qu'ils s'inquiètent à ce point pour moi ?

Mais le plus impressionnant était l'émotion qui soutenait ces mots. Je la perçus ensuite. Elle était plus violente, plus intense. Elle me figea sur place. Une vague d'amour m'envahir, me noya complètement. Je ne pouvais plus respirer, mon cœur se bloqua sur un dernier battement, mes pensées stoppèrent.

Pour chacun, ils étaient différents. Pour Alice, Jasper, Rosalie et Emmett, c'était un amour fraternel. Peut-être celui d'Alice était-il plus fort. Pour Carlisle, c'était un sentiment de protection. Il voulait trouver une solution pour que j'aille mieux, pour que je me sente comme faisant partie de la famille. C'était ce qui comptait le plus pour lui. Esmée m'aimait comme une mère, cajolante, apaisante, compréhensive.

Mais le plus fort et le plus puissant était sans aucun doute celui d'Edward. Un geyser d'émotions explosa dans mon cœur qui repartit à cent à l'heure. Son amour se comparait à la passion, une passion incommensurable, éternelle, parfaite.

Une sorte de craquement se produisit en moi, comme si un film plastique entourant mes affects s'était enfin rompu. Je pouvais enfin comprendre ce que m'avait dit Alice. Oui ! Toute la famille m'aimait et je ne pouvais plus me séparer d'elle. Je faisais partie d'elle. J'étais une Cullen dorénavant !

Les larmes me submergèrent à nouveau, des larmes de joie. J'étais enfin heureuse comme sans doute jamais je ne l'avais ressenti auparavant.

Edward ouvrit la porte pour venir voir comme je me sentais. Je me jetai à son cou et l'embrassai furieusement. Il fut d'abord surpris de ma réaction mais il répondit bien vite à mon geste. Ses bras se fermèrent dans mon dos et il se pencha vers moi. Je me collai à lui, moulant une jambe autour de la sienne. Je sentis son désir augmenter d'autant plus. Il me plaqua contre le mur, sa main emprisonnant ma tête pour serrer ses lèvres un pu plus sur les miennes. Il finit par desserrer son étreinte, laissant ma respiration et mon rythme cardiaque se remettre de tant d'émotions.

- Que me vaut cet élan d'affection, me questionna-t-il, un sourire aux lèvres.

- Tu n'aimes pas ?

- Tous les jours si tu le désirer ! Mais je pensai te trouver… disons, plus mélancolique.

- Je suis une idiote, m'exclamai-je. Me pardonnerez-vous, toi et ta famille ?

Il fronça les sourcils, dubitatif.

- Et de quoi faut-il encore que nous te pardonnions ?

- Je m'enferme tellement dans mes soucis et ma propre culpabilité que je ne me suis même pas rendu compte des efforts que vous faisiez pour m'aider et combien vous m'aimiez.

- Et bien ! Il t'en a fallu du temps pour comprendre dit-il.

- Je suis impardonnable.

- Moi je connais un moyen de t'excuser.

Il se pencha à nouveau vers moi, un sourire malicieux aux lèvres. Je ris et l'embrassai. Notre baiser fut plus tendre, nos langues se mêlèrent dans un soupir. Il me prit dans ses bras et me posa délicatement sur le lit. Il s'allongea sur moi, poursuivant son étreinte.

Sa main remonta de mon genou vers ma cuisse, ma hanche, le bas de mon dos pour caresser mon bras. Ses lèvres se détachèrent des miennes, glissa le long de ma mâchoire pour venir déposer un baiser dans mon cou.

Je gémis de plaisir lorsque sa langue vint chatouiller ma clavicule. Mes doigts s'enfoncèrent dans sa chevelure, mes jambes emprisonnant sa taille. Je le sentis frémir de désir. Il recula un peu et vint poser son front contre le mien.

- Tu vas finir par me faire oublier mes principes à force de me montrer ce que tu ressens, me dit-il, le regard pétillant.

- Alors deviens amnésique, lui suggérai-je.

Il rit.

- Tu n'y parviendras pas comme ça, Bella. Il faudra d'abord que tu m'expliques ce que tu as contre le mariage.

- Pas de longues conversations maintenant. Aujourd'hui, je te veux, toi !

Je roulai sur lui et l'embrassai à nouveau.